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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 All alone :music: [PV:Libre] | [1889]

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Andréa Eyssard
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MessageSujet: Re: All alone :music: [PV:Libre] | [1889]   Dim 8 Oct - 14:56

Il n'était pas encore huit heures du matin lorsqu'Andréa quitta sa chambre. En d'autres circonstances la scène aurait été exceptionnelle, mais la pâleur de ses traits et la fatigue qu'on y lisait encore indiquaient très clairement qu'il sortait d'une sale nuit. Un sommeil irrégulier et agité, entrecoupé d'images et d'odeurs qu'il n'aurait jamais dû endurer avait petit à petit rongé ses nerfs. La dernière heure ne l'avait pas épargné au point de l'arracher à la chaleur d'habitude si rassurante de son lit. Habillé à la va vite, il dégringola les marches à la recherche du réconfort le plus proche.

Edward ?

Son cœur se serra lorsqu'il découvrit le bureau vide de son oncle. Il aurait, sans hésiter, poussé la porte de sa chambre si une série de taches sombres ornant le tapis n'avait pas attiré son attention. Il les suivit avec hésitation d'abord, puis avec angoisse, jusqu'à découvrir la marque ensanglantée de la large paume de main d'Edward imprimée sur son bureau. Alors une peur indescriptible s'empara de son être et emporta avec elle toutes les laideurs de la veille. La gifle, la rixe, le commissariat, le cadavre… Plus rien ne comptait, plus rien à part son oncle.
Le louveteau s'élança dans les escaliers et cette fois, il appela avec force :

Edward !!

Le jeu de piste sordide se poursuivit jusqu'au rez-de-chaussé. Une trace plus importante que les autres le guida dans le corridor menant aux salles privées. Andréa appela encore, mais arrêta brusquement sa course devant l'une des pièces dont la porte était restée entrouverte. La poignée, rouge de sang, convainquit le jeune homme de doucement repousser le battant. Il n'aurait pas dû.
L'état de la pièce lui coupa le souffle. Le sol était couvert de débris, la fenêtre en miettes donnait sur un parquet et un tapis trempés par la pluie, les murs abîmés paraissaient avoir encaissés des chocs suffisants pour désaxer ou faire chuter les cadres. De tous les meubles, seul le divan semblait avoir survécu à ce qui ressemblait à une guerre.
Andréa sentit les larmes lui monter aux yeux et ce ne fut qu'après une profonde inspiration qu'il reprit ses recherches. Elles ne furent pas longues. De nouveau dans le couloir, à peine quelques pas supplémentaires suffirent pour qu'il croise un regard familier.

Manfred ? Mais qu'est-ce que tu fais… Oh.

En récupérant son ami emplumé, le jeune homme se retrouva nez à nez avec sa propriétaire dont le visage dépassait à peine de l'encadrement de la porte. Son sourire le rassura, mais alors qu'il allait l'interroger, elle lui fit signe de garder de silence. Il obéit sans comprendre et se pencha légèrement lorsqu'elle fit pivoter le battant de bois. Aldrick était allongé dans le canapé, Edward dormait dans le fauteuil. Le soulagement d'Andréa fut sans précédent, sa surprise tout autant.
Car Dolores lui raconta tout. Elle n'omit aucun des détails connus de l'affaire qui l'avait conduite, à quatre heures du matin, à soigner deux lycanthropes sérieusement amochés et réveilla chez le jeune homme un certain mécontentement. Vraiment ? Mais qu'est-ce qui leur avait pris ? Dire qu'Edward s'était permis de lui faire la leçon sur le fait de se contrôler… Bel exemple.
Une moue boudeuse se glissa sur les traits d'Andréa qui observa du coin de l'œil les deux adultes pendant que la doctoresse lui remettait une médications toute particulière. Ils se quittèrent dans un sourire complice et le louveteau n'eut plus qu'à attendre sagement que l'un des malades daigne se réveiller. Enfin presque. Dolores partie, la porte de la petite salle claqua violemment sous sa poigne.

Après toutes ces émotions, ils méritaient bien un petit coup de pouce !

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Aldrick Voelsungen
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MessageSujet: Re: All alone :music: [PV:Libre] | [1889]   Mar 10 Oct - 23:16

Dans un mouvement brusque, le corps entier d'Aldrick se souleva, et chaque coup de la veille se rappela d'un bloc à son bon souvenir. Pourtant, alors qu'il s'asseyait en tentant de comprendre ce qui se passait, il s'étonna d'abord de tomber nez à nez avec Manfred.

Par réflexe, le loup recula au fond du divan, avant de se cogner la tête légèrement. Mais bien assez pour le faire souffrir en malmenant ses blessures de la veille. Il lui sembla qu'on lui parlait mais il n'en comprit pas un mot.

- Andréa ? Qu'est-ce que tu fais chez moi avec ce drôle d'oiseau ?

Le loup noir fronça les sourcils, remarquant enfin que la pièce ne correspondait pas à son appartement, et que ses mains, en outre, étaient intégralement bandées, bien qu'il puisse bouger ses doigts.

- Des bandages ? C'est toi qui... ?

Aldrick n'acheva pas, surprit d'apercevoir Edward endormi non loin. Aussitôt, il se figea, puis se frotta les yeux, sidéré de réaliser que la réalité était belle et bien aussi étrange qu'elle paraissait. Surtout depuis que ce pigeon le fixait avec une intelligence toute relative, incrustée au fond de ses yeux globuleux. Bon, il ne paraissait pas dangereux, c'était déjà ça. Cela le rassura mais ne l'empêcha pas de soupirer.

Plusieurs secondes lui furent encore nécessaires avant qu'il ne parvienne à mettre véritablement de l'ordre dans son esprit. Quand ce fut fait, il passa une main sur son visage, la laissa ensuite glisser dans son cou et n'osant regarder le plus jeune, hésita, se mordit la lèvre brièvement, la douleur lui défendant de poursuivre, le loup noir finit par abandonner avec dépit, dans un murmure caverneux :

- Je présume que j'ai passé la nuit ici ?

Mais sans attendre de véritable réponse, il glissa avec regret, surprit de la tonalité de sa propre voix, en poursuivant pour ne pas réveiller le loup blanc :

- Je suis désolé pour hier. Edward avait raison : je n'aurai jamais dû te laisser monter là-haut tout seul.

L'aveu lui arrachait la bouche, mais c'était une réalité.

- Tu as pu dormir un peu quand même ?

Ses iris d'or détaillèrent cette fois la frêle silhouette de son homologue, juste assez pour noter la pâleur de son visage et faire augmenter sa culpabilité. Mais ce fut surtout la colère qu'il sentit qui le mit mal à l'aise. Honteux, le loup noir aurait probablement baissé vivement les oreilles sous sa forme lupine, mais là, il ne put que poursuivre dans un murmure :

- Pardon. C'est légitime que tu sois fâché. Je ne pensais pas le retenir aut...

Mensonge. Aldrick bafouilla, entrecroisa ses doigts douloureux entre eux avant de fixer le sol avec inquiétude, y discernant tâches de sang et couverture. À nouveau, il hésita, soupira et passa une main dans ses cheveux, en abandonnant sans parvenir à soutenir le regard d'Andréa :

- Non, en fait, j'avais des comptes à régler et je voulais en finir avec ton oncle.

Un silence lourd de sens se coucha entre eux. Cette fois, il est on ne peut plus sincère. À tous les sens du terme. Probablement qu'en d'autres circonstances, il aurait été fier de lui, pourtant, ce fut avec un certain pragmatisme, qu'il fut forcé de reconnaître l'évidence :

- Mais il n'est plus le loup que j'ai connu. Plus du tout.

Puisant dans ses forces, Aldrick ramassa la couverture pour la poser sur le canapé et se remettant debout manqua de vaciller. Seul son orgueil lui permit de tenir bon. Le brun se rapprocha, tendit la main pour la poser sur l'épaule d'Andréa, mais se ravisa, laissant son bras retomber le long de son corps. Jamais, depuis le fameux soir où il l'avait mordu, il ne l'avait vu si fatigué et en colère. Mais que savait-il de lui après tout ? Après l'avoir abandonné une première puis une seconde pas plus tard que la veille à d’effroyables démons. Il secoua ensuite légèrement la tête en réalisant sa propre bêtise, avouant sans y prendre garde d'un ton presque inaudible, à la suite de ses pensées :

- Pff, on peut dire que j'ai bien choisi mon soir pour agir comme un gosse égoïste, tiens.

Un nouveau soupir las le prit. C'était trop tard pour ce genre de regrets de toutes façons. Tâchant de reprendre contenance, il fallut tout son courage au lycanthrope pour proposer :

- C'est probablement déplacé de ma part, vu mon comportement d'hier, mais si tu veux parler de... Tout ça. Tu peux venir me voir quand tu veux.

Il se massa la joue, sans parvenir à sourire, s'attendant à en prendre une d'un moment à l'autre, aussi il préféra prendre les devants, en fixant brièvement Edward, avant de fermer les yeux.

- En tout cas, c'est grâce à toi s'il est différent aujourd'hui. Je ne sais pas par quel miracle tu as réussi à l'apprivoiser, mais merci.

Malgré son air fatigué et les nombreuses blessures qui scindaient son corps-ci et là, la reconnaissance éclatait dans la voix du loup noir, avec une intensité qui dépassait de loin la rancœur qu'il avait jadis accumulée. Après quoi, Aldrick parut plus serein lorsque ses iris d'or se perdirent dans ceux noisettes du louveteau. Un fin sourire, sincère et doux étira ses lèvres quelques secondes, puis il fit un pas vers la porte et entreprit de quitter la pièce, sans parvenir toutefois à s'empêcher de noter :

- Oh, et c'était de ma faute hier soir. Je n'ai pas pu m'empêcher de lui rendre le coup qu'il t'avait filé. Entre autres. Mais à ce que je vois... Tes poings te démangent quand même.

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Andréa Eyssard
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MessageSujet: Re: All alone :music: [PV:Libre] | [1889]   Dim 15 Oct - 18:47

Leçon n°12 : Le langage corporel.

Prenons l'exemple d'un jeune loup-garou. Il n'a pas encore la vingtaine, sort d'une très mauvaise nuit et se retrouve dans la désagréable situation suivante : écouter un adulte en lequel il a naïvement cru pour finalement se rendre compte que ce dernier était un parfait idiot.
On remarque immédiatement une certaine crispation chez l'adolescent. Son corps tout entier se raidit dans une forme de rébellion silencieuse qui s'intensifie après chaque seconde passées dans ce mutisme forcé. En réalité, les moindres muscles de ce corps  hurlent leur désapprobation en se contractant à l'excès. On le remarque parfaitement dans ces poings si rageusement serrés que le sang semble y manquer. Les mâchoires sont également une zone clef. Ici elles sont soudées par une colère si féroce qu'elle saillit les veines et les tendons du cou. Les yeux enfin trahissent plus facilement encore les intentions. Là, le regard noir, presque masqué par les sourcils fortement froncés, laisse deviner le nombre de secondes avant l'explosion. Trois, deux, un…

Vous avez fini de dire n'importe quoi ?

La voix d'Andréa éclata enfin. Forte et furieuse, elle s'éleva au-dessus de toute opposition. Son regard était glacial, hostile même, comme jamais depuis des années et il n'était destiné qu'à Aldrick. Pourtant deux mains nerveuses vinrent brièvement le dissimuler. Les doigts longs et fins du violoniste passèrent sur ses traits marqués par la colère, remontèrent dans ses mèches noires encore en désordres et redescendirent dans son cou, sans jamais réussir à lui rendre même un soupçon de calme. Tant pis.

Qu'est-ce que vous espériez ?! Que je vous tombe dans les bras en apprenant que vous avez eu la délicatesse de ne pas tuer mon oncle ?

Cette fois-ci le jeune homme se rapprocha du loup noir. Un seul pas avait suffit. Immense et inévitable, il lui permit de poser un index accusateur sur le buste de son interlocuteur :

Vous aviez juré de ne pas le mettre en prison ! Mais peut-être que vous auriez dû me dire qu'à la place vous vouliez lui régler définitivement son compte ?! Et si vous aviez réussi, hein ? Vous y avez pensé à ça ?

L'idée même d'entendre à nouveau sa voix lui fit à tel point horreur qu'il s'empressa d'ajouter :

Ne répondez pas.

Une profonde fatigue s'empara brusquement des traits du jeune homme. Après un soupir audible, il se détourna du commissaire sans lui accorder la moindre attention et rejoignit la petite table basse derrière eux, où il avait déposé Manfred et les concoctions préparées par Dolores. Le pigeon se manifesta dans un roucoulement bienveillant lorsqu'Andréa récupéra deux des fioles. Il se redressa et les tendit à Aldrick à bout de bras :

Pour vous, de la part de notre doctoresse. Il faut prendre le rouge en premier et le bleu après. Elle a insisté. Elle saura si vous ne les prenez pas et je vous déconseille de la sous estimer sur ce point là. Même lui le fait pas.

Andréa indiqua son oncle d'un mouvement de tête. Malgré lui, son regard s'attarda sur sa silhouette toujours assoupie et se gonfla d'une brève, mais intense inquiétude. Jamais il ne l'avait vu comme ça. Bon sang mais qu'est-ce qui lui avait pris ? Sa colère revint à la charge dans la seconde. Le garçon croisa les bras et reporta enfin son attention sur Aldrick.
Il se garderait bien de lui souffler que chacun de ces deux breuvages était absolument infecte et que l'un d'entre eux était probablement parfaitement inutile. La punition était méritée et presque trop gentille selon le jeune homme qui n'avait oublié ni le sang dans le bureau de son oncle, ni la salle privée complètement mise à sac. Le louveteau ne se priva d'ailleurs pas pour en remettre une couche et ajouta d'un ton grinçant :

Dire que je vous ai fait confiance…


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MessageSujet: Re: All alone :music: [PV:Libre] | [1889]   Jeu 19 Oct - 17:14

Aldrick baissa les yeux dès le premier éclat de voix, sans trop savoir quoi dire. Ses iris d'or remontèrent malgré lui sur le corps fin d'Andréa avant de passer sur Edward. Lui aussi était mal en point et c'était uniquement à cause de son égoïsme.

- Non je...

Aldrick n'acheva pas, l'unique contact de l'index vindicatif du louveteau sur son torse, avait suffi à le dissuader de répliquer tant il ressentit intensément toute la rage qui s'était emparée de lui. Était-ce parce qu'il était son mordu ? Probablement. Un frisson lui remonta intégralement l'échine et chaque mot du louveteau lui parut plus véridique et plus douloureux encore que tous les coups réunis de son oncle.

La suite pourtant lui arracha un regard froid. Oh ça oui, il y avait pensé. Cela faisait longtemps qu'il y pensait. Beaucoup trop longtemps. Andréa dû le sentir car il interdit aussitôt toute réponse, préférant lui tendre deux flacons.

Le brun ne put que le remercier en arquant un sourcil, étonné de se voir livrer de la médecine alors que l'instant suivant, il était si proche de s'en prendre une. Tout autant que de savoir qu'il existait des gens qui avaient assez de pouvoir sur Edward pour qu'il les écoute avec attention. D'un geste maladroit, il enserra les fioles, et s'apprêtait à parler avant d'être devancé. Ses doigts se crispèrent sur le verre et il lui fallut toute sa concentration pour ne pas les briser dans la seconde. Il déglutit avec difficulté, encore marqué de cette réplique pire qu'une gifle, avant d'abandonner plus sèchement qu'il n'avait originellement voulu :

- À t'entendre, ton oncle n'a aucun tord. Crois-tu vraiment que nous nous serions battus à ce point sans raison ?

Sa curiosité sur la doctoresse s'était envolée. Tant et si bien qu'il n'attendit pas de réponse, pour souligner :

- Par ailleurs, et aussi inconcevable que ça puisse te paraître actuellement, sache que je serai toujours de ton côté. Toujours.

Le loup noir planta son regard doré dans celui de son homologue pour être certain que le message serait compris. Quand il eut l'impression que ce fut le cas, il se détourna et entreprit de gagner la sortie.

- Je vais vous laisser. Je crois que j'ai bien assez abusé de votre hospitalité.

Les quelques mètres qu'il avait à faire lui rappelèrent sans mal ses blessures de la veille, mais serrant les dents, le brun parvint miraculeusement à s'avancer jusqu'à la porte sans vaciller de trop. Sa main se serra sur la poignée et le souffle court du peu d'efforts déployés pour ce simple parcours, la voix encore caverneuse d'Aldrick s'éleva de nouveau.

- S'il te plaît, Andréa. Dis simplement à ton oncle que je paierai pour le mobilier et les soins. Pour la fille dans le couloir et... Enfin, tout ce qu'on abîmé, je ne me souviens pas bien, mais... Qu'il m'envoie la note.

Priant intérieurement pour que le plus jeune ne se rende pas compte du rouge qui colorait à présent ses oreilles et de tout l'orgueil qu'il lui avait fallu mettre de côté simplement pour dire ça, le loup noir grimaça en appuyant plus conséquemment sur la poignée. Cette simple action ayant réveillé sans mal la douleur de sa main malmenée. La porte s'entrouvrit dans un grincement distinctif, mais désagréable ; dans un ultime effort, Aldrick inspira profondément et annonça avec un bref sourire, en se retournant à peine :

- J'espère vraiment qu'on arrivera à discuter normalement un jour lui et moi.

Ses iris d'or détaillèrent brièvement Edward avant de revenir sur Andréa, puis sur la poignée à la hâte. Car il était bien trop conscient que le rouge à ses oreilles avait gagné en intensité.

- Au revoir Andréa.

Mais à l'instant, où il s'apprêtait définitivement à partir, quelque chose lui tapa dans l'épaule, avant de chuter au sol.
Aldrick retint avec difficulté un cri de douleur, arqua un sourcil, en reconnaissant Manfred sur le parquet et perplexe, avisa le plus jeune, sans comprendre.

- Rouh ?
- Qu'est-ce qui lui prends ?

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Andréa Eyssard
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MessageSujet: Re: All alone :music: [PV:Libre] | [1889]   Mar 24 Oct - 20:58

Bien. Visiblement il était le seul adulte responsable dans cette pièce, alors même qu'il n'était pas majeur ! Le monde était tout de même mal fait.

Andréa écouta Aldrick, vraiment, mais il accueillit chacun de ses propos avec une réticence visible et appuyée par le moindre de ses gestes. Lever les yeux au ciel, soupirer, grimacer, le jeune homme n'épargna rien à son aîné dont il ne voulait recevoir ni conseil, ni leçon. Il fut même heureux lorsque ce dernier se décida à quitter les lieux (de toute façon si c'était pour bafouiller de telles inepties, sa présence ne servait à rien). Mais allez savoir pourquoi ce fut à l'instant précis où il atteignait la porte que Manfred se lança à sa suite dans un vol maîtrisé. L'oiseau le heurta et retomba sonné au sol. Andréa le ramassa doucement, puis se redressant, il fit face à l'interrogation commissaire avec un froid glacial :

Probablement qu'il essaie de vous coller la mandale que je me retiens de vous mettre depuis cinq minutes. C'est gentil Manfred, merci. Je peux au moins compter sur toi.

Les derniers mots avaient été méticuleusement pesés. Prononcés lentement, appuyés avec insistance, il n'avaient aucun autre but que d'enfoncer purement et simplement le clou. La boule de plume retrouva le confort de la pile de couvertures sur la table basse dans un roucoulement douillet, tandis qu'Andréa se tournait à nouveau vers Aldrick, prêt à le guider définitivement vers la sortie cette fois. Pourtant quelque chose l'arrêta. Il le détailla en silence, remarqua enfin ses nombreux bandages, la fatigue qui tirait ses traits et cette gêne palpable qui semblait s'écouler de tout son être. Le jeune homme frissonna.
Un instant il crut se voir adolescent, sauvé par Edward de cette rage parasite qui le poussait à souhaiter leur mort à tous. Cette sensation étrange lui retourna l'estomac si violemment, que le louveteau porta une main à ses lèvres et pâlit. Sa colère s'évanouit d'un coup et un long soupir souleva ses maigres épaules :

Sérieusement ? À quoi vous pensiez tous les deux ?

Andréa s'appuya contre l'accoudoir du divan, passa une main sur son visage et fixa ses pieds avec un air songeur, incertain des paroles qu'il devait tenir. Finalement quelques mots très simples lui vinrent en tête, ceux qu'il aurait aimait qu'on ait pour lui s'il avait été à sa place :

Excusez moi…

Il releva ses yeux noisette et les posa avec une douceur nouvelle sur le commissaire. On y lisait beaucoup de compassion, mêlée à une compréhension vague et lointaine qui se voulait pourtant sincère. Le jeune homme esquissa un geste incertain, pressentant une possible interrogation et expliqua :

Je n'ai pas à vous juger sans savoir, c'est désagréable et injuste pour tout le monde. C'est juste…

Un nouveau soupir. Il ferma juste une seconde les yeux, pencha la tête en arrière et reprit en faisant à nouveau face au commissaire :

Edward est un idiot. C'est pas nouveau. Il est plein de maladresse et fait n'importe quoi dès qu'il est submergé par ses émotions. Vous m'aviez l'air de quelqu'un de solide, alors…

Son silence parla pour lui et le reste de passait de commentaire. Alors Andréa se détourna de son interlocuteur et récupéra machinalement la couverture qu'il avait laissée sur le divan. Il la plia, puis se remémorant les paroles du commissaire, il ajouta en se tournant vers lui :

Une dernière chose. Pour la note, si vous la voulez il faudra venir la chercher.

Il se rendit compte tardivement que ses mots pouvaient porter à confusion et ajouta aussitôt en esquissant un geste qui signifiait qu'il n'avait pas souhaité se montrer déplaisant :

C'est parce qu'il ne vous l'enverra jamais que je vous dis ça. Il est plutôt du genre à tout résoudre tout seul, vous voyez.

Un faible sourire se glissa sur ses lèvres. Sourire qui se serait peut-être effacé si le jeune homme avait aperçu les deux iris dépareillés qui l'observaient dans l'ombre.

Edward était réveillé, restait à savoir depuis quand.


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MessageSujet: Re: All alone :music: [PV:Libre] | [1889]   Sam 25 Nov - 12:00

1-0 pour Manfred.

Les iris d'or d'Aldrick coulèrent sur le duo improbable du loup et du pigeon. S'il était habitué à recevoir des menaces de ce genre, il était bien rare qu'il doive les prendre au sérieux. Mais là, le loup noir s'estima heureux que ce soit Manfred qui s'en soit chargé, tant le volatile lui paraissait inoffensif, en comparaison avec la colère qui animait le jeune loup. Nul doute qu'après ça, il aurait eu bien du mal à s'exprimer si c’était Andréa qui l'avait frappé.
Il ouvrit néanmoins la bouche pour parler, mais face à l'antipathie palpable de son interlocuteur Aldrick se ravisa, préférant fourrer les fioles dans l'une des poches de son pantalon, avant de remonter son regard vers lui. Alors seulement, il remarqua la pâleur du plus jeune. Son cœur s'emporta dans une danse folle et l’inquiétude mangea son visage si violemment, qu'avant même qu'il en ait conscience, il s'était déjà rapproché d'Andréa en posant sa main sur son épaule.

- Hey ! Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne te sens pas bien ? Tu...

Andréa dut sentir sa crainte, car sa réponse le stupéfia au plus haut point. Il ne put que détourner le regard avant de le libérer, honteux. Aucun argument ne trouva grâce à ses yeux pour assurer sa défense. Il s'était conduit comme un parfait imbécile, et il était normal qu'il en assume à présent les conséquences. Fermant les yeux fort, en sentant le coup venir, Aldrick les ouvrit pourtant aussitôt de stupéfaction, sans comprendre d'abord d'où venaient ces excuses. La suite ne fit que le laisser plus bête encore. Jusqu'à ce qu'un fin sourire timide n'étire finalement ses lèvres.

- Je crains de ne pas être loin derrière ton oncle en terme de bêtises.

Gêné, Aldrick passa une main dans ses mèches rebelles avant d'ajouter :

- Tu le connais bien on dirait. C'est rare d'avoir droit à ce genre de portrait. Je comprends mieux pourquoi vous vous complétez tant. C'est quelqu'un de vraiment important pour toi, pas vrai ?

Son sourire s'élargit encore un peu, lui donnant un air presque envieux, avant qu'il ne hausse un sourcil au sujet de la note.

- Je vois. Je doute qu'il ait encore envie de me voir, mais je ferai ça al...

Un frisson souleva le corps entier d'Aldrick tandis qu'il poursuivait en puisant dans sa fierté pour soutenir le regard disparate qui le détaillait à présent, tout en concluant :

- ... Ah, tu es réveillé. Peut-être que tu préfères me la donner maintenant, du coup ?

Une seconde trop tard, son instinct lui souffla qu'il aurait mieux fait de la fermer. Peut-être qu'il n'avait rien entendu du début de leur conversation et qu'il n'y comprenait rien ? Voilà que dès le réveil il lui demandait quelque chose d'improbable après avoir gâché sa soirée, entre autres. Pourtant, il s'avança calmement près d'Andréa de crainte qu'il ne subisse un potentiel courroux, sans trop savoir toutefois, que dire pour masquer le trouble qui venait à présent de s'emparer de son être. Maladroitement, le loup noir tenta tout de même :

- Est-ce que... Ça va ?

Aldrick peina à retenir un soupir, lassé de sa propre bêtise, pourtant, ce fut clairement qu'il s'entendit déclarer, n’ayant cure de le couper dans un potentiel remontage de bretelles :

- Je suis désolé. Pour tout ça. Pour hier et pour… Tout ça. Je suis désolé.

Il inspira rapidement et sans ciller ajouta pour le bigaré :

- Est-ce qu’on pourrait… Essayer de discuter calmement ?

S’il avait bien conscience que sa requête pouvait passer pour ce que les Humains appelaient communément « l’hôpital qui se fout de la charité », le lycanthrope n’en démordit pas pour autant et campa sur ses positions. Ajoutant à la hâte de crainte qu’un refus ne tombe :

- Au moins pour lui.

Il désigna Andréa, et reprit :

- Toi aussi, tu n’aimes pas l’inquiéter, non ?

Si en temps normal, le fait d’évoquer un potentiel point commun avec le loup blanc lui aurait non seulement hérissé le poil, mais aussi donner envie de coller son poing dans la truffe d’Edward, cette fois, il n’en fut rien. Aldrick resta étonnement calme. La fatigue rongeait son visage à l’égal de celle de son homologue ; pourtant, s’entêtant encore, plus téméraire, il interrogea, en surveillant ses réactions comme le lait sur le feu :

- Pourquoi avoir demandé à me faire soigner ?


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Edward White
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MessageSujet: Re: All alone :music: [PV:Libre] | [1889]   Sam 13 Jan - 15:52

Edward aurait préféré ne jamais se réveiller. Il aurait préféré ne jamais entendre ces vérités sortir si naturellement des lèvres de son neveu. Il était un idiot. Il faisait n'importe quoi. Et il le faisait seul. Magnifique. Il se sentit honteux, pitoyable, blessé. Disparaître, quitter cette pièce était pour lui l'unique échappatoire, mais il en était incapable. Constante, omniprésente, la douleur clouait ses bras engourdis au fauteuil, ses jambes ankylosées au sol et pulsait au rythme de son cœur déchiré. En lambeau lorsqu'il s'était assoupi, ce matin la présence d'Aldrick lui donnait l'impression qu'on y plantait encore une lame pour en disperser les morceaux.

Il souffrait et cela se voyait.

Est-ce que... Ça va ?

Edward se pinça les lèvres, sa mâchoire serrée au point d'en faire grincer ses crocs. Encore un peu assommé par les calmants administrés par Dolores, le loup blanc ne fut pas en mesure de savoir si son homologue était stupide ou si son sens de l'humour se résumait à une basse cruauté. Mais cela n'avait, désormais, aucune importance.

Oui.

En fait non, mais il était heureux qu'on lui laisse le privilège de ne pas l'admettre.

S'en suivit une scène irréelle. D'abord Aldrick s'excusa. Distinctement, sans incompréhension possible. Une farce au regard du loup blanc, qui voulut s'épargner ce spectacle. Se redressant nerveusement dans son siège, il ouvrit une bouche grimaçante, mais s'étouffa avec ses propres mots lorsqu'il croisa le regard de son neveu. L'inquiétude et les reproches qu'il y lut le dissuadèrent de toute contestation. Ce fut en silence qu'il se résigna à assister à la suite de ces aberrantes déclarations. L'héritier Voelsungen ne lui épargna rien, pas même l'emploi injuste et facile de son affection pour son neveu. La dernière phrase résonna à ses oreilles comme ultime coup bas, triste question due à la surprise que l'ignoble Vyresh ait renoncé à le laisser se vider de son sang. Puis plus un mot.
Alors Edward attendit, ses doigts enfoncés jusqu'au bois de ses accoudoirs, et comme aucun autre son ne quittait les lèvres du loup noir, il osa demander :

Tu peux aller me chercher de l'eau Andréa ?

Regard suspicieux du louveteau pour ses deux homologues. Il croisa les bras avant de répondre :

Vous n'allez pas vous battre ? Encore ?
Non.
Promis ?
Juré. Et si Aldrick essaie, je lui briserai les bras.
Tu es vraiment nul pour rassurer les gens…

Edward avoua d'un haussement d'épaules. Le garçon hésita encore une seconde, puis quitta la pièce en jurant de faire vite. Son oncle en fut soulagé et se leva après un mouvement pénible. Son regard dépareillé soutint celui d'Aldrick, mais il n'esquissa pas un seul geste dans sa direction et lorsqu'il prit la parole, ce fut en passant une main moite sur sa tête tournante :

Soulagé ? Maintenant qu'il n'est plus là tu n'as plus besoin de faire semblant.

Car il faisait semblant, Edward en était persuadé. Après cette nuit, tout ce verbiage ne pouvait être qu'une mascarade. Pour une raison qui lui échappait, ce loup s'était entiché de son neveu et c'était uniquement pour lui éviter une peine inutile qu'il avait mimé un tel élan de compassion. Tant mieux. Mais qu'il n'espère rien d'autre. D'ailleurs, autant que les choses soient claires :

Tu veux savoir pourquoi je t'ai fait soigner ? Parce que je suis ton roi et si mauvais et monstrueux que je sois, je fais tout ce que je peux pour vous.

Il reprit rapidement un souffle que son cœur battant tentait de lui retirer et, levant l'index vers son unique interlocuteur, il ajouta sans le laisser intervenir :

Et c'est désormais tout ce qui nous liera.

Sa fermeté avait vacillé sur les derniers mots. Sa voix s'était abîmée et avait perdu de sa force. Edward le mit sur le compte de la fatigue, mais il savait que c'était autre chose. Et lorsqu'il reprit la parole ce fut en puisant dans son orgueil pour ne pas détourner ses iris de ceux de son interlocuteur :

Tu voulais ma mort Aldrick ? Considère la comme acquise. Tu ne m'auras plus dans les pattes.

Plutôt que de lutter jusqu'à l'épuisement, Edward acceptait de devenir une ombre dans la vie des siens. Il resterait roi, il prendrait soin d'eux, mais il ne chercherait plus jamais à être l'un d'eux. La leçon avait été on ne peut plus claire et il n'était pas loup à se la faire répéter deux fois.

Un choix à contrecœur, pour rester en vie, quoi qu'ils en pensent.


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