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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 Dragon y'a pas de lézard, nous ne parlons pas la même langue ! [PV Narcisse Williams]

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Aldrick Voelsungen
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MessageSujet: Dragon y'a pas de lézard, nous ne parlons pas la même langue ! [PV Narcisse Williams]   Sam 15 Aoû - 0:28

Ce qu'il pouvait détester les mioches insomniaques ! Qu'ils n'aient pas sommeil, c'était une chose, mais qu'on le dérange au milieu de la nuit sous prétexte d'avoir cru assister à une prétendue chasse aux sorcières...
Le brun pesta une nouvelle fois, cela faisait un bon quart d'heure, qu'il tournait sans vraiment trouver quoique ce soit d'alarmant, mis à part le bruit du vent dans les arbres, enfin pour peu que ça ait jamais était le cas de nuit. Dans son malheur, sa seule chance résidait dans la trouvaille de ce qui semblait être une pièce d'argent assez conséquente. Par réflexe, il l'avait fourrée dans sa poche, mais cela ne suffisait guère à palier à sa mauvaise humeur. Rageant en songeant à une farce déplaisante, l'agent allait faire demi-tour quand cette fois, une odeur qu'il ne connaissait que trop bien lui fit relever la truffe. Une odeur de sang.


- Dépêche-toi, bougre d'âne ! Faut pas trainer !
- Ça va, Sullivan, lâche moi, tu veux ? Ou alors file moi la main et tu arrêtes de râler ! C'est qu'elle se défend bien la vermine.
- C'est ton boulot ça Tilio !

Caché derrière un arbre, Aldrick observa la scène en analysant les alentours sans comprendre ce que cherchaient à faire les deux gaillards. Il n'y avait rien par ici, quelques arbres tout au plus. L'un des deux hommes était grand et sec, mais à la carrure robuste, vêtu d'un long manteau noir, il paraissait n'avoir plus beaucoup de patience en stock, mais pas mal de cicatrices sur le visage. L'agent se redressa, épousant un peu plus la forme verticale du conifère derrière lequel il était caché. Pour sûr, ce gars avait de l'instinct ! Ou du moins de l'expérience. Il patienta un peu les entendant se disputer encore.

- Fichue boue ! Faut toujours que ça s'immisce là où il ne faut pas !
- Tchut ! Crie encore plus fort va ! Déclara l'ainé en posant un doigt sur ses propres lèvres, tout en baissant d'un ton malgré sa vive colère. On n’a pas eu assez de soucis aujourd'hui faut que t'alerte la populace !
- D'une, c'est moi qui ait couru, et de deux, y'a personne ! Arrête un peu Sulli, tu vas finir chauve !
- Je préfère finir chauve et rester en vie, tu vois. Un instant d'inattention et BIM !
Son comparse soupira, lassé, achevant comme une leçon connue par cœur :
- ... Ensuite, tu te retrouves avec un œil en moins, oui, oui, je sais.

Le policier se risqua à détailler le deuxième homme, plus menu, plus petit aussi, légèrement voûté. Ce qui frappait en premier lieu pourtant était son nez aquilin qui paraissait de biais, car il renvoyait l'image inconsciente d'un vautour.
Dans le sac de toile, la forme bougea, mais ils étaient trop loin, impossible avec ce vent de vérifier si ce qui se mouvait à l'intérieur était humain ou non. D'autant qu'un bruit sourd ne tarda pas à s'immiscer entre eux, comme quelque chose de très lourd qui serait déplacé assez lentement.


- C'est pas trop tôt. Allons-y !

Tilio opina et suivi sans broncher, portant d'une main le sac sur son épaule après y avoir assené quelques coups. Soudain, ils disparurent du champ de vision de l'agent dont le cœur s'affola. Faisant fi de la prudence la plus rudimentaire, Aldrick s'avança en courant vers le lieu où se tenaient auparavant les deux autres. Ne s'arrêtant que lorsqu'il découvrit deux autres pièces d'argent à l'entrée de ce qui semblait être un des nombreux souterrains du château. Hésitant un peu, le lycanthrope observa autour de lui, puis finit par descendre précautionneusement les marches de l'escalier.

Débouchant dans un large tunnel aux parois terreuses, le loup s'étonna de trouver là des emplacements pour des torches, dont il ne restait que des supports vides.


*Combien sont-ils donc à emprunter ce passage ?*

Se laissant guider par son flair, il poursuivit tout droit, sursautant quand le passage se referma derrière lui sans qu'il ne distingue personne.

*Ça se referme tout seul ? Eh bien, c'est plus perfectionné que je n'aurais cru !*

Reprenant sa filature, il erra ainsi durant de très longues minutes, bifurqua souvent, s'étonnant que le passage soit si sinueux, avant de finalement rattraper les deux hommes. Quand enfin ce dédale de galeries et de salles parut aboutir sur l'emplacement qui les intéressait, Aldrick fronça les sourcils en reconnaissant une odeur familière. Mais ce qu'il vit le stupéfia tant qu'il ne sut que penser.

Au centre d'une immense pièce, probablement une extension des cachots sous le château, trônait un dragon imposant à l'éclat d'un bleu ciel troublant. Surplombant majestueusement un monticule de pièces dorées, où s'amoncelait aussi divers objets brillants en tous genres, le légendaire posa un regard perçant sur les deux nouveaux arrivants, semblant trépigner d'impatience à la façon dont il fouettait l'air de sa queue.


- Alors ? La récolte a été bonne ?

Derrière la créature, des cris de crainte étouffés s'élevèrent. Ils furent rapidement remplacés par des toussotements, alors que de ses naseaux s'échappait une épaisse fumée grisâtre, qui se propagea dans la pièce, masquant sans mal le reste de l'espace où il se pavanait.


Spoiler:
 

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« C'est incroyable : le nombre de mensonges qui sonnent comme une vérité
et le nombre de vérités qui sonnent comme un mensonge... »



 


Dernière édition par Aldrick Voelsungen le Jeu 29 Mar - 22:23, édité 1 fois
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Narcisse Williams
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MessageSujet: Re: Dragon y'a pas de lézard, nous ne parlons pas la même langue ! [PV Narcisse Williams]   Dim 6 Sep - 22:56

Le bois de Vincennes avait, la nuit, cette aura ésotérique d'un lieu qui ne souffrait d'aucune emprunte humaine. Il avait une identité propre, une atmosphère et un caractère que nul ne changerait jamais. D'aucun eurent pu trouver cet endroit apaisant, alors. Apprécier le son perpétuel de la brise nocturne entre les feuilles, l'obscurité vorace qui enveloppait la forêt et la multitude de légers bruits qui s'élevait des profondeurs, loin du sentier. Narcisse, lui, se sentait oppressé. Dans les ténèbres il voyait une opportunité pour quelqu'un de malhonnête de se dissimuler. Dans le silence il percevait la menace de la solitude. Personne ne t'entendra, semblait lui souffler le vent, car personne n'est là. Les sons, causés selon toute vraisemblance par la vie animale qui s'éveillait après la mort du soleil, sonnaient à ses oreilles comme autant de dangers. Au milieu de tout cela, il était perdu. C'était une certitude qu'il ne pouvait guère nier, après plusieurs heures à errer dans un parc dont il pensait trouver la sortie avant la tombée du jour. Et il était sûr d'être passé devant cet arbre à la forme étrange, dont les branches paraissaient saluer le randonneur égaré.

Poussant un bref soupir, le jeune homme tira sa montre à gousset de sa poche de pantalon. Il était plus de minuit. Une heure à laquelle nul ne s'aventurait plus dans les bois à moins de chercher des ennuis. Il se pinça la lèvre dans un tic nerveux, conscient d'être livré à lui-même avec pour seul choix de trouver un moyen de rentrer ou de passer la nuit ici. Sa préférence était évidente, bien qu’entachée par la certitude que son patron allait lui demander de rendre des comptes. Un froncement de sourcils s'installa durablement sur le faciès de Narcisse, à la fois frustré et inquiet de son sort. De toutes les bourdes, il avait fallu qu'il se perde dans un parc. Un second soupir lui échappa tandis qu'il se résignait à reprendre son chemin. La manière la plus simple de sortir de ce labyrinthe était d'avancer tout droit et, rencontrant une barrière, de sauter par dessus. L'avantage d'être acrobate se trouvait parfois dans ce genre d'accomplissements.

Deux heures plus tard, il dut en venir à l'impitoyable conclusion que cette méthode n'était pas plus efficace que la précédente. Et cette fois-ci, plus de sentiers en vue. Maudissant sa propre stupidité, il reporta sa colère sur un pauvre caillou qui croisait son chemin. La roche prit son envol tandis qu'il passait une main rageuse dans sa chevelure. Son incroyable frustration semblait se nourrir de sa nervosité croissante pour se transformer en ignoble monstre, dévorant tout sur son passage. Il avait envie de frapper quelque chose – peut-être lui-même. Crispant et décrispant sa mâchoire, il entreprit de se calmer. Inspirer, expirer et ainsi de suite, il insuffla de l'air bienfaisant dans ses poumons avec l'espoir de parvenir à retrouver la paix. Foutaises, songea-t-il. Comment se détendre lorsqu'il était entouré de bruits divers, lorsqu'il avançait avec la certitude de ne rien trouver d'autre que des individus peu fréquentables, lorsqu'il savait pourtant que s'arrêter, c'était se mettre en danger ? Il tritura de nouveau sa lèvre inférieure, sentant une profonde angoisse mettre la main sur ses entrailles et les tordre cruellement. Il voulait rentrer. Il voulait se sentir en sécurité au sein d'une communauté qu'il avait fini par considérer comme une seconde famille. Il voulait retrouver les murs chaleureux du Lost. Un énième soupir franchit ses lèvres et il passa une main lasse sur son visage.

Soudain, des bruits. Différents de ceux qui l'entouraient depuis plusieurs heures. Des bruits d'hommes. Au pluriel. Des chuchotements, entrecoupés de silence. Narcisse fit volte-face, le cœur battant furieusement contre sa poitrine. Ils s'approchaient. Lançant un rapide coup d’œil de part et d'autre du semblant de passage qu'il empruntait, l'acrobate se précipita vers un épais tronc d'arbre, ses pas de velours silencieux contre le sol forestier. Plus un mot ne s'élevait. Il n'entendait plus rien d'autre que les sons du bois qui vivait et, l'espace d'un instant, il crut avoir rêvé. Mais les pas qui faisaient craquer les branches ne lui laissèrent aucun doute. Ils étaient là. L'estomac du jeune homme se retourna. De légers frémissements agitèrent ses doigts, crispés contre l'écorce. Des prières résonnèrent dans son esprit. Faites qu'ils ne me voient pas, faites qu'il ne me remarquent pas...

« Tillio. »

On courrait. Vers lui. Narcisse ne perdit pas une seconde. Fuir. L'intention imprégnait le moindre de ses mouvements, nourrissait les battements frénétiques de son cœur qui s'affolait contre ses côtes. Sans efforts, sans mesure, il bondit par dessus les troncs, contourna les arbres et enjamba les barrières. Ses pas étaient rapides et fluides contre le sol instable. Il ne pesait plus rien, volait entre les arbres. Son souffle était assourdissant contre ses oreilles. La peur pompait dans ses veines et le dévorait de l'intérieur, donnait de la vigueur à l'adrénaline qui le poussait toujours plus loin, toujours plus vite. Derrière lui, l'homme suivait. Il était pris en chasse. Cette pensée l'eut fait vomir s'il n'avait été occupé à s'échapper. Partir. Accélérer, encore. Ses pieds touchaient à peine le sol. Les plantes fouettaient son corps sur son passage trop rapide. Il discernait à peine ce qu'il faisait. Au devant il y avait un chemin. L'information fit planer un vent d'espoir sur lui. C'était sa chance. Il devrait lui faire confiance. Avancer, toujours.
Mais sur le chemin, il y avait une silhouette.
Ses entrailles se révulsèrent tandis qu'il parvenait à un arrêt si abrupt qu'il en perdit presque l'équilibre. Non. Impossible. Il n'avait pas pu... C'était...
L'unique œil de l'homme se tourna vers lui, impassible. Aucune trace de doute. Il savait qu'il le tenait. Et Narcisse ne pouvait même pas nier. Il fit un pas en arrière, horrifié par la réalité qui s'effondrait sur lui. Il était fait comme un rat. Tremblant, il voulu marcher, s'enfuir, tenter du moins. Mais un bras s'enroula autour de ses épaules. C'en fut trop pour lui. Tout ceci, cette situation, ces types, c'était un cauchemar devenu réalité, un cauchemar qu'il ne voulait pas vivre, jamais, jamais, jamais. Alors il enfonça son coude juste sous les côtes de son agresseur.

« Lâchez-moi ! »

Un ordre, une supplique. Il était au bord des larmes. Le grognement que poussa Tillio ne lui apporta pas même une once de réconfort. Il y avait une promesse dans le regard qu'on lui adressa, une promesse de vengeance. Narcisse, soudain, se sentit minuscule. Impuissant. Il ne pouvait rien faire contre cet homme là. Si peu. Cette certitude lui déchirait la poitrine mais elle était indubitable. Face à la violence que respirait le faciès couvert de cicatrices, il n'était rien.

Le coup qui l'envoya au sol ne fut pas une surprise.
Le jeune homme laissa patiemment la douleur venir, sans chercher à la faire cesser. Il porta une main tremblante à son nez ensanglanté et, comme en transe, observa le liquide pourpre s'écouler le long de ses doigts. Comme appelés, les souvenirs remontèrent. Il revit les corps, le feu, se souvint de la peur agonisante et de la solitude écrasante. Il se rappela du sang qui ensevelissait tout, repeignait tout dans un tableau macabre dont il était la seule couleur. Du rouge. Partout.
Lorsqu'on le tira en arrière par les cheveux, il en fut presque reconnaissant. C'était une pente dangereuse qu'il traversait là. Nocive. La réalité était préférable pour le moment. L'acrobate reprit lentement son souffle, haletant contre la panique qui menaçait de l'engloutir. Allait-il mourir ? Ses tremblements s'intensifièrent, ses yeux brûlèrent des larmes qu'ils tentaient de contenir.

« S'il vous plaît... »
« Tilio, on n'a pas que ça à faire. »
« Oui bah t'as qu'à m'aider aussi ! Je te vois bien courir après lui tiens ! »
« Chhhh ! »
« On ira plus vite à deux Sulli, alors si tu veux tant te dépêcher tu sais ce qu'il te reste à faire ! »

L'emprise du plus grand passa de sa chevelure à ses épaules et, misérablement, il tenta de se dégager. Il ne voulait pas se laisser faire. Au moins cela, il se le garderait. Ses tentatives seraient ridicules, vaines sans doute, il n'en avait que faire. S'il ne lui restait qu'une unique chose, il choisissait celle-ci.
Tillio, loin de s'évertuer à le ramener à lui, profita de son élan pour le pousser au sol. Ses larges mains ramenèrent ses poignets ensemble et il entreprit de les attacher malgré les résistances du dragon. Une panique grandissante saisit la gorge de Narcisse. Il se sentit faiblir dans les mains de ses agresseurs tandis qu'on liait ses chevilles, ne lui laissant aucune marge de manœuvre, aucun espoir. Un sanglot lui échappa :

« Arrêtez, je vous en prie, arrêtez ! »
« Fais-le taire. Je n'veux pas qu'on nous repère à cause de ses jérémiades, entendu ? »

On le redressa sans plus de commodités pour enfoncer un tissus dans sa bouche. Le jeune homme ferma obstinément ses lèvres, conscient toutefois qu'il ne pourrait ainsi résister qu'une brève minute. Une minute qui ne manqua toutefois pas d'agacer Tilio. La patience de son agresseur semblait s'amenuiser minute par minute. Outre la peur et les larmes, l'acrobate sentit une goutte de satisfaction perler dans son cœur. Il tremblait comme une feuille, impuissant, terrifié, mais même ainsi, même dans cet état lamentable et pitoyable, il pouvait encore agir. D'une certaine manière, ce constat était rassurant. Le calme ne fut cependant que de courte durée. L'air ne tarda pas à lui manquer et, combiné à la douleur provoquée par le pincement que « Sulli » imposait à ses narines, il fut contraint de céder. Le bâillon était inconfortable. Étouffant. Terrifiant. Son dos s'arqua par réflexe et il tenta de détourner la tête, en vain. Les larmes baignaient son visage ensanglanté et il ferma les yeux, désireux de fuir à tout prix la réalité qui l'accablait.

On passa quelque chose sur sa tête, puis son corps entier fut englouti. L'espace d'un instant il ne comprit pas et, rouvrant les yeux sur un néant ténébreux, paniqua. Le tissus contre sa peau, comme un assaillant. Il se voyait étouffer, souffrir, mourir. Cruellement, et dans l'anonymat le plus total. Mais il se raisonna. Le tuer, pour le moment, ne semblait pas la priorité de ses assaillants, et si lui faire du mal ne les gênait vraisemblablement pas, ils n'étaient jusqu'à présent pas allés trop loin. Même son nez, qu'il sentait gonfler et qui allait sans doute vilainement bleuir dans les prochaines heures, ne paraissait pas cassé. Un choix s'offrait désormais à lui : se laisser faire et espérer qu'on ne lui voulait rien de mauvais, ou résister et trouver un moyen de s'échapper en prenant le risque de mettre Tilio en colère. Une colère dont il avait déjà goûté l'amertume. S'il prenait en compte l'aisance avec laquelle l'homme souleva le sac dont il était prisonnier, il n'avait guère eu qu'un aperçu de sa potentielle violence. La seule pensée de ce qu'il pouvait faire lui retournait l'estomac. Tremblant, il tenta de respirer au travers du bâillon et du sang, de se calmer,de ne pas céder à la terreur qui menaçait de le consumer. Plus facile à dire qu'à faire. Frénétiquement, il tira sur les cordes qui l'entravaient. En vain. L'angoisse broya son corps, sans merci, sans pitié et, de nouveau, il fut pris de l'inextricable envie de supplier. D'implorer. De trouver de l'espoir dans la compassion de ses agresseurs. Mais il ne se faisait pas d'illusion. D'espoir il n'y avait pas, pas auprès de ces gens là. Il ne pouvait compter que sur lui-même, là, dans ce sac, attaché. Personne ne viendrait. Qui viendrait ? Sa gorge se serra désespérément mais il se força à serrer des poings. C'était une bataille qu'il avait mené trop longtemps contre lui-même : il était temps pour lui d'agir. La première étape était de se détacher, ou du moins de trouver un moyen de se mouvoir plus librement. Pour ce faire, une seule arme : son corps. Il en avait fait son métier, l'avait forgé chaque jour pour en faire un souple cordon qu'il pourrait bouger à sa guise. S'il était un moment pour en prouver les capacités, il était venu. Il arqua son dos au maximum, libérant un espace entre ses bras attachés et son bassin. Un espace suffisant, il l'espérait du moins, pour glisser son pied droit. Ce fut un exercice compliqué et douloureux. Les liens tiraient sur la peau à mesure que celle-ci les contraignaient à se tordre sur eux-même et chaque étape se faisait un peu plus compliquée. L'attache qui nouait ses chevilles ensembles rendait l'opération plus pénible encore. Mais cela ne l'arrêta pas. Cela ne l'arrêterait plus. Cela ne l'avait jamais arrêté. Il devait simplement se convaincre, se persuader que tout ceci n'était qu'un simple numéro. Un spectacle qu'il s'offrait à lui-même. Il était acrobate : tout ça, c'était ce qu'il faisait tous les jours. Alors il y parviendrait.

Du moment où il réussit à passer ses bras au devant de son torse, tout s'accéléra. Il n'eut le temps de rien comprendre, de rien faire. À peine avait-il comprit qu'il était désormais à l'intérieur qu'on le jetait sur le sol. Le sol, lui, était froid. Glaçant. Humide. Il respirait l'atmosphère terrifiante de l'endroit. Il projetait en lui l'image d'un rendez-vous avec la mort. Il le terrorisait. Ce contact, ce simple contact, et soudain sa confiance n'était plus. Sa respiration se coinça dans sa gorge et il s'étouffa, toussa contre le bâillon qu'il s'empressa de s'arracher. Une inspiration essoufflée, et le silence. Écrasant. Narcisse, doucement, se redressa. Le mouvement étendit le sac qui s'ouvrit à peine. Là, à portée de main, si près, se trouvait une pierre. Dans le noir, elle brillait. Son éclat l'illuminait, l'hypnotisait, le rassurait. Tel un diamant, elle paraissait tranchante... Suffisamment tranchante pour le défaire de ses liens. Brusquement désespéré de se l'approprier, il tendit bien vite le bras. Ses doigts se refermèrent sur l'objet en même temps que ceux de Tilio sur son épaule.

« Alors ? La récolte a été bonne ? »

Une hésitation, puis un voile de brume et une odeur si familière qu'il ne peut mettre le doigt dessus. Peu importe, il n'avait pas le temps de s'en préoccuper. Il se dégagea de l'emprise assassine qui le maintenait en place et, frénétiquement, se rua sur ses entraves. La force décuplée par la rage et la peur, il appuya contre la corde, la scia, la frappa. Lorsqu'elle fut affinée il se résigna à l'arracher. Pas le temps. Plus de temps. Il se glissa hors du sac en toussant, les bronches irritées par la fumée, terrifié. Il cilla sur ses jambes, se redressa. Courir. Il lui fallait...

Il vit. Il vit la masse imposante et si profondément semblable à ce qu'il avait toujours connu. Il remarqua les écailles, sentit le regard reptilien désormais posé sur lui, comprit l'odeur de souffre dans la brume.
Un dragon. C'était un dragon. Cet être si terrifiant qui le menaçait de son simple nom était un dragon. Un congénère. Ses yeux s'écarquillèrent et il resta bêtement coi, figé, incapable de réagir à une réalité qu'il peinait à capter. Un dragon.

« … Quoi ? »

Sa voix était chétive, minuscule face à cet être gigantesque qui l'observait désormais de ses yeux rougeâtres. Son pouls s'accéléra au creux de sa poitrine. Il ne comprenait pas. C'était impossible. Tout ce temps à penser qu'il était seul, à en être persuadé et se trouver ici, entouré de deux malfrats dont le maître n'était autre qu'un... un semblable. Il se sentit soudain faible. Devait-il être heureux ou plus terrifié encore ? Comment devait-il réagir ? Ses entrailles paraissaient se consumer. Il tremblait.

« Tilio. Ses bras sont devant son buste. Tu peux m'expliquer ? »
, persifla Sullivan.
« C'est pas moi Sulli, j'te jure ! J'y suis pour rien ! »

La fumée s'était estompée en même temps que la paix. L'intéressé saisit sa nuque d'une main et le força à reculer d'un geste qui oubliait toute subtilité. Narcisse n'eut même pas la présence d'esprit d'être apeuré. Il était obnubilé par cet individu dont il ne savait rien mais qui, déjà, brisait ce en quoi il croyait. La montagne d'or, les bandits, ce semblant de sourire sur la mâchoire acérée, autant d'indices qui apportaient en lui la certitude de ne faire face à rien de plus qu'un fumier. Une honte à la face de son espèce. Avait-il seulement conscience du danger dans lequel il plongeait les dragons ? Non, sans doute que non. Ses poings se serrèrent tandis que peur et rage se mêlaient pour dévorer son cœur.

« Vous... Pour qui vous prenez-vous ? »

Une furie extraordinaire battait dans ses veines. Partout sur son chemin elle le consumait et laissait derrière elle un brasier fumant. Il se sentait à la fois terrifié par son congénère, incertain de ce qu'il était prêt à lui faire pour atteindre son but, conscient qu'être un dragon pourrait fort bien ne rien signifier aux yeux de son agresseur, et enragé par la réalité que tout ce qu'il venait de subir avait été engendré par la cupidité de l'un des siens. Ses émotions menaçaient de le noyer sous leur poids écrasant.

« À quoi jouez-vous ? »

Incrédule. Colérique. Nerveux. Il ne savait plus que faire ou que penser. Désormais ses instincts seuls menaient la danse et il était certain de n'être qu'un pantin entre les doigts de ses assaillants. Cette réalité, plus que tout, le mortifiait et l'accablait. Tout ce qu'il souhaitait c'était rentrer. Oublier le bleu grandissant qui colorait son visage, oublier les entraves autour de ses poignets, l'horreur de cette soirée de cauchemar, et retourner au cabaret. Tillio le secoua un peu, par plaisir ou pour vérifier qu'il n'allait pas s'évanouir, il n'en était pas sûr.

« Relâchez-moi. Je veux que vous me relâchiez. »

Le gigantesque corps du dragon ondula avec une grâce ô combien familière qui lui fendit le cœur et il se trouva face à la tête massive de cet être qui ne lui voulait aucun bien. Il le remarqua, cet air satisfait.

« Je crains que nous ne puissions accéder à votre requête... »
, annonça le maître des lieux.

Le monde de Narcisse s'effondrait.

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Aldrick Voelsungen
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MessageSujet: Re: Dragon y'a pas de lézard, nous ne parlons pas la même langue ! [PV Narcisse Williams]   Jeu 31 Mar - 23:58

*Il y avait vraiment une chasse aux sorcières ?* S'étonna Aldrick en son for intérieur en voyant un corps dégringoler du sac.

Mais là où il s'était attendu à trouver enchainé lourdement un mage plus ou moins âgé, il découvrit un corps chétif et gracile. Il lui fallut plusieurs secondes pour identifier les longues mèches blanches qui masquaient partiellement le visage de Narcisse Williams.
Le loup grimaça. Ce gosse avait vraiment tous les ennuis du monde ! Rien qu'avec les coups fourrés d’Élise il n'avait pas besoin d'ennemis ! Alors que faisait-il coincé avec ces types ?

L'animal massif avisa ensuite le visage déconfit de l'acrobate, avant qu'un rire -ou ce qui devait s'en apparenté- ne s'échappe de sa gorge. D'un mouvement de patte, il décala le jeune homme, pour s'intéresser au contenu du sac. Quelques pièces d'or en chutèrent, et il agita sa queue d'un air agacé.


- C'est tout ?
- Y'en avait pas beaucoup. Ça commence à se faire rare.
- C'est une plaisanterie ?
- Y'a eu le gamin aussi !
- Ce cure dent ? Qu'en ferais-je ? Un silence ponctua le propos avant que son œil froid ne semble les analyser en les jugeant. Il vous a vu, c'est ça ?
- Ben...
- INCAPABLES !

Mécontent, le légendaire cracha des flammes autour de l'étrange trio. Un feu d'un bleu singulier embrassa le sol, avant de croître jusqu'à atteindre un bon mètre de hauteur et de finalement arborer une couleur dorée. Un cri de surprise s'était élevé derrière le reptile, signe que d'autres personnes n'en étaient pas rassurées.

Le commissaire serra les dents. Ne sachant comment aborder la situation à présent. Il ne distinguait aucune trace d’eau autour pour permettre à Narcisse de se frayer un chemin. Mais à ça grande surprise,  les flammes semblèrent diminuer sans que personne ne soit intervenu.
 

- Et si je vous mangeais tous les trois, hum ?

La langue fourchue claqua dans l'air tel un fouet, un avertissement de plus.
Le lycanthrope fronça les sourcils, réfléchissant à toute allure.


*Il peut les contrôler selon son bon vouloir ?*

Dans l'arène enflammée pourtant, les gars ne bronchèrent pas tellement. Le plus âgé, argua seulement en éloignant la main de son comparse de son épaule.

- Vous ne pourrez pas vadrouiller tel que vous le souhaitez ainsi. Il vaut mieux que ce soit nous qui nous occupions de trouver l’or…

Un regard mauvais suivit la réplique et nul doute que sans ses réflexes, Sullivan n'aurait plus disposé de ses deux jambes comme il l'entendait. Les griffes du légendaire lacérèrent le sol sur plusieurs mètres.

- N'abuse pas de ma clémence, humain !

La haine tonnait dans ce dernier mot. Orgueil et dégoût paraissait s'y mêler. La bête gronda, avant de se pencher, semblant avoir repérer quelque chose d’intéressant  et de sa patte, se saisit de Narcisse avec désinvolture. Le soulevant comme s'il ne pesait guère plus qu'une plume, il souffla contre son visage ensanglanté.

- Tu transpires la peur. ~

Soudain, un violent coup envoya Sullivan valser près du cercle de flammes, tandis que le légendaire, d'un air satisfait, ramena sa queue le long de son corps. Il en profita pour rapprocher les pièces dorées qui jonchaient le sol, jusqu’à ce qu’elles regagnent leurs consœurs. Sa voix moqueuse glissa ensuite :

- Si je t'accrochais par là ? Je pourrais te faire rôtir.

Un air mauvais sembla s'immiscer sur le museau de son interlocuteur, dont les iris cherchaient une attache assez solide pour l’acrobate.

- J'aime la viande bien cuite, ça tombe bien. ~
- Vous… Comptez le manger ?

Une grimace de dégoût passa sur le faciès de l’animal, qui en montra les crocs.

- C’est vrai que ce n’est peut-être pas raisonnable. Qui sait où ça a trainé, après tout. Toi en revanche…
Objecta le légendaire d’un air carnassier.
- Que… NON !

Les flammes se dissipèrent totalement, laissant juste à Tilio l’opportunité de s’éloigner tout en arguant :

- Le petit a sûrement meilleur goût !
- Quel argument de choix… Soupira le plus imposant lassé de la sottise humaine.

Refermant ses griffess sur le corps de Tilio, le légendaire laissa sa langue glisser contre la figure de l’acrobate, avec une lenteur calculée avant de se décaler brusquement. La détonation avait résonné dans toute la pièce, la balle se figeant dans l’un des pans du mur, tandis qu’Aldrick ordonnait, le souffle amoindri par une accélération brutale :


- Relâchez les !

Le canon de l’arme toujours pointé vers l’imposant légendaire, l’agent serra des dents quand son adversaire siffla désagréablement entre ses dents.

- Un idiot de plus !  Combien d’humains stupides avaient vous donc invités ce soir ? Tonna-t-il avant de se redresser avec mépris puis d’acquiescer, en léchant sa joue là où la balle avait étrangement rougie quelques écailles.

- Bien puisque c’est ce que tu souhaites…

Ce fut ce qu’il fit. Relâchant simultanément Narcisse et Tilio. Arrachant un rugissement au loup, qui comprit bien trop tard sa bourde en voyant l’acrobate chuter.

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Dernière édition par Aldrick Voelsungen le Mer 28 Mar - 12:30, édité 1 fois
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Narcisse Williams
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MessageSujet: Re: Dragon y'a pas de lézard, nous ne parlons pas la même langue ! [PV Narcisse Williams]   Jeu 4 Jan - 17:33

Un dragon. Le mot était incroyable, presque étranger dans les pensées floutées de Narcisse. Un dragon. D'un côté il y avait le bonheur, gorgé surtout de soulagement, ce soulagement de voir un membre de sa propre espèce exister et vivre, vivre comme lui, vivre en tant que lui-même sans fuir et se terrer. Fier. Grand. Libre. De l'autre brûlait une force insoupçonnée et douloureuse, magma bouillonnant dans un volcan endormi. De l'autre, il y avait la haine, vorace, terreau d'un courage qu'il ne se connaissait pas.  Narcisse était furieux.

Ce type était une enflure.

« Ce cure dent ? Qu'en ferais-je ? »

Ce type ne comprenait rien. Ce type était aveugle à la réalité qui lui crevait les yeux, trop occupé à regarder dans le miroir le reflet d'une grandeur qu'il était le seul à se trouver. Trop occupé à juger, à médire, à se croire lion dans une savane peuplée d'herbivores.

Petit à petit, la peur était dévorée par la colère, la glace consumée par les flammes infernales qui brûlaient dans sa poitrine. La panique, progressivement, se laissait mourir sous le joug d'une furie alimentée par chacun des mots que prononçait le bandit. Narcisse se sentait trahi, bêtement sans doute, trahi par les espoirs qu'il avait placé dans les retrouvailles avec son espèce. Narcisse se sentait stupide, se sentait surtout seul face à cet être pourtant rêvé et dont la moindre action devenait cauchemar. Son regard améthyste était fiché dans les reflets lumineux des écailles, gorgé encore des larmes passées. Il n'écoutait plus, le cœur meurtri par ce que la vie lui servait sur un plateau, dépité de cette réalité qui venait lui cingler le visage. Il n'entendait plus. Il était perdu dans un monde qui était sien, plus rassurant peut-être, vide avant tout.

C'était plus simple ainsi. Il ne voyait plus les flammes, vecteurs d'images qu'il désirait plus que tout oublier, ne voyait plus le regard sournois de son interlocuteur, faisait abstraction de son souffle trop froid contre sa peau à vif. Narcisse s'était comme bloqué, par réflexe sans doute, hors d'un monde qui lui avait trop fait de mal pour ce soir. Il ne pouvait pas faire face, pas à ça, pas autrement qu'avec la sourde colère qui grondait au creux de ses entrailles.

Seul un nouvel accès de violence sortit le jeune homme de sa transe, en un sursaut, alors que la gigantesque patte de son agresseur se refermait autour de son corps. Narcisse n'avait jamais eu de problème avec sa physionomie, mais il se sentit soudain minuscule, poupée de chiffon entre les griffes d'un géant.

« Si je t'accrochais par là ? Je pourrais te faire rôtir. »

Un sadisme mêlé d'un amusement malsain se reflétait dans les iris reptiliens de son adversaire. Cette toute-puissance qu'il se persuadait d'avoir, l'arrogance qui brûlait son regard... Narcisse sentit un regain de colère lui dévorer les entrailles en même temps que la peur lui saisissait la gorge. Son regard se redressa progressivement, au fil des remarques condescendantes, le long des grimaces de dégoût, à mesure que dégoulinait sur lui l'amusement de son interlocuteur, de son bourreau, de ce roi imposteur. Il remarqua à peine les flammes reculer selon la volonté du gigantesque reptile, mais cela attira son attention.

Un dragon contrôlait-il le feu ? Il en crachait, pour sûr, mais le plier à ses désirs ? Narcisse n'avait pas souvenir d'avoir jamais vu un membre de son espèce exécuter pareil tour. Un léger froncement de sourcil le saisit. Il y avait quelque chose de louche.

Mais il n'avait pas le temps pour les songes soupçonneux. La créature, ce confrère qu'il reniait du plus profond de son âme, s'amusait à nouveau de la persécution qu'il infligeait à ce qu'il entourait. Le pauvre homme qui servait de larbin à son interlocuteur tremblait de peur, acculé au sein d'un Enfer dans lequel il s'était enfermé lui-même. Le jeune acrobate avait presque pitié pour lui.

- Le petit a sûrement meilleur goût !
- Quel argument de choix…  

Sa réflexion fut interrompue par l'ignoble sensation d'une langue râpant son corps. Un frisson de dégoût le parcourut tout entier, violent, reflet de l'absolu rejet qu'il ressentait. Ce type... Il allait devoir réagir, et vite. Vite, sinon... Il ne voulait pas y penser. Des solutions s'offraient encore à lui, il suffisait d'y réfléchir, de...

Tout se passa très vite.
Une détonation, un cri d'alarme, un brusque geste de recul.

« Relâchez les ! »

Narcisse fit volte-face, comme tous les autres, en direction de l'homme qui venait de s'exclamer. Grand, brun, un regard doré... Il avait la sensation de le connaître, cette impression violente d'avoir déjà vu maintes fois ce visage, mais l'urgence qui pulsait dans ses veines le privait de sa clarté d'esprit. Qui... Qui ?

Le canon de l'arme, pointée sur son agresseur, le fit soupirer de soulagement.

Le commissaire Voelsungen. Évidemment.
Enfin, enfin, on allait lui venir en aide. Il n'avait pas besoin de s'inquiéter, plus maintenant. La police était là, et l'homme armé avait tout en lui pour mener à bien sa mission. Il allait pouvoir rentrer chez lui. Il allait pouvoir oublier ça.

« Bien puisque c’est ce que tu souhaites… »

Narcisse écarquilla les yeux en sentant l'apesanteur faire effet sur son corps. Trop tard. Il n'avait pas le temps de réagir. Le sol l'attirait à lui, impitoyable, trop haut pour ne pas fracasser ses pauvres os, les flammes dorées du Monstre avides des chairs qu'on pouvait leur offrir.

Ce fut de l'ordre du réflexe. Narcisse ne réfléchit pas. Son corps venait de prendre le relais pour lui, dernier élan d'instinct au cœur d'une âme recroquevillée sur elle-même.

Un craquement. Les os se brisèrent. La peau se tendit. L'anatomie se déforma. Les vêtements se déchirèrent. Les iris se fendirent d'une pupille reptilienne. Les membres se muèrent, plus grands, plus forts, couverts soudain d'écailles argentées qui reflétaient la lueur du feu qui incendiait la pièce. Le dos se déchira sous la puissance de deux gigantesques ailes. En un instant, le gamin était devenu dragon. Une énorme patte percluse de griffes martela le sol, brisant la chute promise. Le larbin de son adversaire s'écrasa sur sa queue, roulant par terre, tremblant d'une peur renouvelée.

Le corps dans lequel il évoluait était étranger à Narcisse. Il ne savait plus s'en servir, plus le contrôler, après tant d'années à l'ignorer. La force qu'il sentait pulser dans ses veines était nouvelle, inconnue du moins. Sa taille, son envergure, sa grandeur... Le jeune dragon ne savait s'il devait se sentir libéré ou terrorisé. C'était un état dont il s'était privé tant de temps, dont il avait eu si peur qu'il ne savait plus comment le considérer.

Mais il n'avait pas le temps pour ces doutes.

Son adversaire existait toujours bel et bien, oubliant jusqu'au sang qui tâchait sa joue dans la surprise qu'on venait de lui offrir. Le sang, donc. Provoqué par la balle d'une arme. Le commissaire était-il armé contre les légendaires ? Curieusement, aucune des deux issues possibles ne convenaient à l'acrobate, qui scrutait d'un œil reptilien son bourreau, brusquement rabaissé au rang d'égal.

Narcisse n'avait rien à lui envier, ainsi, ou bien peu. Un grognement sourd s'échappa de sa gorge, témoin d'une colère trop longtemps contenue par un corps qui n'osait pas se battre. Sa queue glissa lentement jusqu'au commissaire, désireuse de lui offrir l'occasion de grimper sur son dos. De là, il serait bien plus aisé pour lui de rivaliser avec l'autre dragon, bien moins risqué aussi. Ses difficultés à maîtriser son anatomie se dévoilaient aisément toutefois, et il sentit un léger choc avec le jeune homme qui tentait de lui venir en aide. Léger pour lui du moins. Honteux, effrayé surtout à l'idée d'avoir fait du mal à son seul allié, Narcisse tourna la tête vers ce dernier dans l'espoir de vérifier son état.

C'est cette ouverture dont profita leur adversaire commun, une expression enragée déformant les traits majestueux de son espèce.

« Toi, un dragon !! J'aurais dû m'en douter ! Ton but est-il donc de me voler mon butin ?! »

Son coup de griffe frôla  la joue de Narcisse, qui recula immédiatement, manquant de peu d'écraser Sulli par son geste brutal. Tilio l'attira à lui, le faisant chuter dans la pile d'or qui jonchait le sol. Un nouveau grognement s'échappa de la gorge du jeune dragon.

« Je n'ai que faire de votre trésor ! »

Ainsi transformé, le garçon avait dans la voix une profondeur nouvelle, grave. Ses ailes battirent l'air dans le vide, signe d'une excitation grandissante. Il était à la fois inquiet et en colère, colère nourrie encore par le peu d'intérêt de portait son adversaire à la vie d'autrui.

Son regard se tourna toutefois à nouveau vers son allié, l'espace d'une seconde, peu désireux d'être à nouveau pris de cours. Pour toute son agilité naturelle, Narcisse se sentait lourd et pataud dans ce corps qu'il peinait à se réapproprier. Il était capital que M. Voelsungen se mette hors de danger avant que les choses n'empirent.  

« Co- Monsieur, vous allez bien ? »

Pirouette de dernière minute, hésitation suprême. Narcisse n'était pas certain de vouloir révéler à tous l'identité de son compagnon d'infortune, persuadé que cela lui attirerait plus d'ennuis que nécessaire. Ils étaient bien assez dans la panade comme ça.

« Montez ! »

Précautionneux cette fois, il rapprocha à nouveau sa queue du commissaire, ses yeux fichés dans ceux de son ennemi. Le jeune homme n'était pourtant pas du genre à se battre, préférant depuis longtemps déjà se tenir éloigné de tout conflit. Mais la transformation avait entraîné avec elle les brimades qu'il imposait à sa nature, à son instinct, à cette grandeur inhérente à son espèce qu'il avait tenté d'oublier.

Pendant ce temps, Tilio avait pris une décision. S'il n'aidait pas son supérieur maintenant, tout était perdu, sa vie surtout et celle de Sulli' aussi. Ils devaient réagir, rattraper l'énorme bourde qu'ils avaient commise afin d'espérer survivre à cette nuit. S'emparant d'un poignard au manche doré, il fit signe à son camarade de le suivre. Ils ne pouvaient rien contre le gosse à première vue. Le nouvel arrivant, en revanche...

« Viens, Sulli, chuchota-t-il. On s'occupe de l'autre ! »

Son interlocuteur hocha silencieusement la tête et, s'emparant à son tour d'une arme potentielle, suivit Tilio. Leurs pas, bien que maladroits au milieu du capharnaüm qui régnait en ces lieux, étaient couverts par le bruit que faisaient les deux mastodontes. Une aubaine.

Ils se dissimulèrent derrière un pilier en approchant du gaillard. Celui-ci était grand, et il n'avait pas l'air du genre facile à dégommer. Ils ne devaient pas se fier au choc qu'il venait d'encaisser. La précaution était de mise. S'ils étaient peu dotés en matière d'intelligence, les deux hommes avaient toutefois acquis au cours de leurs vies une expérience qui leur était souvent d'une grande aide. Ce type-là ne se laisserait pas avoir facilement. Sulli lança un regard à Tilio et lui fit signe de contourner leur cible. Le but : l'encercler. Si tout se passait bien, ils auraient un otage de choix, de quoi peut-être apaiser la hargne de leur supérieur.

Tilio s'exécuta et parvint à proximité de l'homme en même temps que le dragon lui criait de monter. Les deux camarades s'échangèrent un regard. C'était maintenant ou jamais.

Ils bondirent vers le commissaire d'une même impulsion.
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MessageSujet: Re: Dragon y'a pas de lézard, nous ne parlons pas la même langue ! [PV Narcisse Williams]   Mar 10 Avr - 22:56

L'espace d'un instant, Aldrick crut voir double. Il n'y avait plus un, mais deux dragons, seulement de Narcisse plus aucune trace, et pour cause : les écailles nacrées du nouveau venu n'étaient pas sans rappeler la chevelure cendrée de l'acrobate. Cela l'avait tant surpris, qu'il en avait oublié la chute de Tilio. Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'il avait l’opportunité d'assister à une transformation de Légendaire en dragon. L'infortuné briguant roula au sol dans un cri de douleur, sa dégringolade ayant inscrit une peur nouvelle dans sa peau, il baragouina des propos incompréhensibles avant de s'éloigner à toute allure, dans un cri de pucelle effarouchée.

- Brav... AOUTCH !

La pièce devint irrémédiablement sombre, à l'instant même où une vive douleur avait contraint Aldrick à se plier en deux, avant de voler sur un bon mètre, pour atterrir non loin d'un pilier de terre. Sonné, l'agent n'entendit que de vagues échos, le décor se résumant en une série de courbes lumineuses chancelantes et floutées.
Le loup noir maugréa, se redressant au mieux, dès que le paysage arrêta brièvement d'osciller de droite à gauche. Il voulut s'appuyer, mais autour de lui, rien ne semblait apte à le soutenir.

- Ça suffit vous... Quatre là ! Arrêtez de bouger les ailes !

Tel un ivrogne, il pointa du doigt les deux Légendaires avant de manquer de glisser sur le côté, puis se redressant au mieux, maintenant sa tête de sa main armée, il reprit :

- Vous en faites un vacarme...

Les sourcils froncés d'incompréhension, il observa Narcisse sans qu'aucun de ses mots n'intègre son cerveau malmené. Un haut-le-cœur le prit, et sa main se plaqua sur sa bouche tandis qu'il se détournait des deux autres pour regagner au mieux le pilier le plus proche à la hâte, certain d'y laisser son dîner. Ce qu'il n'avait pas prévu en revanche, c'était de substituer aux deux malfaiteurs lors de leur assaut commun. Pris dans leurs élans, les deux hommes, incapables de revenir en arrière, se percutèrent de plein fouet avant de tomber au sol, inertes et assommés.

- Pff, pathétique ! Pourquoi ne suis-je entouré que d'incapables ?! S'insurgea la bête massive, avant de planter son regard féroce dans celui de Narcisse. Cela dit, je dois te féliciter : lui faire croire qu'il allait chevaucher un noble dragon tel un chevalier avant de l'envoyer dans les pommes ! Ha ! Ha ! Même moi, je n'y aurais pas pensé ! Mais n'espère pas pouvoir me vaincre seul, Cure-dent. ~

Lorsque Aldrick se redressa finalement, son esprit avait eu le temps de se focaliser sur la colonnade sombre, et une pierre massive avait roulé à ses pieds, probablement l'arme de fortune d'un des voleurs. Derrière lui, Tilio et Sullivan étaient étendus sur le dos, face à face, semblant voir trente-six chandelles. Son repas, lui, avait eu la délicatesse de rester au chaud dans son estomac, en revanche ses oreilles étaient martyrisées par l'échange musclé entre les deux mastodontes. Le dragon bleu avait pris exemple sur son compère et d'un violent coup de queue l'avait obligé à reculer avant de se jeter sur lui, ailes et crocs déployés, le clouant au sol en l'écrasant de tout son poids. Bombant fièrement le poitrail, le Légendaire enfonça ses griffes dans les épaules de Narcisse avant de lui souffler avec condescendance et méprit :

- Bah alors Cure-dent ? Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu ne vas pas te mettre à pleurer quand même ?

Il releva la lèvre inférieure en une mimique atroce qui se voulait pleurnicharde, du moins jusqu'à ce qu'il ne réalise qu'Aldrick tentait de se faufiler près des humains dans le fond de la pièce. L'agent ne put éviter un nouvel assaut musclé du dragon bleu, et fit un second vol plané à travers la salle, perdant au passage quelques-unes des pièces d'argent qui s'étaient échappées du magot des bandits.

- Souviens-toi où est ta place microbe !

Sa langue reptilienne claqua l'air tandis qu'il reportait son attention sur Narcisse.

- À nous deux, dragon d'opérette ! ~

Aldrick hurla de douleur, son dos avait méchamment heurté l'une des colonnes. Sa silhouette massive chuta dans un bruit sourd au bas de celle-ci. Un grognement plaintif lui échappa tandis qu'il peinait à se relever, après plusieurs secondes d'effort. Il n'avait pas dépassé les voleurs qu'un craquement sinistre s'amplifia progressivement. Comme une ossature qui se déchire, la roche se fendit sur toute la longueur du pilier, puis se propagea au plafond, semant, sur son néfaste chemin, des petits cailloux de dimensions variables.

*Ça sent pas bon, tout ça*

C'est à cet instant précis que Sullivan ouvrit un œil –le seul qu'il avait– et poussa un violent cri d'horreur, avant de se redresser aussi rapidement que possible pour fuir. S'il n'y avait eu ce grondement au-dessus d'eux, le loup aurait juré qu'il venait de lui coller la peur de sa vie.

Un bruit sourd, suivi d'un immense nuage de poussière, empli une partie de la salle.

Aldrick serra la mâchoire, sa truffe le démangeait, mais il ne pouvait plus bouger. Crispés au-dessus de lui, ses bras soutenaient une large plaque de roche qui menaçait de les écraser, Tilio et lui.

- Venez m'aider ! Hurla-t-il au plus âgé, mais l'homme se terra un peu plus en arrière dès qu'un nouveau craquement se fit entendre.

Le brun pesta, jetant un coup d’œil aux humains au fond de la salle, il reprit en se voûtant davantage sous le poids de la pierre.

- À l'aide !

Aucun d'eux ne bougea, tous cloués par la peur.

- Virez-le au moins de là ! Souffla-t-il en plantant ses iris d'or dans l'œil craintif de Sullivan.

Dans un son lugubre, une nouvelle fissure se propagea.

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MessageSujet: Re: Dragon y'a pas de lézard, nous ne parlons pas la même langue ! [PV Narcisse Williams]   Sam 16 Juin - 21:27

N'eut-il été inquiet pour le commissaire, Narcisse eut sans doute laissé échapper un éclat de rire face au pitoyable spectacle que leur offrirent les sbires de son ennemi. Loin de leur attitude confiante et violente de début de soirée, ceux-ci venaient de révéler leur profonde incompétence à leur maître. Plus l'ombre de leur arrogance sur leurs faciès sonnés, plus une once de pouvoir dans leurs corps inertes. Une satisfaction vengeresse s'empara du cœur du dragon tandis qu'il voyait son confrère s'agiter de rage. Celle-ci fut toutefois de courte durée, teintée d'amertume par les propos de la créature. Toujours plus condescendante, toujours plus orgueilleuse. L'acrobate se consola de ses paroles par la certitude que ces deux éléments seraient la clef de sa perte prochaine. Les rois qui oubliaient leur statut de mortels avaient tôt fait de perdre la couronne, sinon la tête. Restait simplement à attendre le bon moment pour rappeler à cette ordure qu'elle ne valait pas mieux que lui.

Profitant des moqueries de son adversaire, troublé tout de même par l'état du commissaire, Narcisse tourna vers lui un regard coupable. Le dragon bleu n'avait pas eu tort sur tous les points : c'était de sa faute si l'agent en était là. Chancelant, celui-ci peinait semblait-il à contenir les symptômes qui le harcelaient. Nausées, vertiges, douleurs... Il espérait simplement qu'il s'en remettrait vite. C'était d'ailleurs ce qu'il s'apprêtait à demander lorsque l'attaque survint.

Il avait suffi d'une seconde. Un moment d'inattention, bref mais capital. La gigantesque queue de son ennemi le força à reculer, d'un mouvement aussi rapide que peu assuré, réflexe salvateur qui lui coûterait pourtant cher l'instant suivant. Le dragon bleu se jeta sur celui d'argent avec toute la puissance de ses énormes pattes, dont il s'aida pour le renverser. L'acrobate se trouva en position de faiblesse avant même d'avoir pu comprendre ce qu'il se passait. L'opportunité de son vis-à-vis fut alors trop belle pour la gâcher. Un cri reptilien retentit dans la pièce tandis qu'il enfonçait ses longues griffes dans les épaules de sa victime du soir, le visage baigné d'une satisfaction morbide.

« Bah alors Cure-dent ? Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu ne vas pas te mettre à pleurer quand même ? »

Les regards s'affrontèrent dans une tempête de colère. Tremblant, Narcisse l'était de rage. Les mimiques moqueuses de son adversaires ne faisaient qu'envenimer le feu qui le consumait de l'intérieur, gommant presque la peur qui rongeait ses entrailles. Il détestait ce type, le haïssait du plus profond de son âme. Quelle cruauté, que le destin le fasse rencontrer un congénère aussi méprisable ! S'agitant pour échapper à la souffrance qui se répandait dans son corps par ses épaules, le jeune dragon laissa échapper un grognement sourd, orage planant au dessus de la tête de son ennemi. Celui-ci ne s'en inquiéta pas. Bien au contraire, il se détourna de celui qu'il considérait visiblement comme un moins que rien pour écarter de lui une menace plus réelle : celle du commissaire. Le hurlement de douleur qui résonna dans la salle après la chute de l'agent arracha une grimace inquiète à l'acrobate. Bon sang... Il devait faire quelque chose !

Comme l'ayant entendu, le reptile se tourna vers lui à nouveau, fort semblait-il d'un désir nouveau : celui de le réduire à néant. Cette fois, en revanche, Narcisse était prêt.

À nous deux, dragon d'opérette ! ~
- Oui, à nous deux, serpent.

L'insulte eut l'effet escompté. Un cri de rage échappa à son ennemi, qui fondit sur lui comme un vautour sur une charogne. Le dragon blanc s'écarta du passage, utilisant la vitesse et la force de son adversaire contre lui pour inverser leurs positions. Cela ne découragea pas son congénère. Celui-ci se redressa immédiatement après s'être stoppé et, prenant un élan prodigieux, se jeta sur lui. Les deux mastodontes rentrèrent en collision de plein fouet, griffes contre griffes, crocs contre crocs. Lorsqu'un bruit monstrueux retentit dans la salle, Narcisse se demanda un instant s'il s'agissait de leur propre combat. Puis il vit.

Une large plaque de roche était en train de se décoller du plafond. Juste au dessus du commissaire et des deux sbires de son adversaire. Ses yeux s'écarquillèrent d'horreur alors qu'il prenait conscience de la catastrophe en devenir. Il se désintéressa immédiatement de la bataille.

« ATTENT- »

L'impact souleva une incroyable quantité de poussière, dont la fumée se répandit dans la pièce comme un souffle. Elle pénétra ses naseaux, sa bouche, gratta ses yeux et le fit tousser en une fraction de seconde. Brusquement, on n'y voyait plus rien. Respirer était un exploit. Dans l'écho du vacarme, l'acrobate se demanda avec terreur ce qu'il était advenu de son sauveur.

« -l'aide ! »

Quelques secondes de silence. Il tendit l'oreille.

« Virez-le au moins de là ! », cria une voix qu'il reconnut immédiatement.

Le commissaire était en vie. Son soupir de soulagement, toutefois, fut interrompu par le bruit trop familier d'un craquement. Le même craquement qui avait résonné dans la pièce avant que de gigantesques fissures lézardent murs et plafonds. Une formidable angoisse s'empara de sa poitrine, et Narcisse se rua en direction de la voix. Il n'avait pas une seconde à perdre. D'un grand mouvement d'ailes, il écarta de lui la fumée qui avait envahi l'espace, éclaircissant sa vision pour avoir une meilleure idée de ce qui arrivait à l'agent. Ce qu'il découvrit ne le rassura pas le moins du monde.

Le policier, recroquevillé sous la plaque rocheuse qui menaçait de l'écraser, protégeait à la force de ses membres l'un des deux sbires du dragon bleu. Il n'en avait pas retenu le nom et n'en avait pas envie, mais il n'était pas prêt à laisser quiconque mourir ce soir. Pas comme ça.

Prenant son temps pour ne pas blesser quiconque par inadvertance, il souleva la plaque d'une patte peu assurée. Le morceau de pierre était lourd, mais rien de comparable à ce qui menaçait de leur tomber dessus s'ils ne partaient pas d'ici assez rapidement. Le craquement sourd qui avait retentit plus tôt était le signe d'une catastrophe de grande ampleur et, s'ils ne s'éloignaient pas bien vite de la scène, ils allaient finir ensevelis sous les décombres. Autant dire que la perspective ne l'attirait pas.

« Commissaire, vous... vous allez bien ? »  

Tilio, pour sa part, semblait partager son avis en matière de timing, et c'est en tremblant qu'il s'extirpa de l'impasse dans laquelle il s'était retrouvé. Il s'épousseta d'une main tremblante, encore sous le choc de la mort imminente qu'il avait vue plonger sur lui. Son visage se teinta cependant bien vite de colère. Il brandit alors un poing vengeur à l'adresse de son comparse, ce traître, son expression pleine de ressentiment.

« J'te r'mercie pas, Sulli ! T'es vraiment qu'un lâche !
- T'aurais fait pareil ! »

Sullivan croisa les bras d'un air boudeur et se tourna dos à eux dans l'intention de partir, peu désireux lui aussi de rester en ses lieux. Il n'oublia pas, toutefois, d'attraper un sac de tissus dans lequel récupérer une partie du pactole avant de s'en aller. Ses mains agrippèrent des pièces pour les faire glisser jusque dans le récipient tandis qu'un sourire bourgeonnait sur son visage. En sortant de là, il serait riche.

Il ne vit pas, trop occupé à fixer son magot, l'énorme silhouette de son patron s'approcher de lui. Celui-ci, le visage déformé de rage, ses naseaux froncés de haine, était plus effrayant que jamais. La perspective de perdre son argent en plus de son pouvoir devait le terrifier plus encore qu'aucun des présents.

« Que crois-tu faire, misérable ?! »

Sa gigantesque patte s'éleva dans les airs avec le but évident d'annihiler le pauvre homme, qui se retourna vers son maître avec horreur. Un hurlement retentit. Les griffes du dragon ne frappèrent que le sol. Sullivan, au bord de l'évanouissement, n'était pourtant pas blessé, étalé dans la pile d'or pour laquelle il venait de risquer sa vie. Narcisse n'avait pas pris soin d'être doux lorsqu'il l'avait envoyé voler quelques mètres plus loin d'un coup de queue.

Les reptiles, une fois de plus, se tenaient face à face. L'acrobate secoua la tête.

« Nous n'avons pas le temps pour ça, bon sang ! Tout va s'effondrer ! »

Comme pour confirmer ses dires, un nouveau craquement retentit, fendant cette fois une colonne sur toute sa longueur. Il déglutit, lançant un regard alarmé au policier pour vérifier qu'il ne rêvait pas. La réponse qu'il lut sur le visage de l'intéressé ne lui plut pas le moins du monde.

« E-écoutez, si vous voulez finir ça dehors, alors soit, mais nous devons part- »

CRAC.

Sous la patte du dragon bleu venait de se dessiner une succession de fissures plus larges que toutes les précédentes. Dans un second craquement, elles se répandirent jusqu'aux murs adjacents. Narcisse écarquilla les yeux. Impossible...

CRAC.

Le plafond était lézardé en un quart de seconde. Narcisse s'autorisa à paniquer.

« FUY- »

Ses mots moururent dans l'effondrement qui suivit. C'était trop tard. Ils étaient faits comme des rats. Le bâtiment s'écroulait. L'acrobate agit par pur réflexe, se jetant sur les humains pour les protéger de son gigantesque corps. Ce fut l'unique chose qu'il eut le temps d'accomplir. Sullivan, le commissaire et Tilio seraient sauvés in extremis.

D'abord, tout devint noir. On n'eut su dire si l'on était conscient ou non, perdu dans les limbes. Après le vacarme était venu le silence, profond, presque trop calme. L'air était lourd d'une incroyable quantité de poussière. Respirer devint pénible. On entendit ça et là, remuant sous les gravas qui pesaient sur les corps des rescapés, des toussotements douloureux.

Narcisse n'eut su dire combien de temps s'était déroulé lorsqu'il ouvrit les yeux. Un grognement sourd échappa à sa gorge sèche, et il remua tant bien que mal pour échapper à l'inconfortable position qu'avaient pris ses membres. C'est là, tandis qu'un bruit inquiétant se répandait au dessus de sa tête, qu'il prit conscience de sa position. Seul, avec le commissaire et les deux sbires de son ancien adversaire, l'équivalent d'un pan de bâtiment trônant sur son dos. Les poutres et autres structures de la bâtisse étaient heureusement bien tombées, le soulageant de la majeure partie du poids qui pesait littéralement sur ses épaules, mais il n'avait aucune idée de l'impact qu'aurait le moindre de ses mouvements.

Figé sur place, il retint des tremblements de peur de se répandre dans son corps, soupirant pour contenir la panique qui compressait ses poumons.

« C-Commissaire, tout va bien ? »

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MessageSujet: Re: Dragon y'a pas de lézard, nous ne parlons pas la même langue ! [PV Narcisse Williams]   Mer 25 Juil - 14:20

Un cri.
Un grand fracas.
Une vive douleur à l'épaule.

Plus rien.

***

- Père ! Inversons les rôles ! J'en ai assez de devoir me protéger ! Bouda le petit garçon.
- Non. C'est important que tu saches le faire.
- Mais mère dit souvent que "la meilleure défense, c'est l'attaque" !
Un rire franc échappa à Yvan. Un rire très similaire à celui d'Aldrick, mais avec une voix plus grave encore, et plus douce face à son louveteau.
- Certes, certes. Mais ce n'est pas la seule technique ! Allé, en garde ! Il faut que tu saches te défendre, car toutes les attaques ne viendront pas forcément de là où tu t'y attendras.
Le plus jeune eut une grimace comique, sans comprendre pourquoi il avait droit à un clin d’œil, et Yvan reprit son assaut, alors qu’Élise, arrivait derrière lui à toute allure, le soulevant sans crier gare, causant une surprise mémorable au petit loup noir.

***

La lueur blafarde de la lune perçait sans mal le feuillage des arbres aux alentours, semblant caresser les corps encore majoritairement inertes. Dans le bois, les oiseaux s'étaient éloignés de ces nouvelles ruines en piaillant sinistrement. De la salle souterraine, il ne restait à présent plus que le fond, très fragilisé, à l'opposée de l'éboulement, ainsi que l'une des colonnes, miraculeusement intacte. Tout le reste n'était plus qu'un amas informe de débris, entassés anarchiquement.

Le loup noir maugréa en sentant une vive douleur à l'épaule gauche et augmenta d'autant plus ses grognements en découvrant le visage, bien trop proche, du dragon blanc. Il ne comprit d'ailleurs pas un seul des mots qu'il lui adressa. Bon gré, mal gré, Aldrick se redressa, sa blessure le lançait, mais après quelques secondes, tout lui revint enfin en mémoire. Observant près de lui, il trouva Tillio, inconscient, puis Sullivan, dans le même état, un peu plus loin sous l'autre aile de Narcisse.

* Les humains ! *

Aussitôt, ses iris d'or coulèrent sur le fond de la salle. Mais malgré la lumière de la lune, avec l'épais nuage de poussière qui flottait encore, il n'en distingua aucun. Pas plus qu'il ne les entendit. Pourtant, l'or était toujours là.

* Ont-ils réussis à sortir ? Rien ne semble s'être écroulé par là-bas... *

Il n'eut guère le temps d'y songer davantage : le dragon bleu s'extirpait avec fracas des décombres. Un instant, il sembla à Aldrick que le corps entier du Légendaire avait freezé, sans que ni sa tête, ni ses pattes ne bougent. Sous la surprise, le loup noir recula vivement, au point de tomber sur le postérieur. Mais lorsqu'il observa à nouveau le mastodonte, il paraissait parfaitement normal. Enfin, si normal signifiait excédé.

- Sombres idiots ! Qu'avez-vous fait ?!

Un grondement sourd s'échappa de sa gorge, tandis qu'il soulevait Narcisse en enserrant son cou de sa queue, avec une facilité déconcertante. Le libérant ainsi des décombres qui l'entravaient dans un nouveau nuage de poussière et un vacarme assourdissant. Ce fut un moindre mal en comparaison de l'immense et compact bloc de pierre qui tomba à moins de vingt centimètres de l'Humain et du loup. Le commissaire en soupira de soulagement avant que la bête ne tonne, irascible :

- Bas les pattes vermine !

Il n'attendit en réalité pas de réponse du dragon blanc, le projetant violemment en arrière, dévoilant ainsi le magot, tandis qu'il tonnait, hors de lui en se précipitant vers le pactole :

- Je ne vous le laisserais pas ! Il est à moi !

La seule vue de Sullivan étourdi sur le trésor suffit à lui faire voir rouge et pour punir le malandrin qui avait osé le défier, il ouvrit grand la gueule prêt à n'en faire qu'une bouchée.

- Éloignez-vous de lui ! Tonna Aldrick en pointant le canon de son arme sur l'enragé, mais il n'écoutait pas, répétant comme un mantra.
- Il est à moi ! Rien qu'à moi !

Il referma ses crocs acérés sur l'homme évanoui. Le coup de feu parti, résonnant dans l'espace. Si la balle avait juste frôlé le bras de l'animal, ce dernier en revanche, tourna vers eux un regard meurtrier. Nul doute que cette fois, le mastodonte passait aux choses sérieuses. L'agent n'assimila la gravité de la situation que lorsque le dragon agita les ailes, heureux supposait-il, d'avoir fait un bon repas. Son instinct lui hurla de ne pas rester là; comme pour lui donner raison un bruit sourd suivit, n'annonçant rien de bon. Il eut d'ailleurs tout juste le temps de pousser Tilio plus loin, avant que l'immense patte griffue de leur opposant ne fende l'épais nuage de plâtre pour les séparer. Ses deux iris reptiliens les toisèrent dédaigneusement avant qu'il n'argue avec possessivité :
 
- C'est MON OR ! Je ne vous laisserais pas y toucher !

Pour appuyer ses dires, le dragon prit l'agent en chasse, bien décidé manifestement à poursuivre sa collation de minuit.

Spoiler:
 

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Narcisse Williams
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MessageSujet: Re: Dragon y'a pas de lézard, nous ne parlons pas la même langue ! [PV Narcisse Williams]   Lun 10 Sep - 12:06

Croc. Sang. Mort. Meurtre. Les dernières secondes se rejouaient en boucle dans l'esprit de Narcisse, son regard figé sur l'espace vide laissé par Sullivan. Sullivan, qui venait d'être dévoré. Sullivan, qui venait de perdre la vie parce qu'il n'avait pas su riposter aux attaques de son congénère. Sullivan, dont les mains avides n'auraient plus jamais l'occasion de frôler une pièce d'or.

Il y eut un instant de flottement au cours duquel rien ne parvint à le toucher. Le dragon blanc se tenait là, prostré sur le même monticule de roches qui l'avait réceptionné lors de l'agression de son adversaire, incapable d'esquisser un mouvement. Un gouffre s'était creusé au fond de son estomac, engloutissant toute force, tout entrain dans sa puissance dévastatrice. Ni le coup de feu, ni la gigantesque patte s'abattant à quelques centimètres des survivants ne parvinrent à le sortir de cette transe horrifiée. Narcisse se confrontait à la mort, encore, et s'y refusait, en était incapable. La douleur était insoutenable.

Puis vint la colère. Le magma s'était éveillé sous le volcan endormi, bouillonnant de toute la puissance qu'on l'avait forcé à contenir, brûlant d'exploser à la face du monde.

" Monstre !!"

Son adversaire bondissait au même instant sur sa nouvelle proie, impudent policier qui avait osé lever arme contre sa cruauté. Il fut cueilli au vol par le gigantesque corps du dragon d'argent, dont les énormes pattes s'enfoncèrent à leur tour dans ses épaules. Narcisse voyait rouge. Ou plutôt, Narcisse ne voyait plus rien du tout. Il voulait que ça s'arrête. La violence, la cupidité, la douleur, tout, et tout était lié à l'être infâme qui lui faisait face. Il était le cœur de la soirée épouvantable qu'il passait. Il était le nerf de tous les malheurs qui s'abattaient sur eux. Un grognement sourd s'échappa de sa gorge, qui sembla soudain se soulever.

Une gerbe de flammes, sublime brasier s'échappant des lèvres retroussées du reptile. L'herbe qui soutenait son ennemi se trouva carbonisée en une fraction de seconde. On n'arrêterait plus Narcisse. Les deux créatures se battaient désormais à furie égale et, ainsi, leurs forces décuplées par la rage s'affronteraient de manière semblables.

Il fallut quelques secondes à son adversaire pour se relever, ne souffrant que des égratignures de ses griffes. Sa colère, elle, s'était magnifiée, dirigée désormais vers ce congénère qui refusait de lui céder le trésor qui lui appartenait pourtant.

C'est alors que Narcisse se tourna vers le commissaire, indiquant à nouveau sa queue pour le faire grimper sur son dos. Lui, et Tilio. Il avait besoin qu'ils s'écartent, qu'ils ne risquent rien lorsqu'il mènerait son plan à bien.

" Montez."

Le dragon bleu ne l'entendait pourtant pas de cette oreille. Eructant un cri monstrueux, il se jeta sur lui, trouvant deux pattes acérées pour l'arrêter dans sa course. Les gueules se heurtèrent, les crocs glissants les uns contre les autres avec toute la férocité de leur furie. Il n'était plus question de merci ou d'indulgence. L'heure était au combat, violent et impitoyable. Aucun des deux géants ne comptait épargner l'autre.

Finalement, leurs forces égales les repoussèrent tous deux de plusieurs mètres, et Narcisse prit action immédiatement. Sa longue queue vint s'enrouler autour des corps de ses compagnons d'infortune afin de mieux les soulever. Il se recula, esquivant une première attaque, puis prit une inspiration.

Seconde gerbe de flammes. Celle-ci alla pourtant trouver les centaines de pièces d'or qui jonchaient désormais le sol. Le dragon blanc redoubla d'ardeur, soufflant de toutes ses forces sur le trésor en perdition. Les premières couches de richesses commencèrent à fondre, lentement, dégoulinant contre les pierres effondrées du bâtiment. Une satisfaction primaire s'empara de ses entrailles.

"NOOOOOOON ! ÉCARTE-TOI, MISÉRABLE, ÉCARTE-TOI !!! MON TRÉSOR !!! À MOI !!!

- Oh mais j'ai bien compris. À vous. Je ne compte pas le prendre."

Cette fois-ci c'en était trop. Rien n'eût pu réfréner la puissance dévastatrice du dragon bleu, qui se rue sur sa proie. Narcisse n'eut même pas le temps de bouger, propulsé au sol avec toute la violence dont le gigantesque corps de son ennemi était capable. L'impact fut d'une telle violence qu'il le sonna quelques secondes. Quelques secondes de trop. L'énorme gueule de son ennemi était ouverte déjà, prête à lui ouvrir la jugulaire.

Tilio, à quelques mètres de là, s'était étalé dans les décombres aux côtés du commissaire. La chute du dragon blanc avait entraîné la leur, propulsé au sol depuis leur position inconfortable. La queue du reptile les avait jetés au sol comme par un coup de fouet et c'est difficilement qu'il se releva, constatant le dangereux spectacle des mastodontes. Un vent de panique souffla sur lui. Il se releva d'un coup et s'empara du bras du commissaire, l'encourageant à le suivre.

"C'est l'moment d'se barrer, là, maintenant ! 'Sont occupés à s'battre encore ! Vite ! V'nez, qu'on sauve not' peau !"


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Dragon y'a pas de lézard, nous ne parlons pas la même langue ! [PV Narcisse Williams]

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