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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 Au bord de l'eau, on ne trouve pas que des poissons [Pv Dominik] (1889)

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Alice Lindel
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MessageSujet: Au bord de l'eau, on ne trouve pas que des poissons [Pv Dominik] (1889)   Sam 4 Jan - 23:54

Dans une autre vie, j'aurais sûrement dû être funambule...

Comment expliquer autrement ma passion des hauteurs ? Je n'aurais su le dire. Peut-être une envie de mieux observer les paysages découpant l'horizon, entre les divers bâtiments. J'avais vécu ici toute ma vie, pourtant, je n'avais que peu souvent eu l'occasion de visiter les points les plus pittoresques de la capitale de la France. Après tout, les seuls moments de liberté étaient ceux que j'avais gagné en douce... Pourtant, j'avais beau étendre mes promenades, je finissais toujours par retourner au même endroit, tout près de la Seine. Ce n'était pas seulement dans l'espoir de retrouver mon musicien préféré. L'air marin était particulièrement agréable, lorsqu'il ne faisait pas trop froid. Apaisant même. Et puis, on y retrouvait peu de criminels et d'autres voyous pouvant être dangereux. Avec toutes ces histoires de corps jetés dans la Tamise de Londres, les policiers arpentaient souvent les environs, tant de jour que de nuit afin qu'une situation semblable ne se reproduise pas ici... Je pouvais ainsi me laisser aller à mes pensées à bon loisir tandis que mes talons résonnaient contre le pavé entre la place principale et les quais. Peut-être pourrais-je manger un peu de poisson pour le dîner histoire d'encourager les commerçants qu'on y trouvait ? Et puis, c'était aussi bon au goût que pour le santé, lorsqu'apprêté correctement...

Seulement, la fatigue me prit le corps plus rapidement que je ne le pensais. Il fallait que je prenne une pause, sans quoi je m'effondrerais sûrement au beau milieu de la route. Histoire d'éviter d'être piétinée entre les passants, les fiacres et les cabs, je m'assis sur le bord du pont où je me trouvais. Le marbre était chaud sous les rayons du soleil... Une personne moins vive d'esprit aurait pu s'y endormir ou au moins se prélasser comme un vieux chat. Je retirai mes chaussures et les cachai dans mon sac à main, histoire d'être un peu plus à l'aise. Le soleil commençait à décliner dans le ciel qui resterait encore bleu un certain temps. Je me tournai, désirant observer le somptueux coucher de soleil. Si je m'avançais un peu, j'avais l'impression de pouvoir enserrer ce soleil orangé au creux des paumes de mes mains. Les jambes dans le vide. Il aurait suffi d'un seul faux mouvement pour rejoindre les bateaux. Pourtant personne ne semblait avoir remarqué ma présence. Une chute serait-elle fatale, à cette hauteur ? D'un coup d'œil extérieur, je semblerais sûrement en train de supposer cette hypothèse, hypnotisée par l'océan. Mais pour moi, c'était tout simplement la plus belle vue de toute la capitale... Et puis, l'hiver n'avait pas encore étendu son manteau de neige et de glace, alors je ne risquais pas de tomber. Enfin... Peut-être n'avait-on pas tout à fait tort de me prétendre un peu folle, finalement...

« Je suis sûre que tu aimerais cet endroit, maman... » murmurais-je, un peu mélancolique.


Dernière édition par Alice Lindel le Lun 2 Mar - 15:55, édité 1 fois
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Dominik Steadworthy
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MessageSujet: Re: Au bord de l'eau, on ne trouve pas que des poissons [Pv Dominik] (1889)   Dim 5 Jan - 18:46

Ses yeux étaient rivés sur le ciel. Le soleil filtrait à travers les branches des arbres dénudés et Dominik ne pouvait s'empêcher de rester là, ébahis, devant ce spectacle magnifique. Accoudé contre le rebord de la fenêtre, il lui semblait que les rayons du soleil pouvaient atteindre son cœur pour le réchauffer, défiant la mort auxquels les arbres s'abandonnaient tranquillement. Le cabaret commençait doucement à s'activer. On se réveillait, on commençait les préparatifs pour le spectacle du soir. Étant pour la plupart du temps toujours seul durant la journée, le revenant appréciait généralement ces moments où la solitude s'évanouissait. Le silence, c'est ce qui le meurtrissait le plus. Car seul au milieu du silence, parfois interrompu par de sinistres craquements, ses démons revenaient. Ils lui tordaient les entrailles, lui rongeaient les os jusqu'à la moelle et le rendaient presque fou. Étrangement, cette fin d'après-midi-ci, la présence des employés qui venaient perturber son observation presque obsessionnelle de l'astre solaire l'irritait. Il y avait si longtemps qu'il n'avais pas pris le temps de l'observer. La lumière chaude et apaisante qu'il dégageait l'attirait. Il n'aurait su dire pourquoi. Mais il y avait bien des années que Dominik avait cessé de se poser des questions inutiles. Trop de questions restaient sans réponse. Sans question, personne n'avait besoin de réponse.

En général, le pianiste n'aimait pas trop sortir en plein jour. Il lui arrivait plus souvent de le faire la nuit après être monté sur scène, ou lorsqu'une averse s'abattait sur la ville. Les rues étaient ainsi toujours désertes. Pourtant, Dominik aimait les gens. Il comprenait difficilement sa répulsion pour les vivants et encore plus quand elle s'étendait jusqu'aux employés du cabaret. Mais au fond de lui, il savait. Il n'appartenait plus à leur monde. Certes, il était toujours là, mais son corps était ailleurs. Il craignait toujours qu'on remarque sa pâleur anormale, et s'il avait le malheur de laisser sa maladresse lui faire traverser un mur... que penserait la population? Elle serait définitivement terrorisée. À moins que par une chance quelconque il réussisse à se faire passer pour un magicien extraordinaire. C'était une raison banale parmi tant d'autres. La vrai raison, il préférait se la cacher à lui-même, ainsi il évitait d'y penser trop souvent. Il avait arpenté les rues de France pendant assez longtemps pour savoir qu'il y avait trop de sourires qui s'y baladaient. Les sourires des autres le tuaient une seconde fois. Savoir qu'il n'aurait jamais plus la chance de vivre une vie heureuse et de pouvoir lui aussi déambuler, le sourire fendu jusqu'au front, main dans la main avec celle qu'il aimait.

Ce jour-là, le soleil l'attirait comme si une force supérieur l'avait ensorcelé. Il devait s'en rapprocher, atteindre cette chaleur qui le réconfortait tant. Le pianiste attrapa un chapeau sous lequel il pourrait camoufler son visage pâle et ajusta sa veste question de bien paraître. Il dévala ensuite les marches jusqu'au rez-de-chaussée et franchit le seuil de la porte du grand hall. Il s'arrêta sur le pas un instant. Le soleil réchauffait son âme d'une telle manière qu'il n'aurait su décrire l'effet que cela lui faisait. Il n'avait rien ressentit de tel depuis des années. En fermant les yeux, il pouvait presque croire qu'il était revenu à une époque où son innocence le rendait encore heureux. Il était bien. L'astre n'avait pas qu'éclaircit le ciel, mais également ses pensées. Le cœur léger, il posa un pas en avant. La foule souriante qui déferlait dans les rues pour profiter également de la belle journée ne le dérangeait pas, contrairement à ce qu'il aurait pensé. Pas aujourd'hui. Il en était le premier surpris. Il marchait d'un bon pas, observant les visages resplendissants des plus fortunés et même des moins bien nantis. Rien ne clochait dans ce décor parfait. Quand le soleil commença à décliner et à propager des tons orangés sur tous les bâtiments, Dominik eu un pincement au cœur. Il n'avait pas envie que cet instant de bonheur naïf et inexplicable se termine. Une légère brise se souleva alors et son chapeau s'envola. Sans même faire un geste pour le rattraper, il le regarda s'éloigner sur le pavé, indifférent. Il avait l'habitude désormais de voir les choses disparaître ainsi. De plus, il n'en avait plus besoin. Personne ne se souciait de sa présence. Et puis qui irait imaginer qu'il puisse être mort, de toute façon? Il plongea les mains dans ses poches et continua son chemin, appréciant la lumière orangée dans laquelle il baignait.

Il jeta un coup d'oeil à sa montre. Il lui restait encore beaucoup de temps avant son entrée sur scène et même avant l'arrivée des clients au Lost. Il pouvait bien se permettre de rester en ville encore un moment. Il se rendit d'un pas décidé où son cœur lui dictait d'aller chaque fois qu'il mettait les pieds hors du cabaret : La Seine. Dominik avait toujours aimé les bateaux. Enfant, il adorait les regarder jusqu'à ce qu'ils disparaissent à l'horizon. Nul ne savait où ils se rendaient ou d'où ils revenaient, bercés par les vagues de la mer. Ils étaient libres. Il entendait déjà les vagues de la rivière lui chanter à l'oreille. C'était une chanson qu'il connaissait bien désormais. Le son des vagues coulait en lui pour bercer son cœur. Toutefois, il sembla qu'elles remuaient également de lourds souvenirs. Le soleil cédait tranquillement sa place à la lune, et, malgré la rivière, sa mélancolie remontait à la surface graduellement. Il soupira, agacé mais également presque soulagé. Cet état lui était devenu bien trop familier pour qu'il puisse s'en débarrasser aussi aisément et sans, il ressentait comme une sorte manque.

Le Pendu déambula jusqu'à proximité de la rivière où son regard plongea dans les vagues reflétant les derniers rayons du soleil. Il laissa ses pensées dériver un long moment, puis détailla les gens aux alentours. Son regard bleu se posa alors sur une jeune fille, assise sur le rebord à quelques mètres. Ses cheveux de blés se soulevaient grâce à la brise marine. Dominik dû admettre qu'elle était plutôt mignonne. Seule au bord de la rivière, les yeux rivés vers les flots, elle lui faisait penser un peu à lui. Inconsciemment, il s'était rapproché de quelques pas tandis qu'il la détaillait. Ses yeux semblaient fatigués et elle les levait parfois vers le ciel orangé. Comme si elle cherchait une réponse à une quelconque question à laquelle seules la vie ou la mort ne pouvaient répondre. Une bourrasque glaciale lui frappa alors en plein visage comme une dure vérité. Non... si? Elle ne comptait tout de même pas faire ce qu'il croyait qu'elle comptait faire... Une seconde et tout pouvait s'arrêter. Seize dans son cas... mais là n'était pas la question. Il fit un rapide rapport des alentours. Il n'y avait presque personne. Où étaient donc ces gens quand on avait besoin d'eux, nom de Dieu! Pas de témoins, pas de drame... C'est ce qu'il avait pensé, lui aussi. Il ne pouvait pas laisser cela se produire. Pas sous ses yeux. Pas une si jeune entité. Pas maintenant. En un rien de temps il se retrouva derrière elle. Ça ne devait pas arriver.

« Mademoiselle! »

Au moindre mouvement, il était prêt à sauter pour la retenir. Mais elle ne bougea pas. Immobile dans sa grande robe, on aurait pu croire à une poupée grandeur nature. Il refusait de se laisser berner par une illusion. Elle ne devait pas laisser ses démons gagner. Elle finirait comme lui. Encore plus triste et délaissé. Il se risqua à nouveau.

« Tout va bien? »

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Alice Lindel
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MessageSujet: Re: Au bord de l'eau, on ne trouve pas que des poissons [Pv Dominik] (1889)   Mer 15 Jan - 22:49

Il suffit parfois d'un mot pour changer la destinée d'une personne. Bien que tout ne se déroule pas toujours tel qu'on l'avait prévu...

Un instant, j'étais seule, perdue dans mes pensées. Comme très souvent, peut-être même trop, à mon âge. Mais sans rêves, que pouvait bien devenir le cœur d'une demoiselle sensible que l'on condamne déjà à l'asile ? Il s'éteindrait bien trop vite, rongé par les ténèbres. Et puis, ce n'était pas de ma faute si des contacts avec les autres étaient presque interdits, m'empêchant de me faire des amis. On m'avait réduit à l'état d'oiseau en cage, de par mon rôle d'héritière. Souvent, penser à cela me rendait particulièrement triste, mais si je restais là à m'apitoyer sur mon sort, qui étais-je pour pousser les autres à se sortir eux-mêmes de leur misère ? C'est ainsi qu'à chaque fois, j'arrivais à me sortir de ma mélancolie.

Le suivant, à peine après que j'ai oublié ma tristesse pour me concentrer davantage sur la vue, une voix m'interpella. Inquiète ? Peut-être. Je ne l'avais entendu qu'à moitié, après tout, égarée dans mes pensées. Et je m'étais penchée en direction des bateaux, tout à l'heure, alors cela n'aurait pas été bien surprenant... Je me retournai légèrement dans la direction de cette personne tout en faisant attention à ne pas me retrouver dans une situation délicate. C'était tout de même une visite assez surprenante, à une heure pareille... Après tout, les lampadaires avaient été allumés depuis peu, afin que les rues soient suffisamment illuminées en cas de besoin, mais il y avait déjà beaucoup moins de passants qu'en plein milieu de journée. Cela me permettait au moins de voir mon interlocuteur : un jeune homme aux cheveux noirs et aux habits de mêmes couleurs. Cela suffisait pour que je fasse la moue pour quelques secondes. Pas assez de couleur à mon goût. Hm. Cela méritait une enquête approfondie à mon avis. Et puisqu'il me posait toutes ces questions, il devait en être de même pour lui. Je lui adressai donc un doux sourire en tapotant le marbre qui se trouvait à ma droite, lui offrant une réponse indirecte sans pour autant bouger le moindrement de cet endroit.

« Venez donc vous asseoir à mes côtés. Vous verrez, on se sent plus vivant que jamais, ici. »

Ouille. J'allais sûrement le faire fuir, là. Décidément, je n'étais pas très douée pour discuter avec des garçons... Malgré tout, j'étais curieuse quant à ce qui l'avait attiré à mes côtés, pour m'adresser la parole. Il était le seul à l'avoir fait, pourtant, il ne devait pas être la seule personne avec un cœur bon dans les environs. Et pourtant, il était le seul qui s'était approché de moi, comme s'il avait su capter toute ma solitude. En voilà une drôle d'impression...
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Dominik Steadworthy
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MessageSujet: Re: Au bord de l'eau, on ne trouve pas que des poissons [Pv Dominik] (1889)   Jeu 23 Jan - 22:17

La blonde s'était à peine retournée. Elle avait eu un air déçu en l'apercevant, ou peut-être n'était-ce qu'une illusion en conséquence à la noirceur qui s'installait. Dominik ne distinguait pas très bien les traits de son visage, il n'aurait su lui donner un âge. Toutefois, il vit clairement le sourire qui se dessina sur ses lèvres. Comme un point lumineux dans l'obscurité. Elle lui fit alors signe de prendre place à ses côtés.

« Venez donc vous asseoir à mes côtés. Vous verrez, on se sent plus vivant que jamais, ici. »

Dominik hésita, méfiant et confus. L'ironie dans ces propos était flagrante. Alors qu'il croyait précédemment qu'elle comptait mettre fin à ses jours, au contraire... elle en profitait? Il fit un pas mal assuré en avant. Son interlocutrice ne bougeait toujours pas. Elle l'attendait. Qu'arriverait-il s'il décidait, sans ajouter un mot, de partir en douce. De se mêler de sa vie, de retourner au Cabaret... Le pianiste regarda attentivement le petit être fragile devant lui, le regard perdu dans les vagues. Il ne pouvait se résigner à la laisser toute seule en pleine ville, surtout à cette heure de la nuit, et si près des traîtres flots. Il s'avança et prit place sur le bord du quai, là où elle avait posé sa main quelques instants plus tôt. Il lui jeta un coup d’œil furtif, mais elle resta impassible. Mal à l'aise, il suivit son regard. Il n'était pas certain si elle regardait quelque chose de précis ou si elle s'était perdu dans l'horizon. Il était donc impossible pour lui d'essayer de lire ses pensées. Le silence était bien installé. Seules les vagues se fracassant contre les parois venaient le briser avec douceur. Les étoiles commençaient à s'allumer une par une dans le ciel. Il laissa voguer ses yeux bleus dans l'immensité du ciel nocturne. Tout était d'un calme surprenant et apaisant. Et si beau... Quand il émergea de sa transe, il n'aurait su dire combien de temps son voyage mental dans les étoiles avait prit. Probablement trop longtemps. Il se décida à parler.

« Dominik, dit-il simplement en lui tendant sa main. C'est magnifique n'est-ce pas? »

Il n'ajoute rien de plus. Volontairement, il n'avait pas demandé son nom en retour. Elle le lui donnerait seulement si elle le désirait. Cette rencontre ne serait probablement que passagère. À quoi bon se présenter? Malgré tout, il brûlait d'envie de connaître le nom de cette charmante créature.

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Alice Lindel
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MessageSujet: Re: Au bord de l'eau, on ne trouve pas que des poissons [Pv Dominik] (1889)   Lun 3 Mar - 19:59

Allait-il rester encore un peu, ou passer son chemin pour rentrer, à l'abri du froid qui finirait par s'installer sous ce ciel devenant de plus en plus obscur ? Il serait agréable de tenir une conversation en ce jour morose, s'il ne finissait pas par s'enfuir, mais je ne pouvais pas le forcer à faire quoi que ce soit. Ce ne fut que le bruit du cuir frappant contre le marbre, un peu moins fortement que mes propres chaussures, qui m'empêcha de sursauter lorsque l'homme reprit la parole, puisqu'il se déplaça en silence. Mon regard quitta les vagues tranquilles pour se poser sur le jeune homme aux mèches noires. C'était étrange. Nous ne nous connaissions pas, et pourtant, il était inquiet. Cette émotion était aussi limpide que sincère, au fond de son regard, même si son visage était un peu impassible. Cela me poussait tout autant à répondre que mes manières de bienséance. Après tout, c'était aussi cela, être une héritière digne de ce nom pour une entreprise importante. Et les chocolats Lindel entraient sans grande surprise ni secret dans cette catégorie.

« Je m'appelle Alice. »

Quant à dire si la vue était magnifique ou non, je crois bien que ce n'était pas vraiment nécessaire. Pour quelle autre raison me trouverais-je à cet endroit ? Si ce n'est pour me jeter à l'eau, mais je n'étais pas désespérée à ce point. Pas encore du moins. Ah ah ah ! Alors inutile de poser cette question un peu glauque. Je serrai plutôt la main de Dominik, comme pour lui prouver que je ne comptais pas m'évaporer dans l'air tel un feu follet ou une répressive. Ajoutant un commentaire à ces présentations dans une tentative un peu ratée d'alléger l'atmosphère. Ou peut-être avais-je simplement besoin de me confier, de ce poids horrible m'oppressant la poitrine.

« Il semblerait que je sois tombée dans le trou du lapin, moi aussi... Plusieurs me croient complètement folle, vous vous rendez compte ? »

Non, bien sûr que non. Il ne pouvait pas savoir tout cela avant que je ne lui en parle. Ce n'était pas encore une information publique. C'était plutôt une question rhétorique... Après tout, au premier regard, je n'étais qu'une jolie bourgeoise. La plupart des gens ne se douteraient pas qu'il pouvait y avoir une autre facette à cette réalité. Quel genre de problèmes pourraient bien m'affliger, alors que le monde se trouvait souvent à mes pieds ? Mais il s'agissait justement du cœur du souci. On me plaçait toujours sur un piédestal, examinant le moindre de mes défauts, mes faux pas. Espérons simplement que je ne l'ennuie pas trop avec mes questionnements. Dire que d'habitude, c'était plutôt moi qui poussait les autres à se relever, à cesser de s'apitoyer sur leur sort ! Il faut croire que même les meilleurs des piliers avaient leurs failles.

« Mais peut-être ne savez-vous pas ce que c'est, être quelqu'un alors que l'on voudrait être tout autre... » lui dis-je en guise d'excuses, un sourire aux lèvres, allant tapoter gentiment sa joue, le plus naturellement du monde.
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Dominik Steadworthy
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MessageSujet: Re: Au bord de l'eau, on ne trouve pas que des poissons [Pv Dominik] (1889)   Lun 9 Juin - 23:54

Un silence s'installa, sans qu'il ne fut toutefois pesant. C'était en fait un silence plutôt léger, un silence dont on appréciait le vide. Puis la douce voix de son interlocutrice s'éleva. Elle s'appelait Alice. Dominik avait toujours trouvé ce nom magnifique. Ce dernier allait aussi parfaitement à cette charmante demoiselle. Alice. C'était un prénom si harmonieux, comme une mélodie qui vient chatouiller vos oreilles. Et si doux, doux comme ses cheveux de blés qui se soulevaient légèrement dans la brise du soir. Dominik ne les avait à peine effleuré en s'asseyant, mais il était persuadé qu'ils étaient doux comme de la soie, doux comme un chien berger, doux comme...

Sans qu'il ne s'y attende, celle-ci serra sa main. Le temps qu'il remonte complètement de ses divagations, il eut le temps de s'inquiéter à savoir si Alice avait lu ses pensées. Avec tous les légendaires et les gens bizarres qu'il côtoyait chaque jours au cabaret, cela était entièrement plausible. Peut-être qu'Alice n'était pas seulement qu'une humaine ordinaire? Non. Si? Ça se verrait, non? Dominik hésitait. Il ne savait trop comment interpréter ce geste, mais il ne broncha pas, malgré ses pensées qui s'affolaient encore. Une fois calmé et, bien que surpris, il lui sembla ressentir l'intention d'Alice de le rassurer. Elle n'était pas là pour les mêmes raisons qu'il ne l'avait cru. Pour s'engouffrer dans les flots et couler comme pierre. Sincèrement, il en était soulagé. C'était curieux, d'ailleurs. Il ne la connaissait pas, et pourtant il sentait le besoin de l'aider, voire de la protéger. Il avait besoin de l'entendre dire qu'elle allait bien. Comme on tient à protéger une petite sœur (oublions ses fabulations de plus tôt). Pour lui montrer son soutient il resserra son étreinte sur sa main délicate.

« Il semblerait que je sois tombée dans le trou du lapin, moi aussi... Plusieurs me croient complètement folle, vous vous rendez compte ? »

Sur le moment, Dominik se demanda où elle voulait en venir avec sa référence au roman de Lewis Carroll, puis la suite le secoua. Folle? Jamais cette pensée ne lui avait traversé l'esprit jusqu'alors. S'il ne voyait pas une jeune femme ordinaire en elle, ce n'était certes pas une folle, mais bien quelqu'un qui n'avait pas trouvé le bonheur. Il était bien placé pour reconnaître ces gens-là.

« Mais peut-être ne savez-vous pas ce que c'est, être quelqu'un alors que l'on voudrait être tout autre... »

Elle lui tapota doucement la joue. Décidément, elle savait le surprendre par de petits gestes pourtant si simples. Elle souriait et pourtant il voyait toute la douleur que ce sourire cachait. Si elle savait à quel point elle avait tord. Plus il y songeait, plus elle lui rappelait...lui. L'ancien lui, plutôt. Tout le monde croyait que l'argent était ce qui apportait le bonheur et nombreux étaient les bourgeois qui se bernaient à croire qu'ils étaient heureux. Ceux qui au-delà de la richesse savaient pertinemment qu'il n'y avait aucun bonheur dans leurs vies étaient perçus comme des délinquants. Tel était la logique de la haute classe. Et ceux qui détenaient réellement le bonheur malgré tout, alors ils avaient de la chance. Dominik voyait en Alice une bourgeoise trop réaliste, comme il l'était auparavant. Tous deux voyaient la vie comme elle l'était réellement, sans mensonges, sans voile pour cacher la misère. Une vie triste. Il voyait en elle une détresse semblable à celle qui l'accablait jadis. La détresse des gens qui voient clair. Mais elle n'était pas perdue.

« Si cela peut vous rassurer, mademoiselle, je ne pense pas que vous puissiez être folle... seulement un peu égarée. »

Il regardait les flots, cherchant les bons mots pour exprimer son idée, des mots qui apaiseraient le cœur de cette pauvre âme esseulée. Après une courte pause, il poursuivit.

« Et je crois bien connaître ce à quoi vous faites allusion, au contraire. J'ai connu cela... et encore aujourd'hui, j'ai du mal à voir les choses autrement. Ça m'a mené à faire une chose... que je ne souhaite à personne. »

Le pianiste s'arrêta un instant, croyant en avoir trop dit. Il n'avait pourtant pas précisé la nature de cette chose, mais le souvenir de la nuit où il s'était enlevé la vie était plus que présent à son esprit et il ne pouvait s'empêcher de croire qu'Alice aurait pu le deviner. Il inspira pour chasser ces pensées et plongea son regard bleu dans celui d'Alice.

« Ne laissez pas la reine de cœur avoir le vôtre. »

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MessageSujet: Re: Au bord de l'eau, on ne trouve pas que des poissons [Pv Dominik] (1889)   Dim 10 Aoû - 15:06

Je ne pus m'empêcher de prendre un air étonné lorsque Dominik m'adressa ces quelques mots à propos de ma folie supposée. Tellement justes. Je ne trouvais pas ma place, en ce monde désolé, et pire encore, on ne me laissait pas la chercher, préférant me dicter ma conduite... Il semblait pouvoir lire en moi, comme s'il ne connaissait que trop bien ces tourments qui dévoraient mon cœur. Et comme pour confirmer mes doutes, il évitait mon regard, contemplant plutôt le fleuve, avant de parler de sa propre expérience avec le monde extérieur. Apparemment, lui aussi avait eu sa part de difficultés. Une chose qu'il ne souhaitait à personne ? Au vu de l'endroit où nous nous trouvions, et de son conseil ... Avait-il tenté de s'enlever la vie ? Croyait-il que j'allais en faire de même ? Dans un geste instinctif, je le pris dans mes bras, un peu à la manière que le ferait une mère ou une sœur aimante, ma tête reposant doucement contre la sienne. Et sans que je ne puisse vraiment l'empêcher, quelques larmes tombèrent sur mes joues pâles. Pourtant, bien qu'en ce moment, je semblais moi-même avoir besoin d'aide, je gardais cette envie profonde de le protéger, de le voir sourire. Pourquoi ? Peut-être parce qu'il était le premier à pouvoir me comprendre. Et pourtant de son propre aveu, il vivait dans le passé. Et considérant le peu que je savais déjà de ce qu'il y avait dans ce passé, bin ... Il ne fallait pas être un génie pour voir que ce n'était pas la grande joie...

« Je ne sais même pas quoi faire... Quelle idiote ! Vraiment ! »

C'était en partie une réponse à sa phrase encourageante, et en partie la suite de mes pensées. Pourtant, mes larmes ne cessaient pas de se déverser, encore et encore. Cela faisait trop longtemps que je gardais toute cette amertume enfouie au fond de mon cœur. Pauvre Dominik, tout de même, il allait être un peu trempé... Et pourtant, mon cœur ne souffrait plus tout autant, à l'idée toute simple de ne pas être la seule bourgeoise ayant envie de se mêler aux vraies choses du peuple, et de la vie. Respirer et vivre à fond. Je lançai un nouveau regard à l'horizon par-dessus la rambarde, ce qui me rendit un peu rêveuse. La nostalgie étant ce qui m'avait poussé jusqu'ici, les mots sortirent d'eux-mêmes, à la fois pour le rassurer, mais aussi pour moi-même.

« ... Ma mère aimait peindre ce genre de paysages tranquilles. Elle est au paradis depuis un moment, maintenant, mais on dit parfois que nos proches continuent de veiller sur nous... Alors je veux voir plein de belles choses, pour elle... »

C'était sans doute un peu naïf, comme histoire, mais je voulais y croire. Non. Je le devais. Parce qu'il fallait bien qu'au moins une personne dans ma famille m'ait aimée comme je suis... Il n'avait pas intérêt à faire un commentaire étrange là-dessus ! Je fermai les yeux, inquiète d'en avoir trop dit. Mais peu à peu, je crois que la confiance s'était installée entre nous. Après tout... Il avait été gentil jusqu'à maintenant et très compréhensif... Quoi qu'il en soit, parler ainsi m'avait un peu calmée...

Il ne fallait pas que j'abandonne tous ces rêves que je m'étais donnés.
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MessageSujet: Re: Au bord de l'eau, on ne trouve pas que des poissons [Pv Dominik] (1889)   Mer 31 Déc - 2:12

Le regard perdu dans les flots, l'Anglais sursauta quand sa compagne l'attira dans ses bras. Il en restait bouche-bée, tandis qu'elle le serrait fort contre elle, les yeux écarquillés de surprise. Il leva comme par réflexe une main tremblante pour la serrer à son tour, mais ne se décida jamais à la poser contre son dos. Sa confusion s’accrut de plus belle lorsqu'il sentit des larmes chaudes glisser sur son épaule et de légers soubresauts venant d'Alice. Était-elle réellement en train de pleurer, ou était-ce le simple fruit de son imagination? Quand elle prit la parole, cela devint pourtant évident. Il comprenait ses paroles comme s'il les avait prononcé lui-même. Arrive un point dans la détresse d'une personne où chaque pensée est dérisoire et destructrice. Il ne fallait pas laisser ces pensées prendre le dessus.

« ... Ma mère aimait peindre ce genre de paysages tranquilles. Elle est au paradis depuis un moment, maintenant, mais on dit parfois que nos proches continuent de veiller sur nous... Alors je veux voir plein de belles choses, pour elle... »

Dominik se détacha quelque peu et regarda à l'horizon. Tout était si calme. On aurait pu réellement croire à une toile. Le cœur du pianiste se serra en entendant que la mère de la pauvre Alice était décédée. Évidemment, c'était un artiste. Il se devait de s'émouvoir pour si peu. Mais il comprenait encore mieux ce qu'elle devait ressentir. Un deuil pouvait rester un fardeau pour bien longtemps, traînant derrière soi comme une lourde chaîne. Il était néanmoins ravis d'entendre qu'elle voyait la suite avec plus d'espoir.

« Voilà de bien jolies paroles. Parfois le meilleur moyen de trouver sa propre voie est d'agir pour quelqu'un à qui l'on tient. Il en résulte parfois des choses surprenantes, qui nous aide à nous trouver... d'autres fois pas. Je suis certain que votre mère est très heureuse de voir que vous faites cela pour elle. »

Il leva les yeux vers Alice et plongea son regard dans le sien. Il n'était pas certain de ce qu'il y décelait, ce qui d'ordinaire l'aurait déranger, et pourtant il n'en avait que faire. Sans même sans rendre compte, il lui adressa un léger sourire.

« Mais vous savez, il y a des tas de belles choses ailleurs que sur ce quai. »

C'était un fait. L’Anglais n'était pas certain lui-même d'où il avait voulu en venir avec ces mots. C'était sorti sans qu'il ne puisse le freiner. Tant pis. Elle le prendrait bien comme elle le veut et cela les mènera où cela les mènera. Il était vrai que se dégourdir les jambes ne lui ferait pas de tord, même s'il était bien sur le bord de l'eau. Bêtement, il continuait de sourire vaguement, comme si sa bouche avait cessé de répondre à tout signal lui indiquant le contraire. Il l'aimait bien, cette petite Alice. Elle dégageait étrangement une bonne énergie. Et une odeur de chocolat. De plus, elle ressemblait à une poupée grandeur nature. Eh bien... La vie nous mène parfois à faire de bien curieuses rencontres.

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Alice Lindel
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MessageSujet: Re: Au bord de l'eau, on ne trouve pas que des poissons [Pv Dominik] (1889)   Mer 1 Juil - 23:27

Heureuse ? Je ne pouvais qu'espérer de tout mon cœur que ce soit la vérité.

Une personne plus déterminée aurait pu aller requérir les services de ces supposés médium pour tenter d'obtenir des réponses. Seulement les rumeurs au sujet de ces gens étaient nombreuses, et pas des moindres. La plupart seraient des charlatans qui ne faisaient que donner aux autres les mots qu'ils désiraient entendre. Ce n'était pas ce que je désirais. Au lieu de me questionner plus encore sur le sens de la vie après la mort, je me contentai de quitter mon perchoir improvisé pour retrouver la terre ferme en guise de réponse à la proposition de Dominik. Quelle charmante attention que celle de vouloir chasser les éclats de tristesse qui s'accrochaient férocement à mon esprit. Mais la brume s'était déjà envolée au loin, me laissant des pensées beaucoup plus claires.

« Je ne le sais que trop bien, mais la Seine est chère à mon cœur. »

Expliquer en quoi serait compliqué. De plus, ce secret là, je préférais le garder pour moi-même. J'en étais un peu embarrassée, et c'était souvent le sujet de malentendus... Je préférais aborder un autre point de vue. Dans cette bulle de silence, nous deux simples silhouettes sous la lumière tamisée des lampadaires, n'étions pourtant pas aussi seuls que nous aurions pu le croire. Les passants se pressaient pour fermer tranquillement leurs petits commerces ou pour aller rejoindre les petites lumières qui éclairaient le chemin jusqu'à leur destination. Quelques gouttes de rosée allaient se heurter au sol et contre le verre. Les rires des enfants continuaient encore à résonner, plus que quelques minutes avant qu'ils n'aient à rentrer. Magie que tout cela, un sentiment de ne plus être seul ne pouvait que vous gagner.

« Écoutez, Dominik ... Le monde entier résonne de musique. » soufflai-je.

C'était la preuve que j'étais une originale, illuminée, ça, à voir, tout ce qu'on pouvait affirmer, c'est que ma façon de penser était parfois particulière... Les doigts tendus vers le ciel, un sourire triste se peignit à nouveau sur mon visage. Cette musique, que je ne toucherais jamais que du bout des doigts, devenait douce amère... Surtout que parmi les bruits de la nuit, se trouvait un oiseau de mauvaise augure.

« Mademoiselle Alice ! Il est temps de rentrer. Soyez raisonnable. »

Les chiens se rameutaient déjà aux alentours. Mais face à un seul, encore à quelques enjambées d'ici, peut-être que ... Je me saisis de la main de Dominik, fébrile, pourtant, ma main devait rester légère et délicate. Les enseignements du code de conduite étaient trop profondément enfouis pour qu'il en soit autrement.

« Si nous nous mettons à courir, il ne nous rattrapera pas de sitôt... J'ai envie de voir Paris autrement. S'il vous plait. »

Ce n'était pas raisonnable, non. Seulement, s'il était vraiment ce qu'il prétendait, alors ... Peut-être qu'un brin de folie pouvait s'inviter à la fête, ce soir, sans remords. Pour nous deux ... Il était toujours plus sympathique de se promener en bonne compagnie, non ? À moins qu'il ne préfère me remettre à mes gardes du corps. Ne serait-ce que pour éviter les ennuis. J'aurais pu m'enfuir seule, certes, mais j'en avais décidé autrement...

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MessageSujet: Re: Au bord de l'eau, on ne trouve pas que des poissons [Pv Dominik] (1889)   Mer 15 Juil - 1:31

Alice semblait perdue dans ses pensées, des pensées toutefois moins troubles qu'auparavant. Son visage affichait une mine détendue. L'Anglais l'observait sans bouger, se laissant envahir par le même état d'esprit rien qu'à la regarder. Il n'osait pas briser cet instant de calme.

« Écoutez, Dominik ... Le monde entier résonne de musique. »

Ces paroles poétiques exaltèrent son cœur. En tant que musicien, Dominik comprenait parfaitement le sens de ces mots. Il tendit l'oreille pour mieux écouter. Le bruit du vent qui soufflait légèrement. Les pas des chevaux et des passants non loin d'où ils se trouvaient. Les voix lointaines qui riaient, discutaient simplement ou même se chamaillaient. En cet instant, tout semblait en harmonie. Le pianiste inspira longuement, sans la quitter des yeux. Soudainement, il la vit différemment. Dans la lumière du soir, ses longs cheveux blonds flottant légèrement dans la brise, comme une apparition, elle ressemblait à Sylwia. Le revenant chassa rapidement ces pensées désagréables. Il se sentait enfin mieux, il ne devait pas gâcher cela. Il se concentra à nouveau sur les bruits ambiants.

« C'est la mélodie que nous souffle notre âme. Avec elle, nous ne sommes jamais seuls. »

Une voix grave s'éleva au loin, créant une fausse note dans l'air joué par la ville. Dominik reconnu le nom de sa jeune amie. Cela ne faisait que quelques années qu'il avait échappé à sa vie en Angleterre et il en avait presque oublié les obligations qui pesaient souvent sur les épaules des enfants aux parents haut-placés dans la société. La musique s'éteignit. Il ne voulait pas que le moment qu'ils passaient ensemble se termine, mais si Alice devait partir...

Contre toute attente, elle s'empara de sa main. Sa main était douce et chaude, la sienne était froide comme un hiver éternel. Pourtant, il lui sembla qu'elle aurait pu réussir à la réchauffer. Voir même à réchauffer son cœur tout entier. Son geste était délicat. Il reconnaissait ce genre de poigne pour l'avoir expérimenté des milliers de fois dans les bals, les cérémonies et autres occasions. Cette fois-ci, néanmoins, il avait autre chose, quelque chose qui surpassait la grâce et la douceur habituelle.

« Si nous nous mettons à courir, il ne nous rattrapera pas de sitôt... J'ai envie de voir Paris autrement. S'il vous plait. »

Dominik regarda autour d'eux. Étrangement, il ne voyait personne qui semblait les observer ou même s'occuper de leur présence. Courir? Elle ne voulait donc pas rentrer non plus... Cela le soulagea un instant, mais qu'allait-il lui arriver, à elle, quand ils verraient qu'elle avait désobéit? Peut-être sa famille n'était-elle pas sévère? Il s'inquiétait tout de même de ce qu'il pourrait lui arriver ensuite... Toutefois, le regard insistant qu'elle lui lançait lui indiquait de ne point y penser pour l'instant.

Il serra alors sa main plus fort et s'engagea dans la rue à grande vitesse, tirant presque Alice derrière lui. S'ils devaient semer quelqu'un, ils devaient courir vite. Ils coururent de longues minutes, Dominik serrant la main pâle de sa nouvelle amie bien fort, sans toutefois lui faire mal. Il tourna à droite, puis à gauche, et encore à droite pour qu'ils soient plus dur à retrouver.

« Où voulez-vous aller? »

Tout en courant, il plongea son regard bleu dans celui d'Alice. Puis, un rire s'éleva de sa gorge, toujours de plus en plus fort. Il ignorait s'il s'agissait d'un rire nerveux ou d'un rire de joie, peut-être un peu des deux, mais il se laissa aller. Cette impression de faire quelque chose de défendu, de briser des règles, lui faisait étrangement du bien. Il n'avait pas fait cela depuis des lunes. La lune. Elle était magnifique en cette nuit bien spéciale, d'ailleurs, et le serait encore bien davantage dans quelques heures. Il se demanda alors comment tout cela allait se terminer avant qu'il ne doive rentrer au cabaret, mais il ne voulait pas y penser. Pas maintenant.

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MessageSujet: Re: Au bord de l'eau, on ne trouve pas que des poissons [Pv Dominik] (1889)   Jeu 2 Fév - 10:08

Elle aurait dû rentrer.

Elle n'aurait pas dû impliquer Dominik dans ses histoires familiales un peu troubles. Mais comment résister à sa proposition de trouver peut-être de nouveaux endroits où s'évader pour le temps d'une rêverie ? D'accord, le geste ne serait peut-être pas sans conséquences, mais cela en valait la peine, ne serait-ce que pour connaître un peu plus ce jeune homme rempli de surprises. Elle gérerait plus tard. Comme toujours. Résolue, elle attendait la réponse de Dominik avec fébrilité. Il avait en main les cartes de son destin. S'il le désirait, il pouvait la renvoyer dans la cage qui lui servait de foyer.

Sans un mot de plus, il entraîna sa petite main dans le dédale des ruelles de la ville. Malgré la surprise, Alice fit de son mieux pour le suivre. C'était pourtant elle qui le lui avait demandé, mais elle ne croyait qu'à moitié qu'il exaucerait sa demande ! D'autres auraient plutôt dénoncé son plan dans l'espoir d'obtenir une rétribution quelconque, mais lui... Il avait plutôt l'air de bien s'amuser ! Jamais elle ne se serait douté qu'il pouvait exister d'autres aristocrates qui ne cherchaient pas forcément à adhérer au moule demandé par la société. C'était là un lourd poids qui se retirait de ses épaules. De toute façon, pour l'instant, elle devait surtout répondre à la question franche qui lui avait été posée.

« Je ne sais pas trop ... Un parc fera très bien l'affaire, je suppose, sinon nous pouvons continuer à déambuler plus tranquillement dans les rues jusqu'à ce que l'on trouve quelque chose. »

D'accord, cela manquait affreusement d'originalité, mais ce n'est pas comme si toute cette escapade avait été prévue d'avance après tout ... À moins que Dominik ait une autre proposition en tête ? C'était lui qui avait planté la graine de cette idée à la base, en mentionnant qu'il y avait bien d'autres endroits magnifiques et plus convenables, à moins que ce ne soit que pour l'éloigner de la rembarde d'où elle aurait pu glisser à tout moment. Elle avait hésité un moment à lui proposer de s'arrêter à la boutique, histoire d'être à l'abri, elle possédait un double des clés après tout, et cela leur permettrait de se revoir plus facilement, une fois la frontière du seul prénom dépassée, mais ce serait sans doute l'un des premiers endroits où on irait la chercher, donc c'était hors de question. Petit plus, elle ne voulait pas gâcher le moment en le parsemant de doutes de part et d'autres, par exemple si tout ce mélodrame ne tenait pas plutôt d'un simple caprice de fille de riches en fin de compte...

« Je n'ai pas souvent l'occasion de sortir de nuit. Mais je ne le regrette pas. »

Sauf parfois quand elle faisait le mur. Mais Alice ne se sentait pas suffisamment à l'aise pour avouer cet horrible défaut. Elle lui avait déjà dit qu'on la croyait folle. Il ne fallait pas abuser et croire que tout serait pardonné. Pour le moment, elle voulait tout simplement apprécier un moment au calme.

« Merci. Vraiment. »

Un mot sincère, qui provenait tout droit de son cœur. Son sourire était bien plus assuré cette fois. Même si elle n'était qu'une étrangère avant leur rencontre, Dominik en avait déjà fait beaucoup pour elle, mine de rien. Et s'ils devaient en rester là, pour ne plus jamais se revoir par la suite, ce serait un souvenir qu'elle garderait précieusement en son cœur.
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Au bord de l'eau, on ne trouve pas que des poissons [Pv Dominik] (1889)

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