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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 Pôle-Nord ! Terminus, tout le monde descend ~

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Edward White
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MessageSujet: Pôle-Nord ! Terminus, tout le monde descend ~   Sam 21 Déc - 17:48

Résumé des épisodes précédents


Suite à une dispute entre Edward et Aldrick au sujet de l'existence du Père Noël, il a été décidé de partir à la recherche de ce dernier en compagnie de plusieurs autres enfants.

Le petit groupe atterrit rapidement chez Philibert, un vieil ermite, qui leur confia la clef ouvrant le passage menant chez le Père Noël, ainsi qu'un moyen de transport des plus inhabituels : un traineau tiré par un ours blanc nommé Pollux.

Leur folle course les entraina sur les terres de Hans Trapp, le père fouettard, qui les accueillit en grande pompe avec son armée de bonhommes de neige démoniaques. L'un d'eux réussi à subtiliser la clef, contraignant les enfants à le poursuivre. Ils ne parvinrent pas à le rattraper, mais terminèrent leur trajet au pied de la maison de Hans Trapp.

Un commando fut alors organisé et le plus maigrichon de la bande fut envoyé à l'intérieur de la bâtisse pour subtiliser la clef.

Malheureusement, le groupe fut repéré par le terrible Père Fouettard, qui leur fit une peur bleue, et garda prisonnier Edward, jusqu'à ce que qu apparaisse le Père Noël, accompagné du plus jeune de la troupe. Provoquant la joie des plus jeunes, et adoucissant grandement Hans lorsqu'il présenta une assiette rempli de gâteaux.

Après quelques explications, et pour prouver aux plus réticents qu'il était bien le plus grand fabriquant de jouets au monde, le Père Noël activa la clé, ouvrant ainsi un passage vers sa véritable maison.

Et les voilà entrés dans la maison du Père Noël…




Évent de Noël | Partie n°2


Nous voici donc à la seconde partie de l'évent de Noël. Pour ceux qui auraient raté l'ouverture des festivités, vous pouvez lire le résumé présenté ci-dessus afin de mieux comprendre la suite et l'identité des divers PNJ présentés ci-dessous.

N'oubliez pas de faire défiler sur la droite pour pouvoir tout lire

Le déroulement de l'évènement est très simple : chaque participant doit réaliser un poste de RP (et un seul) dans lequel il mettra en scène son personnage rajeuni d'une douzaine d'années dans la maison du Père Noël. Essayez d'en faire une belle histoire, comme un conte de Noël où l'unique limite est celle de votre imagination !


  • Lors de cet évent, votre personnage va donc rajeunir. Pour tous ceux dont l'âge est situé entre 18 et 26 ans, vous perdrez automatiquement 12 années. Ceux ayant moins de 18 ans seront ramenés à 6 ans, tandis que ceux ayant plus de 26 ans reviendront à leur 14 ans.

  • Ce rajeunissement n'est pas une excuse pour complètement changer le caractère de votre personnage. Essayez de vous adapter et d'imaginer les réactions de ce dernier lorsqu'il était enfant o/

  • L'histoire commencera donc lors de votre découverte de la maison du Père Noël. Il vous laisse vous promener sans contrainte chez lui et découvrir les merveilles dont son habitation regorge. À cette occasion, vous pourrez rencontrer certains des personnages dévoilés ci-dessus et peut-être vous lier d'amitié avec l'un d'entre eux !

  • Ces PNJs sont là pour être utilisés (vous pouvez donc les faire bouger, parler etc.) et pour vous donner une idée du panel de personnage que vous pouvez faire intervenir dans votre histoire. Vous n'êtes, bien sûr, pas obligés de tous les faire intervenir et vous êtes libres d'en utiliser d'autres tout droit sortis des profondeurs de votre imagination.

  • Si l'aventure commence chez Noël, vous n'êtes pas obligés d'y rester. Libre à vous de lui emprunter son traineau pour partir explorer le monde ! Vous avez le choix, alors faites nous rêver ! Et si possible, en restant dans le thème de l'hiver et de Noël.


Mais surtout, faites vous plaisir, c'est le plus important !

Vous posterez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au 05 janvier (au soir) pour rédiger votre histoire ! /o/

N'hésitez pas à contacter le staff si un élément vous semble flou, on vous répondra le plus rapidement possible !

Et bonnes fêtes à tous !
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Randon M. Gray
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MessageSujet: Re: Pôle-Nord ! Terminus, tout le monde descend ~   Sam 28 Déc - 16:44

Des flocons de neige tombant paisiblement sur des quartiers désertés par le froid. De la poudre blanche, ensevelissant les toits des maisons, dominant les pavés des rues, et parfois, servant de draps aux malheureux sans-abris s'étant endormis dans le froid, tenant fermement contre leur poitrine leur absinthe ou leur cognac...

Tel était le spectacle auquel Randon pouvait assister dans ces rues londoniennes durant ce mois d'hiver plutôt glacial!

Il marchait gaiement, perturbant le silence des Square par ces petits pas d'enfants s'enfonçant assez profondément dans la poudreuse. Ses yeux bleutés tentaient de fixer le ciel, mais la grisaille qui le recouvrait l'éblouissait tant qu'il fût contraint d'abandonner sa contemplation. Il passa devant des maisons, chauffées, où une cheminée surplombait les tuiles, et d'où s'échappait une accueillante fumée témoignant du confort des occupants de l'habitation. Le petit noiraud s'arrêta un moment, devant une fenêtre. Une petite fille, sur les genoux de son papa, découvrait avec joie la poupée de lin qui venait de lui être offerte. Son père l'observait tendrement tandis que la Mère amenait à table ce qui semblait être une bonne soupe accompagnée de pain de mie blanc. Tous trois se mirent ensuite à table. Au même instinct, le ventre de Randon manifesta son mécontentement par un son guttural peu élégant. Le jeunot serra un moment les dents puis... soupira.

Le Père-Noël... L'Esprit de Noël ! A quoi bon croire à toutes ces choses ! Elles ne lui arrivaient jamais ! A cet instant, Lydia transpirait de fièvre auprès de Mère, en train de lui passer de l'eau fraîche sur le front... Tu parles d'un cadeau ! Toutes ces belles histoires... n'étaient que sottises...


"Oh, dis-donc Monsieur Pessimiste, tu es bien jeune pour ne plus avoir foi en Noël !"



La voix étrange, sortie d'absolument nulle part, le fit sursauter. Se retournant brusquement, Randon chercha son interlocuteur ... mais ne trouva personne.


"Oh, toi, mèches folles, t'es aveugle ma parole !"

Randon s'irrita. Il tournait la tête à gauche, à droite, cherchant peut-être en hauteur, sur les toits, guignant même vers les détritus... mais rien.

"Iciiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ♪"

Marchant de quelques pas, le jeune Gray observa les ruelles voisines mais... à nouveau, nada.

"Lààààààààààààààààààà ♫"

Le jeunot vint même à se demander si l'origine de la voix ne provenait pas des gouttières, mais alors qu'il s'en approchait, son regard crocha une silhouette, devant lui, à quelques mètres.

"Ah bah enfin !"

Une silhouette pas tellement plus haute que lui, mais bien plus imposante. Pour cause, ladite silhouette était composée de trois parties : une grosse boule faite de neige pour le tronc, une moyenne boule pour un torse bombé de boutons, et une petite boule pour la tête, d'où émanait fièrement une carotte, faisant office de nez. Deux billes noires servaient de yeux, mais malgré leur apparence figée, ils furent capables d'exprimer leur impatience.

"T'es fin des os, mais pas un fin observateur toi hein !"

Randon s'offusqua. Surpris, et totalement abasourdi, il trébucha même sur son propre pied en reculant.

"Un... Je... Je parle à un bonhomme de neige..."

"Pah, sois pas discriminatoire ! Y en a bien qui parlent à leur cheminée ! Au fait, le bonhomme de neige a un nom. Je m'appelle Elekias. Et toi ?"

Le silence qui fit office de réponse à l'être fantastique témoigna de la stupeur du garçon. Aussi, Elekias exprima un bref soupire et croisa les deux branches qui lui servaient de bras sur sa poitrine toute blanche.

"... bon je vais m'présenter alors ! Alors voilà... j' fais partie des bonshommes de neige qui entourent la maison du Père Noël. Normalement, notre boulot, c'est d'apparaître çà et là... durant les fêtes de Noël, juste pour veiller sur vous les Humains, et égayer le paysage accessoirement. Mais bon... quand j'ai vu ta mine de chien battu et ton petit air attristounet, j'ai pas pu m'empêcher de me manifester. Oui je sais c'est mal, Rudolphe va sûrement me croquer le nez pour ça mais bon... Je vais t'faire entrer dans la maison du Père Noël. Tu y croiseras du beau monde, dont Iacob, un copain à moi. Peut-être même qu'avec la chance, tu croiseras notre grand barbu bedonnant adoré ! Allez, cesse de morfondre, enlève-moi cte neige de tes habits, et prends-moi la brindille !"

Tendant sa fine branche, les boutons qui formaient sa bouche se mouvèrent en un sourire qui n'eut pas l'effet de rassurer Randon...

Mais c'était quoi ce délire ? L'aîné Gray recula de deux pas tout en se dépoussiérant, ne s'apprêtant à faire qu'une chose : courir dans les jupes de sa mère.

"Allez quoi... on a des cookies."

Alors qu'il allait se retourner, le grognement de son ventre le stoppa dans son élan... Son scepticisme et sa peur furent en un instant balayés par la faim... Et machinalement, le jeune anglais s'approcha de cette boule de neige vivante et apposa sa petite main frêle et blanchie par le froid sur le bout de bois rugueux de Elekias.

Et c'est parti !

♦♦♦♦

Lorsque Randon eût cligné de l'oeil, le paysage qui s'offrait à lui changea du tout au tout. Ce n'étaient plus les quartiers sombres et déprimants d'une Londres où la pauvreté était massive. Non...

Une étendue de neige et de glace. Il y en avait tant, qu'on pouvait à peine deviner l'horizon. Et, malgré les températures hautement négatives, le froid qui y siégeait n'était pas glacial, il ne frigorifiait pas les poumons et ne rendait pas la respiration difficile comme cela aurait normalement dû être le cas. Non... une douce fraicheur venant caresser les joues et les rougir un tantinet, sans les meurtrir.

Etait-ce cela, le Pôle Nord ?

Randon se retourna et constata à son plus grand effroi qu'Elekias avait disparu. Il n'était pas à ses côtés !

Ah bah bravo... Faire confiance à un tas de neige... et se retrouver esseulé sur la banquise...... pffff

Oh hé tu fiches quoi ? Tu roupilles ou bien ?

La voix quelque peu agaçante du bonhomme de neige résonna dans ses oreilles, lui faisant tourner la tête. Elekias était là. Devant la porte d'une majestueuse maison. Dans le jardin, enfin, dans la surface totalement enneigée entourant l'habitation, on pouvait voir des bonshommes de neige se faire des batailles de... boules de neige. Il y avait également plusieurs rennes qui pionçaient, ainsi qu'un immense ours blanc, transporté dans un sommeil tant profond qu'il en ronflait à faire trembler les vitres de la bâtisse...

Mais plus marquant encore, derrière lui... le traîneau.

Le traîneau du Père Noël...

"Et p'tit, ferme ta bouche, sinon tes dents vont geler !"

Sortant de sa stupeur, le britannique bégaya quelques mots maladroits visant à insulter Elekias, mais cela ne servit à rien. Ce dernier avait déjà disparu dans la maison, d'où une douce chaleur s'échappait, ainsi que l'odeur savoureuse de biscuits récemment cuits.

Sans invitation supplémentaire, Randon pénétra la demeure, en prenant soin de renfermer la porte derrière lui. Une vague de chaud l'envahit alors, picotant légèrement son épiderme, trop habitué au froid.

Wa-hou...

Jamais dans sa vie l'adolescent avait pu contempler autant de décorations. Même lors de visites de quartier plus huppé avec mère et Lydia, il n'avait pu admirer tant de beauté décorative. Des guirlandes pendant çà et là, des petits sapins établis un peu partout avec des mini-cadeaux et à chacun de leur pieds, une assiette de bonbons. Le sol était impeccable, pas comme celui de leur taudis... Propre, lisse et brillant.

Randon fit quelques pas et s'aventura dans le salon. Là. Il était là. L'immense sapin, bien plus grand que Randon ! Immense même ! De l'extérieur, cette maison n'en avait pas l'air, mais son intérieur était juste énorme !

Et évidemment, au pied du sapin, des cadeaux. Mais... des vrais cadeaux. Randon se mordit la lèvre inférieure. Il n'était pas chez lui. Il ne savait même pas s'il avait le droit d'être là ! Mais la démangeaison de s'approprier les cadeaux était bien là, même très forte !

Le garçon détourna le regard et préféra aller voir du côté de la cuisine. Mais alors qu'il y entrait, il en sortit immédiatement. Un étrange monsieur, habillé de noir et portant un chapeau s'était servi de quelques cookies et allait reprendre place au salon.

Aussi, effrayé par cet individu, Randon se dépêcha de se planquer sous l'immense fauteuil en face du sapin. A quelques secondes près, c'était au tour de l'adulte étrange de prendre place, à son dessus. Il poussa un bref soupire, s'étira les jambes, croqua dans le cookie puis prit un journal.

**Damnation, je suis bon pour attendre trois plombes là-dessous...**

Enfin, du moins le pensait-il... Au moment où il fermait les yeux de désespoir, un petit couinement attira son attention. Tournant légèrement la tête, il se retrouva à côté d'un souris... mais attention, pas n'importe quel souris... Celle-ci avait une écharpe.... Et un chapeau !

Maisc'étaitquoicedélireencore ??!

S-salut... euh moi c'est Anatole... Tu-tu as pas be-besoin de te ca.. te cacher tu sais ? C'est la m-maison du Père Noël ici...

Souriant timidement, le rongeur réajusta son échappe tandis que Randon clignait tellement des yeux qu'il avait de quoi se faire une crise épileptique.

"Enfin, je p-peux comprendre. Le Père Fouettard fait un petit p-peu peur ! Bon... Allez... c-c-content de t'avoir rencontré, petit homme ! Je dois ret-retourner à l'étable !"

Et apparemment tout content de disparaître, Anatole sortit de la cachette et s'évapora dans la maison. Laissant un Randon abasourdi tout seul, et ne sachant surtout pas quoi faire !

Heureusement, le dénommé Père Fouettard lui laissa une opportunité de partir.

"Rah ces femmes... ça vous vire de chez vous, vous réclame vos bien, vous reproche des choses dont vous avez aucune idée, et se proclame victimes ! Ah ça se passera pas comme ça, Madame Trapp !"

L'homme se leva puis... sembla disparaître, puisqu'on entendit le claquement de la porte principale. Profitant de cette occasion en or, Randon sortit. Il balaya du regard le salon, soulagé de constater qu'il était vide.
Il voulut partir mais trébucha sur la table basse. Son pied en pâtit et il dut se faire violence pour ne pas hurler. A ce moment, il remarqua que ce n'était pas le journal que le Père Fouettard lisait, mais une lettre écrite à la main et signée "Ta femme qui t'aime malgré tout". Ah. Beurk. Des histoire d'amour.
Très peu pour Randon.

Ce dernier alors retenta une expédition en cuisine. ET là... là... Sa mâchoire se décrocha à nouveau, et un goût de salive prononcé envahit sa bouche.

Des pâtisseries, des gâteaux, des cookies, des petits biscuits de Noël. Tout. Il y avait tout ce dont une dent sucrée pouvait rêver !

Sans gêne aucune, le petit anglais alla se servir, s'enfouissant jusqu'à trois biscuits dans la meule, et prenant le maximum dans ses mains. Il en cacha dans ses poches de pantalon et de blouson, bien entendu. Mais soudain, une voix stridente et vieille interrompit sa goinfrerie.

"Tu sais qu'il y a seulement quelques millénaires, on les mangeait, les enfants pas sages ?"

Se retournant avec vivacité, Randon crut faire face à un Sapin Barbu vivant, tellement son interlocuteur était croulant et ridé.

"Jeune homme, tout comme moi, tu es un invité, alors tu vas me faire le plaisir de recracher ses biscuits et les mettre à leur place originelle, sinon je t'émince et te cuis à la poêle parsemé d'ails !

Au même instant, alors que le vieillard le pointait du doigt, Randon s'éleva dans les cieux et tous les biscuits qu'il avait volés sortirent de ses poches en tournoyant, et retournèrent dans leur plat. Puis sa bouche s'ouvrit de force, et tous les biscuits ingurgités prirent le chemin de son oesophage à l'envers, se matérialisèrent en biscuit tout propre et tout juste sorti du four, alors qu'ils n'étaient que purée mâchée, et rejoignirent les autres dans leur plat...

"Arrête ça Philibert, t'es pas drôle avec des invités ! Laisse-le, s'il avait faim ! Tu sais bien que nous avons assez de biscuits pour couvrir toutes les Fêtes, et pour tout le monde !"

Le papy maugréa un moment dans sa barbe, puis sembla abandonner son sortilège. Randon atterrit alors au sol avec tant de délicatesse qu'il embarqua quelques casseroles dans sa chute.

"Pff, les mômes, c'est plus ce que c'était ! Même frits, tu sauras ! Bon, moi j'vais retrouver Pollux... Au revoir."

Et il disparut en un claquement de doigts. Au même instant, Randon enlevait la casserole qui lui servait de casquette, et la jeta plus loin, croisant le regard de son sauveur.

Excuse Philibert, il est un peu rude, mais bon... tu sais comment sont ceux qui fêtent leur 2000 ans...

Elekias !

Oh, tu me flattes petiot ! Mais non, Elekias est mon frère. Moi, c'est Iacob. Allez, tiens, je t'ai préparé ça.

Et sur ces paroles, le bonhomme de neige lui tendit une tasse d'où s'échappait un fumet de chocolat. Randon n'en revenait pas. Il ressemblait trait pour trait à Elekias... Bon en même temps, les différences faciales, entre bonshommes de neige......

... Iacob, tu saurais où est Elekias ?

Les boutons formant la bouche de Iacob sourirent avec malice.

Oh tu sais, il y a d'autres petits orphelins et autres miséreux à aller dénicher, ces jours de fête... Elekias en est responsable. Je ne pense pas que tu vas le recroiser. Mais tu penseras à lui, quand tu feras des bonshommes de neige à Londres !

Un petit silence s'installa dans la cuisine. Randon observait le liquide marron qu'il avait entre les mains et sentit une vague d'amertume l'envahir. Il avait bien aimé Elekias...

Allez... il faut que je te laisse... Nous avons encore du travail, il y a toute une partie du Japon qui n'a pas encore reçu ses cadeaux de Noël ! allez Randon, joyeux Noël à toi ! A une prochaine ♫

Et, tout comme Philibert, il disparut, laissant l'adolescent avec son chocolat chaud... Il alla d'ailleurs le savourer au salon, d'où il pouvait observer les autres créatures magiques s'animer, à l'extérieur. Philibert était vers l'immense ours blanc, et majestueux, au passage. Ensemble, ils semblaient avoir une vive discussion. Plus loin, une bonnefemme de neige (ça se dit ?) riant avec un de ses frangins (enfin, si on part du principe qu'un tas de neige peut rire).

Randon crut même apercevoir une espèce de petite silhouette verte virevoltant çà et là, mais il ne sut la retrouver.

Savourant son chocolat chaud, le meilleur qu'il eût jamais goûté, il observait  tout ce beau monde et profitait de la chaleur du foyer du Père Noël.

Et... s'il restait toute sa vie, là ? Il ferait tout comme Anatole, se cachant dans des recoins, se nourrissant de miettes.

L'idée lui traversait l'esprit, mais rapidement, une image la balaya de sa tête.

Sa famille.

Mère... et Lydia. Sa petite soeur, malade. Dans les rues froides et inaccueillantes des quartiers pauvres d'Angleterre. En train de lutter contre les virus....

Non. Il ne pouvait pas les abandonner. Il ne pouvait pas l'abandonner.

Finissant d'une traite son breuvage sucré, il posa la tasse avec force sur la table et son regard rencontra les cadeaux, guère touchés, au pied du sapin. Puis, ses yeux se portèrent sur le traîneau, qui n'étaient plus sous la surveillance de Pollux...

Ses yeux parcoururent ensuite le salon, et tombèrent rapidement sur ce qu'il cherchait. Un... sac de patates, il semblerait. Cela ferait l'affaire...
Sans plus attendre, Randon s'en munit, et sans honte, il mit les cadeaux dedans, et porta le sac sur son épaule.

Il fallait qu'au moins une fois dans sa vie... Lydia puisse profiter d'un Noël. D'un vrai Noël... Les cadeaux qu'il volait, étaient pour elle.

Cette motivation l'aida à sortir de la maison, après avoir également enfourné plusieurs biscuits dans le sac, puis à passer outre les bonshommes de neige qui s'en donnaient à coeur joie dans le jardin. Philibert et Pollux ne le virent pas s'atteler au traîneau, ni qu'il jetait un sac rempli dedans.

Par contre, un renne le remarqua.

"Et Petit, tu crois aller où comme ça ? Tu penses que c'est la Fête ici ? Tu souilles la caisse du Père Noël, là !"

La réponse qu'eut le renne arborant un nez rouge fut :

Asta la Vista, Rudolphe !

Et, alors que Randon aurait été persuadé que rien ne se passerait, le traîneau se bougea de tout seul, sous le regard épaté du renne qui grognait de mécontentement.

Rapidement, il se dégagea de la piste de lancement, tandis que des bonshommes de neige se virent contraints de fusionner avec la neige au sol, ramassé par le traîneau.

L'air glacial dû à la vitesse décrochèrent quelques larmes à Randon, tandis que plus bas Philibert jurait d'une façon qui aurait eu de quoi choquer un mercenaire.

Attends voir Saligaud de Bachibouzouk ! Logarithme bouché va ! Attends que je te fasse avoir une panne en l'air, tu vas voir !

Mais au même moment où le vieillard levait le bras, prêt à jeter un sortilège, une main gantée vint le stopper.

Oh-oh... Non non. Laisse-le partir. Le traîneau me reviendra naturellement une fois qu'il aura atteint sa destination. Et... les cadeaux étaient de toute façon pour lui et sa famille. Le petit n'a rien volé.

"Je sais pas comment tu lis tes listes, vieux fourbe barbu, mais sache que le petit Gray était dans la Naugthy list, cette année..."

Le Père Fouettard, revenu très certainement de chez sa femme étant donné sa joue rougie par une claque, croisa les bras et se positionna près des autres qui observaient tous le ciel, pensif.

"Oh, Hans Hans... Tu sais, ce ne sont pas toujours les actions qui comptent. L'attention est plus importante, pour moi. Voler pour sa famille n'est pas mal."

"Moi j'dis que ça mérite quand même un charbon et un coup de fouet."

Et une promenade dans le four avec un zeste de citron !

"Certes Philibert, certes...."

"En tous les cas, j'espère que la famille Gray passera un joyeux Noël.... Bon... allez tout le monde, HOP, au travail ! On a encore des petits enfants noirauds aux yeux en amande à fournir en cadeaux !

♦♦♦♦

Une douce brise vint soudainement le réveiller.

Il était sur un banc, dans l'avenue des Champs-Elysées... Un livre à sa main, pendouillant en direction du sol, prêt à tomber. Son écharpe verte au cou était tant restée au froid que désormais elle se retrouvait couverte d'une fine pellicule blanche.

Randon cligna quelques fois des yeux, puis s'étira.

Il passa une main sur son visage, et fut stupéfait de la fraîcheur qui s'en dégageait. Il était glacé. Combien de temps s'était-il endormi, au froid sur ce banc ? Trop longtemps...

Se levant, il constata l'engourdissement de son corps. Vraiment longtemps...

Un bâillement lui échappa, et alors qu'il s'apprêtait à partir, son regard croisa quelqu'un. Un bonhomme de neige l'observait. De l'autre côté de la route. A cet instant, le nom d'Elekias lui revint en tête. Et un sourire apparut sur ses traits d'habitude si inexpressifs.

Mais la bise balaya bien vite la joie apparue sur son visage, la transformant en rictus. Et, tandis qu'il tournait les talons et s'éloignait, Randon perdit toute expression.
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Edward White
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MessageSujet: Re: Pôle-Nord ! Terminus, tout le monde descend ~   Dim 5 Jan - 16:19

Premier chapitre
Le cadeau oublié


La maison du Père Noël. Une fois n'est pas coutume, Edward resta bouche bée lorsqu'il en franchit le seuil. Il venait d'entrer dans une pièce ronde et démesurée. Son plafond en vitrail coloré se situait à une hauteur vertigineuse, soutenu par de magnifiques colonnes de bois sculpté, décorées de guirlandes de houx et d'imposants rubans rouges. Au-dessus de lui s'élevaient plusieurs étages dont certains étaient reliés par des tyroliennes ou des toboggans, quand d'autres servaient de piste de décollage et d'atterrissage à de petits avions de bois qui virevoltaient avec agilité dans tout l'espace. Un bruit de vapeur sonna familièrement à ses oreilles, l'invitant à se retourner. Il découvrit avec surprise un magnifique train miniature qui gravissait en spirale les différents étages, transportant dans ses wagons : messages, sucreries et matériaux de construction.

Fantastique. Aucun autre mot ne lui venait à l'esprit.

La bouche entrouverte, le jeune homme tourna sur lui-même pour essayer d'apercevoir les moindres détails ce cette formidable usine à jouet. Son regard se figea sur un petit avion orange qui semblait en difficulté, incapable de se dégager de l'une des guirlandes de houx. Edward voulut en informer Noël, mais à son grand étonnement, il était désormais seul dans la salle. Il ne perdit alors pas une seconde, et grimpa le long de la colonne en chêne massif. L'ascension fut laborieuse et non sans quelques dégâts, mais le garçon ne les jugea pas d'une grande importance. Il finit par récupérer le jouet et, après s'être laissé glissé au sol, il en inspecta chaque parcelle pour en comprendre le fonctionnement.

« Et bien ? Tu ne voles pas toi ? » Lâcha-t-il finalement en constatant la rigidité du mécanisme.

Une voix féminine s'éleva, le faisant sursauter :
« Il faut remonter l'hélice, le pauvre a dû s'épuiser en essayant de s'extraire du houx. »

Relevant brusquement la tête, Edward se retrouva nez à nez avec une demoiselle à peine plus âgée que lui, dont le visage malicieux était saupoudré de jolies taches de rousseur. La surprise et la soudaine proximité de la jeune fille manquèrent de lui faire perdre l'équilibre, mais reprenant rapidement toute sa contenance, il maugréa :

« Je sais. J'allais le faire. »

Appliquant mot pour mot les conseils donnés, il tourna à plusieurs reprises les pales du jouet. Lorsqu'il les lâcha, elles s'emballèrent dans une ronde folle et, après un sursaut de joie, l'avion décolla de la main de son sauveur, effectua un tour complet de ce dernier, suivit deux grands loopings puis retourna à ses activités sous le regard médusé du garçon.

« Il te remercie, reprit la jeune fille, amusée. Je m'appelle Agathe ! C'est moi la conceptrice des jouets et des quelques aménagements que tu vois là-haut. À l'exception du toboggan, ça c'est une idée de mon oncle Noël. »

Elle lui tendit la main, mais dû attendre quelques minutes avant que l'information n'atteigne le cerveau de son vis-à-vis qui finit par la serrer, tout en se présentant à son tour, improvisant :

« Edward. Je suis... Inspecteur des cadeaux finis, je viens vérifier que tout est en ordre avant la livraison. Est-ce que je peux voir les stocks ? »

Fier de sa petite farce, il voulut à appuyer ses propos par une gestuelle appropriée. Il gonfla le torse, tentant d'imiter la stature autoritaire que prenait son père lorsqu'il le réprimandait, et observa les alentours avec la suspicion d'un homme important, en attendant qu'Agathe réponde. Si la jeune fille sembla tout d'abord interdite, elle finit par sourire et fit signe à son invité de la suivre tout en lançant :

« Je croyais que Jamie ne viendrait pas avant demain. Mon oncle a dû oublier de me dire que le contrôle était avancé. »

Essayant, tant bien que mal, de masquer sa surprise, Edward la rejoignit au pas de course, hésitant à lui avouer qu'il venait d'inventer toute cette histoire. Il renonça rapidement à l'idée, se félicitant même de ce trait de génie dès lors qu'il passa dans la pièce suivante.
Agathe l'entraina à travers l'une des nombreuses salles de fabrication, où des centaines de poupées de toutes sortes étaient montées par un commando d'écureuils hyper entrainés. La visite se poursuivit dans la zone de confection du papier cadeaux, pour se terminer au centre d'un ascenseur, entre un groupe de lapin de retour de leur pause-café, et un raton-laveur livrant une maison miniature. La rouquine appuya sur le bouton du troisième étage et ils l'atteignirent en un rien de temps, s'enfonçant sous un panneau lumineux indiquant : « Hotte ».
Ils traversèrent un étroit couloir où s'étalaient des plusieurs portraits des employés du Père Noël. Edward crut y reconnaître Philibert avec une bonne trentaine d'années de moins, et s'arrêta un instant devant une toile représentant Pollux en compagnie d'un pingouin dont le nom, Napoléon, était indiqué en légende, puis il rejoignit Agathe qui l'attendait.

« Voilà la salle du stock. On est dans les temps comme tu peux le voir sur le planning. »

La bouche grande ouverte, le jeune homme acquiesça par réflexe, sans jeter un seul coup d'œil à la planche que lui tendait la rouquine. Debout sur un étroit ponton de bois, ils surplombaient un gouffre abyssal comblé par des milliards de présents. Plusieurs ouvertures, percées dans les hauteurs, déversaient d'autres paquets à un rythme effréné, remplissant un peu plus à chaque seconde cette gigantesque hotte.
Cependant, passé la surprise, le regard du garçon se posa sur un petit piédestal qui trônait au bout du ponton. Il était surmonté par une cloche de verre sous laquelle se tenait un paquet cadeau, seul, mais emballé avec soin. Contrairement aux autres, aucune étiquette n'indiquait le nom du destinataire. Edward s'en approcha, et remarquant son geste, Agathe lui expliqua :

« Celui-ci ne peut pas être livré. L'enfant auquel il est destiné réside dans la contrée de la Reine des Neiges et, une fois qu'une personne y est entrée, elle ne peut en ressortir.
- Vraiment ? Il n'aura pas de cadeau alors ?
- Non... Pour la cinquième année consécutive. On le garde ici en espérant pouvoir le livrer l'année prochaine.
- Cinq ans ! S'exclama Edward. C'est injuste, on doit bien pouvoir faire quelque chose !
- Malheureusement non. C'est trop dangereux et s'il arrive quoi que ce soit, ce sont les enfants du monde entier qui pourraient ne plus avoir de cadeaux. »

Edward ouvrit la bouche pour répliquer, mais se souvenant de la joie de ses compagnons de route lors de leur rencontre avec Noël, il songea que la demoiselle avait sans doute raison. Le Père Noël ne pouvait pas livrer ce cadeau, mais il existait un autre moyen, bien moins dangereux pour arriver au même résultat.


Deuxième chapitre
Le départ


Il ne fallut que très peu de temps à Edward pour faire son choix. Inspirant profondément, il lança avec fermeté :

« Dans ce cas, c'est moi qui le livrerai ! »

Agathe ouvrit de grands yeux et secoua vivement la tête, s'exclamant avec inquiétude :

« C'est de la folie, le Reine des Neiges ne te laissera jamais faire.
- Je m'en moque, je n'ai pas peur d'elle. Dis moi juste où je peux la trouver.
- Elle vit vers l'ouest, sur l'île de Spitzberg, au Pôle Nord, mais c'est une véritable forteresse, tu ne pourras jamais y entrer sans qu'elle te l'autorise !
- C'est ce que nous verrons. »

Edward souleva la cloche et récupéra le paquet. Il allait rebrousser chemin lorsque la main d'Agathe l'arrêta dans son élan, le retenant par la manche.

« Tu ne changeras pas d'avis ?
- Jamais, répondit le jeune homme.
- Alors laisse moi au moins t'aider à te rendre jusqu'à chez elle. »

Un sourire illumina le visage d'Edward qui acquiesça vivement. Agathe l'entraîna jusqu'à l'ascenseur, et ils montèrent un étage de plus, rejoignant l'étable où neuf box étaient dispersés de part et d'autre de la pièce.

« Anatole ! S'exclama Agathe. On va avoir besoin de toi, il faut que l'on se rende chez la Reine des Neiges. »

La simple évocation de la destination suffit à affoler toute la pièce. Des murmures s'élevèrent parmi les résidents, tandis qu'une petite voix s'élevait en essayant vainement de couvrir les autres :

« A-Agathe ! Tu as p-perdu la tête ! La R-R-Reine des N-Neiges, m-mais c'est de la folie ! À deux jours de N-Noël ! Ton oncle ne s-sera jamais d-d'accord...
- Il n'a pas besoin d'être au courant, reprit la jeune fille en s'accroupissant. C'est juste pour déposer quelqu'un, il faut seulement faire l'aller-retour. S'il te plaiiiit ! »

Elle argumenta sa demande d'un sourire enjôleur et du bâtiment de cils adéquat qui firent hésiter le petit hérisson qu'elle venait de prendre dans ses mains. La boule de pique jeta un regard vers Edward, qui tenta de prendre maladroitement une expression identique. Un lourd soupire souleva ses épaules lorsqu'il aperçut le paquet sans destinataire et, réajustant son écharpe de laine, il abandonna :

« J-Je vois... Si l'un des r-rennes est d'accord, je le p-préparerai pour le voyage. M-Mais il se contentera de d-déposer ton ami à l'entrée de l-l'île et rep-repartira aussitôt c'est compris ?
- Oui ! Merci Anatole ! Bien, qui est partant ? »

Le temps sembla se figer sur la pièce tant le silence qui s'y était abattu était lourd de sens. Pas un brin de paille ne bougea, pas un souffle, jusqu'à la délivrance :

« Yeah ! Moi ! Je suis partant !
- Rudolphe ! Merci, je savais que je pouvais compter sur vous deux ! S'exclama joyeusement Agathe.
- Pour tes beaux yeux, poupée, j'irais lui botter moi-même le postérieur à ta Reine ! »

Et tout le monde se prépara. Agathe fournit un sac à Edward pour y mettre le paquet, ainsi qu'une épais bonnet, une écharpe, des gants et des bottes à sa taille, tandis qu'Anatole posait la selle du renne dont le nez rouge brillait d'excitation. Une fois prêt, le jeune homme monta sur le dos de Rudolphe et l'on ouvrit les portes de l'étable. Le crépuscule arrivait à grand pas, et d'après Agathe, toute la nuit serait nécessaire pour atteindre Spitzberg, aussi valait-il mieux partir au plus vite. Se hissant sur la pointe des pieds, la jeune fille accorda un baiser au petit centimètre de la joue d'Edward encore visible, et fit de même avec sa monture, leur souhaitant bonne chance.

Un dernier signe de la main et l'animal se mit en route, d'abord trottinant, il se mit rapidement à galoper et s'envola finalement loin de la chaleur de la maison Noël.

« Alooors ? On veut jouer les héros pour impressionner d'Agathe ? Questionna Rudolphe lorsqu'ils furent seuls.
- Qu... Quoi !? Mais pas du tout ! S'étrangla Edward.
- Sérieux ? Pourtant elle est pas mal la p'tite. Si j'étais pas un renne j'peux te dire que...
- Pitié ! Épargne-moi l'image !
- Tseuh ! Tu sais pas ce que tu rates, je suis sûr que tu lui as tapé dans l'œil !
- C'est dans le tien que je vais mettre un coup si tu n'arrêtes pas de dire n'importe quoi.
- Ah ces humains ! On ne peut jamais discuter avec vous, ce que vous êtes coincés !
- Ça n'a rien à voir avec Agathe.
- D'accooord ! Pas la peine de s'énerver. Mais avoue qu'elle est mignonne !
- Euh... Ouais... J'suppose...
- Ahah ! Je le savais, je le sa-vais. Il est amoureux, il est am...
- Tu m... Rah ! La ferme ou je balance tes carottes.
- Que, non ! Sale pet... »

Edward agita le sac plein du légume en question au dessus du vide, obtenant dans l'instant le silence de sa monture. Il profita encore des derniers rayons du soleil, et c'est agrippé à sa monture qu'il s'endormit quelques heures plus tard, alors qu'ils survolaient l'Océan Arctique.

Troisième chapitre
La Reine des Neiges


« Yo ! Allé, la belle au bois dormant, debout ! On arrive chez ta psychopathe du flocon. »

Rudolphe se cambra légèrement pour s'assurer que son passager, transit de froid était bien réveillé et emmitouflé dans sa laine, Edward enserra son coup avec force pour ne pas tomber, maugréant quelques paroles bien salées qui firent rire le renne. La tempête s'était levée durant le voyage et l'on n'y voyait désormais guère à plus de cinq mètres. Heureusement, le nez lumineux de Rudolphe éclairait assez pour leur permettre une approche du sol en toute sécurité.
Malgré le blizzard, ils distinguaient également une gigantesque silhouette qui se découpait de plus en plus nettement face à eux. Fendant le ciel de ses épines acérées, son allure menaçante n'avait rien à voir avec les montagnes avoisinantes et pour cause, c'était le château de la Reine des Neiges.

Le renne toucha enfin terre, et il fut temps pour Edward de descendre. Une bourrasque glaciale manqua de lui faire perdre l'équilibre, s'engouffrant violemment jusqu'à sa peau pour la couvrir d'une caresse mordante. Un frisson le parcouru, mais il ne laissa rien transparaitre et après avoir remercié Rudolphe en carottes, il entreprit de rejoindre les portes de l'imposant palais.

« Hey ! Ravis de t'avoir connu p'tit gars ! » S'exclama une dernière fois le renne alors qu'il reprenait de l'altitude.

Toujours le mot pour rassurer celui-là.

Il disparut du champ de vision d'Edward, happé par les nuages et le garçon se remit en route. Le chemin s'annonçait long et laborieux. Il s'enfonçait dans la neige, parfois jusqu'aux genoux, et les rafales de vent étaient si froides qu'elles lui coupaient la respiration.
Mais il s'accrocha, et après trente minutes de marche dans ce climat hostile, il fut assez proche du château pour en distinguer l'entrée et les nombreux gardes qui en barraient l'accès. La première rangée se constituait d'énormes flocons aux formes étranges, tous armés de lances ou d'épieux de glace, la seconde, plus inquiétante, se composait d'une vingtaine d'ours polaires quand la dernière comptait au moins autant d'immenses loups blancs.

Edward hésita longuement, se rapprochant avec le plus de précautions possibles, mais il constata avec surprise qu'aucun des gardes ne bougeait. Alors, prenant son courage à bras le corps, il fit un pas supplémentaire, puis un autre, se retrouvant bientôt à moins d'un mètre du premier soldat. Étonné par ce manque de réaction, il tendit la main vers l'un des flocons, songeant qu'il s'agissait peut-être de simples statues, mais lorsqu'il frôla son corps de glace, tous s'animèrent. Comme un seul homme, ils s'écartèrent de l'entrée, formant une haie d'honneur qui conduisit Edward jusqu'au seuil du palais.
Il était visiblement attendu, ce qui l'inquiéta d'avantage que la multitude d'armes et de crocs devant lesquels il passait.

Petit à petit, la neige laissa sa place à un sol gelé ce qui facilita son avancée. Il s'engouffra sous la herse et pénétra dans le château aux murs de glace. Deux des loups l'avaient suivi, lui indiquant le chemin à suivre parmi les innombrables galeries et après avoir gravi les derniers escaliers, il arriva enfin à la salle du trône.

La pièce était vaste et en son centre l'élevait un large pilier de glace dans lequel le trône de la Reine des Neiges avait été sculpté. Elle était là, magnifique, assise aussi confortablement qu'un souverain pouvait l'être. Sa longue chevelure blanche descendait en cascade sur ses épaules de craies, atteignant sans mal sa longue robe bleue que des milliers de cristaux parsemaient de reflets irisés. Son port de tête était haut et élégant, enjolivé par la tiare glacée qui la surmontait, mais son regard trahissait sans honte tout le froid de son cœur et la méchanceté de son âme.
Elle fit signe à Edward d'avancer, et c'est avec courage qu'il obéit. Ce fut d'ailleurs à cet instant qu'il ouvrit la bouche pour faire part de sa demande, mais il fut coupé dans son élan par un rire moqueur :

« Allons. Tu as bien vu que je t'attendais, alors crois-tu réellement que j'ignore les raisons de ta visite ?
- J... Non mais... Dans ce cas me laissez-vous livrer le cadeau ?
- Évidemment ! Répondit joyeusement la souveraine.
- Vraiment ?! Je ne pensais pas qu...
- À une seule condition. »

Edward se tut brutalement. La Reine s'était levée et s'approchait de lui. Chacun de ses pas générait une bise glacée qui, malgré les couches de vêtements, parvenait à se frayer un chemin jusqu'à la chaire du garçon. Elle fit lentement le tour de son invité et s'arrêta enfin à ses côtés, glissant à son oreille :

« Je connais ton secret... Lycanthrope. »

Aussitôt, Edward fit volte face et chercha à rejoindre la sortie. Il en fut empêché par les deux loups qui lui barrèrent la route tandis que la poigne glacée de la Reine se saisissait de son visage.

« Il est trop tard pour reculer. Si tu veux livrer ton présent, je te laisserai faire, mais une fois ta tâche accomplie, tu abandonneras ta vie humaine. Tu deviendras un loup comme les autres et tu me serviras.
- Hors de question ! S'écria Edward en se dégageant violemment. »

Cependant, il ne put faire un pas. Ses bottes étaient figées dans la glace l'empêchant de se défendre comme il l'aurait souhaité. Il s'agita, tenta de se libérer, mais plus il se débattait plus sa prison gagnait en hauteur, lui bloquant désormais les genoux.

« Que tu acceptes ou non, tu seras à moi mon garçon. Tu seras mon plus beau trophée. Sens la bête qui gronde en toi, elle surgira dès que je lui en donnerai l'ordre. À toi de voir si tu veux que ce soit avant ou après que tu aies livré ce pitoyable cadeau. »

Elle gratifia son visage d'une caresse désagréable, souriant avec amusement de l'entêtement d'Edward qui s'échinait à se dégager.

« Je te laisse une minute pour te décider. »

Le souffle court, le garçon ne s'avouait pas vaincu. Il avait réussi à débarrasser son genou gauche de la glace et comptait bien appliquer le même sort à son autre jambe. Il fut cependant contraint de s'arrêter, se sentant soudainement mal. Un feu ardent envahit brutalement son cœur dont le rythme d'explosa et se propagea douloureusement au reste de son corps. Sa vue se troubla rapidement, et il poussa un hurlement de douleur qui résonna dans toute la pièce lorsque ses os commencèrent à s'étirer lentement.

Il se transformait. Impossible, il ne faisait même pas nuit !

La terreur l'envahit lorsqu'il sentit le loup éveillé et prêt à le dévorer.

Il eut tout le mal du monde à réunir ses esprits, et finalement, alors que le compte à rebours arrivait à son terme, il lâcha :

« J'accepte ! »

La torture s'arrêta, la glace céda, et c'est épuisé qu'il tomba au sol. Il se releva le plus rapidement possible, suant à grosses gouttes, mais ne put retenir un frisson lorsqu'il remarqua ses gants en lambeaux. La Reine en profita pour lui glisser un collier autour du cou avant de retourner s'asseoir.

« Tu as jusqu'à minuit pour livrer ton cadeau. Passé ce délai, tu m'appartiendras, même si tu as échoué, commença-t-elle. Allons, ne fais pas cette tête-là ! Le pendentif que je viens de te confier t'aidera dans ta tâche. Tu vois bien que je ne suis pas si cruelle qu'on le dit ~
- Trop aimable, murmura Edward, encore haletant.
- Sache que plus tu te rapprocheras de ton but, plus il s'illuminera, mais gare à toi. Il me donne également ta position exacte, alors n'essaie pas de me tromper ou je jure que tu me le paieras. Maintenant sors d'ici. »

Edward ne se le fit pas dire deux fois, et c'est au pas de course qu'il quitta la pièce, serrant le présent contre lui et maudissant, à grand renfort de jurons, la bourrique qu'il était. Aidé des loups, il fut conduit à la sortie du palais menant aux cœurs des terres de la Reine des Neiges, mais c'est seule qu'il s'y engouffra, espérant de tout cœur qu'il pourrait au moins faire un heureux avant de devenir à jamais, un animal.

Quatrième chapitre
La livraison


Cela faisait déjà des heures qu'Edward avançait dans la neige et le froid. Le vent soufflait toujours et il avait de plus en plus de mal à avancer, ne trouvant aucun arbre, ni aucun rocher pour s'abriter et reprendre des forces. L'obscurité constante lui avait fait perdre la notion du temps, mais son estomac lui indiquait qu'il devait être midi passé. Il avait faim et soif, mais ses lèvres bleuies semblaient incapables de s'ouvrir, et toujours aucun signe de l'enfant.

Une rafale faillit lui arracher son bonnet de laine, il le rattrapa à temps, mais dans son élan, il perdit l'équilibre, glissa et dégringola de l'étroit sentier qu'il arpentait. Il se recroquevilla, serrant le cadeau contre son torse, et se laissa rouler le long de la pente, craignant à chaque seconde de se briser le dos sur un caillou. Sa chute lui parut interminable, et lorsqu'il s'arrêta enfin, lui-même fut surpris d'être encore entier. Un soupir s'échappa de ses lèvres tandis qu'il se remettait lentement debout. Il secoua la neige accrochée à ses vêtements, remarquant alors le léger éclat du pendentif. Il bondit de joie. Retrouvant toute sa détermination, il se remit en route, essayant au mieux de suivre les indications du bijou.

Malheureusement pour lui, la tempête s'intensifia à son tour. Les vents violents collaient la neige à son manteau et à son visage, le recouvrant lentement d'une pellicule glacée dont il ne parvenait pas à se défaire. Il n'y voyait rien et avançait au hasard, jusqu'à ce qu'une silhouette salvatrice ne se lève face à lui :

« Une maison ! » S'exclama-t-il alors qu'une bourrasque emportait ses paroles.

Il se précipita jusqu'à sa porte et y tambourina frénétiquement, se moquant éperdument que cela puisse être un piège tant il avait faim et froid. Une vieille femme lui ouvrit, et le fit entrer. Elle était bien plus petite que lui et couverte de rides qui lui donnait un air sage, malgré sa chevelure mal peignée et ses vêtements sales.

« Allons bon ? Qu'est-ce qu'un garçon comme toi fait ici ? Tu dois être un nigaud pour t'aventurer seul par ce temps. »

Les dents d'Edward claquaient tellement qu'il renonça à s'expliquer, préférant faire le planton tout près du fantastique feu de cheminée qui éclairait la pièce d'une lumière aussi chaude que ses flammes. Son hôtesse lui dit de l'appeler La Finnoise et lui prépara un bouillon bien chaud en attendant de connaitre toute son histoire. Lui qui détestait la soupe, l'avala d'une traite au risque de se bruler la langue. Une fois bien réchauffé, il prit le temps de conter ses aventures en n'omettant aucun détail. La vieille femme acquiesça lentement, passant sa main fripée sur son visage, signe d'une grande réflexion, puis jetant un coup d'œil à ses placards, elle déclara :

« Je vois... Tu es un gentil garçon finalement. Venir jusqu'ici pour un simple cadeau, c'est très chevaleresque, ça me rappelle mon enfance... Allons, je vais t'aider à retrouver l'enfant !
- Vraiment ! S'exclama Edward. Vous pouvez faire ça ? Le pendentif a brillé tout à l'heure, mais ça n'a pas duré. Je suis certain qu'il n'est pas loin, peut-être que si vous me prêtiez un moyen de transp...
- Du calme mon grand, du calme. Je vais faire bien mieux que ça, je vais te dire exactement où il se trouve. »

Edward apprit alors que la Finnoise était une sorcière. Elle lui expliqua ne pas être aussi puissante que la Reine des Neiges, mais qu'elle avait suffisamment de pouvoir pour l'aider à accomplir sa mission, mais qu'il fallait qu'elle prépare une potion pour cela.

« Aide-moi donc à mettre le chaudron sur le feu ! Tu vois bien qu'il est lourd et que je suis vieille ! »

Le jeune homme accourut et, une fois le récipient en place, il reçut pour ordre de mélanger énergiquement, sans jamais s'arrêter tant qu'il n'en aurait pas eu l'ordre. Il s'exécuta, assistant alors à un très étrange ballet. Comme revigorée, La Finnoise sautillait et virevoltait dans la pièce, chargeant ses bras de tout un tas d'ingrédients qu'elle jetait dans le chaudron en chantonnant.
Edward avait terriblement chaud si prêt du feu, mais il mettait tant de cœur à l'ouvrage qu'il ne vit pas le temps passer, et la sorcière déclara finalement que la mixture était terminée. Elle en remplit une louche et versa son contenu sur un miroir qu'elle venait d'apporter.

« Approche-toi grand nigaud ! Comment veux-tu savoir où est l'enfant si tu restes dans ton coin ? »

Le garçon la rejoignit le cœur battant et contempla son reflet dans la glace. D'abord dubitatif, il sursauta lorsque l'image changea. Il reconnut alors la maison de la vieille vue de haut, puis le tout s'anima, l'entraînant sur un itinéraire à vol d'oiseau qu'il lui semblait reconnaître.

« Ça ne fonctionne pas ! C'est le chemin que j'ai pris pour venir ici, je sais très bien où il mène !
- Mais tais toi petit impatient, répliqua la vieille en lui assénant un coup de louche sur la tête. Regarde donc ! »

Alors que le château de la Reine des Neiges était apparu sur le miroir, l'image se transforma brusquement et le palais glacé laissa place à sa souveraine en épais manteau qui rentrait tout juste d'une promenade, et elle n'était pas seule. Elle tenait la main à un enfant, un petit garçon visiblement un peu perdu, qu'elle confia à l'un de ses loups, lui recommandant de le cacher au mieux. Edward n'eut, hélas, pas le temps d'en savoir plus, la Reine se tourna vers eux et aussitôt le miroir vola en éclats, rompant définitivement le sortilège.

Bouillonnant de rage, l'adolescent fit preuve d'une imagination débordante pour invectiver la régente, ne remarquant pas que la Finnoise était retournée auprès de son chaudron.

« Ah la tricheuse ! La traitresse ! C'est elle que je dévorerai en premier dès que je serais devenu un loup !
- Garde donc ton énergie pour ta livraison, rien n'est perdu.
- Si ! C'est trop tard ! Elle a gagné et n'est pas un ou deux de tes sortilèges qui changeront quoi que ce soit !
- Sais-tu à quel point tu es vexant ? Nigaud ! Je suis peut-être vieille, mais j'ai encore quelques tours dans mon sac. Tiens, bois ça.
- Qu'est-ce que c'est ?
- De quoi prendre ta revanche, bois je te dis et rejoins moi dehors.
- Mais j... »

Elle lui mit un verre dans les mains et sortit. Edward contempla d'un œil suspect la mixture verdâtre, mais au point où il en était, il songea que cela ne pouvait pas être pire et l'avala d'un trait malgré son goût aigre et salé. Il rejoignit ensuite La Finnoise qu'il trouva à l'arrière de sa maison de briques, extirpant un petit cheval à bascule d'un tas d'objets inutilisés. Le garçon songea à lui faire remarquer que cela ne lui serait pas d'une grande aide, mais à peine le jouet de bois avait-il touché la neige qu'il se métamorphosa en un magnifique pur-sang à la robe immaculée.

« Alors ? Pas mal pour une vieille sorcière non ? Et bien allé nigaud, dépêche-toi ! En selle ! »

Le garçon ne se le fit pas dire deux fois, et après avoir embrassé la joue fripée de La Finnoise, il se hissa sur le dos du cheval, prenant bien garde à coincer son sac pour que le paquet ne tombe pas lors de sa course. Il s'emmitoufla le plus qu'il put, et donna un coup de talon aux flancs de sa monture qui partit aussi vite que le vent. Il eut à peine le temps de se retourner pour saluer la vieille femme déjà engloutie par le blizzard.

Il ne pourrait dire combien de temps dura sa course, mais sur les derniers kilomètres, il regardait à peine où il allait, tant la tempête était devenue forte.

Lorsqu'il arriva, la nuit venait de tomber et ni lui ni sa monture ne virent à temps les gardes qui s'étaient positionnés en rangs serrés à l'entrée du palais. Précipité sur les lances aiguisées des flocons, l'étalon se cabra lorsque la première arme le piqua à la cuisse. Edward tomba à la renverse, aussitôt maintenu au sol par deux loups. Quelques hennissements couvrirent les bruits de lutte, puis plus rien. Le jeune homme releva la tête, découvrant avec tristesse le petit cheval de bois éparpillé sur la neige.
Un des gardes le remit sur pied et il fut conduit sous bonne escorte jusqu'à la salle du trône où la Reine des Neiges l'attendait.

« Vous avez triché ! Le marché ne tient plus, hurla-t-il à peine entré.
- Je ne crois pas avoir précisé que cela m'était interdit. Toi en revanche... Aller trouver de l'aide chez La Finnoise ; cela va te valoir une perte de deux heures sur le temps imparti.
- Qu... Quoi ?!
- Ce qui te laisse trente minutes pour trouver l'enfant.
- Mais j...
- Vingt-neuf ~ »

Edward fit demi-tour et s'élança dans les couloirs. Il courrait aussi vite qu'il le pouvait, glissant régulièrement à cause du sol gelé. Refusant d'abandonner, il ouvrait toutes les portes et appelait de sa voix la plus forte, mais le palais de la Reine des Neiges avait tout du labyrinthe et malgré l'éclat de plus en plus fort du pendentif, sa quête restait veine. Ce fut à bout de souffle qu'il pénétra dans une dernière salle, toujours vide. Il lui restait à peine une minute et cette fois-ci, il s'était fait une raison. Il s'assit sur le sol et ferma un instant les yeux en songeant au petit garçon à qui il avait tellement voulu offrir ce cadeau. Lorsqu'il les rouvrit, la souveraine des glaces se tenait devant lui, souriante.

« Tu n'auras plus besoin de ça maintenant, déclara-t-elle en lui retirant son sac. Il est temps. »

Alors Edward se leva et il fit face avec le courage qu'était le sien. La Reine se pencha vers lui et déposa un baiser glacial sur son front, baiser qui consuma lentement son cœur avant de gagner le reste de son corps. Dans un hurlement de douleur, il sentit ses os s'allonger, sa peau se craquer et tout son être s'embraser jusqu'à ce qu'il ait laissé sa place à un magnifique loup blanc, dont seul le regard dépareillé rappelait qu'il avait, autrefois, été un garçon.

Cinquième chapitre
In extremis


Quelle ne fut pas la surprise d'Edward lorsqu'il s'aperçut que, malgré sa transformation, il gardait toute sa raison. Contrairement à ses précédentes métamorphoses, il avait les pleins pouvoir sur son corps de canidé et percevait son environnement dans sa totalité grâce à la boisson infecte de La Finnoise.

« Tu serras le plus beau de mes serviteurs, lança joyeusement la Reine. Allons, il est tard, viens avec moi, tu garderas ma porte ce soir. »

Elle passa ses doigts glacés dans l'épaisse fourrure du loup avant de reprendre le chemin de la salle du trône. Encore déboussolé, Edward emboita lentement le pas de la Reine des Neiges, la suivant jusqu'à la pièce principale où la souveraine accrocha le sac qu'elle avait récupéré à côté de la carcasse du cheval de bois qu'elle expliqua conserver comme souvenirs. Elle s'engouffra ensuite dans un passage dissimulé par la glace qui conduisait au donjon du château.

L'ascension fut longue car la tour ne comptait pas moins de mille six-cent soixante-cinq marches, mais durant celle-ci, Edward, qui marchait derrière la Reine, remarqua en observant son reflet, que le pendentif qu'il avait toujours autour de son cou s'était mis à briller. D'abord faiblement, puis de plus en plus fort jusqu'à atteindre son paroxysme lorsqu'il passa devant la porte du soixante-douzième étage. Il se garda bien du moindre grognement et poursuivit son chemin jusqu'à ce qu'ils atteignent l'ultime pièce du donjon. Sa terrible hôtesse lui ordonna de monter la garde et de ne la réveiller sous aucun prétexte avant de s'enfermer dans sa chambre.
Edward eut tout le mal du monde à se retenir de lui sauter à la gorge avant qu'elle ne disparaisse, mais il se souvint les paroles de La Finnoise et se ravisa. La vieille sorcière avait raison, il avait là de quoi prendre sa revanche.

Il se coucha et attendit en silence que quatre bonnes heures s'écoulent. Une fois certain que la Reine des Neiges était endormie, il se leva et descendit prudemment l'escalier sans faire de bruit. Il rejoignit le soixante-douzième étage et en poussa doucement le battant du bout du museau, pénétrant dans le dortoir des gardes flocons.
Avançant à pas de loup, guidé par son collier, il bifurqua deux fois avant d'atteindre une porte, verrouillée. Il n'eut guère de difficulté à trouver les clefs, posées négligemment sur la table de nuit du Colonel Hahtuva. Edward les coinça dans sa gueule et ce fut avec toutes les difficultés propres à un quadrupède qu'il réussit à débloquer le passage.

Il entra dans la pièce et y retrouva l'enfant, endormi sous un tas de couvertures épaisses. Après deux ou trois léchouilles, le petit garçon se réveilla, surpris de se retrouver nez à nez avec un garde de la Reine. Mais malgré son jeune âge, il comprit très rapidement que ce gros loup n'était pas comme les autres et qu'il devait le suivre. Alors, il grimpa sur son dos, et tous deux rebroussèrent chemin avec la même discrétion.
Une fois dans le couloir, Edward dévala les marches au pas de course, et rejoignit la salle du trône où il s'arrêta prêt du sac contenant toujours le paquet cadeaux. Voyant qu'il n'avançait plus, l'enfant en déduisit qu'il devait récupérer le sac et effectivement, le loup se remit en route dès l'objet récupéré.

Edward avait dans l'idée de rejoindre la maison La Finnoise pour lui demander une dernière fois son aide, aussi, c'est avec empressement qu'il s'échappa du palais et s'aventura dans les steppes gelées. La tempête s'était calmée et ils avançaient si bien qu'Edward espérât arriver à la maison de la vieille femme, bien avant le levé du jour.

Malheureusement, ils ignoraient tous deux que la Reine était déjà au courant de leur fuite. Dans son emportement, le loup avait oublié que son pendentif indiquait sa position, et à peine avaient-ils mis un pied hors du château que toutes les alertes avaient été données. Les gardes étaient à leur poursuite, menés par leur souveraine dans son manteau de fourrure et lancée à vive allure sur son immense traineau blanc. Même le plus rapide des loups, ne pouvait rivaliser face à l'attelage de le Reine qui ordonnait aux vents et faisait s'élever les tempêtes dans son sillage.
Bientôt le blizzard balaya les plaines, et Edward dut ralentir. Il essaya de s'orienter, mais le ciel s'était couvert et ses sens, paralysés par le froid glacial, les conduisirent dans un cul-de-sac où ils furent rapidement rejoints par l'armée des glaces. Il dissimula au mieux le garçon derrière un colossal rocher de granit noir et se posta devant lui, prêt à combattre.

« Tu t'es joué de moi, loup ! Et par conséquent ton châtiment sera sans appel. Que le froid t'emporte ! »

La Reine des Neiges prit une profonde inspiration et souffla de toutes ses forces, déchainant les éléments alors que ses soldats étaient envoyés au front. Mais le loup les attendait. Il détruisit la première ligne de flocons sans pitié, et s'attaqua à la seconde avec la même rage, évitant épieux et lances, mordant, griffant, sans perdre de terrain. Mais les choses se corsèrent lorsque vint le tour des ours. Ils étaient bien plus lents, mais également bien plus forts et Edward ne parvint à garder l'avantage qu'un certain temps avant que le nombre ne l'oblige à revoir sa position. Il dut reculer plusieurs fois, jusqu'à se retrouver acculer contre le rocher. Craignant pour le sort de l'enfant, il refusa d'abandonner bien que se sachant perdu. Il griffa un soldat au museau, en mordit un autre, mais alors qu'il évitait un coup de patte à gauche, un ours l'attaqua à droite. Il ferma les yeux, se préparant au choc.

« Chauuuud devant ! »

Le soldat s'effondra au sol, inconscient, alors qu'Edward s'était figé de surprise comme tout le champ de bataille. Au dessus d'eux s'élançait un traineau rouge et or tiré par neuf rennes, et conduit par un hérisson. Il fit un demi-tour serré et rasa le sol, à une allure folle déposant, dans son sillage Agathe, mais aussi Pollux chevauché par Napoléon le pingouin.

« Tu ne pensais tout de même pas t'amuser tout seul ! » Lui lança la jeune fille tout sourire.

Elle et le palmipède étaient armés d'un étrange canon aux couleurs de sucres d'orge qu'Edward devina être de l'invention de la demoiselle. Ils n'hésitèrent pas à faire feu, lançant tour à tour des boules de Noël fumigènes ou des guirlandes constrictives qui immobilisaient efficacement l'ennemi. Tout d'abord interdit, le loup se lança à son tour dans la bataille aux côtés de Pollux, brisant un à un les rangs ennemis.

La pauvre Reine, prise par surprise, vit ses troupes se réduire brusquement, mais elle refusa de s'admettre vaincue. Elle en appela aux plus terribles maléfices et d'un nouveau souffle, fit se dresser trois fois plus de flocons, quatre fois plus d'ours et cinq fois plus de loups. Suite à cette nouvelle vague, les munitions commencèrent à manquer et Pollux et Edward fatiguaient, mais l'appui aérien d'Anatole et des rennes leur permettait de tenir bon.

« Il faut mettre l'enfant dans le traineau ! » Hurla Agathe qui rechargeait son lance-guirlande.

Edward fit un bond sur le côté, écrasa un flocon et se précipita jusqu'au rocher où il récupéra le garçon qui tenait toujours son sac. Anatole ne pouvant plus voler en rase-mottes à cause de l'armement des soldats de glace, il fallait que l'enfant grimpe au sommet du roc pour pourvoir être récupéré par le traineau. Le loup l'aida, le soutenant dans son ascension et le rattrapant lorsqu'il glissait, mais alors qu'ils arrivaient au sommet un ours balaya Edward d'un coup de patte, le l'envoyant violemment au sol. Il se releva aussi vite que possible, mais encore sonné, il ne put éviter le second coup qui le projeta contre la roche. Tout devint noir. Il avait perdu connaissance.

Sixième chapitre
Réveil


Lorsqu'Edward émergea, la première chose qu'il remarqua fut un réveil qui indiquait midi cinq. Il n'y fit tout d'abord pas attention et se retourna pour profiter de quelques minutes de sommeil supplémentaires. Puis la mémoire lui revint et il bondit si rapidement de son lit qu'il en renversa sa table de nuit et la pile de vêtements déposée dessus. Le cœur battant, il contempla son reflet dans la vitre et constata stupéfait qu'il n'avait plus rien d'un loup. Il comptait bien dix doigts, plus de truffe ni de crocs et un maintient parfait sur deux deux jambes solides.

« Edward ! »

L'adolescent sursauta, surpris de voir son père dans l'embrasure de la porte et s'apercevant soudainement qu'il était chez lui. Aurait-il rêvé ?

« Habille toi. Ton frère t'attend. »

Un juron siffla entre les dents du jeune homme, tandis qu'il enfilait son pantalon et une chemise. Il rejoignit ensuite Vladimir dans le salon, le trouvant assis à table, plongé dans une réflexion intense.

« Qu'est-ce qui se passe Vlad ? Si c'est encore sur cette histoire d'escargot que tu as malencontreusement écrasé, alors rassure-toi, ce n'est pas ça qui t'empêchera d'avoir des cadeaux à Noël.
- Ce n'est pas ça. Regarde. Le Père Noël s'est trompé, il nous a livré en avance. »

Il tendit à son frère un paquet que celui-ci reconnu immédiatement. C'était celui de l'enfant.

« Il n'y a pas le nom du destinataire par contre alors… Euh… Ça va pas ? Tu fais une de ces têtes ?
- Il n'y avait rien d'autre avec ? demanda précipitamment Edward.
- Euh non… Pourquoi ?
- Tu es sûr, même pas un mot ? Un bout de papier ? Rien ?
- Rien. Mais pourquoi tu t'agites comme ça ? Je croyais que ces « conneries » étaient pour les gamins.
- Oh la ferme Vlad. Je t'expliquerai quand tu seras moins bête. »

Edward récupéra la paquet sans se soucier du regard désespéré de son cadet, enfila un manteau, sauta dans sa paire de bottes et il s'apprêtait à sortir lorsqu'une caresse le rattrapa au vol. Il tourna son regard vers sa mère qui déposa un baiser sur son front avant de lui confier un gâteau tout juste sorti du four.

« Puisque tu sors, tu seras gentil d'apporter ça à nos nouveaux voisins.
- C'est toi qui l'a fait ? Questionna Edward en grimaçant.
- Bien sûr que non ! Répondit-elle en riant. Je ne veux pas les empoisonner tout de suite. C'est ton frère qui a cuisiné.
- Bon bon… J'y vais. Mais ne m'attendez pas pour manger.
- Edward ! »

Il fila. Marchant à vive allure, il comptait se débarrasser au plus vite de son cadeau de bienvenu pour rejoindre la cabane de Philibert et retourner au plus vite chez le Père Noël. Il voulait savoir ce qui était arrivé après sa perte de connaissance. Savoir ce qu'était devenu l'enfant.

Il arriva face la porte de la petite chaumière et toqua vigoureusement, insistant sur le fait qu'il était pressé. On lui ouvrit.

« Toi ! » S'exclama Edward.

Devant lui se tenait le petit garçon. Il dut le reconnaître, car il lui accorda un grand et magnifique sourire qui laissa le jeune homme sans voix. Il tenta à plusieurs reprises de prononcer quelque chose, jusqu'à ce qu'une voix familière ne résonne jusqu'à ses oreilles.

« Et bien entre, nigaud ! Tu vas attraper la mort sur le pallier ! »

Le petit garçon lui prit la main et l’entraîna à l'intérieur. Ce fut là qu'il retrouva la Finnoise en train de cuisiner, aidée d'Agathe et d'Anatole, pendant que Rudolphe se chargeait d'entretenir le feu.

Ravi, Edward les rejoignit et leur tendit leur dessert qui fut accueilli avec joie. Une fois le plat mis à cuire, tous s'installèrent autour de la table, à l'exception du jeune homme qui s'accroupit auprès de l'enfant et lui confia enfin son cadeau :

« Voilà pour toi. Il doit être dans un état lamentable, mais disons que c'est l'attention qui compte tu veux. »

Edward le laissa prendre le présent, plutôt fier de lui. Mais avant qu'il l'ouvre, il lui demanda tout bas :

« Au fait ? Tu as un nom ? »

L'enfant acquiesça et c'est au creux de son oreille qu'il murmura timidement :

« Andréa. »



Fin !
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Narcisse Williams
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MessageSujet: Re: Pôle-Nord ! Terminus, tout le monde descend ~   Mer 8 Jan - 15:33

La lourde porte de bois qui lui donnerait accès à son rêve le plus fou s'ouvrit lentement, dévoilant un immense atelier. Partout, de petits êtres s'affairaient comme dans une fourmilière, travaillant sans relâche sur ce qui semblait être une infinité de jouets. Tout reluisait, comme brillant de mille feux, ou du moins le jeune Narcisse le perçut-il ainsi. Le petit garçon resta coi quelques instants, bouche bée devant ce qui se déroulait sous ses yeux.
« Ouaaah... »
L'onomatopée s'était échappée de ses lèvres sans qu'il ne puisse la retenir, son esprit embrumé par une euphorie surprise ne trouvant que cela à penser. L'enfant pénétra timidement l'imposant bâtiment, sa précieuse poupée de chiffon serrée contre lui alors que son regard violet s'attardait de tous les côtés. Chaque recoin révélait un nouveau trésor, un visage inconnu ou un objet curieux ! Narcisse ne savait plus vraiment où donner de la tête ; il était tant ébahi devant l'immensité et la magie de ce lieu qu'il ne regardait plus vraiment où il mettait les pieds, ni même où il allait. Une inattention prononcée qui lui causa de trébucher sur quelque chose et de s'étaler lamentablement sur le sol. Le petit garçon se mordit la lèvre sous le coup de la honte et de la douleur. Il finit par se reprendre en main et se redresser à quatre pattes, relevant la tête et regardant la cause de sa chute entre ses boucles argentées qui lui étaient tombées devant les yeux.
« Je peux savoir ce que tu fais, gamin ? », s'enquit une voix peu affable.
Celle-ci appartenait à un pingouin à l'air strict et droit, qui le toisait du haut de ses soixante centimètres de haut. Sa petite taille n'empêchait en rien son autorité de s'asseoir, et le jeune dragon se sentit bien embarrassé.
« Je... Euh..., balbutia-t-il en réponse. Je suis désolé, je ne regardais pas où j'allais... »
Sa seule réponse fut un regard plein d'agacement, accompagné de quelques mots claquants :
« Et bien fais attention, petit ! On est dans l'atelier du Père Noël ici, c'est sérieux. Qui sait ce que tu pourrais causer comme accident, avec un tel comportement ! »
L'enfant, tout honteux qu'il était, baissa les yeux en murmurant un « Oui, m'sieur. » timide. Après avoir claqué de la langue d'un air agacé, le pingouin partit crier sur des employés qui avaient mal collé la bordure d'un jouet, sans plus lui prêter attention. Narcisse se sentait maintenant beaucoup moins à l'aise qu'avant. Se relevant doucement, il saisit sa poupée de chiffon plus fort encore que ce n'était le cas avant. L'enfant regardait désormais son environnement sans risquer le moindre mouvement, l'air un peu déboussolé. Il observa l'effervescence des ateliers en silence, ses yeux améthyste s'attardant avec émerveillement sur chaque jouet, chaque joyau qui allaient et venaient dans les mains expertes des lutins qui les manipulaient. Il était tant perdu dans sa contemplation qu'il ne remarqua aucunement la demoiselle qui arrivait vers lui. Ainsi, quand une main se posa sur son épaule, il sursauta violemment, la peur d'être de nouveau réprimandé gonflant son cœur. Le garçon se retourna précipitamment, les yeux ébahis et la bouche grande ouverte alors qu'il se préparait à formuler une excuse. Néanmoins son vis-à-vis le devança avec amabilité :
« Du calme, petit. Je ne vais pas te gronder ! Je t'ai vu en train de regarder l'atelier... Qu'en penses-tu ? »

Après un instant d'hésitation, le jeune dragon se détendit et un sourire vint éclairer son visage poupin.
« C'est extraordinaire ! S'exclama-t-il. Je- je trouve que c'est génial ! »
« Et bien, je suis contente que ça te plaise tant ! »
C'était une adolescente un peu garçonne à l'air farouche et vif, dont le grand sourire venait étirer les lèvres fines. Après quelques instants de silence confortable, elle lui tendit la main, se baissant légèrement afin d'arriver à sa taille:
« Je suis Agathe, et je suis la conceptrice en chef ! Enchantée ! »
Heureux d'enfin rencontrer quelqu'un de gentil, l'enfant saisit la main tendue avec des étoiles dans les yeux. Il répondit avec politesse, comme ses parents s'étaient arraché les cheveux à lui apprendre :
« Je suis Narcisse, j'ai sept ans, et je suis un dr-. Enchanté ! »
Il s'était arrêté juste avant de faire la gaffe du siècle. Fort heureusement, la dénommée Agathe ne sembla pas relever le cafouillage et secoua sa main avec délicatesse.
« Que dirais-tu de visiter cet endroit, Narcisse ? », demanda-t-elle.
Eût-il eu des paillettes dans les yeux, le jeune dragon n'était pas sûr que son regard fût plus brillant. Il hocha vigoureusement de la tête avant d'hésiter un peu.
« Cela ne vous dérange pas ? »
« Bien sûr que non, répondit-elle avec un air fripon. Je travaille bien assez de toute façon, je peux bien faire une petite pause ! »
N'attendant même pas qu'il réponde, l'adolescente saisit son poignet et le traîna hors de l'immense salle. Un dédale de couloirs les attendait, et elle les guida à travers sans douter un seul instant de la direction. Quant à lui, Narcisse tentait tant bien que mal de mémoriser les détails aussi farfelus que fantastiques qui longeaient les murs et les portes. Après quelques minutes de marche rapide -la fille allait tout de même un peu vite pour ses petites jambes-, ils arrivèrent devant ce qui semblait être les écuries. Ils rentrèrent tous deux, Agathe criant à qui voulait bien l'entendre « Salut ! Je vous présente Narcisse ! ». Ce dernier s'était arrêté net, les yeux exorbités devant un énorme traîneau rouge.
« C-c'est le traîneau du Papa Noël ? »
Avant même que son interlocutrice n'ait pu lui répondre, un hérisson sortit de derrière l'engin et, à sa grande surprise, se mit à parler :
« O-oui. C-c'est moi qui m'en o-occupe. »
« Voici Anatole, surenchérit Agathe. C'est lui qui est en charge du moyen de transport du Père Noël, et il est très doué ! »
Le dénommé Anatole avait le rouge aux joues devant le discours de la demoiselle. Narcisse sut reconnaître la timidité de l'animal, qui était en soi plutôt mignon. Il lui fit un grand sourire avant de s'exclamer : « Enchanté ! »
« M-moi de même, balbutia-t-il en retour avant de se retourner vers sa compagne. Agathe, que fais-tu ici ? Le Père Noël te cherche. »
L'intéressée sembla surprise, mais pas vraiment inquiète.
« Oups !, s'exclama-t-elle. Il faut que j'y aille ! Heureuse de t'avoir connu, petit ! Demande à Anatole de te raccompagner ! »
Aussitôt dit aussitôt fait, la jeune fille partit comme le vent, laissant un silence embarrassé à sa place. Narcisse s'accroupit pour pouvoir parler plus aisément avec l'animal, qui semblait plus amusé qu'agacé par la situation. Ils échangèrent un regard avant que le petit garçon ne finisse par parler :
« Euh... Que fait-on ? »
« Je-je suppose que je v-vais te ramener. J-j'ai fini le travail p-pour l'instant, répondit le hérisson P-prends-moi dans tes mains et je te g-guiderai. »
Le jeune dragon s'exécuta, éprouvant un mal croissant à cacher sa déception de partir aussi vite. Néanmoins il savait que ses parents se faisaient sûrement un sang d'encre au moment où il discutait, aussi ne fit-il part de ses sentiments à voix haute. Ils passèrent par un autre chemin dans le sens du retour, et une fois encore l'enfant se perdit dans la contemplation de ce qui l'entourait qu'il ne prêta plus attention au reste. Cette faute d'attention, il ne la comprit que lorsque les cris paniqués d'Anatole rentrèrent enfin dans ses oreilles.
« P-pas par là ! Pas par là ! C'est là que vit Han- »
« Tiens donc ! Que fais un mioche ici, Anatole ? », demanda une voix grave et -du point de vue du petit garçon- plutôt inquiétante.
Narcisse pâlit, resserra inconsciemment son emprise sur le hérisson et se retourna lentement vers le fameux Hans. La malchance semblait l'accompagner avec ferveur, en ce jour. De toutes les personnes présentes dans la maison de Noël, il avait fallu qu'il tombe sur le pire ! L'aigre bonhomme lui avait fait peur dès le début de l'aventure, et ce n'était pas parce qu'il n'avait plus l'air de compter l'éliminer que le marmot lui faisait confiance. Cependant, malgré son manque d'affinités avec lui, il n'avait pas pour but de se le mettre à dos. Après tout, cela voudrait dire qu'il lui faudrait dire adieu à ses cadeaux, et le petit dragon n'était pas prêt de le faire.
« Je... Je suis désolé, répondit-il. Je me suis trompé de virage! »
« Et curieusement, c'est ici que tu t'es retrouvé, hm ? »
L'enfant hocha vigoureusement de la tête en guise de réponse, comme pour donner de l'importance à son acquiescement. Néanmoins Hans n'avait pas l'air d'en avoir fini avec lui, et il se préparait à reprendre la parole quand une autre voix résonna dans le couloir.
« Ah, Hans ! Te voilà ! Tu n'aurais pas vu ma petite Agathe, par hasard ? Je la cherche et... Ho, ho ho ! Mais qui vois-je ? Anatole, et le petit... Narcisse, c'est bien ça ? »
L'intéressé fit volte-face en entendant le son chaleureux de la voix du Père Noël, qui arrivait tranquillement vers eux. Ce dernier portait son éternel sourire, celui-ci presque masqué par l'épaisse barbe blanche qui ornait son visage.
« Qui veut un biscuit ? », demanda-t-il, en sortant plusieurs de différentes parties de son épais costume.
À la grande surprise de Narcisse, il ne fut pas le premier à se jeter sur les gâteaux, pas plus qu'Anatole qui reposait toujours dans ses mains. Non, ce fut bel et bien Hans qui se précipita sur eux, gardant tout de même sa façade de dédain et de mépris. Fourrant quatre biscuits dans sa bouche, il repartit en bougonnant et en claquant sa porte. L'enfant fut profondément déçu de ne pouvoir goûter à la recette du vieil homme, et sa mine se fit un peu boudeuse. Le Père Noël haussa les épaules, l'air de dire « De toute manière, il est irrécupérable. », avant de se retourner vers le petit garçon et son compagnon avec un sourire.
« Anatole, je vois que tu prends grand soin de notre invité. Bravo ! »
Le hérisson hocha la tête, rougissant sans dire un mot. Noël parut fort content, un sourire plus grand que celui qu'il arborait d'ordinaire étirant ses lèvres sous son épaisse moustache.
« Je vais revenir à l'atelier afin de voir si Agathe est revenue. Vous m'accompagnez ? »
Narcisse ne put contenir une exclamation enthousiaste, et son « Oui ! » résonna dans le couloir. La soudaine peur de voir Hans revenir pour lui remonter les bretelles le fit pâlir, mais il était trop tard pour reculer. Heureusement, aucun homme effrayant ne montra ses gros yeux au derrière d'une porte. Le jeune dragon s'était inconsciemment accroché au pantalon rouge du Papa Noël d'une main. Quand il le réalisa, il lâcha le tissu avec hâte, comme s'il venait d'être piqué. Son père et sa mère lui avaient dit que c'était malpoli, et il ne comptait pas décevoir son idole. Ce ne fut pas le cas, et ce dernier laissa échapper un petit rire fort aimable de sa bouche. Un sourire se dressa sur les fines lèvres de Narcisse, comme si l'éclat de voix du Père Noël avait le don étrange et sublime d'apporter de la chaleur dans tous les cœurs. Son admiration pour le vieil homme ne cessait de grandir. C'est avec plaisir qu'il l'accompagna jusqu'à l'atelier principal. Là, Anatole lui demanda de le reposer afin qu'il puisse retourner au travail, et ils se saluèrent poliment. Le hérisson n'avait presque pas bégayé lorsqu'il lui avait fait ses adieux, ce qui avait fait un grand plaisir au petit garçon. Lorsqu'il se retourna vers l'immense salle où tous s'affairaient, son regard fut happé par la table du côté du mur. Sur celle-ci, à côté d'un Père Noël à l'air satisfait, se tenait une véritable montagne de biscuits. Comme tout enfant qui se respecte, Narcisse se précipita vers la nourriture, se retenant tout juste pour demander la permission de manger avec le regard avant d'en fourrer un sur sa bouche.
« Hmm ! »
Il avait l'impression qu'un feu d'artifice de chocolat et de pâte avait lieu sur sa langue. C'était délicieux, une véritable explosion de saveur. Le rire sonore de Noël se fit entendre quand il réalisa qu'il avait du cacao sur les recoins de la bouche.
« Alors, mon petit, reprit le vieil homme, que penses-tu de mes ateliers ? Magique ? »
C'est avec un grand sourire que le garçon acquiesça vigoureusement. Ils discutèrent quelques instants de la décoration et de la nourriture, puis le Père Noël s'excusa afin de retrouver sa nièce :
« Et bien, je suis heureux que ton séjour t'ait plu ! Rendez-vous le 25 décembre, ho ho ho ! »

Lorsqu'il fut raccompagné, Narcisse était parfaitement sûr que jamais il n'oublierait cette incroyable journée.

Mot de la fin ~:
 

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MessageSujet: Re: Pôle-Nord ! Terminus, tout le monde descend ~   Lun 13 Jan - 2:00

Spoiler:
 


Il y avait de la neige. Partout. Du blanc. Somptueux et pure. Ça faisait comme des immenses tapis moelleux, à perte de vue. Des nuages descendus afin de recouvrir le sol nu et craquelé par le froid. Un maquillage si parfait pour cacher la rudesse du temps. Et ça brillait, ça scintillait comme des lucioles quand ça tombait du ciel. Comme si les étoiles venaient embrasser la terre, les lacs et les arbres. Les flocons étaient des pétales de lune reflétant délicatement la lumière des lampes à gaz qui éclairaient la masure. Une pluie de paillettes, voilà ce que c'était. Et c'était beau. Plus beau que tout ce à quoi Alexander pouvait songer. Si beau qu'il en avait le souffle coupé.

Des yeux humides rivés sur la toile céleste, le museau enfoui sous une lourde écharpe de laine et le béret bien enfoncé sur ses oreilles, Alex observait avec émerveillement la lente descente des copeaux de neige et leur élégant ballet dans la douce brise d'hiver qui soufflait ce jour-là. Jamais il ne s'en lasserai, de ce spectacle merveilleux. Il en était sûr. Quand il les regardait, tomber ainsi, paisiblement, son cœur se serrait et un calme sourire lui caressait les lèvres, le genre de sourire léger qui s'impose à vous sans que vous ne puissiez rien y faire. Et il avait les yeux qui lui piquaient, un peu. Et il était triste et heureux à la fois. Et il se disait que, décidément, la nature était bien faite.

« Bah ! Qu'est-ce que tu fais là, tout seul ? »

« Rien... »

« Ah... Tu veux pas rentrer, avec les autres ? Tu vas attraper froid si tu restes comme ça. »

« ... »

« … C'est beau, hein ? »

« Oui. »

La fille s'était assise à côté de lui. Il le savait parce qu'elle avait une voix plus aiguë que la moyenne et que ça avait fait un bruit mou, de choc étouffé, juste à sa gauche. Et puis, même s'il ne quittait pas le ciel des yeux, il l'avait bien senti, du coin de l’œil. Ils étaient resté longtemps, assis comme ça sur le perron, dans le froid. Alex n'aurait trop su dire combien de temps exactement, mais assez pour que ça tire quand il renifle et qu'il ne sente plus ses orteils quand il les remue. D'habitude, il n'aimait pas trop quand les gens venaient le déranger, en particulier dans des instants comme celui-ci. Mais elle, ça allait. Elle ne faisait pas de bruit. Elle n'était pas trop près, juste ce qu'il fallait pour rassurer de sa présence si besoin, mais pas assez pour être étouffante. Lorsque finalement ses doigts commencèrent à lui piquer, trop pour qu'il puisse encore se concentrer sur la féerie qu'il contemplait, le garçonnet se tourna vers elle.

Elle était plutôt jolie. Enfin, c'est ce qu'il pensait, mais il n'avait jamais été très doué pour juger cela. Ç’avait toujours été un peu flou tout ça, pour lui. Ces histoires de beauté. En général, elles étaient jolies, ou rien. C'était tout. Il ne comprenait pas trop, encore, ce que les autres garçons pouvaient bien leur trouver, à ces filles. Même quand il pouvait convenir qu'en effet elles étaient 'jolies', ça ne lui importait pas plus que ça. Quand les copains parlaient de leurs amoureuses, lui, détournait la tête et laisser vagabonder son esprit à travers les rues et les ruelles, vers les collines et les rivières qu'il imaginait, au loin. Ils se raillaient gentiment de lui d'ailleurs, les copains. Parfois, certains prenaient son parti, disant que les filles, elles étaient bizarres de toute manière et qu'elles étaient nulles et peureuses et pleurnichardes. Mais ça repartait bien vite en messes-basses et fous-rires. Et Alexander observait cela d'un air distant.

La jeune fille près de lui, pourtant, avait un petit quelque chose qui l'interpellait. Les cheveux châtains et courts, remontant presque sur la nuque, elle avait vissé sur sa tête une casquette rapiécée sur laquelle trônaient de grosses binocles d'ouvrier. Jetée sur ses épaules, une veste de tweed trop grande pour elle ; à ses pieds, une paire de bottes à l'air usé. De loin, on aurait sûrement pu la méprendre pour un garçon, se disait Alex. Avec sa silhouette raide et sa dégaine un peu rustre. On pouvait même remarquer, sur son visage rond et ses gants de cuir, des traces de suie et autres saletés que le garçon n'aurait su identifier. En tout cas, elle ne ressemblait pas aux autres. Et ça, ça plaisait plutôt bien à Alexander.

Lorsqu'elle tourna à son tour la tête vers lui, il lui sourit gentiment. Elle le lui rendit au centuple. Elle avait des yeux verts, il remarqua. Le genre d'yeux qui aimaient rire et luisaient de malice.

« Tu as froid ? »

« Un peu. »

« Alors, rentrons. »

Bondissant comme un ressort, c'est en un clignement d’œil qu'elle fut sur ses pieds. Puis, sans lui demander son avis, elle l'attrapa par le bras, le forçant à se relever et le tira à sa suite par la grande porte de la maisonnée.
・・・・・・・・・・・・・・

C'était exactement comme il l'avait imaginé. De l'extérieur, on ne percevait pas grand chose de l'habitation – cette dernière étant presque entièrement recouverte par la neige, si ce n'était l'immense cheminée crachant une fumée étincelante tel une locomotive enchantée et les quelques fenêtres aux carreaux aussi colorés qu'embués qui laissaient transparaître une lumière chaleureuse, venant en aide aux lampes encadrant la porte principale. C'était un chalet gigantesque, tout de bois construit. De leur précédent point près de l'entrée, on pouvait percevoir nombre rires et cris de joie se mêlant à des mélodies de chants et de boîtes à musiques. Une délicieuse odeur de gâteaux, d'aneth et de chocolat venaient par vaguelettes se frotter à leurs narines. Tous ces prémices de sensations, ces promesses de merveilles, on les retrouvait à l'intérieur. Dès les premiers pas, on se sentait happé, enveloppé dans un cocon de bonne humeur, comme si une main bienveillante s'était soudainement emparé de nous et nous attirait irrésistiblement à avancer un plus dans la demeure. Tout ici respirait la splendeur et la magie, du portique doré représentant des cerfs gambadants servant de lustre, au parquet  miroitant gaiement, invitant toutes personnes à glisser à sa surface.

« Au fait, moi, c'est Agathe ! Et toi ? »

« Alexander. »

« Enchantée, Alex. »

Quenottes alignées, elle lui tendit avec une solennité moquée un bras chétif au bout duquel se trouvait, grande ouverte, une petite main frêle. Il l'attrapa volontiers et serra fermement, reflétant son sourire tel un pan de miroir. Une fois séparés, elle déposa son manteau sur une paterne de bois surchargée accrochée au mur, de par ce geste invitant Alexander à l'imiter, et continua.

« Ça te dit de voir mon atelier ? Je te montrerai ma toute dernière création, si tu veux. »

Puis, s'approchant et adoptant le ton de la confidence.

« C'est classé secret suprême, même Tonton n'est pas au courant. Alors, t'es de la partie ?»

Un peu hésitant, il acquiesça du chef.

« Super ! Suis-moi. »

Filant comme un éclair, Alexander n'eût pas le temps de dire 'ouf' que la fillette était déjà loin, zigzaguant et se faufilant partout avec aisance, telle une souris. On sentait bien qu'elle connaissait chaque recoin de l'immense bâtisse comme sa poche et Alexander avait bien de la peine à la garder en vue.

Ils traversèrent comme le vent d'innombrables pièces aux nuances si diverses que ça en donnait le tournis. Il y en avait des petites, des grandes, des vides ou des pleines à craquer, hautes de plafond ou au sol incliné. Il y avait du jaune, du rouge, du bleu, du vert, du orange, de l'argent, du violet, de blanc, du doré. Il y avait tables recouvertes de papiers et des étagères remplies de confiseries. Il y avait tellement de choses que le pauvre Alexander avait du mal à tout voir, à tout retenir. Finalement, absorbé dans la contemplation d'une dernière pièce fabuleuse, il percuta violemment le dos de son guide, sans que cela ne paraisse le moins du monde la déranger.

« On y est ! »

Alex sentit une légère bouffée de jalousie lui chatouiller la gorge tandis qu'il reprenait son souffle, devenu court après une telle course-poursuite, alors qu'Agathe n'en semblait pas le moins du monde affectée. Rapidement oubliée, tout du moins, lorsqu'il pénétra à la suite de la fillette dans ce qui semblait être la caverne d'Ali-Baba. Mais, si cela était possible, en bien plus désordonné.

Alexander fronça le nez.

C'était vraiment... La pagaille. Qui pouvait bien 'travailler' dans ce genre de capharnaüm ? Ce n'était absolument pas un environnement propice à la concentration ou toute autre activité, qu'elle soit intellectuelle ou pas. Non, non, vraiment, c'était n'importe quoi. Alexander, lui, il aimait quand les choses étaient bien ordonnées. Rangées, étiquetées, organisées de façon logique et pratique. Quand tout était à sa place, il était bien plus tranquille. Là... C'était juste un amas de tout et rien en même temps. Un microcosme où les règles de la physique et de l'ordre avaient été bouleversées. Comment pouvait-elle se retrouver dans un tel endroit ? On aurait dit qu'un ouragan avait rendu visite à un ras-de-marrée pour ensuite aller faire ami-ami avec un meute d'ours enragés. L'apocalypse. C'est ce qu'il avait sous les yeux à ce moment précis. Non, déciment, trop, c'était trop.

Agathe dût certainement remarquer son expression d'horreur, car elle sembla soudain mal-à-l'aise, s'appuyant sur un pied puis sur l'autre, et se passa une main nerveuse sur la nuque.

« Haha, oui, bon, ça fait longtemps que j'ai pas fait le ménage ici... Mais c'est ça qui m'aide, en partie. Comme inspiration, je veux dire. »

« C'est le bazar. »

« Oh ! Mais, Môsieur, je ne vous permet pas ! C'est un désordre organisé, parfaitement. »

Le chaos ambiant mis à part, Alexander était bien forcé de reconnaître que l'atelier d'Agathe était on ne peut plus impressionnant. Le plafond était perdu au milieu d'une myriade d'objets farfelus, pour la plupart à moitié assemblés, qui y étaient suspendus. Les murs étaient comme inexistant puisque littéralement recouverts d'étagères et de tiroirs, eux-mêmes remplis à ras-bord de papiers griffonnés, de boîtes de toutes formes, d'outils de mécanicien et autre matériel de l'apprenti bricoleur.

Alexander remarqua l'absence d'échelle qui aurait pu permettre d'atteindre les plus hautes rangées, pourtant aussi débordantes que le reste.

« Comment tu fais pour attraper ce qu'il y a là-haut ? »

« Les lutins le font pour moi. »

« Les lutins ? »

« Ils sont petits, mais très agiles. Tonton dit qu'ils sont les fourmis de notre nid et qu'on serait pas là sans eux. Moi, je les trouve un peu bêtes quand même. »

Sur la droite s'étendait d'un bout à l'autre de la pièce un superbe établi de bois ne dérogeant pas plus que le reste de l'endroit à la règle du chaos qui semblait régner ici. Sa couleur usée et les nombreuses tâches et encoches qui la recouvraient en démontraient l'ancienneté et l'utilisation intensive. Détonant avec le ce véritable entrepôt de bric et de broc, un point attirait irrésistiblement l’œil. Un point clair, paraissant étrangement immaculé, comme oublié, épargné de la tempête qui venait de passer. On y distinguait une grande table à dessin, éclairé par une lampe à pied doré. C'est d'ailleurs avec un certain soulagement que Alexander vit Agathe s'y diriger. Le garçonnet aurait difficilement pu se contenir d'essayer de remettre de l'ordre au cœur de cette forêt vierge. La brune sauta sur un cube de mousse verte géant, qui devait certainement lui servir de siège, et farfouilla dans les étagères surplombant sa table de travail. Lorsqu'elle se retourna, la fillette arborait fièrement une magnifique étoffe de poils bruns qu'elle s'était attaché au menton.

« Regarde un peu. Ça me va bien, hein ? »

« Euh... »

« Tu sais, mon rêve – enfin non, un de mes rêves, c'est d'avoir une barbe. Comme celle-là. Comme celle de Tonton, mais en moins blanc. Comme ça, je pourrais la triturer pendant que je réfléchis à des plans formidables pour mes prochaines inventions. »

Une main tâtant la touffe nouvellement transformée en barbe, Agathe mimait une profonde concentration ayant posé son regard perçant sur un point inexistant au-dessus d'eux.

Un minuscule bonhomme fit alors soudainement irruption dans la pièce, une des créatures les plus curieuses qu'il eût jamais vu. Il était vraiment très court-sur-pattes, et pourtant il ne ressemblait pas aux 'nains' – comme les adultes les appelaient, qu'Alexander avait déjà pu croiser, dans les foires ou dans la rue. Celui-là, il était comme un enfant. En plus petit encore. Il était vêtu d'une insolite tunique verte qui faisait un peu comme une robe, mais en plus ample et court, et avec les pans ouverts sous les bras. Ça avait l'air drôlement confortable et doux. En dessous, il avait un pantalon beige raccourcit aux genoux, et sur la tête un bonnet format réduit, vert lui aussi, qui laissait dépasser de courtes oreilles pointues. C'était mignon, comme truc, assez pour arracher un léger sourire au garçon.

« Agathe, Agathe ! »

« Qu'est-ce qu'il y a Tarteauxpommes ? »

« Monsieur Patron te cherche partout. Un jouet défectueux apparemment. »

« Merci Tarteauxpommes. Excuse-moi, Alex, mais le devoir m'appelle. On se retrouve après ? »

« D'accord. »

« Super ! A plus tard alors. »

« ... »

« Guide-moi, Tarteauxpommes. Je te suis. »

« Par ici, Agathe, par ici ! »

Ainsi, Alexander se retrouva seul. Ça ne le dérangeait pas, mais il était tout de même un peu bougon. Il aurait pu l'accompagner, Agathe. C'était à cause de ce 'Monsieur Patron'. Elle avait tout de suite bondi. Alexander n'était pas jaloux, non, mais il aurait bien aimé qu'elle lui propose de la suivre, peut-être. Gonflant la joue, le garçon décida que, lui aussi, il allait partir à la recherche de ce fameux 'Monsieur Patron', tout seul comme un grand, et il quitta l'atelier de la fillette.
・・・・・・・・・・・・・・

Le premier endroit qui attira ses pas, ou plutôt son estomac, fut la confiserie. Une délicieuse odeur de bonbons et de gâteaux envahissait en effet les couloirs, et il ne fut pas difficile à Alexander d'en trouver rapidement la provenance. A peine entré, la salive inondait déjà sa bouche d'enfant gourmand. L'odeur était plus forte que jamais, recouvrant ses papilles. Si présente qu'il avait presque l'impression d'avoir déjà les parts de moelleux au chocolat et les caramels salés sur la langue. La cuisine était basse de plafond, mais s'étendait si loin qu'on n'en voyait pas le bout. Cela était peut-être dû également au fait que de nombreuses tables de confection, de fours crachotant et de bonbonnes de cuivre emplissaient l'espace, entravant toute réelle visibilité. Partout s'affairaient de petits êtres pour le moins étonnants. Tout gris, courtauds et ronds, ils crapahutaient d'une table à l'autre, activaient les soufflets alimentant les fours à pâtisseries et décoraient les desserts et autres confiseries. Non loin de lui, une voix plus forte que le brouhaha ambiant criait ce qui semblaient être des ordres. Elle venait d'une créature, pas vraiment différentiables des autres si ce n'avait été pour la haute toque blanche qui ornait son crâne. Alexander savait qu'il s'agissait là du signe distinctif du chef et, après une grande inspiration, osa s'approcher du petit être gesticulant.

« Excusez-moi. Êtes-vous Monsieur Patron ? »

« Monsieur ?! Un peu de respect, gamin ! C'est Gretta. »

« Oh, excusez-moi, de dos je n'avais pas remar- »

« Oui, oui, bon, c'est l'excuse qu'ils donnent tous. »

« ... »

« La vérité c'est que chez les gnomes, les différences entre Monsieur et Madame, y'en a pas des masses. »

« Je suis désolé de vous avoir offensée, Gretta. »

« Offensée ? HAHAHA ! Ne t'en fais pas, gamin, j'ai malheureusement l'habitude. »

« Ah. C'est un peu triste »

« Mais non, c'est comme ça, c'est tout. Et j'ai d'autres qualités à revendre, comme tout le monde. »

« … »

« Bref. Que me veux-tu donc, gamin ? »

« Je cherche Monsieur Patron. »

« Ah ! Oui, qui d'autre, hein. Désolée de te décevoir, mais il n'est pas ici. Tu auras peut-être plus de chance près des écuries. »

« D'accord. Merci. »

« Tiens, une petite gâterie de ma confection. »

« Oh ! Merci, ça a l'air... très bon. »

« Tu sais, gamin, si ton cœur est tendre et fort, ton apparence ne sera jamais un problème. »

« Oh... »

« Maintenant, navrée, mais j'ai une cuisine à faire tourner. »

« Oui, désolé du dérangement. Merci pour tout. »

Sur ces mots, Alexander laissa la gnome au fort caractère et abandonna la pièce aux milles délices, la confiserie offerte par Gretta bien à l'abri dans sa poche. Cette dernière n'avait vraiment pas l'air appétissante. De la taille d'un cochonnet, il s'agissait d'une boule brune déformée, granuleuse au touché, avec des sortes de touffes vertes qui en sortaient de-ci de-là. Alexander avait décidé de la garder pour bien plus tard – lorsqu'il n'y aurait pas d'autres choix que de la jeter, ou bien pour une future mauvaise blague.
・・・・・・・・・・・・・・

Le soucis, avec l'indication de la chef, c'est que bien qu'il sache où il devait aller, il n'avait aucune idée de comment s'y rendre. Alors qu'il déambulait au hasard à travers la multitude de couloirs, le garçonnet se mit à entendre des voix. Oui, tout à fait, des voix. Des voix qui venaient d'un peu partout autour de lui et qui, apparemment, s'inquiétaient vivement de la neige incessante de ce jour-ci. Comme quoi les jeunots n'auraient jamais la force de s'élever si ça continuer. Et que l'herbe, il n'y avait décidément pas mieux. Alexander commençait réellement à se poser des questions sur sa santé mentale lorsqu'il reçut un projectile en plein visage qui, lors du choc, relâcha un nuage de paillettes roses et vertes qui l'aveugla pendant quelques instants.

« Pouah ! »

« Oh, mille excuses ! J'étais encore perdue dans mes pensées, quelle maladroite je fais. »

« Hein ? »

Une fois la poudre de perlimpinpin dissipée à force de frottements vigoureux et de gestes désordonnés, Alexander recouvra la vue pour se retrouver face à... rien du tout. Il n'y avait toujours rien dans le couloir. Et pas de trace au sol – ou n'importe où d'autre d'ailleurs, de ce qu'il avait bien pu recevoir sur le visage. Fronçant les sourcils et se disant qu'il ferait mieux de quitter rapidement cette partie de la maison qui semblait avoir de drôles d'effet sur son cerveau, Alexander tourna les talons, bien décidé à faire chemin retour au plus vite.

« Oh, mais attendez ! »

« Chut, maintenant. Voix, qui que tu sois, arrête ! »

« Pas si vite ! »

« Ouah ! »

Soudain, juste devant son nez, à quelques centimètres à peine de lui, se tenait – ou plutôt flottait, une toute petite femme. Bien plus minuscule encore que les lutins, elle ne devait pas dépasser les vingt centimètres de hauteur. Elle paraissait plutôt jeune, mais sa peau avait d'étranges reflets vert. Sa tenue, plutôt courte, semblait avoir été tressée à partir de feuilles et de pétales. A la place d'une chevelure, sa tête était recouverte par ce qui ressemblait à s'y méprendre à un bourgeon. Mais le plus déroutant restaient les ailes qui lui poussaient entre les omoplates, rose tirant sur le brun, filigranées et légèrement transparentes, elles rappelaient vaguement deux tranches de feuilles de jeune automne.

« Oh, excusez-moi, loin de moi l'idée de vous effrayer de la sorte. »

« … »

« Est-ce que vous allez bien ? »

« Oh, oui, oui. Tout va bien. J'ai juste été surpris. »

« Me voilà, rassurée. »

« Vous êtes drôlement belle... »

« Ô ciel, merci. Quel enfant adorable, tu es. »

« Oh, non. Croyez-moi, pas vraiment. »

« Mais si, voyons ! Et que viens-tu donc faire par ici, petit bouton ? »

« En fait, je suis un peu perdu. »

« Mon pauvre bouton. Et que cherches-tu donc ? »

« Les écuries. »

« Ohoho~ En effet, tu n'es pas vraiment dans la bonne direction. »

« Si vous le connaissez, voudriez-vous bien m'indiquer le chemin ? »

« Bien sûr, mon bouton. J'ai un peu de temps devant moi, voudrais-tu que je t'y conduise ? »

« Si cela ne vous dérange pas, oui. Ça m'aiderait beaucoup ! »

« N'en dis pas plus. Suis-moi, c'est par ici. »

« Merci … ! Euh... »

« Tu peux m'appeler Daisy. Et comment dois-je te nommer, joli bouton ? »

« Alex... »

« Oh, en voilà un beau nom. Enchantée Alex ! Allons-y, ne perdons pas de temps. »

Ainsi, ils s'en furent, Daisy virevoltant au devant, Alexander ramant derrière. Lorsqu'ils arrivèrent, quelques minutes plus tard, aux abords des écuries, Alexander se sentait un peu mieux. Parler avec la jolie fée lui avait fait du bien. Tant de bien qu'il avait à présent troqué son air grognon pour un sourire entendu et des mirettes pétillantes. Elle était d'une incroyable douceur et l'avait écouté avec attention et indulgence, glissant de temps en temps des conseils judicieux et remarques finement étudiées.

« Nous voilà arrivez, c'est la grande étable juste là. J'espère que tu y trouveras ce que tu cherches. »

« Merci encore, Daisy. Pour tout. »

« Ce fut mon plaisir, gentil bouton. N'oublie pas, un bourgeon ne peut réellement s'épanouir que s'il est arrosé d'amour, il faut être doux et bienveillant. »

« Oui, Daisy. A bientôt. »
・・・・・・・・・・・・・・

Une fois la porte de l'écurie passée, Alexander sentit le monde aspiré derrière lui. On ne percevait ici des bruits et cris qui emplissaient la demeure qu'un doux vrombissement. Comme si on était soudain parti ailleurs, très loin. Rance et légèrement enivrant, la forte odeur de paille et de cuir le prit immédiatement le nez et lui piqua les yeux. Une fois habitué à la faible luminosité de l'endroit, le garçon put enfin prendre ses nouvelles marques. L'endroit lui semblait étrangement normal. Comme s'il s'agissait d'une étable tout ce qu'il y avait de plus banale. Toute en longueur, de bois construit comme le reste de la maison, on pouvait voir, à intervalles exactes, les portes de plusieurs enclos. Neuf au total. En face de l'entrée, accrochés au mur, les selles et harnais attendaient sagement que l'on s'occupe d'eux. Un mot avait été fixé au mur le plus proche.

'Partis prendre l'air, de retour pas avant la tombée du jour. Pour toutes informations supplémentaires, se référer à Pollux.'

Très bien, voilà qui ne l'arrangeait pas. En effet, l'endroit était bel et bien vide. On ne percevait rien si ce n'était le murmure de l'activité intérieure et un... ronflement ? Alexander s'arrêta sur le pas de la porte. Avait-il bien entendu ? Après quelques secondes d'immobilité totale pendant lesquelles il retint son souffle, le raclement gras distinctif s'éleva à nouveau. Cela provenait du dernier enclos. Curieux, le garçon s'approcha doucement de la provenance de ce bruit, prenant garde à ne pas se prendre le pied dans un des seaux ou autre objet aléatoire qui se retrouvait sur son chemin périlleux. Lorsqu'il parvint enfin à destination, l'enfant ne put retenir un petit cri d'émerveillement. Une énorme boule de poil envahissait la presque entièreté de l'enclos. Elle se soulevait et s'affaissait doucement au rythme de la lourde respiration, entrecoupée de puissant ronflements. C'était d'un blanc aussi pur que la neige et ça paraissait si duveteux qu'Alexander ne put s'empêcher de s'avancer et de plonger sa main dans l'épaisse fourrure. C'était bien aussi doux que ç'en avait l'air. Mais le geste avait apparemment troublé le sommeil de l'animal. Le tas tressauta, puis commença à bouger. Un grand bâillement se fit entendre alors que des pattes noires jaillissaient de la boule blanche s'étirant. Elle finit par se retourner, de grands yeux bleu glacé se fixèrent sur lui et Alexander, pétrifié, reconnu alors la bête. Un ours. Blanc. Et gigantesque par-dessus le marché. Oups ?

« P-pardon ! Je ne voulais pas vous réveillez. »

« Hein... ? Quoi ? Qui es-tu... ? »

« Oh, euh. Je m'appelle Alexander et je cherche Monsieur Patron. Euh, pardon, mais ça ne serait pas vous par hasard ? »

« Oh là, non ! Je suis aussi Patron que toi, p'tit homme. Moi, c'est Pollux. »

« Excusez-moi... »

« Bah ! Arrête de t'excuser, je ne vais pas te manger. »

« … Promis... ? »

« POUAHAHAHA ! »

« ... Ahaha... »

« Mais oui, je te le promets si tu veux, p'tit bout d'homme. Ne t'en fais pas, je suis sucrotivore. »

« Sucro... Quoi ? »

« Sucrotivore. Ça veut dire que je ne me nourris que de gâteaux, de bonbons et de chocolat. Surtout de chocolat. J'aime le chocolat... »

« Il n'existe même pas, ce mot-là. »

« Ah ! Et tu crois tout savoir, p'tit homme ? »

« … Non, désolé. »

« Pas de troubles, p'tit homme, ne t'en fais pas. Je te faisais marcher. Mais tu es honnête, c'est une belle qualité. Être humble et honnête, comprendre et accepter les différences, c'est ce qu'il y a de plus important. Toi, tu es p'tit homme qui mange de tout- »

« Sauf les endives. C'est amer. »

« Haha, tu as raison. Sauf les endives, donc. Et moi, je suis un ours qui ne mange que du chocolat. »

« J'aimerai bien être comme toi. »

« Oui, mais ton p'tit ventre de p'tit homme ne le supporterait pas. »

« Héhé, sûrement. »

« Alors comme ça, tu cherches Monsieur Patron, p'tit homme ? »

« Oui. »

« Il était ici il y a quelques heures de cela, mais je crois qu'il est allé voir comment ça se passait du côté de la fabrique de jouets. »

« Oh, merci ! Et pourrais-tu me dire comment y aller ? »

« Je pourrais, oui. Mais je pense que je vais t'y emmener. Il y a quelqu'un là-bas que j'aimerai bien embêter... »

« Tu veux y aller seulement pour embêter quelqu'un ? »

« Hé quoi ! Un peu, p'tit bout d'homme ! C'est un travail d'un seul ours, je te l'assure. »

« Bon, eh bien... Merci ! Je te suis, Pollux. »

・・・・・・・・・・・・・・

La fabrique de jouets était, de loin, la pièce la plus impressionnante de la maisonnée. Bon, soit, il n'avait pas encore tout exploré – il était même certain qu'il n'avait eut l'occasion d'observer qu'une infime partie de la face cachée de l’iceberg, mais Alexander en eut l'intime conviction dès qu'il y mit les pieds. Un plafond aussi haut que raffiné la surplombait, des poutres apparentes le soutenait, arborant des gravures et peintures relatant les travaux des lutins dans l'atelier, les jeux des enfants en hiver et les animaux hibernant dans leurs cachettes. En clé de voûte, une gigantesque étoile doré qui illuminait joyeusement l'intégralité de l'immense pièce, jusqu'au plus petits recoins. De longues fenêtres aux carreaux colorés encadraient la pièce et on pouvait distinguer à leur surface des dessins enfantins de cadeaux, sucres d'orge et chaussettes bariolés. La chaîne de fabrication consistait en un complexe réseau de tapis roulant sur lesquels étaient déversées les pièces à assembler. De la confection des différentes pièces à l'emballage du présent, partout s'agitaient des lutins, tous revêtis du même accoutrement. Tous s'affairaient à la tâche qui leur avait été attribuée. Par ici l'un éternuait dans un nuage continuel de paillettes, par là un autre testait un canon à bulles miniature – tandis que son comparse s'amusait à courir après en hurlant, de l'autre côté, on en voyait gribouiller sur de grands plans fixés au mur. Au milieu de tout ça, se trouvait ce qui semblait être un pingouin d'une étrange couleur bleue. On l'entendait crier de temps à autres des ordres, pour ensuite revenir sur le calepin qu'il tenait fermement entre ses nageoires, faisant les cents pas d'une allée à l'autre, jetant par moments un regard au travail de tout un chacun et le saluant d'une froide remarque. Un élégant nœud papillon ornait son absence de cou – parce que les nœuds papillons sont cools. C'est d'ailleurs vers ce personnage au caractère apparemment bien trempé que Pollux l'invita à se diriger.

« Napoléon ! Comment vas-tu, mon bandit des berceaux ! »

« Pas maintenant, Pollux, le retard nous guette. »

« Oups, désolé p'tit homme, mais je crois qu'on tombe mal. »

« Brise-noix ! Un nouveau pot de cœurs rouges pour la décoration. Et que ça saute ! »

« Oui, chef ! »

« Brise-noix ? Quel drôle de nom. »

« Je sais. Mais Casse-noisettes était déjà pris. »

« Ah. … Quoi ? »

« Les lutins choisissent leur nom. »

« Oh ~ Ça explique certaines choses... »

« C'est idiot, oui, mais c'est comme ça. Encore une idée farfelue du Patron. »

« Patron ? Vous parlez bien de Monsieur Patron, n'est-ce pas ? »

« Eh bien, oui. De qui d'autre ? »

« Sauriez-vous où je pourrais le trouver ? Cela va bientôt faire plusieurs heures que j'erre à sa recherche et- »

« Aucune idée, pas mon problème. »

« Oh... »

« Napoléon, voyons ! »

« Excusez-moi, mais je n'ai pas le temps. Mon lutin organisateur a fait une indigestion de biscuit et je dois m'occuper du coup de la réorganisation des ailes perles et paillettes, en plus du reste. »

« Oh ! Peut-être pourrais-je vous aider... Je me débrouille assez bien de ce genre de choses... »

« Quoi, tu voudrais le remplacer ? Mais rien ne me prouve que tu serais à la hauteur. »

« Napo... »

« Oui, Pollux ? »

« Apprend donc à faire confiance aux autres, veux-tu ? Si ce p'tit bout d'homme dit qu'il peut le faire, c'est qu'il s'en sens capable. Et puis, tu es déjà en retard sur le planning, non ? Quel mal pourrait-il y avoir à ce qu'il essaye ? »

« … Argh ! Bon, très bien. Mais un seul faux pas, et vous aurez tout les deux affaires à moi. »

« Oui, chef ! »

« Tu sais, p'tit homme, Napoléon est un pingouin en or. Il a juste une écorce assez coriace. »

« Sûrement. »

C'est ainsi que Alexander se vit soudainement devenir remplaçant d'un des lutins et nommer temporairement organisateur en chef. Il fit un travail remarquable. En moins d'une heure, il put réinventer entièrement le système de décoration spécial princesses, replaçant de façon logique les nœuds important de fabrication, remaniant avec une déroutante expertise la manière de ranger les flacons de poudres et les boîtes de perles. Lorsque Napoléon passait près de lui, jeter un œil à sa tâche, le pingouin se contentait d'un bref hochement de tête, visiblement satisfait. Alexander eût même le droit, sur la fin, à un 'C'est bien.' qui, d'après les grands yeux admirateurs de ses nouveaux collègues d'un soir, était un très grand accomplissement. Et le garçon n'était pas peu fier de soi, il devait l'avouer. Une fois sa besogne accomplie, il retrouva l'ours et le pingouin, manifestement plus détendu.

« Bien. Je crois que je vous dois des excuses. »

« Grands Vents ! Un Napoléon qui s'excuse ? Il doit y avoir des étoiles qui tombent ce soir. »

« Tais-toi un peu, grand bêta. Alexander, je t'ai sous-estimé. Qui aurait cru que tu recelais en toi un tel empereur de l'ordre ! »

« Merci beaucoup, chef. »

« Oh, tu peux m'appeler Napoléon. Je suis navré de t'avoir malmené plus tôt, je ne suis vraiment pas à l'aise lorsque l'atelier prend du retard. »

« Tu deviens un maniaque obsédé, oui ! »

« Silence, Pollux ! »

« Héhé ~ »

« Alexander, c'est un grande qualité dont tu viens de nous faire montre ici, chéris-le. Tu me rappelles un peu moi, lorsque j'avais ton âge. Avec plus de cheveux. »

« Oh, mais c'est qu'il en deviendrait presque tendre, le bougre. »

« Ne fais pas attention à Pollux, c'est un agitateur bon qu'à manger et dormir. »

« Aoutch ! Mes sentiments peuvent aussi être heurter, Napo' ! »

« Bref, tu es quelqu'un de bien, je peux le voir. Sois toujours honnête envers toi-même et rien ne saurait t'arrêter. »

« Oui. »

« Bien... »

« Oh, qu'ils sont mignons ! Te sentirais-tu pousser des ailes de papa-poule, Napoléon ? »

« Ahem ! Merci de ton aide. Tu es un enfant prometteur, mais nous ne pouvons plus nous permettre de prendre d'autre retard. Tu m'en vois navré, mais je vais devoir te demander de quitter les lieux. »

« A bientôt, p'tit homme ! »

« Et toi retourne dans ton trou ! »

« Mais je te manquerais bien trop, là-bas. »

« Rah, tais-toi, veux-tu ! »

Et sans plus de cérémonie, Alexander se retrouva mis à la porte de la fabrique, aussi bredouille qu'il y était arrivé.
・・・・・・・・・・・・・・

Errant au hasard, Alexander finit par tomber sur une pièce qui, étrangement, retenu plus son attention que la myriade d'ateliers bariolés et de salles pleines de jouets et de pâtisseries. Cette pièce, contrairement aux autres, était sans prétentions. Vieillotte, presque désuète, elle était plutôt étroite, avec pour seules fournitures une table supportant un vase de lys blanches dans un coin et ses murs étaient épinglés, ça et là, de photographies, datant toutes de différentes époques et représentant des personnes chaque fois différentes. Des groupes, des solitaires. Des enfants ou des octogénaires. Ils avaient pourtant tous une chose en commun. Ils souriaient. D'un sourire débordant de bonheur et de sincérité. Ils avaient l'air heureux, réellement, et à son tour Alexander ne put réprimer un doux sourire de s'emparer de ses lèvres. Finalement, un large fauteuil matelassé de pourpre, au centre, se tenait auprès d'une imposante cheminée de pierres grossièrement taillées, sûrement assez grande pour y faire rôtir un cochon entier. A l'intérieur, se reposait un feu élégant dont la lueur rougeoyante berçait agréablement la mansarde.

Enchanté, Alexander s'approcha lentement, pour finalement s’asseoir à côté, à même les lattes de bois. Son regard carmin se perdit dans ses volutes orangées et l'enfant laissa son esprit s'égarer entre les légers craquements du bois embrasé. 

Et Alexander ferma les yeux.

・・・・・・・・・・・・・・

To be continued soon.
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Pôle-Nord ! Terminus, tout le monde descend ~

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