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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 [Intrigue] Ça bouge au Lost Paradise

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Réussirez-vous à trouver l'identité du coupable ?
Suspect nº1 : Gordon Moissat
0%
 0% [ 0 ]
Suspect nº2 : Adrien Faucheux
14%
 14% [ 1 ]
Suspect nº3 : Laurence Pullman
14%
 14% [ 1 ]
Suspect nº4 : Carlo Gabrielli
14%
 14% [ 1 ]
Suspect nº5 : Gaël Samson
43%
 43% [ 3 ]
Suspect nº6 : Pierre Déprès
14%
 14% [ 1 ]
Total des votes : 7
 

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Mortimer Adams
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Ça bouge au Lost Paradise   Lun 14 Juil - 14:02


    Un sourire s'étendait sur les lèvres de Mortimer tandis que le regard noir d'Alice s'intensifiait à son égard.

    « Seulement lorsque l'on vole mes effets personnels. »

    Cette dernière remarque n'était pas sans emporter une légère pensée blasée sur la nature humaine. Ce n'était pas parce qu'il avait les preuves du larcin en main qu'il en était l'auteur. Surtout quand, à son avis, cela s'agissait certainement d'une maladresse de la part de la jeune fille.
    La frustration vînt se noyer dans la boisson qu'elle porta à ses lèvres, toutefois sa délectation s'arrêta net lorsque les forces de polices intervinrent.

    Mortimer avait senti quelques remouds, ais il ne s'imaginait pas qu'une arrestation se préparait. A l'origine, il avait simplement pensé que la police était sur une investigation et qu'ils prévenaient notre cher White de sa coopération.
    Le psychiatre se mordait fictivement les doigts dans un coin de ses pensées, tant il détestait faire des erreurs en présence consciente ou non de son meilleur ennemi. Son visage restait plus ou moins imperturbable, en revanche on sentait qu'il était captivé par l'instant présent. Ses sourcils se froncèrent, et Mortimer avait l'étrange impression que quelque chose clochait. Ses doigts vinrent couvrir ses lèvres tandis que son pouce tenait son menton, aidé du coude posé sur le bar.

    C'est fou, on ne s'entend plus penser !

    « Que tout le monde reste calme et il n'y aura pas de problèmes. Messieurs, occupez-vous vous des suspects. »

    Un renversement de table plus tard on pouvait entendre les cris affolés d'un suspect mal mené.

    "Chef, il avait un couteau dans ses poches !"

    A cette annonce, Mortimer leva les yeux au ciel, cela n'était en rien une raison. Il fouilla dans son gilet et en ressortit son ouvre lettre qu'il fit tourner machinalement entre son pouce et son index. D'une voix monotone et couverte par les autres bruits environnants ;

    " Et alors ? Moi aussi j'en ai un je ne suis pas pour autant un criminel ..."

    Il fallait cependant avouer que la taille d'un ouvre lettre ne rivalisait pas avec celle du couteau présenté. Enfin, la morale de Mortimer restant largement discutable, nous ne nous arrêterons pas ici.
    Lorsque l'agent fit la remarque sarcastique à l'un des suspects qu'il n'allait évidemment pas dire la vérité, Mortimer eut l'envie d'intervenir pour signifier que ce n'était pas non plus une raison. Mais ce n'était pas le moment pour le jeune Adams d'imposer sa science de la logique formelle à moins de se retrouver lui même suspect et/ou arrêter faute de sarcasme intensif.

    La surprise d'Alice passa, et cette dernière se permit de lancer un retour de balle à son tortionnaire psychologique attitré :

    « Je suppose que tu sais déjà qui est le criminel, Mortimer ? »

    Mortimer se détourna de la scène de "violence" policière qui prenait place en ces lieux et leva un sourcil à l'encontre de la jeune Lindel.
    Une petite voix dans sa tête lui lança une petite remarque qui piqua légèrement son orgueil :

    * Me mettrait-elle au défi ?*

    Les aller et retours de son ouvre-lettre s'arrêtèrent alors qu'il plongeait intensément son regard dans celui de sa voisine, il réfléchissait à la question malgré lui.
    Ce fut au tour des visages et données relatives aux différents suspect d'entrer dans la tête de Mortimer. Involontairement, sa curiosité était piquée bien qu'il ne voulait pas participer à cette mascarade. En effet, le fait de retrouver le criminel en soi était certes intéressant, mais ce n'était pas ce qui préoccupait réellement Mortimer. Son attention était portée sur l'inventaire des coïncidences trop belles pour être honnêtes à l'égard de Edward White.

    Ces rendez vous incessants à sa table, et sa relation avec le chef de police ...

    " Peut-être ... Et toi ma chère Alice ? "

    Il savait que cette question la dérangerait tout autant, mais ne pouvait s'empêcher de la taquiner même dans les moments les plus dérangeants, rectifiez : SURTOUT.
    Il ne lui laissa pas le temps de lui répondre, et pointa de l'index qui recouvrait maintenant alors son menton Edward White. Se permettant un jeu de mot en passant il reprit :

    " Plutôt de savoir qui c'est, il faudrait savoir qui sait ~"

    Voyons, il y avait quelque chose de franchement louche, Edward avait encore une blague à faire et Mortimer ne supportait pas l'idée de ne pas l'avoir vu venir plus tôt. Edward était clairement au courant et de mèche avec les services de police, il a du d'ailleurs lui même négocier les conditions de cette arrestation. Ha quel bon samaritain !

    Quoi qu'il en soit, il était clair que le criminel était un habitué du Paradise, sans quoi ce piège ne se serait pas produit ici. Que l'on demande aux invités leur avis sur le criminel était cependant un motif soit d’esbroufe soit d'étude psychologique de masse sociale. Mais la deuxième option est bien sûr fortement influencé par les défauts professionnels de Mortimer.

    La petite énigme qu'il avait lancé à Alice se retournait contre son auteur. Plus largement, qui pouvait savoir et qui avait des raisons de couvrir le ou la criminelle ?

    Le psychiatre tenta par toutes les méthodes de s'ouvrir l'esprit. Il commença par son instinct (bien que remit en doute par ses soins en chaque instants) : Qui voudrait-il inviter à une séance d'analyse ?

    Deux noms arrivèrent : Laurence Pullman et Adrien Faucheux.
    Il réprima son instinct bien que quelque part au fond de lui il était persuadé que l'une en savait trop et l'autre était un justicier incompris. Selon Mortimer, ses réponses n'étaient pas valides puisqu'elles pouvaient potentiellement constituer des attirances inconscientes sur l'idée qu'une femme soit une redoutable criminelle, et donc sujette à analyse dans son bureau. De plus, l'idée que le prêtre en soit le coupable serait une raison de plus pour Mortimer de pouvoir lancer des sarcasmes et autres remarques venimeuses à l'encontre du corps religieux.

    Le psychiatre se pencha donc sur les autres suspects. On pouvait le voir au bar comme lisant un livre invisible par dessus l'épaule d'Alice.
    Mortimer était plongé dans ses pensées, il n'avait jamais considéré cette affaire comme étant l'un de ses intérêts personnels, bien qu'ayant malgré lui retenu la majorité des informations que l'on possédait sur les crimes affiliés aux suspects présents. Il en faisait donc le tour avec l'idée de fond qu'il omettait un détail.

    Une partie de lui même tentait de le convaincre que cela avait un rapport avec l'autre monde, et que les crimes avaient à voir avec des êtres non - humains.

    * Mortem ce n'est pas parce que quelque chose est logique que la conclusion est juste !
    oiseau=fleurs=sucre=chaise donc tous les oiseaux sont des chaises ? La logique est bonne mais la conclusion est fausse ! Tout comme tes idées sur l'huissier de justice !*


    Notez, que Mortimer n'a en rien un complexe de personnalités multiples, mais qu'il apprécie particulièrement se torturer l'esprit et se provoquer pour le pousser à trouver une résolution.

    * C'est trop beau pour être vrai, je n'y crois pas. Un huissier croyant qui offre les derniers repas aux morts ?
    Le mode opératoire Mortem, le mode ! La réponse est toujours sous nos yeux, toujours ! *


    Et puis, les moeurs sociales lui revinrent en tête. La raison pour laquelle le prêtre lui paraissait suspect tout à l'heure, c'est parce qu'il devait certainement savoir. Une confession est bien vite arrivée, pour tout criminelle croyant. Ce n'était donc peut être pas lui, le tueur en lui même, mais il devait savoir, et ce corps laissé non loin de son Eglise ...

    Il s'infligeait lui même le flots des données, et commençait à ne pas supporter le désordre que la toile d'araignée en trois dimension commençait à mettre. Entre la fleur de Nielle retrouvée sur le corps ; symbole d'invitation au plaisir charnel ; les restes de victuailles sur le tombeau ...

    Mortimer laissa échapper quelques murmures avant de reporter son attention au moment présent. Il avait pu se passer 5 bonne minutes à en juger par les chuchotement qui remplissait la salle.

    " ... C'est sûr, il est de type à moralité forte ... Mais ses sentiments lui dictent sa justice ... Ha ! Pardon Gaël vous disiez ? Hum ! Alice ! Je voulais dire Alice !"

    Mortem s'était prit à laisser échapper ses pensées, il avait du dire bien plus de choses qu'il ne l'avait pensé en refouillant ces dernières ... Peu importe, il se détacha un peu de son petit monde pour replonger son regard dans celui d'Alice. Il n'avait pas prêté attention à ce qu'elle lui avait possiblement dit, mais ses mots reviendraient certainement lorsqu'il aura arrêté de la fixer de cette manière.




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Dolores Keller
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Ça bouge au Lost Paradise   Mer 16 Juil - 11:31

- Police ! Que personne ne bouge !

Dolores se releva immédiatement, les mains en l'air, croyant que les policiers étaient venus pour elle. C'est en voyant les premiers agents de police passer devant elle sans même lui adresser un regard qu'elle comprit que finalement ce n'était pas sa présence qui posait problème. En même temps, Edward n'aurait sans doute pas déployé une troupe de police rien que pour virer la doctoresse de son cabinet. Quoique, à bien y réfléchir, si, il en serait capable, rien que pour se venger d'une blagounette que lui aurait faite Dolores. Quoi qu'il en soit, si la police avait fait irruption dans le cabaret, si ce n'était pas pour elle, c'était pour une raison particulière. L'homonculus adressa un regard en direction de son patron préféré, et voyant qu'il la fixait à son tour, elle détourna rapidement les yeux, faisant mine de n'avoir rien vu. Oui bon, ça il allait lui faire payer un jour ou l'autre, c'était quasiment sûr. Soudain, le fantastique cerveau de Dolores fit le rapprochement entre le regard meurtrier d'Edward et l'arrivée de la police. Si le loup garou concentrait son attention sur la jeune femme, c'est qu'il ne la concentrait pas sur les policiers, ce qui voulait dire qu'il avait encore une fois tout calculé. Mais alors… Il ne lui avait rien dit ?

- Dolly Dolly, c'est qui tous ces policiers ?

Pipistrella avait profité de la cacophonie des policiers en mouvement pour se faufiler en direction de son amie sans se faire remarquer. Mais la doctoresse n'entendit même pas la question de la danseuse, trop frustrée d'avoir été mise de côté par Edward. Les joues gonflées, Dolores serra les poings et fit la moue, trop agacée pour dire quoi que ce soit. Mais elle souffla, la présence des policiers et surtout d'Aldrick montrait que la situation était à prendre au sérieux, elle s'occupera d'embêter Edward plus tard. En attendant, les agents firent leur travail et entourèrent six personnes disséminées dans tout le cabaret, chacun étant suspecté des nombreux meurtres qui ont sévi dans la capitale.

- Dolly chérie ? Tu m'expliques ? Oh salut June ça va bien ? Tu sais ce qu'il se passe ic- Hmmpf !

Dolores venait de poser sa main sur la bouche de la jeune dryade, puis lui fit signe de parler doucement pour ne pas énerver les policiers qui étaient fiers de leur petite parade. La danseuse comprit alors qu'elle était en présence du déroulement d'une enquête policière, comme dans les livres (oui oui, Pipistrella lit) ! Grande fan de Sherlock Holmes, Mimi emprunta la casquette d'un des policiers et afficha une mine étonnamment sérieuse, comme pour se plonger dans le rôle du personnage. Dolores, silencieuse, regarda chacun des suspects tout en se remémorant les faits des meurtres.

Suspect n°1 – Gordon Moissat

- Hm, ce type est louche, y a pas à dire. Déjà sa moustache cache quelque chose, j'en suis persuadée ! Les psychopathes sont souvent moustachus tu sais, j'ai remarqué ça. Certains cacheraient même des couteaux dedans ! Paraît même que certains utilisent de la graisse humaine pour les lisser ! C'est horriiiiiiible ! Ah ! Regarde ! Le voilà qui transpire dans tous les sens. C'est qui cette banquière exactement ? Peut-être qu'ils étaient amants ! Ooooh, oui j'ai tout compris ! En fait Gordon était un jeune homme tout à fait respectable dans son enfance, sauf qu'un jour, PAF, il est tombé amoureux de la banquière, qui elle-même était amoureuse du père de Gordon ! Du coup, Gordon qui l'as mal pris, a décidé qu'à l'âge de 41 ans, l'âge du démon, il tuerai son amante qui au final n'en était pas une pour se venger du fait qu'elle l'ai trompé avant même d'avoir été avec lui ! Il l'a tuée avec le poignard caché dans sa moustache !
- … Mais et les autres victimes ?
- Oh ! C'est vrai ça, pourquoi il les aurait tués eux aussi ? Hm, tu vois Dolly, faire des conclusions hâtives ne mènent nulle part. Mais je suis sûre que c'est lui !

Dolores leva les yeux, un peu surprise par la vivacité d'esprit dont faisait preuve Pipistrella. Pour l'homonculus, cet homme était surtout là comme appât afin de coincer le potentiel meurtrier, l'un des cinq autres en somme. Adam aurait sans doute tout de suite deviné qui était le coupable, il avait une étonnante intuition pour remarquer les personnes avec des mauvaises intentions, mais le pauvre était sans doute enfermé avec les danseuses à cette heure-ci. Tandis que la jeune femme réfléchissait un peu à toute cette histoire, Pipistrella continua son enquête.

Suspect n°2 – Adrien Faucheux

- Les prêtres sont tous tordus de toute façon, vouer leur vie pour une dieu qui n'existe probablement pas, c'est complètement débile. Hihi, en plus ils doivent s'ennuyer comme des rats dans leur église ! Oooh, regarde-le Dolly chérie, il a l'air tout nerveux ce pigeon croyant. Je suis sûre qu'il cache quelque chose ! En plus, quoi de mieux qu'un gros plein de religion comme lui pour commettre les meurtres des six péchés capitaux !
- Sept Mimi, sept.
- Je pense avoir compris ce qu'il s'est passé ! En fait Monsieur Faucheux est un prêtre corrompu, il organise tous les mercredis soirs des messes lugubres pour invoquer des démons. Je suis sûre qu'il cache sa tête dans un sac, comme ces détraqués du Kulukukuxklan !
- Ku Klux Klan tu veux dire.
- Et en fait, dans ses fidèles, y avait toutes les victimes ! Et pour lui c'est une sorte de sacrifice qu'il commet pour pouvoir invoquer le diable ! Mais oui ! Ça explique tout ! Le diable se nourrit de l'incarnation des péchés capitaux et il utilise cet homme pour pouvoir arriver à ses fins ! Si ça se trouve il le possède déjà ! Oh mon dieu ! Si ça se trouve il va tous nous sacrifier ce soir ! Oh ! Si ça se trouve même, c'est pas son vrai visage, c'est celui d'une victime qu'on n'a pas encore trouvé qu'il cache dans son ventre !

La doctoresse ne savait pas vraiment comment réagir face à cette théorie farfelue. Déjà, comment Pipistrella connaissait le Ku Klux Klan ? Elle n'arrivera sans doute jamais à épeler ce nom sans faire de faute, mais quand même, connaître en France un mouvement pareil aux États-Unis était une chose, surtout avec le Q.I de Pipistrella. Quoi qu'il en soit, pour Dolores, ce malheureux prêtre n'avait rien d'un envoyé du Diable, il était surtout là à cause d'un mauvais concours de circonstance et ce n'est pas le fait qu'il soit le plus croyant de tous qui le met forcément en tant que coupable. Pipistrella avait une certaine aversion envers les croyants, elle ne supportait pas le concept que l'on puisse préférer une chimère appelée Dieu, plutôt que sa propre vie. La danseuse porta néanmoins son attention sur l'unique femme suspecte.

Suspect n°3 – Laurence Pullman

- Toutes les femmes sont fourbes, surtout les anglaises si tu veux mon avis. Je l'ai vue, elle a fait que des allers-retours depuis qu'elle est arrivée, elle cherchait sans doute une ouverture pour poignarder Gordon dans le dos, d'un coup ! TCHAC ! Je suis sûre qu'elle cache dans sa choucroute un couteau, ou une paire de ciseaux bien aiguisés.
- Tu sais, ils ne cachent pas tous leur arme du crime dans leurs cheveux ou leur moustache.
- Regarde ses bijoux ! Tu peux croire l'avis d'une experte, c'est pas de la camelote, au contraire, j'aimerai bien avoir les même. Tu crois que si elle va en prison je peux les lui prendre ? C'est pas là-bas qu'ils lui serviront de toute façon, puis laisser des aussi belles choses moisir au fond d'un tiroir est un terrible gâchis. Je suis sûre qu'elle cache quelque chose de toute façon, elle n'a pas le droit d'avoir des bijoux pareils sur elle, c'est injuste vis-à-vis des jolies princesses comme moi qui ne peuvent pas en avoir d'aussi brillants… Je pense que j'ai compris ! Haha ! Cette femme partageait, comme toute bonne anglaise, des goûters autour d'une tasse de thé avec ses amis, les victimes que l'on connaît. Mais un jour quelqu'un a volé sa bague de fiançailles ! Du coup elle les a tous tué pour la récupérer, voilà !

C'était une conclusion relativement hâtive. Dolores avait compris que Pipistrella pointait cette anglaise comme coupable rien que par le fait qu'elle ait des beaux bijoux. La jalousie pouvait rapidement pousser des dryades à commettre des actes terribles, rien que pour obtenir des choses qu'elles n'ont pas. Heureusement la plupart en reste au stade des menaces, rien de plus. Pour en revenir à l'affaire, la jeune femme complotait sans doute avec le premier suspect autour d'affaires d'argents ou autres, mais ses mains étaient bien trop propres pour pouvoir tuer qui que ce soit. Et personne ne cache un poignard dans ses cheveux…

Suspect n°4 – Carlo Gabrielli

- Oooh mais c'est un italien non !? J'en ai marre des italiens, je reviens de là-bas et j'en retrouve même ici ! Il n'a ni moustache ni barbe, je vois pas où il peut cacher son arme du crime… Ah ! Il avait un couteau dans sa veste ! Mais c'est bien sûr ! Il s'est coupé la barbe et la moustache pour en faire une veste et cacher son arme dedans ! Paraît même que c'est boucher, ça expliquerai comment il a pu faire son manteau.
- Je ne vois pas le rapport Mimi…
- Je pense avoir compris ! En réalité Carlo est un boucher fanatique des poils ! Sa femme ou sa mère travaillent sans doute dans le textile. Du coup, pour avoir des bénéfices pour toute la famille, Carlo tue des gens pour en faire de la viande, et donne les cheveux ou la moustache ou la barbe à sa mère ou sa sœur pour en faire des habits ! Oh puis ça m'étonnerait pas que chez lui ils parlent tous italiens ! Tu sais, j'ai remarqué qu'en Italie ils parlent tous italiens, alors tu sais… Il a l'air nerveux tu trouves pas ? Peut être qu'il veut pas perdre son manteau qui est le seul souvenir qui lui reste de son père ! Oooooh, si ça se trouve c'est la barbe de son père qui est mort ! Et cette mort a causé un terrible choc traumatique dans la tête de ce pauvre homme qui du coup tue plein de gens !

L'imagination de Pipistrella était sans limite, elle surprenait même Dolores qui elle aussi était championne en la matière. Le fait qu'il se promène avec un couteau plaçait Carlo comme principal suspect, mais cet homme serait bête à ce point ? Peut-être qu'il allait tenter quelque chose, mais sans doute pas le meurtre auquel tout le monde s'attendait. Le meurtrier des sept péchés capitaux était bien plus malin et réfléchi, cet italien était trop brut pour entrer dans ce profil.

Suspect n°6 – Pierre Déprès

- Hihi, il est plutôt mignon ! Lui non plus n'a ni barbe ni moustache donc peut être qu'il cache l'arme contre son corps ~ Pauvre garçon, je suis prête à le fouiller si jamais on a besoin d'une main innocente ! Il a quel âge à ton avis ? Les jeunes cochers sont adorables, ils sont tout timides quand on leur parle, puis ils sont gentils avec leurs chevaux ! Nooon, je pense pas qu'il soit un meurtirer lui, il est trop chou pour l'être ! Hihi, regarde ses petits yeux de poisson ! Quoique… OH ! Mais oui ! Tout est clair ! Ce petit chou chéri était en fait poursuivi par ses victimes parce qu'il est chou !
- Trois des victimes sont des hommes.
- Et bien ils étaient attirés par les hommes, voilà tout ! Du coup, comme harcelé par ses futures victimes, il n'a eu d'autre choix que de les tuer pour pouvoir continuer de vivre sa vie d'Apollon ! Aah, quelle triste vie d'être aussi beau ! Je comprends ce qu'il ressent, moi-même je suis souvent acclamée par mon public masculin ! Il n'a pas l'air d'être à l'aise le pauvre, je veux bien aller lui tenir compagnie ! Je peux ? Ah oui mais non, s'il me tue moi aussi… N'empêche, j'aurai jamais cru que Gordon soit attiré par les petits jeunes lui aussi. En même temps faut le comprendre, il est mignon ce beau jeune homme !

Hmm oui ? Pipistrella avait parfois des réflexions inattendues, surtout dans le cas présent. Dolores ne chercha pas vraiment à écouter la théorie rocambolesque de la danseuse, et se rendit compte qu'elle avait oublié un des suspects.

- Et lui ? Gaël Samson ? Tu ne le soupçonnes pas ?
- Lui ? Ha, on voit bien que t'es une débutante Dolly chérie. Ce n'est pas parce qu'il a une moustache qu'il est forcément coupable. Et puis ce n'est pas son manteau de cocher qui va me faire craquer comme pour Pierre. Et puis j'aime pas les hommes bronzés, ils sentent la mer et c'est mauvais pour ma peau, ils ne sont bons qu'à faire des nœuds ces gars là. Regarde ses chaussures, c'est vraiment moche.

La doctoresse resta silencieuse, choquée par la fulgurance intellectuelle que venait d'avoir la danseuse. En quelques phrases elle venait d'éclaircir les soupçons de l'homonculus. Cette dryade était aussi débile que géniale, son intuition était souvent mauvaise, ce qui prouvait bien que cet homme d'apparence toute à fait innocente cachait quelque chose. Dolores rajusta ses lunettes et fixa discrètement l'homme. Tout collait, pour Dolores le choix était fait.

Était-il vraiment utile de remercier Pipistrella pour son travail … ?

[HRP : J'ai voté pour le 5, puisque se fier à Pipistrella est une erreur en soi. À bien y réfléchir, c'est le 5 qui est le plus suspect ! Je suis sûr qu'Adam aurait deviné dès le début…]

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Et Adam crie en deepskyblue /o/

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Narcisse Williams
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Ça bouge au Lost Paradise   Mer 16 Juil - 18:29

Et dire que tout avait si bien commencé.

Comme tous les soirs, une joyeuse effervescence avait gagné le Cabaret dès l'arrivée des convives. Les artistes s'étaient affairés dans les coulisses, préparant leurs numéros respectifs dans une ambiance fiévreuse et concentrée. Puis le présentateur était monté sur scène et avait annoncé le début du spectacle, comme d'habitude. Si Narcisse avait naïvement pensé qu'il s'agirait là d'une soirée de travail comme une autre... pour une fois, il s'était lamentablement trompé. La fin d'une danse avait en effet également signé la fin de la jovialité. L'acrobate était en train d'enfiler son costume de scène lorsqu'une succession d'exclamations l'avaient sorti de ses pensées en un sursaut. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour réaliser que la police venait d'investir son lieu de travail. Pour quelle raison ? C'était exactement ce qu'il était venu trouver en se dirigeant vers la salle de spectacle avec plusieurs de ses collègues.

Ils débouchèrent sur une scène hors du commun : six individus maintenus en place par des agents, les forces de l'ordre bloquant toutes les issues, et son patron en arrière-plan, observant tout comme lui ce qui se déroulait sous ses yeux. Désireux de connaître la raison de cette intervention, le jeune homme suivit attentivement les conversations, pour en conclure que l'une des personnes devant lui était le fameux meurtrier en série qui terrorisait Paris depuis si longtemps. Un frisson d'horreur lui parcourut l'échine à cette idée, accompagné d'un léger sentiment de curiosité malsaine. Il ne pouvait pas s'en empêcher. Le Lost Paradise était depuis le début concerné par l'enquête ; il connaissait certains détails sur les faits, et il avait bien envie de se faire son opinion sur la question.

Son regard coula d'abord sur l'italien. Certes, le type était suspect. Sa carrure, son couteau qu'il semblait si bien manier, un tas d'éléments pointaient en sa direction. Mais il n'avait pas l'air particulièrement croyant, loin de là, ce qui le disculpait déjà sur un grand point.
Il observa ensuite Gordon Moissat. L'homme cachait quelque chose, c'était certain. Quelque chose qui impliquait plusieurs des suspects présents, comme de l'argent. Néanmoins, il ne pouvait décemment pas être l'assassin : il était bien trop petit. Après tout, le coupable avait réussi à asséner un coup sur le haut du crâne de l'une de ses victimes, s'il se souvenait bien.
Il y avait aussi Adrien Faucheux. Si la case « religieux » était cochée dans son cas, son profil n'était pas du tout celui d'un meurtrier. En effet, le prêtre ne supportait absolument pas la pression, son évanouissement en était une preuve suffisante. Narcisse avait aussi remarqué son tic étrange de faire glisser son pouce contre son index. Était-ce le signe de l'argent ? Dans ce cas, l'homme était mêlé à l'affaire du même côté que Moissat... voire à cause de Moissat, qui savait ? Tout n'était que supposition de ce côté.
La femme, une certaine Laurence Pullman, continuait de se défendre bec et ongle contre les accusations qu'on portait sur elle. Il fallait dire que la question se posait : une femme avait-elle la puissance nécessaire pour commettre de tels crimes ? L'acrobate n'en avait aucune idée, mais il était certain qu'aucune femme n'était engagée dans la marine.
Le cocher n'était, quant à lui, suspecté qu'à cause de son métier. Cependant Narcisse doutait sincèrement de ses connaissances anatomiques au vu de sa classe sociale.
Le dernier suspect sur lequel il posa son regard était Gaël Samson. Ce dernier était le seul à rester suffisamment calme pour paraître assuré, mais il gardait un air agacé, comme cachant un tempérament plus agressif qu'il n'en avait l'air. Sa carrure était droite et musclée, militaire. Néanmoins ce fut sa peau bronzée qui fit tilt dans le cerveau du jeune homme. Ce suspect était un militaire qui avait exercé au soleil, donc certainement dans la marine ; et si ce n'était pas une preuve suffisante, les nœuds étranges de ces chaussures l'étaient assurément. Qui disait armée disait combat, donc il avait suffisamment d'expérience pour savoir comment tuer avec précision, sans pour autant avoir un quelconque savoir médical. Lorsque les éléments s'accumulèrent dans son esprit, Narcisse fut soudain certain de se tenir devant le meurtrier des 7.

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Edward White
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Ça bouge au Lost Paradise   Jeu 17 Juil - 20:56


    « Et alors ? Moi aussi j'en ai un je ne suis pas pour autant un criminel… »

    Le visage sombre de Gaudefroy se tourna très lentement vers le petit prétentieux qui avait osé ouvrir la bouche. Ses iris, couleur du métal, s’étaient teintées d’une noire colère, ayant en exècre les arrogants dont la verve se faisait trop souvent entendre sans raison. Il fut tenté, comme rarement, d’abuser de ses pouvoirs de préfet, mais en découvrant le chétif petit être qui avait prononcé cette phrase, il se ravisa. À n’en point douté, le jeune homme avait vu là une occasion d’attirer l’attention sur lui et d’impressionner la gamine qui se trouvait à ses côtés. C’était de son âge après tout.

    Remontant ses lunettes, le chef de la police parisienne tourna la tête vers ses six suspects qu’il examinait en détail depuis leur interpellation. Il n’avait eu aucun mal à en éliminer certains dont le caractère ou les particularités ne collaient pas avec le profil dressé par ses hommes. Mais en était-il de même pour les autres présents dans la salle ? La question resta en suspens.


    - - - ---------- Jean Chatel : Agent de police ---------- - - -

    Un grand fracas attira l’ensemble des regards sur Gordon Moissat, qui à force de se dandiner sur place avait fini par bousculer la table 27. Jean resserra l’étreinte de  sa main sur son épaule, maintenant l’autre pliée dans son dos, tandis qu’il évitait avec un soin tout particulier l’attention du Préfet, glissant seulement pour l’huissier :

    Tenez vous tranquille !
    Ça devient vraiment urgent, il faut que j’y aille. Confia t-il en se trémoussant, alors que de grosses gouttes perlaient de son visage.
    Retenez vous ce n’est pas le moment. Déclara sèchement le formateur en réprimant une grimace, dégoûté de découvrir que l’autre avait les mains moites.
    Mais…
    Retenez vous.

    Maître Moissat tenta vainement de trouver du soutien en avisant les présents mais rien n’y fit. Un soupir de désespoir gagna ses lèvres, tandis qu’il commençait véritablement à craindre qu’on veuille lui infligé l’ignoble costume rayé obligatoire dans les prisons.

    Je n’ai rien fait ! Clama t-il.

    Jean n’ajouta rien, mais il le croyait. La raison la plus simple étant qu’il avait simplement rendez-vous ici ce soir. Il n’avait du reste pas l’envergure et le profil, tant il semblait mal à l’aise et couard. Ces crimes étaient trop violents, trop précis, trop calculés pour être son oeuvre. Malgré lui il avait joué son rôle d’appât. C’est tout.

    Aucune chance pour que ça soit le cas en effet… Abandonna l’agent à demi-mot des suites de ses pensées.

    Il vit le visage de Gordon se troubler, paraissant soulager, mais ce dernier n’eut pas le temps d’ajouter quoique se soit que déjà l’agent le forçait à une contorsion peu sympathique en tendant le bras pour récupérer son couvre-chef.

    Hey ! C’est ma casquette ça !

    La dryade grommela mais Jean fini par récupérer son bien.


    - - - ---------- Andréa Eyssard : Serveur au cabaret ---------- - - -

    Installé au bar, Andréa avait eu droit à une démonstration exceptionnelle de tout ce qu’un enquêteur ne devait pas faire. Rôle brillamment mené par Pipistrella, danseuse émérite pouvant, dès à présent, se reconvertir en comédienne, mais ayant assurément brûlée toute ses chances de percer dans la police. Et ce plus encore après qu’elle ait délibérément tenté de voler la casquette de l’un des agents. Encore perplexe devant la possibilité de fabriquer une veste avec des poils de moustache, son attention s’était reportée sur les six suspects éparpillés au fond de la salle, s’arrêtant sur celui qu’il évaluait comme le moins probable de tous : Laurence Pullman. Pourtant il ne pouvait s’expliquer ses divers va et vient qu’il avait surpris et ces étranges courriers que la police avait relevé.

    « Alors mon garçon ? Elle t’interpelle n’est-ce pas ? »

    La voix de Levallois avait fait sursauter Andréa qui se retrouva nez à nez avec le large sourire de l’Adonis des forces de l’ordre. Le Commissaire avait, semble t-il, fait faux bon à ses paires, pour venir récupérer une autre bouteille de brandy, puis adresser un mot à la jolie Clarisse, avant de jeter son dévolu sur le jeune homme. Lui faisant signe de ne pas parler trop haut, il s’installa tout naturellement au bar et demanda :
    « Tu penses qu’elle est coupable ?
    Non, mais je ne comprends pourquoi elle communiquait avec Gordon avec ces messages.
    Parce qu’elle est timide ? »

    Andréa arqua lentement un sourcil, se demandant si l’agent était sérieux. Cela fit rire le concerné qui dut appliquer sa main sur ses lèvres afin d’éviter d'alerter son supérieur caractériel. Il eut un coup d’œil vers la concernée et reprit :
    « Pourquoi crois-tu qu’elle est innocente ?
    Parce qu’elle n’aurait pas assez de force pour transporter un homme, le déshabiller, et le laisser pour mort dans une ruelle.
    C’est vrai. Mais il y a autre chose.
    Et bien… Elle est anglaise ?
    Et les anglais ne tuent pas ?
    Si mais, enfin, ce n’est pas…
    Regarde sa mise. »

    Andréa croisa les bras sur son torse, avant de détailler avec soin la jeune femme. Elle était jolie, et bien habillée, très bien habillée même. Une tenue chic en tissu plutôt haut de gamme, un visage fermé mais habillement mis en valeur, sans compter cette riche parure de perle qui ceignait son cou et ses oreilles. Le louveteau grimaça :
    « Elle est très bien habillé c’est sûr, mais davantage en vêtement d’affaire qu’en tenue de sortie.
    Tout juste. Cela gâche d’ailleurs le tableau, car si elle a un visage plutôt agréable, cet accoutrement strict me fait penser à mon ancienne institutrice…
    Elle est en affaire donc ? Avec M. Moissat.
    Exact, d’où les nombreuses lettres échangées. Si ça avait été des mots doux, elle se serait vêtue avec beaucoup plus d’élégance.
    Et pourquoi pas des indications sur les prochains meurtres ? » Demanda Andréa perplexe.

    Levallois ouvrit la bouche, visiblement surpris par la question. Puis levant les yeux au ciel, il réfléchit une seconde avant de lever le doigt victorieux, annonçant plus fort qu’il ne l’aurait dû :
    « Parce que ni l’un, ni l’autre ne sont croyant ! Et puis… Entre nous, rares sont les femmes qui tuent à l’arme blanche. Elles sont plus vicieuses, même dans les meurtres ! »

    Quelques regards féminins se tournèrent vers leur duo en entendant ces mots, arrachant un sourire gêné au policier qui tenta de faire accuser Andréa de sa propre maladresse. Le jeune homme se défendit vaillamment, tant et si bien que l’attention de Gaudefroy finit par s’arrêter sur eux, obligeant Levallois à reprendre un maintient bien droit de commissaire abandonnant au passage son verre de Bloody Mary qui venait juste d’arriver. Un mince sourire s’étira sur les lèvres d’Andréa qui poursuivit ses réflexions en s’arrêtant sur l'ecclésiastique en pleine discussion avec Billy, le second d’Aldrick.


    - - - ---------- Billy Langevin : Second du commissaire Voelsungen ---------- - - -

    Qu’est-ce que c’est ?
    La même chose que tout à l’heure. Vous avez la mémoire courte Monseigneur.
    C’est que, à part le vin de messe…
    Prenez en encore mais ne tourner plus de l’oeil.
    Mais c’est pécher mon enfant.
    Billy leva les yeux au ciel, se faisant violence pour ne pas souligner de manière acerbe qu’il n’avait plus vraiment l’âge d’être nommé de la sorte. A la place, presque du tac au tac, il s’enquit :
    Parce que tuer tous ces innocents ce n’est pas le cas ?
    Bien sûr que si ! S’indigna l'ecclésiastique avant de faire un signe de croix de la main droite. C’est un des 10 commandements primordiaux !
    Vous les appliquez toujours à la lettre ? Alors pourquoi traiter avec M. Moissat ?
    Je… Le prêtre rougit légèrement, son regard hagard chercha un échappatoire dans le paysage. En vain. Je m'efforce, commença t-il lentement comme pour se convaincre, de remercier Dieu pour chacun de ses bienfaits et de transmettre la bonne parole à ceux qui peuvent être sauvés.
    Vraiment ? Maître Moissat aurait-il besoin d’être sauvé ?
    J’agis dans l’intérêt du plus grand nombre mon enfant.
    Les épaules de Billy s’affaissèrent. Un instant il songea à s’enfiler le verre abandonné pour être certain de mieux digérer cette conversation mais il était en service et ne pouvait se permettre pareil écart. Particulièrement en présence de tant de supérieurs.
    Ce n’était pas le cas de l’huissier ?
    Il…
    Un long silence suivit.
    Confiez vous mon père. Insista l’agent. Pour une fois que les rôles sont inversés.
    Le regard du prêtre se fit fuyant et d’un geste vif, il saisit le verre qu’il avala et reposa d’une traite, si rapidement que les yeux de l’agent n’eurent pas le temps de faire l’aller-retour entre l’homme et la table.
    J’essayais de négocier un accord.
    Pardon ?
    Disons… Qu’il m’arrive de jouer au poker avec des amis et … Que je ne gagne pas toujours alors…
    Alors vous avez pioché dans les dons des paroissiens ? S’estomaqua Billy qui du faire un incommensurable effort pour ne pas que les bras lui en tombent.
    Le concerné baissa les yeux et entortilla nerveusement ses mains, le visage peint d’un rouge honteux, avant d’acquiescer doucement.
    Il voulait un tableau de l’église en échange de son silence. Cette toile était un don d’un fervant croyant, qu’aurait-il dit en voyant cette oeuvre absente à la prochaine cérémonie ? Puis aux suivantes ? Mon Dieu ! C’était impossible ! Cet homme ne possédait pas de quoi vivre convenablement et pourtant, pourtant… La détresse gagna ses yeux immenses. Ce que j’ai fais est mal, mais je le jure, je n’ai jamais commis aucun des meurtres ! S’emporta le religieux en tournant vers le policier un visage désespérément innocent, en s'agrippant au carrick du roux.
    N’était-ce pas du même acabit ?
    L’homme ouvrit la bouche mais la referma, ne trouvant rien à redire, préférant resté prostré dans un silence lourd de sens, sa main sur le chapelet qui lui enserrait le cou, ravalant le flot de larmes qui resta coincé au bord de ses yeux.


    - - - ---------- Edward White : Patron du Lost Paradise ---------- - - -

    Toujours dans l’ombre, Edward réfléchissait encore, bien décidé à identifier le coupable avant l’annonce de la police, et surtout avant Aldrick, il en allait de sa fierté ! Adossé à l’un des murs du Lost Paradise, il observait attentivement le seul suspect dont l’emploi de cocher était avéré, tentant de remettre un nom sur ce visage qu’il était certain de connaître.

    « Oooh ! Mais c’est le petit Pierre ! »

    Le lycanthrope sursauta si violemment qu’il manqua de perdre l’équilibre, n’ayant nullement entendu, ni même vu arriver Léonard, prince et peintre parisien. Portant sa main sur son cœur dont le nombre de battement avait doublé en l’espace d’une seconde, Edward posa un regard  soudainement très intéressé sur le jeune homme dont la joie de vivre avait quelque chose d’étrange dans cette scène digne d’un roman policier. Réajustant son vêtement, le patron du cabaret s’enquit :

    « Pierre ? Vous le connaissez Léonard ?
    Mais oui, c’est le chauffeur de la famille Georges. Vous savez ? Lui a une silhouette délicieuse à peindre, tout en rondeur, on dirait une adorable petite boule. Alors que sa femme est toute grande et sèche.
    Oui je me souviens, il a déjà assisté à l’un des spectacles. Mais pourquoi son cocher…
    C’est d’un mauvais goût quand même. Un si joli garçon, coincé dans un vêtement de bourgeois beaucoup trop petit pour lui. C’est idiot. Regardez-moi ce gâchis, pauvre petit. Ah ! Les gens riches peuvent être d’un toupet ! C’est un crime contre le bon goût ! »

    Là seulement, Edward tiqua. Léonard avait raison, le jeune homme avait visiblement essayé de dissimuler son statut, et compte tenu de la taille des vêtements, il était possible que ces derniers lui aient été prêtés par son employeur. Mais pourquoi ? Les iris dépareillés du loup se dirigèrent jusqu’à l’huissier dont la figure déconfite lui fit faire un étrange rapprochement avec un pruneau. Secouant la tête pour balayer l’idée, il chercha à savoir quel lien pouvait exister avoir entre les Georges, leur cocher et un huissier de justice. De nouveau, la verve hasardeuse de Léonard l’aiguilla dans ses recherches :

    « Et vous savez que le petit était un ancien homme de main ? C’est la petite Mimi qui me l’a appris. Elle sait absolument tout ce qui se passe à Paris ! Enfin, c’est incroyable. Un visage si bien fait comme le sien… J’en ai été tout chamboulé ! Vraiment, il ne faut pas se fier aux apparences. Ou du moins pas à toutes, car en ce qui me concerne… »

    Là, Edward arrêta d’écouter, laissant Léonard s’emporter dans les tirades qui lui été coutumières, acquiesçant tout de même de temps en temps pour faire croire qu’il prenait garde à ses paroles. À n’en point douter, il y avait là une histoire que la famille Georges tentait d’étouffer, une histoire de sous probablement, puisqu’elle impliquait un huissier et le jeune Pierre Déprés avait été envoyé sur place pour régler le problème, son passé de petit voyou aidant. Dans tous les cas, il était peu probable que le cocher ait un lien quelconque avec l’affaire. Seul son cab l’incriminait et de toute évidence, il n’en avait pas le libre usage alors comment aurait-il pu s’en servir pour tuer et transporter ses victimes sans que ses employeurs s’en rendent compte ? Impossible. Sans compter qu’il est tout à fait évident de différencier un coupé de particulier de ceux montés par les professionnels du transport, les victimes ne se seraient pas faites avoir si facilement, en particulier Valérie qui devait bien connaître les risques de ces excursions.

    Le soudain silence de Léonard força Edward à s’extraire de ses pensées. Tournant la tête vers lui, il fut surpris de voir sa figure empreinte d’une immense surprise qui lui arracha un « Qu’y a t’il ? » un peu sec. Le prince réajusta sa cravate avant de détourner le regard, soufflant :
    « Je ne savais pas pour vous et le commissaire…
    Quoi ?! S’étrangla Edward.
    Et bien vous venez d’acquiescer quand je vous ai dit…
    Mais enfin ! Je ne vous écoutais pas ! J’ai acquiescé par pure politesse !
    Ah et bien tant mieux ! Cela me chagrinait de savoir qu’il ait accepté de servir comme modèle à vos couturiers ! Euh mais… Mais vous ne m’écoutiez pas ? »

    Edward ouvrit la bouche et la referma aussitôt, passant une main sur son visage pour en dissimuler les traits désespérés. Un soupir quitta ses lèvres avant qu’il ne s’interroge justement au sujet d’Aldrick. Tournant la tête vers la table vingt-cinq, il fut à peine surpris de voir avec quelle douceur il traitait son suspect. Arquant légèrement un sourcil, il écouta avec attention la discussion animée tenue par les deux hommes.


    - - - ---------- Aldrick Voelsungen : Commissaire du 4e arrondissement ---------- - - -

    Ye n’ai rien à voir avec toute cette histoire !
    Ils disent tous ça. Mais vous êtes un des rares à garder l’arme du crime.
    Ce n’est pas moi ! Ye ne souis pas aussi stupido ! Sa main alla jusqu’à son front pour s’en décoller, soulevant l’évidence apparente du propos.
    Ah ? Et vous comptiez en faire quoi ? Coupez votre viande si elle n’était pas assez tendre ?
    N’importe quoi ! Arrété dé mé prendre pour un’imbécibilé ! Dit-il en agitant haut les bras.
    Un filou dans le meilleur des cas. Ce n’est pas la première fois que vous êtes mêlé à des affaires louches !
    Qué ? Ma imbranato ! Tu crois que yé que ça à faire de passer mon temps dans ton poulailler ?! S’emporta Carlo en bombant le torse, avant d’appuyer avec insistance un doigt sur lui.
    Aldrick coupa court à la conversation en saisissant le poignet de l’italien, pour le lui plaquer dans le dos après l’avoir tordu.
    Pardon, je n’ai pas bien compris. Vous pouvez répéter ?
    Une série colorée d’insultes échappa des lèvres du concerné, qui beugla plus fort qu’un goret qu’on égorge. Si bien que plusieurs femmes les fixèrent d’un air outré, tandis que Gaudefroy se contenta de le fusiller du regard, l’obligeant à desserrer son étreinte contre son gré. Le policier serra les dents, agacé de devoir faire dans la dentelle en public, il pouvait déjà s’estimer heureux qu’il ne lui ait collé le nez contre le sol ! D’autres avaient pris des châtaignes pour moins que ça !
    C’est VOUS qu’on devrait mettre en prisooon ! Arrêter ainsi des honnêêêtes gens !
    A qui voulez vous faire croire ça ?! Honnête, vous ? J’en ça doute fort ! On ne compte plus vos plaintes de voisinages ! Ces victimes aussi vous avez fait des reproches ?
    Yé né tué personne ! Ye suis pas uno assassin ! Puis ça là, c’était du boulot de cochon !
    Mais ça vous connaît la découpe de cochon, non ?
    Une vive douleur lui fut assenée au pied, puis à la mâchoire, l’obligeant à lâcher totalement prise, tandis que son interlocuteur se retournait pour lui faire face. Le poing serré siffla près de l’oreille ornée d’Aldrick qui s’écarta vivement. Un nouvel assaut se fit, mais resta comme figé dans le temps, alors que le coup de coude dans le ventre qu’il lui assena, le plie en deux. Un bruit de couverts malmenés se propagea dans la salle, tandis que la mâchoire du boucher entamait une rencontre fracassante avec la table. S’essuyant la bouche de sa main de libre, maintenant Carlo de l’autre en appuyant de tout son point sur son buste, le policier reprit sans tenir compte des cris outrés des présents :
    Pourquoi avez vous amené un couteau ici ? Pourquoi ?
    Grinçant des dents, l’homme garda le silence par orgueil. La poigne du lycanthrope se resserra puissamment, avant qu’il ne réitère :
    Pourquoi ?!
    Pour lui faire peur. Yé besoin d’un délai.
    Un délai ?
    Yé risque de fermer boutique. Yé plus de sous et lui… Il a tout ! C’est lui qui s’arrange avec le juge et yé voulais juste payer più tardi ! Yé lui ait parlé mais il voulait rien savoir ! Niente !
    Alors ce soir vous vouliez l’empêcher de vous nuire ? Comme les autres l’on fait ?
    Quels autres ? Tu dééélires ! Ce travail è touta la mia vita ! Ye voulais juste lui faire peur, pas le tuer ! C'est le seul qué peut me sauver !

    Le regard doré de l’agent remonta vers son supérieur, et ce simple échange suffit à lui dicter tout ce qui suivrait. Lentement, il redressa le charcutier en ayant soin de l’empêcher de nuire à nouveau, et acquiesça calmement pour le Préfet.


    - - - ---------- Gaudefroy Chaummont : Préfet de police ---------- - - -

    Gaudefroy remonta de nouveau ses lunettes, faisant signe à Aldrick que tout était au point. Il se plaça devant le dernier suspect, Gaël Samson, de nouveau assis à sa table. À priori l’homme n’avait rien de plus suspect qu’un autre à l’exception de ses chaussures dont les lacets étaient noués de manière étonnante, n’étant pas sans rappeler le nœud liant les lèvres de la dernière victime. Cependant Gaudefroy savait qu'il y avait autre chose, mais pour s'en assurer, il devait creuser un peu. Restant debout, il croisa le regard du suspect qui broncha à peine et demanda :

    « Dites moi M. Samson, quel métier exercez vous ?
    Je vais et je viens vous savez, je n'ai rien de défini. Je fais un peu de tout.
    Vraiment ? S'étonna faussement Gaudefroy.
    Laissez-moi en deviner quelques uns dans ce cas.
    Je vous en prie, si cela vous amuse. »

    Le préfet de police eut un sourire et il se prit au jeu des devinettes, passe-temps qu'il affectionnait tout particulièrement. Se concentrant sur les particularités de son interlocuteur, Gaudefroy s'intéressa principalement à ses lacets qu'il lia assez rapidement à la posture de l'homme et à son teint halé. D'une voix lente et assurée le chef de la police annonça :

    « Vous avez le maintien d'un militaire Monsieur.
    Effectivement, j'ai fait mon service militaire, est-ce un crime ? Je suppose que c'est aussi votre cas pourtant.
    C'est vrai. Cependant, me concernant, je n'ai pas fait mes classes dans la marine. Ce doit être votre cas si j'en crois votre peau marquée par les embruns et le soleil. Dites moi M. Samson, vous savez faire le nœud de huit je suppose ? »

    Il y eut un silence. L'interpelé s'enfonça un peu plus profondément sur sa chaise et croisa les bras, répliquant calmement :
    « Comme tout bon marin. Je pense pas être le seul dans ce cas, M. Gabrielli sait très probablement faire de même.
    C'est probable, mais vous n'êtes pas sans savoir que les lèvres de Mademoiselle Bode ont été liées de la sorte.
    Encore une fois c'est un nœud très simple à réaliser, je ne suis certainement pas le seul de cette salle à pouvoir le faire.
    Tout à fait, mais laissez moi encore une minute. »

    Gaudefroy n'eut comme réponse qu'un simple signe de tête et poursuivit tout aussi posément. Il souligna alors la particularité du manteau de son interlocuteur. Un carrick noir, un peu usé, veste que l'on associait aisément aux cochers parisiens car ils en composaient le principal vêtement. Cette précision souleva un murmure dans la salle, mais M. Samson ne s'en inquiéta qu'à demi. Il eut un mouvement de recul, puis admis sans réticence qu'il lui arrivait effectivement de travailler de temps en temps au poste de conducteur de fiacre et qu'il avait prit l'habitude d'en conserver le manteau. Cela ne déstabilisa pas Gaudefroy qui avait encore quelques atouts dans sa manche. Se penchant sur l'individu, il pointa du doigt la chaîne qui lui ceignait le cou, demandant :

    « Puis-je voir votre collier Monsieur Samson ? »

    Le suspect s'exécuta, dégagea une petite croix de sous son habit. Le bijou était net, propre, et l'on voyait très nettement qu’il en prenait grand soin. Il ne laissa pas le temps au préfet de l'interroger et prit les devants :

    « Est-ce également interdit d'être catholique ? C'est pourtant souvent le cas chez les marins.
    Je ne le nie pas, mais ne croyez vous pas que cela commence à faire beaucoup de coïncidences ? Nous recherchons un cocher, croyant, sachant réaliser des nœuds marins.
    Je n'ai peut-être pas de chance ?
    Si vous n'avez pas d'alibi concernant les soirs des meurtres, c'est tout à fait possible.
    Je crains que ce ne soit le cas. Je vis seul et je…
    N'en avez vous pas assez ? Coupa brutalement Gaudefroy
    Je vous demande pardon ?
    Que cherchez vous à faire M. Samson ? Éradiquer le mal de notre pauvre terre en bafouant le premier commandement ? Ne trouvez vous pas cela un peu paradoxal ? »

    Un silence éprouvant gagna la salle entière. Gaudefroy Chaummont et Gaël Samson se toisaient sans un mot. Le premier attendant patiemment de flairer sa proie, le second visiblement plus nerveux qu'auparavant, ou plutôt plus agacé. Ses doigts épais gagnèrent le pendentif qu'il portait et se mirent à le polir frénétiquement, passant et repassant sur sa surface brillante sans qu'une seule expression ne trahisse son propriétaire. Le préfet sentit qu'il avait visé juste et reprit sur un ton plus hautain :
    « Pensiez vous vraiment, vous, ancien marin, pauvre cocher, pouvoir supprimer les péchers de ce monde ? N'est-ce pas là orgueilleux de votre part ? N'êtes vous pas vous même un de ces pêchers ?
    Vous ne pouvez pas comprendre… Abandonna Gaël entre ses dents.
    Vous avouez ?
    Je devais le faire. C'est ce qu'il m'a demandé. »

    C'était lui.

    Ils avaient vu juste, cependant Gaudefroy fronça les sourcils, désagréablement surpris par cette réponse. Il jeta un coup d'œil à ses hommes, faisant signe à certains de se rapprocher tandis que la pièce tout entière retenait son souffle. Le préfet se pencha sur la table et y appliqua ses deux mains, posant l'unique question à poser, celle dont il connaissait déjà là réponse :

    « Qui vous l'a demandé ?
    Dieu. »

    Gaudefroy frappa brutalement et avec une violence si soudaine le bois de la table qu'il arracha un sursaut à une grande majorité de la salle, répliquant de cette voix puissante et dure qu'on lui connaissait parfois :
    « Cinq personnes ! Il vous a demandé de tuer cinq personnes ! Mais pourquoi ? Ces gens n'avaient rien fait !
    Je devais racheter ma place. Sept suffisaient.
    Qui était le sixième ?
    M. Moissat.
    L'orgueil ?
    L'envie. Vous avez bien entendu tous ces gens ? Il veut les dépouiller, il les utilise pour récupérer des biens qu'il jalouse. Vous ne voyez pas ces yeux ? Regardez comme ils transpirent le vice ! Tout ce qu'il voit, il le veut. Il est insatiable. Otez lui ces yeux ! »

    Samson se leva d'un bond, les deux bras lancés vers l'huissier de justice qui émit un petit cri porcin précédent un mouvement de recul tel qu'il en tomba de sa chaise. Heureusement, les agents eurent tôt fait de contenir l'assassin qui retrouva sa chaise les fers au poing. Il était beaucoup plus agité, mais ne faisait nullement attention à la police. Toute son attention était pour Gordon Moissat qu'il observait avec une sorte de rage fiévreuse. On le sentait déséquilibré, persuadé d'avoir à accomplir une mission étrange qu'il s'était sans doute imposé lui même.

    « M. Samson ? » Interrogea Gaudefroy.

    L'homme tourna la tête, retrouvant une sérénité terrifiante pour qui savait quels crimes odieux se cachaient derrière ce calme apparent. Le préfet reprit :

    « Vous êtes en état d'arrestation pour le meurtre de Julie Dewis, Émile Bale, Paco Senfut, Jean Glouti et Valérie Bode. »

    De nouveau plus un son. Les gens se regardèrent surpris, songeant probablement à Prudence Chéfaut, autre victime associée au tueur. Toutefois personne n'osa en faire la remarque, et grand bien leur pris, car alors qu'on emmenait Gaël Samson, Gaudefroy se tourna ver Carlo Gabrielli, demandant :
    « Connaissez vous Marco Gabrielli ? »
    Carlo hésita un peu avant de répondre :
    « È il mio cugino.
    Il travaille avec vous ?
    Si.
    Vous a-t-il parlé de la femme qu'il fréquentait ?
    Si.
    Vous a t-il dit qu'elle s'appelait Prudence Chéfaut ?
    Ma… No ! Jamais ! Yé n'étais pas au courant.
    Un mari, deux amants, l'un d'eux l'a tuée. Un boucher.
    Impossibilé !
    Commissaire Voelsungen, pouvez vous emmener notre ami Gabrielli au post, sans trop le malmener, je pense qu'il a une déposition à faire s'il veut toujours sauver son échoppe. »

    Ce fut sur ces paroles que les portes du Lost Paradise s’ouvrirent. Elles virent passer entre leur deux battants de chêne, la police, accompagnée d’un homme droit et digne, levant les yeux vers le ciel avec satisfaction, Gaël Samson ne regrettait rien. Derrière lui, la tête basse, Gordon Moissat était inculpé pour chantage et malversation. Enfin, fermant la marche, l’italien sortait libre. Serein, Carlo Gabrielli, suivait les agents, prêt à témoigner.

    Restant seul sur le pas de son établissement, Edward regarda le ballet des voitures s’éloigner du 52 rue Saint-Andrée des Arts, ayant l’espace d’une seconde, une pensée pour cet homme, cet assassin, qui n’avait accompli le mal que pour faire le bien.


---------------------

Ainsi se termine la première intrigue du forum !


C’est donc la fin du tueur aux sept péchés capitaux, la fin d’une traque et d’une enquête haute en rebondissements au cœur de la capitale. Cependant, il reste des points à éclaircir, car si vous avez visé juste, certains éléments restent sans réponse, l’un des plus étonnants étant sans conteste cette histoire de pain. Pourquoi du pain ?
Nous vous invitons à garder un œil sur le sujet, car sous peu, vous pourrez lire l’histoire de l’assassin qu’il racontera en personne. Tout vous y sera expliqué. Des révélations à ne pas manquer !

Un grand merci à tous les participants, ceux qui nous suivent depuis la mise en route de l'intrigue, comme ceux qui ont pris le train en marche. Et bravo à ceux qui avaient deviné juste !

Bientôt l’évent de l’été, beaucoup moins sérieux, mais on espère bien vous y trouver aussi enthousiastes !
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Ça bouge au Lost Paradise   Sam 27 Sep - 16:10

Après quelques mois d'attentes, voici l'histoire de Gaël Samson et les dernières révélations sur le tueur aux 7 péchés capitaux.

Merci pour votre patience, et bonne lecture ~



    Je m’appelle Gaël Samson et j’ai tué cinq personnes pour Dieu.

    Je suis né à Plougonvelin, un petit village à l’ouest de Brest en Bretagne, dans une famille modeste de pêcheurs. Je suis l’aîné d’une fratrie de six dont j’ai souvent dû m’occuper pendant que ma mère évidait, pendant des heures et des heures, les poissons pour la grande société Bras Dour. Une grosse industrie toute neuve, spécialisée dans la pêche au large de la Bretagne. Mon père y travaillait aussi, il écumait la Manche et l’océan Atlantique sur ces bicoques à voiles qui puent la morue, s’absentant durant des semaines à chaque campagne. On vivait bien, sans plus. Je suis allé à l’école, où j’ai appris à lire, à écrire et à compter. Pas de la grande littérature, ni des grandes mathématiques, juste de quoi aider ma mère pour faire le marché, histoire que les raclures sans âmes ne me l’arnaquent pas de trop.

    C’était moi l’homme de la maison quand mon père n’était pas là. Et quant il était là aussi d’ailleurs, parce que même à terre, on sentait bien que son cœur était resté sur l’eau. Ça… Ma mère s’en amusait. Quand il rentrait, elle lui lançait souvent : « Tiens mon Ronan, tu daignes revenir voir ta petite maîtresse, enfin ! ». Ça nous faisait rire, et puis on mangeait un bon repas et on reprenait tous notre petite vie. Moi je m’occupais des frangins et frangines, le paternel dormait et la mère allait au boulot. Et puis j’ai grandi.

    J’ai grandi et je me suis entiché d'une belle princesse en provenance directe de la ville. Elle était venue se perdre au bout de la France en compagnie de son père, un cuisinier passionné de voile qui avait trouvé son bonheur en travaillant pour un petit bistrot à Brest même, pas loin des docks. Elle était serveuse et toute la ville se déplaçait pour ses beaux yeux, je ne fis pas exception. J’allais la voir dès que j’avais un peu de temps pour moi, lui tournicotant autour comme un chien de chasse qu’a flairé la plus belle biche du siècle. Et puis, bourricot que j’étais, j’insistais et ça la faisait rire. Un rire, bon sang ! À tomber par terre. Alors au bout d’un temps on se bécotait et je peux vous dire que j’étais le plus envié des hommes. Ce qu’elle était jolie ma Giselle, et comme nous étions bien. J'avais réussi à trouver un petit emploi dans un magasin de pêche où je réparais les filets des marins quand je ne tenais pas le comptoir, puis pour joindre les deux bouts, je pêchais aussi, souvent, pour alimenter un peu le marché et le bistrot du beau-père. Je ne gagnais pas des milles, mais enfin, j'avais de quoi gâter ma petite serveuse, et ça, les dames elles adorent. Alors je l'ai dorlotée jusqu'à pouvoir demander sa main à son père. Il était plutôt content, car il lui semblait que j'étais quelqu’un de sérieux et il n’avait pas tort. Nous avions prévu les noces quatre mois plus tard, le temps qu'elle fasse venir de sa famille à Brest. J'avais vingt ans et elle dix-sept.

    Puis deux mois avant le grand jour, tout se bouscula. Je m'en souviens comme si c'était hier. J'étais dans l'arrière boutique quand mon patron m'a appelé. C'était un rude bonhomme pas très commode, mais honnête et qui savait récompenser quand on travaillait bien. Il m'a appelé ce sa grosse voix rocailleuse : « Gaël ! Un papelard pour toi, vient signer môme. »

    Je me levai et le rejoignis derrière le comptoir, me trouvant bien bête devant un employé des postes qui me demandait de signer un reçu. J'assurai que j'avais rien commandé, mais le bigre insista. Dès que j'apposais ma griffe, il me tendit une lettre au cachet tricolore, et j’en eu froid dans le dos. Je l’avais oublié celui là. C'était un document du gouvernement. Le document qui vous annonce que voilà, vous avez été tiré au sort et que vous allez partir pour cinq longues années de service militaire, que c'est comme ça, et que vous pouvez crier, taper du poing, vous tordre le ventre, mais qu'à moins d'avoir 2 000 frs dans vos poches, c'est fichu. Inutile de songer à ne pas se présenter, car ce serait se faire directement une belle petite place en prison en tant que déserteur, et ça, même les pires canailles qui s’y trouvent elles n’apprécient pas et elles vous le font bien comprendre. Alors quoi ? Et bien, vous essuyez votre front qui dégouline de sueur, vous pensez à votre futur petite femme que vous allez quitter et puis, vous vous dites que c'est pas de chance, mais que c'est la vie.

    J’annonçai la nouvelle à ma jolie fiancée le soir même et bigre, c’était moi le plus peiné des deux. Cinq ans. Cinq ans dont personne n’est sûr de revenir. C’était douloureux, mais elle me consolait en me disant que ce n’était pas si long que ça et qu’elle m’attendrait. Cela me fit énormément plaisir. Mais même si je savais qu’elle avait raison, je ne pouvais pas m’empêcher d’être inquiet. Il y avait toujours des rumeurs qui courraient, des histoires pas très nettes sur les sergents qui s’occupaient du service. Et puis quand même, cinq ans !
    Ce soir là je ne dormis pas, le suivant non plus d’ailleurs. Enfin, les jours passèrent et le temps fut venu de faire les paquetages et de partir sous le drapeau.

    Comme souvent chez nous, nous étions envoyés dans la marine. Mon bateau s’appelait le Massena. C’était un gros bâtiment qui employait jusqu’à quatre-vingt-dix hommes. On était une vingtaine de conscrits au départ depuis Brest, le reste c’était des engagés. Dès le premier pied sur le pont, on nous mettait au respect des aînés. Cela ne me posait pas trop de problème, mais plus d’un bleu a fini à fond de cale durant les premières semaines. Il fallait être discipliné, mais c’était moins dur que ce qui se disait. On rentrait à quais tous les mois à peu près, et on avait le droit à une petite permission pendant laquelle je m’en retournais auprès de ma Giselle. Tout allait bien.
    Puis un jour que je remontais sur le navire, je fus appelé par un des officiers, moi et une dizaine d’autres camarades qui partageaient mon sort. On nous a expliqué que cette fois, c’était la bonne, que la rigolade était terminée et qu’on nous embarquait droit pour l’Indochine. « Pour devenir des hommes ! » comme il disait. L’Indochine. Le nom me fit tomber un poids d’une tonne dans l’estomac. C’était le bout du monde, sans compter que c’était encore plein de sauvages, des gens louches qui vous égorgeaient au premier carrefour. Et ma Giselle ! Toute seule pendant cinq ans. Je n’en menais pas large, j’avais l’impression qu’on me donnait à la mort. Je ne pus lui dire au revoir. Ou plutôt je ne le voulus pas. je savais qu’elle était forte, mais moi beaucoup moins. Si je l’avais revu alors… Je ne serais sans doute jamais parti. Du coup, j’ai aidé à préparer le bateau, toujours avec cette boule dans le ventre qui ne me quittait plus depuis l’annonce de ma destination.
    Enfin, nous levâmes l’ancre et le Massena partit. Je vis ma Bretagne disparaître dans l’horizon et le brouillard matinal, le cœur gros, les yeux plein de larmes et le visage fouetté par cet air humide et salé que je détestais déjà.

    J’appris rapidement à haïr la mer et l’océan. Jour après jour, j'abhorrai un peu plus encore cette étendue d’eau vide, d’un bleu triste et à la houle si capricieuse, qui m’éloignait de ma belle fiancée. Nous n’étions partis que depuis une semaine, mais la vie à bord m’était déjà infernale. De l’eau, toujours de l’eau et cette odeur si détestable de poissons qui nous collait à la peau. Je devins irritable, indiscipliné, je répondais sans raison aux ordres et effectuais mes tâches avec une mauvaise volonté flagrante qui me valu quelques séjours au trou. Et je n’eus que plus de raisons encore de détester cet ignoble voyage et ces cinq interminables années qu’on m’imposait.
    Si bien que, lorsque j’appris qu’on allait faire escale à Port-Gentil, au Gabon, je ne mis pas longtemps à me décider. Je quitterais le Massena dès que nous accosterions. J’étais prêt à remonter l’Afrique toute entière pour retrouver Giselle et m’enfuir avec elle. Mon choix était fait. Nous nous embarquerions en Amérique, son père pourrait venir avec nous s’il le souhaitait, on se débrouillerait mais au moins je serais avec elle.

    Le jour de notre halte arriva. Nous débarquâmes à Port-Gentil aux alentours de seize heures. On y récupéra de l’eau et des vivres, et le navire passa la nuit au port, laissant aux marins un peu de temps pour eux. L’occasion ne pouvait être plus belle. À peine la permission donnée, je laissais mes camarades prendre de l’avance, prétextant un soudain malaise, mais dès qu’ils furent hors de ma vue, je descendis à mon tour à terre et entreprit de quitter la ville au plus vite.
    Lorsque l’aube se leva, j’étais bien loin du port, certain que ma victoire était faite. Je savais qu’un long et incroyable voyage m'attendait au travers des colonies françaises, mais je me rassurai en songeant à la joie de ma jolie fiancée lorsqu’elle me retrouverait. Le jeu en valait la chandelle.

    Je mis près de deux mois pour atteindre le nord du Maroc, dans des conditions souvent difficiles, tant par la chaleur des journées que par l’air glacial des nuits. Infernal. Mais enfin, je m’embarquais pour le port de Sète, ayant eu la chance d’être engagé pour la traversée par un petit bateau de voyage français en tant que simple moussaillon. Je débarquais trois jours plus tard, et ce fut sans perdre de temps que je pris la direction de ma terre natale, heureux comme un gamin de me rapprocher un peu plus de ma Giselle.
    Je fus plus que prudent sur le trajet, craignant naïvement, que l’armée ne me retrouve et qu’elle me fasse lourdement payer ma désertion. Pourtant, malgré mes détours, je marchais bien et en un peu plus d’une semaine et demi j’étais presque à destination. M’arrêtant à Landerneau pour la nuit, je pensais arriver dès le lendemain, pour midi à Brest Malheureusement le trajet fut plus semé d'embûches que jamais, à croire que l’on ne souhaitait pas me voir rentrer au port. Barrages policiers à la recherche d’un camelot, problèmes avec mes chaussures, rencontres imprévues… Le soleil se couchait lorsque je vis enfin poindre au loin la bastille de Quibignon au bout du port de Brest. Cette image idyllique, que la lumière du soir rendit plus belle encore, fit disparaître en moi la moindre trace de fatigue et ce fut à un rythme soutenu que je gagnais l’intérieur de la ville, me pressant de rejoindre le bistro du père de Giselle.
    Je courrais comme une gazelle entre les maisonnettes de pierres et rien ni personne n’aurait pu m’arrêter ! Rien, à l’exception de ce rire. Ce rire que je connaissais si bien qu’il me figea dans mon élan. Il me força à tourner la tête de ci, de là, à la recherche de celle qui l’avait lâché.

    Misère de misère. Je crois bien que ce fut cette nuit là que je mourrais pour la première fois. Je restais médusé en la voyant. Ma Giselle, au bras d’un de ces foutus marins d’Islande. Un grand gras qui se tenait bien droit, avec des favoris taillés de près qui sculptaient un peu plus son visage carré d’homme de la mer. Elle se pendait à son bras comme elle s’était pendu au mien cette mauvaise fille. Cette débauchée se donnait au premier amant venu, alors que son fiancé était parti pour le service ! Et moi qui courait depuis des mois pour la retrouver, la serrer dans mes bras, voilà ma récompense ! Quelle tête de pipe je faisais !
    Alors je perdis la tête. J’étais jaloux, malheureux, fatigué, ce fut le désespoir qui guida ma main, moi je ne réfléchissais plus. J’avais le cœur plein de vengeance et de haine, une haine inhumaine qui sentait bon la folie de l’amour. Ce soir là j’enserrai un harpon qui traînait sur les docks et je les suivi, les deux tourtereaux. Comme un chat dans la nuit, pas un bruit, mais je les lâchai pas, j’étais devenu un vrai prédateur, comme ils nous l’avaient appris sur le Massena. Tout en silence, l’arme au poing, le dégoût dans l’âme. Et puis ils quittèrent le port pour s’engouffrer dans les rues plus désertes du faubourg et là je les serrai. Je lançai mon harpon comme un dingue avec une force que je ne me connaissais pas. J’atteins le marin en plein dans le dos. Il s’écroula raide et le rire de ma Giselle, hop ! Envolé ! Elle poussa un cri qui fendit la nuit, m’arrachant à ma torpeur. Je le vis toute petite, près de son matelot, pleurant à chaudes larmes comme elle n’avait jamais pleuré pour moi. Je l’aurais étranglé… Mais des lumières se sont élevées dans les bâtisses et je pris peur. Déserteur, meurtrier, je m’enfuis.

    Je détalai toute la nuit sans me retourner, sans savoir où j’allais. Je traversais les champs, les marrais, les forêts, j’évitais tous les villages comme la peste, certain que les forces de l’ordre me cueilleraient comme une fleur. Je ne m’arrêtai qu’à l’aube, quand mes jambes refusèrent de me porter plus loin. Alors je me blottissais dans le creux d’un arbre et une minute plus tard je dormais comme un gosse.

    Ce fut là que ma nouvelle vie commença.

    Je devais me faire discret. Je me doutais que Giselle ne m’avait pas vu dans l’ombre des ruelles, et qu’on ne pourrait pas m’associer à ce mort avant un bon moment, mais je préférai quitter la Bretagne pour partir me perdre dans les pâturages de la Normandie. Je rejoignis lentement le nord de la Seine où je trouvai le petit coin de paradis dans les forêts qui s'étendaient au sud du Havre. Elles étaient pleines de petit bourgs de paysans, d’une centaine d’habitants chacun, voire moins, et j’y trouvais de bonnes âmes pour me donner un peu d’eau et de nourriture en échange de quelques travaux dans les champs.
    Enfin, un jour que la chance ne m’avait pas souri et que la faim me tiraillait, je me retrouvais dans un petit village. Il s’appelait Betteville. Je toquais un peu aux bâtisses sans grand succès, avant de me pointer devant leur église où le curé m’accueillit bien gentiment. Je lui expliquais que je n’étais qu’un pauvre être qui cherchait un peu de pain en échange d’un service et le bonhomme m’annonça joyeusement que ce soir je festoierai comme jamais. J’étais perplexe, mais il m’expliqua ses paroles et ce fut la bouche toute grande ouverte de surprise que je l’entendis me dire :

    « Voyez-vous, nous enterrons ce soir un habitant du village. C’était notre maréchal ferrant, un brave homme et un honnête citoyen, mais… Qui n’était pas tout blanc non plus, si vous voyez ce que je veux dire. Sa famille veut qu’il soit bien enterré et qu’on efface tous ces petits écarts, alors si vous le voulez bien, vous allez manger ces péchés. »

    Manger des péchés. Cela me laissa une impression étrange. Au début, croyant qu’il se moquait de moi, je ne répondis pas, mais il insista pour avoir mon accord, et comme j’avais l’estomac dans les talons, j’acceptai. Et je ne fus pas déçu.

    Le soir même, au moment de l’enterrement, j'étais au cimetière comme me l’avait demandé le religieux. Je m’étais rendu un peu plus présentable, ne voulant tout de même pas me présenter défroqué à une mise en terre ! Ce n’était pas impeccable, mais au moins j’étais propre. Je saluai bien bas la petite famille en faisant mes condoléances, avant que mon regard ne tombe sur le repas de prince qu’on m’avait préparé. Le tout était posé, bien en évidence, sur le buste du mort. Mais mon estomac n’en fit absolument pas cas ! Cette vue me réveilla les papilles avec une force toute divine !
    Il y avait du bon pain tout frais, tout croustillant, mais aussi du beurre, de la charcuterie et même une lampée de vin ! Le paradis ! On m’installa auprès du trou qui devait accueillir le corps, en me priant de me mettre à mon aise. Bon… C’était quand même un peu perturbant de voir cette table dressée sous mon nez, sur une dépouille froide depuis un bon moment déjà. Ce n’était pas des plus ragoûtant. Pourtant après quelques Pater Noster, on me donna le tout de bon cœur et je mangeai comme un diable sous le regard de la famille, bien contente que je sauve l’âme de leur coureur de jupon. Et ce fut seulement une fois que j’eus bien tout avalé, jusqu’à la dernière miette, que la cérémonie se termina.

    En y repensant, je me disais que quelque part, je rachetais aussi un peu mes péchés en rendant ce service. J’avais toujours fréquenté les bancs de l’église, aussi lorsque le père de Betteville m’expliqua tout sur le pourquoi du comment, cela me sembla logique. Il faut dire que la mort du marin d'Islande me nouait toujours les tripes, le temps n’avait rien arrangé, et il m’arriva plusieurs fois de me réveiller suant à grosses gouttes après un terrible cauchemar. Pourtant il le méritait son harpon ! Tout le monde savait que Giselle était ma fiancée. Et puis quoi ? Elle allait dire non à un type fort comme un ours ? Il l'avait probablement intimidé… Ces islandais… Enfin, si je pouvais rendre service tout en m’accordant le pardon de Dieu, sans compter le petit repas qui allait avec, je ne disais pas non.

    J’appris un peu plus tard que c’était une coutume anglaise, et que, de l’autre côté de la Manche, ils appelaient les pauvres gens comme moi des Sin eater : les mangeurs de péchés. C’était des vagabonds, des voyageurs ou des gens de passage qui joignaient l’utile à l’agréable en faisant bonne pitance et en débarrassant un mort de ses petites entorses à la bonne vie chrétienne. Je n’ai jamais apprécié pas les rosbeaf, mais il fallait avouer que c’était une riche idée qu’ils avaient eu ! Alors, j’ai pensé que j'allais continuer sur ma lancée et sauver ces pauvres pécheurs tout en faisant un bon dîner. Je demandais ça et là si les gens connaissaient d'autres bourgades qui utilisaient ce genre de cérémonies, et ce fut comme ça que je trouvais le nom de quatre ou cinq villages, en plus du Havre, où les marins anglais étaient plutôt nombreux. Cela me convenait, et je pus continuer de faire gentiment la manche tout en servant, bien rarement malheureusement, au sauvetage d'une âme.

    Je mis un peu plus d'un an avant de me décider à gagner le Havre. Il fallait avouer que le lieu grouillait de vie, et qu’étant sans doute toujours recherché, je trouvais dangereux de m’y aventurer. Mais la cavale m'avait tellement changé que même ma petite mère m'aurait pas reconnu. Le teint bruni, maigrelet, j'avais la barbe qui me mangeait tout le visage sans pitié, et de ma jeunesse je ne gardais que ma stature de militaire qui inspirait toujours confiance, et mon regard de jeune homme, parce que malgré les années passées, j'étais encore vaillant.
    Enfin vaillant… Jusqu'à cet hiver. Ce fut ce froid polaire qui me força à remonter vers le grand port. Les températures n'arrêtaient pas de baisser rendant les journées sacrément dures. J'en avais pourtant supporté des saisons froides ! Mais celle là… Elle emportait tout ceux qu'avaient le malheur de coucher dehors sans feu ! Pas de quartier. Et puis c’était connu, les gens ouvraient moins leur porte dans ces moments là. Les champs ne donnaient plus, alors leur pain et leur soupe, ils les gardaient pour eux et ne la gaspillaient pas avec des vagabonds hirsutes qui effrayaient les gosses. Qui pourrait les blâmer ? Pas moi en tous les cas.
    Mais, dans les grandes villes c’était différent. Le Havre ce n’était pas le paradis mais bon, je dégottais toujours une bonne âme pour me sauver d'un quignon ou d'un peu d'eau. Et puis pour le sommeil, je trouvais une petite cave avec une vieille chaudière à charbon que je proposai d'entretenir toute la nuit en échange de pouvoir dormir à côté. Pensez bien qu'avec certains bassins du port, à moitié gelés tant le temps était rude, les gens ne disaient pas non. Me voilà donc à mener une petite vie sans ambition et bien tranquille jusqu’à ce que je fasse une rencontre étonnante.

    J’avais pris l’habitude de faire tous les jours le tour des cimetières. Je me renseignais pour connaître les messes, et si par hasard on aurait pas besoin d’un mangeur de péché à l’occasion, vu qu'avec ce froid, c'était pas les morts qui manquaient. J’eus quelques fois cette chance à laquelle je me pliais bien volontiers, et ce fut après l’un de ces repas, plus que frugal cette fois, que je fus abordé par l'ecclésiastique de la paroisse. Le père Blaise était un religieux tout juste placé là par l’église. Il avait un peu plus de la trentaine mais en paraissait vingt-cinq, quand j’en avais seulement trente et en semblait quarante. Peut-être doit on notre bonne entente à cette similitude d’âge, ou au fait que nous étions tous deux des étrangers pour cette ville, toujours est-il que nous nous entendîmes à merveille dès le premier mot échangé. Il était un peu farfelu, pas méchant, mais il croyait dur comme fer au Seigneur, tout en ayant quelques interprétations bien à lui des textes de la Bible. Les gens l'aimaient bien, vu qu'il écoutait les soucis de tout le monde et distribuait l'absolution avec grand entrain tous les dimanches.
    Au début on se croisait surtout par hasard, et puis, en venant à discuter, on découvrit qu'on était tous les deux des fils de la Bretagne, ce qui ne fit qu'augmenter encore notre sympathie l'un pour l'autre, si bien qu'il ne se passait pas une semaine sans qu'on se retrouve autour d'un verre. C'était toujours lui qui payait, évidemment, mais comme je faisais l'éloge de ses messes dans tout le port, on retrouvait tous deux nos comptes. On devint finalement bons amis et il m'invita même à passer le nouvel an avec lui, dans le petit logement qu'il avait eu avec la garde de l'église.
    Dès lors, l'hiver passa beaucoup plus vite et fut beaucoup moins pénible, tant ce brave garçon avait toujours sa porte ouverte pour ma crasseuse personne des fois que la malchance m'empêche de trouver un toit pour la nuit. Je le remerciais toujours de se montrer si serviable, mais il adorait répéter que notre rencontre n'avait rien de fortuite et qu'elle était un signe. Il me recommandait d'allumer un cierge pour Dieu, parce qu'il était le seul à saluer pour avoir fait croiser nos routes. Et je finis par y croire !

    Blaise me parlait souvent de ses théories à ce sujet. Il m'expliquait soigneusement comment chaque instant de nos vies était un test de la part du Seigneur qui nous observait depuis le ciel. Il organisait tout pour mettre à l'épreuve ses ouailles et déterminer lesquels avaient leurs places à ses côtés. Et c'était tellement évident ! Giselle, elle avait été mon épreuve ! Notre séparation, puis nos retrouvailles… Arrivé comme ça, de nuit, à Brest, et la surprendre dans les bras d'un autre alors que j'aurais dû arrivé beaucoup plus tôt dans la journée sans ce barrage de police, la gamine qui me fit récupérer son chat et cette semelle de chaussure qui me blessa les orteils au point que je m'arrêtais cinq ou six fois de l'heure ! On avait tous les deux été mis au pied du mur. Elle avait perdu la première, la fille, en succombant aux bras d'un autre, et puis ce fut à mon tour de céder à la colère. Je l'avais puni, ou plutôt « Il » l'avait punie par ma main, et c'était désormais à moi de me racheter avec cette vie de misère en mangeant sur des morts. Quelle punition ! Alors oui, je me disais que, pour mettre Blaise sur ma route, c'était peut-être bien que le bon Dieu avait une autre idée en tête. Et quelle surprise lorsque je constatai, une fois de plus, que mon camarade avait eu raison !

    La glace et le froid étaient finalement repartis, si bien que je n’allais pas non plus tarder à retrouver mes petits villages et mes habitudes de la belle saison. Ce n’était pas sans me chagriner, car je m’étais habitué à la vie au port, et surtout, je ne pouvais pas m’empêcher d’avoir un pincement au cœur en songeant que j’allais quitter mon ami, peut-être pour de bon. Pourtant il fallait s’y résoudre, cela aurait été trop risqué de rester dans une ville de marins entre qui les histoires de mer se répandaient comme une traînée de poudre.
    Alors ce fut avec détermination, qu’un jour que nous profitions d’une promenade sur les docks, je fis part de mon désir de partir à Blaise. Il l’accueillit avec bien peu de joie, s’arrêtant dans sa marche pour me toiser de haut en bas, les lèvres déformées dans une grimace triste qui me peina terriblement. Je lui expliquais plus ou moins clairement mon affaire, lui assurant que cela serait bien mieux pour moi, et certainement pour lui aussi, mais la nouvelle ne lui plut pas. Je lisais sans mal dans son regard qu’il était fâché, et nous nous quittâmes sur un silence déplaisant qui me résolu à partir dès le lendemain, et je m’y tins.

    À midi j’avais récupéré la totalité du peu d’affaires que j’avais, toutes bien bourrées dans mon fidèle sac en toile, vieux compagnon du début de mon errance. La chance avait même mis sur ma route une petite bonne femme qui m’offrit une moitié de miche de pain et le fond d’une bouteille de lait pour la route. Je passais tout de même à la paroisse de Blaise, le cœur gros, se gonflant davantage lorsque je ne trouvais que le petit clerc en plein nettoyage de l’office. « Il m’a dit qu’il rentrerait tard ! », m’annonça le gamin en haussant les épaules. Certainement qu’il m’en voulait trop pour me voir, alors je repris ma route. Je sortis de la ville, et commençai à marcher le long des routes, m’écartant pour laisser passer les voitures que je saluais de temps en temps lorsqu’une dame me versait dix sous. J’avais bien dû faire deux kilomètres lorsque j’aperçus une carriole en peine. Sa roue avait basculé dans le fossé et le conducteur semblait tout désolé face à son passager qui battait des bras l’air avec frénésie.
    Je m’avançais un peu, pour leur venir en aide, avant d’ouvrir deux grands yeux lorsque je me rendis compte que l’énergumène qui s'agitait n’était autre que mon ami. Je courus jusqu’à eux, très curieux de savoir ce qu’il faisait ici et on n’eut pu me faire meilleur accueil !

    « Ah ! Dieu merci te voilà ! Je craignais de t’avoir manqué Gaël ! Imagine toi que j’ai grimpé dans la première carriole qui passait dans l’espoir de te rattraper. Je pensais que tu étais parti de bonne heure ! Décidément, le Seigneur est avec nous, il ne veut certes pas que tu t’en ailles et moi non plus ! »

    Des paroles qui me firent chaud au cœur, mais qui me peinèrent tout autant. Je m’empressais de remercier Blaise pour sa gentillesse, avant de lui assurer qu’il me fallait retrouver le calme de la campagne. Mais aussitôt, il me donna une grande claque sur épaule, et reprit avec cette conviction sans faille que j'appréciais chez lui :

    « Viens avec moi ! On m’a proposé une place au séminaire de Pontoise, au monastère du Carmel, près de Paris. Tu n’as qu’à m’accompagner. Cela ne dérangera personne, et qu’importent les raisons qui te poussent à quitter le Havre, tu n’auras rien à craindre là-bas. »

    Je le regardais éberlué, ouvrant la bouche perplexe après cette annonce imprévue. Évidemment, l’idée était alléchante, adieu la vie d'errance, une toit et un repas chaque soir… Après toutes ses années passées dans la plus grande pauvreté, l’occasion était merveilleuse, mais avais-je seulement le droit d’espérer une telle chance après mes actes terribles ? Blaise me rassura aussitôt, insistant sur le fait qu’il avait eut la nouvelle le soir même de notre dispute. Un autre signe ? Je voulus y croire et j’acceptai avec un joyeux emportement de l’accompagner.

    Nous partîmes la semaine suivante pour rejoindre le monastère de Pontoise, plutôt éloigné de la vie grouillante qui bordait la capitale. Le bâtiment avait gardé tout son caché moyenâgeux et derrière sa voûte de pierre et sa lourde porte en bois, la vie m’y sembla tout de suite agréable. Les journées se déroulaient dans le calme, bien loin de mes longues marches de voyageur. Blaise officiait à l’église des lieux et c’était très naturellement que j’avais entrepris de poursuivre dans la voie de la religion, m’y impliquant de plus en plus, encouragé par mon ami qui me soutenait dans ce choix. Les années passèrent, et il me sembla que j'avais enfin trouvé la sérénité.
    J’avais presque acquis le statut de prêtre lorsque je quittais Blaise pour me rendre dans la paroisse Saint-Louis, à Garches, dont la rénovation était terminée depuis peu. C'était l'ultime étape avant que je puisse moi-même faire la messe. Là, je secondais souvent les autres religieux lors des prières que je suivais avec la plus grande assiduité. Mon ancienne vie derrière moi, je tâchais d’utiliser au mieux mon expérience pour aider les personnes venant quérir mon aide.

    Jusqu'au soir, où tout bascula.

    Je m’étais lié d’amitié avec un médecin, plus âgé que moi, mais dont la récente perte de sa femme, emportée par une maladie, avait terriblement ébranlé sa foi dans le serment d’Hypocrate. Il se posait beaucoup de questions, son cœur n’arrivant pas à choisir entre sa profession, désormais faillible à ses yeux, et le Seigneur à qui il ne parvenait pas à accorder sa confiance. J'essayais de l'aider au mieux, lui,apportant mon point de vue sur la question, tout en lui recommandant de s'ouvrir au monde. Et puis un jour, il vint me trouver, la mine réjouie, m’assurant qu’il avait découvert le moyen parfait de mettre un terme à ses doutes. Heureux pour lui, je l’interrogeais, curieux, et sa réponse me glaça l’échine :

    « J’ai lu ça dans le journal. C’est très connu outre Atlantique vous savez. Cela consiste à s’injecter une dose d’un produit qui arrête momentanément le cœur. Ainsi l’on peut mourir, très brièvement. Je pourrais me rendre compte de ce qu’il se passe de l’autre côté, savoir si mon épouse a été sauvé par Dieu ! Comprenez-vous ? »

    Et je ne comprenais que trop bien. Quelle idée effrayante, et en même temps… Quelle formidable chose que d’imaginer pouvoir toucher du doigt cet au-delà auquel on croit sans jamais le voir. Je fis pourtant mon possible pour l’en dissuader, l’expérience me paraissant plus que dangereuse, mais il m’assura que ce n’était rien de si terrible et qu’il avait toutes les connaissances nécessaires pour pratiquer cela sans risque, me demandant seulement mon concours pour cette occasion. Mes objections ne le touchant nullement, je finis par accepter, n’osant avouer que j’étais, moi-même, très curieux des résultats d’un tel test.
    Avec mon accord, il planifia l’injection du produit au samedi soir suivant, chez lui car il était évident qu’un bâtiment religieux ne pouvait accueillir pareille pratique.

    L'heure arriva, et j’hésitais un peu avant de me rendre à son cabinet, mais après avoir fait la promesse d’être présent, je ne pouvais guère me défiler. Je quittais l'église Saint-Louis alors que la cloche de l’église sonnait les vingt heures et j’arrivais avec un peu de retard. Nous étions en automne, aussi la nuit était déjà tombée, et une bise légère balayait les arbres sans se soucier des mornes pensées qui m'habitaient. Je toquais, les mains moites, et fus aussitôt accueilli par mon hôte, ce dernier me guettant, ayant eut peur que je ne me montre pas. Ce fut toutefois très calmement qu’il me fit prendre place.
    Je m’assis sagement, essayant une dernière fois de le détourner de sa décision, sans succès. Il s'installa de lui même sur sa table d’auscultation, m’expliquant l’utilité de chacun des ustensiles présents sur un ton de professionnel qui laissait sous entendre qu'il savait exactement ce qu'il faisait. Mon regard s’arrêta sur les deux longues seringues qu'il m'indiquait, frissonnant en y observant le liquide translucide qui attendait d'être utilisé. J'allais être en charge de l'une d'elle, celle qui contenait l'adrénaline et qui devait, donc, relancer le cœur. J'aurais également à ma disposition un chronomètre, qui devait m'indiquer le moment exact où j'aurais à injecter le produit. Duval m'assura qu'il n'y avait rien de complexe et qu'avec la canule qu'il allait poser, une ancêtre du cathéter, je n'aurais aucune difficulté à accomplir ma tache. Sans compter qu'il avait une totale confiance en mes capacités, ce qui me flatta beaucoup, et m'effraya tout autant, voire davantage. Nerveux, je serrais les poings, acquiesçant à chacune de ses recommandations de manière mécanique, mais mon angoisse apparente ne l'arrêta aucunement dans son entreprise. Je fus donc à ses côtés lorsqu'il plaça son garrot avec grand soin avant de se saisir de la première seringue.

    Tout fut très rapide. La substance fut introduite dans ses veines d'un geste assuré, et je lançais le chronomètre, récupérant au passage l'objet de verre afin qu'il ne se brise pas au sol dans un geste malheureux. Les yeux de Duval se fermèrent. Chaque seconde s'écoulant me parut plus longue que la précédente et ce fut fiévreux que j'observai tour à tour, l'aiguille pivoter lentement le long du cadrant, et l'homme allongé, dont le souffle diminuait à vu d'œil.

    Une minute.

    La poitrine de Duval ne se souleva pas. De mes doigts fébriles, je cherchais son pouls avec anxiété, en vain. J'attendis ainsi dix secondes. Je transpirais comme si j'avais passé des heures sous un soleil de plomb, la bouche à demi-ouverte, attentif à son visage qui pâlissait à vue d'œil, les mains crispées sur la seringue. Deux… Un… D'un geste précipité je délivrais la piqûre, prenant soin de ne pas injecter trop rapidement le produit comme me l'avait indiqué le praticien. La dernière goutte se mêla à son sang, et j'épongeais, d'un revers de manche, mon front luisant.
    L'attente fut interminable, mais enfin, le corps de Duval fut secoué avec force, et ce fut avec une joie immense que je l'entendis prendre une grande respiration. Ses mains se refermèrent sur le drap blanc où il était allongé, et sa figure retrouva une belle couleur rosée, achevant de me rassurer. Une exclamation de joie s'échappa de mes lèvres et je me précipitais à son chevet, guettant ses premières paroles avec une pointe d'inquiétude. Mais sitôt qu'il fut en mesure de parler, il lança :

    « Je l'ai vu ! Je l'ai vu ! »

    Je l'aidais à se redresser, et lui apportait de quoi se remettre de ses émotions. Il lui fallut quelques minutes pour réussir à faire le tri dans ses paroles, mais dès que son discours retrouva sa cohérence, il posa ses deux mains sur mes épaules, s'exclamant avec joie que j'avais raison. Il avait pu voir l'au-delà, s'en approcher, effleurer le Paradis du bout des doigts. Il me décrivit en détail la lumière douce et apaisante qui lui était apparue, m'assurant qu'on avait essayé de le guider au mieux jusqu'à elle, des voix bienveillantes l'ayant invité à ne pas en être effrayé. L'expérience semblait merveilleuse, il en était ému aux larmes, et me remerciait de tout cœur de lui avoir permis d'avoir une telle vision, et je le priai, encore et encore, de me raconter cette folle expérience, buvant chacune de ses paroles désormais sacrées. Il se plia volontiers à mes demandes, embellissant son aventure à chaque répétition d'un détail qui lui revenait, avant qu'il ne pose soudainement ses mains sur mes épaules et qu'il ne me dise :

    « C'est inénarrable ! Aucun mot ne peut décrire une telle sensation ! Il faut la vivre ! Vous devez la vivre ! »

    Il avait raison ! Comment me refuser à une expérience pareille après avoir moi même assisté à la révélation engendrée sur mon interlocuteur ? Les lèvres tremblantes d'émotion, le regard frénétique, j'acquiesçai avec empressement. Je devais le faire. Mieux ! Je voulais le faire ! Je voulais voir cette lumière, cet autre côté, l'approcher, le découvrir ! L'expérience m'avait rendu fou. Aucune autre alternative n'existait à mes yeux, et ce fut avec une excitation sans borne que j'échangeai ma place avec Duval. Je m'allongeai, relevant fébrilement la manche jusqu'au coude, observant avec attention le médecin qui réglait les préparatifs pour une seconde expérimentation.
    Tout fut très vite prêt, et pas une seule pointe d'inquiétude ne m'effleura lorsqu'il présenta la seringue contre ma peau. Que pouvait-il m'arriver ? Quoi qu'il se passe je devais être attendu alors je préférais me concentrer, espérant pouvoir rapporter un témoignage authentique qui aiderait la foi chrétienne à se développer. Je reçus le premier produit et fermait les yeux. Je mourrais, heureux.

    Le réveil fut affreux. Je revins à moi, le corps ankylosé, douloureux, suant à grosses gouttes, la respiration hachée et irrégulière. Chacun de mes muscles me faisait mal, ma tête me tournait et j'avais l'impression de peser le double de mon poids. Je peinais à bouger, la bouche sèche, le regard flou, cherchant un point où me fixer, un détail familier qui puisse me rassurer. Je croisais le regard de Duval. Il vérifiait ma tension, mon pouls, observant ma mine affreuse sans la moindre inquiétude, avant de se pencher brusquement vers moi, demandant d'une voix qui me sembla résonner d'outre tombe :

    « Alors ? »

    Alors… Alors rien.

    Aucune lumière, aucune voix, aucune chaleur. Je ne me rappelais que de ce noir glacial, ce néant infini dans lequel j'avais épuisé mes forces. C'était un monde de solitude, effrayant, inhospitalier… Mais pourquoi ? Frigorifié, mes dents claquant bruyamment, je tremblais comme une feuille. Ma mine finit par effrayer Duval qui fit au mieux pour me faire reprendre mes esprits, me donnant un fond de Brandy et enroulant une bonne couverture sur mes épaules. L'effet ne fut pas immédiat, mais au bout de plusieurs minutes qu'il passa à me frictionner le dos et à me parler, je finis enfin par réagir.
    Évidemment je mentis. Je lui dis que moi aussi j'avais vu la lumière, que j'avais entendu les mêmes voix, eu les mêmes sensations de bien être, mettant ma lividité sur le compte d'une réaction entre le produit injecté et mon corps, mais pour dire la vérité, je me dégoûtais.
    Nous discutâmes un peu, mais l'état de mes nerfs, me rendait inattentif et incapable de suivre la conversation. J'avais la terrible impression d'être épié. Je me sentais mal, je voulais partir. Duval ne protesta pas, il voulut me raccompagner, mais je refusais, trop pressé d'être seul. Nous nous quittâmes d'un simple geste.

    Je pris mécaniquement le chemin menant à l'église, marchant d'un bon pas tout en essuyant régulièrement les gouttes de sueur qui dégoulinaient le long de mon visage. Haletant, les jambes molles, le regard fou, j'avançai sans oser m'attarder sur mon environnement. Je les sentais, je les discernais, ces ombres grouillantes à chaque carrefour. Elles grandissaient sur mon passage, m'appelaient, tentaient de me retenir, et ce fut terrifié que j'avançais plus vite encore.
    La silhouette de l'Église Saint-Louis m'apparut comme une délivrance, tant les ténèbres et leurs ricanements s'étaient rapprochées. Elles allaient m'engloutir. Ma main se posa sur la poignée de la porte, la secouant avec frénésie sans réussir à me souvenir du sens dans lequel je devais la faire tourner. La mâchoire serrée, j'étais prêt à hurler un appel au secours lorsqu'enfin, le battant pivota. Je tombais de tout mon poids sur la dalle, me relevant précipitamment pour refermer la porte, me coupant de toutes sources de lumière extérieure. Assis dans l'ombre, les mains crispées sur ce col blanc qui m'étouffait, je me signais à plusieurs reprises, marmonnant des prières que je mélangeais entres elles, implorant le Seigneur de sa clémence. Une unique question résonnait dans on esprit bourdonnant.

    Pourquoi ?

    Pourquoi ne m'avait-il pas pardonné ! Toutes ces années passées dans la pauvreté, puis à son service ! N'en n'avais-je pas suffisamment fait pour mériter son pardon ? Il me refusait encore l'accès au Paradis, me punissant d'avoir vengé mon honneur en tuant ce pêcheur. Après tous ces efforts, tous ces sacrifices…
    Des larmes de dépit saccagèrent mon visage, et je passai une nuit atroce, ou pas une seconde ne pouvait s'écouler sans que le poids de la culpabilité ne m'affaisse encore les épaules.

    Il fallut pourtant que je me reprenne dès le lendemain, affichant une fausse joie aux yeux de tous, enviant leur ignorance. J'allais sombrer lentement, le sourire aux lèvres, l'esprit plus noir que la tombe.

    Dans un premier temps, les jours se ressemblaient. Ils s'écoulaient lentement et se répétaient indéfiniment. Duval était devenu un fidèle des plus assidus et j'évitai au mieux de le croiser, ne supportant plus son air pieux et la bonté dégoulinante qu'il affichait. J'officiai toujours dans un calme apparent parfait, mais avec un rejet total de la moindre parole évangélique. Je me sentais trahi, abandonné, laissé en pâture à ces ombres qui ne cessaient de grandir et me poursuivaient dès que je quittais l'église. Malade, j'affichais pourtant la mine du parfait hypocrite, aidant ceux qui venaient me voir, sans croire à mes propres paroles.
    Les confessions m'étaient les plus insupportables. Cloîtré entre ces quatre murs de bois, écoutant le flot de pêchers jaillir des lèvres de ces femmes et de ces hommes, les écouter me conter leurs vices, entendre le sourire qui perlait de temps en temps dans leurs paroles. J'aurais pu en devenir fou. C'était une torture. Les savoirs là, si impurs et recevant pourtant l'absolution ! Une grande partie de leur mauvaise conduite s'envolait d'un mot ou d'un geste, mais moi ! Qui s'occuperait de moi ? Je ne voulais pas être condamné à cette obscurité et à cette solitude. Je voulais être pardonné…
    Malgré moi, ma santé déclina. Toutes ces pensées me rongeaient le corps et l'esprit. Il ne se passait pas un jour sans que je songe à la nuit de ma mort, et l'angoisse grandissait encore. J'avais maigri, je dormais peu et attrapais la moindre maladie qui passait. Cette faiblesse m'effrayais, car craignant ma fin de plus en plus proche, j'avais plus peur encore. C'était un cercle vicieux qui m'emportait lentement vers ces effroyables ténèbres.

    Et puis je compris. Cloué au lit par une forte fièvre, les paroles de Blaise me revinrent en mémoire. Comment avais-je pu oublier ? Rien n'était dû au hasard. Cette arrivée à l'Église Saint-Louis, ma rencontre avec Duval, cette expérience… Je faisais face à une nouvelle épreuve, et je devais la surmonter pour enfin accéder au pardon. C'était pourtant évident ! Mais la peur m'avait rendu aveugle. Le Seigneur avait bien voulu me mettre en garde sur le chemin que mon âme aurait pu prendre à ma mort, ce n'était qu'une preuve de plus de sa grande générosité. Il voulait me sauver ! Me remettre sur la voie de la pénitence que j'avais perdu de vue au cours de ces dernières années. Oui… Je devais mieux le servir, et pour cela, il fallait que je guérisse.
    Dès lors, tout fut clair dans mon esprit. Je me soignais avec assiduité, attendant d'être complètement remis pour pouvoir accomplir mon devoir. Il était indéniable que Dieu attendait beaucoup de moi. S'il avait décidé de me laisser une chance de sauver mon âme, je devais lui prouver mon utilité et surmonter cette épreuve avec brio.

    Mon choix avait été rapidement fait. Pour me purifier, je devais en purifier d'autres, les nettoyer de leurs péchés, mais rester au confessionnal n'aurait pu être suffisant. Il n'y avait guère que les petites entorses que l'on prenait la peine de venir avouer à un prêtre, des secrets de polichinelles qui n'avait qu'une infime valeur au regard de la souillure qui entachait notre monde et nul doute que j'en trouverais les pires exemples dans la capitale, ville de tous les vices.

    Dès que je fus remis, je quittais la paroisse Saint-Louis, sans un mot, sans une lettre, un départ discret qui n'avait sans doute rien eu d'étonnant au regard de ma santé fragile. J'abandonnai mon froc de prêtre pour reprendre les vêtements de civil, rejoignant à pied les remparts de Paris. Je voulais nettoyer la ville de ces plus affreux habitants, mais pour y parvenir je devais me fondre dans la masse.
    Je mis plusieurs semaines avant de trouver l'emploi parfait pour cela. Cocher. Existait-il un emploi plus passe-partout ? Ces voitures qui traversaient sans cesse les ruelles sans que l'on s'en inquiète, elles faisaient parties du paysage, on ne prenait plus gare à leur numéro, ni au chauffeur qui la guidait. Il y en avait tant… Tant de visages différents auxquels allait se mêler le mien. Je fus engagé par une des sociétés de transports de la ville. Une voiture me fut assignée, elle serait mon outil principal pour rendre à Dieu cette chance qu'il me laissait. J'appris rapidement de mes collègues, tous les trucs pour effectuer des courses sans avoir à les déclarer à l'entreprise qui nous employait. Pour eux c'était un moyen de gagner un petit pourboire en plus de leur salaire, pour moi ce serait la façon la plus efficace pour atteindre mon but.

    Lorsque je fus en mesure de gérer les trajets de mon coupé avec aisance et sans attirer la suspicion de mes supérieurs, je me mis en quête de ma première âme. J'écumais les bouges de la capitale, longeant les murs en silence, guettant les conversations à la recherche de ce pauvre être rongé par le péché et qui attendait la délivrance que je venais lui apporter. Cela fut long, mais j'étais patient. Ce fut une rumeur qui me mit sur la piste de Julie Dewis. Un ragot banal, qui la comparait à une furie, et dépeignait d'elle un portrait colérique, enragé même, qui effrayait son entourage. Alors je me mis à sa recherche, découvrant relativement vite qu'elle travaillait à la banque sur la place des Halles. Je notais ses horaires de travail, les utilisant au mieux pour la surveiller, puis la suivre. Je devais m'assurer qu'elle était la bonne personne, que c'était elle que l'on m'avait envoyer secourir. J'appris donc ses habitudes et découvrit à force d’instance qu'elle serait la première à être sauvée.
    Le soir, elle se rendait régulièrement dans un cabaret parisien, nommé le Lost Paradise. À chaque représentation, un ballet de voitures se bousculait sur la place, sautant sur les clients qui quittaient les lieux pour les raccompagner au prix d'une course nocturne. Il me fallut trois tentatives avant de réussir à la faire monter dans ma voiture, trois soirées passées à l'attendre. La dernière fut la bonne. Il pleuvait des cordes et elle grimpa dans le premier coupé venu, le mien. Lorsque ma porte se referma sur elle, je me sentis le plus fier des hommes. Je levais les yeux au ciel en essuyant les gouttes qui me trempaient le visage, croyant de tout cœur au regard que le Seigneur portait sur moi. Les chevaux se mirent en marche, et je la conduisit au travers des dédales des rues sombres. Malheureusement, elle se rendit compte plus vite que je ne le pensais que je prenais des chemins inhabituels et j'étais encore loin du lieu calme où j'avais prévu de la purifier, lorsqu'elle me demanda de m'arrêter.

    Mais je ne pouvais pas la laisser partir.

    Elle voulut descendre en marche, aussi je stoppai précipitamment les chevaux. La poignée de sa portière pivota, je me retournais légèrement et je la vis passer la tête au travers de l'encadrement de bois. Une seconde plus tard, elle était à terre inconsciente, l'arrière du crâne saignait. Je venais de l’assommer. Je descendit à mon tour, très calme, sortant machinalement de mes poches un poignard récupéré pour elle. Ce fut avec soin et méthode que je portais un premier coup sous cette pluie battante, puis un autre, un troisième et encore, et encore ! Elle mourut sans doute au premier, mais je devais la faire marquer par son propre pêché. La première partie de ma besogne finis, la rue était rouge, mes mains, ma peau, tout était coloré du rouge enragé qui coulait dans ses veines. Je m'essuyais, ne voulant pas souiller ce qui lui permettrait d'accéder au pardon de Dieu.
    Je remontais dans le fiacre, récupérant sous mon siège, une miche de pain et une tranche de jambon. Je déposai le tout sur son corps encore chaud, énonçai quelques prières avant de faire un signe de croix. Puis d'une bouchée, j'avalai le tout, dévorant le péché de la jeune femme pour lui permettre à son esprit de gagner le Paradis. J'étais fier. Je venais de supprimer l'incarnation de la colère. Pourtant, je préférai ne pas trop me réjouir, car ma mission ne faisait que commencer.

    J’abandonnai son corps d’impie à quelques mètres du lieu où elle avait gagné le repos éternel, remontant aussitôt dans mon fiacre pour reprendre la route.

    SiJulie Dewis fut la première. Les autres se passèrent presque tous de la même manière.
    Émile Bale, l’avarice. Je l’appâtais en lui proposant une course gratuite, je le fis descendre avant d’arriver à destination et enroulait mon fouet autour de son cou avant de le dépouiller de tous ses biens. La totalité fut légué à l’Église Saint-Eustache. Je mangeais son péché.
    Paco Senfut, triste paresseux passant son temps dans les fumeries d’opium au lieu de travailler comme un honnête homme. Je le cueillis alors qu’il était mis à la porte de l'établissement clandestin, n’ayant plus de quoi payer pour son mal. Il dormait dans mon fiacre lorsque je l’installai pour son ultime sommeil. Je mangeais son pécher.
    Jean Glouti, la gourmandise. Celui-ci ne se passa pas comme prévu. La dose de cyanure n’avait pas été la bonne et il eut le temps de quitter le fiacre sans que je puisse le débarrasser de ses impuretés. Je revenais le soir de son enterrement, manger sur sa tombe pour palier à cette erreur et lui permettre de trouver le repos et la paix.
    Valérie Baude, la luxure. Je me fis son confident, lui permettant de rejoindre son premier amant. Elle ne revit jamais le second. Je m’arrêtai en route alors qu’elle cherchait à descendre. Je la frappais en plein visage. Elle retomba dans la voiture et je la conduisis jusqu’au Bois de Boulogne. Je mangeais son pécher.

    Et puis je faillis. En me débattant avec ces vêtements de pauvre fille sans vertu, je laissai tomber une carte, celle du prochain péché : Gordon Moissat. L’envie. Il ne sera jamais sauvé. Son âme ira en enfer. Tout comme la mienne sans doute, car j’ai échoué.
    J’ai déçu le Seigneur qui avait pourtant eu si foi en moi en me laissant une chance de plus. Mais ainsi je n’aurai pas réussi à me racheter. Mon procès fut expéditif. Je plaidai coupable, n'ayant rien à attendre de la petite justice humaine et honteux de ne pas avoir pu répondre aux attentes que le Seigneur avait placé en moi.
    Je ne fis aucun cas du verdict dont je connaissais d'avance l'issue, ne manifestai ni joie, ni peine à son énonciation. Les hommes ne pouvaient pas comprendre, ni même imaginer quels secret pouvait se cacher dans l'au-delà. Qui craindrait le marteau d'un juge, lorsqu'il sait que le regard de Dieu décide de l'état de son âme pour le reste des temps ? Personne sans doute.

    Je serais guillotiné dans une semaine, alors je prie. Je prie pour la clémence de mon Seigneur. Je prie jour et nuit, à m’en user les genoux, et j’espère qu’il m’entendra et qu’à son tour il me sauvera de la damnation…
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[Intrigue] Ça bouge au Lost Paradise

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