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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 Mauvaise Rencontre [PV Aldrick Voelsungen]

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Morgan Lenoir
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MessageSujet: Mauvaise Rencontre [PV Aldrick Voelsungen]   Ven 27 Juil - 20:37

Bogny-sur-Meuse, Périphérie de la ville, Octobre 1887



« …Et là le gars m’fait : "Ben c’est justement comme ça qu’l’autre s’est retrouvé avec trois dents en moins !" »

L’aubergiste, qui venait d’achever son anecdote, éclata d’un rire franc. À côté de lui, l’un des rares clients de la gargote sirotait son verre d’un air maussade. L’établissement, situé dans les faubourgs de Bogny, n’était que peu fréquenté en cette fin d’après-midi, et la mine déjà éméchée du gérant ne faisait rien pour attirer une clientèle recommandable. Ici, on n’était pas très regardant sur le registre.

« Ben alors quoi, vous en tirez une tronche ! » Il claqua des doigts. « Eh, Bertha, ramène un digestif ! Qu’est-ce que vous v’nez faire par chez nous ?
- Je suis là pour la chasse.
- Ah oui ? Et alors ? De bonnes prises ?
- Pas vraiment. »

Le tavernier, qui écoutait d’une oreille distraite, prit un peu vivement la bouteille des mains de son épouse, une femme mure et bien replète, alors qu’elle s’apprêtait à les servir. Celle-ci s’installa sur le banc à côté de lui, penchée sur la table pour mieux examiner leur hôte. Le dos de son mari se contracta légèrement.

« Ah, mais ça, vous savez, quand ça veut pas, ça veut pas !
reprit-il en remplissant leurs deux verres. Mais on peut trouver d’autres distractions dans c’patelin. Pas des masses mais quand même. Tenez, y’a quoi, deux semaines, on avait même des artistes, nous, ici.
- Oooh, ceux-là ! intervint Bertha. Des rigolos. Raconte-lui comment i-
- Des jumeaux, en plus, des vrais de vrais, oui M’sieur ! l’interrompit-il d’un geste impatient de la main. Ils en sortaient des bonnes en plus, un festival. Un qui vous crachait du feu, des flammes… Comme ça ! Et l’autre-
- Eh ! Et quand l’deuxième a disparu après qu’l’autre lui a craché u-
- MAIS ELLE VA LA FERMER, SA GUEULE, À LA FIN ?!!! » rugit violemment l’aubergiste.

La concernée baissa les yeux, se leva en silence, et retourna essuyer les verres, comme une gamine prise en faute.

« …Que j’disais moi. Ah. Oui. Les aut’ zouaves. Ben ils nous ont fait le spectacle, voilà. »

Il reposa les yeux sur son digestif, irrité, et le but. Un ange passa. Puis les traits de l’hôtelier se détendirent et il reprit son air avenant.

« C’était vraiment de drôles de drilles, ces gars-là, pour vous dire. Ils sont repartis par la forêt, j’les ai vus pendant que j’levais mes collets. Y’en avait un qu’arrêtait pas de parler des... Des… Rah ben comment c’était déjà…
- …Des hydres, Toinet, qu’tu disais ! » suppléa une voix depuis le comptoir.

Il ferma les paupières avec agacement, puis reprit.

« Ouais, possible. Mais ils en causaient sérieusement, comme si c’tait d’vrais bestiaux, quoi. Ils préparaient p’t-être un d’leurs nouveaux tours, mais enfin ça c’est du détail : si vous voulez mon avis, ces gars-là étaient surtout un peu cintrés. »

Le chasseur avait redressé la tête au mot « hydre », soudainement très intéressé.

« Y’a deux semaines, vous dites ? Ils s’appelaient comment ?
- Heu… hésita l’aubergiste. Ils ont pas dit, c'est qu'on prend pas les noms, ici…
- Et leur nom de scène, alors, c’était quoi ?
- Ben… J’en sais rien… poursuivit-il avec méfiance. Un truc avec "fée" dedans, dans l’genre, je sais plus, moi. »

Les deux hommes se toisèrent un moment, circonspects. Le chasseur se força à reprendre un air faussement distrait, haussa les épaules, et avala sa liqueur. Au stade où il en était, tout indice était bon à prendre. Il n’avait plus mis la main sur un Légendaire depuis près de six mois. À ce rythme, même le pécule qu’il avait mis de côté n’allait plus suffire pour payer ses nuits dans des cambuses de seconde zone.

« …Ils allaient dans quelle direction ? hasarda-t-il finalement.
- Que j’en sais, moi ? Ils sont passés par la forêt. Pas courant. Mais ils peuvent être n’importe où, maintenant. C’était le genre nomade, vous voyez c’que j’veux dire. »

Il hocha lentement la tête, impassible. Les deux lurons devaient déjà être loin. Frustré et peu désireux de profiter plus longtemps des soliloques du tenancier, il but un autre verre, régla l’addition et sortit, ayant récupéré son attirail. Si les hydres avaient jamais réellement existé, et si un garçon dans les Ardennes savait où en trouver, il pouvait bien toucher le pactole, pour sûr, quoiqu’il y eût de quoi douter que la source fût fiable. En désespoir de cause, il s’était lancé dans des recherches qui avaient duré de longues semaines, achevant de grignoter ce qui subsistait de ses économies.
En vain.
Naturellement.
Jusqu’au jour où, des années plus tard, alors qu’il avait depuis bien longtemps cessé de ressasser, le hasard, le hasard pur, l’avait conduit jusqu’à Paris. Laissant trainer ses oreilles çà et là, il avait entendu parler de ces deux frères à l’accent ardennais et semblables en tous points, qui se produisaient le soir au Lost Paradise.
L’un d’eux crachait du feu…
Et, tout aussi naturellement qu’autrefois, il songea qu’il avait peut-être enfin retrouvé sa piste.

*  *  *

Paris, 6ème arrondissement, 1890

Morgan écoutait calmement le commissaire, les yeux posés sur la Seine.

Il n'y avait guère longtemps que les deux jumeaux avaient pris la décision de se dissocier un peu certains soirs. Installés au bar après leur numéro, ils s'efforçaient de nouer la conversation avec les clients qui les encadraient de part et d'autre - Fred à droite, Morgan à gauche. Ainsi, le mage pouvait signifier d'un regard à son frère que sa façon de s'y prendre lui semblait ou non suffisamment naturelle. S'il était vrai que la discussion se finissait généralement en échange à trois ou à quatre, l'hydre devait bien reconnaître que cette stratégie lui avait permis de faire quelques progrès, malgré ses réticences. Il se sentait légèrement plus assuré en présence d'un étranger, quoique pas forcément plus à l'aise.

Ce soir-là, cependant, les circonstances l'avaient placé à côté de quelqu'un de familier. Depuis qu'ils se connaissaient, le commissaire lui inspirait confiance : c'était l'un des premiers clients qu'ils avaient rencontré après avoir été embauchés, son frère et lui, et Morgan devinait entre eux quelque chose de vaguement commun, d'animal. Fred en avait profité pour s'éclipser, non sans avoir posé sur son épaule une main rassurante, et lui avoir dit à plus tard.

À la fermeture du cabaret, l'acrobate était même allé marcher avec Voelsungen pour prendre l'air. Ses pieds l'avaient naturellement porté le long des quais, quelques rues plus loin. Accoudé à la margelle, entre deux boîtes de bouquinistes, il contemplait les péniches qui oscillaient lentement d'avant en arrière, au rythme du léger reflux.

Lorsque le policier se tut, Morgan hocha la tête, pensif. Il commençait à fatiguer. Ils restèrent un moment ainsi, immobiles face au fleuve. Puis l'hydre se décida à rompre le silence.

« S'cusez, m'sieur le commissaire, mais je crois que j'devrais rentrer... Fred va pas tarder à aller se coucher, de c't'heure. »

Ils se serrèrent la main, et Morgan reprit la route du cabaret. Il s’était éloigné un peu plus qu’il ne lui avait d’abord semblé, mais son sens de l’orientation lui dictait qu’il devait revenir vers le Sud-Est. Il emprunta la première ruelle qui se présenta, croyant qu’il s’agirait d’un raccourci, pour réaliser qu’elle aboutissait en fait à une impasse. Alors qu’il s’apprêtait à revenir sur ses pas, il avisa un homme qui venait de s’y engager. Le lascar ne lui disait rien qui vaille. Il demeura immobile en attendant de le voir regagner sa demeure, dans l’espoir de passer inaperçu ; mais l’individu choisit plutôt de s’approcher de lui, et, chose inquiétante, il semblait savoir parfaitement ce qu’il faisait lorsqu’il lui adressa la parole.

« Dis donc, tu serais pas l’un des jumeaux du cabaret, qu’est pas loin ?... Le cracheur de feu ou l'autre ?
- Pourquoi ça, vous leur voulez quêqu’chose ? »

Il avait répondu avec froideur. La façon qu’avait l’autre de le dévisager, comme pour anticiper le moindre de ses mouvements, était assez suspecte. Morgan le dévisageait en retour. Il n’aurait pas été tellement surpris de le voir sortir un couteau et lui demander son argent, qu’il n’avait pas pris avec lui, ce qui risquait de ne rien arranger. À moins que son vis-à-vis ne fût un « admirateur », mais c’était généralement après les danseuses que ceux-là en avaient.

« Je te connais de Bogny. Ça te dit rien ?
- Désolé, pas souv'nir.
- Ben moi si. Six semaines à vous courir après, ton frère et toi. Tu m'dois bien un verre. »

Il réfléchit aussi loin qu’il put. Il ne se rappelait pas avoir commis de sale coup à Bogny. À cette époque, ils avaient bien l’habitude de jouer quelques tours par ci par là avec Fred, mais rien qui aurait pu justifier de les pourchasser plusieurs semaines durant ; et, quoiqu’il eût plutôt bonne mémoire, le visage de cet homme ne lui disait absolument rien.

« Pardonnez, vous d’vez vraiment confondre…

- J’insiste. Je suis aussi passé par l’auberge de la rue des Aulnes. »

Alors qu'il s'apprêtait à répliquer de nouveau, l'homme écarta lentement le pan de son manteau, dévoilant le pistolet qu'il portait à la ceinture. Les traits de son visage étaient restés calmes, mais ils s'étaient durcis.
Morgan serra les dents.
Au moins, le geste confirmait qu’il avait eu raison de ne pas le sentir. Si ce type avait vraiment l'intention de se servir de son révolver, seul et désarmé qu'il était, il se trouvait dans une posture plus que fâcheuse… Mais puisqu’on ne lui laissait pas le choix, il dut bien se résoudre à obtempérer.

« Bon, si on s'connait, c'est pas pareil...
lâcha-t-il lentement, le regard noir.
- J'aime mieux ça. »

D'un mouvement de tête l'homme l'invita à passer devant lui, de sorte qu'il ne pouvait pas espérer filer sans se placer à la merci de l'arme. Amer et le cœur serré, il fit demi-tour et revint vers les quais en traînant les pieds, l'individu sur ses talons.

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MessageSujet: Re: Mauvaise Rencontre [PV Aldrick Voelsungen]   Ven 10 Aoû - 18:37

La fumée d'une énième cigarette se dessina dans l'air. Aldrick y inscrivit un nouveau rond, pas peu fier. Il lui en avait fallu du temps pourtant, avant de parvenir à pareil exploit.

~*~*~*~

- T'es pas sérieux ? T'y arrives toujours pas l'bleu ?
- La ferme !
Un rire franc secoua la fine silhouette de son vis-à-vis, qui agita son couteau vers lui en de larges cercles.
- Ça va grogne pas, l'cabot !
- Arrête de m'appeler comme ça !
- Tu préfères "l'animal" ?
- ...
- C'est quand même à la portée de n'importe quel gosse de faire des ronds de fumée ! Même l'p'tit Joyeux y arrive ! T'as vraiment l'odorat trop sensible, l'bleu !
- C'est bon, lâche moi avec ça à la fin !
- Hey ! Vous deux ! Cessez de parler chiffons ! Ces patates ne vont pas s'éplucher toutes seules !
- Oui, mon commandant ! Hurlèrent machinalement les deux bruns avant de s'y remettre plus sérieusement.

~*~*~*~

* Pff, ce qu'on a pu être de corvée de patates tous les deux n'empêche ! *

Un sourire nostalgique s’immisça sur les lèvres de l'agent à cette pensée, avant qu'il ne se détache finalement du muret qui bordait la Seine. Il n'avait pas fait deux mètres qu'une odeur familière le dissuada de bouger d'avantage. Une odeur de sang. Les sens aux aguets, le loup noir identifia rapidement un homme avec un manteau sombre, rapiécé par endroits, troués à d'autres. Mais ce qui le surprit surtout, ce ne furent pas les nombreuses tâches pourpres qui le tâchaient ; mais bien de voir l'un des Lenoir le devancer sans joie, avant que tous deux bifurquent. Il s'élança sans réfléchir à leur suite.

- Hey petit ! Atten...

Les sabots frôlèrent sa joue, l'obligeant à reculer vivement, coupant court à ses dires. Lorsque le cab fut passé –non sans que le conducteur lui ait attribué tous les jurons qu'il semblait connaître pour s'être jeté sous sa voiture– Aldrick les avait perdus de vue. Le policier pesta à peine, la truffe en l'air, il ne lui fallut pas longtemps avant de s'engager à son tour dans l'une des rues les plus étroites de Paris. Le loup eut toutes les peines du monde à s'y glisser et abandonna dans l’instant toute idée de discrétion. C’était comme de placer un éléphant dans un magasin de porcelaine ! Mais la chance joua en sa faveur : l'inconnu bouscula l'acrobate, ils entrèrent dans la rue voisine, puis dans une auberge.

La taverne était sombre, sale et empestait le vin trop cuit. En temps normal, Aldrick aurait fait demi-tour tant c’était une infection pour sa truffe. Il n’en eut pas le loisir, ce qui lui restait d’odorat lui indiqua bien trop clairement à son goût que Morgan descendait dans une cave qui empestait le sang.

Quand il rouvrit enfin les yeux, le gros plan d'un visage inconnu lui arracha un mouvement de recul. Des cordages l'entravaient à une chaise de bois. L'inconnu n'y prit pas garde, préférant observer avec minutie une petite seringue, avant qu'une remarque amère ne lui échappe :

- Pff, cette camelote ! « De quoi t'assommer un géant ! » tu parles ! La belle affaire... Ça n'a même pas tenu 10 minutes ! Enragea le chasseur en jetant l'objet à l'autre bout de la pièce.

Le verre se brisa. En un pas, le chasseur se rapprocha tel un vautour de sa proie, reportant son attention sur Morgan, lui aussi ligoté de façon similaire. Sans crainte, il redressa le visage du plus jeune vers lui, arguant avec dédain, en appuyant son arme contre sa gorge :

- Au moins le sérum de vérité devrait te délier la langue. Allé, je t'écoute, minus. Dis-moi tout ce que tu sais sur les hydres.

Un cliquetis distinctif empli l'espace. La sécurité de l'arme venait de sauter.

- Et n'oublie rien, ou il vous en cuira à tous les deux.


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MessageSujet: Re: Mauvaise Rencontre [PV Aldrick Voelsungen]   Ven 24 Aoû - 23:36

Il avait d’abord cru que l’homme l’entraînerait dans un caboulot mal fréquenté, afin de lui soutirer ce pour quoi il venait de le prendre en otage en pleine nuit. Il avait entendu les pas qui les suivaient à distance raisonnable, sans savoir s’il s’agissait d’une bonne nouvelle ou d’une mauvaise, et s’était même cru sauvé lorsque Voelsungen était rentré dans la taverne à leur suite, laissant son ravisseur s’éclipser avec ordre de ne pas broncher.
Ses espoirs s’étaient toutefois vite dissipés quand il avait vu l’inconnu revenir en soutenant le commissaire, à demi effondré sur lui comme un ivrogne, avant de les faire tous deux descendre dans une cave sordide. Cela, il ne l’avait pas prévu. Ni les liens, ni le produit qu’il lui avait injecté sans mot dire, et qui n’avaient rien fait pour détendre ses entrailles dont les nœuds n’avaient de cesse de se resserrer de minute en minute.

Il avait cependant dû attendre de se retrouver avec le canon glacé de l’arme enfoncé dans son cou pour véritablement comprendre.

Il était tombé sur un fou furieux.

Il sentit ses yeux écarquillés s’humecter sous l’effet de la terreur, sans qu’aucune larme ne s’en échappât. Une sonnerie assourdissante semblait siffler dans ses oreilles, et le sang s’était retiré de son visage. C’est à peine s’il distingua les mots qu’on lui disait. Les mots s’étaient vidés de leur sens. Dans son esprit même, ils tourbillonnaient comme dans une vasque dont on aurait retiré la bonde, s’effaçant dans un lugubre gargouillis.

« De... Quoi ?... »

La sécurité de l’arme qui saute. On voulait le faire parler des hydres.

À ces paroles, ses yeux se durcirent. Sous la menace où il se trouvait, de vieux instincts prenaient le pas sur ses pensées cohérentes ; des instincts qu’il n’avait, somme toute, qu’assez rarement éprouvés, au cours d’une vie pourtant longue.
Mordre.
Tuer.
Arracher ce sourire triomphant de son visage mauvais.
Le noyer.
Le noyer au plus profond.

Il toisa l’homme de son regard bleu glacial. La colère y formait un étrange contraste avec la peur. Il tira sur ses liens avec amertume, pour s’assurer que le truand n’y avait pas laissé un nœud trop lâche ; peine perdue. Il s’en voulait – il s’en voulait de s’être laissé si facilement prendre au piège.
Non, cela, il ne l’avait pas prévu.
Mais, puisqu’il était pour l’heure sans ressources, il n’allait avoir d’autre choix que de garder son sang-froid aussi longtemps que possible. Et gagner du temps, s’il voulait peut-être espérer sortir de là vivant.

« Les hydres ?... Qui t’dit qu’j’en sais long ?... »

Là où un humain ordinaire aurait bredouillé ou parlé d’une voix plus aiguë, celle de Morgan prenait des inflexions étranges, impersonnelles, et vaguement rauques. Sans ciller, le chasseur laissa glisser son pistolet le long de son torse d’un air patient, avant d’arrêter l’embout contre le creux de son épaule.

« Toi, tu vas me le dire. Ou j’vais finir par te faire mal. »

Sa voix s’était également faite plus basse, comme par mimétisme. L’hydre le regarda sans parler ; sans parvenir à y croire. C’est alors que le coup partit. Il déchira le silence tendu avec la force d’un roulement de tonnerre, et Morgan sentit son cœur faire un bond vertigineux dans sa poitrine. Avec un léger décalage, il laissa échapper un cri d’effroi, sans réussir à déterminer s’il avait mal ou non, et commença à se débattre frénétiquement pour tenter d’apercevoir le trou de la balle. Mais sur son épaule, il ne se trouvait pas plus de blessure que de sang. L’homme avait légèrement incliné son révolver au moment de tirer, et le plomb était allé se ficher dans un mur. Avec un regard froid, il remit le canon dans sa position initiale, et le pressa en donnant de premiers signes d’impatience.

« Allez ! J’t’écoute !
- Y’en avait, dans la Meuse – avant, concéda-t-il enfin. Y’en a plus. Elles sont mortes. C’est l’eau. Ça les a brûlées – du dedans. »

En même temps qu’il le faisait, cet aveu lui perça le cœur. C’était la première fois qu’il avait la réelle impression de trahir son peuple. Le sérum de vérité faisait-il véritablement effet ? Était-ce seulement parce qu’il le croyait, que ces paroles pouvaient franchir la barrière de ses lèvres ? Ou son espèce avait-elle réellement, irrémédiablement disparu du fleuve où il était né ?
Quoi qu’il eût pensé jusqu’à présent, ou se fût efforcé de se dire pour ne rien regretter, la perspective concrète d’une extinction retomba sur ses épaules aussi rudement qu’un poids physique.

Il se sentait impuissant, atrocement impuissant, dans ce cachot suintant la crasse, sans Frédéric pour porter avec lui son angoisse accablée. Pour rien au monde il n’aurait voulu que son frère se trouvât ici avec lui, à la merci d’un assassin ; pourtant, en cet instant, personne d’autre que lui n’aurait su calmer les tremblements de colère du garçon, ni les sanglots qui le secouaient enfin, et tordaient son visage de douleur et de peine.

Il braqua de nouveau son regard haineux vers le malfrat.
Il restait encore en France une hydre de la Meuse qui respirait.
Et cette hydre était bien décidée à le réduire en morceaux sitôt libérée de ses entraves ; en pièces, en charpie – qu’importe que ses dents fussent désormais humaines.

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Mauvaise Rencontre [PV Aldrick Voelsungen]

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