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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 Pas de pomme sans pépins… [PV Snorri]

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Andréa Eyssard
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MessageSujet: Pas de pomme sans pépins… [PV Snorri]   Ven 14 Aoû - 16:31

Au lendemain d'une nuit de pleine lune, un jeune loup-garou taciturne errait entre les étals vomissant des Halles. Les pieds sur terre, sa liste en main et la tête ailleurs, il zigzaguait paresseusement dans la foule de commerçants et d'acheteurs qui se pressaient les uns les autres pour des raisons qui lui échappaient. Un grommellement s’éleva de ses lèvres lorsqu'on le bouscula un peu sèchement, faisant enfin redresser cette tête généreusement brune et coiffée d'une vieille gavroche, qui laissa entrevoir deux prunelles fatiguées qui se teintèrent de mépris.

Levé au zénith, Andréa, jeune louveteau de son état, s'était vu plus ou moins gentiment éconduit du cabaret qui l'employait, pour être livré en pâture à une foule dense et chahuteuse. Il était habitué à ce « traitement de faveur » qui consistait à trouver l'excuse la plus tangible pour l'envoyer loin de l'établissement de son oncle, épargnant ainsi à tous son caractère ronchon. Cette fois-ci, faute d'une trouvaille utile, on lui avait demandé de rapporter quelques fruits et légumes, même un peu fatigués, qui serviraient pour les bouillons du maître cuisinier. Alors, fort de son panier d'osier et de sa mauvaise humeur, il arpentait les kiosques à la recherches de choux, de carottes et autres comestibles, sans s'arrêter pourtant lorsque le Graal semblait à portée de main. Car dans sa maigre joie de l'instant, le jeune homme cherchait davantage à s'asseoir et terminer sa nuit qu'à accomplir la besogne à laquelle on l'avait cantonné.

S'arrêtant devant la charrue débordante que tirait un vieux canasson, il suivit du regard une pomme qui dégringola d'un des paniers pour heurter doucement son pied. Contrepartie bien mince en comparaison du brouhaha désagréable et des effluves intempestifs dont il était la victime, Andréa ramassa tout de même le fruit qu'il essuya sur sa manche, avant d'y planter généreusement les dents. Une première bouchée délicieuse, lui valut un sursaut quand s'abattit sur son épaule une main aussi massive qu'il était svelte.

J'espère pour toi que t'as d'quoi payer garçon !

La poigne ferme du commerçant lui fit faire un splendide demi-tour, provoquant un face à face contrasté entre le visage fin du louveteau et l'index épais de son interlocuteur. Andréa cligna des yeux, ouvrit la bouche encore détentrice du morceau délictuel, la referma et avala avec difficulté. Son regard noisette s'égara sur la face de buffle rubiconde de son interlocuteur. Court sur pattes, mais large pour deux, ce dernier planta ses iris d'acier dans ceux du jeune homme, les naseaux tout frémissants de colère.

Alors ? Ça fait dix centimes !

Quel honni serpent avait soufflé au jeune homme de croquer dans cette pomme ? Le même qui causa la perte d'Eve et d'Adam sans doute, un reptile bien malin qui devait rire de voir ce face à face entre un cure-dent et une armoire. Mais un cure-dent moitié loup et d'une humeur de chien qui se dégagea d'un geste vif de l'étau de fer resté sur son épaule. Grognant, vexé de se faire traiter comme un vaurien, il abandonna sèchement :

Pas besoin de vous énerver ! Je vais vous la payer votre pomme !
T'mériterais que je te fasse cracher l'triple gamin !
Et puis quoi encore… Tombée de la charrette elle vaut plus rien de toute façon.
Dix centimes et pas un de moins tu m'as compris ?
C'est bon, c'est bon… Une seconde !
Ça vient ?
Oui !
J'attends !
Je… Vous allez rire mais…
J'pense pas que j'vais trouver ça drôle.

Andréa posa son panier au sol, le cœur battant. Un sourire mal à l'aise étirant ses lèvres, il fouilla pour la seconde fois, et avec assiduité ses poches. Rien. Il s'accroupit, réserva un sort identique à son panier. Rien. Pas la moindre trace de la bourse confiée, pas un centime, pas même le plus infime bouton. Rien d'autre que cette pomme à moitié entamée qui roulait joyeusement au fond du contenant d'osier.
Puis une fulgurance. Un souvenir soudain qui le fit grimacer.
Juste avant de partir, une employée l'avait appelé, réquisitionnant ses centimètres supplémentaires pour attraper un élément de décor dans la remise. Il avait alors posé ses affaires sur une maudite petite table, dont le porte-monnaie manquant, qui s'y trouvait probablement encore.

Le jeune homme passa une main sur son visage dépité, avant de se relever. Devant lui, le buffle battait le sol de son pied massif, son impatience soulevant la poussière sous le regard de quelques badauds curieux. Les bras croisés sur son poitrail d'Hercule, il attendait de pouvoir donner une bonne correction au garnement qui avait essayé de le voler.

Écoutez, reprit Andréa aussi calmement qu'il en était capable. J'ai oublié l'argent alors…
Ça par exemple ! T'as oublié ! Tu croques ma marchandise et t'as rien pour la payer !
Je travaille au cabaret du Lost Paradise ! C'est à cinq minutes, laissez-moi y…
Pour que tu disparaisses ? Tu m'prend pour un âne en plus ?
Bien sûr que non ! Même une bourrique ne serait pas aussi entêtée ! Lâcha le jeune loup, excédé.
Nom d'un… ! T'vas voir c…
Marcel, Marcel ! Respire un bon coup mon vieux ! Glissa une voix riante.

Un bras s’enroula sur les épaules du commerçant furieux, dont le souffle était si fort qu'il en était parfaitement audible. Andréa recula d'un pas, surpris par cette intervention. Puis, piqué à vif de se voir sauver sans qu'il n'en fasse la demande, il interrogea plus brutalement qu'il ne le crut :

De quoi vous vous mêlez ?
Je m'attendais plutôt à un merci.
Merci…
C'est mieux !
Tu traites avec les voleurs maintenant Duncan ? Mugit le buffle en se dégageant.
Un voleur ? Ah crois-moi, j'en ai connu des pas nets et ce gamin n'en fait certainement pas parti.
Et la pomme hein ! Elle s'est mangée toute seule peut-être ?
Je n'ai pas dit ça mon ami. Allons, envoie donc ton fils au cabaret ! Au moins pour vérifier si ce qu'il dit est vrai. Ce serait dommage de perdre un bon client potentiel non ?

Le grommellement qui suivit dû être une forme d'affirmation, car le massif Marcel finit par appeler d'une voix tonnante sa progéniture, l'envoyant au pas de course au cinquante-deux de la rue Saint-André des Arts.

Et toi tu bouges pas d'là ! Vociféra le grincheux commerçant en pointant du doigt une vieille chaise rapiécée.

Andréa soupira. Au moins avait-il trouvé une place où se reposer…


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MessageSujet: Re: Pas de pomme sans pépins… [PV Snorri]   Dim 16 Aoû - 0:35

Avant propos typographique: En plus de Snorri interviennent en PNJ dans ce post les personnages de Cellena Johnes, piquée dans la banque à PNJ et d' Eliina Numellin, soeur de notre cher ours . Quand ils causent en leur patois finnois, les dialogues prennent subitement des airs de Georgia. C'est leur code secret. Peu de gens à Paris comprennent ce fichu patois. Ca évite les oreilles indiscrètes. Sur ceux, nous pouvons y aller. Bonne lecture.



Ne cligne pas des yeux, surtout ne t’endors pas. Ou pas. Tant pis. Snorri ferme discrètement les yeux, accoudé dans un fauteuil de la grande salle. En face de lui, sa sœur Eliina, coiffée d’un impeccable chignon blond natté qui la rend encore plus belle encore. Quand elle est rentrée dans le cabaret, l’ancien Berseker a du grogner contre quelques regards insistants, frère jaloux et surprotecteur. On ne touche pas à Eliina comme on ne se moque pas des vêtements faits par Aamu. Ce sont les deux seuls points qui peuvent amener une colère immédiate du géant. Eliina est volubile, vêtue d’un chemisier blanc et d’un jupon bleu marine serré à la taille. Le tout agrémenté d’un large nœud bleu autour de son cou. Sa patronne a toujours fait en sorte que ses employés fidèles soient habillés de manière convenable, même lorsqu’ils ne portent pas l’uniforme réglementaire. Et Eliina, fidèle parmi les fidèles est une des mieux loties. Elle a posé son chapeau sur le coin de sa chaise, elle s’y tient droite, assise. Et elle parle, parle sans s’arrêter. Snorri a un peu parlé de son voyage dans la famille au début mais après il n’a pas pu en placer une. Eliina converse. Sur ses progrès en français qui lui permettent de se débrouiller seule dans Paris. Des invités de sa patronne. Des stratagèmes qu’elle met en place pour rejoindre ses amants et dont Lii se fait la complice avertie, elle apprécie beaucoup le dernier en date, un peintre. Du Cénacle dont elle fait maintenant parti. Des bruits de couloirs dans les salons. Cela ne passionne pas Snorri, c’est vrai, ça n’aide pas. D’autant que sa nuit n’a pas été de tout repos, c’est le cas de le dire, il a fait nuit blanc complète. Parce que la nuit dernière, voyez-vous, c’était la pleine lune. Et que son charmant voisin de chambre avait, disons-le, quelques accointances avec les phases de la lune. Si bien qu’il avait fait la foire toute la nuit et que Snorri n’avait pu trouver asile nulle part, finissant par lire à la lueur d’une lampe à pétrole à la lueur vacillante, Ragnarok dans un coin, Frej le chat de gouttière blottit du côté droit, Freja sa « sœur » du côté gauche , visiblement l’heure n’était plus à la chasse aux souris. Sauf que maintenant à plus de 25 heures son sommeil, Snorri pique, c’est officiel, du nez. Et bien malgré lui, Eliina finit par s’en douter mais elle veut le prendre sur le fait.

« - ….. Et c’est comme ça que Madame a décidé de rester jusqu’au printemps prochain à Paris. Moi pour ma part, Ilmatar (1) est venue me voir cette nuit et m’a proposé de faire un tour jusqu’au Lintukoto (2). J’ai refusé, mais j’aurais bien aimé.

- Ah, c’est bien.

- D’accord, tu n’as absolument rien écouté à ce que je te racontais. Snor’, fait quelque chose, bois du thé, du café, de la chicoré, je ne sais pas, moi. Comment tu comptes faire ton service dans cet état ?

- Je ferais la sieste après déjeuner. J’ai du temps libre. Notre déjeuner tient toujours, rassure toi. »



Eliina passe ses longs doigts fins dans les cheveux de son frère qui termine de s’écrouler sur la table qu’il a sorti quand elle est arrivée et à laquelle ils se sont tous les deux attablés, Snorri a même poussé le vice à entrer dans le domaine du Signor Del Viento et à proposer un financier et une tasse de thé à sa sœur. Il grogne un peu quand il sent les doigts passer derrière son oreille.

« - Tu en as fait quoi de ton élément perturbateur, au fait ?

- Envoyé loin, très loin de moi. Aux halles, avec la liste de commandes pour les fournisseurs. Au moins là-bas, il ne peut pas me casser de vaisselle, renverser les piles de nappes, mettre le feu à un rideau ou je ne sais quelle catastrophe dont il est capable. C’est bien pour ça que je vais pouvoir faire une sieste.


- Monsieur Numellin ? »



Snorri se redresse, fixe la personne qui se tient derrière lui. Cellena, l’apprenti d’Alexander. Il fronce les sourcils, cette fille est une véritable écoute à la porte. Seulement, là, elle est vêtue d’une longue robe de chambre en soie rosée, comme si quelqu’un l’avait tiré du lit de si bon matin (quoi qu’il soit bien onze heures passé maintenant). Ou quelque chose.

« - Que puis-je pour vous, mademoiselle Johnes ?

- C’est bien Andréa que vous avez envoyé aux halles ?

- Oui pourquoi ?

- Parce qu’il y a un gamin à la porte. Il dit qu’Andréa a volé une pomme à son père et qu’il faut aller le chercher avec de quoi payer. Sinon, il, je cite, « l’envoie chez les poulagas ». Qu’est-ce que je fais, je préviens monsieur White ? »



Snorri se décompose sur sa chaise, Eliina hausse un sourcil. Non, visiblement, même envoyé aux halles, il trouvera un moyen de créer un problème. Le finnois se redresse, conservant du mieux son calme. Pas question de déranger monsieur White avec ça. Son regard bleu prend une teinte inquiète, puis confuse pour terminer sur un air beaucoup plus déterminé. Sa sœur n’a pas besoin de plus pour comprendre que leur déjeuner sera partie remise. Cependant ….

« - Je t’accompagne. Quelque chose me dit que tu vas avoir besoin de charmes féminins pour régler cette histoire. En échange, invite moi dans un bon restaurant la prochaine fois qu’on se voit … disons la semaine prochaine.

- Très bien.
Je vais m’en charger, mademoiselle Johnes. Pas un mot à monsieur White, il n’a pas besoin d’être déranger avec les bêtises de son neveu. »


Cellena semble hocher la tête pour acquiescer, Snorri sait qu’elle s’en tiendra là, il la sait parfaitement professionnelle. Il s’éclipse un instant, réajustant sa tenue, un pantalon de costume sombre et une chemise blanche, passant une veste brune pour compléter le tout, ainsi qu’un nœud papillon et un chapeau haut de forme un peu défraichi. Son portefeuille Quand il redescend, Eliina l’attend avec un sourire, elle a passé son chapeau brun à plume, le coinçant avec une épingle. Elle s’amuse à pencher un peu le nœud papillon de son frère avant de s’accrocher à son bras. A défaut de déjeuner, ils feraient un bout de chemin ensemble dans les rues de Paris aux parfums d’étés. Guidé par le gamin, ils remontent à bon pas jusqu’aux halles, découvrant la scène. Andréa assit sur sa chaise sur laquelle il semble trépigner, l’Hercule à côté de lui est rouge de colère. Snorri se détache de sa sœur pour aller saluer respectueusement Duncan, fixe Andréa de manière glaciale avant de reporter son attention sur le dénommé Marcel. Mademoiselle Numellin se contente elle de dévisager et analyser cet homme dont elle entend parler depuis qu’il est arrivé au cabaret mais qu’elle n’avait au final jamais rencontré. L’ours réfléchit avant de murmurer.

« Eliina, peux-tu emmener Andréa à la fontaine des innocents ? Je vous y rejoins. »



La jeune femme opine, un sourire rassurant aux lèvres. Pour elle, Andréa n’est juste qu’un gamin paumé. Elle lui fait signe de la suivre. Et les palabres commencent pour Snorri qui s’excuse indéfiniment pour le comportement de son employé, finissant par déposer une pièce de cinquante centimes dans le creux de la main du maraicher, soit 1/10 du salaire journalier d’un ouvrier. Cela représente une certaine somme, suffisante pour que l’homme oubli ce malheureux incident. L’ex Berseker n’était pas vraiment dupe. Avec cinquante centimes, l’homme avait aussi de quoi s’acheter soit deux livres et demi de pain, soit cinq litres de vin. Et à voir son nez, son choix serait vite fait. C’est pour cela que Snorri s’éloigne bien vite de lui pour rejoindre la fontaine. Il n’a aucun mal à les trouver, assit, Eliina surveillant un étal de tissus non loin où elle a probablement repéré une étoffe. Elle est silencieuse. L’homme s’approche d’Andréa. En colère ? Oui. Enervé ? Non, même avec la fatigue, aucun risque de faire une crise, même si la jeune femme lui jette un regard un peu inquiet. Elle redoute. Snorri est pourtant des plus calmes. Il pose ses grandes mains sur les épaules d’Andréa, lui imposant toute sa force et sa taille pour que le message passe et que cet incident n’ait plus lieu d’être, jamais. Il esquisse un bâillement avant de plonger ses yeux bleus glacés dans ceux du loup.

« Tu m’as couté cinquante centimes et accessoirement un déjeuner en tête à tête avec ma sœur. Explications. Maintenant. »


Le dernier mot tonne peut être plus que voulu. Tant pis.


Petites notes:
(1): Déesse finnoise du vent.
(2): Limite du monde dans la cosmogonie finnoise.
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Andréa Eyssard
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MessageSujet: Re: Pas de pomme sans pépins… [PV Snorri]   Ven 28 Aoû - 12:39

Humiliation sublime.

Le petit garçon se voyait conduire loin du conflit par une maman inconnue, laissant seul « papa ours » régler cette histoire de grandes personnes. Un adolescent à qui l'on refusait de laver l'honneur, voilà comment il le prit. Traité de voleur ? Qui s'en souciait ? Fouler du pied la dignité d'un jeune homme en lui tapant un bon coup sur les doigts, la méthode qui avait fait ses preuves. Sans doute le pensait-on, en plus, coupable de ce forfait et c'était pour éviter d'autres ennuis, qu'on l'avait si justement écarté. Grand seigneur, on laissa tout de même au délinquant le droit au silence et un banc avec une vue agréable sur la fontaine des Innocents. Il n'y avait pas de quoi se plaindre non ?

Ce ne fut pourtant pas tout à fait l'avis d'Andréa. Il avait bien tenté d'ouvrir la bouche avant l'intervention de Snorri, en vue de prouver qu'il n'était ni menteur, ni chapardeur, mais un coup d'œil de son supérieur suffit à lui faire ravaler des paroles à l’amertume prononcée. Coup d'œil qui allait de paire avec la stature d'un Hercules scandinave, précisons le. Aussi, le vilain petit garçon n'eut guère le choix, mais c'était bien aigre qu'il fixait son panier d'osier à la pomme entamée, le cœur lourd de se voir ainsi expédier comme un irresponsable gredin.
La compagnie d'une demoiselle aurait pu rendre sa punition plus charmante, si l'étrange air de famille qu'elle partageait avec cet ours n'avait pas mis mal à l'aise le louveteau. Il n'était, d'ailleurs, pas certain qu'elle parla français et voulut s'éviter un ridicule supplémentaire en engageant le dialogue. Heureusement, elle s'éloigna. L'idée d'une fuite lui traversa brièvement l'esprit, mais c'eût été admettre qu'il était en faute. Et puis ses iris noisette se posèrent sur Snorri qui se rapprochait à grand pas. Visiblement fâché, ses deux mains énormes s'abattirent sur les épaules du jeune homme, l'enfonçant sur son assise sous le poids des reproches. Quelques mots et enfin :

Explications. Maintenant.

Un frisson de mépris remonta l'échine du jeune homme qui détourna le regard. Un soupir agacé fila entre ses lèvres, puis il poussa du talon la corbeille et le fruit du délit pour qu'il heurte le pied du chef de salle. Alors, affrontant son regard, il répondit sèchement :

Oublie de porte-monnaie. Pomme tombée. Mangé. Problèmes.

Le message était clair, la provocation également. La mine renfrognée d'Andréa en disait long sur tout le bien qu'il pensait de son interlocuteur et le peu d'estime qu'il lui accordait, en cet instant. Ce fut d'ailleurs d'un mouvement vif et amplifié par sa force animal qu'il se dégagea rageusement de la main droite de Snorri, s'exclamant furieux :

Je n'ai rien volé ! Rien ! Et même si un truc aussi stupide m'était venu à l'esprit, pourquoi aurais-je parlé du cabaret alors que j'ai assez de force pour lui casser le bras !

Furieux, le jeune loup se mura brièvement dans le silence. Les muscles tendus, les doigts chiffonnant nerveusement sa liste de course, il ne souhaitait plus qu'une chose : quitter les lieux. Et il ne se priva pas pour le faire savoir :

Je peux y aller ? J'ai des courses à faire, je ne pense pas que vous l'ayez oublié. À moins que ma version ne vous convienne pas, auquel cas, il faudra m'emmener au poste le plus proche.

C'était à peine s'il exagérait tant son animosité avait gagné le pas sur toutes sortes de réflexions. Plus ronchon que jamais, il profita d'ailleurs du passage d'un saltimbanque pour tenter d'accélérer sa fuite. Il pointa du doigt un petit attroupement près de la fontaine, interrogeant railleur :

Votre famille fait dans le spectacle ?

Artiste de rue, un homme à l’âge respectable s’était lancé dans une petite représentation sous les regards émerveillés des petits et des grands enfants. Sous ses doigts agiles prenaient vie une grande marionnette à fil. D’un peu moins d’un mètre de haut, elle semblait danser joyeusement au rythme du talon de son créateur qui battait le pavé vivement le sol. Mais c’était sans conteste la figure d’ours du pantin qui lui valait tout son succès.


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MessageSujet: Re: Pas de pomme sans pépins… [PV Snorri]   Mer 7 Oct - 13:17

L’important maintenant était de ramener le calme et la sérénité de la conversation et, à cet effet, il fallait absolument éloigner l’élément perturbateur céans. D’abord parce que ça calmerait les esprits de manière indubitable, c’est un peu comme Andréa cassait la vaisselle et que Snorri l’envoyait en « quarantaine » quelque part pour éviter l’implosion, l’escalade de la violence et des mots d’abords. Tu as promis, Snorri, tu ne te battras plus. Il serait bête que tu brises ta promesse pour une histoire de pomme. Pour des pommes d’ailleurs, c’est bien l’expression en français. Et puis, en confiant le jeune loup aux bons soins d’Eliina, tu lui assure une présence plus calme et moins orientée que lui. Tu t’es fait à l’idée, qu’à ses yeux, tu seras encore et toujours le grand méchant de l’histoire dans son esprit. C’est comme ça, pas autrement et personne ne peut rien y faire. Ce sont vos relations, celles que vous avez construites au fil du temps depuis votre rencontre, son arrivé et sa prise de fonction, fonction, mot pompeux pour désigner un homme à tout faire. Tout est toujours fait, réfléchi, pensé dans un réflexe de conservation. Tu as pensé Eliina plus avenante, mais tu t’es peut être, surement en fait, trompé. Parce que ni l’un ni l’autre ne semble avoir décoché mot durant son absence. Certes, la jeune femme lui a dit qu’elle venait pour l’aider mais nouer contact avec la personne qu’elle tient pour responsable des cernes de son frère n’a pas été visiblement à l’ordre du jour. Mais elle a parfaitement joué son rôle de chien de garde, ça, pour ça, elle a été irréprochable. Andréa n’est pas parti en courant, c’est déjà ça. Et ce, malgré l’éclair de dédain qui traverse son regard. Snorri voit Eliina bouillir sur place, à la manière d’un geyser prêt à exploser. La réponse du gamin rajoute d’ailleurs une couche de fumée à l’intérieur dudit geyser. Snorri, lui, ne se dépare pas de son calme, ça ne sert à rien de toute façon. Si une bonne crise d’autorité et de colère avait eu raison du sale caractère d’Andréa et de sa gaucherie, cela ferait un bail qu’il aurait corrigé ces mauvais traits de caractère. Le voilà d’ailleurs qui commence à son tour de hausser le ton, furieux, parlant de violence.
« - C’est bon, c’est bon, Andréa. Je te crois. Tu n’es pas assez stupide pour voler à l’étalage.
-Ah bon ? Ça ne se voit pas.
- Eliina.
-Une mauvaise herbe sans volonté ne changera jamais en bien, elle a même plus tendance à aller dans le mauvais sens, à gauche. Toujours à gauche. Je parie même que tu es gaucher, gamin. Les diables sont toujours gauchers. Vous savez quoi ? Vous m’énervez. Toi en le défendant et lui en se croyant dans son bon droit. Oui, lui, je sais qu’il est impoli de parler de quelqu’un de présent à la troisième personne en France mais ça m’est égal, je ne suis pas française. Je ne sais même plus trop ce qu’on est en ce moment d’ailleurs. Russe ? Suédois ? Indépendant ? Ça serait bien indépendant. Quoi qu’il en soit, je m’en vais. Tu me dois un restaurant pour ma présence féminine. Et le gamin a intérêt à en payer une partie. Il te doit cinquante centimes, je te rappelle, Snor’. Tu as déjà oublié ? Tu oublies toujours. Je pars. Madame m’attend. A la prochaine fois, mon frère. A jamais, mauvaise herbe. »



C’est tout ce qu’il y a de plus neutre. Elle est comme ça, Eliina, quand elle s’énerve. Elle parle. Beaucoup. Trop. Elle se perd. C’est une éternel bavard, qui envahi l’espace avec sa parole, son français chantant. Si Snorri a intégré un accent de Bruxelles à sa pratique de la langue de Molière, elle a appris le français lors des voyages de sa patronne en Provence. Et ça s’entend. Beaucoup. Vraiment beaucoup. Ca décrédibilise même une partie de son propos. Elle est fâchée, pourtant, très fâchée, elle est toujours intransigeante. Snorri a empêché par sa carrure Andréa une quelconque tentative de réponse violente. Sa sœur a peut-être tord mais personne n’a le droit de lui faire quoi que ce soit. Un soupir. Les courses.
« Je t’accompagne. Aujourd’hui, tu ne fuiras pas. On y va. Maintenant. »

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Andréa Eyssard
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MessageSujet: Re: Pas de pomme sans pépins… [PV Snorri]   Lun 19 Oct - 9:24

Si Éliina avait tendu l'oreille, nul doute qu'elle aurait enrichi son vocabulaire de quelques grossièretés typiquement françaises. Elles ne furent pourtant qu'un souffle entre les lèvres du jeune loup dont le regard sombre suffisait à faire connaître tout le bien qu'il pensait de la jeune femme. « Les diables sont toujours gauchers. » Comme elle aurait regretté cette parole si elle n'avait pas porté de jupons ! Car ces cinq mots sonnèrent cruellement aux oreilles d'Andréa, dont la main droite vint enserrer le poignet de sa consœur dans un geste de réconfort. Oui, il était gaucher, mais non, il n'avait rien d'un diable. « Mauvaise herbe. » Voilà qu'elle continuait ! Y avait-il plus rude dans la bouche d'une inconnue ? Et tout cela pour une une pauvre pomme !
Les traits déformés par l'amertume, les iris noisette du jeune homme glissèrent sur ce fruit maudit auquel il adressa de bien mornes pensées. Puis Snorri le rappela à sa besogne, l'intimant, avec bien peu de compassion, à se remettre en route. Andréa obéit et se redressa, le cœur serré de ces reproches qu'il ne comprenait pas. Il saisit sèchement son panier et se mit en marche sans un regard pour la montagne qui lui servirait de chaperon.

Plus rien dans ces étales pleines de couleurs et de vie ne réussissait à lui rendre le sourire ou simplement l'arracher à son mutisme. Même l'amusant artiste et sa marionnette de bois ne l'enchantaient plus. Perdu dans ses pensées, il sursauta violemment quand le ton guilleret de Duncan l'interpella :

Alors garçon ? T'en tire une tête ! N'me dîtes pas qu'vous lui avez passé un savon M'sieur Nummelin ?
Il vous reste un choux chinois ?
Bien sûr gamin ! Pour qui tu me prends ! Il ont un peu flétri avec ce soleil, mais je te garantis qu'il n'ont pas perdu de leur saveur ! Combien je t'en mets, dis moi.
Deux, répondit le jeune homme, qui marqua une pause et ajouta. S'il vous plaît.

Duncan arqua un sourcil et un large sourire découvrit ses dents blanches. Il jeta un regard amusé à Snorri, puis déposa la marchandise dans le panier tendu, tout en annonçant son prix. Par réflexe, Andréa porta ses mains à ses poches, avant que l'absence du porte-monnaie ne revienne à son bon souvenir. Une moue frustrée déforma ses lèvres et, levant les yeux vers son supérieur, il était sur le point de demander son aide lorsqu'un sursaut d'orgueil l'en dissuada. Hors de question de lui adresser la parole. Aussi, se contenta-t-il de récupérer son panier, puis annonça d'un ton sec :

Je vous laisse voir avec Monsieur Nummelin pour le paiement.

Il se détourna de la petite échoppe, laissant perplexe son commerçant qui se demanda quels mots ces deux là avaient pu avoir pour obtenir pareil résultat. En bon marchand, il garda l'interrogation pour lui et retrouva sa mine avenante en annonçant une nouvelle fois le tarif à Snorri.
Andréa s'éloigna à peine, l'étale voisine comprenant ce qu'il fallait de carottes et de navets. Il demanda à ce qu'on lui pèse un kilo de chaque, avant qu'un petit veston vert n'attire son regard. Se décalant d'un pas, il en suivit la progression, curieux de voir cette grande pelisse sur le dos d'un garçonnet d'une dizaine d'années à peine. Il se faufilait entre les éventaires, le nez par terre, à la recherche d'un ou deux sous à empocher. Sa mise crasseuse, qui laissait peu de doute sur son quotidien, ramena le louveteau à son habituelle gentillesse et balaya du même coup la violente frustration qui assombrissait son humeur depuis son réveil. Andréa demanda une seconde au marchand à qui il laissa son panier dont il n'ôta que la pomme entamée. Et sans se soucier de Snorri, il rejoignit l'enfant auquel il tendit le fruit, glissant légèrement embarrassé :

Tiens prends. J'ai un peu croqué dedans, désolé.

Le garçon sursauta. Ses iris balayèrent la figure au sourire timide qui lui faisait face et la pomme tendue. Il hésita jusqu'à ce qu'un gargouillis bruyant ne le pousse à se saisir de l'aliment qu'il porta à ses lèvres. Il y croqua avec plaisir, malgré deux dents manquantes et fila sans demander son reste. Plus calme, ses pensées encore accaparées par l'enfant, Andréa retrouva son panier et le berserker avec moins de colère dans le cœur. Un peu mal à l'aise, il abandonna sans lever les yeux vers Snorri :

Il n'y avait pas de pommes sur la liste, non ? Et puis, je vous rembourserai. J'ai pas envie que votre sœur me v…
Ah c’est bien ça ! T’viens t’excuser d’m’avoir volé, gamin ?

Le timbre rauque fit tressaillir Andréa. Les muscles crispés et la mâchoire comprimée par le retour soudain de ce sentiment d'injustice, le louveteau fut incapable d'émettre le moindre son ou d'esquisser un simple geste. Sa gavroche baissée sur les yeux, il lui fallait contenir ce cri qui lui gonflait la gorge à chaque seconde et cette furieuse envie de donner une bonne raison au marchand de l'accuser d'être un voyou. Mais il se maîtrisa et Marcel en profita pour renchérir à l'adresse du chef de salle :

C’est bien d’vous donner la peine de remettre ces petites frappes sur le bon chemin M’sieur… M’sieur comment déjà ?
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Snorri Nummelin
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MessageSujet: Re: Pas de pomme sans pépins… [PV Snorri]   Mer 1 Juin - 3:17

La splendeur de la blonde, sa superbe. Sa colère, encore présente même maintenant alors qu’elle est partie. Les voix impénétrables d’Eliina. En attendant, Andrea baisse la tête et ne bronche pas. C’est même surprenant, Snorri s’attendait à une explosion qu’il n’aurait pas su contenir. Rien de tout ça. Peut-on croire à une évolution de la mauvaise herbe ? Un gain de maturité. Ou alors sa sœur lui fait vraiment peur. Il est vrai que cela peut arriver, le berseker en a fait les frais et l’expérience plus d’une fois depuis qu’ils se sont retrouvés. Elle s’oppose à la douceur franche d’Aamu. Douceur ne signifie pas manque de caractère, élevées dans le même moule, les deux filles ont les mêmes bases d’éducation, celle d’une femme veuve trop jeune qui savait ce qu’elle faisait et ce qu’elle voulait. Chose qu’elle n’avait pas su transmettre à sa sœur. Peut-être cela l’aurait-elle sauvé ? Plus de meurtre, plus de berseker. On ne réécrit pas l’histoire. Et avec des si, on peut mettre Paris en bouteille. Oublions. Presque. Passons. Surement. Snorri n’est pas rancunier. Certes, Andréa et ses frasques de jeunes loup garous et de jeunes tout court peuvent avoir tendance à le désespérer mais de la même manière qu’une séance de couture à rallonge, lui peu habile de ses doigts peut lui peser. Mais jamais il ne lui en a voulu. Ça ne sert, c’est particulièrement improductif, surtout avec des gens comme cela. Ressasser et encore ressasser. Il faudrait écrire un livre sur le sujet. A moins que cela soit déjà fait. Tant de médecin veulent prendre la suite de monsieur Charcot dont la maladie fait les petits entrefilets, les petites brèves de quelques journaux mondains. Toujours bon à lire quand on veut avoir un peu de conversation avec les clients. Et puis, c’est toujours moins rébarbatif que le dictionnaire pour affiner sa maitrise du français, à défaut d’améliorer l’accent. Rien à faire, il sera toujours un belge aux yeux des autochtones. Soit dit en passant, Monsieur Charcot a de bon livre sur la maladie dans l’art et c’est comme ça qu’il a croisé son nom. Son intérêt pour l’art et son besoin d’apprendre pour satisfaire la curiosité du gamin de sept ans qu’il est à l’intérieur.

Les voilà repartis tous deux, enfin, la vraie journée peut manifestement commencer. Par un arrêt à l’étal du dénommé Duncan et entourloupe du gamin. C’est vrai, maintenant, c’est Snorri qui tient le portemonnaie. Rationnalisons. Il tend l’argent à Duncan et inscrit sur son carnet la somme et son correspondant

« On m’a devancé. Gardez la monnaie. Je vous ferais parvenir la liste des besoins de notre chef cuisinier pour les besoins du cabaret pour la semaine prochaine sous peu. »


Répond-t-il simplement. Il se surprend à manquer d’ajouter que du coup, il doit un restaurant avec toute cette histoire mais cela ne serait que trop de familiarité avec le sieur Duncan qui, même s’il a dépatouillé en grande partie Andréa de cette situation fâcheuse, n’entretient pas avec lui-même des relations si intime. Conditionnement du métier de majordome précédent. Marche de concert avec les classes inférieures et supérieures. C’est pour cela qu’il n’a jamais compris la proximité d’Eliina et de sa patronne. Il le suit sur d’autres étals, d’autres boutiques. Au vu des courses effectuées, le menu pour les employées va se composer d’un potage de légume. Grimace de Snorri qui se tue immédiatement lorsqu’Andrea fit présente de la pomme de la discorde à un gamin des rues. Aucune ne remarque de Snorri si ce n’est de la bienveillance. Autant que cette pomme chèrement acquise serve à quelque chose d’utiles. Parlons d’acquissions …

Marcel, le délicieux Marcel revient à la charge, Snorri attrape le bras d’Andréa pour l’empêcher de démarrer comme un cheval surpris. « Du calme » susurre-t-il à l’oreille du loup, dévisageant son interlocuteur. On pouvait reprocher à Andréa beaucoup de choses mais l’acharnement n’à jamais rien donner de bon.

« Je pense que les excuses sont superflues. Avec l’argent que je vous ai donné, il y a de quoi acheter plusieurs quintaux de pommes. Peut-être souhaiteriez-vous que nous portions l’affaire à un commissariat de quartier ? Vous pour le vol et nous pour l’escroquerie. Entre un marchand des halles et le neveu d’un propriétaire de cabaret respectable, à votre humble avis, qui croira-t-on ? Sans compter la mauvaise publicité. M’occuper d’Andréa et faire en sorte qu’il respecte la loi fait partie de mes attributions. Les votre est d’approvisionner votre étal et de l’animer. Ne cherchez pas à attirer ma sympathie en dénigrant un de mes employés en qui j’ai toute confiance. Sur ce, veuillez nous excusez. Nous avons des estomacs qui nous attendent.»


Snorri attire Andréa à l’extérieur des halles, peu importe la liste, il a besoin de tempérer sa colère. Une « espèce de métèque » lui vrille un peu les tympans mais il passe outre, peu importe. Entendre Marcel insulter la Belgique tout entière a l’avantage de le faire sourire.

« Je savais les français rancunier mais à ce point. Pour une malheureuse pomme, il déclencherait une nouvelle guerre franco-prussienne. »

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Andréa Eyssard
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MessageSujet: Re: Pas de pomme sans pépins… [PV Snorri]   Dim 10 Juil - 21:27

Franco quoi ? Interrogea par réflexe Andréa en accélérant le pas pour rejoindre Snorri.

Si le terme ne lui était pas inconnu, il faisait appel à de lointains souvenirs scolaires auxquels le jeune homme ne parvint pas à associer beaucoup de détails.
Le sujet intéressait d'ailleurs peu Andréa dont l'interrogation avait été purement mécanique. Et si réponse lui fut soufflée, il n'en écouta pas un traitre mot, l'esprit perdu entre les dernières paroles de Snorri pour l'agréable Michel et son maudit lacet défait qui claquait sur le pavé entre deux foulées.
L'une d'elle, plus vive ou plus distraite que les autres, finit par le faire trébucher et le contraignit à s'arrêter. Il demanda une seconde au chef de salle et s'accroupit pour rapidement renouer les liens de sa chaussure. Le garçon  abandonnant au passage :

Vous auriez aussi pu lui expliquer que je n'avais rien volé.

Il tira fermement sur les boucles de la lanière et se redressa. Son regard noisette se posa avec sérénité sur le visage carré du berserker et ce fut dans un sourire un brin polisson que le jeune loup reprit à son adresse :

Mais merci. D'avoir dit que vous me faites confiance.

D'un geste gêné, Andréa réajusta sa gavroche, puis détourna le regard. Tâtonnant alors ses poches, il en retira la liste des courses complètement chiffonnée et la déplia doucement. Il en parcourut chaque ligne soigneusement tracée par Lûka et, après un coup d'œil vers le panier, constata qu'il ne leur manquait rien à l'exception des chaussures des danseuses à récupérer chez le cordonnier. Il allait en faire part à Snorri lorsque son regard s'arrêta sur un petit attroupement à l'entrée de la place de la Bourse.
À l'agitation excessive qui y régnait, on aurait put croire à une altercation, mais les éclats de rire qui s'élevèrent assurèrent du contraire. Curieux, Andréa chercha à en comprendre la cause. Il se hissa sur la pointe des pieds, se courba, se décala de quelques pas avant d'apercevoir, entre deux jeunes femmes, l'objet de toutes les attentions. Aussitôt, il s'exclama d'un ton où perlait l'excitation :

Des billards japonnais !

Ce jeu de forain, plutôt rependu en France, consistait en un simple panneau de bois troué à son extrémité. Le but était simple : coincer les dix balles fournies dans des creux auxquels correspondaient un nombre variable de point afin de faire le score le plus élevé.
L'animation en cours opposait trois jeunes gens autour de trois tables, mais c'était uniquement l'habileté du premier qui ne cessait de gonfler l'air de clameurs impressionnées. Il avait l'air de profiter pleinement de la situation, contrairement à l'homme crispé qui se tenait à ses côtés. Vêtu d'un parfait complet de majordome, ses binocles ne parvenaient pas à masquer son regard perçant fiché sur le talentueux joueur.

Cette scène échappa à l'esprit rêveur d'Andréa qui notait à haute voix :

J'y jouais souvent quand j'étais plus jeune. La foire s'installait au bourg et on s'y rendait le dimanche avec mes parents et mes sœurs. Je n'étais pas mauvais !

Submergé par ce souvenir aussi vif qu'heureux, un rire d'enfant lui souleva les épaules. Durant de longues minutes, il fut incapable de détacher son regard de la liesse qui gagnait les spectateurs à chacun des rebondissements de la partie. Il n'en fut délogé qu'après l'arrêt du chariot d'un laitier au beau milieu de son champs de vision. Cela l'agaça un peu, mais une interrogation balaya dans l'instant son mécontentement et avant même qu'il y ait réfléchit, il s'entendit prononcer :

Vous savez y jouer ?

Il n'attendit pas la réponse du chef de salle pour enchaîner, brûlant d'envie :

On pourrait peut-être faire une partie ? Juste une ! Edward n'en saura rien si on ne le lui dit pas !

Les chances d'un accord étaient minces, mais le louveteau s'en serait voulu de ne pas essayer. Et pour une fois, la providence joua en sa faveur car du côté des tables de jeu, une voix s'éleva pour annoncer :

Approchez messieurs dames ! C'est un prix exceptionnel qui sera décerné au gagnant ! Deux invitations, oui j'ai bien dit deux, à la « Brasserie des bords du Rhin », au cœur de Saint-Germain-des-Prés.

Un nouveau sourire s'étira sur le visage d'Andréa et ce fut avec une innocence toute feinte qu'il entrecroisa ses doigts derrière sa tête avant de glisser :

Ça plairait pas à votre sœur ça ?


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MessageSujet: Re: Pas de pomme sans pépins… [PV Snorri]   Jeu 14 Juil - 5:56

Snorri fronce les sourcils face à l’ignorance d’Andréa. La guerre franco-prussienne. La dernière a eu lieu il y a vingt ans et tous les parisiens en parlent comme si c’était hier, ceux qu’il connait, clients, relations de travail ou employés, en tout cas. Mais Andréa est un étrange, un loup garou. Finalement, les non humains ne pourraient avoir que peu d’intérêt avec la géopolitique humaine, on peut les comprendre. Celles des étranges et de la Curia semble suffisamment en compliqué à comprendre, presque autant. Et encore, on est en France, dans l’Ouest de l’Europe, il y a un semblant d’unité dans les grandes nations. Ce n’est pas la Russie où tout le monde rêve de prendre son indépendance … de tout le monde. Dans le même genre, on a l’empire Austro-Hongrois. Mais la France est visiblement au-dessus de tout ça dans sa construction nationale. On oublierait presque que la Savoie et la Provence ont été rattaché il y a à peine trente ans .Encore des vieux trucs. Et ne parlons pas de l’Alsace Lorraine. Andréa en remet une couche. Snorri le reprend.


« Dans certaines situations, il vaut mieux laisser penser à l’ennemi qu’il a raison et vous tort, cela évite un certain nombre de conflit inutile de surcroît. Ne me dit pas que ton honneur est en jeu parce qu’un idiot de maraicher maintien que tu lui a volé une pomme, pomme qui ne lui a absolument rien couté à l’achat et qu’il a payé une misère au quintal à un producteur de la Seine ou la Normandie qui lui-même emploie des saisonniers qui font vivre leur parents, leur femme et leur sept enfant pour un salaire moindre. C’était comme ça en Russie avec en plus le système de féodalité en plus. J’imagine que ça ne doit pas être très différent en France avec en moins l’impôt dû au Tsar et au Boyard. »


Ils arrivent place de la bourse et Snorri s’aperçoit lui aussi de l’attroupement. Il commence à le contourner, s’aperçoit qu’Andréa va pile juste là où ça bouge. Snorri grommèle un « Andréa » contrarié avant d’aller voir le regard du gamin s’illuminer à l’annonce du jeu. Le Chef de rang lève un sourcil interrogatif. Il n’a jamais été dans des foires, ce n’était pas le truc du père Numellin, ni des bersekers dont les règles de vie incitaient à vivre le plus loin possible des humains et des tentations.. Et lors de ses vadrouilles, il n’avait pas eu intérêt à s’y balader .Trop de monde dans les foires. Aussi le jeu lui était tout à fait inconnu .Andréa rit comme un enfant, il semble être redevenu le louveteau qu’il était, avec sa famille dans une foire quelque part prêt de son patelin d’enfance. Snorri commence à avoir du mal à lui dire non. Le berseker blond dodeline, il n’a jamais rien refusé à ses nièces et neveux et Andréa leur ressemblait terriblement dans cette situation. Il ouvre la bouche , s’apprête à refuser en lui faisant remarqué qu’il lui a déjà fait perdre une certaine somme aujourd’hui, qu’ils sont censés rentré parce qu’attendu l’un et l’autre pour le déjeuner , qu’ils ont ensuite la salle à préparer quand l’annonce du forain l’immobilise . Places. Restaurant. Eliina. Gratuite. Economie. Si elle l’apprend, elle va le tuer. Mais en même temps, elle lui a parlé de ce restaurant plusieurs parce qu’il y aurait de la choucroute et des charcuteries à foisons et que ça leur rappellerait la Prusse. Snorri fouille ses poches, sort deux piécettes.


« Andréa, tu as de quoi jouer deux parties. Gagne moi ce prix et je te promets que tu seras en congé les deux prochaines nuits sans lune. »


De mémoire de bersekers, lors des nuits sans lune, l’énergie des loups garous va faire un petit tour du Lintukoto, le bout du monde et laisse leur enveloppe charnelle en train d’imiter la limace dans leur lit . Ou la larve. Bref un truc très mou. Snorri sort sa montre à gousset.

« Par contre , on est attendu au déjeuner dans une heure . Tu sais ce qu’il te reste à faire ? »
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Andréa Eyssard
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MessageSujet: Re: Pas de pomme sans pépins… [PV Snorri]   Dim 4 Sep - 17:53

Ce fut avec une pointe de surprise qu'Andréa avisa la paume large et marquée qui lui était tendue. Elle contenait deux sous rutilants et sortis comme par magie des poches décidément inépuisables du chef de salle. Le regard noisette du jeune homme croisa celui de son interlocuteur, plein d'une reconnaissance qui se voila lorsque Snorri marchanda sa victoire. Roulant des yeux comme l'adolescent lassé qu'il était, ce fut pourtant une main ferme qui récupéra la monnaie avant d'ajouter, réajustant d'un geste la gavroche qui couvrait sa chevelure de jais :

Pas besoin de vous donner cette peine. Je peux aussi le gagner parce que je vous aprécie.

Un léger sourire rehaussa ses pommettes qu'il avait rondes malgré sa minceur naturelle. Il fit cliqueter les pièces l'une contre l'autre, observant avec envie la table de jeu qui venait d'être laissée libre. Après une nouvelle recommandation du berserker, le jeune homme acquiesça et gagna la foule dans laquelle il se faufila sans mal, répondant rapidement à l'appel énergique de l'animateur qui interrogeait :

Qui pour tenter sa chance face à ce talentueux jeune homme ! Ne soyez pas timides, c'est votre dernière possibilité de gagner ce superbe prix. Ah ! Je vois qu'un courageux s'avance !

Non sans une légère grimace, Andréa parvint enfin à se glisser entre les deux jupes aux crinolines imposantes qui lui bloquaient le passage et déboucha, d'un pas sautillant, sur l'air de jeu. Les joues légèrement rougies de se voir soudain le centre de l'attention, ce fut avec un empressement maladroit qu'il tendit sa monnaie à l'organisateur. Ce dernier s'exclama :

Deux parties ! En voilà un brave jeune homme. Mais dis moi, quel est votre prénom mon garçon ?
A… Andréa.
Et bien Andréa, voyons voir si notre champion actuel est d'accord pour parier son titre et les deux places de restaurant contre vous. En deux manches gagnantes pour ce grand gaillard, cela vous tente-t-il Cygne ?

Le concerné, un jeune homme d'un âge probablement proche de celui d'Andréa, répondit par l'affirmative d'un hochement de tête énergique et si enthousiaste qu'il occulta la pâleur soudaine de son majordome. Ce dernier se pencha vers lui, désireux de lui glisser quelques mots, mais il n'en eut guère le temps, déjà l'animateur reprenait :

Il relève le challenge ! Andréa, vous allez devoir emporter ces deux manches pour obtenir ces invitations ! Votre fiancée sera radieuse si cela arrive, j'en suis certain !

Il accompagna sa déclaration d'un léger coup de coude au jeune homme dont le visage se teinta d'un rouge furieux. Andréa tenta de bafouiller quelques mots pour s'expliquer, mais cette timidité soudaine fit rire de bon cœur le forain, certain à présent d'avoir fait mouche. Aussi fut-ce d'une tape amicale dans le dos qu'il lui présenta son billard et les balles qu'il faudrait lancer.

Dix boules pour vingt-cinq lancers ! Celui qui fera le meilleur score remportera la première manche. Messieurs, c'est quand vous voulez !

Un coup d'œil amical entre les deux concurrents suffit à lancer la première partie.

Remis de ses émotions, Andréa se saisit de l'une des balles, la soupesa et la lança sur le plateau. Il fit mouche au premier essai avec dix points, un petit score face aux trente points de son adversaire, mais il débutait. D'ailleurs, il prit rapidement le pli, si bien qu'au septième lancer, il parvint à bloquer sa balle dans le creux tant désiré des cent points et s'empara brièvement de la tête. D'habitude si rêveur, il fit preuve d'une concentration exceptionnelle, le plaisir du jeu parvenant à lui faire oublier jusqu'aux commentaires excessifs du forain qui savait captiver ses foules.

Plus que cinq tirs chacun. Les scores proches obligèrent à user d'adresse et d'audace, prenant parfois le risque de déloger une balle d'une bonne place afin d'y placer une nouvelle et d'augmenter la mise. Les deux derniers lancers furent décisifs et, coup du sort ou coup de chance, une soudaine quinte de toux troubla l'ultime jet de Cygne dont la balle traversa le plateau jusqu'à en sortir. Avec vingt-cinq jolis points en plus à son score, Andréa fut déclaré vainqueur.

En voilà une sacrée surprise ! C'est le premier tir que manque le talentueux Cygne et il lui coûte la victoire de cette manche. Mais rien est encore joué, car Andréa va devoir réitérer l'exploit s'il veut remporter la mise. Prêts pour le second round ?

L'enthousiasme gagna définitivement la foule dont les encouragements allaient tantôt au champion, tantôt à son concurrent. Andréa en aurait certainement bombé le torse de fierté si un coup d'œil pour son adversaire ne l'avait pas alarmé. Les doigts crispés sur le cadre de bois du billard, une main portée à sa figure blême, seul un aveugle aurait pu passer à côté de la grimace douloureuse qui creusait le visage de Cygne. Son majordome s'était rapproché de lui et passait avec une force rassurante sa main sur son dos fébrile. Il lui murmurait quelques mots lorsque le louveteau s'avança :

Est-ce que tout va bien ? Vous voulez qu'on attende un peu pour…
Non ! Non ça ira. Ne vous inquiétez pas, le rassura Cygne. Ce n'était rien, nous pouvons reprendre !
Monsieur… souffla le serviteur.
Ne fais pas cette tête Archimède, je t'assure que je vais bien… Reprenons ! Et cette fois-ci, je ne me laisserai pas f…

Sa phrase s'acheva d'une nouvelle quinte, plus féroce cette fois. Elle agita tout son corps, le crispant à chaque fois que sa poitrine se soulevait. Il se soutenait sur la table de billard, mais ployait contre elle à mesure que ses forces l'abandonnaient.Par réflexe, la foule s'était resserrée autour d'eux, mais la présence d'esprit du forain, à défaut de pouvoir leur être d'un grand secours, eut tôt fait d'assurer un peu d'air à Cygne dont la toux empirait.

Est-ce que je peux faire quelque chose ? S'enquit Andréa qui, à son tour, masqua de sa main une nouvelle plume apparue sur le poignet de Cygne.
Il faudrait que nous rentrions, mais le cab de la maison est trop loin pour…
Venez au cabaret. Il pourra s'y reposer, vous y serez tranquille.
Je ne sais pas si…
C'est à côté. Nous allons vous aider. N'est-ce pas Snorri ?

Sans même avoir besoin de le chercher, le regard noisette d'Andréa trouva les iris de son chef de salle, attendant avec angoisse une approbation dont il était prêt à se passer si l'état de Cygne empirait. Peinant à reprendre son souffle, le pauvre garçon semblait au bord de l'épuisement tandis qu'Archimède se voyait dans l'incapacité de l'apaiser. Alors, craignant que la crise de son protégé s'aggrave, le majordome finit par se tourner également vers Snorri à qui il demanda :

Je vous serai à jamais reconnaissant si vous nous aidiez monsieur…


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Snorri Nummelin
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MessageSujet: Re: Pas de pomme sans pépins… [PV Snorri]   Dim 20 Aoû - 3:52



Snorri secoue lascivement la tête. Il ne se fait d’illusion, Andrea ne l’apprécie pas. On n’apprécie pas un patron qui vous houspille en silence tous les jours que dieu fait. On apprécie un patron quand on est un bon employé  parce que l’alchimie marche, que l’entente est cordiale. On apprécie rarement son employeur quand on est un employé passable ou un employé médiocre. Et puis leurs liens ne sont pas basés sur l’affection, ce sont des liens de travail qui les unit. Alors il ne comprend pas trop. L’affection, il la porte à sa ménagerie et à ses deux sœurs, rarement à d’autres membres de la gente humaine. Après tout, c’est comme ça, l’affection n’a pas de place ni dans son passé, ni dans sa vie de berseker. Mais il ne dit rien de plus, il ne répond pas. Andrea est un jeune homme et il faut que les jeunes hommes se perdent et apprennent la vie sans qu’on leur souffle en permanence ce qu’ils doivent faire. Andrea qui a des airs de lutins lorsqu’il se faufile au milieu des robes à corset en soie et velours et les chapeaux haut de forme de la foule. Snorri, lui, se poste en arrière de cette masse humaine. De par sa grande taille, il lui est possible de voir exactement ce qui se passe, notamment si Andrea n’essaie de se servir des deux grosses pièces pour tout autre chose que gagner ces repas au restaurant. On ne sait jamais avec lui. Il détaille aussi le frêle challenger de ces places. L’habit ne fait pas le moine, il le sait, cela s’applique avec une facilité déconcertante à lui-même. Mais on ne sait jamais, il y a quelque chose d’irréel chez cet homme et un type derrière semble veiller. Chasseur ? On ne sait pas. Veillons.

L’organisateur parle de fiancée, Snorri lève les yeux au ciel. Par Ilmatar, cet organisateur ne sait vraiment pas à qui et de qui il parle. C’est vrai, en somme. Ils ne sont que des inconnus. Une foule d’inconnu où on ne connait les intentions de personnes. D’ailleurs, chose étrange, Andréa a l’air plus normal que son adversaire, un dénommé Cygne dont le prénom fait tiquer Snorri. C’est …. Original comme nom. Pas souvenir d’avoir vu ce Saint chez les voisins orthodoxes, pas plus vu ce saint en terre catholique qu’est la France, pas plus lu une légende concernant un Cygne les parents du jeune homme aurait pu se référer, si ce n’est Léda et le cygne mais ce serait passer pour des originaux. Enigmatique. La partie se déroule bien, il y a même de l’amusement et au moins le louveteau se défoule, ce sera toujours ça de pris pour la survie des assiettes du Lost et autres objets fragiles qu’il pourra côtoyer sans casser. Par le plus grand des hasards, opération du saint esprit ou autres bondieuseries, Andrea gagne la première manche ce qui fait dire que ce gamin n’est absolument pas maladroit en fait. Dans la Lune. Ou alors il le fait exprès. Mais pas maladroit du tout. Cela amènerait une discussion ultérieure. Mais pas maintenant, le seul objectif présent, c’était d’obtenir ces fichus bons pour le repas.

Sauf que … Sauf que l’adversaire au nom de piaf d’eau commence à s’écrouler en quinte de toux que Snorri prend d’abord pour une crise d’asthme violente. Dans ses souvenirs de majordome, il en a vu, aidé à soigner alors il associe toujours ces quintes de toux à cette affection. Mais peut-être n’est-ce pas ça. Peut-être est-ce encore plus grave. Une seconde quinte de toux fait mettre à l’adversaire genoux à terre, signe qu’il n’y aurait pas de seconde manche. La foule se croit au théâtre, s’agglutinant puis reculant sous les gestes du forain, tandis que Snorri se sert de sa carrure pour se frayer de force un chemin vers le vide, derrière Andrea. Le maitre de cérémonie tente une remarque mais un grognement lui rabat le caquet sans autre forme de procès. Ce n’est pas le moment de discuter, l’urgence est là. Cependant, le finnois ne perd pas le nord, il a VRAIMENT besoin de ces coupons.

« Je ne crains, monsieur, que votre champion ne déclare forfait pour la seconde manche. Nous nous ne rejouons évidemment pas notre titre et je pense par un rapide calcul et Adam Riese serait d’accord avec moi, que vous êtes largement rentré dans vos frais. Plus serait péché. Le prix, je vous prie. »



Il attend, patient, nécessité fait loi, sondant le forain avant de reporter son attention sur le duo atypique. Il jauge l’animal malade aux cheveux blancs, estime mentalement son poids avant. Il tend son chapeau haut de forme à Andrea, ouvre un peu le haut de sa chemise avant de hisse l’homme à terre sur son dos, ses mains au niveau des hanches pour le soutenir. Reste cependant un problème.

« Andrea, tu vas au-devant de nous et tu préviens de notre arrivée. Tu nous ouvres une salle privée avec des fenêtres et sans odeur de tabac ou de fumée, tu sers des remontants et tu tentes de mettre la main sur la docteur, avec un peu de chance, elle sera en ces murs et ça nous évitera d’appeler quelqu’un de l’extérieur. »



Le plus important, c’était de prévenir. On était dans une heure sans client, il se peut que les étranges du cabaret se sentent pousser des ailes au sens propre et il serait vraiment bête que leurs obligé tombent nez à nez avec Lloyd se transformant en chat, Layth parlant de la vie il y a 3000 ans parce que c’était mieux avant ou Mary fusionnant avec le mur sur demande de son maître. Pour ne citer que le personnel non artiste. Snorri commence à se mouvoir, faisant signe au majordome de suivre. Arrêt. Il a oublié quelque chose dans ses recommandations … Mais quoi …Ah si.

« Et surtout, tu ne perds pas mon chapeau ! »



Avec une lueur d’espoir pour ledit chapeau.
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Andréa Eyssard
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MessageSujet: Re: Pas de pomme sans pépins… [PV Snorri]   Dim 3 Sep - 20:15

Si Snorri eut la gentillesse d'apporter son aide, il eut également l'indélicatesse de réclamer son prix. Prix injustement acquis au détour d'une manche fort peu égale selon Andréa, qui étouffa toutefois ses remarques derrière ses lèvres pincées. Dans un moment comme celui-ci, le jeune homme ne pouvait pas risquer de froisser le chef de salle. Il le laissa d'ailleurs prendre la relève non sans un soupir de soulagement, récupéra son chapeau et acquiesça à chacune de ses requêtes. Le Berserker pourrait se venter d'avoir retenu l'attention du louveteau comme jamais auparavant ! Pas une de ses paroles ne fut perdue au détour des distractions, pourtant nombreuses, de la petite place.

Compris !

Il allait s'éloigner, mais un coup d'œil vers le malade le fit hésiter. Le regard noisette du garçon s'arrêta sur les poignets de Cygnes où il fut surpris de ne plus y trouver la moindre trace de plumes.   Avait-il rêvé ? Dans le doute, il se convainquit d'ajouter quelques mots à voix basse pour son supérieur.

Je… Je crois qu'il est comme nous. Vous devriez surveiller ses mains.

Andréa ne pensa pas à donner plus de détails et, récupérant le panier plein de leurs emplettes, il s'élança en direction du cabaret. Il avait atteint le coin de la rue lorsqu'il se rappela de la mise en garde de Snorri et s'exclama en agitant le haut-de-forme :

Et je ferai attention !

En même temps qu'il prononçait ces mots, son bras négocia un mouvement trop ample pour l'espace donné et le couvre-chef heurta le mur à proximité. Le louveteau l'en éloigna aussitôt, l'épousseta en vitesse avant de reporter son regard sur le guerrier nordique. Un sourire timide s'étira sur ses lèvres. Il se contenta cette fois d'un petit signe de la main, puis détala aussi sec de crainte d'essuyer une tempête scandinave.

Son pas vif et rapide l'emporta facilement au travers des ruelles pour le conduire jusqu'aux quais  animés du va et vient des péniches et autres bateaux de marchandises. Une bise chaude mélangeait ce patchwork olfactif en un parfum indissociable du fleuve parisien qui se glissait sous les ombrelles et les chapeaux. Le sien bien enfoncé sur ses cheveux de jais, Andréa s'engagea sans crainte sur le Pont au Change, traversa l'Île de la Cité et rejoignit en un instant la place Saint-Michel. Il dut s'y faufiler habillement à cause d'un accident de cab sans gravité, mais qui encombrait la circulation. Il déboucha enfin sur la rue Saint-André des Arts, parcourut les derniers mètres qui le séparaient de l'enseigne flamboyante du cabaret et se glissa sous son porche avec l'aisance des habitués.
Une minute plus tard, son panier chargé trônait sur le plan de travail du maître coq, son chapeau et celui du chef de salle négligemment abandonnés au-dessus des choux-chinois. La silhouette filiforme du louveteau avait disparu plus tôt entre les portes battantes de la cuisine pour être avalée, l'instant suivant, derrière le pan de bois écarlate d'une salle privée. Cette dernière donnait sur la cour du cabaret. Pas de bruit, peu d'odeur autre que le parfum des lieux et le divan le plus confortable qui soit.
Dans son empressement à bien faire, Andréa avait également dévalisé le bar sous le regard médusé de Celenna qui, piquée par sa curiosité, l'avait suivi dans la petite pièce. Elle l'observa avec surprise disposer sur la petite table un nombre exagéré d'alcools et finit par s'enquérir :

Tu comptes te saouler jusqu'à ce que mort s'en suive ? Tu sais que tu n'as pas l'âge pour boire et puis, ne compte pas sur moi pour tout ranger après !
C'est pour aider quelqu'un, répliqua le louveteau en quittant à nouveau la pièce pour aller chercher des verres. Il est malade. Snorri m'a dit de préparer un remontant.

La demoiselle ne le quitta pas d'une semelle et haussa les sourcils suite à ses révélations. Elle ne savait pas encore ce qui l'étonnait le plus : que Snorri accepte de ramener un étranger au cabaret ou que le jeune loup songe qu'un sirop de cassis puisse faire office de « remontant ».

Un verre de brandy aurait suffi, lâcha la démone en croisant les bras.
J'ai pris la bouteille ?
Non. C'est celle à ta droite, couleur dorée. Hé ! Tu fais quoi avec mes verres ?
Bah… C'est pour qu'ils puissent boire.
Mais ce sont trois verres différents !
C'est juste pour boire ! Protesta Andréa qui se fichait éperdument de servir un whisky dans un verre de vin.

Il aurait pu traiter Celenna de « vieille moche » qu'elle ne lui aurait pas accordé un regard plus noir. Elle s'arracha violemment à son immobilisme et lui ôta les verres des mains. Le jeune loup voulut protester, mais elle le chassa de derrière le bar d'un coup de pied aux fesses, s'exclamant :

Je m'en occupe ! Va plutôt chercher Adam.
Dolores n'est pas là ?
Je ne pense pas, sinon elle serait passée pour essayer de trouver mon âge.
Douze mille ans ?
Je suis pas une momie non plus ! Bouge !

Le louveteau déguerpit et descendit au sous-sol où se situait l'infirmerie. Il y trouva l'assistant de la doctoresse en pleine rédaction d'un rapport, le salua et s'enquit des disponibilités de la savante. Adam remonta doucement ses lunettes avant de répondre :

Elle est p-partie pour d-deux jours. Elle va rendre visite à une jeune m-maman harpie en périphérie de la capitale. Elle a eut des t-triplés.
Mince…
Un p-problème ?

Andréa lui expliqua rapidement leur situation. Adam se porta aussitôt volontaire pour les aider, curieux et peut-être un brin excité de rencontrer ce mystérieux jeune homme dont la peau se couvrait de plumes. Le louveteau retrouva le sourire. Il le remercia et monta avec lui à l'étage en lui expliquant où devait être installé le malade. Sur sa route, il croisa Celenna qui l'arrêta discrètement à un mètre à peine de la salle :

Ils sont arrivés. Je te préviens, j'ai fait ce que j'ai pu pour les boissons.

Le jeune homme se contenta d'acquiescer, puis s'aventura sur le seuil de la porte. Il découvrit avec stupeur la petite table basse parfaitement agencée de quelques boissons sélectionnées avec soins, en plus de tous les verres nécessaires alignés par ordre de taille. La démone avait poussé la perfection jusqu'à proposer deux assiettes, l'une salée, l'autre sucrée, au cas où le malheureux souffre uniquement d'un petit manque alimentaire. Andréa tourna vers elle un regard décontenancé auquel elle répondit d'un sourire :

Tu m'en dois une ~

Il acquiesça et, après avoir passé une main gênée sur sa nuque, entra à son tour dans la pièce, s'enquérant timidement de la santé de Cygne.

H.R.P :
 

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Pas de pomme sans pépins… [PV Snorri]

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