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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 Voyage en terre d'outre-Manche

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Morgan Lenoir
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MessageSujet: Voyage en terre d'outre-Manche   Ven 5 Oct - 21:07

Projet d'une hydre en pays britannique...


Comme certains d'entre vous le savent déjà, j'ai été recrutée par Oxford jusqu'en juin pour donner des cours de français en tant que "French Lector". Comme je rêvais depuis longtemps de m'acheter un beau Paperblank, et d'écrire un journal dans le style du XIXème, je me suis dit que ce serait l'occasion idéale !

Pour ceux que la chose intéressera, voici donc un aperçu du bel objet :
 

Quand à ce qui va suivre, il s'agira de quelques entrées dudit journal, pour vous tenir un peu au courant du déroulement de mes aventures... J'ajouterai aussi quelques photos, pour que vous puissiez profiter avec moi du paysage anglais, et des lieux les plus insolites des universités où je vais travailler, vus des coulisses !

Et... Voilà tout.
J'espère simplement que j'arriverai à faire partager mon enthousiasme, dans ce contexte assez particulier, et (je peux d'ores et déjà le dire), plein de richesses et de surprises ! ^^

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Dernière édition par Morgan Lenoir le Sam 6 Oct - 19:32, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Voyage en terre d'outre-Manche   Ven 5 Oct - 21:49

Le 02/10/2018

C’est ainsi que, le 2 octobre 2018, je quittai Paris à bord de l’Eurostar pour gagner Oxford, où je devais enseigner le français pendant un an. J’avais été recrutée par Wadham et St Catherine’s Colleges, dans le cadre des relations qu’entretenait l’université anglaise avec mon École. Après un bref séjour à Paris, j’avais fait mes derniers adieux, et c’est avec une exaltation mêlée d’angoisse que je regardais défiler le paysage nocturne. À l’obscurité du petit matin (car il est 7h30 à l’heure où j’écris ces lignes) succèdera bientôt celle du tunnel sous la Manche – et qui sait quelles joies, quelles craintes, quelles rencontres et quelles solitudes m’attendront de l’autre côté ? J’ignore si je ferai une bonne lectrice, n’ayant encore jamais donné de cours à proprement parler, et ne possédant ni qualifications ni diplômes ; mais il est certain que je mettrai tout en œuvre pour ne pas décevoir. Je dois rencontrer ce soir mes deux tutrices pour la première fois : ce n’est qu’alors que je pourrai commencer à me préparer réellement pour ce qui m’attend. Dans l’intervalle, je compte bien profiter de mon petit passage à Londres, pendant les six heures de ma correspondance, pour savourer le plaisir de remettre le pied sur le sol britannique, après près de sept ans à l’espérer.

* * *

Ma journée dans la capitale demeurera, sans conteste, un très heureux souvenir. Quoique le peu de temps dont je disposais ne m’ait naturellement pas permis d’en appréhender toute la richesse fourmillante, il me semble avoir commencé à prendre le pouls de cette nation d’outre-Manche, maintenant que me voilà passée à l’heure anglaise. Embarquée dans un taxi noir londonien, j’ai pu échanger quelques premiers mots avec mon chauffeur, un vieil anglais flegmatique qui me conduisait de St Pancras à Paddington Station. Puis, une fois libérée de mes deux lourds bagages (la fantaisie de porter des chemises à jabot demande véritablement de bons bras, de nos jours), je gagnai Camden Market à bord d’un bus à impériale. Je ne puis, pour dire la vérité, concevoir d’endroit plus plaisant. Ici, la profusion de queues-de-pie d’occasion et de longues robes de soirée vintages le dispute aux enseignes gothiques ou cyberpunk, tandis que dans l’air, entre les murs de briques brunes, les odeurs d’encens et de nourriture thaïe s’entremêlent. Je me retirai sur un pont surplombant le Regent’s Canal pour embrasser de la vue ce quartier hétéroclite où les façades mêmes sont des œuvres d’art, l’une arborant un grand dragon, l’autre une chaussure géante, en fonction de la boutique qui se trouve en-dessous. Accompagné du bruissement des saules pleureurs, Bob Marley rappelait à chacun qu’ « Every little thing gonna be alright ».

Vues de Camden Market:
 

Enfin, m’aventurant dans le métro, j’allai renouer avec mes souvenirs d’enfance sur la voie 9 ¾ de King’s Cross, avant de regagner Paddington et mon train de 14h50 pour Oxford où, pourrait-on dire, m’attend désormais mon destin.

Pélerinage sur la voie 9 3/4:
 

* * *

Ma première rencontre avec ma tutrice de St Catherine’s s’est avérée, pour le moins, saisissante. Ms. Olivia Tolley, à peine plus âgée que moi, est un flamboyant être aux cheveux bleus et auburn qui m’a réservé un accueil des plus chaleureux alors que je frappais, anxieuse, à la porte de son bureau. Elle passa l’heure qui suivit à m’expliquer les détails de mon poste tandis que je prenais fébrilement des notes autour d’un thé au gingembre, s’interrompant pour répondre à chacune de mes questions lorsque me venait un doute. Puis nous allâmes ensemble boire un verre au pub du Bath Place Hotel, qui avait, paraît-il, accueilli Oscar Wilde, Stephen Hawking ou encore Margaret Thatcher parmi tant d’autres. Nous fumes brièvement rejointes par Ms. Emily McLaughlin, ma tutrice de Wadham – une jolie blonde trentenaire d’une gentillesse sans égale, venue tout spécialement pour me saluer. Puis, restées seules, je dégustai avec Olivia la plus délicieuse saucisse-purée (ici, on dit « sausage and mash ») qu’il m’ait été donné de manger. Assommée par mon long voyage et par le grand verre de bière que m’avait généreusement offert Olivia, je regagnai péniblement St Catherine’s en compagnie d’un doctorant allemand que j’avais abordé en chemin, car je ne trouvais plus le mien, et, sans trouver le courage de défaire mes valises, je m’effondrai sur mon lit, et m’endormis aussitôt.

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MessageSujet: Re: Voyage en terre d'outre-Manche   Sam 6 Oct - 19:57

Le 03/10/2018

Les réunions de début d’année n’ont pas le même aspect, de l’autre côté du bureau. Les professeurs sont beaucoup moins impressionnants ; les étudiants, beaucoup plus. Émergeant contre toute attente du sommeil à 6h30, réveillée sans doute par l’excitation, et le calme lever du soleil à travers mes persiennes, je parvins à ranger mon barda avant de partir rejoindre Olivia pour ma réunion de 9h avec les « First Years ». Pour l’heure, il s’agissait simplement de la laisser parler et de sourire, m’avait-elle dit, ce que je sus faire assez bien. La prestation fut certainement plus discutable lorsque vint mon tour de me présenter en anglais, car je perdis soudain la faculté de former une phrase cohérente (phénomène qui ne devait faire que s’accentuer au fil des heures). Après une brève visite de l’aile des professeurs en compagnie du Dr. Sam Wolfe, qui me valut de découvrir à la fois l’auguste « dining room » et l’auguste accent oxfordien de mon guide, je me précipitai à Wadham College, doublant en route un long rang de charmants élèves de primaire en uniforme – veste noire, cravate, chaussettes hautes et culotte courte.

Une photo volée des écoliers d'Oxford:
 

À mon arrivée, j’eus à peine le temps d’admirer les lieux et leur architecture du XVIIe qu’il me fallait déjà trouver mon chemin parmi les arches et les courettes intérieures, armée du plan que m’avait aimablement remis le portier, un vieil Écossais tout en humour et en moustache. À cette nouvelle réunion devait en succéder une troisième, destinée aux nouveaux lecteurs, dans une salle remplie de portraits ; je profitai du battement entre les deux pour explorer l’endroit, et tombai par hasard sur la splendide chapelle anglicane et son orgue immense.

L'entrée de Wadham College et sa cour au gazon sacré:
 

La chapelle déserte de Wadham College:
 

* * *

Le lunch qui suivit fut l’un des repas les plus insolites que je fis de ma vie. J’avais reçu quelques temps plus tôt un message, qui m’invitait à un déjeuner donné par le « Warden », le proviseur, en l’honneur des nouveaux membres du corps enseignant. J’arrivai à destination avec près d’un quart d’heure de retard sur l’horaire indiqué, car ma précédente réunion avait traîné en longueur, et qu’on m’avait d’abord conduite au mauvais endroit. On me fit entrer dans une petite salle lumineuse et couverte de marbre, au centre de laquelle trônait une table ornée d’une longue nappe blanche. Autour d’elle, neuf personnes et une chaise vide – la mienne. On m’invita donc à m’asseoir à la droite d’un grand homme élégant en me demandant si j’avais déjà mangé, ce qui me sembla étrange, puisqu’il me semblait qu’on m’avait justement fait venir pour cela. Ayant répondu par la négative, on me proposa d’aller me servir sur le buffet chargé de victuailles, ce qu’affamée, je m’empressai de faire. Je ne remarquai qu’alors les deux domestiques en uniforme, postés de part et d’autre de la table, et chargés de surveiller la température des plaques chauffantes ; à cette vue me vint soudainement la pensée que mes chances de pouvoir manger ma cuisse de poulet à la main, comme j’en ai l’habitude, étaient, selon toute vraisemblance, nulles. Quand je me fus rassise, entamant mon repas avec bonheur, l’homme élégant se pencha vers moi pour me demander si j’étais originaire de Paris. Après deux bonnes minutes passées à mastiquer ostensiblement, le doigt levé en signe d’excuse, je dus me résoudre à répondre, la bouche à demi-pleine, d’un délicat « ‘ah am f’om South F’ance » – précisant, après déglutition totale, que ma ville se situait à proximité d’Avignon. S’en suivit un petit échange lors duquel je crois n’avoir pu me retenir de lorgner avec tristesse et envie sur mon poulet en train de refroidir. Quand je sentis que mon interlocuteur s’apprêtait à se détourner de moi, j’osai hasarder à mon tour une question, et lui demander qui il était. Il s’agissait, naturellement, du proviseur, Lord Ken Macdonad.
Bien évidemment.
Il est des jours, comme ça, où l’on regretterait presque de ne pas avoir les manières, pour prolonger l’impression produite par la lavallière et le costume trois pièces : je paye ici mon goût des contrastes. Je compris ainsi peu à peu à mes dépens que nous étions moins là pour nous sustenter que pour discourir courtoisement devant nos assiettes, que l’on décorait d’un peu de viande ou de quelques pommes de terre par fantaisie. Lorsque Lord Mcdonald se tourna de nouveau vers moi pour me demander si je voulais du fromage ou du gâteau, je commis mon erreur la plus grave en répondant poliment que oui. Je lus l’embarras sur son visage tandis qu’il invitait les autres convives à passer dans la « coffee room », me laissant seule derrière s’il n’avait été une timide professeur d’ingénierie, qui, sensible à mon désarroi, resta pour me tenir compagnie, sous le regard amusé et compatissant du personnel chargé de débarrasser.

* * *

Ayant avalé mon dessert en quatrième vitesse, nous rejoignîmes enfin les autres dans la coffee room, qui avait tous les aspects d’un luxueux fumoir, et qui servait également de Salle Commune des Professeurs de Wadham. Les boiseries, les tables en bois sculpté, les journaux du monde entier déposés sur les tables et la vaste collection de thés laissés à la disposition des visiteurs ne manquèrent pas de me séduire. Le gestionnaire académique, Mr. Mike Froggatt, avec qui j’avais pu discuter un peu à table, vint me remettre une petite clé dorée : celle de la pièce où nous nous trouvions, et où je pouvais accéder à loisir en tant que membre de la « Senior Common Room ». Il m’offrit ensuite une visite de l’établissement, et m’expliqua dans son bureau comment je devais remplir les bulletins en ligne. Étourdie par le nombre d’informations que j’avais déjà dû engranger dans la journée, je rentrais à St Catherine’s me charger de quelques autres formalités administratives, récupérer dans le bureau d’Olivia les deux boîtes d’archives mystérieuses laissées par mes prédécesseurs, avant de partir en quête d’un vélo, de gel douche et d’un repas du soir, ne trouvant finalement que le dernier par manque d’organisation, pour enfin rentrer et poursuivre ce journal, puis me coucher aussi tôt que me l’auront permis mes diverses obligations du jour – c’est-à-dire à minuit moins vingt.

Retour à St Catherine's:
 

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MessageSujet: Re: Voyage en terre d'outre-Manche   Dim 7 Oct - 13:10

Eh bien ! C'est un bien bel ouvrage que tu as là ! Ça promet ! D'autant qu'avec une aussi jolie plume, il sera vite bien rempli de fantastiques aventures =)

Je suis impressionné des façades grandioses de la ville et des boutiques, au moins tout autant que de l'univers que tu décris ! C'est dingue ! Jamais l'administration ne se comporterait de la sorte ici ! Ça doit vraiment être très déroutant ! En prime pouvoir se balader dans des rues aux infrastructures si démesurées doit être tellement grisant ! Est-ce qu'il y en a une que tu préfères ? Tu as déjà pu entrer dans une librairie ? A quand la superbe photo de ta toge magique ? :vieuxmage: J'ai vraiment hâte de voir la suite !

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Morgan Lenoir
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MessageSujet: Re: Voyage en terre d'outre-Manche   Dim 7 Oct - 21:47

Réponse à Aly:
 

Le 06/10/2018


Je suis réveillée au matin par le croassement des corbeaux, qui occupent la grande plaine sur laquelle mes fenêtres donnent. Par dizaines ils se tiennent ainsi répandus, en bandes serrées parmi la rosée, sombres virgules dans cette verdoyance.
Ces derniers jours se sont déroulés sans accroc. J’eus de nouveau beaucoup à faire jeudi, comme nous organisions les emplois du temps – tâche qui donne ici lieu à un processus très étrange que l’on pourrait penser voisin du loto, puisqu’il s’agit pour le professeur d’annoncer à voix haute une plage horaire, à laquelle les élèves doivent répondre s’ils sont disponibles ou non, jusqu’à obtention d’un créneau collectivement compatible. Naturellement, les plannings ainsi établis sont sujets à un certain nombre d’aléas, si bien que, sans surprise, les négociations ont dû reprendre hier pour au moins deux de mes classes.
J’ai néanmoins pu profiter de mon vendredi pour sortir faire un premier tour en ville. Où que se pose le regard, il n’est rien qui ne nous rappelle que nous sommes ici en Angleterre. Dans cette « city of dreaming spires », on marche toujours à l’ombre d’un clocher rêveur, ou d’un majestueux édifice qui sert d’écrin à un savoir plus noble encore. Le ballet incessant des bus à étage se reflète dans les vitrines des boutiques, où l’on vend des pulls et des écharpes aux couleurs des différents Colleges ; tandis que, sous les ponts qui enjambent la rivière Chester et la Tamise, dorment les « punts », de petites barques traditionnelles à fond plat, dont la coupe rectangulaire fait aujourd’hui le bonheur des touristes en excursion.

Vagabondage dans les rues d'Oxford:
 

Je saisis également l’occasion qu’offrait ma promenade pour commander ma « Fellow’s gown » chez Walters of Oxford. Puisque celle-ci devait, selon le vendeur, leur parvenir aujourd’hui, je m’autoriserai je crois l’innocent plaisir d’aller la chercher avant de m’atteler à la préparation maintenant urgente de mes cours, une fois sortie de mon bain (la baignoire de l’étage, située à côté de ma chambre, offrant, il est vrai, un luxe très appréciable !).

Les robes académiques de Walters of Oxford:
 

* * *

Comme convenu, je reçus dès 10h, heure d’ouverture du magasin, un message m’informant que ma toge m’y attendait. M’étant habillée prestement, je dévalai l’escalier en enfilant ma veste, et passai la porte d’entrée.
C’est ainsi que se fit ma première rencontre avec les pluies anglaises. Je m’étonnais, je dois dire, que nous ne nous fussions encore accointées.
Tirant de mon sac mon parapluie, je m’engageai le cœur non moins joyeux sous ce ciel gris, jusqu’aux abords de Turl Street. Là, prise je ne sais pourquoi d’une curieuse appréhension, je retardai ma visite chez le tailleur pour savourer un sandwich chaud, confortablement installée sous le porche de la Bodleian Library. Depuis mon abri clandestin, et surtout bien au sec, je contemplai la succession des parapluies et des cirés qui défilaient en nombre sur l’esplanade de Broad Street. Finalement repue et apaisée, je m’en retournai vers la boutique où me fut remis mon habit, en compagnie duquel j’eus le plaisir de reprendre le chemin de chez moi après essayage. En tant que professeur, ma « gown » a l’aspect d’une sorte de cape noire dotée de longues manches flottantes, dont l’étrange coupe, aux extrémités, évoque les ailes d’une chauve-souris. Il va sans dire que mon projet, en ce qui la concerne, est de la garder et de la chérir pour le restant de mes jours, si bien qu’une fois rentrée, l’enfiler fut mon premier geste ; suite à quoi, je le confesse, je la gardai sur le dos jusqu’à la fin de la journée.

La chute de mon identité secrète !...:
 

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MessageSujet: Re: Voyage en terre d'outre-Manche   Mar 9 Oct - 19:41

J'aime beaucoup te lire. On a vraiment l'impression de découvrir un des récits de voyages du XIXe siècle, les bus, téléphone et appareil photo en plus. Ton écriture dans le carnet est aussi incroyable. Outre le fait que ce soit droit (ce qui relève de la magie pour moi), tes lettres sont très belles. Ça te fera un joli souvenir de voyage !

Les lieux ont vraiment quelque chose de magique et de hors du temps, ça doit être exceptionnel de pouvoir s'y promener et encore plus en temps que professeur. La « gown » te va drôlement bien d'ailleurs. C'est ultra classe. Ce que tu portes dessous c'est l'uniforme recommandé où tu t'habilles toujours comme un élégant lord ?

J'ai hâte de savoir ce que va donner tes premiers cours et quelles autres aventures le pays du thé et des scones te réserve.

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MessageSujet: Re: Voyage en terre d'outre-Manche   Ven 12 Oct - 14:22

Paperblank célavie (même si c'est char/pan) !
J'ai ce genre de calepins aussi dans ma maison, je ne peux qu'approuver et admirer ta patience à écrire en style 19ème tout du long. Même pour un projet aussi cool je pense que je serais incapable de tenir sur la durée xD
GG à toi c'est très réussi !

ET T'AS VU CAMDEN COMME C'EST COOL ! )o)
On pourrait s'y perdre des heures ^.^

C'est assez fascinant, les bâtiments, les gens, les costumes, on se croirait figés au siècle passé c'est extra !
Et seigneur ce symbolisme jusque dans le "repas"... mais ils ont pas honte d'affamer mon frère ! (enfin... ma soeur, très mignonne au demeurant et qui prend la pose comme une professionnelle :p )

Merci pour ces aventures et les photos qui me font voyager !!!!!
Guh, l'angleterre me manque x)

PROFITE UN MAX et reviens nous vite avec la suite !!!

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MessageSujet: Re: Voyage en terre d'outre-Manche   Mer 17 Oct - 22:43

Réponse à Eddy:
 
Réponse au FRANGIIIIIIN !:
 


Le 10/10/2018


Aujourd’hui devait marquer mon entrée décisive dans le monde de l’enseignement oxonien. Ce 10 octobre, je me suis confrontée pour la première fois à une classe ; et j’écris ces lignes depuis la Senior Common Room de St Catherine’s, où j’attends, ma gown roulée sur les genoux comme un vieux plaid, de faire mon entrée à la High Table. À cinq minutes pourtant du repas supposé, la salle, que je m’attendais à trouver grouillante de professeurs bavards, toge sur les épaules et tasse de thé en main, et au sein de laquelle j’espérais me fondre, est parfaitement déserte. Pas un chat, malgré le ronronnement trompeur de la bouilloire… Je ne peux qu’espérer en silence, dans cette étrange atmosphère nocturne, ne pas m’être trompée d’horaire, ou de jour – ou de pièce.

La SCR (Senior Common Room) de St Catz:
 

* * *

Les premiers cours que j’avais donné m’avaient laissé une impression incertaine. À 9h, j’avais fait la rencontre des « Finalists » de Wadham : un groupe de huit étudiants de dernière année, que mon rôle était de former à l’examen final dont je ne savais moi-même pas grand-chose. Il n’est pas évident de devoir incarner soudain, pour huit inconnus de presque son âge, une figure d’autorité – une référence, à laquelle ils doivent sentir qu’ils peuvent légitimement se fier. J’eus néanmoins l’agréable plaisir de les découvrir, sans surprise, très sérieux et investis, mais également indulgents devant ma posture quelque peu hésitante. Malgré ce respect évident et spontané qui leur acquis d’emblée toute ma reconnaissance, je crois que le malaise d’un professeur se communique à ses élèves, de même que l’eau, lorsqu’elle jaillit d’une source, ronge aussi les rochers en contrebas. J’en fis de nouveau l’expérience à 17h, alors que je rencontrais mes deuxièmes années, et que mes pirouettes, pour tenter de rendre l’exercice de thème vivant, tombèrent à peu près toutes à l’eau, aucun d’eux n’osant prendre la parole.

* * *

C’est avec ces sentiments mitigés que je regagnai donc St Catherine’s ce soir-là, et me rendis, solitaire, dans la salle où l’on m’a précédemment trouvée. Les premières arrivées se firent finalement à 19h pile, quand deux anciens étudiants taïwanais entrèrent dans la salle, l’un diplômé de maths, la seconde de musicologie. Ils furent suivis de près par deux professeurs d’informatique du College, et c’est ainsi que les présentations commencèrent. Chaque nouveau-venu qui pénétrait la salle commune serrait la main de tous ceux qui étaient là, et nous annoncions alors nos prénoms, dont je n’en retins presque aucun ; puis il se joignait au cercle que nous formions, lequel, peu à peu, ne tarda pas à s’étirer en ovale, à mesure qu’affluaient les convives. Intrigués sans doute par mon jeune âge qui contrastait avec ma Fellow’s gown (il y avait d’autres jeunes gens présents, mais ils portaient tous l’habit des élèves ou des doctorants), nombreux furent ceux qui vinrent me demander qui j’étais. Je leur expliquai donc, à tour de rôle, que j’étais la nouvelle lectrice française, en poste pour un an, et qu’il s’agissait de mon premier « dinner » ici. On me souhaita chaleureusement la bienvenue. Je me prêtai de nouveau aux traditionnels « small talks » de courtoisie, ne pouvant m’empêcher de poser quelques questions sur le fonctionnement de l’université, sur les coutumes que j’avais pu observer et sur ce qui allait suivre.
« Étant française, je suis parfaitement étrangère à ces rituels… confiai-je à mon voisin, un professeur au fort accent écossais.
– La plupart des Britanniques aussi », me répondit-il avec un sourire encourageant, dans lequel je crus deviner aussi une pointe de fierté contenue qui m’amusa.

La majordome vint finalement se poster dans l’encadrement de la porte. Nous la suivîmes jusqu’à l’entrée de la grande salle, où elle nous invita à passer. Nous nous avançâmes en colonne dans l’immense pièce, remontant l’allée de droite sous le regard respectueux des élèves qui nous accueillirent debout. Une fois parvenus à la High Table, qui se trouvait au fond, perpendiculaire aux autres rangées de tables et légèrement surélevée, chacun se posta derrière l’un des sièges à haut dossier contemporain qui l’entouraient. « Benedictus benedicat ! » clama le doyen qui présidait le repas ; et, avec un grand coup de marteau, il marqua le début du dîner.

Bienvenue à la High Table:
 


Je m’assis. Jamais je ne m’étais trouvée confrontée à autant de couverts à la fois. Je dénombrai une cuillère à soupe, deux fourchettes, deux couteaux, un troisième couteau plus petit dans une assiette destinée exclusivement à couper et beurrer son pain, ainsi qu’une petite cuillère et, enfin, trois verres dont deux à pied, pour le vin rouge et le vin blanc qu’on commençait déjà à nous servir.
« From the outside to the middle », me souffla discrètement Tom, le professeur de droit dont le hasard avait fait mon voisin, lorsque je lui fis part de mon embarras. Remarquant que tous avaient déplié sur leurs genoux leur serviette de table en coton blanc, je m’empressai d’en faire de même. On nous apporta, ce soir-là, une soupe de poisson à la rouille avec sa tartine de fromage gratiné ; un carré d’agneau aux herbes enrobé d’une fine croûte croustillante, et accompagné du gratin de pomme-de-terre le plus fin que j’aie mangé ; enfin, nous eûmes en dessert une tartelette au coing, avec une boule de glace à la vanille. Je savourai le tout avec délice, tout en faisant la conversation, comme il était de rigueur. Quand nous eûmes fini de manger, le doyen se leva le premier de son grand fauteuil, bientôt suivi de tous. « Benedicto benedicatur ! » s’exclama-t-il cette fois, et, dans le froissement des toges noires, nous refluâmes dignement vers la Common Room. Je restai quelques minutes boire une tasse de thé en compagnie de mes « collègues ». Puis, ma gown sous le bras, je regagnai le calme de ma chambre, où, comme il semble devenu mon habitude, je m’endormis, épuisée par les nouveautés de la journée.

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MessageSujet: Re: Voyage en terre d'outre-Manche   Mer 17 Oct - 23:26

Dieu ce que c'est impressionnant >.<

Je peux comprendre pourquoi ils appellent le Dining Hall "le parking", mais les tables en elles-mêmes...
Et les repas O.O Tu vas manger comme au restaurant comme ça tous les soirs ?!

C'est tellement... impressionnant, il n'y a pas d'autre mot !
Je comprends que tu t'endormes comme une masse, à ce stade xD

Courage à toi pour la suite de tes aventures Oxfordiennes !!!

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MessageSujet: Re: Voyage en terre d'outre-Manche   Aujourd'hui à 1:09

Réponse à Freddy:
 


Le 11/10/2018


Mes cours de la journée suivante s’avérèrent plus réussis. Les tentatives balbutiantes de la veille s’étaient muées en expérience à la faveur de la nuit, si bien que, préparée à ce qui m’attendait, je me présentai devant les élèves avec plus de confiance et de spontanéité. Ce changement dut aussitôt se sentir, et je suis surprise, même dans ces circonstances, de la facilité avec laquelle le courant passa pour mes deux classes. Je profitai d’ailleurs d’avoir organisé un jeu avec mes premières années – une partie de « Il était une fois », dont le principe est d’inventer un conte à partir des cartes que l’on a en main – pour me joindre moi-même aux festivités vers la fin de l’heure. Nous avons bien ri. Je ne pris d’ailleurs qu’alors conscience de l’état d’isolement dans lequel je me trouvais : n’étant ni élève, ni tout à fait professeur, il y avait plus d’une semaine que je n’avais pas eu d’interaction plaisante et désintéressée avec mes semblables, si l’on omet le dîner de la veille, où les sociabilités frappaient surtout par leur artificialité. La solitude n’est pas au rang des choses qui me pèsent ; néanmoins, la simplicité des échanges, à la fois compromise ici par l’aspect social et linguistique, commence à me manquer un peu.

En sortant du cours de thème avec mes deuxièmes années, je me sentais donc rassurée quant au déroulement de l’année à venir. Je rentrai chez moi récupérer les dernières copies qu’on m’avait envoyée, et, les ayant imprimées, je me mis à les corriger en salle des profs, bien décidée à en avoir fini dans la soirée puisqu’il me fallait les rendre le lendemain.
Quand les premiers collègues arrivèrent, je n’avais toujours pas fini d’annoter provisoirement le premier devoir. Je filai dans ma chambre passer ma gown, et redescendis pour me prêter aux mêmes rituels que la veille.

Si le dîner fut, comme on pouvait s’y attendre, très semblable à celui du jour précédent (j’avais décidément sous les yeux une tradition réglée comme du papier à musique, et au sein de laquelle chacun, autour de moi, semblait connaître par cœur sa partition), je me dois cependant d’évoquer certains éléments qui participèrent à le rendre, pour moi, tout particulier.
Premièrement, il y eut l’homme en face duquel je fus assise : un vieil Indien coiffé d’un grand turban bleu Klein, dont l’épaisse barbe blanche, qui lui donnait des allures de brahmane, détonnait dans cette atmosphère très « british ». Il m’apprit qu’il était physicien. Nous ne tardâmes pas à sympathiser, et alors que nous évoquions mon École à Paris, où il se trouve qu’il avait donné des conférences, nous fûmes interrompus par les hurlements de l’alarme incendie.
Le premier mouvement de la vénérable tablée fut d’échanger des regards perplexes. « En vingt-cinq ans, c’est la première fois que je vois ça ! » me confia mon interlocuteur au-dessus du bruit assourdissant des sirènes, avec une nonchalance qui n’eut pas vraiment pour effet de me rassurer. À ma droit comme à ma gauche, personne n’esquissa le geste de se lever, arborant simplement sur les traits une expression poliment contrariée et patiente. Je compris alors, sidérée, que rien n’interromprait ce repas dont chaque étape était pour ainsi dire gravée dans la pierre, dussent les domestiques s’armer d’extincteurs pour en garantir le bon déroulement. La majordome vint d’ailleurs souffler quelques mots à l’oreille du doyen qui se contenta de hausser les épaules, imperturbable.
Puis, après quelques minutes encore, l’alarme s’interrompit enfin, chacun soupira silencieusement d’aise, et les conversations reprirent. Le vieil Indien relança notre discussion où nous l’avions laissée, ouvrant grand la bouche quand il riait pour en laisser échapper un noble toussotement, les yeux pétillant derrière ses lunettes cerclées d’or. Quant à moi, je restai encore interdite de longs instants, abasourdie, je l’avoue, par l’expérience que je venais de faire de cette fameuse indolence toute britannique.
Dernière découverte de la soirée, non moins marquante : la promptitude qu’ont les domestiques à vous resservir quand vous finissez votre verre de vin. N’étant guère amatrice de la boisson, mais soucieuse, par politesse, de faire honneur aux crus qu’on daignait nous servir, je tentai, contrairement à la veille, de m’en « débarrasser » avant de commencer le plat, afin de pouvoir pleinement le savourer… On me resservit à chaque service. Et ce zèle à s’assurer que je ne manquasse de rien fit si bien que j’avais cessé de marcher droit, au moment de quitter la table et de remonter en sens inverse l’allée qui menait à la salle commune. Consciente de mon état peu glorieux, je m’éclipsai sans prendre le thé, et passai une bonne heure piteusement immergée dans la baignoire. Avant de me coucher, j’eus une pensée navrée pour mes copies : il leur faudrait, de toute évidence, attendre finalement jusqu’au lendemain matin.

Comme je n'ai pas de nouvelles photos en rapport avec cette journée, je vous laisse savourer l'image de quelques plats anglais !:
 

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