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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 Je préfère encore le silence. [PV Elise]

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MessageSujet: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Mer 8 Avr - 23:58

Les narines de Mariotte s'élargirent alors que l'odeur du cabaret, dont elle venait d'ouvrir la porte, s'engouffrait en elle. Il était toujours étrange de passer une porte ; elle avait l'impression de changer de monde, de changer d'atmosphère ; surtout, de changer de température.

Il faisait chaud, ici, et elle sentait déjà l'air du lieu lui réchauffer les organes. Son corps s'adaptait ; et il préférait de loin l'intérieur que le vent frigorifiant qui soufflait à l'extérieur. Elle retira son manteau long, laissa son regard serpentin glissé sur le hall, puis abandonna son vêtement à la main d'un employé, qui, contre pièces, ferait en sorte qu'elle le retrouve à la sortie. Elle n'eut pas à attendre ou à se demander où aller ; un autre employé, amiable, vint lui demander si elle était déjà venue – non – et lui indiqua la salle des spectacles, ainsi que le programme de la soirée. Mariotte le remercia d'un mouvement sec du menton, puis passa dans la salle suivante. Là, elle trouva un siège vide, au fond, d'où on ne l'embêterait pas. La plupart des clients préférait visiblement être plus proches de la scène pour mieux admirer le spectacle, mais Mariotte cherchait autant à observer la scène que les spectateurs.

Le Cabaret du Paradis Perdu.

Quel nom bien trouvé. Les légendaires avaient perdu leur paradis lorsque les humains avaient envahi la surface de la Terre ; et pouvoir encore trouver un lieu où les Légendaires pouvaient se retrouver entre eux sans risques et sans peur, voilà qui était bien pour lui plaire. Elle était chez elle, ici, parmi les siens, et en regardant chacun, elle essaya de deviner les races qui se cachaient derrière les jolis minois.

Oh, il était tellement humiliant de devoir cacher sa véritable forme, paraître « normal », et que veux-dire normal ? Pas normal, non, juste humain, parce qu'en quoi un humain était-il plus normal qu'une hydre ou une vouivre ? Ce n'était que l'intolérance qui les forçait à se cacher comme des taupes.

- Un verre, mademoiselle ?

Mariotte desserra soudainement le poing – la colère montait et elle avait enfoncé ses ongles droits et longs dans la paume de sa main. Respirant calmement pour reprendre ses moyens, elle hocha la tête.

- ...Et que voulez-vous boire, mademoiselle ?
- Comment diable voulez-vous que je vous réponde si vous ne me donnez pas la carte ?
- Pardon, la voilà, mademoiselle. Je… reviens plus tard prendre votre commande.
- Bien.

La vouivre jeta un regard le long des boissons préférées ; mais son jeu précédent, qui consistait à deviner les races des autres clients, l'intéressait davantage, et elle abandonna vite le menu pour revenir à la salle. Sur scène, une dryade sans aucun doute – la même grâce que les naïades, en plus… herbeuse. Elle vibrait de bois. Ailleurs, assis avec leur verre, un cyclope – le bandeau ne faisait aucun doute. Plus loin, elle… Mariotte fronça les sourcils.

Elle, elle n'en avait aucune idée.

Elle, c'était une jeune pousse souriante aux cheveux volants, qui écoutait le chant de la dryade sur scène avec une joie palpable. Elle puait la liberté – le genre de créature qui ne mettrait pas sa vie dans une pierre et que rien ne pouvait arrêter. Être de l'Air ?

La jeune femme remarqua alors l'attention que lui portait la vouivre et tourna ses yeux vers elle. Mariotte ne baissa pas les siens – jamais. Elle assumait chaque regard qu'elle portait, et se contenta de continuer à la fixer,  les lèvres closes et le visage neutre.
Elise Barcarolle
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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Mer 20 Mai - 19:55

La constance d'un monde, d'un lieu ou d'un paysage n'est qu'illusoire, soumise à l'unique désir de qui veut le voir perdurer ou tout au contraire, disparaître. Les mots s'envolent, s'emportent, s'accordent, et la muse ferme les yeux pour mieux les savourer, les écouter, s'ouvrant alors à un spectacle qu'elle sera à jamais la seule à apprécier. La musique dégagée par la Dryade, ce son surnaturel dont elle est l'unique auditrice, caresse les courbes de sa voix, s'enroule autour des accents mélodieux qui s'échappent de sa gorge et invente un morceau impalpable, intouchable, pour tout autre qu'elle-même. Un sourire incurve ses lèvres alors que, face aux accents si tendres de cette mélodie tout droit venue d'ailleurs, le cabaret se transforme dans l'esprit de la muse. La Dryade, tout d'abord, se retrouve soudain en haut d'un arbre au puissant feuillage et aux fleurs dégageant un parfum tout aussi fort qui parvient à envoûter plus encore la douce Elise dont les lèvres semblent désormais offertes en sacrifice au sourire. Puis c'est au tour de la scène de se métamorphoser, et avec elle disparaissent toutes les tables du cabaret pour offrir au monde de la muse une prairie d'un vert terriblement tendre. Le paysage devient Douceur et, peu à peu, les visages des spectateurs tendent à s'effacer, lentement, sûrement, au profit d'un univers onirique où Elise se perdrait cent ans si elle en avait la permission. Peut être même mille ans, tant ce nouveau monde la séduit par la mélodie dont il est composé, qui imprègne toutes les choses alentours, du simple brin d'herbe à la colline toute entière.
Puis brusquement, tout s'effondre. La voix de la Dryade diminue, s'appauvrit, se tarit alors que le morceau se termine et qu'avec elle s'effacent les douces prairies qu'elle a créé. L'arbre n'est bientôt plus qu'un souvenir, de même que le parfum si envoûtant de ses fleurs, et c'est la réalité si froide et si glaciale qui rattrape la muse. Le regard de cette dernière se porte un instant sur la traîtresse qui l'a rendue à un univers plus lucide, mais bientôt, voici qu'il dérive à la rencontre des visages de ceux qui n'avaient pu la suivre dans son nouveau monde. Elle n'en connaît pas un, mais elle les aime déjà tous plus ou moins, avec ces défauts et ces qualités inconnus qu'elle accepte. Son sourire finit bientôt par revenir et ses yeux s'égarent à nouveau sur la scène où, déjà, paraît l'artiste suivant, qui n'est autre que Narcisse. La vision seule de cet homme suffit à rendre le cœur d'Elise à la joie alors qu'elle fixe le jeune acrobate qui bientôt s'élance et écrit la magnificence de tout un monde par le moindre de ses mouvements. Mais Elise est muse de la musique et non de l'art auquel se rattache son ami et si celui-ci la touche, ce n'est jamais aussi fort que lorsqu'une mélodie quelconque vient charmer son âme. Bien vite, ses yeux errent une nouvelle fois sur la salle à la recherche de réactions atypiques. Ici, une femme se cache les yeux, là, un homme pousse un cri de stupeur et voici que dans le coin, là-bas, un enfant se jette dans les bras de sa mère. Celle-ci éclate de rire et la scène arrache un sourire attendri à la muse qui poursuit son inspection pour ne découvrir que des réactions similaires à celles précédemment évoquées jusqu'à ce que son regard croise celui d'une femme, assise tout au fond de la salle et qui ne détourne pas les yeux lorsqu'ils entrent en contact avec les siens. Elise recherche un instant dans sa mémoire si elle connaît la jeune femme, mais elle revient bredouille de ses souvenirs. C'est bel et bien la première fois qu'elle la voit. Cela n'empêche pas la muse d'adresser un sourire à la nouvelle venue et de se diriger vers elle d'un pas qu'on aurait presque pu qualifier de doux. Parce que c'est sans doute ce qu'elle dégage le plus au monde, cette douceur. Lorsqu'elle arrive enfin à la hauteur de la jeune femme, Elise, qui n'a cessé de l'observer durant tout le temps qu'elle a pris pour la rejoindre, vient s'installer à sa table sans lui demander son avis.

« Bonsoir ! »

Débute-t-elle d'un ton enjoué. Son sourire s'élargit alors que la muse reprend la parole.

« C'est la première fois que vous venez... ? Ça vous plaît ? Vous vivez à Paris ? C'est quoi votre nom ? Vous travaillez loin d'ici ? Hein, dites ? »

Malheureusement pour Mariotte, la muse est un véritable moulin à paroles qui ne cessera de parler que pour entendre la musique intérieure de sa nouvelle amie. Parce qu'elle voit déjà la jeune femme ainsi, et ce sans même la connaître.
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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Jeu 21 Mai - 11:48

Habituellement, quand Mariotte regardait quelqu'un fixement, celui-ci avait la tendance absurde de détourner les yeux puis, au choix, de regarder obstinément ailleurs ou de lui jeter des œillades « discrètes ». Le jeu l'ennuyait vite, et elle se désintéressait rapidement de ces êtres faibles qui tremblaient si facilement de malaise sous un simple regard. Mais la jeune fille, au contraire, lui lança un grand sourire avant de s'approcher rapidement.

C'était peut-être une naïade, en fait. Les naïades dont elle était voisine, alors qu'elle était encore installée en Normandie, étaient toutes aussi joueuses et enthousiastes. Leurs débordements étaient souvent agaçants.

Elle avait peu l'habitude de ce genre de réactions – même les naïades avaient fini par arrêter de vouloir « jouer avec elle ». Mariotte savait tenir les gens à distance par sa seule attitude – rester froide, distante, ne pas sourire, et n'importe qui finissait par se lasser et par chercher un autre interlocuteur, à son grand bonheur. Oh, pas qu'elle soit incapable d'apprécier une autre présence. Mais elle aimait les gens calmes, intelligents, elle aimait échanger sur le monde et sur la philosophie, et elle avait rapidement compris que ses voisines marines préféraient parler d'elles-mêmes, de coiffures, d'elles-mêmes, de méthodes de séduction, d'elles-mêmes et puis… ah, oui, d'elles-mêmes. Oh, elles s'intéressaient aussi aux autres, posaient des questions, s'inquiétaient de comment elle allait… Mais Mariotte n'aimait pas parler d'elle non plus, et leurs petits soucis personnels ne l'intéressaient pas davantage.

La vouivre fronça les sourcils.

Quelle impudeur.

Cette jeune femme ne connaissait-elle donc pas la notion de vie privée ? Qui lui avait donc permis de s'asseoir à sa table ? Et en quoi la réponse à ces questions pouvait bien lui être de la moindre utilité ? Au vu du nombre de personnes dans la salle, si elle s'ennuyait et voulait discuter, il y avait tout de même bien des clients à l'air moins… moins… fermés à l'idée. Des gens déjà en groupe, par exemple.

Au moins avait-elle la courtoisie de la vouvoyer.

- Bonsoir.

Et elle aussi serait polie, donc.

- Je ne me souviens pas vous avoir invitée à me rejoindre, mademoiselle. Qui vous a donc dit que cette chaise était libre ? Ne pouvez-vous donc pas demander l'autorisation, avant de vous avachir ainsi ? Et quand bien même ! Il me semble tout de même la moindre des politesses de se présenter soi-même avant de bombarder les gens de questions saugrenues. N'avez-vous donc aucune éducation ?

Voilà qui devrait la remettre à sa place. Mais la jeune femme s'était installée avec tellement de spontanéité, avait commencé à lui parler sans barrières, sans limites, comme si l'univers social lui passait complètement au dessus de la tête, et Mariotte se sentait presque – presque ! - coupable de la repousser ainsi. Son naturel et sa bonne humeur la désarçonnait.

- Avez-vous choisi, mademoiselle ?

Et voilà que le serveur s'y remettait ! Bon. De mauvaise grâce, elle répondit :

- Un cidre normand, s'il vous plaît.

Elle hésita – ignorer la jeune femme, attendre qu'elle parte d'elle-même ? Quelque chose lui soufflait que ça ne fonctionnerait pas, qu'elle était bien trop extravertie pour ça. Quelque chose d'autre que, de toute façon, il faudrait bien, à un moment ou à un autre, qu'elle discute avec quelqu'un d'ici pour en savoir un peu plus sur cette ville et sur le Cabaret. Elle soupira.

- Demandez donc à ma voisine de table ce qu'elle prendra, voyons, elle ne va pas rester bêtement là à me regarder boire.
- Bien sûr, pardon, tout de suite… Mademoiselle ?

Vu le visage renfrogné de Mariotte, on aurait dit qu'elle s'apprêtait à passer un très mauvais moment... Qui a dit que les gens se rendaient au Cabaret pour s'amuser ?
Elise Barcarolle
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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Mar 26 Mai - 23:29

Les cheveux de cette femme avaient la couleur de l'or et, Elise en était persuadée, si le vent les avait soulevés un jour de grand soleil, ceux-ci auraient rayonné de mille feux. Ses yeux, pour leur part, rappelaient à la muse les jeunes forêts du printemps où il lui arrivait de se perdre par le passé, un passé désormais révolu, englouti par les rues de Paris. Ici, nulle place pour de grandes forêts verdoyantes, nulle place pour ces gigantesques espaces de calme. Ici, la vie fuitait de partout, intensément, terriblement, absolument, sans que quiconque ne puisse prétendre pouvoir l'en empêcher. Il y avait les hommes, il y avait les femmes, il y avait les enfants, il y avait les animaux, les plantes, tout un monde offert à la musique, qui, si elle y  prêtait l'oreille, aurait suffit à l'émerveiller durant mille ans sans le moindre soucis. Mais parmi cet univers musical se trouvait des mélodies plus envoûtantes, plus originales, superbes par bien des aspects qui finissaient inéluctablement par attirer la muse. Mariotte, dont l'aura hurlait certainement au monde de la laisser tranquille, était dépassée aux yeux de la muse par sa propre musique, une musique qui, bien qu'un peu menaçante, possédait quelque chose d'unique, quelque chose d'atypique, sur lequel Elise ne parvenait pas à mettre la main mais qui la poussait à vouloir en entendre davantage. Le ton froid de Mariotte lui-même ne fut d'ailleurs pas suffisant pour déloger la jeune femme qui se contenta d'un air surpris et haussa, pendant quelques secondes, l'un de ses sourcils. Puis son sourire revint et avec lui, sa voix s'éleva à nouveau.

« C'est vrai que cette chaise n'est peut être pas libre... »

Débuta-t-elle, se relevant pour mieux s'asseoir sur la chaise à sa droite, comme si le sens général des accusations de Mariotte lui passait bien au dessus de la tête jusqu'au moment où la Vouivre lui reprocha le fait qu'elle ne lui avait pas même offert un nom. Un sourire désolé s'inscrivit cependant sur les lèvres de la muse qui reprit la parole.

« Vous avez raison, navrée... J'oublie tout le temps de me présenter. C'était déjà le cas, la dernière fois, avec Ashton. Vous savez qui est Ashton d'ailleurs ? C'est un grand brun, avec tout tout plein de dessins sur le corps, je crois que ça s'appelle tatouage, mais je ne suis pas très sûre, et puis il a un regard assez impressionnant, et puis il a une musique magnifique ! C'est la toute première fois que j'en entends une ainsi. Oh, il faudrait que vous puissiez l'entendre pour comprendre ce que je veux dire, c'est difficile de retranscrire cela par des mots, mais je me doute bien que vous ne le pouvez pas ! Ce n'est pas votre faute d'ailleurs, il n'est même pas là ! »

Alors qu'on venait tout juste de lui reprocher de n'avoir pas donné son nom, la muse était déjà repartie dans son univers, un univers qui, si l'on ne savait pas qui elle était véritablement, devait sembler très incohérent. Le terme de musique en devenait incompréhensible, puisqu'il était certainement très difficile de s'imaginer que le monde entier composait une gigantesque mélodie qu'Elise était la seule à percevoir. Elle sembla finalement s'en rendre compte après avoir décrit un peu plus Ashton et expliqué en quoi il était  "absolument génial." Elise lança un sourire à Mariotte, avant d'enfin accéder à sa requête.

« J'en oubliais l'essentiel, encore une fois... Je m'appelle Elise, et je vis au cabaret. Et vous, qui êtes vous ? Où Travaillez-vous ? Vous vivez dans Paris, donc ? C'est une ville magnifique, pas vrai ? Elle est tellement chargée d'histoire... Je crois que je l'adore. Avez-vous déjà vu Notre-Dame ? Et puis... »

Étonnamment la muse semblait préférer parler du monde entier plutôt que d'elle même. Qu'il s'agisse ou non de quelque chose d'inconscient, c'était en tout cas une réalité, comme son discours sur la Ville Lumière voulait le prouver. D'elle, Mariotte ne savait jamais que trois choses. L'endroit où elle vivait et, par extension, où elle travaillait, ainsi que son nom. Déjà, Elise changeait de sujet pour rebondir sur Paris ainsi qu'un flot de questions pour sa vis-à-vis. Heureusement pour cette dernière, c'est cet instant que le serveur choisit pour apparaître, s'attirant un magnifique sourire de la part de la jeune femme. L'homme l'interpella cependant bientôt, la sortant de sa rêverie et la poussant à répondre.

« Je prendrais un simple jus d'orange, Eliott. »

Le dénommé Eliott lui rendit son sourire et annonça son départ avant de disparaître entre les tables à la recherche des consommations choisies par le duo.

« Un cidre normand ? C'est bon ? Ça a quel goût ? C'est parce que vous venez de là-bas ? Hein ? Dites ? »

Et voici que, déjà, la muse était repartie dans d'innombrables questionnements, trouvant pourtant le temps d'observer son environnement ainsi que Narcisse qui animait toujours la scène.

« Il est doué, hein ? Vous ne trouvez pas ? »

Dit-elle doucement, comme s'il eut été logique que Mariotte comprenne là où elle voulait en venir... La vouivre était mal tombée, avait mal choisi la personne qu'elle avait regardé, si c'était du calme qu'elle souhaitait. Ah, la malheureuse... Elise ne partirait pas avant d'obtenir ses réponses. Et si ces réponses soulevaient d'autres questions, c'est sans hésiter qu'elle les poserait. Mariotte en avait très certainement pour la soirée, maintenant. Il ne lui restait désormais plus qu'à prier pour que quoique ce soit d'extraordinaire se produise...
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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Ven 29 Mai - 12:17

Il était toujours difficile de deviner l'âge d'un Légendaire. L'apparence était bien évidemment trompeuse – mais celle-ci, pipelette légère, devait être aussi jeune que ce que son corps laissait percevoir. Mariotte ne pouvait pas imaginer qu'une personne puisse traverser les décennies – alors ne parlons pas de siècles – sans perdre un peu de sa naïveté.

Elise, donc, puisqu' Elise elle se nommait, transpirait la jeunesse, la jovialité, la confiance enfantine, l'amitié sans limites. A croire que personne n'avait jamais essayé de lui faire de mal – ou plutôt qu'elle ne s'en était même pas rendu compte, aveuglée par sa certitude que, si une chaise est prise, c'est que l'on peut simplement s'asseoir sur la suivante, ignorant totalement et méticuleusement le fait qu'elle puisse ne pas être la bienvenue. Tout devait être plus simple, avec à l'esprit la certitude indéracinable que nous étions aimé.

Qu'était-elle donc, pour ne pas voir perdu cela ?

Bon. Mariotte essaierait de ne pas lui arracher ses belles illusions. Elle n'était pas méchante – enfin, pas sans raison.

La vouivre avait, au final, une chance hors du commun – qui de mieux que cette jeune fille si sociable pour apprendre à connaître un peu les lieux ? Elle devait connaître tout et tout le monde, si elle était toujours ainsi. Les mots mélodiques de son interlocutrice la confortaient dans ses idées – Ashton, Notre-Dame, … Son intérêt ne s'arrêtait pas aux autres, mais aussi aux lieux. La curiosité n'était pas une mauvaise chose, quand elle n'était pas mal dirigée vers les affaires personnelles de chacun, et pouvait faire fructifier tout un univers de connaissances merveilleuses dans un esprit prêt à les recevoir. Mariotte répondit donc, prudemment, tentant de ne pas oublier les questions d'Elise au fur et à mesure qu'elle les posait, et en restant aussi brève que possible.

- Je m'appelle Mariotte Lanvers - vous n'avez pas de nom de famille ? - et je suis normande, en effet. Vous pourrez goûter le cidre, ce sera toujours plus simple que de vous le décrire. Quand vous dites que vous vivez ici, voulez-vous dire que vous y travaillez ? Vous avez bien une habitation à vous, tout de même ?

Certaines choses dépassaient totalement Mariotte. Ceux de sa race et des races proches avaient tendance à être extrêmement possessifs, et l'idée de ne pas avoir son propre toit indépendant, payé par ses propres moyens, la dépassait. Celle d'habiter au dessus d'un Cabaret - bruyant toutes les nuits ! - la perturbait tout autant. Elle avait grandi avec tout ce qu'il fallait, dans des conditions aisées sans être luxurieuses, davantage par économie que par manque de moyens. Son déplacement à Paris ne lui avait pas posé le moindre problème.

- Quoiqu'il en soit, si vous aimez tant Paris, je vous prie de bien vouloir avoir la gentillesse de me la décrire – je n'y suis que depuis peu et la connaît très mal, bien que je sois passée devant Notre-Dame.

Les cathédrales et les églises… Des lieux qui la fascinaient étrangement, par la froideur des pierres et la hauteur des voûtes. Certaines seraient merveilleuses pour accueillir les dragons. Elle aimait traverser les bois ou les champs, à pieds, pour en trouver une un peu recluse, en haut d'un petit village dépeuplé par la modernisation.

Mais voilà qui n'était plus d'actualité. Paris était tout sauf dépeuplé, et y trouver une personne en particulier était comme chercher une aiguille dans une botte de foin.

Son regard dériva vers le jeune homme, sur scène, et ses acrobaties. Elle l'observait. Fixement.

- ...Qui est-ce ?
Elise Barcarolle
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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Lun 1 Juin - 0:13

Lorsque Mariotte se présenta, le sourire que lui rendit la muse se voulait aussi lumineux que l'astre diurne. Apparemment, obtenir l'identité de la personne à qui elle s'adressait suffisait à son bonheur, comme si le monde, au final, n'était que ça : une multitude d'instants précieux qu'il nous fallait apprendre à apprécier plutôt qu'à redouter, peu importe leur importance. Un nom, un sourire égaré, un peu d'argent trouvé au sol, l'amour de toute une vie rencontré au hasard d'une rue, tout, toutes ces innocentes joies constituaient ce que la muse appelait le Bonheur. Et peut-être était-elle plus heureuse que tous les gens présents au cabaret ce soir-là simplement par cette définition qui semblait gravée dans son regard. Elle qui n'avait rien, ne voulait rien, ne vivait de rien, peut-être avait-elle finalement transcendé les besoins primaires avec lesquels tout un chacun naissait pour magnifier la vie à tout jamais. Tout en elle semblait le hurler. Tout, jusqu'à ce regard pétillant plongé dans les iris boisés de Mariotte qui paraissaient ne pas vouloir s'en détacher. Sans un mot, sans jamais interrompre la vouivre, Elise savoura chacune des syllabes qu'on lui offrit, retint chacune des questions qu'on lui adressa et, quand vint son tour de s'exprimer, c'est d'une traite qu'elle y répondit. Et toujours avec ce bonheur surnaturel qui la paraît plus encore que sa robe, telle une aura d’Éternité...

« Enchantée, Mariotte... -Je peux vous appeler comme ça ? De toute façon, vous me direz que c'est un peu tard !- Oui, oui, j'ai bien un nom de famille ! Je m'appelle Elise Barcarolle, pardonnez-moi, c'est tout récent pour moi, je n'ai pas encore l'habitude ! Je suis allée en Normandie, une fois. C'était il y a loooooongteeeeemps mais j'en garde un très joli souvenir ! Je ne peux pas boire de cidre, j'ai promis à un ami, un jour, que je ne boirai pas ! Il disait que l'alcool n'était pas bon pour moi, et je crois que je peux justement le croire...C'était vraiment quelqu'un de bien vous savez ? Si vous ne parvenez pas à me le décrire, ce n'est pas grave, j'attendrai un autre jour, pour savoir ! Quelqu'un du cabaret finira bien par en boire ! Si je travaille ici ? Oui, oui ! Je suis... euh... je ne sais plus le nom exact, mais je m'occupe des artistes ! De tous les artistes, et de tout ce qui les concerne ! C'est tellement magique, vous savez... ils sont tous tellement extraordinaires, tellement doués et tellement gentils... ! Je crois que je pourrais passer l'éternité à les regarder exécuter leur numéro. À chaque fois, j'ai l'impression de les découvrir un peu plus... Je vis également ici, comme beaucoup d'artistes, et c'est encore plus génial, parce que comme ça, je peux les voir faire encore plus de numéros ! »

Ces simples mots firent sourire plus encore la muse, qui redevint bientôt attentive aux paroles de sa vis-à-vis comme si, en cet instant, cette femme qu'elle venait de rencontrer constituait son univers tout entier. Et au fur et à mesure que s'exprimait Mariotte, le sourire d'Elise s'empara un peu plus de son visage, comme si l'idée seule de parler de Paris la ravissait à un point inimaginable.

« Paris saura vous conquérir, vous verrez ! C'est une ville aux multiples facettes, qui finit toujours par séduire ceux qui s'y aventurent. On y trouve tout ce que l'on recherche, du monument le plus spectaculaire à la ruelle la plus discrète. Livres, marchés, festivals, bars, édifices religieux, vous trouverez tout, et toujours tout dans Paris. Avez-vous déjà vu l'Opéra de Paris... ? C'est un endroit à visiter une fois dans sa vie... ! C'est tellement beau, tellement impressionnant, tellement merveilleux, magique... ! Vraiment, vous devez vous y rendre ! Et si vous le souhaitez, je vous y conduirai moi-même. Et puis il y a aussi... »

La muse poursuivit un temps, décrivant un Paris qu'elle semblait connaître sur le bout des doigts, jusqu'à l'histoire de la ville même, n'hésitant pas une seule seconde à expliquer à Mariotte que la ville Lumière tenait son nom de ses fondateurs, les Parisii. Bien qu'elle ait passé l'éternité à voguer selon son gré, la jeune femme ne semblait pas manquer de mémoire, comme si celle-ci se voulait capable d'avaler les siècles sans jamais défaillir. Et si, lorsque Mariotte lui parlait, ses yeux ne quittaient pas les siens, lorsque c'était son tour de s'exprimer, la muse prenait le temps de détailler chaque chose, chaque personne, chaque événement du cabaret, revenant toujours à Narcisse qui continuait de se produire sur scène pour le plus grand plaisir des badauds réunis ce soir-là. Ce fut la voix de la vouivre qui la ramena à la réalité une fois qu'elle eut terminé, perdue qu'elle était dans les mouvements de son ami l'acrobate.

« Narcisse. Un virtuose dans son domaine, qui se révèle lorsqu'il exécute son numéro. Je l'ai connu il y a... très très très longtemps, et je l'ai retrouvé par hasard au cabaret. Mais... Il a tout oublié de cette époque et... il a beaucoup changé. Je crois que ça a un rapport avec son nez. Mais je m'égare... Son numéro vous plaît ? Ou peut-être qu'il vous intrigue... J'ai tort ? »

Une clairvoyance étonnante pour cette créature de douceur, qui différait radicalement de ce qu'elle semblait montrer jusqu'à maintenant. Devant elles, des portes. Des portes s'ouvrant sur une infinité de possibilités, qui n'attendaient qu'un mot de la part de Mariotte pour révéler ce qui se dissimulait derrière. Un mot, rien qu'un, qui déciderait de leur futur, de leur avenir, de leur destin. Les iris de la muse cherchèrent ceux de Mariotte où ils se plongèrent bientôt, comme si Elise savait l'importance de la réponse de la vouivre. Et peut-être était-ce le cas, au fond. Peut-être que ce mot anodin aux yeux du monde ne l'avait jamais été pour la muse. Peut-être qu'avec le temps, la demoiselle avait appris à lire les tournants avant qu'ils se produisent. Une seconde, si courte et si intangible qu'on eût pu penser à un mirage, le poids des siècles passés traversa le regard de la jeune femme. L'instant d'après, Elise redevint l'éternelle enfant qu'elle semblait être et rouvrit la bouche.

« Alors Mariotte ? Il vous intrigue ? »

Cette phrase anodine ne l'était peut être pas tant, au final... Seul l'avenir le leur dirait.
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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Jeu 13 Aoû - 13:45

C'était incroyable de pouvoir être aussi heureux. Une joie infinie mais mouvante se reflétait chaque seconde sur le visage de son interlocutrice. Mariotte n'avait jamais eu l'impression de rendre qui que ce soit heureux – oh, il y avait bien des moments agréables, une amie Gorgone avec qui elle se posait parfois tranquillement, échangeant peu de mots, parfois, rarement, un sourire peu expressif, et le calme surtout, en profitant du climat normand ou de sa bibliothèque. Sinon, elle était plus une épine dans le pied des gens qu'autre chose. Les naïades parlaient toujours dans son dos, et elle avait, au final, peu de contacts avec le monde. Elle n'aimait pas les gens, les gens le savaient et l'évitaient. Alors elle ne faisait pas rire, elle ne faisait pas sourire, elle ne donnait pas aux autres une raison de vouloir être en sa présence, puisque sa présence était plus souvent négative qu'agréable.

Mais Elise s'extasiait de tous ses mots, et en avait des milliers pour elle. Comme si elle ne voyait pas la barrière que Mariotte avait toujours dressée entre elle et le monde.

Elle parlait, parlait, et ne disait que des choses incompréhensibles.

Bon, puisqu'elle avait décidé de l'appeler par son prénom… Mariotte aurait préféré qu'elle s'en tienne au vous et au nom de famille, mais on ne peut pas contrôler les élans fous de la jeunesse… Oh, voilà qu'elle se mettait à penser comme une vieille femme. Peu importe. Elle l'appellerait Elise, comme on appelle un enfant par son prénom, comme on tutoie un enfant aussi. Ce serait… acceptable, comme ça, oui. Elle ne voulait pas que cela devienne une habitude, de se placer sur un rapport intime avec les gens qui lui adressaient la parole ici.

Pourquoi n'avait-elle pas l'habitude d'avoir un nom de famille ? Peut-être était-elle orpheline, cela expliquerait d'autant plus l'idée d'habiter ici, idée terrifiante s'il en est. Le propriétaire du Cabaret devait être bien gentil, pour lui donner un emploi fictif et lui permettre de vivre de manière protégée dans cette ville folle. En tout cas elle était heureuse, ça au moins était clair – comme si aucune difficulté, aucun obstacle n'avait de réalité pour elle, qu'elle ne se rendait même pas compte de leur existence, qu'elle n'avait besoin de rien.

Mariotte serait heureuse quand elle aurait trouvé sa pierre. Quand elle arrêterait d'avoir une minuscule main de peur lui serrer le cœur à l'idée qu'elle pourrait d'un jour à l'autre tomber morte n'importe où. Maintenant peut-être, aux pieds d'Elise.

Il fallait qu'elle trouve son voleur, diable.

Elle se perdit un peu dans ses souvenirs, dans sa douleur aussi, perdit le fil de la conversation en plein Paris, chercha à se raccrocher à autre chose, coupa Elise en observant l'accrobate. Elle se délecta un instant du silence, alors que le regard d'Elise était fixait sur elle – c'était étrange, le silence, l'attente, l'attente de la vague qui se gonfle avant de déferler sur la plage, parce que ce n'était pas une attente fixe, c'était une attente mouvante, pleine de vie, Elise ne faisait que ralentir pour mieux se gonfler de tout ce qui l'entourait. Elle parlait, attendait une réponse pour mieux continuer dans le flot et ne pas se déconnecter, elle parlait beaucoup mais n'oubliait jamais qu'elle parlait à quelqu'un, qu'il y avait plusieurs personnes dans la conversation, ne prenait pas sa place.

Elise ne lui avait pas donné les informations qu'elle souhaitait sur le jeune homme – il y avait une question interne, l'impression d'un lien, une familiarité en le regardant bouger, sans qu'elle ne comprenne d'où cette familiarité voulait venir. Elle avait espérer qu'Elise répondrait à son interrogation silencieuse, mais ce qu'elle lui dit du jeune homme n'expliqua rien du tout. Elle parlait de son histoire avec lui, toujours avec des anecdotes incompréhensibles – quoi, son nez ? - et Mariotte hocha la tête.

- J'ai l'impression de le connaître aussi.

Est-il besoin de préciser que Mariotte n'aimait pas les impressions ? Il est vrai qu'elle n'aimait pas grand-chose. L'incertitude et l'à-peu-près en faisait partie. Cela l'agaçait, d'être intrigué par cet artiste qui n'avait, disons-le, aucune raison de l'intéresser. Peu de gens l'intéressaient, de toute façon. Elle fronça les sourcils.

- Mais c'est faux. Il n'y a aucune chance que je puisse le connaître. Oublions ça.

Elle pinça les lèvres. Eliott revint avec le cidre et le jus d'orange, et Mariotte hocha la tête à sa discrétion professionnelle – enfin ! - avant de payer les deux.

- Tu voulais savoir le goût du cidre. Commence déjà par en sentir l'odeur, cela te donnera une idée.

Elle lui tendit le verre.

- Tu vois les bulles ? Ça pétille, c'est brut. Comme le vin coule du raisin, le cidre coule de la pomme.

Elle attendit qu'Elise lui rende son verre – qu'elle sache au moins si celui-là était bon – et, avant qu'Elise ne parte sur autre chose, décida de se lancer.

- Tu as l'air de connaître beaucoup de monde – saurais-tu, par hasard, s'il y a ici quelqu'un capable de… traquer quelque chose ? Une sorte de détective discret ?

[ :etcalin: ]


Dernière édition par Mariotte Lanvers le Ven 2 Oct - 13:12, édité 2 fois
Elise Barcarolle
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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Jeu 24 Sep - 22:37

Oublier. Depuis toujours, c'était un mot qu'Elise ne comprenait pas, ne saisissait pas, ne maîtrisait pas. Oublier, c'était la chose la plus difficile à faire pour la muse, qui se souvenait toujours de tout. Oublier, c'était cet acte si compliqué qu'elle ne parvenait pas même à faire face aux tragédies. Elise n'oubliait jamais. Ni les visages, ni les noms, ni les événements, ni les paroles, ni les mélodies, ni les impressions. Alors, quand Mariotte exprima le trouble dans lequel la plongeait Narcisse, Elise n'oublia pas. Et lorsque cette même jeune femme estima qu'il était bien mieux de passer à autre chose, Elise balaya cette idée d'un geste de la main. Non. Si Mariotte avait l'impression de le connaître, c'était peut-être bel et bien le cas. Et si Mariotte le connaissait... ça signifiait certainement qu'elle était aussi vieille qu'elle. Un léger sourire, moins enthousiaste que les précédents mais bien présent, se glissa sur les lèvres de la muse.

« Vous ne devriez pas réprimer ainsi vos impressions, vous savez ? S'il y a bien une chose que j'ai appris durant ma vie, c'est que les gens ont l'habitude de ranger ce qu'ils considèrent n'être qu'un détail. Peut-être l'avez-vous croisé durant ces dernières années... ? Il y a longtemps... ? En tout cas, vous en conviendrez, le mieux est d'aller trouver Narcisse pour le lui demander. »

Ce fut à cet instant précis, alors qu'Elise se questionnait sur ce qui pouvait bien lier Narcisse et Mariotte, qu'elle mit enfin le doigt sur ce qui lui plaisait tant dans la mélodie de la jeune femme. C'était une légendaire. Et à présent, cela lui sautait aux yeux. Le sourire de la muse se fit plus appuyé.

« Il est consumé par sa passion... C'est peut-être là votre point commun ? Vous avez une passion, Mariotte ? Quelque chose qui animerait le feu qui vit en vous... ? »

À priori, rien de plus, rien de moins qu'une innocente question. En vérité, quelque chose de beaucoup plus pointu, qu'elle n'était pas sûre de réussir à faire comprendre à la jeune femme. Dans tous les cas, les mots de la muse produiraient chez Mariotte une réaction quelconque, si elle se révélait être une dragonne. Elise n'avait plus qu'à attendre, et c'est sans perdre de vue le visage de sa vis-à-vis qu'elle réceptionna son verre de jus d'orange. Et si Eliott s'était fait discret, la jeune  femme ne sursauta pas un seul instant, comme si elle avait senti sa présence avant même qu'il ne parvienne à leur table. Lorsque Mariotte paya les deux verres, un sourire surpris, mais enchanté, remplaça celui qui voguait précédemment sur ses lèvres.

« Oh, merci Mariotte ! »

Sans se départir de son nouvel enthousiasme, Elise se fit ensuite attentive aux mystères du cidre. Et c'est une curiosité sincère qui poussa la muse à s'emparer du verre qu'on lui tendait pour en sentir l'odeur. Très vite, de petites bulles plus téméraires que les autres vinrent s'écraser sur son nez. La sensation lui arracha un merveilleux sourire amusé tandis qu'elle rendait le verre à sa propriétaire légitime. De nouveau, son regard se posa sur le cidre avec beaucoup d'attention. Malgré les millénaires qui défilaient, Elise savait qu'on apprenait toujours des autres, fussent-ils beaucoup plus jeunes. Et en l'occurrence, si elle connaissait le vin, il n'en allait pas de même pour cette autre boisson, qu'elle prenait plaisir à découvrir.

« Je vois... »

Souffla-t-elle d'une voix passionnée par le savoir qu'on lui offrait.

« Merci de m'avoir expliqué. »

Le sourire qu'elle offrit à la jeune femme était plus doux que tous ses prédécesseurs. Plus sage, également. Un instant, le silence glissa sur le duo, puis ce fut Mariotte qui reprit la parole, pour lui demander un... service. La potentielle dragonne voulait savoir si elle connaissait quelqu'un de suffisamment discret pour traquer quelque chose. Instinctivement, Elise hocha la tête. Puis son sourire changea, laissant poindre une touche d'amusement. Si elle disait à Mariotte qu'elle était cette personne, elle était à peu près certaine que cette dernière ne la croirait pas et, d'une certaine manière, Elise pouvait aisément comprendre pourquoi. En la voyant, personne au monde ne pouvait la prendre au sérieux dans ce domaine. Mais c'était là tout l'intérêt de la chose : qui, parmi tous les gens du monde, parviendrait à s'imaginer une seule seconde que les informations délivrées devant elle étaient sincèrement écoutées ? Au mieux, les gens la prenaient pour une enfant. Au pire, ils la croyaient folle. De plus, Elise avait l'avantage non négligeable de se souvenir de tous les détails de son existence. Elle n'oubliait jamais rien, et ce malgré le temps qui passait. Elle était, entre autre chose, capable de réciter chacun des exploits de ses contemporains du début des âges, sans jamais hésiter sur quoique ce soit, pas même la couleur du bouclier du troisième soldat de la vingtième rangée de la première ligne de la moindre bataille. Sa mémoire était un puits sans fond, dans lequel elle pouvait se rendre à souhait et en ressortir le plus petit élément croisé par son regard ou par ses oreilles. Grâce à tout cela Elise était, à elle-seule, une véritable mine d'informations.

« J'ai bien un nom, à vrai dire... Mais je crois que vous ne me prendriez nullement au sérieux. »

Son sourire se fit plus doux, plus compréhensif, aussi, alors qu'elle se préparait déjà à la réaction de sa vis-à-vis.

« En fait... Il s'agit de moi. Je crois sincèrement que je suis la personne qu'il vous faut. »

Et puis il y avait sa chance. Cette chance insolente qui écarquillait les yeux de tous les gens qu'elle croisait, cette chance ahurissante qui l'empêchait de se perdre alors même qu'elle ne connaissait pas les rues dans lesquelles elle était et qui, certains jours, lui permettait de trouver des sommes d'argent mirobolantes. Il fallait ajouter à cela les bouquets de trèfles à quatre feuilles et toutes les fois où elle était tirée d'affaire lors d'un quelconque événement des plus fâcheux, après un brusque revirement de situation. Toutes ces choses faisaient d'elle une alliée appréciable, si l'on exceptait sa tendance à se distraire lorsqu'on ne la recentrait pas sur un sujet précis. Elle se justifia.

« Disons que je bénéficie de certains... atouts ? Je ne saurais pas vous l'expliquer en des termes adéquats, mais si... »

Elle baissa le ton.

« vous avez perdu quelque chose... »

Elle reprit son ton habituel.

« Il y a de grandes chances pour que je sois la plus à même de le retrouver. »

Sur ces mots, la muse bût d'une traite son verre de jus d'orange, puis se leva, changeant radicalement de sujet. Et d'attitude. Alors que, la seconde d'avant, elle avait eu l'air d'être une adulte tout à fait responsable, Elise avait soudain repris les traits de l'enfance et arborait désormais un sourire enthousiaste sur les lèvres.

« Tenez, venez ! »

Et, ce faisant, Elise tira Mariotte hors de sa chaise et l'emporta avec elle au moment précis où se terminait le numéro de Narcisse.

« Vous m'aviez dit qu'il vous intriguait... Autant mettre toute cette histoire au clair, pas vrai ? »

Elle tourna la tête vers le jeune homme aux cheveux d'argent qui, déjà, disparaissait dans les coulisses.

« NARCIIIISSE ! ATTENDS ! »


Parmi toutes les qualités de la muse, la rapidité semblait vouloir, ce soir-là, s'ériger au dessus de toutes les autres. Alors même qu'elle prononçait ces mots, Mariotte et elle atteignaient le pauvre dragon. Celui-ci ne semblait pas vraiment ravi de les voir, d'ailleurs, et c'est sans grand enthousiasme qu'il les accueillit.

« Narcisse, tu files vite, dis ! Tiens, je voulais te présenter mon amie. Elle s'appelle Mariotte. Mariotte, voici Narcisse. »

Son œuvre accomplie, Elise relâcha la main de Mariotte. Maintenant, c'était à eux de jouer. Mais jouer à quoi... ?
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Narcisse Williams
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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Sam 26 Sep - 14:45

Le cœur agréablement serré, la sensation familière, presque rassurante de ses pas contre le fil de nylon. C'était toujours la même chose, ce rituel intemporel dont il ne se lasserait jamais. Les bruits dans la salle. Le silence, accompagnant avec aisance l'attente, l'impatience croissante des spectateurs. Ses veines palpitantes. L'excitation, le savoureux mélange de nervosité et d'émoi.

La première note s'éleva en même temps que son pied glissa sur le câble. La mélodie, pour l'instant, était lente. Il la connaissait si bien, l'avait tant pratiquée qu'elle faisait presque partie de lui. Le moindre de ses mouvements, en parfaite synchronisation avec elle. Ses enjambées étaient légères et délibérées, le temps de trouver l'équilibre parfait, d'habituer le public, de le laisser piaffer quelques minutes supplémentaires afin de rendre la gradation de ses figures plus impressionnante encore. Narcisse ferma les yeux un instant et se laissa porter par le rythme. Il était soudain sur ses mains, supporté seulement par la force de ses bras tandis qu'il avançait gracieusement sur le fil de la musique. Ses longues jambes, telles les aiguilles d'une montre, s'écartèrent progressivement pour parvenir à un parfait grand écart. Quelques pas, il se retourna, il virevolta, se redressa d'un bond. La musique accéléra, lui aussi. Il sauta sur le fil distendu, esquissa un salto, se raccrocha avec les mains, se replaça en poirier. Les figures s'enchaînent mais ne se ressemblent pas. Il semblait à peine toucher le fil, volant tout contre lui. C'était dans ces moments qu'il était dragon. Lorsque la gravité n'exerçait plus sur son corps que de vagues caresses, lorsqu'il levait contre elle son pouvoir sous-jacent, lorsqu'il se séparait des contraintes d'un monde dont il n'avait cure. Narcisse, alors, était lui. Un lui qu'il avait oublié, ou rangé dans de lointaines cases, mais lui tout de même. Alors, il se sentait libre. La sensation était grisante, addictive. L'acrobatie était son opium, son absynthe. Il en était fou. Le spectacle, instant de grâce, se terminait toujours trop vite. Il y avait en lui une délicieuse attente, une frustration bienfaisante qui le poussait perpétuellement vers l'avant. Il fit un grand écart à plat sur le fil et, par un sort inconnu de la plupart, s'enroula autour de celui-ci. Le mouvement inverse fut d'une rapidité à en donner le tournis, arrachant des exclamations au public. Un sourire se dressa sur les fines lèvres du jeune homme. Il enchaîna avec une roulade finement exécutée, un saut de biche, un pas de danse. Lorsque la musique s'apaisa lentement et qu'enfin il s'arracha à sa transe, la salle était emplie d'un tonnerre d'applaudissements. Il sourit un peu plus, s'autorisa à transparaître la joie intense qui l'animait et, avec élégance, rejoint la scène d'un bond. Une révérence rapide, et il s'éclipsait, son cœur enflé de liesse. Ce soir, il avait réussi.

Quelques pas, vifs, le menèrent en coulisse, où il ondula entre ses collègues. Tous attendaient de passer, ou se préparaient à rentrer dans leurs chambres. C'était un ballet qu'ils exécutaient ensemble chaque jour et qu'il se plaisait à voir répété. Il salua ceux qu'il connaissait bien d'un hochement de tête, d'un fin sourire.

« NARCIIIISSE ! ATTENDS ! »

La voix cristalline qui retentit dans les coulisses, si joviale, si musicale, ne laissait aucune place au doute. Élise était là, et elle voulait le voir. Un juron lui traversa l'esprit alors qu'il cherchait désespérément un moyen de lui échapper avec discrétion. Courant presque, un presque qui lui coûterait sa soirée, il se glissa entre ses camarades avec la porte pour objectif. Toutefois, parvenu dans la salle, il eut le bonheur incommensurable de constater que la muse l'avait d'ores et déjà rattrapé. Un soupir manqua de lui échapper tandis qu'il se tournait vers elle.

Ce fut un choc. Un sentiment d'embarras intense déferla sur le dragon, qui s'empourpra violemment en croisant le regard émeraude qui lui faisait face. Il venait de fuir non pas sa collègue mais une cliente du Lost.

« Narcisse, tu files vite, dis ! Tiens, je voulais te présenter mon amie. Elle s'appelle Mariotte. Mariotte, voici Narcisse. »

Il fallait à tout prix qu'il rattrape sa bourde. Le faciès de Mariotte était si glacial qu'il crut un instant que s'approcher d'elle gèlerait jusqu'aux flammes qui brûlaient en lui. Il pinça ses lèvres avant de prendre une profonde inspiration. Il pouvait s'en sortir. Il le savait. Alors, d'une voix débordant d'embarras, il répondit :

« Je suis désolé, j'étais... pressé. Enchanté mademoiselle. »

Une petite révérence, se rapprochant plutôt d'un signe de tête, et ses yeux fixés au plancher. Il y avait quelque chose pourtant, qui lui donnait envie de relever la tête. Un détail chez son vis-à-vis qui titillait un je-ne-sais-quoi dans son corps. Une impression de déjà-vu. Doucement, cédant à sa pulsion, il se redressa et plongea son regard améthyste dans celui de son interlocutrice. Sa timidité, pour une fois, était effacée par sa curiosité. Mariotte semblait paradoxalement familière. C'était sans doute faux, une simple illusion, mais... peut-être pas. Et ce doute qui planait sur lui suffisait à le faire bouillonner.

« Je... J'espère que le spectacle vous a plu. », tenta-t-il.

Il fallait qu'il parvienne à nouer la conversation, pour une fois, rien qu'une. Si elle avait insisté pour le voir, peut-être la jeune femme était-elle habitée de la même impression que lui ? L'audace du dragon animait soudain ses veines. Il jeta un coup d’œil à Élise, présence rassurante à ses côtés. Familière, du moins.

« Il t'a plu, à toi ? »

Parler d'acrobatie le détendit un peu. C'était un sujet qui lui plaisait, qui plaisait éventuellement aux autres, et dans lequel il pouvait s'aventurer sans craindre de dire la moindre ânerie. C'était plus simple ainsi, et il pouvait au moins reléguer la tâche de continuer la discussion à ses interlocutrices – comme Élise par exemple, Élise qui était si douée pour parler tandis qu'il était... lui. Il gigota légèrement sur place, sentant la puissance de la présence de Mariotte et se rendant soudain compte que dialoguer avec elle ne serait pas aussi simple qu'avec la muse...

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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Ven 2 Oct - 13:21

Elise, une traqueuse ? Voilà qui était pour le moins étonnant. Mais que savait-elle de la jeune femme, au final, mis à part qu'elle avait l'air parfaitement innocente ?

N'était-ce pas justement le piège des plus grands prédateurs ? Comme la plante carnivore qui attire pour mieux gober. Peut-être était-elle d'une race légendaire propre à la chasse. Une qui aurait un sens de l'odorat particulièrement développé, un odorat qui lui aurait permis de savoir qu'elle était un reptile… Parce que n'était-ce pas ce que cachait sa question en apparence anodine ? Elle savait. Si pas vouivre, au moins sa famille, et elle cherchait à confirmer son impression, elle qui insistait justement pour que Mariotte suive les siennes. Elise était intuitive, impulsive, spontanée. Tout ce que Mariotte n'était pas. Elle hésita à répondre, incertaine de vouloir se dévoiler, mais finit par ne pas y voir d'inconvénients.

- Oui, il y a bien un feu qui brûle en moi…

Elle ne rentra pas davantage dans les détails.

- Et pourrais-je, si ça ne t'est pas déplaisant, savoir ce qui brûle en toi ?

Peut-être Elise accepterait-elle de lui dire à quelle race elle appartenait. La bonne nouvelle, indépendante de la réponse qu'elle lui ferait, c'était que par ses mots subtils, Elise venait de lui faire comprendre son impression de déjà-vu. Ce n'était pas qu'elle connaisse Narcisse en particulier ; simplement qu'elle le reconnaissait comme l'un des siens. Il avait la mouvance et l'aura d'un dragon.

Et voilà qui faisait poindre une petite touche d'elle ne savait quoi – de la curiosité, du bonheur aussi, de l'espoir. Elle croisait rarement les siens. Que faisait-il ici, dans ce cabaret, à virevolter sur un fil ? Etaient-ils nombreux à se terrer ici ?

Malgré ses questions, elle ne pensa pas un instant à satisfaire sa curiosité. Ce serait indiscret, puisqu'elle n'avait aucun lien avec lui et aucune raison de lui parler. Elle fut donc complètement prise au dépourvu quand Elise osa lui prendre la main et la tirer de sa chaise. Mariotte reposa promptement son verre et se laissa guider, surprise par la force de la jeune pipelette. Une force qui lui venait non de ses muscles mais de son énergie inébranlable… Et la voilà qui était devant Narcisse. Elle fronça les sourcils, et voulut tirer sèchement sur sa main pour la récupérer, mais Elise l'avait déjà lâchée, toute à ses présentations.





Amie ?

Pardon ?

Amie, vraiment ?

Voilà qui la mettait fortement mal à l'aise. Elle ne connaissait pas assez Elise pour savoir si elle pouvait la défendre en tant qu'amie dans une situation, ne la connaissait pas assez pour savoir si elle la considérait digne de l'appeler ainsi, ou si au contraire elle en aurait honte. L'homme semblait tout aussi désemparé qu'elle sur la spontanéité de son… amie. Parce que le tutoiement montrait bien, au moins, qu'ils étaient plus proches qu'elles ne l'étaient. Quoique Mariotte s'était mise à la tutoyer aussi – mais parce qu'elle ne semblait qu'une enfant à ses yeux. Elise avait dit plus tôt que Narcisse ne se souvenait plus de leur passé commun... Peut-être avaient-ils été très proches, et qu'il avait maintenant du mal à s'ajuster à l'amitié débordante d'une femme qu'il lui semblait ne pas connaître. Lâchant le fil de ses pensées, Mariotte hocha la tête au bonjour poli de l'acrobate.

- Honorée de même, cher cousin.

De simples mots pour lui faire comprendre qui elle était. Elle l'observa un temps ; toujours cette impression de familiarité qui confirmait la thèse qu'il était lui aussi reptile, bien qu'elle doute qu'il soit une vouivre, où il arborerait plus fièrement son escarboucle. Cela dit, elle en était bien une et n'avait pourtant pas la sienne. Il ne fallait pas sauter trop vite aux conclusions. Quoiqu'il en soit, elle le trouvait… surprenant. Il semblait timide et voilà qui était incompréhensible – regards fuyants, corps en retrait. C'était bien un comble pour une race aussi noble que la sienne. Avant qu'Elise ne reprenne la parole – qu'elle ne lâcherait plus, Mariotte en était persuadée – elle tint à préciser :

- Nous nous sommes rencontrées plus tôt dans la soirée et mademoiselle a eu la gentillesse de bien vouloir me parler un peu de Paris et des spectacles du cabaret.

Voilà qui.. rationalisait sa présence ici. C'était fou à quel point elle ne supportait pas de ne pas pouvoir expliquer et contrôler… et Elise, qui la trimballait sans s'en rendre compte, lui faisait joyeusement perdre pied, Elise qui sautait joyeusement dans les flaques de la vie et éclaboussait tout ce qui l'entourait...
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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Lun 5 Oct - 19:54

« Il n'y a rien d'autre que l'art qui parvienne à consumer mon âme. »

Un sourire, léger, plus mature, plus secret, se glissa sur les lèvres rosées de la muse. Elle ne se dévoilait qu'à demi, donnait trop peu d'indices pour qu'on puisse l'identifier formellement, mais ne se dissimulait pas non plus. C'était comme toutes ces fois où l'on touche du doigt la réponse à nos questions sans que cela, jamais, ne se concrétise. Mariotte pouvait bien croire tout ce qu'elle voulait, peu lui importait. L'important, en cet instant précis, était tout autre : Mariotte devait absolument rencontrer Narcisse. Et c'était pour cette raison précise qu'Elise s'était permise d'emporter la jeune femme avec elle jusqu'au dragon. Cela lui ferait du bien, elle le savait. Narcisse avait besoin de rencontrer d'autres personnes comme lui. Il avait besoin de s'identifier à d'autres que lui et de se sentir appartenir à une famille. C'était l'impression que lui donnait la musique du jeune homme à chaque fois qu'elle l'entendait, tout du moins. Alors, pour rassurer le dragon, Elise présenta Mariotte comme son amie, aussi spontanément que possible.
Pour elle, le terme d'amie n'était pas aussi... connoté que pour le reste du monde. Elise avait de nombreux amis dont elle n'avait pas grand chose à faire, au final. Elle aimait les voir, leur parler, les aider, mais ne s'attachait jamais vraiment à eux ou à leur sort, consciente que  viendrait un temps où la mort les lui prendrait. Il n'y avait, à bien y réfléchir, qu'une seule et unique personne qui soit véritablement importante pour Elise, à l'heure actuelle. Et pour la première fois de sa nouvelle vie, pour la première fois depuis qu'elle avait abandonné l'époque des mythes et légendes d'où elle était issue, la personne à laquelle elle faisait référence n'était pas musicienne. Un sourire amusé, qu'elle serait seule à comprendre, se glissa de nouveau sur ses lèvres. Celui à qui elle pensait n'était autre qu'Ashton et la muse se fit la réflexion qu'elle avait envie de le voir, là, maintenant. Heureusement, sans doute, elle savait aussi se montrer responsable et ne se mit pas en quête de son ami ce soir-là. Non, ce soir, elle serait le témoin privilégié du bonheur de Narcisse. Du moins l'escomptait-elle.

« Lorsque tu montes sur scène, des ailes te poussent et ton âme s'emballe, Narcisse. Tu envoûtes et tu subjugues chacune des personnes de cette salle, et il arrive que moi-même, je ne parvienne pas à détourner le regard de tes figures. Alors oui, c'était superbe, comme toujours. »

Son sourire se fit infiniment sincère alors qu'elle répondait à son ami. Elle ne s'arrêta cependant pas longtemps sur lui, tournant bientôt son regard azuré sur son autre vis-à-vis, qui venait justement d'établir le lien entre eux. Cette fois-ci, la muse se dédia au silence. Elle se sentait peut-être inopportune, dans cette rencontre entre deux êtres si semblables, et se demandait même si elle ne devait pas s'effacer pour mieux les laisser se découvrir. Elle décida que cela attendrait, qu'elle attendrait de sentir Narcisse plus sûr de lui, moins hésitant, plus heureux. Alors, à cet instant, Elise s'éclipserait et irait rejoindre un autre artiste au moment de son entrée sur scène afin de l'inspirer autant qu'elle le pourrait.

« Oui, nous ne nous connaissons que très peu, mais tu verras, Narcisse, Mariotte est très gentille. »

Il ne fallait pas que le dragon panique, se sente autrement qu'en confiance. Elise le savait, connaissait un minimum le jeune homme pour savoir qu'il stressait facilement, et cherchait -peut-être inconsciemment- à le rassurer. Son sourire ne quitta pas ses lèvres, s'adoucissant progressivement, alors qu'elle se souvenait de l'homme qu'elle avait connu un jour, voilà très, très, très longtemps. À bien des égards, les deux Narcisse s'opposaient frontalement. L'un était perdu dans une profonde hésitation lorsque l'autre affirmait son assurance à la face du monde. L'un était plus beau qu'Apollon alors que l'autre, victime de dieu sait quoi, était devenu plus commun, moins merveilleux que le premier d'entre eux. L'un, enfin, possédait une musique à la mélancolie certaine lorsque l'âme de l'autre chantait au monde son amour de lui-même. Narcisse était devenu un autre que lui et Euterpe savait qu'il ne se souviendrait jamais malgré tous ses efforts. Peut-être qu'au fond, la muse connaissait déjà la vérité. Peut-être se doutait-elle déjà qu'il ne s'agissait pas du même homme que celui qu'elle avait pu côtoyer aux confins du temps. Peut-être qu'au final, Elise ne faisait que se voiler la face pour ne pas se retrouver de nouveau seule au monde...


« Un jour, tu m'emmèneras voler, Narcisse ? »

La question était tombée sans qu'elle-même ne s'y attende, sans qu'elle ne la prévoit le moins du monde, enfant d'une spontanéité qui, venait de lui jouer un terrible tour. Soupir. Puis sourire. Elise avait laissé naître ces mots sous l'impulsion du refus de sa propre mélancolie. Elle ne voulait pas être seule. Plus jamais. Et par refus de cet état, elle avait parlé sans même le vouloir. Son sourire était désolé, et cette vision d'Elise était si rare qu'elle se surprit elle-même de l'offrir aux deux autres.

« Oups, pardon ! Je rêvais à voix-haute ! C'était idiot. Et puis... c'est complètement impossible. Nous sommes en plein Paris, il y a des yeux partout, même la nuit... »

Et elle continua ainsi pendant un temps, sans même être certaine qu'on l'écoutait toujours. Une fois qu'elle décida qu'elle s'était suffisamment justifiée, Elise rattrapa la conversation sans plus s'y mêler. Au lieu de ça, elle observa les visages, les expressions, jusqu'à se lasser. Lorsque ce fut le cas, la muse se concentra sur la scène, qu'elle apercevait difficilement, et écouta. Des cris d'extase lui parvinrent rapidement de la salle et, à l'écoute des notes qu'elle percevait, il s'agissait du magicien du Lost. Celui-ci devait encore proposer des tours inédits et une part de la jeune femme regretta de ne pouvoir y assister. Elle aimait la magie, même si ce n'était que poudre aux yeux, pour le bonheur qu'elle offrait par sa simple existence. Alors, pour bénéficier de cette joie dont elle semblait amoureuse, Elise passait des heures à inspirer le magicien qui, depuis son arrivée, révolutionnait le concept même de magie. Il courait même le bruit parmi les spectateurs qu'il possédait réellement des pouvoirs. Quelle ironie de savoir qu'il était loin de bénéficier de tant de pouvoirs magiques... ! Au lieu de ça, il se contentait de trouver toujours plus d'astuces pour magnifier ses illusions et continuait à subjuguer Elise chaque jour qu'elle passait à ses côtés. Alors que les deux autres continuaient à parler, Euterpe se demanda si, puisque tout allait bien, elle ne pouvait pas s'éclipser pour mieux voir le spectacle. Inconsciemment, elle se mit à marcher vers la scène, sans plus se soucier des deux autres. Si personne ne la rattrapait, il était désormais certain qu'elle partirait. Car Elise n'était jamais que la caresse d'une brise d'été qui, face au spectacle de la vie filait sans se retourner.
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Narcisse Williams
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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Mar 6 Oct - 22:56

« Lorsque tu montes sur scène, des ailes te poussent et ton âme s'emballe, Narcisse. Tu envoûtes et tu subjugues chacune des personnes de cette salle, et il arrive que moi-même, je ne parvienne pas à détourner le regard de tes figures. Alors oui, c'était superbe, comme toujours. »

Narcisse laissa des rougeurs conquérir son visage. Il ne chercha pas à les atténuer ou à les dissimuler : c'était une peine qu'il s'épargnait depuis un moment maintenant, constatant à quel point elle était peu fructueuse. Une fois de plus, encouragé sans doute par la présence de Mariotte, il se força donc à endosser ses émotions et à les libérer à la face du monde. C'était un exercice difficile qui l'embarrassait grandement, mais il devait croire que c'était mieux ainsi. Toutefois, regarder la muse dans les yeux était encore trop compliqué à son goût. Il baissa ces derniers sur les lattes de parquet, les observant timidement.

« Merci, Élise. Je suis... content, que ça te plaise à ce point. »

C'est alors que Mariotte répondit. Répondit de ces quelques mots qui brûlèrent sa poitrine, martelèrent son cœur.

« Honorée de même, cher cousin. »

Cousin. Il ne s'était pas trompé. Il ne s'était pas fourvoyé. Elle était aussi... Elle était comme lui. Ils étaient cousins, ils étaient reptiles, ils étaient semblables. La chaleur qui s'étendait dans ses entrailles était si intense qu'il eut pu jurer que le soleil résidait désormais en son sein. Quelque chose en lui se brisa comme pour mieux se reconstruire. Il se sentit pousser des ailes. Si longtemps. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas vu l'un des siens. Un large sourire s'épanouit sur son visage, un sourire splendide et brillant auquel peu de personnes pouvaient se vanter d'avoir assisté. Il était ravi, tout bonnement ravi.

« J-je... Vous êtes... »

Il en perdait ses mots, une fois de plus. Un éclat de rire embarrassé franchit ses lèvres et il passa une main distraite dans sa chevelure argentée, détournant son regard sur le sol comme pour se calmer. Il devait se maîtriser un peu. Sauter sur Mariotte ne servirait à rien d'autre qu'à la faire fuir, et il ne souhaitait pas cela. Jamais. Les joues légèrement rougies, il se redressa.

« Je suis heureux de vous voir. »

C'était plus, tellement plus que cela. Il ne pouvait pas traduire ce qu'il ressentait avec des mots, eux qui le trahissaient perpétuellement, à la moindre émotion vive, au moindre choc. C'était bien trop intense. Mariotte était là, comme une promesse d'avenir. Il n'était pas seul, du moins ne l'était-il plus. C'était un sentiment merveilleux.

« Nous nous sommes rencontrées plus tôt dans la soirée et mademoiselle a eu la gentillesse de bien vouloir me parler un peu de Paris et des spectacles du cabaret. »
« Oui, nous ne nous connaissons que très peu, mais tu verras, Narcisse, Mariotte est très gentille.»

À vrai dire, il s'en fichait un peu. Bonne, mauvaise, pour le moment ce n'était pas important. Elle était une cousine, comme un membre d'une famille, lointaine et pourtant si proche de lui qu'il en suffoquait presque. Ce qui le surprit en revanche, fut le peu d'expérience qu'avait en réalité Élise avec son « amie ». Cependant, pouvait-il vraiment se permettre de trahir un quelconque étonnement ? La muse était ainsi faite, le serait sans doute toujours.

« Je... D'accord. Vous n'auriez pas pu trouver meilleure... guide, pour visiter Paris. »

Il ne flattait point la muse, tentait seulement d'entretenir la conversation dans un élan désespéré pour la conserver. Sans l'une, il aurait trop peur de parler à l'autre, sans l'autre il perdait tout espoir de se lier avec un semblable. Il ne pouvait s'autoriser une quelconque faiblesse. On le sentait maladroit, fébrile, à la manière d'un poulain apprenant tout juste à marcher, mais il luttait fermement pour rester debout.

« Un jour, tu m'emmèneras voler, Narcisse ? »

Un choc. Il cligna des yeux, releva la tête.

« P-Pardon ? »

Il ne comprenait pas bien, ne... saisissait pas le sens de ce que voulait lui déclarer sa compagne. Voler ? Lui ? C'était...

« Oups, pardon ! Je rêvais à voix-haute ! C'était idiot. Et puis... c'est complètement impossible. Nous sommes en plein Paris, il y a des yeux partout, même la nuit... »

Il y avait une mélancolie déplaisante dans la voix de la muse. C'était perturbant, de la sentir la, presque palpable, cette sensation si nostalgique qui n'avait rien à faire auprès de cette personnalité si excentrique et joyeuse qu'était la jeune femme. Narcisse adressa un regard à Mariotte, et s'interrogea. Pouvait-il être fier de ce qu'il était, maintenant ? Pouvait-il s'affirmer en tant que dragon lorsqu'il n'en méritait rien ? Il était si... si loin de ce qu'il eut dû être. Pourtant Élise semblait désirer voir cela, constater par elle-même les élans de la créature mythique dont il représentait l'espèce. Peut-être que...

« Pour... Pour le moment c'est impossible mais si, un jour, l'occasion se présente... »

Et si je suis prêt. Si ce jour là j'ai dépassé mes peurs et mes faiblesses...

« Alors je pense que ça ira. »

Peut-être. Il voulait faire des projets. Il voulait regarder vers l'avant. Il était incertain, terrorisé par ses propres paroles, presque tremblant à la seule idée de se transformer et de prendre le risque d'être observé mais... Si c'était Élise, tout irait bien, pas vrai ? Il devait y croire.

Mais déjà la muse s'éloignait.
Narcisse était déconcerté. Perdu. Trop timoré encore pour prendre une décision basée sur l'instinct lorsqu'on lui demandait de la réflexion. Il ne savait pas faire ce genre de choses. Il ne savait pas dialoguer, agir. Élise s'était-elle lassé de lui ? Était-elle blessée, vexée ? Avait-il fait quelque chose de mal ? Un air soucieux dévora soudain le visage du jeune homme qui, inconsciemment, chercha un point d'ancrage en Mariotte. Elle semblait forte, elle. Elle semblait responsable.

« Nous devrions la rattraper. »
, déclara-t-il.

Question ou réponse, lui-même ne savait trop.

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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Ven 9 Oct - 12:38

Le dragon – puisque dragon il était – semblait ne pas pouvoir réprimer son émotion en apprenant ce qu'elle était. De la joie, de l'espoir, de la peur aussi un peu, tout ça se mélangeait sur son visage et dans son rire, et elle sentit un pincement au cœur à l'idée du pourquoi. Elle n'ignorait évidemment pas que nombre des siens avaient été décimés par les humains, et il semblait que Narcisse, s'il avait survécu à l'hécatombe, connaissait lui aussi beaucoup trop bien leur histoire. Pour que la simple présence d'un des siens puisse le mettre dans cet état de joie euphorique… Quoiqu'il était, visiblement, beaucoup plus émotif qu'elle-même. Un élan de protection maternelle s'empara un instant d'elle, mais elle le réprima le plus vite possible. C'était un dragon, et il n'avait pas plus besoin qu'elle de sa protection.

- Tu peux me tutoyer – je le permets à ceux de ma famille.

Et sûrement ne saurait-elle pas l'interdire à Elise non plus, mais celle-ci ne s'y était pas encore essayée, et elle ne pourrait pas lui reprocher quelque chose qu'elle se permettait elle-même, certes à cause de cette impression marquée d'être face à plus jeune qu'elle, mais après tout, la durée de vie des légendaires était si différente d'une race à l'autre qu'il était malaisé, au bout d'un certain temps, de savoir qui devait ses respects à qui.

Mariotte se sentait un peu perdue ; elle avait l'impression d'être une adulte tirée dans le jeu d'enfants, d'enfants qui suivaient leurs propres règles qui leur semblaient si évidentes mais qu'elle n'arrivait pas à saisir. Ils semblaient tous les deux si excités, et c'était comme si Elise tentait de rassurer son ami, comme si Narcisse tentait de ne pas l'effrayer elle, et cet équilibre ne lui semblait avoir aucun sens : pourquoi Narcisse aurait-il besoin d'être rassuré, et pourquoi serait-elle effrayée ? « Mariotte est très gentille ». Décidément, la journée – ou Elise ? - était pleine de surprise. C'était bien la première fois qu'elle entendait cette phrase-là, et pourtant elle en avait vu passer des années… Comment une personne avec de si mauvaises intuitions pouvait-elle se considérer et être considérée comme une bonne guide ? Cela faisait deux fois qu'elle recevait le conseil implicite de faire confiance à Elise pour l'aider dans sa… quête personnelle.

Et Elise, toute à sa rêvasserie, partait déjà.

« Nous devrions la rattraper. »

Mariotte le regarda sévèrement.

- Nous ne devons rien du tout. Nous voulons, et nous faisons. Et si tu veux la rattraper, qu'attends-tu donc pour le faire ? Tu n'as pas besoin d'autorisation.

Il semblait tellement… hésitant. Comme s'il n'avait pas l'impression d'avoir le droit d'être là. Le droit d'exister même. Comme s'il s'était terré en lui-même. Elle fronça encore les sourcils.

- Tu es un dragon. Tiens-toi donc droit et montre à tous ce que cela veut dire. Rien n'est impossible, et personne ne peut t'interdire ou t'obliger à voler.

Il y avait en Mariotte une fierté féroce que tous pouvaient sentir. Une fierté draconienne, une fierté raciale. Elle était vouivre. Et dans sa tête, elle ne se disait pas : « on ne s'attaque pas à Mariotte Lanvers », mais elle pensait : « on ne s'attaque pas à une vouivre. » Elle était forte parce qu'elle était Vouivre. Elle était implacable parce qu'elle était Vouivre. Elle était dangereuse parce qu'elle était Vouivre. Et elle ne ferait jamais honte aux siens. Le menton haut, la tête droite, les épaules en arrière, elle partit sans plus tarder en direction de l'étoile filante, puisque c'était ce qu'Elise devenait, une étoile guide dans Paris, filant pour le moment entre les clients. Elle ne douta pas un instant que Narcisse la suivrait, parce que Mariotte, de toute façon, ne doutait pas de grand-chose. Arrivant auprès d'Elise, elle l'aborda avec sa mauvaise humeur incessante et ses reproches habituels.

- Et où crois-tu donc aller comme ça, Elise ? Tes parents ne t'ont donc appris aucune des plus évidentes politesses ?

Toujours cet air sévère – mais sous cet air sévère et inatteignable, il n'y avait pourtant pas de haine, ni quoique ce soit de négatif pour Elise ou pour Narcisse. Juste de la rigidité, de l'incompréhension face à leurs débordements peut-être, une envie de.. protection, encore, qu'elle refusait obstinément de reconnaître.

- Ne t'ont-ils pas dit qu'avant de quitter une personne – et qu'elle soit cliente ou amie, les règles de bienséance restent les mêmes – il te faut leur dire au revoir ?

L'art la consumait, avait-elle dit, et elle y était maintenant attirée comme un papillon, délaissant ses interlocuteurs précédents.

- Ton ami a encore des choses à te dire, et moi aussi, en l’occurrence – tu disais être la personne qu'il me faut. Accepterais-tu donc de me servir de guide pour visiter le Musée d'Histoire Naturelle, dans le courant de la semaine prochaine ?

Voilà qui lui laisserait le temps de réfléchir, d'en apprendre plus sur elle, de mettre un plan en place pour récupérer l'escarboucle – et si elle décidait, au final, de se passer d'Elise, elle visiterait au moins l'un des seuls lieux qui attisait sa curiosité à Paris.
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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Jeu 15 Oct - 23:59

« Un jour, tu m'emmèneras voler, Narcisse ? »

C'était une phrase née de la folie, de la mélancolie, d'un cœur en partance pour les voies d'un enfer personnel et qui, pourtant, avait trouvé réponse. Narcisse lui avait répondu presque tendrement, avec cette hésitation qui semblait vouloir le caractériser, comme s'il s'interdisait de déployer ses ailes. Le sourire désolé qui s'inscrivit sur ses lèvres à la suite de cette question idiote ne suffit pas à réprimer les élans de l'ange aux cheveux d'argent lui faisant face. Celui-ci, doucement, de cette même manière qu'il avait toujours de parler, lui offrit quelques mots supplémentaires qui lui firent l'effet d'une promesse. Si Elise ne l'avoua pas vraiment, cela la toucha en plein cœur et parvint à transformer son sourire, qui s'imprégna d'une joie plus réservée, plus timide aussi. Pouvait-elle seulement s'appuyer sur ces phrases lancées au hasard d'une destinée qui finirait par tout lui prendre ? Le dragon parviendrait-il à conserver ses ailes assez longtemps pour qu'elle puisse simplement les frôler... ? Quelqu'un se risquerait-il à les lui arracher avant qu'elle n'en ait eu l'occasion, par la mort ou la douleur ? Cette pensée la tracassait, et Elise ressentit soudainement le besoin de se distraire, de fuir ce monde dans lequel elle ne s'ancrait pas, jamais, et duquel elle serait, de toute façon, éjectée tôt ou tard. Un murmure. Un murmure pour simple réponse avant que quelqu'un d'autre ne la vole à ses vis-à-vis et qu'elle esquisse le mouvement de disparaître.

« J'ai hâte... »

Et déjà, la voici qui s'enfuyait. Il y avait, face à elle, la magie, cette essence merveilleuse qui caressait son monde et qui lui tendait délicatement les bras. Les cris de la salle, les mouvements qu'elle percevait sur une scène presque invisible, l'enthousiasme palpable des spectateurs, tout, absolument tout la guidait vers le magicien, cet ami qui révolutionnait chacun de ses tours au nom d'un art qu'elle aimait terriblement. Un sourire rêveur vint bientôt s'ancrer sur les lèvres volatiles, et c'est un pas, puis un second, qui la guida vers celui qui chasserait la mélancolie qui lui collait à la peau.

« Et où crois-tu donc aller comme ça, Elise ? Tes parents ne t'ont donc appris aucune des plus évidentes politesses ? »

La concernée papillonna des yeux, surprise par la présence de Mariotte et de Narcisse. Perdue dans son monde, dans la contemplation d'une mélodie qu'elle avait soudainement désiré rejoindre de toute son âme, Elise ne les avait pas même entendus approcher, ou tout du moins n'y avait-elle prêté aucune attention. La mimique qui animait son visage perdura plus longtemps. Comme elle ne lui offrit aucune réponse, la vouivre reprit la parole.

« Ne t'ont-ils pas dit qu'avant de quitter une personne – et qu'elle soit cliente ou amie, les règles de bienséance restent les mêmes – il te faut leur dire au revoir ? »

Cette fois, les mots firent mouche. Ses traits cédèrent à la joie, et c'est d'un ton enjoué qu'elle lui répondit.

« Oh, pardon ! Mon père... n'était pas vraiment du genre à m'enseigner de telles choses... Et ma mère non plus. »

Le souvenir de ses plus ou moins proches était plaisant, et l'évoquer plaisait d'ailleurs énormément à la muse. Et si, désormais ils n'étaient plus, il y avait cette lointaine époque où elle vivait parmi les siens et où son bonheur était absolu. À bien y réfléchir, Elise ne comprenait toujours pas comment cette période si faste avait pu se terminer. En fait, elle ne savait pas même ce qu'ils étaient devenus, s'ils étaient encore en vie -certainement car ils étaient des dieux- et si tel était le cas, pourquoi ils ne l'avaient pas informée de leur départ, pourquoi elle et elle-seule avait été laissée là, dans un monde qui ne lui ressemblait pas réellement, qui possédait ce qu'elle n'aurait jamais, une fin. Cette finalité, Elise avait appris à composer avec, plus ou moins efficacement, avait enchaîné les vies, les noms, les artistes, les mélodies, et avait finalement appris à aimer cette existence jusqu'à ce terrible trio qui avait tout changé. Depuis ces trois-là, le souvenir d'une immortelle famille et de ceux qu'elle aurait souhaité de même la hantait. Mais cette hantise n'avait pas pour sœur la terreur. Elle était fille de la mélancolie et de la joie, curieux mélange s'il en était un, permettant à la jeune femme d'apprécier les souvenirs à leur juste valeur et de chercher à en créer toujours plus. Et en cet instant, les souvenirs naîtraient de Mariotte et de Narcisse. C'était vrai. Elle avait cherché à les fuir afin de ne pas se confronter à une réalité qui lui semblait malheureuse, mais en les quittant, c'était la possibilité de voir du positif s'ancrer à jamais dans sa mémoire qui s'estompait aussi.

« Ton ami a encore des choses à te dire, et moi aussi, en l’occurrence – tu disais être la personne qu'il me faut. Accepterais-tu donc de me servir de guide pour visiter le Musée d'Histoire Naturelle, dans le courant de la semaine prochaine ? »

La vouivre semblait d'accord avec elle, d'ailleurs, comme elle l'en informa immédiatement. Elise hocha la tête, offrit son corps tout entier à la joie, et c'est avec un sourire qu'elle répondit à la jeune femme qui lui faisait désormais face.

« N'importe quel jour, n'importe quelle heure. Ce sera avec grand plaisir. J'essaierai de vous parler du mieux que je peux de toutes les merveilles que recèle ce lieu ! Vous verrez, c'est vraiment un endroit... magique. Je crois qu'il n'y a pas d'autre mot pour le définir. C'est un véritable puits de culture et-... »

Soudain, les premiers mots de Mariotte s'imprimèrent dans son esprit. Narcisse. Elle avait failli s'égarer dans les affres de l'histoire et en oublier son angelot fait d'argent et d'améthyste. Dans un réflexe empli d'une tendre douceur, elle s'empara de l'une des mains du dragon et noua leurs doigts.

« Tu avais quelque chose à me dire, Narcisse... ? »

Son sourire, pareil à ses gestes, se glissa de nouveau sur ses lèvres rosées, tandis qu'elle ajoutait.

« Je voulais te remercier pour tout à l'heure. Ça m'a vraiment touchée que tu acceptes. Et puis si cela doit se faire dans un siècle, c'est pas grave ! On a tout le temps du monde, et peut-être même plus encore... »

Plus encore, seulement et seulement si Narcisse était bien celui qu'elle avait connu dans ce qui lui semblait être une toute autre vie. Ce dont elle doutait de plus en plus, ironiquement parce qu'elle préférait celui-ci à cet homme plein d'orgueil qu'elle avait côtoyé quelques fois lorsque son existence était encore rythmée par la présence de ses sœurs et de ses proches. Le petit dragon déclenchait chez elle des instincts maternels semblables à ceux qu'elle avait pu offrir à Amadeus en son temps et c'est systématiquement qu'elle avait envie de le serrer contre son cœur. Toutefois,  l'idée que cette existence au gré des mythes ne soit désormais plus rien d'autre qu'un souvenir la contrariait un peu, et c'est pourquoi les mots qui suivirent s'affranchirent de l'étreinte de ses lèvres.

« Il faudra qu'on le fasse dans un champ de narcisses. »

Lorsque la muse murmura ces mots, son cœur s'apaisa enfin et s'ouvrit définitivement à l'instant présent. Elle était désormais prête à profiter de ses deux amis pour la soirée à venir. Et pour les années qui suivraient, si le coeur leur en disait.
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Narcisse Williams
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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Sam 17 Oct - 13:15

« Tu peux me tutoyer – je le permets à ceux de ma famille. »

Un tremblement dans la pâle stature. Le choc dans le regard améthyste. La bouche entre-ouverte, comme désirant parler sans trouver les mots, sans trouver la voix, le courage de répondre, de vivre peut-être. Famille.

Famille.

Pouvait-il y croire ? Pouvait-il vraiment ?

Il le faisait déjà. Mariotte avait par une simple phrase brisé des années de tabous, de souffrance, de non-dits, de souvenirs. Ses entrailles étaient en ruines. Pour la première fois, il s'agissait là de quelque chose de positif. Il se détruisait pour mieux construire. Sur un champ de bataille naissait la plus belle des roses. L'espoir qui émergeait depuis un an maintenant avait éclos et ses pétales maculaient désormais un sol auparavant recouvert de sang.

Narcisse ne savait trop s'il devait pleurer ou rire, s'effondrer ou hurler. Il se sentait soudain prêt à tout. Ses mains tremblaient à ses côtés, et toujours cet air choqué sur son visage. Ses entrailles remuaient faiblement en son sein. Une chaleur doucereuse le brûlait de l'intérieur.

« Je... »

Il se sentait comme revigoré, soudain, plein d'une force immuable et irréversible que plus jamais on ne lui arracherait. Il n'était plus seul. Il. N'était. Plus. Seul. C'était aussi simple que ça. Quatre mots comme une promesse d'avenir. Son regard humide rencontra celui de Mariotte et un sourire plus éclatant encore que tous les autres illumina un visage trop longtemps gardé dans l'ombre.

« D'accord. Merci. »

Il ne pouvait trop dire plus sans fondre en larmes. Fort heureusement pour lui, ces quelques paroles devaient suffire à transmettre ses sentiments bouillonnants. Il l'espérait, du moins. Si ce n'était pas le cas, ses yeux le feraient à leur place. Il était acrobate : son corps s'exprimait lorsque sa voix ne le pouvait. Cette situation ravivait en lui une flamme nouvelle, un fulgurant regain de vie qui lui donnait l'impression de voler. La promesse qu'il avait faite à Élise prenait soudain tout son sens.

Élise.
Élise qui était partie, loin d'eux, brusquement et sans explication, comme par sursaut, et dont il ne restait tout juste qu'un souvenir. Narcisse papillonna des paupières dans l'espoir d'éclaircir sa vision et de rassembler ses pensées. Agir. C'était ce qu'on demandait d'un homme en pareille situation, c'était ce qu'un dragon se devait de faire. Prendre le taureau par les cornes et le chevaucher avec panache et détermination. Il n'en était pas capable. Sa gorge se serra et ce fut l'incertitude qui gouverna ses mots lorsqu'il prit la parole.

« Nous ne devons rien du tout. Nous voulons, et nous faisons. Et si tu veux la rattraper, qu'attends-tu donc pour le faire ? Tu n'as pas besoin d'autorisation. »

Vouloir. Exprimer ses désirs et les appliquer sur un monde qui n'avait jamais cédé à quiconque ne le méritait pas par la sueur et l'ardeur. Le pouvait-il ? « Tu n'as pas besoin d'autorisation », avait-elle dit. Avait-il le droit d'y croire ? Pas besoin d'autorisation. Il eut un regard pour ses mains. Pouvait-il refaire sa réalité ? Il s'était si longtemps enfermé dans la passivité que cet argument lui paraissait lointain, presque inatteignable.

« Vo- Tu... »
« Tu es un dragon. Tiens-toi donc droit et montre à tous ce que cela veut dire. Rien n'est impossible, et personne ne peut t'interdire ou t'obliger à voler. »

Un sursaut. Mariotte était sèche. Ses mots frappaient comme autant de coups. Ils le forçaient à s'extirper de sa torpeur. Dragon. Il pouvait voler. Le regard qu'il adressa à la jeune femme était dominé par l'incertitude et la couronnait dans le désarroi le plus total. Un jour, il déploierait ses ailes. Pour le moment il avait besoin d'un guide. Alors, quand la silhouette austère de sa cousine s'avança au devant de lui, il suivit. Un petit effort pour se redresser, regarder un peu mieux autour de lui peut-être, suivre les ordres – les conseils ? – de son interlocutrice. Ses pas demeurèrent souples, avec ce quelque chose de félin qui l'accompagnait toujours.

Élise était devant la scène, prise dans cette transe reconnaissable qui la saisissait toujours lorsqu'elle s'identifiait aux artistes. Narcisse avait toujours aimé les reflets émerveillés dans les yeux de la muse dans ces moments. C'était comme si tout un monde s'ouvrait alors dans son regard, comme si milles couleurs s'arrachaient aux costumes pour venir s'animer dans son esprit. L'acrobate trouvait ce spectacle fascinant et jamais, jamais n'aurait-il osé le perturber. Ce n'était pas le cas de Mariotte.

« Et où crois-tu donc aller comme ça, Élise ? Tes parents ne t'ont donc appris aucune des plus évidentes politesses ? »

L'acrobate resta bouche bée. Il était si éloigné de tout ce qui concernait ces deux jeunes femmes. Elles, si fortes, et lui... Il se pinça la lèvre, espérant se sortir de sa torpeur mélancolique. C'en était fini de lui s'il se laissait perpétuellement aller à ses songes pleins de reproches envers lui-même. Désormais il se voulait acteur de sa propre vie, il le savait. C'était une décision qu'il avait prise sans la respecter depuis trop longtemps. Jouant avec ses longs doigts, il releva donc la tête, espérant ainsi suivre la conversation qui animait ses compagnes.

« Ton ami a encore des choses à te dire. »

Il écarquilla les yeux, sa mine soudainement paniquée tandis qu'on le plaçait dans une position qu'il n'avait guère demandée. Un mouvement de recul instinctif. Il ne savait pas quoi répondre. Avait-il quelque chose à dire ? Non.

Heureusement, sa cousine poursuivit sa phrase sans peine aucune, focalisant l'attention de leur divine interlocutrice sur autre chose que lui-même. Paris était une bonne diversion, en avait toujours été une. Pendant que la muse répondait, l'esprit de Narcisse fourmillait. Trouver quelque chose à dire, vite, maintenant. Car si Elise donnait l'impression de se perdre dans les flots joyeux de sa pensée vivace, l'acrobate était persuadé qu'elle n'oublierait pas les dires de Mariotte. De toute façon, elle n'oubliait jamais rien. Et cela ne manqua pas. Comme à son habitude, la demoiselle oublia toutes les règles de bienséance pour nouer leurs doigts, ne se préoccupant nullement de savoir si oui ou non cela l'arrangeait.

« Tu avais quelque chose à me dire, Narcisse... ? »

Non. Le dragon s'empourpra, légèrement crispé. La fine ligne de ses lèvres se pinça dans une grimace incroyablement gênée tandis qu'inconsciemment il se rapprochait de sa congénère. C'était tout bonnement ridicule, pathétique même, à quel point sa simple présence avait sur lui l'effet d'une ancre d'acier. Le regard améthyste, affolé, fit des allers-retours incertains entre les deux jeunes femmes.

« C'est que... »

Profonde respiration. Il fallait qu'il se lance.

« J'avais envie de continuer de discuter avec vous. »

Les rougeurs sur ses joues se foncèrent plus encore et il détourna promptement ses yeux, trouvant un soudain attrait dans les rideaux au fond de la salle. Son embarras était double : d'un côté ses paroles étaient terriblement mielleuses, de l'autre le simple fait d'être gêné par elles était tout bonnement ridicule. Narcisse avait envie de se frapper. C'était fou ce qu'il pouvait être un imbécile, parfois ! Il avait parfaitement le droit de s'exprimer, il n'y avait pas de honte à avoir. Mariotte le lui avait annoncé, après tout. C'était normal. Elles ne lui tiendraient pas rigueur de son inaptitude à s'exprimer correctement, du moins l'espérait-il. Sa plus grande inquiétude, pour le moment, était de déplaire à sa cousine, de lui renvoyer une mauvaise image de ce qu'il était – ou peut-être simplement de lui dévoiler précisément ce qu'il était. Et si...

« Je voulais te remercier pour tout à l'heure. Ça m'a vraiment touchée que tu acceptes. Et puis si cela doit se faire dans un siècle, c'est pas grave ! On a tout le temps du monde, et peut-être même plus encore... »

Un sursaut. Narcisse était parti ailleurs quelques instants, ne percevant de la réalité que le tissus souple des rideaux qu'il avait été en train de fixer. Au lieu de cela, désormais, c'était un regard bleu hypnotique qui le happait. Si l'Embarras avait une apparence, sans aucun doute était-ce la sienne. N'ayant aucune confiance en sa voix, qui s'évertuait à le trahir, il hocha la tête. C'était mieux ainsi. Élise était redevenue elle-même, loin de son étrange mélancolie de quelques minutes auparavant, et Mariotte était là, et il était ridicule. Ce paysage lui était bien plus familier.

« Il faudra qu'on le fasse dans un champ de narcisses. »

Cette fois-ci, ce fut un haussement de sourcil qui saisit son visage. Pourquoi la muse avait-elle à ce point une obsession pour le mythe qui entourait son prénom ? Il n'en fallait tout de même pas tant pour comprendre qu'il n'était pas celui dont elle gardait un souvenir ! Il n'y comprenait rien. De toute manière il n'y avait rien à comprendre.

« Euh... Oui ? »

Un échange de regard avec Mariotte, puis il se détourna de nouveau. Mauvaise idée. Constatant les trois silhouettes devant la scène, certains clients avaient entrepris de les fixer, chose que le dragon supportait difficilement. Un sourire parfaitement crispé illumina son visage tandis qu'il se tournait de nouveau vers ses interlocutrices.

« Est-ce qu'on pourrait... juste... changer d'endroit ? »

Se donner en spectacle, il aimait le faire sur scène, mais pas dans sa vie courante.

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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Mar 24 Nov - 13:48

Mariotte Lanvers aurait été curieuse de rencontrer les parents de la jeune effrontée. Quel genre de personnes étaient-ils, pour ne pas lui apprendre la politesse la plus élémentaire ? Des artistes, apparemment, si elle en croyait ce qu'Elise avait laissé entendre sur la façon dont l'art consumait son âme. Des artistes sans respect des convenances, qui s'amusaient, au contraire, à les détruire. Elle avait entendu parler de ce mouvement « d'actes poétiques », comme ils les appelaient, des actes absurdes dont le but était de créer une brèche dans la réalité. Faire comprendre que nous vivions selon des convenances décidées par avance, et les briser pour montrer à quel point elles étaient absurdes, à travers, justement, des actes absurdes.

Non, Elise ne semblait pas de cette veine-là – il suffisait de regarder la façon dont elle gobait des yeux le spectacle du magicien pour comprendre que l'art qu'elle admirait était beaucoup plus classique. Elle aimait les spectacles, la beauté des mouvements et des idées, dans toute leur splendeur et dans une cohérence interne, la cohérence interne d'une musique, d'un tour, d'une danse. Mais ce respect de la beauté n'était pas couplé d'un respect de l'autre, au sens élémentaire. Voilà qui était bien dommage, mais après tout, elle n'était pas non plus une de ces rebelles insultantes qui bousculaient et détruisaient le monde pour le plaisir… Ses intentions étaient bonnes. Elle pouvait certainement lui pardonner ses petites excentricités, surtout qu'elle semblait extrêmement cultivée. Un bon point dans l'esprit de Mariotte, et ce serait d'autant plus agréable de visiter le musée avec elle. La vouivre s'intéressait beaucoup à l'histoire et aux sciences, mais trouvait rarement ses interlocuteurs assez… critiques.

- Depuis quand es-tu orpheline, Elise, si je puis me permettre la question ?

Mais déjà le papillon était passé à autre chose pour s'adresser à Narcisse, et Mariotte se contenta d'écouter attentivement. Le jeune homme dégageait tant d'émotions – déjà tout à l'heure, lorsqu'elle lui avait permis de le tutoyer, elle avait eu l'impression d'allumer une torche dans une grotte obscure où personne n'était venu le voir depuis des siècles. Chaque mot, chaque geste, faisait défiler sur son visage une myriade d'expressions, de la gêne, de la peur, de l'embarras, de la timidité, de l'espoir, de la déception anticipée, de la résignation, une décision soudaine, une envie d'affirmation, une fuite, de la peur encore, … Elle avait peine à suivre. Hyper-sensible, c'était comme s'il vivait sur plusieurs plans à la fois, et qu'en plus d'être là à discuter tranquillement avec deux personnes dans une salle de spectacles, il revivait mentalement les horreurs qui l'empêchaient d'être à l'aise et en confiance. Avait-on essayé de le tuer, lui aussi ? Qu'avait-il subi de si traumatisant, pour avoir oublié que les Dragons étaient les plus fortes de toutes les créatures ?

Pour, encore, demander l'autorisation ?

Ne pouvait-il donc pas se lever, et les mener ailleurs ? N'avait-il pas écouté ses conseils ?

Mariotte sentit Elise, prête, déjà, à bondir vers d'autres cieux, portée par l'impulsion de son enthousiasme sans limites. La vouivre posa sa main sur son épaule, comme pour l'arrêter. Elle hésitait – oui, elle hésitait. Une partie d'elle souhaitait prendre les devants, mener le jeune homme d'une main douce jusqu'à un endroit où il se sentirait à l'aise. Une partie d'elle était déchirée de voir un être de sa race aussi peureux, et voulait le protéger à tout prix de ce qui avait causé en lui cette peur interminable. Mais une autre partie d'elle sentait qu'elle ne lui serait d'aucune utilité si elle faisait les choses à sa place, si elle faisait ce qu'elle était si douée à faire déjà, et que lui restait dans son sillon.

Comme les oisillons sont jetés du nid pour les obliger à voler, elle devait le forcer à vivre des situations inconfortables pour qu'elles deviennent naturelles. Pour qu'il se rende compte qu'il en était capable, que rien de mal ne lui arriverait s'il prenait une décision.

Et même s'il arrivait quelque chose - elle assurait ses arrières. Et elle ne laisserait rien de mal arriver.

- Lorsque tu marches sur ton fil, as-tu peur de tomber ?

Question à demi rhétorique – elle avait eu fortement l'impression que non, en l'observant tout à l'heure. Il était comme en transe. Au cas où, elle ajouta :

- Et si tu as peur, la laisses-tu t'empêcher d'avancer ?

Voilà qui était plus correct. Elle chuchota :

- Nous te suivons.

Elle n'avait pas bougé. Pas un pas dans une seule direction. A lui de les mener là où il le désirait.

[Toutes mes excuses pour l'attente, je suis à nouveau toute disponible pour vous ❤ ]
Elise Barcarolle
Floating Melody
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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Dim 17 Jan - 23:59

La nuit tombe, et soudain, l'être aux ailes perdues s'avance sur son fil. Il vole, il vole par tant de grâce, les yeux s'écarquillent et s'éblouissent devant tant de beauté. Il est un ange, il est un être divin à la pureté sans pareille et le monde semble s'offrir à lui. Le silence, la respiration qu'on retient, tout, tout ce qui existe ce soir lui est offert. À la faveur de la lune, l'ange atrophié volera à nouveau, porté par le souffle de l'Art. Et Elise sera le témoin privilégié de son envol, elle qui ne fera jamais de même.

« Oh oui, j'ai vraiment hâte ! »

Elle ferme les yeux, et regarde un instant de plus l'être si gracieux qui s'avance. Puis soudain, elle espère. Elle espère le voir descendre, la regarder, l'aimer et lui offrir ne serait-ce qu'une plume, une seule, pour lui permettre à elle aussi de voler. Mais voilà qu'il s'éloigne, et si ses doigts se tendent, c'est au vide qu'ils s'accrochent. Et si par malheur, l'envie de se risquer dans un saut la prenait, ce n'est pas les nuages qu'elle rencontrerait, mais le contact glacé des pavés, réchauffé par la caresse de ses propres larmes. Le sourire qui naît sur ses lèvres à cette idée est une ode au désespoir. Il ne dure qu'une seconde, disparaît déjà alors qu'il a si peu vécu, et est remplacé par son jumeau, gorgé de bonheur, de joie et d'impatience.

« Ce sera génial, j'en suis persuadée ! »

La muse a repris ses airs enfantins et cède à un enthousiasme outrancier, qui dévore jusqu'aux ailes factices qu'elle s'est rêvé. Puis ses pensées s'envolent, fuient l'impossible au profit de la réalité, une réalité qui ne parvient pas vraiment à la satisfaire malgré tous les efforts qu'elle semble déployer pour elle. Les mots sont cruels, l'enchaînent de force au monde si factice qu'elle s'évertue à quitter en vain, et c'est par un sourire qu'elle accueille pourtant ses chaînes. Ses yeux rencontrent l'émeraude après avoir quitté l'améthyste et cherchent une ancre qu'ils ne trouveront jamais. Au lieu de ça, le souvenir des mots qu'on lui a adressés sans qu'elle ne semble les entendre lui revient, la bouscule, et la frappe. Le temps d'une vague seconde, l'infinie tristesse teinte à nouveau l'océan dont les flots ruent en vain. Ils jalousent Icare qui frôle le soleil, pleurent leur envie sans comprendre que ce temps qu'ils croient connaître n'est que fantasme. Puis la seconde s'efface.

« Orpheline ? Je ne suis pas orpheline ! »

Et c'est un rire factice qui s'élève de la gorge de la créature d'ordinaire si heureuse. Quiconque serait attentif goûterait l'amertume des éclats qui s'en élèvent.

« Je ne sais simplement pas où sont mes proches, c'est tout. »

Pendant un temps, les accents de ce triste rire sont les seuls à s'élever, et c'est faire face au silence que de refuser de se concentrer sur ceux-ci. Puis la mort vient lui aussi le prendre, laissant la muse à l'éternel, muse qui a retrouvé le goût de la vie au contact d'un magicien qui lance aux cieux de merveilleux appels. Sa magie fascine. Sa magie console. Sa magie guérit. La jeune femme retrouve son sourire, savoure à nouveau l'émerveillement, puis à nouveau, s'éloigne d'un pas. Dans son dos, les mots de Narcisse résonnent sans même qu'elle ne les entende. Encore une fois, Elise est déjà loin. C'est Euterpe qu'on fascine, et c'est elle qu'on assassine en la retenant ici bas.

« Est-ce qu'on pourrait... juste... changer d'endroit ? »

Trop loin. Elise est trop loin et déjà, son cœur est ailleurs. Sa main se détend, relâche les doigts qu'elle serrait, les libère et se libère en même temps. Elle est redevenue le vent, arpente son propre océan au sein duquel elle ne saura jamais nager et s'approche doucement du navire qui brise ses vagues. Un pas. Ce n'est qu'un pas. Un tout petit pas qu'on lui arrache à nouveau, une main sur son épaule qui la brûle et la brise, elle qui tend son âme entière vers l'artiste qui s'éloigne. Derrière elle filent les voix, filent les phrases, filent les paroles, et si qui que ce soit cherche à lui parler, Elise n'écoute pas. Elle est rendue à l'Art, et les flammes qui la consument sont incendie plutôt que foyer. Alors, l'enfant de Beauté se délivre et file, plus vite qu'Atalante en son temps, retrouver le brasier qui l'anime. Elle se jette à corps perdu contre le corps défendu de celui qui l'éveille et celui-ci l'accueille, incapable de résister à ce qu'Euterpe représente. Elle est la Vie, elle est Sa Vie, elle est l'inspiration qui le dévore et il n'est pas suffisamment inconscient pour la laisser filer. Il la serre contre son cœur et les yeux de la créature se referment sur un monde connu d'elle seule. Soudain, un souffle, unique, solitaire et pourtant si intense, s'échappe des lèvres rosées.

« C'était magnifique... »

Les mots se gravent et se creusent un chemin vers le cœur du magicien, qui n'a d'autre choix que de céder aux élans de son âme. Lorsqu'il répond à la muse, sa muse, leur muse, sa voix est remplie d'émotion.

« M-merci... »

Et si elle tressaute, Euterpe n'en saisit rien. Puis ses yeux se rouvrent et il s'agit là de la pire erreur de la créature. Celle-ci se souvient, celle-ci se rappelle d'où elle vient. Alors, lentement, comme à regret, elle détache ses bras de son ami.

« Au revoir... »

Lui murmure-t-elle doucement. Son sourire est revenu, son sourire est tendre, et ne parvient pas à mourir lorsqu'elle s'éloigne. Elle rejoint les deux autres, s'approche, saisit une main, puis l'autre. L'océan file en direction de l'émeraude puis pénètre le royaume d'améthyste et s'y égare définitivement. La lumière s'est éteinte, dans les yeux de la muse. La magie s'est envolée, et l'enthousiasme est teinté par le manque qu'elle ne comblera jamais au cabaret.

« Où allons-nous, Narcisse, du coup ? »

Sa voix n'est que tendresse lorsque les mots se détachent de sa gorge et s'éparpillent au gré du vent pour sillonner ce monde qui ne lui ressemblera jamais. Elle n'est que douceur, pour cet ange aux cheveux d'argent qui ne sait plus qu'il peut voler, et c'est maternelle qu'est la pression qu'elle exerce sur sa main. Mais soudain, la conscience la prend, la broie, la brise, efface les élans de son âme et lui rend une réalité qu'elle n'accepte qu'à demi. Alors, les mains se délient pour mieux se lier dans son dos, comme si, brusquement, dans une seconde de pure connaissance, Elise s'était rendue au monde pour comprendre que son contact pouvait gêner...

« Alors ? Alors ? Alors ! Je m'impatiente, moi ! »

Puis la muse redevint ce qu'elle était, une ode à la joie et au bonheur, dansant presque dans les mouvements bouillonnants qu'elle faisait en attendant que Narcisse décide du chemin qu'ils prendraient. En cet instant précis, Narcisse n'était plus souvenir, non. Narcisse était Avenir...
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Narcisse Williams
Dragon on the wire
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MessageSujet: Re: Je préfère encore le silence. [PV Elise]   Mer 20 Jan - 0:09

Élise était envoûtante, Élise était envoûtée. Des milliers d'éclats se dépeignaient sur son visage taillé dans le marbre, étoiles d'Art sur un ciel d'Inspiration, comme autant d'émotions. Il y avait quelque chose de profondément mystique à l'expression tantôt mélancolique, tantôt enthousiaste de la muse, comme désirant par là servir de modèle à un peintre divin. Peut-être était-elle cet artiste ? Partout, la jeune femme semblait animer l'espace, le ravir de son essence volatile et sublime. Narcisse était perdu, confus, dans le bon sens du terme peut-être.

Et puis il y avait Mariotte, elle et la présence si forte qui semblait l'accompagner, ce regard brut et froid, gravé dans l'émeraude la plus délicate. La puissance qui émanait du moindre de ses gestes avait tout du reptile qu'elle était. Car du bout des ongles, de la moindre partielle de sa peau, elle était Vouivre. Farouche, incontrôlable, aussi destructrice qu'un ouragan, aussi forte que les vagues, son indépendance comme drapeau, elle était de sa nature la définition même. Loin, si loin du chétif dragon qu'il se sentait hésiter à être.

Face à ces deux femmes, Narcisse était intimidé, toujours, encore. Et pourtant, un doux sentiment de sécurité l'envahissait lentement, langoureusement, avec une torpeur sensuelle qu'il ne pouvait qu'apprécier.

« Oh oui, j'ai vraiment hâte ! »

Il se surprit à partager cet avis. À vouloir être Dragon, à vouloir déployer ses ailes, à vouloir sentir le vent caresser sa peau couverte d'écailles cristallines. Le funambule, un instant, eut envie d'abandonner son fil pour la promesse des astres, des nuages et des étoiles. Exister, enfin, hors de la scène. Un sourire timide se dépeignit sur ses traits pâles.

« Ce sera génial, j'en suis persuadée ! »

Il hocha de la tête.

« Moi aussi. »

C'était si peu à dire, tant à avouer. Il se sentit plus léger, plus lourd, moins hésitant et plus embarrassé. Le paradoxe était palpable sans être désagréable. Narcisse avait appris à l'accepter, cette contradiction qui paraissait le suivre où qu'il aille, peut-être même à l'aimer. Son incertitude était comme son ombre : omniprésente, permanente. La face cachée de l'artiste sous les projecteurs.

Et puis vint la question de Mariotte.
Les expressions d’Élise et de Narcisse se muèrent en chœur. Le dragon ne vit d'abord rien du tourment de la muse, trop occupé à gérer ce mot si douloureux, si mélancolique qui lui déchirait la poitrine.

Orphelin.

D'abord vinrent les souvenirs, ceux d'une famille, ceux d'un deuil encore trop lourd à porter. Puis les questions. La muse était-elle dans son cas ? Était-elle, elle aussi, de ceux que la Mort n'avait pas jugé bon d'emporter ? Était-elle de ceux que la perte exilait ? Le regard améthyste coula vers celui de la connaissance, de l'amie peut-être, en quête de réponses qu'il n'était pas certain de désirer. Ce fut alors qu'il vit.

Et c'en était à se demander comment personne n'avait remarqué avant, comment lui-même avait bien pu être assez aveugle pour l'ignorer encore, tant la douleur était péniblement criante sur le visage poupin. Il y avait là un manque plus grand encore que tous ceux auxquels il avait pu être confronté, une forme de résignation qui lui faisait mal à reconnaître, quelque chose de plus grand, de plus méchant, de plus vicieux que tout ce dont il ferait jamais l'expérience. Pour la première fois, Narcisse prenait pleine conscience des deux mille ans d'existence de son interlocutrice. Pour la première fois, il voyait par delà la façade d'innocence et d'oisiveté. Pour la première fois, il comprenait le fardeau d'immortalité.

« Orpheline ? Je ne suis pas orpheline ! »

Le jeune homme ne crut même pas au rire débordant de fausseté qui émana de la muse d'ordinaire si joviale.

« Je ne sais simplement pas où sont mes proches, c'est tout. »

N'était-ce pas pire encore ? Le manque sans le deuil, la perte sans la Mort, l'incapacité à s'arracher à un amour ? Le regard violet se teinta d'une profonde compassion, d'une peine qu'il ne désirait alors que soulever des épaules trop frêles de cette femme trop vieille pour être naïve.

Alors Narcisse fit quelque chose d'absolument incongru. Doucement, avec une hésitation tristement flagrante, il tendit la main vers la muse. Ses doigts rencontrèrent les siens sans que jamais son regard ne quittât le sien, par appréhension plus que par audace, par désir de reconnaître le moindre signe de rejet. Le cœur du dragon palpitait violemment dans sa poitrine. Pourtant, ce geste, il voulait l'accomplir. Il serra plus fort, avec plus d'insistance.
Oui, il le voulait.
Il y eut un instant intemporel, une minute hors de ce que le perpétuel engrenage ne pouvait leur voler. Le jeune homme prit le temps d'être certain de partager le contact, de diffuser son soutien, de montrer sa compréhension, de proposer peut-être, tendrement, une aide qu'il n'était pas certain de pouvoir offrir. Je suis désolé, je comprends, je suis là.

Puis l'aiguille cliqueta, et la bulle se rompit. Le dialogue entre leurs peaux s'évapora, comme n'ayant jamais existé, et s'offrit à leurs seules mémoires. Narcisse avait osé une fois, une, et c'en était allé. Il était revenu dans un monde concret, où des regards curieux convergeaient vers eux, où il n'était rien d'autre qu'un garçon vulnérable qui refusait l'attention qu'il s'efforçait de collecter sur scène. Instinctivement plutôt que raisonnablement, il proposa de bouger, de fuir. C'était comme un besoin, une sorte de demande viscérale qui surpassait jusqu'à sa timidité, une espèce d'urgence momentanée. Il voulait partir et cette sensation écrasait tout le reste.

« Lorsque tu marches sur ton fil, as-tu peur de tomber ? »

La voix de Mariotte, toujours sur ce ton austère, toujours avec cette assurance qu'il lui enviait tant, et surtout cette étonnante question, le fit presque sursauter. Il tourna vers la jeune femme un regard perdu, confus. Qu'attendait-elle de lui ? Devait-il simplement répondre ? Dans ce cas, il souhaitait dire que non. Tomber en acrobatie n'était pas grand chose, si peu du moins face à l'immensité de son envol. Oh, si elle savait, si elle savait ce que lui apportaient ces quelques pas sur un fil, cette simple marche ! La délivrance qu'elle insinuait en son cœur, cette discipline ! Pourquoi en douterait-il jamais ? Il avait confiance en ses pieds comme en ses ailes, ses ailes que jadis il déployait avec fierté. Il n'avait pas peur de tomber, certain du contraire, certain de pouvoir se rattraper si nécessaire. La crainte de l'embarras publique ne faisait en soi que rajouter à la plaisante palpitation de la performance.

La réponse était non. Décidément, définitivement. Non.

« Et si tu as peur, la laisses-tu t'empêcher d'avancer ? »

Cette fois-ci, il n'hésita pas. Il secoua la tête à défaut de parler, confus tout de même. Le regard améthyste coula de nouveau vers la salle bondée avant de revenir à l'émeraude des iris de sa cousine. Un léger tic d'appréhension et d'impatience saisit le visage androgyne du dragon, qui ne savait trop où se situait sa place.

« Nous te suivons. »
« Hein ? »

La surprise dévora les traits du jeune homme. À sa suite vint l'anxiété, puis l'incompréhension, l'angoisse, en une succession rapide d'expressions que Narcisse lui-même n'était pas certain de comprendre. Il papillonna vainement des paupières, bouche-bée.
C'était la première fois qu'on exigeait une initiative de sa part. C'était la première fois qu'on lui demandait de prendre une décision. D'ordinaire ses interlocuteurs comprenaient. D'ordinaire, on le prenait par la main et on le guidait vers un lieu, une activité, quoique ce fût. D'ordinaire, il n'avait à se préoccuper de rien, et c'était une certitude rassurante dans laquelle il se sentait bien. Mariotte venait de le jeter dans un océan tumultueux donc il ne possédait pas une carte. Une virulente panique grimpait en son sein, mangeait ses entrailles, menaçait même de le dévorer tout entier. Désespéré, le dragon adressa un regard à Élise.

« Où allons-nous, Narcisse, du coup ? »

Comment était-il censé savoir ? Il n'y avait pas réfléchi un instant ! Les yeux écarquillés, l'acrobate s'offrit tout à l'angoisse qui grandissait en son sein, tremblant à l'idée de les mener à un endroit quelconque. Comment savoir ? S'il les envoyait à un lieu qu'elles détestaient, il ne se le pardonnerait jamais ! Et elles ? Le détesteraient-elles ? Comment être certain de prendre la bonne décision ? Comment faisaient-elles ?!
La main de la muse contre la sienne le fit tressaillir, et elle l'enleva presque aussitôt. Le contact eut sur lui l'effet d'une douche froide. Narcisse releva la tête, surpris, se sentant brusquement coupable sans trop savoir pourquoi. La réponse était pourtant évidente. Il devait se calmer avant de finir par se comporter en parfait goujat. Élise n'avait pas besoin de se sentir rejetée ce soir. Il devait faire des efforts. Fermant ses paupières, le garçon prit une profonde inspiration, espérant y trouver un calme qui lui manquait cruellement.

« Alors ? Alors ? Alors ! Je m'impatiente, moi ! »
« M-mais je ne sais pas, moi ! »

Le regard améthyste voletait entre les deux femmes, s'accrochant tantôt à l'océan, tantôt à l'émeraude, cherchant chez elles une ancre à sa peine. Narcisse avait besoin de se sentir soutenu, rassuré. C'était idiot, et il était parfaitement ridicule, mais cette urgence allait le bloquer s'il ne l'atténuait pas ne serait-ce qu'un peu. Les mots de Mariotte résonnèrent à son esprit.
« Lorsque tu marches sur ton fil, as-tu peur de tomber ? »
Il n'était pas sur son fil. Il ne l'était pas, mais s'il faisait l'effort de visualiser la salle comme une gigantesque scène, peut-être parviendrait-il à prendre une décision. Les mots de sa cousine insinuaient en lui une confiance nouvelle, une brusque envie d'essayer. Tout. Le dragon chercha l'approbation dans le regard de cette dernière.

« Peut-être serions-nous mieux à t-... »

Il se souvint soudain qu'on lui avait demandé non pas de proposer, mais de guider. L'anxiété s'envola de nouveau dans la gorge du garçon. Il se pinça nerveusement la lèvre inférieure, laissa ses yeux virevolter entre ses interlocutrices et l'arrière de la salle. Sa décision était prise.
L'était-elle ?
Secouant la tête pour éclaircir ses pensées, et lançant un dernier regard incertain derrière lui, le jeune homme ne se laissa pas le temps d'hésiter de nouveau. Il avança droit, tendu comme un arc, la mâchoire crispée, et revint à la table vide qu'avaient vraisemblablement laissée les deux demoiselles.

Parvenu là, il les observa, incertain.

« Est-ce que... ça vous va ? Sinon ce n'est pas grave, n'importe où fera l'affaire. Je ne suis pas difficile. Je me disais simplement que... Enfin bref. »

Des rougeurs gagnèrent de nouveau ses joues tandis qu'il détournait son attention sur les plis de la nappe.

« Si ça ne vous plaît pas, n'hésitez pas. Je ne suis pas très doué pour... tout ça. »
, souffla-t-il tout de même.

L'embarras grimpa en chœur avec la teinte rosée de son visage. Il joua avec ses doigts, se tortilla légèrement dans l'attente. Mais au moins, c'était fait, non ? Il avait réussi, non ? Son regard remonta nerveusement vers celui de Mariotte, comme à la recherche d'une approbation silencieuse.

Si l'incertitude se faisait reine, elle était toutefois secondée d'une timide fierté, comme un retour de l'orgueil oublié du dragon. Lui aussi pouvait agir. Il venait de le faire. Et c'était grâce aux deux demoiselles.

Pouet !:
 

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Je préfère encore le silence. [PV Elise]

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