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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur

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MessageSujet: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Sam 31 Oct - 15:44

Monsieur Guérin est un cochet comblé. Malgré le froid de l'automne qui s'engouffre sous son manteau, malgré cette nuit sans lune qui transforme Paris en un ténébreux labyrinthe et malgré même sa vieille jument qui renâcle et se traîne dans son attelage, Monsieur Guérin sourit. La forme heureuse de ses lèvres, que cache une épaisse écharpe, a fait naître deux petites fossettes sur le coin de ses joues et même son chapeau trop large ne parvient pas à dissimuler les petites ridules joyeuses qui plissent sa peau au coin de ses yeux en amendes. Il est heureux, heureux de cette dernière et ultime course du soir qui le ramènera bientôt auprès de Madame Guérin. Il est comme ça Monsieur Guérin. Le voilà qui dodeline doucement, de droite à gauche, au son des sabots de ses deux canassons sur le pavé des rues parisiennes désertes. C'est sa petite mélodie du bonheur à lui. Ses lanternes vacillent au rythme de son fiacre vide, éclairant par à-coup les façades décrépies des quartiers sud de la capitale. Droite, gauche, droite, gauche.

Puis un cri.

Monsieur Guérin sera en retard ce soir.


//------------------------/------------------------//


Une scène se joue au fond de ce couloir étroit dans lequel s'entasse linceuls et linge blanc des habitants. Une scène commune, dont le protagoniste est un petit cagibi poussiéreux qui abrite de son battant deux ombres opaques. Un froissement de tissus s'élève brièvement, arrêté aussitôt par un grondement à peine audible. Un couinement, puis un murmure :
– Regarde moi ça. C'est jour de chance aujourd'hui !
– Tu es sûr qu'on d…
Un bruit métallique. Un cliquetis doux et mélodieux ponctué d'un chuchotement joyeux :
– Deux francs !
– D… Deux ?
– Tiens voilà pour toi.
Un silence, puis une respiration marquée traverse les fentes de la porte. Deux claques sourdes résonnent en même temps qu'un rire étouffé :
– T'apprend vite dis moi. De toute façon, vu l'état dans lequel on l'a retrouvé, il ne se souviendra pas qu'il avait un porte-feuille, même s'il retrouve toute sa tête.
– Dis pas ça, ça va nous attirer le mauvais œil.
– Qu'est-ce que tu racontes ? Ce n'est tout de même pas de ma faute s'il se met à hurler dès qu'un rideau bouge à cause d'un peu de vent !
– Y a rien d'autre ?
– Ah ! Te voilà gourmand maintenant ? Laisse moi regarder.
Une friction brève, puis un claquement sec précèdent un soupir.
– Une montre. Elle ne vaut plus grand chose, elle est bloquée sur neuf heures. Ah, et un reçu pour des planches. Mais ce bon Monsieur… Lambert, a été suffisamment généreux pour aujourd'hui. On ne va pas lui en vouloir.
– Et ça c'est quoi ?
On déplie un papier.
– Une adresse.
– Mais c'est encore habité là bas ?
– Aucune idée, mais peut-être même qu'on pourra revendre l'information à la presse. Qu'est-ce que tu en dis ?
Un gloussement, puis la poignée s'actionne et la scène se termine. Le rideau se tire sur deux silhouettes en tablier qui disparaissent dans le corridor, entre les linceuls et le linge blanc des habitants.


//------------------------/------------------------//


Une curieuse histoire, vous ne trouvez pas ? Aussi curieuse que la vôtre.
Car maintenant que vous êtes chez moi, vous n'en repartirez pas.




Joyeuse fête des morts ~


En ce dernier jour du mois d'octobre s'ouvre l'évent que certains attendent et, peut-être, que d'autres redoutent. Amateurs de frissons vous êtes conviés à fêter Halloween comme il se doit sur le Lost Paradise !



Le déroulement de la manche est très simple : c’est un RP habituel et collectif. Vous pouvez poster autant de fois que vous le voulez, sans ordre particulier, tout en prenant en compte les postes précédents.


  • Cet évent est considéré comme du hors RP et ce qui s'y passera n'aura donc aucune incidence sur l'évolution future de vos personnages.

  • Vous voilà dans le hall d'une bâtisse massive à la localisation mystérieuse. Ce que vous faîtes ici ? Vous êtes les seuls en mesure de répondre à cette question.

  • Un problème va rapidement se poser. Comment sortir ? Vous vous en doutez, cela ne sera pas aussi simple qu'il y parvous êtes à moi À vous de percez le secret de cette demeure tout en vous affranchissant des surprises qui vous sont réservées.

  • Vous l'avez certainement remarqué, Edward a tiré sa révérence pour cet évent, il est remplacé par un étrange maître du jeu auquel aucune limite n'est posée. Il interviendra selon son bon gré et comme cela lui chante au fil de vos postes.

  • Il semblerait également que 21 h soit une période propice aux manifestations étranges. Restez sur vos gardes, qui sait ce qui pourrait arriver ici ou ailleurs.


Vous posterez à la suite ce message, sans ordre particulier. Votre calvaire prendra fin au plus tard le 11 novembre au soir. Sauf si vous en percez tous les mystères avant.

N'hésitez pas à contacter le staff si un élément vous semble flou, on vous répondra au plus vite !

Bonne chanche ! vous en aurez besoin
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Alexander Wenhams
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Dim 1 Nov - 17:39

Alexander, jeune médecin anglais fraichement installé à Paris, désireux de faire ses preuves auprès de la populace de son quartier, motivé à soigner qui le lui demande... et complètement paumé au fin fond des arrondissements.
Il rageait intérieurement d'avoir bêtement accepté de faire une consultation à domicile sans même s'être renseigné sur l'endroit où vivait son patient. Cela n'était pas digne de son QI élevé et pourtant, il n'avait, pour une fois, pas réfléchit. Peut-être était-ce l'excitation de découvrir de nouvelles zones inconnues, ou juste son orgueil qui lui avait ordonné de ne pas se tourner toujours vers Valentine pour le guider dans la Capitale française. La jolie rouquine n'était pas toujours disponible, son travail passant avant ses heures supplémentaires à jouer les guides bénévoles, même si cela semblait toujours lui faire plaisir de l'aider.
Cependant il jugeait qu'elle en avait assez fait pour lui et qu'il devait se prendre en main très rapidement. Il avait toujours été quelqu'un de solitaire et d'autonome depuis son adolescence, cela ne risquait pas de changer juste parce qu'il trouvait sa compagnie plus que plaisante.

Son regard glacé voyagea des plaques nominant les rues à son bout de papier sur lequel était marqué l'adresse du patient. Si son adresse existait, il devait vraiment se terrer dans un endroit introuvable.
Gardant son sang-froid pour ne pas laisser ses pulsions macabres lui donner des envies de meurtres et autres idées sordides qu'il ferait sur l'homme une fois qu'il l'aurait déniché, il leva la tête vers le ciel, à présent sombre. Il ne savait pas depuis combien de temps il tournait et virait dans le coin, mais cela devenait juste intolérable. L'obscurité s'amusait à le perdre encore plus qu'avant.


"... well... je crois que ce monsieur n'aura qu'à se déplacer s'il veut être soigné."

D'une voix à l'accent anglais, il lâcha quelques mots entre ses dents, abdiquant et préférant tourner les talons. Empoignant sa sacoche de médecin, il quittant son intersection et s'engagea dans une ruelle qu'il jugeait être la voie la plus rapide pour les avenues principales. Et cela aurait dû l'être d'ailleurs.
Mais au lieu de cela, il déboucha sur un cul de sac, menant vers une bâtisse ancienne jurant méchamment avec le reste. Elle était illuminée, comme invitant les âmes à s'engager vers elle, même si elle n'avait rien d'accueillante.
Tiquant sur ce spectacle, Alex s'approcha et observa la porte et le nom inscrit dessus. Il était illisible mais le docteur sembla déceler le nom de son patient. L'avait-il trouvé ?

Soupirant un instant, faisant le pour et le contre, il finit par secouer la tête et frappa contre le battant de bois. La porte s'ouvrit alors dans un grincement sordide et laissa l'ouverture sombre à la disposition de l'anglais. Là encore il resta sur le perron, hésitant. Cela sentait le gros traquenard, il le savait parfaitement, et pourtant, il y entra, un rictus mauvais sur les lèvres. Imaginer un seul instant qu'il pouvait être une proie ou victime d'un autre l'amusait grandement. Il avait hâte d'inverser les rôles et redevenir le grand méchant de l'histoire.


"Il y a quelqu'un ?"

Il s'avança dans le hall, observant le décors lugubre et sombre. Rien ne ressortait de particulier et personne ne vint l'accueillir. Mais on lui fit comprendre qu'il n'avait aucune raison de partir pour autant, la porte claquant soudain brutalement dans son dos, le piégeant à l'intérieur.
De mieux en mieux...
Quand il s'agissait de trouver le danger, il n'avait vraiment pas besoin de guide...
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Axel Roméan
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Dim 1 Nov - 17:44

« Tu es sûr que tu connais le chemin Billy ? »
« Mais oui ! Tu ne me fais pas confiance Axel ? »
« Habituellement si mais présentement … non »
« Aw, tu me fais mal au cœur. »
« Oui, oui je sais, je suis un horrible médecin légiste. Ce bar, il est loin sinon, je retourne chez moi. »
« NANNNNNNNNNN reste avec moi pour une fois que tu veux bien sortir avec toute la bande. »
« J’aurais pas dû … probablement. »

Billy boude mais elle regarde autour d’elle. Le quartier où ils ont atterri ne lui disait rien et elle avait un mauvais pressentiment. Elle aurait dû partir avec Allan ou Jean, elle aurait été sûre d’y arriver en un seul morceau. Billy était un peu … désorganisé. En fait, il l’était beaucoup trop et il avait perdu la carte que les auraient emmenée au bar sans problème. Elle soupire et se masse la tempe. Elle s’est arrêté de marcher et s’aperçoit que Billy a disparu.

« Billy ! Billy ! Sors de ta cachette, ce n’est pas drôle du tout ! »

Elle regarde autour d’elle. Elle le cherche dans le moindre interstice où un homme pourrait s’introduire sans succès. Son cœur s’emballe, elle sent que la peur commence à s’introduire dans tout son être et les poils de ses bras se dressent. Non seulement à cause du froid automnale mais aussi parce que cet endroit lui fichait la chair de poule. Il fallait qu’elle réfléchisse. Que ferait Billy, Jean, Aldrick dans un cas comme celui-là ? Déjà, ils resteraient calmes sans aucun doute et ensuite, ils chercheraient la personne qu’ils ont perdue. Bon, elle avait fait un peu à l’envers mais c’était à peu près cela n’est-ce pas ? Ensuite … Que feraient-ils ? Est-ce qu’ils tenteraient de continuer ou est-ce qu’ils rebrousseraient chemin ? Est-ce qu’ils resteraient sur place ou est-ce qu’ils chercheraient à contacter les autres pour les prévenir ?

Elle s’emballe sans doute. En mission peut-être qu’ils chercheraient à contacter les autres mais là, ils n’étaient pas en mission. Il faut qu’elle garde son calme. Que feraient-ils bon sang ? Elle inspire profondément avant d’expirer. Non, il faut qu’elle réfléchisse à sa manière à elle. La prudence voudrait qu’elle rebrousse chemin pour aller vers des quartiers plus animés et moins … glauque. Son amitié pour Billy lui disait de tenter de le retrouver. Sa raison lui disait de ne pas bouger, qu’il reviendrait sûrement car il avait dû continuer sa route sans faire attention au fait qu’elle se soit arrêter. Elle passe une main dans ses cheveux et resserre son manteau sur elle. Elle a l’impression qu’elle va faire une grosse bêtise mais elle n’était pas rassurée de savoir Billy seul et elle n’était même pas sûre de pouvoir retrouver son chemin seule. Il allait falloir qu’elle trouve Billy.

Elle prend de nouveau la route grâce à ses jambes et elle râle dans sa tête. Déjà, elle réfléchissait à tout ce qu’elle allait lui dire quand elle allait le retrouver en plus de futur blagues de son cru. Cela la rassure de marmonner comme elle le faisait. Elle s’enfonce dans les rues de ce quartier sordide lorsqu’elle se retrouve devant un dilemme. Aller à droite ou à gauche ? Elle se laisse guider par son instinct et tourne à gauche. Ses yeux azurs tentent de percer les ténèbres tandis que le froid la fait frissonner. La rue s’arrête brusquement. Une ruelle attire son attention et elle s’y engage, évite les ordures sur le sol. Elle se retrouve dans une rue plus large et se demande bien où elle peut être.

Elle tourne sur elle-même jusqu’à repérer une énorme bâtisse. Elle hausse un sourcil mais s’avance vers cette dernière. Peut-être que Billy est là-bas ? Elle n’y croit pas vraiment mais, qui ne tente rien n’a rien comme dit souvent son père. La porte d’entrée est fermée, Axel frappe à la porte par politesse. Rien. Aucun bruit, pas un son ne lui répond. Elle tourne la poignée de la porte qui s'ouvre alors. Elle passe le perron en marmonnant un :

« Excusez-moi, je rentre. »

Quelques pas dans cette maison et elle frissonne. Elle ne semble pas habitée ou alors le propriétaire n’aime pas la lumière car il faisait sombre. Elle fait le tour du hall :

« Est-ce qu’il y a quelqu’un ? Billy, tu es là ? »


La porte se referme brusquement derrière elle. Elle sursaute. Elle veut faire demi-tour mais elle se cogne contre quelque chose.

« Ouch ! »

Dit-elle en sautillant sur place, ses orteils n’étaient pas très content. Et puis soudain, des bruits se font entendre. Quelqu'un lui avait répondu et elle ne l'avait pas entendu ? Elle avale difficilement sa salive et retient sa respiration … comme si cela pouvait l’aider à se faire aussi discrète qu’une petite souris … Ridicule.
Spoiler:
 
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Ashton Lyn
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Localisation : Le Lost, un vieux bar défraîchi...

MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Dim 1 Nov - 22:32

Le soir planait sur Paris. L'encre de la nuit semblait couler lentement sur les immeubles haussmanniens, les engloutir doucement comme une grande bouche avide. Il n'y avait que très peu d'étoiles. Le ciel était d'un noir opaque, oppressant pour quiconque ne trouvait pas dans la Lune l'expression de son existence même. Ashton, pour sa part, n'était pas inquiet. Il flânait tranquillement à la sortie d'un bar, le goût de l'alcool encore frais dans sa bouche et la chaleur de la soirée imbibée dans sa peau. On croisait çà et là quelques passants, un clochard miséreux à qui il donna quelques pièces, histoire de renflouer son stock de bière immonde. Des animaux, parfois. Les âmes dormaient, pour la plupart, et le canidé se trouvait presque seul à onduler entre les ruelles prétendument sinistres de la capitale. Morbides, elles ne l'étaient pas à son goût. Il y avait comme un charme étrange dans l'obscurité maladive des endroits dans lesquels nul n'osait s'aventurer. Il se sentait chez lui dans l'ombre, tandis que la Bête en son sein s'agitait. Ash n'avait pas peur du noir : rien ne pourrait jamais être plus sombre et plus inquiétant que ce qui se mouvait en lui.

Sifflotant tranquillement, il erra dans la ville. C'était une vieille habitude dont il ne s'était jamais lassé. En se perdant, souvent, il trouvait les plus fascinants des endroits, les plus dangereux aussi. Il avait besoin d'incertitude et de hasard pour se sentir à l'aise dans sa vie, parcourir la ville sans y prêter attention faisait donc partie d'une forme de rituel qu'il accomplissait où qu'il aille.

« My name is William Kidd, as I sailed, as I sailed
My name is William Kidd, as I sailed ... »

Son chant était la seule animation dans la rue sur laquelle il avait jeté son dévolu. L'ambiance était morne, d'un silence qu'il s'amusait à emplir d'une voix guillerette. Sa solitude actuelle ne l'effrayait pas. Au contraire, il se sentait brusquement investi d'une forme d'adrénaline nouvelle, d'un profond désir d'aventure qui faisait palpiter le bout de ses doigts et frémir son échine d'un fou sentiment d'excitation. Il adorait cette sensation et s'en délectait sans vergogne aucune, parcourant à pas sautillant la rue terne et vide sous le ciel d'encre.

« Oh, my parents taught me well, as I sailed, as I sailed
My parents taught me well, as I sailed... »


Il chantonnait avec une intonation mesurée, prenant garde de ne pas éveiller la moindre âme habitant l'endroit. Ashton souhaitait, après tout, rester poli. Terminant sa comptine en sifflotant, il se pencha sur un chat de gouttière qui passait là et, tendant paisiblement la main, s'amusa des mouvements méfiants qui agitaient les petites oreilles aux aguets. Le félin s'échappa finalement sans une caresse, ayant senti sans doute la nature dangereuse de l'homme qui s'approchait de lui. Celui-ci se tourna en un rire vers le carrefour qui s'offrait à lui. Il y avait une rue plus imposante, traversant celle dans laquelle il se trouvait, ainsi qu'une minuscule et biscornue petite artère. Curieux, et ne faisant guère attention à sa destination, il s'avança vers elle.

Il y avait un bâtiment. Une sorte de maison, semblait-il, imposante et austère, qui renvoyait une aura si sinistre qu'il en fut inéluctablement intrigué. Conscient que cet état le menait la plupart du temps à faire des âneries, le jeune homme pesa le pour et le contre durant une petite minute. Une minute si petite d'ailleurs qu'il ne lui en fallut pas plus pour avancer vers la porte, un sourire aux lèvres. Son regard pétillait dans la pénombre tandis qu'il tournait la poignée. Sans résistance aucune, on lui donna accès à l'intérieur, un néant profond dans lequel il voyait tout de même fort bien. Sa nature démoniaque avait au moins cela de pratique. Constatant la présence de deux personnes, il s'avança :

« Oh, bonsoi- »

VLAM !

« Ah... »

La porte était fermée. Ashton pencha la tête sur le côté, curieux, de plus en plus intrigué par la tournure que prenait sa soirée et ravi bien malgré les événements de l'excitation qui palpitait dans ses veines. Il se tourna vers les deux silhouettes, dont il en connaissait une.

« Axel ! Quelle surprise ! »

Le hall était dans une profonde pénombre mais il s'y repérait sans peine. Il avança droit vers la jeune femme et salua l'homme qu'il distinguait au loin.

« Vous vous connaissez ? D'ailleurs, que faites-vous ici dans le noir ? Êtes-vous familiers à cette bâtisse ? Pour ma part je suis entré par curiosité, je suppose... Je sais que je suis étrange, mais ne vous en faites pas. »

Réalisant soudain que ses deux compagnons d'aventure ne le voyaient sans doute pas, il poussa une brève exclamation et déclama son identité. Une fois cela fait, il laissa son regard faire le tour de la large pièce qui s'offrait à eux trois. Un hall, songea-t-il, un hall étrange. Il y avait dans les murs comme un instincts dangereux, qui soufflait à ses propres sens qu'il eut été plus sage de déguerpir. Si lui-même ne craignait que bien peu de choses, il n'en demeurait pas moins méfiant de ce genre de signes, d'autant plus que ses interlocuteurs étaient vulnérables à la moindre attaque. Alors seulement, il se demanda qui se tenait dans l'ombre qui fermait les portes dans leurs dos.

« Vous croyez qu'on a voulu nous attirer ici ? »
, s'enquit-il.

Se faisant, il demeura devant la porte, de manière peut-être à empêcher l'enfermement de quelqu'un d'autre. Peut-être, car sans doute serait-il plutôt projeté au sol à la prochaine arrivée. Cela ne le dérangeait à vrai dire pas plus que ça, car une partie de son esprit demeurait fascinée par le scénario dans lequel il semblait être pris.

Pouet !:
 

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Ryden Haesmar
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Lun 2 Nov - 6:03

Comme pratiquement toujours, Ryden avait fini sa journée dans un bar peu recommandable. Il aimait bien ces endroits. On y trouvait souvent de la perversion et du désespoir à l’état pur, tout ce qu’il aime chez la race humaine. Il lui arrivait même, quand il était chanceux, de faire des pactes avec les habitués. Cependant, le démon sentait que cette nuit n’allait pas lui porter chance. Il sirotait son verre de bière au comptoir tout en jasant avec un vieil homme près de lui. En fait, pour être plus précis, il lui parlait depuis plusieurs heures afin de le convaincre de vendre son âme. Évidemment, il utilisait des termes détournés lorsqu’il faisait ce type de transaction. Quand soudainement on lui tapota brusquement l’épaule. Irrité qu’on OSE le déranger alors qu’il s’apprêtait à conclure avec le vieillard, il se tourna pour confronter celui qui l’avait interrompu. Malheureusement, il eut la mauvaise surprise d’avoir six hommes devant lui au lieu d’un seul. Ryden les détailla rapidement, aucun ne lui disait quelque chose. Cependant, il était évident à leur expression furieuse qu’ils savaient parfaitement qui il était.

- Est-ce que peux vous aider, messieurs ?
- Vil démon…, cracha l’homme qui lui avait tapoté l’épaule et qui semblait le plus vieux du groupe.
- Un instant, je ne suis peut-être pas l’homme le plus pur et innocent au monde, j’ai commis quelques péchés, mais de là à me traiter de vil démon. Je vous trouve plutôt offensant.
- Ce n’est qu’amplement mérité. Vous avez osé profiter de la naïveté et de la détresse de notre père. À cause de vous, il n’est plus des nôtres maintenant, mais il m’a parlé de vous avant de partir. Je vous ai observé de ma table, vous essayez de faire de même avec ce vieil homme. Il n’en est pas question.

Avant même de pouvoir répliquer de quelconques paroles, un coup de poing vola dans sa direction. Il réussit de justesse à l’éviter, mais tomba de son tabouret. Reprenant rapidement son équilibre, il savait pertinemment qu’il n’avait aucune chance contre tous ces hommes. Il ne lui restait qu’une option, la fuite.

- Votre père ne vous a jamais enseigné que la violence n’est pas une bonne solution pour régler ses problèmes !, dit-il juste avant de quitter l’établissement.
- ATTRAPEZ CE CONNARD !

Cependant, les frères n’ayant pas eu la vengeance qu’ils désiraient, le suivirent. Ryden n’avait pas besoin de regarder derrière son épaule pour entendre leurs pas près de lui. Il courut pendant plusieurs longues minutes, zigzagant entre les quelques passants et obstacles présents avec une certaine agilité, prenant les premières rues et ruelles qui se montraient devant lui. Au bout d’un certain temps, il les avait presque distancé jusqu’à ce qu’il constate le cul-de-sac. Tout ce qu’il avait devant lui était cette immense bâtisse. Elle lui disait presque de venir se réfugier en elle. Il s’arrête une seconde, étudiant ses options. Ses poursuivants n’étaient pas très loin. Il pouvait encore entendre leur pas, mais s’il rebroussait chemin, il tomberait face à face avec eux. Il n’avait donc pas le choix, il parcourut les quelques mètres restant et entra dans l’immeuble en sentant une légère résistance. À peine avait il mit un pied à l’intérieur qu’il percuta quelqu’un ou quelque chose, mais il ne s'en préoccupa pas. Il y avait plus urgent à faire. Il referma aussitôt la porte et alla à la première fenêtre visible. Il vit ses assaillants quelques secondes plus tard.

- Où est-il passé ? Il ne peut pas avoir disparu comme par magie !
- Je suis sûr de l’avoir vu prendre cette ruelle.
- Il est peut-être dans cet immeuble ?, dit le plus jeune des frères, mais on percevait facilement la peur dans sa voix.

Un silence se fit et pendant tout ce temps, Ryden priait pour qu’ils s’en aillent. Finalement, le côté sombre de la bâtisse eut le dessus sur eux.

- Allons voir ailleurs. Il a probablement pris un autre chemin. On finira par tomber sur lui, un jour ou l’autre.

Soulagé, il s’écrasa à terre dos au mur complètement essoufflé. C’est à ce moment qu’il constata la présence des autres personnes. Un sourire moqueur apparut sur son visage en les reconnaissant.

- En voilà une surprise ! Si ça ne serait pas, M. Roméan, M. Lyn et euh… Il bougea un peu sur le côté afin de mieux voir l’autre individu. Et un inconnu.

Prenant ensuite le temps de mieux observa les lieux, le démon sentit l’atmosphère lugubre qui s’en dégageait. Malgré son côté démoniaque et ses passe-temps peu orthodoxes, il percevait une menace qui planait dans ces murs. Tout son être lui ordonnait de partir le plus vite possible.

- Je serais bien resté, mais je vais vous laisser avec votre maison à vous glacer le sang, dit-il en se relevant et allant vers la sortie.

Il essaya d’ouvrir la porte, jouant avec le loquet, la poignée, mais elle restait obstinément fermée. Commençant à perdre patience, il usa de plus de force, donnant même des coups de pied, mais rien n’y faisait.

- Quelqu’un aurait-il l’obligeance d’ouvrir cette satanée porte, lâcha-t-il en dissimulant très peu sa contrariété et une certaine crainte.

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Je vous insulte en #330000

Comment décrire Ryden bièvement ?
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Alexander Wenhams
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Lun 2 Nov - 14:48

Un inconnu, puis deux, puis trois…
Dans quelle mascarade s'était-il embarqué au juste ?
Malgré l'obscurité, les quelques bougies lui avait permis d'en apprendre plus sur l'endroit, ou du moins sur le hall. Il n'avait aucunement envisagé de fouiller plus en avant la demeure, évaluant la situation calmement et posément. Il n'y avait pas de raison qu'il se précipite bêtement dans ce qui semblait être un piège stupide. Il avait longtemps cru que seuls les britanniques avaient un humour corrosif mais il se trompait, en France aussi, il n'était pas à l'abri d'une manifestation obscure.

Alexander n'avait que l'embarras du choix pour le prouver, ne serait-ce qu'en voyant entrer des individus à sa suite, chacun semblant égaré, perdu, fuyant, curieux... Ils étaient entré ici, comme attirés malgré eux, comme des abeilles devant un pot de confiture ouvert. Et tout comme lui, ils avaient mordu à l'hameçon et se retrouvaient piégés dans ces lieux austères. En revanche, ils avaient l'air de tous se connaître, faisant tiquer légèrement le médecin. Étaient-ils de mèches ? Y avait il un lien entre leur présence ici et leur réunion de vieilles connaissances. Quand le dernier commença à chercher à ouvrir la porte, le blond soupira et se tourna vers eux, gardant une expression neutre. Préférant se présenter plutôt que de rester muet, il parla enfin, laissant de nouveau entendre son léger accent anglais.


"Docteur Wenhams, j'ai ouvert récemment un cabinet dans la Capitale. J'ignore ce que tout cela veut dire, mais je constate que vous semblez déjà tous vous connaître. Aviez vous rendez-vous ici ou est-ce un endroit que vous fréquentez ?"

Il les dévisagea un instant, analysant l'apparence de chacun d'eux. Il ressentait des fluctuations très légères chez les deux hommes et les considéra immédiatement comme des Légendaires. Il n'en fit cependant aucune remarque, réalisa que la femme n'était qu'une humaine. Car malgré sa tenue et son comportement, ses traits fins dénonçaient sa féminité refoulée. Il était médecin après tout, il pouvait reconnaître un homme d'une femme. Mais là encore il ne comptait aucunement dévoiler sa déduction, ayant relevé que le troisième invité l'avait nommé "monsieur".
Afin de s'assurer et ne commettre aucune erreur, il reprit d'un ton courtois, tentant de briser la glace.


"Puis-je savoir qui vous êtes ? Que nous ne soyons plus de simples inconnus, du moins de mon point de vu."

Il sentait qu'il allait devoir refaire d'autres présentations, devinant qu'ils n'allaient pas être les seuls, mais valait commencer le plus tôt possible pour retenir plus aisément les noms. Faute de pouvoir agir en solo et de se servir de méthodes... peu conventionnelles, il valait mieux jouer la carte de l'innocence du civil lambda souhaitant fraterniser avec autrui. Il voulait sortir d'ici indemne et devinait que eux aussi. C'était la meilleure marche à suivre et ça l'arrangeait.
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Lun 2 Nov - 21:14

Les vifs claquements de petites bottines résonnent sur le parquet du vaste hall. Le pas est si rapide qu’il en est émane une mélodie heureuse et bienveillante. Puis il cesse un instant et reprend plus hésitant.
– Bonjour ? Tu viens voir mon papa ?
Un ravissant sourire se manifeste entre deux joues rondes et rouge. Il est encore embelli par les petites dents blanches à l’alignement imparfait qu’il dévoile et la moue chipie qui s’y dessine.
– Odillon n’est pas là. Tu sais, il est malade. C’est ce que m’a dit papa. Alors il se repose et quand il reviendra je pourrais jouer avec lui !
Un rire léger et coquin glisse de cette charmante bouche que couvre rapidement une poupée de tissus. Les talons claquent, impatients, mais ils n’osent pas s’échapper encore. Ils s’entrechoquent, trépignent un peu, puis se décident :
– Je vais chercher papa !
Ils décampent du même pas vif qui les a amené ici. Les voilà qui atteignent les escaliers, ils montent une marche, puis une autre et rebroussent aussitôt chemin pour se diriger vers un petit guéridon.
– Comme Odillon n’est pas là, je laisse Maribelle ! Comme ça tu ne seras pas tout seul en attendant papa.
Et les souliers repartent aussi sec. Ils cavalent même et martèlent le sol de leurs empruntent avant de disparaître, étouffés par l’étage qui les accueille. Reste Maribelle. Assise sur le guéridon, sa tête penchée sur le côté, ses deux yeux de boutons fixent le hall.


//------------------------/------------------------//


L’aviez-vous remarquée ?

Aujourd’hui Maribelle est toujours aussi jolie. Assise sur le guéridon elle veille et tient compagnie aux invités à la place du vieil Odillon. Ses tresses de laines flamboyantes tombent sur ses épaules de tissus et son sourire, tissé à même sa toile, s’y éternise infatigablement. Il est pour ceux qui franchissent cette porte. N’est-ce pas ? Pour qui d’autre ?

Et pourquoi pas pour cette mélodie ? Celle qui s’élève maintenant depuis l’étage supérieur. Elle est si délicate et pourtant ses notes parviennent sans peine à descendre jusqu’à l’entrée. Rendent elles moins sombre ces marches interminables ou est-ce une torche qui en dessine désormais les contours ? La même que dans ce corridor qui s’étend sur la droite. Si interminable que, même éclairé, on ne parvient pas à en voir le bout.

Invités, Maribelle ne peut vous accompagner même si elle est la seule à vous avoir salué.


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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Lun 2 Nov - 23:16

« Monsieur Haesmar, tiens donc ! Quel bon vent vous amène ? »

La réponse, Ashton la devinait déjà dans les reflets ésotériques qui se dessinaient dans la pénombre. Le hasard, ou peut-être était-ce autre chose, quelque détail de plus insidieux, sans doute plus inquiétant également, qui aurait poussé chacune de leurs âmes vers une même bâtisse. Pour sûr, il s'agissait là d'un événement incongru. Difficile dès lors de croire à une simple coïncidence, d'autant plus si l'on considérait les natures respectives de chacun des présents. Deux humains, deux légendaires... Un médecin apparemment, un médecin légiste, un toxicologue et un archiviste de la Curia, voilà qui faisait un bien intriguant mélange. Une pointe d'amusement trouva son chemin sur le visage du canidé tandis qu'il s'enfonçait dans la pénombre pour faire place au nouveau venu.

« Je ne crois pas avoir de rendez-vous, monsieur Wenhams ! Je suis venu ici par le plus pur fruit du hasard, du moins semblerait-il... Je n'y crois plus trop désormais. J'en déduis que vous n'en savez guère plus que moi ! Bienvenue à Paris, by the way. J'espère que vous vous y plairez ! »

Un éclat de rire joyeux s'échappa de la gorge du jeune homme qui, bien loin d'être inquiet pour le moment, prenait plaisir à éclaircir le mystère de cette étrange demeure. Rien ne lui apporterait après tout de céder à une quelconque panique. Il lui fallait un esprit vif, clair, un regard perçant et une analyse pleinement disponible. Cela faisait bien longtemps qu'aucun événement intriguant ne lui était arrivé, aussi comptait-il profiter à pleine mesure de celui-ci. Tout un tas de détails s'offraient à lui, des ombres mouvantes qui s'offraient à la Lune aux curieux artefacts qui meublaient tout le hall. L'un d'entre eux, particulièrement, possédait quelque chose d'étonnamment vivant. Une petite poupée, jolie comme tout de prime abord, qui fixait l'assemblée de ses petits yeux de boutons. Ashton eut envie de tendre la main vers elle, de la saisir entre ses longs doigts pour l'examiner avec l'habitude entraîné d'un archiviste de profession, mais on l'interrompit avant cela. Le médecin, dont il percevait l'âme bien trop sombre pour être innocente, demandait qu'ils déclinent leurs identités. Un sourire suave, le canidé pencha la tête, avança tout de même d'un pas vers le jouet qui captivait désormais son attention.

« Je m'appelle Ashton Lyn, et je ne suis jamais qu'un homme étrange, pour le moment. »

Le regard brun se perdit sur la petite stature de la poupée, sur les vêtements miteux et les beaux cheveux de feu. Un instant, il se trouva à pester silencieusement, souhaitant brusquement pouvoir utiliser pleinement la capacité de ses yeux lorsqu'ils révélaient à la nuit leur couleur sanguinolente. Il n'était toutefois pas certain que cela pût plaire aux humains qui l'accompagnaient dans sa soirée. Soirée qui, pour le moment, se plaçait sous le signe certain du Mystère. Car si son esprit aiguisé parvenait d'ordinaire à déceler dans la moindre situation tenants et aboutissants, Ashton devait s'avouer vaincu face à l'énigme que représentait sa situation. Il n'avait pas même besoin de tenter de défoncer la porte pour deviner que celle-ci ne céderait pas. Quiconque les avait enfermés ici avait donc prévu d'inclure dans son groupe de prisonniers des Légendaires forcenés. Étrange. Pourquoi prendre un tel risque ? Le canidé se reconnaissait aisément le moindre défaut, mais une quelconque faiblesse de corps ne pouvait décemment lui être liée. Qu'on le poignarde, qu'on le pende, qu'on l'égorge, il n'en mourrait pas, jamais, et sans doute le meurtrier lui-même se trouverait-il bien embêté. Éteindre sa conscience, c'était réveiller le Chien, et il doutait grandement de pouvoir un jour trouver plus monstrueux que cette créature là, qui était un peu lui aussi. L'individu qui était responsable de leur situation était soit absolument inconscient, soit résolument confiant. Quelque chose lui soufflait qu'il s'agissait de la seconde option, ce qui ravissait Ash sans qu'il ne l'avouât tout haut.

Sifflotant, le garçon se pencha sur la poupée qui hypnotisait son regard. La prendre, ne pas la prendre... La prendre... Ne pas la prendre... C'était fou, ce semblant d'aura qui paraissant s'en échapper, cette fantomatique atmosphère qui s'en dégageait ! Oh, et puis tant pis. Décidant d'agir contre tout bon sens, il prit le semblant de petite fille dans sa main et l'approcha de lui de manière à l'inspecter plus en avant. Plus fascinant encore que la poupée, une succession d'événements se produisit alors. De la musique, et de la lumière. La première venait de l'étage, et paraissait se répandre avec langueur et délicatesse dans la bâtisse toute entière, tandis la seconde s'échappait de l'escalier – qui paraissait d'ailleurs d'une hauteur impressionnante – et d'un couloir, tout aussi long semblait-il.

« Hé bien voilà qui est fort pratique. »
, constata-t-il avec enthousiasme.

Il regarda la poupée, regarda ses compagnons, et se demanda brusquement s'il avait causé ces changements. Sans doute pas. Rien ne paraissait venir de la poupée après tout, pour le moment du moins. Ça, et il ne voyait pas pourquoi être en contact avec l'objet pourrait provoquer quoique ce fût. Il reposa toutefois le jouet sans plus de cérémonie, préférant ne pas jouer avec le feu – et surtout pas avec la colère et la frustration de ses partenaires d'infortune, qu'il brassait sans doute déjà un peu trop.

« Notre hôte est bien aimable en tout cas. De la lumière, vraiment, c'était trop demander de notre part ! »

L'humour nullement affecté par l'apparent désespoir de leur prise d'otage – dont il avait tout juste conscience pour le moment, trop occupé qu'il était à s'émerveiller de tous les détails qui fleurissaient à ses sens – il s'avança vers les escaliers. Apparemment, il y avait quelqu'un à l'étage, car quoi qu'on en dît les pianos ne se jouaient point tous seuls.

« Pensez-vous qu'il y ait quelqu'un à l'étage ? Notre hôte serait-il un artiste ? Oh, ce serait intéressant, bien que je ne voies aucun intérêt à nous offrir un concert forcé... »

Un sourire pétillant, un air de défi sur le visage de marbre tandis qu'il se tournait vers l'assemblée, ses traits pâles éclairés par la faible luminosité :

« Devrions-nous monter ? »

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Ryden Haesmar
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Mar 3 Nov - 4:16

Comprenant qu’il était impossible de sortir par la porte d’entrée, Ryden se mit à chercher une autre sortie, allant jusqu’à tester la solidité des fenêtres. Absorbé par sa tâche et irrité d’être tombé dans un piège, il ignora complètement les questions qui se posaient. Malgré tout, il ne perdait pas un mot de ce qui se disait.

* Alors personne n’habite cette maison… cela ne m’étonne guère. On dirait qu’elle est abandonnée depuis un certain temps. *

Finalement, son regard ambré alla vers cette petite poupée assise sur le guéridon. Elle les regardait avec ces yeux de boutons et son éternel sourire. Ryden sentait que ce n’était pas une simple poupée ordinaire. Elle avait un petit quelque chose de plus, de presque familier. Il arrêta tout ce qu’il faisait, se trouvant plus en retrait des autres, et observa. Ashton l’avait lui aussi repéré et semblait tout aussi curieux. Il s’apprêtait à lui dire de ne pas… trop tard, il venait de la prendre. Ça ne semblait pas être une bonne idée et il avait raison. Presque aussitôt, une douce mélodie se fit entendre à l’étage supérieur et des lumières s’allumèrent. Était-ce vraiment lié ensemble ? Étrangement, Ryden avait l’impression que oui. Mais la vraie question était, était-ce une bonne chose ? Pour cela, il n’en savait rien.

Intrigué par les nouvelles manifestations, il s’approcha du corridor et des escaliers maintenant éclairés. Son regard cherchait une trace de vie, une ombre ou même juste le bruit de pas. N’importe quoi qui prouverait qu’il y avait effectivement quelqu’un.


- Si cela vous importe vraiment, Dr Wenhams, je suis Ryden Haesmar, toxicologue à la morgue. Et si nous nous connaissons, c’est juste parce que Paris est une petite ville. Tout le monde finit par se connaître. Vous le découvrirez bien assez tôt, dit-il plus concentré par le corridor que par les gens qui l’entouraient.

Écoutant les commentaires du canidé, Ryden ne put s’empêcher de marmonner dans sa barbe (barbe qu’il n’a pas sois dit en passant) :

- Je doute fortement qu’il y ait vraiment un hôte. Cette bâtisse ressemble plus à une maison hantée…

Finalement, ne trouvant rien de concret, il lâcha le corridor et les escaliers. Il leur fit dos pour faire face aux trois personnes dans le hall. Par ce geste des plus banals, il avait l’étrange sensation d’être observé. Sensation qu'il avait depuis le début, constata-t-il.

- Suis-je le seul à avoir l’impression d’être dans un roman d’horreur ? À commencer par cette poupée au regard possédé, puis cette mélodie et les lumières, il ne manquerait plus que l’orage avec la pluie torrentielle pour avoir l’atmosphère parfait.

Puis, Ashton proposa de monter. Le démon n’aimait pas l’idée. Le corridor l'interpellait plus. Il semblait plus rassurant. Même si au fond de lui, il doutait qu'il le soit plus.

- Ne serait-ce pas plus logique si nous nous séparions ? Nous pourrions parcourir une plus grande surface et ainsi découvrir une échappatoire plus rapidement. Deux d’entre nous pourrait monter à l’étage et les deux autres prendraient ce long corridor. Si une des équipes trouve quelque chose, elle n’aurait qu’à crier. Les docteurs ensemble et les… Il regarda Ashton afin de trouver un comparatif autre que leur côté démoniaque. Et les bels hommes ensemble.

Si le démon voulait qu’ils se séparent ce n’était pas dans le seul but mentionné plus tôt, il y avait une autre raison cachée derrière. Ils voulaient diviser les humains des légendaires. Avec eux dans les parages, ils ne pourraient pas utiliser leurs talents particuliers si besoin il y avait.

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Tala Harcourt
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Mar 3 Nov - 13:26

Ce jour-là, le vent soufflait terriblement fort, comme s'il était désireux de l'arracher de la terre pour lui permettre enfin de voler, elle qui n'avait droit qu'aux tréfonds de l'enfer. Ce jour-là, le soir était tombé plus vite qu'elle ne l'avait pensé, et la voici qui s'était perdue dans les rues d'un Paris démoniaque à la recherche d'une morgue qu'elle croyait ne jamais pouvoir trouver. Et peut-être n'avait-elle pas tort, elle qui avait préféré le chemin de droite à celui de gauche, pour simplement pouvoir contrarier l'instinct de la bête. Peut-être que, si elle avait su écouter la voix qui s'échappait de son sein, elle aurait pu retrouver la bonne route, elle qui s'enfonçait dans les tréfonds d'un quartier à la triste réputation. Peut-être que si, à cet instant survenu une heure plus tôt, elle n'avait pas été si bornée, serait-elle déjà rentrée depuis longtemps. Car la morgue n'était qu'à deux pas de la ruelle boudée par Tala, et à présent, cette dernière ne faisait que s'en éloigner davantage. Alors qu'elle pestait une nouvelle fois, la jeune femme sentit la pluie se faire plus forte, comme pour lui indiquer de presser le pas, ce qu'elle fit. Après tout, à part la certitude d'être trempée jusqu'aux os si elle n'avançait pas un peu plus vite, rien ne l'empêchait de fuir les larmes de Dieu...
Dix minutes plus tard, Tala s'abritait sous l'épicéa centenaire qui avait trouvé bon de s'installer là, ne faisant que renforcer l'atmosphère mystique du lieu.

« Mais je suis où, à la fin ?! »

Pesta-t-elle soudainement. Après une demie heure de recherche supplémentaire, Tala en était enfin arrivée à la conclusion qu'elle s'était perdue. Mais la jeune femme avait tant tourné et retourné qu'elle aurait été bien en peine de prétendre savoir d'où elle venait, elle qui fuyait toute manifestation surnaturelle émanant d'elle. Si Tala avait accepté, à cet instant précis, de suivre cet instinct animal qui pulsait toujours en elle, il y a fort à parier que son destin tout entier aurait été différent. Mais encore une fois, forte de certitudes erronées et de refus imbéciles, la louve prit le chemin inverse à celui que lui dictait sa raison. Le résultat ne se fit pas attendre, Tala se perdit un peu plus dans des ténèbres dans lesquelles elle ignorait toujours s'être plongée. Ah, si seulement elle n'avait pas été sourde aux légendes urbaines, racontées par les bouches inquiètes des enfants des rues, Tala aurait fui à toutes jambes. Si seulement elle avait écouté les voix discrètes des petits, elle aurait su qu'elle ne devait pas emprunter la ruelle sombre dans laquelle elle s'engouffra et qui lui donnait la chaire de poule. Mais l'épicéa ne la couvrait pas idéalement et la pluie, toujours, s'insinuait plus encore dans ses vêtements et sur ses cheveux, rendant l'un et l'autre collant. Le ciel hurla de nouveau sa colère et cette fois-ci, Tala sursauta. Se maudissant intérieurement, elle força l'allure, peu rassurée par l'ambiance sonore qui se joignait à son entreprise. Ewen lui avait dit que ce serait facile, qu'elle ne pouvait pas se perdre et qu'elle n'aurait besoin que d'une heure pour faire l'aller-retour. Il y avait donc deux solutions : soit Ewen était un très mauvais guide ce qui, en prenant en compte l'air distrait qu'il avait au visage ce soir-là, était probable, soit elle était une très mauvaise élève, ce qui était tout aussi plausible. Ne trouvant pas la réponse à sa question et passablement énervée de n'avoir toujours pas trouvé son chemin, elle avança encore plus vite lorsque, dans son dos, retentit soudainement un craquement. Cette réalité la glaça jusqu'aux os et la jeune femme se prit à courir en direction d'elle ne savait où, paniquée qu'elle était à l'idée d'être suivie. Et si c'était un tueur ?! L'imagination aidant et la peur lui offrant les ailes qu'elle se refusait, Tala eut l'impression désagréable d'être suivie et ne se concentra pas sur le chemin qu'elle empruntait. Lorsqu'elle osa enfin risquer un coup d'oeil derrière elle et ralentir, ce fut pour apprendre qu'elle était seule sur l'artère désertée. Rougissant de honte à l'idée d'avoir été vue, elle observa les alentours dans un soupir de soulagement : il n'y avait rien à des mètres à la ronde, rien d'autre qu'une gigantesque demeure aux allures de manoir hanté se dressant fièrement dans la rue. À sa vue, un lent frisson d'angoisse la parcourut et son poil se hérissa comme jamais auparavant. Si habitant il y avait dans la maison de l'horreur -de la lumière en filtrait- il ne pouvait s'agir que de la mort. Se mêlant à la terreur, un brin d'espoir agita son pauvre cœur. Elle venait de trouver la morgue qu'elle cherchait depuis si longtemps. Un sourire satisfait se dessina sur ses lèvres tandis qu'elle approchait la terrible demeure. Son regard, lui, hurlait la peur qu'elle se cachait... Ah, si seulement elle avait su, si seulement... Il y a fort à parier qu'elle aurait fui aussi loin que possible de cet endroit et n'y serait jamais retournée. Malheureusement pour elle, Tala ne savait rien de ce qui l'attendait à l'intérieur de la maisonnée et c'est d'un pas assuré -elle devait faire bon impression au nom d'Ewen- qu'elle s'engouffra dans l'allée sertie d'arbres morts qui la mènerait jusqu'à bon port. Lorsqu'elle fit face à la porte, Tala se racla la gorge, puis hésita.

« … Attends, tu as cherché cette satanée morgue pendant des heures, ce n'est pas pour faire demi-tour maintenant !! »

Elle avait raison, mais l'instinct animal qui siégeait en son âme revendiquait le besoin de fuir, là, immédiatement, de suite. Poussant un soupir et s'insultant d'idiote au passage, Tala frappa trois coups clairs contre la porte, puis attendit.
Au bout d''un moment, n'ayant obtenu d'autre réponse que celle du vent qui soufflait dans les branches vidées de leurs feuilles, Tala frappa à nouveau. Puis, comme on ne lui répondit pas, qu'elle entendait distinctement le piano et des voix provenant de l'intérieur, et puis aussi parce que dehors, la tempête faisait rage, Tala tourna doucement la poignée, qui céda bien aimablement. C'était très malpoli. C'était malpoli, et ça allait jouer des tours à son patron. Alors, pour lui éviter tout désagrément, Tala prit la parole avant même d'identifier les silhouettes qu'elle s'apprêtait à rencontrer.

« Bonsoir, je suis Tala Harcourt et je travaille au cimetière d'Ewen Grant, je viens en son nom pour récupérer les... »

Trois des quatre visages qui lui faisaient désormais face lui étaient familiers.

« ...corps ? »

Sa voix mourut dans une question muette. Oh non... C'était une mauvaise blague, pas vrai ? Oui, ça ne pouvait être que ça. Il ne fallait pas leur laisser le temps de comprendre ses paroles, absolument pas. Alors, Tala fit volte face et tourna la poignée, beaucoup plus fort que la première fois.
Clac.

« Navrée pour le dérangement, je me suis tromp-... »

Clac Clac Clac Clac. Clac. Clac Clac.
Rien n'y fit, elle avait beau forcer, elle ne parvenait pas à ouvrir cette satanée porte. Elle poussa un soupir, tenta une nouvelle fois de toutes ses forces, en vain. Aussitôt, le sentiment d'avoir été piégée s'empara d'elle et la sensation d'être enfermée se fit diadème sur son front. Se retournant -elle n'avait pas le choix- pour faire face aux autres, elle leur lança le regard le plus méfiant du monde.

« … Si c'est Ewen qui vous a demandé de me faire une blague, sachez que je ne trouve pas ça drôle. Pas du tout. Alors si vous pouviez avoir l'obligeance de me laisser sortir, je vous en saurais gré. »

_________________
La louv- *BAM* euh... l'humaine qu'est Tala parle en #ff9966 !

Ewen parle en #00cccc !


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Alexander Wenhams
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Mar 3 Nov - 13:56

Alexander n'était vraiment pas au bout de ses surprises, il en était bien conscient.
Il attendait patiemment que les trois inconnus se présentent ou qu'un évènement se produit. Au final il eu un peu de tout à la fois. Si les deux hommes étranges acceptèrent de donner leur nom, il n'eut guère l'occasion d'en savoir plus sur la troisième, une étrange musique apparaissant soudainement de l'étage. Puis une lumière.

Le médecin put enfin observer plus attentivement les autres et constata bien vite que Ashton tenait une poupée qu'il reposa rapidement.
Il ne l'avait pas remarqué à son arrivée... ou plutôt n'avait-il pas voulu la voir.
Réceptacle privilégié pour quelques âmes ou maléfices, cet objet pourtant adoré des jeunes filles ne lui plaisait guère. De mauvais souvenirs, des sortilèges confus ou ratés, des contes d'épouvantes narrés durant son enfance... Non il n'aimait pas les poupées.

Il fit face aux deux hommes et écouta attentivement leurs remarques et réactions, analysant leurs comportements. L'un semblait presque enjoué et fort curieux des évènements. L'autre...
Il lâcha quelque chose qui amusa Alexander. Comparer leur situation à une histoire d'horreur n'était pas loin de la vérité il fallait le lui accorder. Cependant, la suite de ses dires semblèrent incohérentes avec cette suite logique d'idées.
Il secoua la tête sans la moindre hésitation et répondit enfin, affichant un rictus quelque peu froid.


"Si je vous comprend bien, vous pensez que nous sommes en plein roman d'horreur... Pourtant vous êtes en train de commettre l'erreur la plus bête de n'importe quel protagoniste de ce genre d'aventure. Se séparer, quelle idée irréfléchie. Ne savez vous donc pas qu'il s'agit de la première étape pour mieux nous exposer au danger ?"

L'homme blond fit quelques pas vers les escaliers, scrutant ses marches interminables où s'échappait toujours la mélopée qu'il trouvait funèbre. Il n'avait pas la moindre intention de laisser ce mystère à ces deux légendaires. Pourquoi seraient-ils les seuls à s'amuser. Il avait vraiment du mal à les comprendre. Il savait les soigner, connaître leurs points faibles et points forts par cœur, mais leur comportement le dépassait. Lui qui ne se considérait pas comme un monstre... mais qui n'était plus vraiment humain non plus. Il secoua la tête et reprit, laissant paraître l'expression glaciale qu'il s'évertuait d'ordinaire à dissimulait, gardant malgré tout son sourire.

"Je n'ai aucunement l'intention de suivre votre idée déraisonnable. Rester ensemble est bien plus prudent... A moins que vous souhaitiez vous débarrasser volontairement de moi et de... Docteur Roméan, c'est bien cela ? Je suis enchanté de croiser un confrère, même si cela est dans de sordides circonstances..."

Il se tourna vers la femme déguisée, cherchant confirmation sur son nom et son métier, se montrant plus aimable envers elle. Elle était humaine et il n'avait aucune raison de se montrer discourtois avec elle. Il comprenait bien plus la mentalité humaine après tout, ne l'avait-il pas été autrefois ?
Puis il observa à nouveau les deux autres, dévisageant Ryden pour insister sur son choix de ne pas faire bande à part, avant de lâcher un sourire sans joie à Ashton.


"Et si nous montions pour savoir si notre pianiste est fait de chair et d'os ou s'il ne s'agit que d'un fantôme plaisantin ?"

Il passa entre les deux bruns et monta quelques marches, commençant déjà à s'aventurer vers le piège. Car cela en était un, il le sentait. Sinon pourquoi leur indiquer le chemin à suivre tout en leur refusant la possibilité de rebrousser chemin ?

Cependant un événement inattendu l'arrêta net. La porte derrière eux s'était ouverte, laissant entrer une nouvelle venue. Elle se présenta, comme si de rien n'était et se figea en les apercevant. A son expression, elle connaissait certain d'entre eux... encore. Ryden avait raison, il était facile de se connaître, mais il n'avait pas eu l'impression que cette ville soit si petite que cela.
Restant imperturbable, Alex haussa les épaules, reprenant son ascension vers l'étage.


"Navré de vous décevoir, Miss, mais ce n'est pas un canulars. Vous êtes coincé ici tout comme nous."
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Mar 3 Nov - 23:38

Il est un seigneur majestueux qui règne en maître sur ses confrères. Les années n'ont pas eu de prise sur sa haute taille, ni sur son maintien qui le laisse droit et fier quand d'autres auraient courbé l'échine. Le poids des ans l'embellit même, et le rend plus fort à mesure qu'il étend son royaume de paix par delà de tous les espoirs. Il abrite ses sujets de la faim et du froid sans se soucier de leur différence, car c'est un souverain noble et sage comme on en croise si peu. Mais cet empire si prospère finit par attirer les convoitises.
On veut le piller, lui voler jusqu'à la plus infime parcelle de ses richesses, l'extorquer par tous les moyens sans s'inquiéter des conséquences. Mais un assaut d'une telle ampleur se prépare et c'est tapis dans l'ombre que s'organise la surveillance. Pourtant rien n'y fait. Ni le temps, ni l'ardeur mise dans cette conquête ne permettent de trouver une faille. Le royaume reste imprenable tant que le souverain est à sa tête. Alors la décision est prise. Il faut s'en débarrasser.
Et c'est en plein jour, aux yeux de tous, que le seigneur majestueux va perdre la vie. Sa vaillance fera écho chez ses sujets désormais sans toit et c'est impuissants qu'ils regarderont leurs maisons détruites, leurs réserves mises à sec. À peine le souverain rend-il son dernier souffle qu'il est déjà dépouillé de tout ce qu'il a mis tant de temps à bâtir. Il s'éteint dans le silence qui succède au tonnerre, seul, oublié de tous.

Alors la longue scie ondule une dernière fois entre la chair épaisse du chêne séculaire. Un dernier coup, encouragé par les bûcherons assassins qui arrachent ce seigneur de la nature à son trône végétal. Il s'effondre dans un craquement sordide, son dernier râle. Au moins ne verra-t-il pas ces haches guidées par tant de mains trancher ses belles branches, arracher ses feuilles, détruire les nids. Oui. Il est mort, seul, oublié de tous.


//------------------------/------------------------//


Dans ce hall sommeil un lustre. Un de ces anciens lustres immenses, massifs, capables d'éclairer une pièce dans ses moindres recoins si l'on en embrase toutes les bougies. Il surplombe les invités de toute sa grandeur et les surveille aussi, à sa manière.

Mais entendez-vous le va et viens de la scie meurtrière ? Percevez-vous les coups de ces haches criminelles ? Ce vacarme a autrefois, ôté la vie, avec toute la cruauté d'une injustice. Et il va recommencer.

Épée de Damoclès scellée à un plafond vétuste, rester trop longtemps sous son joug coûte cher. Car alors que sonne cet ultime requiem, le crin de cheval qui retient la lame cède. Le lustre s'abat. À peine un sifflement prévient sa chute funeste. La mort attend ceux qu'il emportera dans son tombeau. Car rien n'arrête sa course, même le plancher vol en éclat sous ce choc titanesque. Les lames de bois craquent, grondent, crient et disparaissent. Avalées par un trou abyssal dont nul fond n'est visible, elles laissent un hall meurtrit, scindé en deux par une cicatrice béante que même la douce mélodie de l'étage ne pourra apaiser.

Mais dîtes-nous. Êtes-vous morts ?
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Ryden Haesmar
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Mer 4 Nov - 4:23

Le démon ne fut nullement étonné lorsqu’il entendit finalement le grondement caractéristique du tonnerre. Ils avaient maintenant tous les éléments pour une parfaite histoire d’horreur. Si tel était vraiment le cas, la prochaine étape était qu'ils allaient bientôt mourir les uns après les autres. Ce qui le fit sourire, il savait que, dans la vraie vie, les choses se passent généralement différemment.

Le docteur finit par se manifester à nouveau, le sortant de sa rêverie. Ryden n’eut pas besoin d’un dictionnaire du comportement humain pour comprendre que le blond était contre sa proposition. Cependant, ce qui le tiqua n’était pas qu’il n’aimait pas son idée, mais plutôt sa manière de le dire et de l’exprimer.


- Sans vouloir vous offenser, M. le docteur, je n’ai pas affirmé qu’on était dans un roman d’épouvante. J’ai seulement dit que tout cela donnait l’impression de. C’est différent. Je sais très bien que je ne suis pas un personnage tout droit sorti de l’imaginaire d’un quelconque écrivain maniaque de sang et d’effroi. Je ne crois pas qu'il y a une méchante créature qui n'attend que nous nous trouvions seul pour nous tuer. C’est pour cela que je persiste à croire qu’on devrait se séparer.

Pendant que le docteur examinait les escaliers, Ryden ne le quitta pas des yeux. Il avait un je ne sais quoi chez cet homme qui le poussait à ne pas lui faire confiance. Toute cette froideur qu’il montrait parfois ne lui disait rien de bon. Elle devait cacher quelque chose de plus sombre. En fait, il aurait pu lui dire qu’il était le propriétaire des lieux qu’il n’aurait pas été surpris. Le démon s'étonna même à se donner si l'homme respectait toujours le serment d’Hippocrate. Pour un étrange raison, il n'en était pas si sûr. Peut-être que cette nuit le lui révélerait...

- Vous avez une manière particulière de déformer mes paroles, docteur. Je pourrais presque croire que vous avez un problème avec moi. Qui a parlé de se débarrasser de vous ? En pointant les deux médecins. J’ai seulement proposé ces équipes, car elle me semblait logique, mais faites comme vous voulez, dit-il en se demandant si le médecin avait deviné sa réelle intention.

Alors que l’homme passait entre les deux êtres démoniaques, la porte s’ouvrit à nouveau. Pendant un bref moment, il se crut sauver. Mais cet espoir s’évanouit aussitôt en la voyant se refermer. Qui était le nouvel arrivant ? Ce n’était nul autre que cette louve en mal d’existence. Son défi personnel. En la reconnaissant, il se mit à sourire bêtement, oubliant une seconde dans quelle situation il se trouvait. Mais la réalité refit surface bien rapidement. Il constata par la même occasion qu’il n’était pas le seul à vouloir désespérément sortir de cette bâtisse. Elle avait eu pratiquement la même réaction que lui.

Puis, pour une raison qu’il n’aurait su dire, son regard alla au plafond. Plus précisément, sur l’immense lustre qui les surplombait. Il lui trouva un côté menaçant, mais ce n’était qu’un lustre. Que pouvait-il leur faire à part les éclairer. Son imagination devait lui jouer un tour. Mais juste au cas où, il se déplace légèrement afin de se trouver à l’entrée du corridor.


* Il faut vraiment que je quitte cette maison avant d’avoir peur d’une chaise. *

Alors même qu’il avait cette pensée, le luminaire tomba emportant tout avec lui dans un bruit effroyable. Heureusement, le démon ne se trouvait pas dans sa trajectoire. Lorsque le nuage de poussières retomba, il constata les dégâts. Un trou béant défigurait maintenant le hall. La maison avait-elle fait sa première victime ?  

- Faites ce que vous voulez, mais moi, je prends le corridor.

Il partit ainsi ne se préoccupant pas des autres personnes présentes.

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Comment décrire Ryden bièvement ?
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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Mer 4 Nov - 23:06

De toutes les personnes qu'il s'était attendu à voir débarquer sur ces lieux maudits, Tala était sans doute la dernière à lui venir à l'esprit. La jeune louve, si... incroyablement elle-même qu'il aurait difficilement pu trouver d'autres qualificatifs sans la vexer d'une manière ou d'une autre, faisait partie de ces gens qu'on n'imaginait pas arriver dans une maison hantée au cœur de la nuit. Et pourtant, elle était là, sa silhouette un peu trop frêle, son aura grise et ses yeux verts, à déclarer qu'elle était là pour les...

« Pour les corps ? »

Un éclair de compréhension dans le regard brun, et Ashton éclata de rire. Non, vraiment, il adorait cette fille. Impossible de s'ennuyer avec elle. Tentant en vain de reprendre son souffle entre deux accès d'hilarité, le jeune homme se trouva bientôt penché sur ses genoux, des larmes au bord des yeux.

« Hahahaha... Ha... Bambolina, je t'aime ! On n'est pas à une morgue ! »

Un soupir d'aise, et le canidé parvenait à se canaliser. Il se redressa, s'avança vers la demoiselle et lui saisit les doigts. Une légère étreinte sur la main frêle lui permit de l'attirer vers lui, à un ou deux pas du moins, puisqu'il était conscient de la réticence de sa partenaire. Son sourire était enjôleur.

« Une belle nuit, n'est-ce pas ? »

Il se tourna vers la foule, entraîna Tala avec lui, et laissa là la poupée qui traînait sur le guéridon. Son regard plana vers Ryden, se tourna ensuite vers l'escalier, et l'incompréhension frappa son visage blême :

« Pourquoi devrions-nous nous séparer des autres ? »

Une seconde de blanc, un brusque sourire qui s'étira sur les traits charmeurs. Celui-là était narquois, moqueur et animé de cette même sensualité qui l'accompagnait toujours :

« Pourquoi avez-vous peur, mon cher monsieur Haesmar ? »

Un léger rire s'éleva dans le semblant de silence qui berçait la bâtisse. Les quelques notes de musique n'étaient guère plus qu'un fond sonore, rendant plus intime encore l'obscurité morbide dans laquelle tous se trouvaient plongés. Le regard brun du canidé percevait dans le noir une menace tout juste dissimulée, si bien que son propre instinct s'agitait. Le Chien était désormais pleinement éveillé, rendant sa perception à la fois plus efficace et plus dangereuse. Une ambiance trop néfaste et la situation pourrait... dégénérer. Pour l'instant rien de si grave, Ashton gardait son monstre sous contrôle. Il avait l'habitude de gérer les pires scénarios, jusqu'aux coups les plus douloureux alors même que la Bête mourrait d'envie de sortir ses griffes. Restait toutefois à espérer que cela n'évolue pas en véritable coup du sort. Si une blessure ''fatale'' venait à survenir, il ne faisait aucun doute que l'obscurité deviendrait pour les occupants du hall le cadet de leurs soucis. Son objectif pour la soirée était donc d'éviter de subir des dommages qui tueraient une personne lambda : en soi, cela ne devrait pas être trop compliqué, d'autant qu'il disposait tout de même d'une petite marge d'erreur. La tête était la seule véritable zone de danger, en ce qui le concernait. Mais là n'était pas le sujet.

Ryden avait l'air angoissé, ce qui amusait beaucoup, immensément même, le canidé. Quoi de plus drôle qu'un démon qui se trouve suffisamment menacé pour éprouver de la peur ? Outre une louve qui confond une morgue avec une maison hantée, peu de choses vraiment. Et puis Tala disposait d'un capital comique qui la plaçait hors compétition, c'eut été injuste de placer le pauvre toxicologue en rivalité avec elle. Toujours était-il que le scientifique, malgré son immortalité apparente, semblait en proie à des démons connus de lui seul – une métaphore ô combien à-propos dont il ne se lassait pas.

Puis un grondement, au plafond.

Le regard brun se redressa brusquement, vit le lustre, vit le balancement dangereux de sa stature.

« Damn ! Tala attention ! »

Il la prit contre lui et recula précipitamment, le dos tout contre la porte d'entrée. Un énorme bruit sourd retentit, déferlant sur les tympans sensibles du canidé. Le plancher avait craqué, les lattes pulvérisées par le poids hallucinant du gigantesque luminaire. Une épaisse couche de poussière embrumait désormais complètement la salle, si bien que même lui ne pouvait discerner ses interlocuteurs. Étouffant un toussotement du revers de sa main, Ashton se redressa :

« Tout le monde va bien ? »

Si tel était le cas, ils étaient bien chanceux, pour les victimes d'un maniaque. Resserrant brièvement son étreinte sur Tala, il constata rapidement que Ryden était en bonne santé... et déjà loin. Un soupir se mêla à un éclat de rire, qui se mua bientôt en toux lorsque les poussières trouvèrent leur chemin jusque dans sa gorge. La sensation était terriblement désagréable.

« Quitte à nous enfermer, ils auraient au moins pu nous laisser ouvrir les fenêtres... »

Un froncement de nez face à l'odeur de renfermé qui s'était élevée dans la salle, une brusque sensation de danger et le sentiment distinct qu'il s'était embarqué là dans la mauvaise affaire, puis la bonne humeur d'Ashton était de retour :

« Bon ! Il est temps d'essayer de régler ça ! Ryden est parti dans le couloir, nous pouvons soit essayer de monter l'escalier, soit le suivre. Personnellement, je pense monter. S'il y a quelqu'un là-haut, nous découvrirons forcément un élément de réponse, ne pensez-vous pas ? Toutefois, si le corridor est allumé, on nous y invite également. »

Le regard si particulier du jeune homme s’égarèrent sur les deux destinations potentielles et, très vite, un sourire sardonique s'épanouit sur son visage pâle :

« Ne nous faisons pas d'illusions : en prenant ces chemins nous nous faisons manipuler par notre preneur d'otages. Avons-nous vraiment le choix ? Je ne pense pas. »

Tout air sérieux s'effacèrent de ses traits comme ses mots s'évanouirent dans les airs. Une expression joviale au visage, il s'éloigna finalement de Tala et, tenant toujours sa main dans la sienne, entreprit de contourner avec attention le lustre. Vu l'état des lattes, le moindre faux pas pourrait être...

Fatal semblait bien trop approprié.

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Tala Harcourt
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Jeu 5 Nov - 1:46

« Navré de vous décevoir, Miss, mais ce n'est pas un canular. Vous êtes coincée ici tout comme nous. »

Les mots de l'inconnu firent sursauter Tala, dont les épaules s'affaissèrent rapidement. Pourquoi avait-elle cru qu'il s'agissait de la morgue, déjà ? La réponse était simple, et se lisait sur le visage de Ryden sans aucune hésitation : parce qu'elle était idiote. Tala poussa un soupir et releva les yeux juste à temps pour pouvoir fusiller Ashton du regard. Celui-ci riait aux éclats devant sa propre bêtise, et une part d'elle lui accordait raison tandis que l'autre s'offusquait.

« J-...
- Hahahaha... Ha... Bambolina, je t'aime ! On n'est pas à une morgue ! »

Elle avait deviné, merci pour elle. Cependant, la colère prit soudain les couleurs de la gêne et c'est cette dernière qui teinta ses joues d'une jolie couleur amarante. Tala fronça les sourcils. Je t'aime. Il lui avait dit qu'il l'aimait... Ses yeux tombèrent sur le parquet, tandis que sa voix mourait dans une tentative désastreuse de communication hasardeuse.

« J-j-j-j'avais deviné... »

Parvint-elle à articuler au bout de nombreux efforts, le visage toujours enflammé. Une nouvelle fois, elle releva la tête, juste à temps pour faire face à Ashton, qui s'était rapproché d'elle. S'il s'était agit de tout autre que lui, il y a fort à parier que la louve aurait sursauté, puis reculé de la plus belle des manières. Mais cela faisait quatre mois entiers qu'Ashton lui apprenait le tango, et Tala avait appris, lentement mais sûrement, à tolérer son contact. Aussi, lorsqu'il lui prit la main, se contenta-t-elle simplement de dévisager cette dernière d'un air désabusé. Il l'avait précédemment vexée, et ce malgré ses mots doux. Comment pouvait-il seulement espérer qu'elle l'autorise à-...
Soudain, Ashton l'attira à lui comme s'il esquissait là l'un de leurs mouvements de danse. Par réflexe, Tala ne s'y opposa que trop tard. Le rouge de ses joues mangea tout son visage et lorsque le jeune homme prit la parole, toute sa colère avait fondu.

« Une belle nuit, n'est-ce pas ? »

Répondre. Répondre quelque chose, vite. Ne pas céder au trouble qu'Ashton faisait naître en elle de plus en plus fort à mesure que passaient les jours, et répondre quelque chose d'intelligent.

« J-je... Ou-oui, u-un peu effrayante c-c'est tout... »

Et Intelligible, aurait-elle dû préciser. Se maudissant profondément, Tala se détendit à mesure qu'Ashton la tirait vers le reste du groupe, par cette main qu'il se refusait toujours à lâcher. C'était comme ça depuis le premier cours de danse, jour où elle l'avait laissé faire, où il avait contredit chacune de ses règles avec grand plaisir -elle en était certaine- et où il avait gagné le droit, le privilège exclusif de pouvoir la toucher presque autant qu'il le souhaitait. Evidemment, chacune des étapes du contact avait été difficile, parfois au point où elle avait souhaité renoncer, mais il avait fini par la décider et, désormais, ses yeux ne s'emplissaient plus ni de larmes ni de doutes lorsqu'il s'emparait de sa main ou, pire, la serrait contre lui. Dans ces cas-là, Tala ne faisait plus que se crisper et perdre ses moyens ce qui, la concernant, était un pas de géant. Sans plus lâcher sa main, Ashton se concentra à nouveau sur le reste du groupe tandis qu'elle-même se laissait aller à un retour au calme qui lui prendrait -à coup sûr- de longues minutes. Durant ce temps, et n'ayant rien d'autre à faire, Tala écouta les conversations en même temps qu'elle détaillait l'endroit dans lequel elle s'était enfermée. Il s'agissait d'une aussi grande bâtisse qu'elle avait pu le présumer en l'apercevant de l'extérieur et qui, malheureusement, n'avait pas perdu de son air terrifiant une fois la porte d'entrée passée. Au contraire, justement. Le couloir éclairé diffusait une sale lumière qui rendait toutes les ombres des alentours plus horribles qu'elles ne l'étaient et donnaient à un esprit trop imaginatif bien du grain à moudre. Là dessus, Tala s'imagina qu'un tueur, quelque part, les attendait pour tous les assassiner les uns après les autres, et elle resserra instinctivement sa prise sur la main qu'Ashton lui avait offerte. Elle avait beau le nier, la présence de ce dernier faisait des miracles sur elle-même et la rassurait terriblement. Seule dans un tel endroit, et même entourée de tous les autres, Tala savait déjà qu'elle aurait paniqué. Il n'y avait qu'à regarder l'escalier qui montait vers l'étage et dont s'élevait une bien étrange mélodie qui lui glaçait le sang sans qu'elle ne parvienne à se l'expliquer. Ashton et les autres savaient très certainement qui jouait du piano, il se pouvait même qu'il s'agisse de quelqu'un du cabaret, et pourtant, comme une idiote, Tala craignait les notes volatiles qui venaient cueillir en son cœur des accents de la peur la plus pure qui soit. Et alors qu'elle levait les yeux pour admirer le plafond -qui devait être aussi effrayant que tout le reste, elle était prête à le parier- et qu'elle découvrait un immense lustre certainement vieux de plusieurs siècles, celui-ci trouva bon de se rapprocher d'elle pour qu'elle puisse le mirer de plus près.

« Damn ! Tala attention ! »

Avant même qu'elle n'ait le temps de réagir, Ashton la serra contre lui et la sauva d'une mort certaine. Face au contact inattendu, Tala se crispa. Et si les larmes lui montèrent aux yeux, ce fut de terreur. À l'endroit où elle s'était tenue la seconde précédente se trouvait désormais un gigantesque gouffre s'enfonçant dans des ténèbres inhospitalières. Alors, Tala eut un réflexe qu'elle n'aurait jamais eu auparavant. Tala se resserra contre Ashton, comme si celui-ci pouvait la protéger de la mort elle-même. Elle qui prétendait vouloir danser avec la faucheuse prenait peur en la frôlant et, dans d'autres circonstances, cette réalité aurait fait naître en son sein un rire des plus amers. Mais pour l'heure, elle n'avait pas le temps. Car sans qu'elle n'y puisse rien, tout ce qui la constituait s'était mis à hurler le danger qu'elle courait. Et elle qui n'était pas le moins du monde habituée à laisser parler son instinct se retrouvait submergée. Alors qu'elle était toujours collée à Ashton et que celui-ci resserrait ses bras autour d'elle, elle murmura d'une toute petite voix des aveux qu'elle devait démentir la minute suivante.

« A-Ash, j'ai peur... »

Les mots s'éteignirent d'eux-mêmes face au rire transformé en toux d'Ashton. Sa gorge aussi lui grattait, mais Tala était bien trop occupée à réguler les sensations inquiétantes et démultipliées par ce qu'elle était vraiment pour s'en soucier. La peur noyait tout son corps, circulait dans chacune de ses veines et alimentait une tension qui la tendait comme s'il s'était agi de quelqu'un d'autre qu'Ashton qui la serrait contre lui. Et puis il y avait les sens démultipliés, aussi, aux aguets. Les odeurs qui la faisaient presque s'étouffer, la vue un peu plus claire qu'habituellement et l'ouïe bien plus fine qu'à l'accoutumée. Tout ça, c'était trop pour elle, et les bras d'Ashton lui semblaient le seul havre de paix dans lequel se réfugier. Et avec le temps, c'était d'ailleurs ce qu'ils étaient devenus. Ashton tout entier était devenu une figure sécuritaire que la louve aimait à côtoyer, un peu trop, peut-être, et qu'elle fuyait de moins en moins. Ashton, au bout de quelques mois, avait su s'insinuer au cœur même de ses réticences pour les désamorcer une à une.

« Bon ! Il est temps d'essayer de régler ça ! Ryden est parti dans le couloir, nous pouvons soit essayer de monter l'escalier, soit le suivre. Personnellement, je pense monter. S'il y a quelqu'un là-haut, nous découvrirons forcément un élément de réponse, ne pensez-vous pas ? Toutefois, si le corridor est allumé, on nous y invite également.
- P-parce que vous ne savez pas de qui il s'agit ?! E-en haut, je veux dire, la personne qui joue du piano, je pensais que-... ? »

Tala ne se rendit compte que trop tard qu'elle formulait des reproches potentiels pour qui voudrait les prendre comme tels. Sursautant, elle détourna les yeux et chercha faiblement à se détacher d'Ashton. Cependant, ce n'était pas là sa véritable volonté, aussi ne quitta-t-elle pas les bras rassurants et marmonna.

« J-je suis désolée, c'était ridicule. »

Puis elle ajouta, de cette même voix, fille de la repentance.

« Merci Ashton p-pour... m'avoir sauvé la vie. »

La suite des paroles du canidé lui déplut fortement. ''Preneur d'otages'' était un terme qui ne trouvait absolument pas grâce à ses yeux et Tala n'était pas vraiment ravie de faire partie des fameux otages dont son ami parlait. Maudissant secrètement Ewen, la louve laissa Ashton s'éloigner d'elle à regret et ne put retenir un petit sourire lorsqu'elle vit qu'il ne lâcherait pas sa main. Fixant le sol afin de ne pas tomber -et non pas parce qu'elle était gênée, c'était totalement faux- elle eut le plaisir d'arriver en un seul morceau à côté de l'escalier, vers lequel elle tourna un regard inquiet. La musique, le craquement des lattes, tout lui semblait plus fort, tout lui semblait plus dangereux, et lorsque l'orage se manifesta une nouvelle fois, Tala sursauta, manquant de glisser au passage. La pluie battit plus fortement les carreaux et la louve dût poser ses deux mains sur ses oreilles, dont celle toujours enlacée aux doigts d'Ashton. Le bruit était horrible. C'était comme si le monde lui faisait mal, avait pour volonté de la blesser ou de la déstabiliser, et même le jeune homme à ses côtés dégageait désormais un parfum dont elle découvrait l'inédite flagrance. Ses repères floutés et l'envie de fuir se faisant plus forte que tout, Tala laissa un semblant d'agressivité animale prendre le dessus sur sa raison. C'est d'un pas décidé qu'elle gravit la première marche, la peur passée au second plan devant la colère.

« Tu as raison Ashton, il vaut mieux aller régler son compte à ce fou dangereux et en finir une bonne fois pour toutes. Ryden veut aller se perdre dans la lumière ? Qu'il y aille tout seul. Je n'ai pas envie de rester ici une seconde de plus et Ewen peut toujours courir pour que j'accepte de le dépanner, à l'avenir. »

Ce faisant, Tala monta trois nouvelles marches, sursautant à chaque craquement. Les sens qu'elle ne pouvait plus refréner reprenaient leurs droits légitimes sur celle qui, toujours, se refusait à eux, et la rendaient confuse au possible. Ce furent eux, aidés sans nul doute par l'instinct de la louve et la peur qui serrait ses entrailles, qui dictèrent les mots qui suivirent et qui n'avaient pas de sens véritable au cœur de la situation.

« … Vous croyez que cet enfant de dix-sept pères trouve ça drôle de nous étouffer avec toutes ces odeurs ?! »

Hélas pour elle, elle était pratiquement la seule à les sentir. Après tout, Tala pouvait le nier autant qu'elle le souhaitait, elle n'était pas vraiment humaine...

A lire !!:
 

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La louv- *BAM* euh... l'humaine qu'est Tala parle en #ff9966 !

Ewen parle en #00cccc !
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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Jeu 5 Nov - 20:29

Cela faisait quelques minutes désormais que l'orage, au loin, remuait le ciel, et Ashton avait fait son possible pour l'ignorer. Ignorer le bruit sourd et éloigné – éloigné, se répétait-il – du tonnerre, ignorer la lumière incandescente et fugitive de l'éclair scindant le ciel, et surtout ignorer le Chien qui grondait en chœur avec les éléments. Pour l'instant, cela fonctionnait fort bien. La bête était sous contrôle, et il était en relative sécurité. Relative, il l'admettait, car un lustre s'effondrant comme par magie du plafond pour s'écraser sur le plancher déjà fragile n'était pas même sa définition de sûreté. Les lattes brisée grinçaient sous ses pas à mesure qu'il guidait sa compagne hors de danger. Car oui, même le casse-cou qu'il était considérait leur mouvement comme incertain. C'est pourquoi, lorsque la semelle de cuir rencontra finalement le sol à l'endroit où il semblait le plus solide, le canidé afficha un sourire plus large encore :

« Ah, voilà qui est mieux ! »

Tala semblait plus heureuse encore que lui-même, s'il en croyait la rapidité avec laquelle celle-ci s'approcha des escaliers. Ash releva un instant la tête, observant de son sombre regard l'obscurité dévorant les marches. Sa curiosité le dévorait tout entier, l'engloutissait plus sûrement qu'un démon et le poussait vers un ailleurs dont il ne connaissait rien. La musique, aussi inquiétante fut-elle, qui parvenait à ses oreilles l'incitait plus encore à l'exaltation. Il était ravi, enjoué. Les yeux qu'il adressait au néant qui l'attendait étaient pétillants de malice. Les paroles de Tala ne firent d'ailleurs que l'exalter d'avantage, impatient qu'il était de découvrir le fin mot de cette histoire. La louve avait d'ailleurs déjà commencé à grimper les premières marches et, lançant un sourire agréable à ses interlocuteurs, il l'accompagna.

« Accompagnez-nous donc, mieux vaut que nous restions groupés. »

Tant pis pour Ryden. C'était un démon, il pourrait bien se débrouiller... non ? Sifflotant légèrement, et riant d'allégresse lorsque les mots de la louve prirent les tournures colériques qui la caractérisaient si bien, Ashton entama à son tour l’ascension vers l'étage supérieur. L'escalier grinça lugubrement, arrachant un frisson d'excitation à l'échine du jeune homme. Il avait terriblement hâte.

Puis il y eut l'éclair, et le sursaut qu'il tira de lui était tout autre. En lui, le Chien s'éveillait dangereusement. Ce n'était pas un gros orage, pas de ceux qui nécessitaient qu'il s'attachât ou prît de sérieuses mesures, mais être enfermé dans pareille maison tandis qu'il devait lutter contre le monstre qui s'agitait en lui s'annonçait coton. Crispant fermement sa mâchoire et resserrant sensiblement son étreinte sur la main de Tala, il avança plus rapidement encore. Au sommet des marches, le pianiste serait plus proche, et s'il était plus proche la musique serait plus intense. Il entendrait moins le tonnerre, et s'il en croyait les ténèbres qui s'offraient à lui il ne verrait pas non plus les éclairs. Une véritable aubaine pour lui s'il osait la qualifier ainsi, cette montée lui donnait en réalité la possibilité d'affronter la pire chimère de cet endroit : lui-même. Sifflotant, l'air de rien, un sourire suave aux lèvres mais une tension non feinte dans le corps, il avança plus rapidement.

« Qui m'aime me suive ! », lança-t-il sur un ton de rigolade.

Gambadant allègrement sur les marches qui, en effet, paraissaient interminables, le canidé se trouva bientôt enveloppé dans une obscurité au travers de laquelle lui-même peinait à distinguer quoique ce fût. Seule la légère lueur qui émanait de l'escalier parvenait à guider ses pas au fil de son ascension. L'Ombre qui les entourait lui paraissait menaçante, et ses instincts criant au danger lui arrachèrent un sourire amusé. Il avait pleine conscience d'être déviant dans son comportement, seulement il ne pouvait empêcher l'absolue témérité dont il se sentait investi. À vrai dire, il se sentait empli d'une adrénaline dont il se délectait avec un plaisir absolu. La mélodie se faisait également plus forte, si bien que les notes de piano semblaient constituer à elles seules leur environnement. Il n'y avait plus qu'eux, le sommet de l'escalier, et la musique. D'aucun eut été terrifié, Ashton, lui, était ravi. Un tel univers était amplement préférable à l'ora-

Un tonnerre, de nouveau, et plus fort encore.

Il se pinça la lèvre, marqua une halte dans son mouvement. Lorsqu'il le poursuivit, celui-ci fut immédiatement moins fluide, comme s'il était devenu rouillé après un problème dans ses rouages. La vérité n'en était peut-être pas si éloignée, mais il préféra ne pas y songer. Non, au lieu de cela, le jeune homme accéléra sa marche. Il manqua d'ailleurs de trébucher, parvenant au terme de l'escalier sans en avoir la moindre conscience.

« Woups ! Attention à l'absence de marche ! »

Un éclat de rire, puis Ashton regarda autour de lui. On n'y voyait franchement rien. Ce constat l'amusa en même temps qu'il le déstabilisa, avant que la compréhension de son absolu manque d'instinct de survie ne le fît pencher vers l'hilarité. Qu'y avait-il de néfaste à être heureux en pareil endroit, après tout ? Ce n'était pas comme si la peur allait changer quoique ce fût. Triturant distraitement son piercing, il cessa d'avancer jusqu'à s'accoutumer à la pénombre absolue. Il ne parvenait guère qu'à distinguer les contours de ce qui se tenait devant lui, et encore, mais cela devrait être suffisant, supposait-il.

Il serra les doigts de Tala dans les siens, conscient qu'il y avait de fortes chances pour que la demoiselle paniquât plus qu'autre chose dans de pareilles circonstances. Au vu des événements précédents, il ne pouvait trop la blâmer.

« Bon... Bah c'est ce qu'on appelle y voir clair comme du jus de chique. »

Il tourna la tête, puis éclata de rire.

« Je vous proposerais bien de nous tenir tous la main pour ne pas se perdre, comme dans une farandole, mais vous trouveriez ça ridicule, n'est-ce pas ? »

De nouveau, le jeune homme tenta d'observer autour de lui, sans rien voir de concluant. Il haussa des épaules, avança au hasard... et se prit les pieds dans quelque chose. Son équilibre fragilisé, il trébucha violemment et frôla même la lourde chute. Un accès d'hilarité plus tard, il crut bon de commenter :

« Hé bien, j'espère que ce n'était pas un cadavre ! »

Son humour, s'il terrorisait les autres, l'amusait en tout cas beaucoup, et c'est sans pudeur aucune qu'il se permit de rire de bon cœur. Bien que la possibilité avancée ne soit pas complètement invraisemblable, il doutait que cela fût réellement le cas. Après tout, pourquoi les mener à l'étage si c'était pour...

les assassiner dans le noir ?

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Dolores Keller
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Jeu 5 Nov - 20:36

Dans la nuit noire, nul ne sait ce que les ombres préparent. Elles se faufilent, elles glissent, elle sifflent, mais ne se montrent pas. Elles nous entourent mais ne touche pas, pourquoi ? Tout simplement car lorsqu'elles seront sur vous, il sera trop tard. Un cri résonne dans la nuit. Est-ce la douleur qui se fait entendre ? Ou bien le vent qui profite des ruelles vides pour savourer sa force ? Rapprochons-nous, oui, plus prêt, c'est par ici, vous l'entendez ? Cette plainte éternelle qui résonne entre les murs de cette maison. Les escaliers grincent, montez doucement, on pourrait vous entendre. Le cri est de plus en plus fort, l'odeur du sang enveloppe vos narines, il est trop tard pour reculer, les ombres vous ont piéger. Serait-ce la fin ?

- Monsieur Dupoinçon, si vous continuez de crier vous allez réveiller les voisins !
- AAAAGHAHAGOOOAGHAGHAAAAA !
- Accrochez-vous ! Je vais bientôt l'arracher ! Préparez les compresses Adam !
- O-Oui !
- Ooooon y eeeeeest !

Le cri fut perçant. Ultime. Il transperça la nuit telle une lame, mais rapidement le voile nocturne retomba sur la capitale, comme si rien ne s'était passé. Les mains couvertes de sang, Dolores arborait fièrement sa pince en acier, dans laquelle était coincée une énorme molaire encore dégoulinante d'hémoglobine. Un grand sourire sur son visage, elle confia la dent à son assistant avant de saisir les morceaux de tissus que ce dernier avait apporté pour calmer l'hémorragie causée par l'opération.

- Je suis navrée Monsieur Dupoinçon d'en être arrivée là, mais votre dent ne poussait pas du tout comme il fallait ! Et elle repoussera vite !
- Oh, oui, oui, oui. Elle repouchera, elle repouchera.

Le monsieur enrobé assis sur une petite chaise en bois répétait nerveusement les paroles de son docteur qui terminait de recoudre la plaie que l'arrachage de dent venait de creuser. L'avantage avec les vouivres, en particulier pour les plus âgées comme c'était le cas pour monsieur Dupoinçon, était que la douleur s'estompait vite, empêchant de gaspiller de l'alcool pour atténuer la douleur. Dolores souffla avec satisfaction devant le travail achevé, puis, tout en s'essuyant les mains sur son tablier, autorisa son patient à reprendre sa tête humaine, ce qu'il fit sans tarder tout en s'assurant que son visage n'avait pas subi de déformation (Monsieur Dupoinçon était une vouivre hybride issu de nombreux croisements dans sa généalogie, si bien qu'il était capable de changer une partie de son corps en vouivre sans se transformer entièrement. Il est un fidèle patient de Dolores car aucun autre Docteur ne parvenait à gérer son métabolisme d'hybride). La tête enroulée dans une bande de tissu attachée par un petit nœud fait avec soin, le drôle de patient se leva de sa chaise, encore déboussolé par l'intervention (il était toujours déboussolé en fait).

- Ch'est fini oui ? Ch'est fini ?
- Oui oui ! Je vais vous donner quelques clous de girofles au cas où la douleur reviendrait. Adam tu peu récupérer la serviette ?

Le jeune homme à lunettes, encore tremblant, puis s'excusa auprès du patient avant de récupérer le carré de tissu couvert de sang que M. Dupoinçon portait encore sous le menton. Celui-ci s'excusa maintes fois puis récupéra son chapeau melon d'une taille étonnamment petite pour la rondeur de la tête de son porteur avant d'être rejoint à la jeune homonculus, une petite boîte en fer dans une main et un papier dans l'autre.

- C'est une chance que je sois au cabinet ce soir, autrement vous auriez passé une très mauvaise nuit !
- Ohlalà ! Ohlala très mauvaise oui, très mauvaise.
- Vous rentrez vous coucher je suppose ? Votre femme doit s'inquiéter.
- Elle s'inquiète oui, enfin non, elle s'inquiète, elle s'inquiète. Mais je dois aller à l'hôpital, oui, à l'hôpital avant, j'avais promis.
- Ah ? Une connaissance serait tombée malade ?
- Non, non, non, pas malade, enfin presque malade, mais pas malade. Il a été trouvé par un cocher, oui un cocher c'est ça, et il est devenu fou ! Ohlalà ! Fou, complètement fou !
- Ah ! Je crois que j'ai entendu parler de cet homme, fit Adam en s'essuyant les mains, sortant du bureau de Dolores. Il redressa ses lunettes puis continua, c'est un certain Monsieur Lambert je crois, il a été retrouvé en plein délire vers… Ah le nom m'échappe, mais on pense qu'il est tombé dans un accès de folie.
- Oh vraiment ? Pauvre homme. Quoi qu'il en soit, Monsieur Dupoinçon, prenez ces clous de girofle et rentrez chez vous rapidement, rien de telle qu'une bonne nuit pour récupérer.

M. Dupoinçon bafouilla quelques mots encore puis posa sa main potelée sur le bandage autour de sa mâchoire, mais Dolores, comprenant où il venait en venir, le rassura et lui dit de le garder, car elle en avait beaucoup d'autres. L'homme potelé remercia à plusieurs reprises son docteur, se courbant presque autant de fois, puis sortit du cabinet en saluant une dernière fois avec son chapeau, et disparut dans les escaliers menant au rez-de-chaussée. Dolores referma la porte puis retourna vaquer à ses occupations, la mine pensive, pendant qu'Adam rangeait la pièce, finalement pas si perturbé par la vue d'autant de sang. En fin de compte il s'y était un peu habitué.

- Adam ? Fit soudainement Dolores, dont seule la voix parvint à sortir du bureau.
- Oui Docteur ? Ce monsieur Dupoinçon est charmant n'est-ce pas ?
- Vous avez quelque chose de prévu ce soir ?
- Hm ? Non, pourquoi ?

***

- … Hors de question.
- Pourtant c'est bien l'adresse ! Votre ami de l'hôpital était catégorique ! J'ignorais que la prise en charge de cet homme avait fait tant de bruit…
- Vous comptez vraiment entrer ? D-Docteur !

La jeune femme, comme à son habitude, n'écouta pas son assistant et était déjà sur le perron du l'imposant manoir dont l'apparence délabrée ne disait rien qui vaille. Le jeune homme, trop effrayé à l'idée de rester seul, avança à son tour et rejoignit sa patronne devant la grande porte du manoir, sentant pertinemment que ce qui se cachait derrière devrait bel et bien le rester. Dolores resta silencieuse quelques minutes, contemplant l'impressionnante gravure qui décorait la porte, puis saisit nonchalamment le heurtoir en acier forgé et frappa bruyamment sur la porte. Adam poussa un cri tant le bruit fut puissant, puis tira la main de sa patronne, gêné et effrayé par les conséquences que pouvaient avoir son acte. Comme pour répondre aux attentes du pauvre assistant, la porte d'entrée s'ouvrit alors dans un grincement long et plaintif, comme pour inviter le duo à entrer.

- C-C-C'était ou-ou-ouvert ?
- Il faut croire. Allez Adam, cessez de geindre et venez, ou alors restez tout seul ici et attendez-moi.
- M-Mais pourquoi voulez vous entrer ! On peut regarder l-l-l'intérieur de la m-maison tout restant sur le s-seuil !
- Mon cher Adam, si un homme est devenu fou en entrant dans cette maison, c'est qu'il doit y avoir des choses intéressantes ici ! C'est évident ! Peut-être des fantômes ? Ou des gobelins ! Ooooh des gobelins ce serait fantastique ! Quoi que vous fassiez, moi, j'entre !

La doctoresse fit un pas décidé et pénétra dans le manoir, parcourant du regard le hall d'entrée, l'air amusée. Adam resta en retrait, l'angoisse le poussant à jouer avec ses doigts, tout en regardant l'entre béante de la bâtisse qui semblait sur le point de l'avaler. Le jeune homme se tourna, puis voyant que tout autour de lui était déjà englouti par la nuit (Dolores portait la lanterne), il fit à son tour ce pas décisif le faisant franchir le seuil. Son cœur battait si fort qu'il semblait être sur le point de sortir de sa poitrine, c'est pourquoi il rejoignit rapidement sa patronne, trop inquiet à l'idée qu'elle disparaisse dans les entrailles du manoir. Cette dernière de son côté regardait en souriant une petite poupée posée sur la commode de l'entrée, dont le visage en tissu partiellement illuminé par la lanterne donnait la chair de poule au pauvre Adam.

- Quelle adorable petite poupée ! Fit Dolores en la saisissant à pleine main. J'en avais une un peu comme ça quand j'étais petite, mon père m'en avait confectionné une pour étudier mes capacités cognitives. Ah que de souvenirs… Cet endroit est impressionnant, l'extérieur semble en piteux état pourtant l'intérieur est -

Le bruit de la porte d'entrée retentit avec fracas, faisant sursauter Adam qui manqua de tomber par terre. L'homonculus se tourna vers l'entrée, étonnée, puis pensant à un coup de vent, haussa les épaules et continua son début d'exploration, secouant doucement la poupée qu'elle tenait dans la main. Adam s'approcha de la porte, posa sa main tremblante sur la poignée et tenta de l'actionner, mais découvrit, comme sa crainte lui avait chuchoté, que lui et Dolores étaient enfermés. Il se tourna vers celle-ci, mut par l'effroi, et prononça une succession de bégaiements incompréhensibles, trop paniqué pour garder ses esprits. Dolores, elle, s'était avancée un peu plus dans le hall et regardait avec intérêt le grand miroir accroché au mur qui lui faisait face, le menton posé sur son pouce, signe de sa concentration. Elle tourna son regard, alterna entre Adam et le miroir à plusieurs reprises, avant de faire signe à son assistant de la rejoindre, ce qu'il fit, complètement recroquevillé, comme si la contraction de tous les muscles de son corps pouvaient le protéger de quelconque danger.

- Regardez, fit Dolores en pointant du doigt le miroir, nous nous voyons dans le reflet, mais il y a d'autres personnes aussi… Elle plissa les yeux, je crois que je reconnais quelques visages. Oh ! Mais c'est ce cher Axel ! Ah et c'est un docteur fraîchement arrivé lui je crois… C'est étonnant. Ils ne me voient pas j'ai l'impression. Bon, on continue ?
- G-G-Gag d-d-d-du N-N-NON NON c-c-'est p-p-p-pas…

Tandis qu'Adam essayait tant bien que mal de communiquer avec sa patronne qui regardait encore la petite poupée qu'elle tenait dans la main, amusée, une drôle de musique s'éleva dans les airs, coupant net les bafouillages de l'infirmier. Celui-ci leva la tête, la respiration brève, puis fut imité par Dolores qui elle aussi avait bien compris que la musique venait de l'étage supérieur. La jeune femme ne dit rien puis se dirigea vers les escaliers, levant sa lanterne dans l'espoir de voir quelque chose, mais fut surprise de voir que de la lumière provenait déjà du haut des marches. Adam se tourna timidement vers le miroir, puis effrayé de voir que d'autres reflets s'étaient mêlés au sien, rejoignit la doctoresse. Le pauvre n'entendit même pas le miroir se fissurer au moment même où il tourna le dos.

- Cette maison m'a l'air habitée finalement.
- D-Docteur, j-je ne sais pas s-s-si…
- Tiens, où est la porte d'entrée ?

Le sang d'Adam se glaça. Ce dernier se tourna doucement, dans un geste presque mécanique, et découvrit avec stupeur que la porte avait en effet disparu, et que seul un mur épais et sombre avait pris sa place. Il se tourna vers Dolores, dont la mine était étonnamment un peu plus sérieuse, tentant de lui faire part de sa terreur la plus profonde, mais encore une fois aucun mot ne put sortir de sa bouche. L'homonculus hésita quelques secondes puis monta les marches sur lesquelles elle se trouvait, se disant que de toute façon faire marche arrière était trop tard. Adam, se disant la même chose, et refusant l'idée de perdre sa patronne, emboîta le pas à cette dernière et fixa l'encadrement de la porte qui leur faisait face et par laquelle s'échappait une lumière chaude et rougeoyante.

Un puissant courant froid vint alors caresser la nuque des deux visiteurs qui s'immobilisèrent sur le champ et se tournèrent ensemble, l'une persuadée qu'il s'agissait d'un fantôme, l'autre persuadé qu'il allait mourir dans d'atroces souffrances (oui les impressions sont partagées). Dolores leva sa lanterne, à droite, puis à gauche, avant de baisser les yeux et de constater avec surprise qu'un trou béant avait remplacé le plancher sur lequel elle et Adam se tenaient quelques minutes plus tôt. Adam poussa un léger cri et se plaqua contre le mur à sa droite de peur de tomber, on ne sait par quel moyen, dans l'abysse sans fond qui lui faisait face. On n'entendit plus que leur respiration irrégulière, puis revinrent bientôt les grincements des marches, Dolores ayant repris son ascension, bientôt suivie par Adam qui contemplait avec effroi l'énorme trou derrière lui. Ils parvinrent enfin à l'étage supérieur, et s'approchèrent finalement de la porte d'où provenait la musique.

Dolores confia sa lanterne à Adam et approcha son oreille. Ses sourcils se levèrent alors de surprise, suivis de la main de la jeune femme qui invita son assistant à faire comme elle, ce qu'il fit non sans une certaine appréhension. Derrière la porte, des voix étaient perceptibles, elles s'entremêlaient, se déliaient, mais ne semblaient pas porter de phrases dotées d'un sens. Dolores se redressa puis toqua à la porte. Ni la musique, ni les voix ne s'arrêtèrent, peut-être le bruit était-il trop fort.

- Bien, il n'y a aucune crainte à avoir, entrons !

Dolores ouvrit la porte dans un geste bref et rapide, sentant avec étonnement la sensation de chaleur provoquée par la lumière rouge sur son visage s'évanouir en une seconde, laissant à sa place un souffle poussiéreux et glaçant telle une bise hivernale. Incrédule, la doctoresse s'avança et pénétra dans la pièce, toujours la main sur la poignée. L'endroit était sombre, couvert de toiles d'araignées, comme momifié par le temps, car tout le mobilier était en parfait état, bien que recouvert de plusieurs voiles de soie blanche.

- Fascinant…
- C-Comment… I-I-Il y avait des gens et-et…

Un silence de mort s'installa, uniquement troublé par le grincement du parquet et les respirations de Dolores et Adam, matérialisées par un souffle vaporeux qui disparaissait à quelques centimètres de leurs lèvres. Il faisait diablement froid. L'homonculus garda son calme, et s'avança, lâchant la poignée de la porte, bien décidée à comprendre ce qui se passait sous ses yeux. Elle sentait la peur s'infiltrer dans son âme, comme si la lame gelée de la Mort caressait son cœur. Cet endroit respirait la mort, cela la mettait mal à l'aise, mais la volonté scientifique de comprendre ce dont elle était victime la poussait à aller plus loin. Adam, encore en arrière, levait maladroitement la lanterne, regardant avec crainte les tableaux suspendus au plafond, constatant avec surprise que tous étaient vierges. Des choses l'effleuraient, tantôt sa manche, tantôt un rideau qu'il n'avait pas vu tant il faisait sombre, tantôt quelque chose d'invisible qu'il sentait mais était incapable de voir, enfermé dans ce petit cercle de lumière que lui conférait la lanterne.

Le souffle court, les battements de son cœurs accélérés et puissants, la peur avait resserré ses bras sur le jeune homme dont les b-bégaiements avaient même atteints son corps entier qui bougeait de manière presque déréglée. Le pied d'Adam rencontra alors u-un petit objet mou, q-qui le fit sursauter à nouveau, avant de se rendre compte q-qu'il ne s'agissait que de la poupée de Dolores. Adam la p-prit dans sa main et se t-tourna pour la rendre à la doctoresse.

- D-Docteur vous avez l-laissé tomber la p-p-p…

Le docteur n'était plus là.
Et la poupée ne souriait plus.
Son visage même avait disparu.

Une silhouette se tenait derrière Adam. Elle le regardait immobile, avant de chuchoter dans son oreille. Tu es seul maintenant. La chose sourit puis disparut, tandis que la lanterne s'écrasa sur le sol et laissa les ombres engloutir le jeune assistant.

Y aura-t-il quelqu'un pour le sauver ?

_________________
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Et Adam crie en deepskyblue /o/

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Alexander Wenhams
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Jeu 5 Nov - 22:09

Eclaircissement:
 

Finalement, ce brun commençait à lui taper sur nerfs. Il avait pourtant essayé de faire simplement parler son esprit critique de la chose en rapport aux évènements. Mais ils avaient un dialogue de sourd et aucun des deux n'allaient accepter de laisser l'avantage à l'autre. Le médecin le savait, il avait très bien comprit à qui il avait à faire... Un démon. Il ressentait en sa présence une aura morbide et désagréable qu'il ressentait quand Sully, son "démon de compagnie", venait lui rendre visite.

Il savait à présent qu'ils se ressemblaient au final, et c'est bien pour cela que quoi qu'il se produisait, ils ne pourraient s'entendre.
Gardant le silence en secouant la tête d'un air désapprobateur, il cherchait déjà quelques répliques cinglantes à lui adresser, même s'il finit par se ressaisir, se rappelant qu'ils n'étaient pas seuls dans cette bicoque en ruines.

Toujours sur les premières marches de l’escalier, il tourna enfin la tête vers les autres, souhaitant avoir leur point de vu. Ashton semblait soudain fasciné par la nouvelle venue, dépitant Alexander. Pourquoi avait-il l'impression d'être de trop dans cet endroit ? ... Peut-être même dans cette ville si tout le monde se connaissait.
L'homme ferma les yeux un instant, cherchant à reprendre son calme qui commençait cruellement à lui faire défaut. De sa main libre, il retira ses lunettes et les rangea dans la poche intérieure de sa veste dans un geste mécanique et habituel. Vu le manque de luminosité, il n'en avait plus besoin.

Quand il rouvrit les paupières, un élément inédit traversa brutalement son champ de vision. Partant du haut pour tomber brutalement vers le bas, se fracassant dans un vacarme terrible, un objet qu'il devina être le lustre, venait de chuter violemment, causant des dégâts irréversibles au parquet. Un énorme nuage de poussières s'éleva, les aveuglent quelques instant avant de retomber, causant des toussotement de la part de quelques personnes qu'il devina encore en vie.
Pour sa part, il n'avait pas été en danger, l'escalier restant loin de la trajectoire mortelle de cette arme inattendue.

"Tout le monde va bien ?"

Fronçant les sourcils à la recherche des corps, il distingua rapidement le démon et les deux tourtereaux. Impossible de voir la femme déguisé mais il lui sembla apercevoir sa silhouette en retrait. Il n'y avait pas de morts... ni de blessés d'ailleurs, c'était une bonne chose. Certes il avait avec lui sa besace de docteur, mais il n'avait pas vraiment envie de faire des heures supplémentaires, surtout dans une maison aussi agaçante.

Ryden prit une décision et sans même attendre une réponse, il prit la direction du corridor. Il préférait faire son petit bonhomme de chemin au lieu de rester avec le groupe. Alex ne savait pas vraiment comment interpréter la chose. D'un côté, lui-même aurait préféré se retrouver seul pour visiter tranquillement les lieux. Seulement voilà, ce n'était pas le cas, d'autres personnes l'avaient rejoint et il était désormais impensable de s'imaginer se diviser de la sorte. Et si un groupe trouvait une sortie, allait-il faire demi-tour pour prévenir l'autre ? Peut-être se connaissaient ils tous cordialement, mais ce n'était pas le cas à son sujet et n'avait donc aucune confiance. Il préférait encore rester avec le plus grand nombre pour minimiser les risques... Et c'était aussi pour ne pas céder à son côté sombre. Que se soit le démon ou la solitude, il finirait par ne penser qu'à sa propre survie, les laissant à leur triste sort. Non il fallait éviter absolument cela.

Ashton vit les choses d'une façon plus joyeuse, apparemment le bout-en-train de service. Ce n'était pas plus mal qu'il garde ainsi son calme et sa jovialité. N'avoir avec lui que des personnes paniquaient n'aurait pas été des plus facile à vivre. Surtout que le docteur ne ressentait aucune crainte, ni inquiétude. Juste de la curiosité et un peu d'agacement. Il aurait tout de même préféré être chez lui à boire un thé bien chaud en attendant la visite de la journaliste.
Allait-elle paniquer en ne le trouvant pas chez lui ? Et d'ailleurs... depuis combien de temps était-il ici ?
Alex se rendit compte qu'il avait perdu la notion du temps et n'apprécia aucunement la chose. Ils devaient sortir d'ici.


"Je reste en votre compagnie, cette musique m’interpelle, il doit forcément y avoir quelqu'un là-haut."

Il suivit le duo, grimpant les marches une à une dans un silence de mort, ne quittant pas ses pieds du regard, ne voulant pas rater un trou mesquin dissimulé dans l'obscurité. Il ne leva la tête que lorsque Ashton manqua de tomber à la renverse. Là encore il ne put se retenir de faire un trait d'humour et étrangement, cela fit sourire Alex. Un cadavre dans les escaliers ?

"Faites attention, n'allez pas vous briser la nuque à cause d'un petit farceur qui a décidé de trépasser au milieu du chemin. Vous lui donneriez un nouveau camarade, ce serait embêtant. Voyez vous l'étage arriver ?"

Un peu las de ne pas arriver à destination, il s'arrêta et tenta de distinguer les deux autres devant lui. Cela était quasiment vain tant la noirceur ambiante se montrait tenace. Au moins la musique, elle, ne se fatiguait pas un seul instant.
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Axel Roméan
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Ven 6 Nov - 20:29

La voix d’Ashton résonna dans ce sinistre hall et elle soupira. Pour une fois, elle n’était pas mécontente de le voir, enfin, de l’entendre. Sa présence la rassurait quelque peu, elle devait bien l’avouer. Cet endroit était bien pire que les rues qu’elle avait quitté peu de temps auparavant. Elle le salua de son éternel formule de politesse qu’il détestait mais qu’elle se complaisait à le lui dire :

« Bonsoir Monsieur Lyn. »

Chacun sa façon d’embêter l’autre n’est-il pas ? Elle croisa les bras pour que l’on ne voie pas ses légers tremblements. Elle n’avait pas si peur que cela mais elle avait un peu froid. Il faisait très frais ici. Elle hocha négativement de la tête, comme si on pouvait la voir avant de dire :

« Cet endroit m’est étranger. »

Elle allait rajouter quelque chose lorsque la porte s’ouvrit de nouveau pour laisser place à quelqu’un d’autre. Elle faillit poser sa main sur sa tempe lorsqu’elle reconnut la voix de la personne mais se retient. Ryden, le toxicologue qui adorait la faire tourner en bourrique et qui, il fallait bien le dire, lui faisait un petit chantage. Si elle n’avait pas été bien élevé, dans sa tête elle aurait pu dire « et merde » mais rien de ce genre ne transperça dans son regard ni dans son cerveau.

« Si c’était aussi simple Monsieur Haesmar croyez bien que nous serions parti depuis longtemps ! »

Elle se tourna vers l’autre docteur et l’écouta parler attentivement et, lorsqu’il se présenta, elle en fît de même :

« Je suis Axel Roméan, je suis médecin légiste. »

Peut-être pourrait-il parler anatomie et maladie pour faire passer le temps et faire paraître cette maison moins sordide. Hm ? Ce n’était pas le meilleur sujet pour cela ? Certes mais cela rassurait et calmait grandement Axel de parler de ce qu’elle aimait. La médecine en faisait partie, malheureusement pour les autres. Les yeux d’Axel s’habituaient petits à petit à la lumière sans pour autant voire aussi bien qu’à l’ordinaire. Elle ne voyait que des ombres qui bougeaient. Elle avait beau forcé, rien à faire, elle n’arrivait à distinguer ses ombres que lorsqu’elles prenaient la parole et donc, elle savait, à peu de choses près où se trouvaient ses compagnons d’infortunes. Elle se frotta les yeux. Elle avait peut-être un peu trop forcé et elle avait mal maintenant.

Soudain, de la lumière apparut à l’étage et elle cligna plusieurs fois des yeux devant ce changement de luminosité. Ryen et Ashton étaient tous les deux devant les escaliers l’un semblait curieux de monter, l’autre désiraient rester en bas. Que devraient-ils faire ? Ils étaient peut-être plus en sécurité en bas puisqu’ils savaient ce qu’il y avait dans le Hall … En  haut, c’était beaucoup moins sûr. La proposition de Ryden aussi était risquée. Ils ne savaient pas combien de personne étaient dans cette maison … Et s’ils tombaient dans un autre piège ? Elle préféra garder le silence, c’était la meilleure des réponses tant qu’elle ne savait pas ce qu’elle voulait faire ou tout du moins la meilleure solution pour elle. Elle détestait cette impression d’être toujours sur un fil et qu’un seul faux pas pourrait les faire chuter vers un danger dont ils pourraient ne pas en sortir vivant.

Elle observait les trois hommes qui discutaient de ce qui leur semblait le plus logique et le moins dangereux. Axel était restée en retrait. Elle avait laissé son regard azur envelopper l’endroit et se fixé sur la lumière de l’étage comme si cette dernière pouvait lui donner la moindre information sur comment sortir de là. Oui, c’était parfaitement illogique. Elle inspira profondément mais n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit, quelqu’un venait de rentré. Quelqu’un venait de se faire piégé. Elle fît volte-face et fît quelques pas pour tenter de retenir la porte, malheureusement, elle était bien trop loin et cette dernière claqua. Elle grinça des dents et soupira avant de regarder Tala.

« Vous êtes bien loin de la morgue Mademoiselle Harcourt et, comme vous le dit mon confrère, nous sommes tous coincés. »

Elle n’avait pas tout de suite réagit lorsque ce dernier lui avait demandé si elle était bien docteur mais, maintenant c’était fait. Elle resta aux côtés de Tala et se tourna vers les hommes :

« Je ne sais pas si c’est une excellente idée d’aller en haut. La prudence voudrait que l’on reste ici. Comme vous l’avez dit cela ressemble à un roman d’horreur et j’ai bien peur que cette lumière et ce son ne soient qu’un traquenard. »

C’était sa propre logique. Peut-être était-ce ridicule ? Peut-être qu’elle se faisait trop de film mais qu’importe, c’était ce qu’elle pensait. Ashton, à son habitude lança quelques vannes et emmena Tala avec lui. Axel marcha jusqu’à l’escalier tranquillement. Elle n’allait pas nécessairement monter juste se rapprocher un petit peu. Elle leva la tête vers Alexander qui avait déjà monté quelques marches et dit :

« Docteur … »

C’est alors que son oreille d’humaine entendit Ashton juré. Elle leva la tête et ouvrit de grands yeux. Elle se jeta sur les marches des escaliers et protégea sa tête et sa nuque de toutes attaques de projectile. Le bruit était assourdissant. La poussière était immense et elle toussa allègrement tandis qu’elle était recouverte de cette matière grise. Elle avait mal un peu partout, elle allait avoir des bleus, elle en était sûre. Elle se redressa prudemment et grimaça. Son poignet gauche lui faisait mal, elle se l’était probablement foulé quand elle avait tenté de survivre. Un morceau de bois s’était enfourché sur elle, heureusement, ce n’était pas trop profond et il n’était pas trop gros. Elle l’arracha comme si de rien n’était et se releva tout doucement :

« Je vais bien. »

La douleur ne transparaissait pas dans ses mots mais plutôt le côté : « je suis terrifiée ». Ce qui était, somme toute, normal n’est-il pas ? Elle épousseta ses vêtements comme tout gentleman le ferait. Elle était rassurée que tout le monde ailler bien. Elle regarda Ryden s’en aller et soupira. Toujours le même, il avait un sacré carafon qu’elle ne comprenait pas, son caractère la dépassait complètement. Suivre Ryden ou suivre le reste du groupe ? Elle n’avait pas envie d’être seule avec lui mais s’il était seul, peut-être qu’il serait en danger ? Est-ce que personne ne s’intéressait à son sort ?

« Monsieur Haesmar, ne partez pas seul, on ne sait jamais ce qu’il peut y avoir là-bas. Si on reste tous groupés on finira bien par trouver une sortie non ? »

Qui c’est qui disait que ce serait dangereux de monter les escaliers déjà ? Ah oui, un certain Axel … Cependant, elle devait bien se rendre à l’évidence, ils n’avaient pas le choix il semblerait. Peut-être que ce lustre qui tombe était en fait une menace pour eux, pour les inciter à monter, à poursuivre leurs routes ? Elle suivit la petite troupe, massant son poignet de façon discrète et haussa les sourcils avant d’écouter les propos des messieurs :

« J’aurais au moins l’occasion de passer mes nerfs sur quelque chose. »

Dit-elle doucement, rappela par la même occasion qu’elle était un médecin légiste. Humour noir et désastreux à souhait … Comme s’ils avaient besoins de cela.

« Il faudrait trouver une lanterne ou une bougie, cela nous permettrait de ne pas s’empêtrer dans quelconque objet … ou personne. »

Cet endroit qui, aujourd’hui donnait la chair de poule avait dû être un lieu chargé d’histoire, peut-être de bonheur qui sait ? Une maison aujourd’hui laissé à l’abandon qui faisait naître la crainte dans tout le voisinage. Elle avança et percuta Ashton sans le savoir :

« Pardon … je ne sais pas qui se trouve devant moi. »

Elle avait l’impression qu’ils n’étaient pas au bout de leur peine ni de leur peur. Elle recula d’un pas afin de laisser de l’espace à Ashton tout en essayant de percevoir d’où provenait le son exactement. Elle décida de passer devant en faisant attention à ne percuter personne. Elle tenta de trouver le mur pour y poser ses doigts et pour pouvoir le suivre ainsi, il lui serait plus facile de trouver une porte ou un couloir par exemple. Elle s’éloigna lentement.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Sam 7 Nov - 13:21

Au fond de ce corridor chantonne une petite voix. Une voix d’enfant, de petite fille, une voix guillerette qui égaie ces murs vierges fraîchement bâtis. La complainte est innocente et enchaîne inlassablement le même refrain.

Il court, il court, le furet
Le furet du bois, mesdames,
Il court, il court, le furet
Le furet du bois joli.

Des pas s'approchent. Ils sont fermes et résonnent avec d'autant plus d'ampleur que le lieu est vide. Ils claquent sur ce parquet tout juste poli et couvrent petit à petit cette comptine de leur puissant écho.

Il est passé par ici
Le furet du bois, mesdames
Il est passé par ici
Le furet du bois joli.

Puis un rire joyeux embrasse l'espace. Les pas cessent, d'autres les remplacent. Ils sont brefs et vifs, coquins même et traversent à toute allure ce couloir désert. Ils l'assomment de leur course soudaine qui, entremêlée à sa propre résonance, fait régner un chaos sonore aussi bref que puissant. La chansonnette s'y laisse à peine percevoir par l'auditeur attentif.

Il court, il court, le furet
Le furet du bois, mesdames,
Il court, il court, le furet
Le furet du bois joli.


Et les voilà, ces petits pas, qui gagnent le vaste hall, mais ils ne s'y arrêtent pas. Ils poursuivent leur folle cavalcade sur les marches de cet escalier de bois dont l'escalade heureuse rythme parfaitement un couplet chanté à tue-tête.

Il repassera par là
Le furet du bois, mesdames
Devinez s'il est ici
le furet du bois joli.

Et ils montent toujours ces petits pas et cette voix riante. Infatigables, ils atteignent le pallier aussi vite qu'ils s'y engouffrent. Les portes claquent sur le passage de cette bourrasque qui ne sait où disparaître. Hésite-t-elle sur sa destination finale ou recherche-t-elle le sujet de sa chansonnette ?

Il court, il court, le furet
Le furet du bois, mesdames,
Il court, il court, le furet
Le furet du bois joli.

Un battant se referme. Les petits pieds ne claquent plus, la petite voix ne chantonne plus. À nouveau tout n'est que silence dans cette bâtisse dénudée.


//------------------------/------------------------//


Invités ou furets ? Chercheur ou cherchés ?

Les pièces se dessinent, les portes vous invitent à y pénétrer. Mais que choisir dans ce labyrinthe de salles inconnues ? L'embrasure de l'une laisse entrevoir un filet de lumière, celle-ci est fermée, celle là a l'air bien sombre et pourtant, n'est-ce pas une voix qu'on y perçoit ? Et quels mystères referment les autres ?

Une choix s'impose. Dicté par le courage ou la peur, il n'y aura pas d'autre responsable que le fou qui se sera décidé. Et des fous, il y en a parmi vous.

Regardez ce jeune homme au rire si pitoyable. Il résonne entre mes murs qu'importe la situation, il s'affiche, goguenard, railleur et hautain. Il gonfle sa gorge d'arrogance, déforme ses traits de fierté et pourquoi ? Pour les beaux yeux de la poupée dont il tient la main. Fou qu'il est de se pavaner entre mes murs, car moi je vais lui arracher son sourire.
Regardez ce jeune homme à qui son propre corps ne répond plus. Il resserre son étreinte sur les doigts tremblants de sa galante, puis lui saisit le bras, menaçant, méprisant et si… Habité. Une poupée de plume dont il s'empare et se débarrasse en un geste. Garde-fou inutile pour pareille folie, voilà que ce si joli corps le survole et chute.
Regardez ce jeune homme qui retrouve ses esprits à temps pour voir son aimée disparaître dans l'abysse béant du hall. Les ténèbres l'ont dévorée. Mais clignez des yeux, détournez un instant votre regard de ce cratère funeste et ce dernier a disparu. Le lustre a retrouvé sa place.

Et on sourit.

Le secret est bien caché
Le secret du bois, mesdames,
Pourras-tu le retrouver ?
Avant de perdre la vie.
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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Sam 7 Nov - 23:00

Les ténèbres de l'étage supérieur trompaient jusqu'au regard perçant du canidé des Enfers. Les iris bruns brûlaient alors de regagner leur véritable couleur, d'illuminer la noirceur viscérale de l'infini couloir de leur brillance sanguinolente, de voir toute l'étendue du danger qui attendait la petite troupe. Tout le monde avait suivi. Pour le moment, ils allaient bien. Un bien certes tout relatif, si l'on prenait en compte leurs péripéties passées, mais ils pouvaient au moins avancer sans trop de craintes. Ashton en était persuadé : rien de dramatique ne pouvait réellement leur arriver. Après tout, ils étaient en groupe, et plusieurs de ses composants étaient Légendaires ou aguerris à la cause de l'Incertain. Nul, à part peut-être Axel, qu'il sentait pour le moins crispée dans son dos, ne perdait ses moyens au point d'en devenir un poids, et si tout se déroulait ainsi jusqu'au bout, il n'y aurait sans doute aucun soucis. Restait à demeurer vigilant, en quête de la moindre faille dans l'illusion de calme qui s'offrait à eux.

Face à eux se tenait une multitudes de portes, tantôt ouvertes tantôt closes, tantôt baignées de lumière, tantôt plongée dans l'obscurité la plus totale. S'imposait apparemment un choix. Serrant brièvement les doigts de Tala dans les siens, le canidé tourna la tête de droite à gauche dans un mouvement plus animal qu'humain. Ses narines s'agitaient fébrilement, et il ne faisait nul doute que, eut-il été sous sa forme originelle, ses oreilles se seraient mues de pareille manière. Ses sens aux aguets, il cherchait follement la source de la mélodie qui flottait dans toute la bâtisse. Il ne fut qu'à peine surpris de constater que la musique semblait provenir de partout à la fois, le désorientant complètement dans sa manière d'aborder l'exploration des lieux.

« C'est moi où le pianiste joue en différ- »

Un léger choc dans son dos fit avancer Ashton de quelques pas supplémentaires. Il se tourna vers Axel, qui paraissait en réalité bien plus désemparée que quiconque, et lui offrit un sourire aimable.

« Inutile de vous excuser, ce n'est pas de votre faute. »

Difficile en effet d'accuser la seule humaine véritable de l'assemblée lorsque tous se trouvaient confrontés à des événements qu'eux-mêmes ne pouvaient expliquer. Ils étaient seuls, enfermés dans un manoir inquiétant qui semblait doté d'une conscience propre et mesquine, perdus dans un noir quasi-total à chercher le peu de réponses qu'on voulait bien leur accorder. Le jeune homme lui-même devait avouer qu'il ne s'agissait pas là d'une situation enviable, et il n'eut voulu être à la place du médecin légiste pour rien au monde. Se sentir vulnérable n'était pas quelque chose qu'il appréciait.

« Bon, conclut-il, il serait temps de faire quelque chose. Quelle porte ? Des préférences ? Tiens, celle-ci est éclairée ! »

Il s'avanç-... Qu'est-ce que... Adressant un regard perdu à son propre corps, Ashton afficha une expression perplexe. Il y avait un gros soucis. Un très, très gros soucis. Il pouvait essayer, essayer et essayer encore, il n'y avait rien à faire : il ne pouvait pas bouger d'un pouce. Ce fut du moins ce qu'il pensa jusqu'à sentir sa main se resserrer sur celle de Tala. Damn !

« Euuuh. Probl- »

Trop tard. La sensation de picotement s'étendit de la main jusqu'aux orteils, et c'est d'un ample mouvement qu'il jeta la louve par dessus la rambarde. La réalité mit un instant à s'enregistrer. Par. Dessus. La. Rambarde. Il avait balancé une jeune femme vers une mort certaine et il ne savait même pas comment. Figé, enveloppé d'une mortelle étreinte – mortelle, oui, c'était le mot – il ne pouvait rien faire d'autre que de regarder le corps trop léger perdre l'équilibre, la lutte, basculer et, avec une lenteur terrible, chuter. Le sort rompit à cet instant, et Ash manque de tomber sous la force de l'élan qu'il prit soudain.

« NON !!! TALA !!! »

La respiration qui s'accélère, encore et encore, un halètement dans le brusque silence. Il n'y réfléchit pas deux fois : enjamber, sauter. Il ne pouvait pas la laisser partir, pas comme ça, et certainement pas par sa faute. Comment avait-il pu... ? Était-ce le Chien ? Était-ce seulement lui ? Un sentiment d'angoisse l'assaillit tout entier tandis qu'il plongeait à la suite de Tala. Comment ? Comment ? Comment ?! Puis sous ses pieds, le parquet. Le...

« Quoi ?! »

Il n'y avait plus de trou, plus de gouffre, et la gueule béante de ténèbres qui avait avalée la louve était comme disparue. Ashton releva brutalement les yeux, effaré, incapable de croire en ce que la réalité semblait pourtant lui transmettre. Le lustre était là. Là, comme neuf, revenu au plafond. Et la jeune femme n'était plus là.

« Non. Non non non non non... »

L'état d'agitation du Chien des Enfers ne ferait du bien à personne. Son rythme de parole s'accroissait en chœur avec ses inspirations, de plus en plus erratiques. Ses doigts tremblants palpaient désespérément le sol, à la recherche de quelque chose, n'importe quoi pour savoir, trouver, la trouver, la sauver.

« C'est pas vrai, c'est pas vrai, c'est pas vraiii ! »

Et la Bête en lui grondait sans qu'il n'y fasse attention, et le Chien se mouvait sans qu'il n'y prenne garde. Il fallut un spasme pour le contraindre à revenir à la réalité, un spasme douloureux et brutal, pour que soudain lui revienne à l'esprit le plus important : on les manipulait. On l'avait manipulé. Quelqu'un était responsable de tout ceci, et ce quelqu'un était doué. Sa respiration toujours tremblante, Ashton se redressa :

« Il peut contrôler les corps. Il peut contrôler ce qu'il veut. Je ne sais pas qui ''il'' est mais... »

Les mots se coincèrent dans son esprit comme dans sa gorge. Il ne pouvait plus qu'espérer qu'il ne s'agissait là que d'un jeu tordu et que Tala était encore en vie, prête à lui hurler dessus pour avoir osé la balancer du haut d'un étage. L'espoir demeurait. Et s'il ne sentait plus son âme, il devait reconnaître que celles des deux autres lui semblaient également de plus en plus difficiles à percevoir. La vérité se distordait en ces lieux, pour son plus grand déplaisir. Ash poussa un soupir.

« Je vais la chercher. »

Et il partit en courant dans le corridor de droite. Un long couloir sombre, aussi sombre que le reste de la demeure, bordé de portes en tous genres dont il prit soin d'ouvrir chacune. Chacune. Ses yeux avaient regagné leur couleur pourpre, illuminaient les ténèbres dont ils se voulaient les maîtres. Il se sentait épié, observé, conscient soudain de l'ampleur du danger qu'ils couraient tous. Conscient de sa propre stupidité. Stupide, stupide, stupide ! Il en ouvre une autre, découvre un escalier offert à lui. Un escalier dont il ne voit que le début et qui s'enfonce dans une obscurité que lui-même ne peut pas distinguer.

Ce n'est pas grave.
C'est pour Tala.
Il s'engage.

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Tala Harcourt
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Dim 8 Nov - 1:19

Les ténèbres l'engloutissent, les yeux s'écarquillent, et soudain elle est Alice, et le vide qui s'ouvre face à elle est la porte d'un pays merveilleux dont elle ne reviendra jamais. Et elle n'en reviendra pas. On ne revient pas d'une chute d'un étage entier, pas vivant, du moins, et si on en revient, c'est le corps brisé, en morceaux, en charpie, laissé là par le bon vouloir d'une éternité afin que les proches puissent pleurer. Les hurlements n'y font rien, et si c'est le vertige qui l'a tout d'abord emportée dans une valse délirante, c'est désormais la résignation qui se fait maître de ses pensées. Elle n'aura jamais revu ses parents, et même au delà de la vie, elle ne reverra pas non plus Louis. Elle est vouée aux ténèbres. Et comme si le monde lisait en elle, les lattes se referment sur son pauvre corps. On ne le retrouvera pas. Ce n'est pas grave. De toute façon, il n'y aurait eu personne pour la pleurer. La dernière chose qu'elle voit avant que ne s'éteigne toute lumière est un regard brun qui se rapproche. L'espace d'un instant, elle a presque l'impression qu'il était désespéré. Foutaises. Après tout, c'est lui qui l'a conduite à la mort.

« ASHTOOOOOOOOOOOOOOOOOON ! »

Le hurlement quitte ses lèvres imbéciles et déjà, Tala chute un peu plus bas, droit vers les enfers. Finalement, la mort est sans douleur. C'est un simple océan de peur dans lequel on se noie avant que tout ne se termine. C'est doux. Bien, bien plus doux que ce qu'elle croyait, bien moins effrayant, aussi. Soudain, tout lui semble futile, jusqu'à sa vie qui défile devant ses yeux rendus aveugles par l'obscurité si totale qui accompagne sa descente aux enfers. Car c'est là qu'elle se rend. Tala n'a aucun doute et n'en a jamais eu aucun. Elle sait. Elle sait depuis le premier jour que c'est là qu'est sa place. Un instant, le regret de n'avoir jamais vraiment été humaine s'empare de son cœur. Mais bientôt, lui aussi se fond dans la noirceur de sa chute, et Tala se concentre sur le dernier de tous ses souvenirs. Ce dernier souvenir, c'est le regard de l'homme qui l'a tuée. Très ironiquement, c'est aussi celui de l'homme qui a succédé à Louis. Cette idée la fait rire. Elle aura ôté la vie du premier, et le second aura fait de même avec elle. Le rire s'élève, se répercute contre des murs invisibles et retombe encore plus bas qu'elle. Si des murs bordent sa route vers la maison du diable, il n'y a pas de sol, aucun, jamais. Et peut-être que ce n'est que cela, les enfers. Une descente éternelle vers un endroit qui ne paraîtra jamais...
Une minute passe, suivie d'une seconde, puis d'une troisième, et Tala chute toujours. Sa mort fut rapide, surprenante, même. Alors qu'elle se croyait en sécurité en tenant la main de cet homme, il n'en avait rien été. Elle suppose que c'est toujours ainsi, que l'on ne sait jamais vraiment lorsque surviendra notre fin et qu'elle nous étonne toujours. Certains, ensuite, vont vers un ciel rempli d'une clémence absolue, alors que d'autres, comme elle, finissent dans les tréfonds de l'enfer. Non. Ne finissent jamais. Il n'y a pas de repos pour elle, et il n'y en aura plus. Alors, Tala ferme les yeux. Rien ne sert de les garder ouverts. Ils ne lui serviront plus.
Mais alors qu'elle se fait seulement à l'idée, qu'elle ressasse en boucle des souvenirs désormais vides de sens -on n'apprend pas à tenir dans une éternité de néant, et Tala en est certaine, on finit par oublier- soudain, son corps rencontre une surface si dure et si brutale qu'elle quitte sa résignation pour un océan de douleur à l'état pur. L'éclair est fulgurant, et elle a l'impression que tous ses os sont brisés et que sa vie lui est revenue, brute et sauvage, pour repartir aussitôt. C'est donc ça, l'absolu de la douleur... ? Tala se remémore la morsure du couteau dans sa chaire, les écorchures de l'enfance, les pieds foulés, les chutes inopportunes. Mais rien ne peut véritablement être comparé à la souffrance qui inonde désormais son corps, son âme et son cœur. Elle a l'impression de mourir une seconde fois. Et pourtant, cette fois, la mort ne vient pas.

« ...À-à l'aide... »

Les mots se détachent avec une lenteur exécrable, celle-là même de celui qui va mourir. Le temps d'un instant, un flash. Brutal, si court et si peu tangible qu'elle croit rêver. Le visage d'une femme, de longs cheveux sombres et des yeux presque aussi verts que les siens. Des larmes, et un je t'aime prononcé aussi difficilement que sa propre supplique. Tala ne le sait pas, ne le saura jamais. Mais le souvenir qui hante son esprit et qui déjà disparaît, c'est le souvenir de sa mère. Lorsque celui-ci disparaît, la conscience de la louve meurt avec elle.  


~


Le regard vert s'ouvre lentement, quittant les ténèbres dans lesquelles la douleur l'avait plongé. C'est une douleur toute autre qui le pousse à se clore à nouveau. La lumière. La lumière est si vive qu'elle le brûle, et c'est dans cette souffrance tout juste caresse que Tala reprend conscience avec la réalité. Son buste se soulève doucement, et tout son corps remue à sa demande. Elle est non seulement en vie, mais en pleine santé. Un rire agite sa poitrine. C'est le rire d'une désespérée, de celle qui comprend qu'elle n'est pas morte, et qu'elle ne l'a jamais été.
Les yeux s'ouvrent à nouveau au monde et, peu à peu, s'habituent à la lumière environnante. Cette dernière est diffusée par un lustre, ainsi que par une multitude de bougies posées irrégulièrement sur les meubles et le parquet de la chambre. Car c'est dans une chambre que la jeune femme se trouve, et Tala le sait à la douceur du matelas sur lequel elle est allongée. Elle ne sait pas comment elle est arrivée là, mais elle devine une chose : elle n'a pas quitté le manoir... Tous les murs, sans exception, sont couverts de superbes ornements tourmentés. La pièce elle-même la rend mal à l'aise. Et pourtant, Tala ne sait encore rien.
Il faut qu'elle se lève. C'est une certitude qui naît soudainement en son cœur alors que la peur, lentement, se recrée un chemin jusqu'à elle. Il faut qu'elle quitte cette pièce, qu'elle comprenne où elle se trouve et qu'elle trouve une sortie. Les autres doivent être partis depuis longtemps, l'ont laissée là, et Tala ne supporte pas l'idée de rester prisonnière de ce manoir pour toujours. Elle ne peut pas s'imaginer souffrir mille maux en boucle, et l'ironie de cette terreur naissante lui arrache un sourire tandis qu'elle se relève. Elle qui se promet aux enfers ne saurait souffrir de son vivant. Pitoyable. Elle est pitoy-...

Tala ne finira jamais la phrase qu'elle s'apprêtait à formuler. Car ses yeux, soudain, rencontrent le sang. Elle est couverte de sang. Il y en a partout sur elle, partout, partout, partout, et sa respiration se bloque brutalement, avant de s'accélérer. Elle ne parvient plus à respirer, elle ne peut plus respirer. Ses yeux s'emplissent de larmes alors qu'elle cherche à fuir, fuir, fuir, fuir loin du sang qui la recouvre. Les larmes coulent. Les halètements se font plus irréguliers. Tala tire, tire sur ses bras, sur ses jambes, sur son corps entier, dans des gestes imprécis, qui ne font que l'effrayer davantage. Les sanglots débutent, et avec eux, la panique prend son essor. Sa voix, enfin, s'élève en un cri, unique, terrorisé, incompréhensible. Incompris, aussi. Car soudain, Tala n'est plus là. Soudain, Tala n'est plus dans la chambre du sombre manoir. Soudain, Tala se perd au cœur de souvenirs confus, flous, où le sang tapisse le moindre recoin. Car, et elle en est sûre, le sang qui la recouvre n'est pas le sien.

« Non... Non, non, non, non, non, non, NON ! »

Les mots tombent en cascade, l'étouffent un peu plus, la renvoient plus loin encore dans le triste monde de ses cauchemars. Devant ses yeux défilent des visages, tant de visages, trop de visages, et tous, tous, sont accusateurs. Mais le pire d'entre eux est celui de Louis.
Assassin. Meurtrière. Monstre. Les mots tombent, les mots tombent, les mots tombent et se fracassent, la fracassent, et Tala doit se recroqueviller. Ses yeux se ferment, déversent une mer de larmes terrorisées, se rouvrent pour échapper en vain à ses propres démons. Sa respiration s'affole, se fait plus inégale, encore, que précédemment, et bientôt, la voici qui hyperventile. La panique, enfin, l'enserre dans sa terrible étreinte. Et dans sa terreur, Tala ne voit pas. Dans le flou de ses émotions, la confusion de son esprit suite à sa chute, Tala ne comprend pas. Elle ne comprend pas que ce dont elle a peur n'existe pas, et que ce qu'elle craint, ce n'est qu'une robe de soie dont la teinte est celle du sang.

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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Lun 9 Nov - 21:49

Au fond de ce corridor soigneusement décoré s’élève une douce odeur fumée. Lorsque la curiosité pousse à s’en rapprocher, c’est sous le regard de quelques ancêtres soigneusement encadrés que l’on doit gagner la petite porte bleuté. Les pieds silencieux glissent sur l’interminable tapis irisé qui s’étend d’un bout à l’autre de cette galerie parée. Mais gare à ne pas se perdre sur les quelques pièces de musées qui ceignent ça et là des tables au bois sculpté.

Mais rien n’arrête Maître Renard qui, par l’odeur alléché, méprise ces nombreux trésors et pose enfin sa main sur la poignée. En voilà un parfum délicat qui enchante ses babines ! Tout autant que son ventre, il semblerait, car il crie famine. Ni une ni deux, le voilà qui s’échine, il pousse la porte, mais les gonds rechignent ! Quel méchant tour que voici, Dame Corneille l’aurait-elle puni ? Qu’à cela ne tienne, il prend sa voix la plus tendre et, s’appuyant contre la porte, il y n’hésite pas à prétendre :
– Corneille, ma mie, est-ce vous ? Voyons ouvrez, tirez ce verrou !

Pas de réponse si ce n’est un rire qui froisse Renard, son impatience empire. L’animal s’agace et insiste, il n’est pas question que ce battant lui résiste. Alors, il tente de convaincre d’un ton mielleux, mais c’est bien par la serrure qu’il porte ses yeux. Diantre la clef y est fichée ! Impossible de voir ce que cuisine la corvidée. Pauvre Maître Renard, le voilà bien vexé, il est prêt à rebrousser chemin quand chantonne le loquet. Ah en voilà une gentille ! Et notre pressé frétille. Mais c’est qu’il veut se remplir le ventre, alors vite il entre !

Pour détaler aussitôt, mû par une peur bleu ! Car soudain dans la poële s’est embrasé un feu !


//------------------------/------------------------//


Et vous comment réagirez vous ?

Il y a celui qui court à perdre haleine, ceux que le mutisme figent ou ceux que la peur paralyse. Et tant d’autres. Pourtant aucun d’entre eux n’est à l’abri d’être surpris. Trop curieux ou pas assez, il est temps de revivre un drame passé et personne ne sera épargné.
Celui qui s’essouffle sera stupéfait quand, au détour d’une porte, ma prison se refermera sur lui. Les immobiles regretteront leur silence, car je les encerclerai. Les couards pleureront encore, haïssant leur lâcheté qui les met à ma merci.

Mais dîtes moi, sentez vous ce parfum calciné ?

Tous. Tous seront confrontés aux flammes de leur destiné. Un ardent brasier s’élèvera pour chacun d’eux, il léchera mes murs de sa chaleur étouffante, noiera mes salles de ses vapeurs ténébreuses, brûlera la peau de l’aventureux, achèvera le fou trop peureux.


//------------------------/------------------------//


Il n’y a que toi que j’ai oublié. Toi que l’ombre a englouti, toi qui est seul maintenant. Mais avant que mes ténèbres ne t’avalent, ton regard ne s’est il pas posé sur un portrait ? Et quelle banale photo que celle d’un couple dans un pré. Un secret y est pourtant caché. Mon secret. Car à bien y regarder, c’est aussi moi que tu verras sous ce verre épais.

Mais t’y intéresseras tu ? Car désormais dans tes mains, Maribelle est usée. Ses cheveux rouges sont fatigués et sa robe de soie est brûlée.

Elle aussi fait partie du passé.
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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Lun 9 Nov - 23:37

La culpabilité, ce monstre, le pire de tous, qui grouille et ronge et mord dans les entrailles asservies du condamné, l'accable et le manipule, le brûle avec lenteur et sans remord dans un Enfer à son image. Les « si » qui torturent, tiraillent, les possibilités qui hantent, les regrets qui étouffent. Si je m'étais rendu compte, si j'avais lâché sa main, si j'avais compris... Ashton se dévorait de l'intérieur, se laissait submerger par la douleur qui l'écorchait vif. Elle irait bien. Elle irait bien et on n'en serait pas là, à espérer qu'elle soit en vie plutôt qu'à en être certain. Son piercing, par réflexe, coincé entre ses dents, martyrisé par sa nervosité, objet d'une distraction presque désespérée. Il avait besoin d'oublier, de passer outre ses pensées aussi ténébreuses que son environnement. Un instant, il se demanda si c'était ainsi qu'on se sentait lorsqu'on était engloutit. Car telle était la triste impression qu'il retenait de ses alentours : une gigantesque bouche, gouffre noir et moite qui suintait l'horreur et la discorde. Et puis il y avait le silence, l'absence. Le néant. Ash ne s'était jamais senti si seul. Ici, il ne percevait rien. Il y avait les marches de l'escalier, les quelques contours qu'il parvenait à distinguer, et lui. Sans pouvoir se l'expliquer, il ne sentait pas une âme, pas une présence, seulement un quelque chose, un on-ne-savait-quoi qui occupait l'espace et rendait l'air lourd, implacable. Impossible désormais de nier le danger dans lequel tous se trouvaient, et son cœur allait à tous ceux qu'il avait laissés seuls, involontairement ou sur un coup de tête. Si quelque chose arrivait...

VLAM !

Un sursaut parcourut le corps du canidé tandis que celui-ci se retournait vers la porte. Il détestait cette brusque absence de repères, de sens. Il était aveugle sans sa perception des âmes, et sa privation soudaine le mettait terriblement mal à l'aise. D'autant que le piège qui se refermait sur lui paraissait désormais évident. La porte était fermée, et la sensation d'enfermement qu'il ressentait tout d'un coup n'en devenait que trop réelle. Fronçant les sourcils, il remonta les marches quatre à quatre. Idiot, mais quel idiot !, se réprimanda-t-il. Sa main se referma impitoyablement sur la poignée, la tordit de frustration et d'urgence. Rien. Toute la force inhumaine qu'il dévoila ne fit pas même frémir l'épaisse cloison de bois.

« Fuck, damn, shit. Shit, shit, shit ! »

La bague qui entourait sa lèvre inférieure était inlassablement triturée. Il la faisait pivoter, tourner, retourner, se demandait comment diable il allait trouver un chemin hors de cette satanée bâtisse, s'imaginait déjà les tourments qui l'attendaient dans cette pièce sombre et profonde où lui-même ne distinguait pas la moindre esquisse. Car il ne pouvait désormais plus nier l'inévitable : Tala n'était pas et n'avait jamais été ici. Un grognement rageur s'échappa de sa gorge, traduction bestiale du Monstre qui s'approchait un peu plus de sa surface à chaque seconde, tandis qu'il assénait un coup furieux à la porte qui barrait sa route. Impossible dorénavant de s'échapper : il devrait affronter les démons de ce manoir – bon sang, qu'une partie de lui espérait qu'il ne s'agisse là que de simples démons ! – et tenter d'en sortir, avec les autres de préférence. Paradoxalement, le seul moyen d'accomplir cet exploit demeurait pour le moment de plonger plus encore dans les ténèbres de la bâtisse. Ses lèvres se pincèrent alors qu'il adressait un regard pourpre plein de doute aux escaliers. Il avait un mauvais pressentiment. C'était de ce genre de sensations abominables qui écrasent la cage thoracique et laissent le cœur gangrené par l'anxiété la plus profonde.

Et puis il y eut l'odeur. Ashton avait peut-être perdu sa perception des auras, mais son flair restait le même, exemplaire jusque dans la douleur que lui promettait cette effluve. Il le sentait arriver. Il le sentait consumer. Il sentait la chaire calcinée et les meubles brûlés. Le feu. Un brasier qui, doucement, parviendrait jusqu'à lui. Il était enfermé. Il. Était. Enfermé. Aucune issue, aucun secours. Seulement lui, et les flammes déchirantes. Le jeune homme n'osait pas se retourner. Comment affronter un ennemi qui ne souffrait d'aucune faiblesse apparente ? Comment fuir un adversaire lorsqu'on était emprisonné entre quatre murs ?

Et puis il y eut la fumée. Très rapidement, Ashton dut faire face à l'évidence dans sa pire inéluctabilité : il n'y avait pas de source d'air dans la gigantesque pièce. Celle-ci s'emplissait lentement d'une vapeur sombre et opaque, dérobant son oxygène au seul habitant qui avait eu le malheur de s'enfermer en elle. Se tournant finalement face au brasier, la gorge serrée par les gaz et l'appréhension, le canidé sentit déjà la chaleur caresser son visage. Les flammes léchaient les murs, dévoraient tout sur leur passage comme dans un gargantuesque gosier, grotesque et ignoble. Non sans un dégoût apeuré, Ash réalisa qu'il n'y avait que peu de choses à avaler pour le brasier avide. Peu de choses... à part lui.

Une panique croissante gonfla le cœur du canidé à mesure qu'il reculait, le dos tout contre la porte. Brûler indéfiniment n'était pas une fin enviable pour quiconque, d'autant plus lorsqu'on prenait en compte la partie ''indéfinie'' du terme. Non, non, non, c'était hors de question, il ne voulait pas rester là. D'abord doucement, puis frénétiquement, il tambourina sur la porte.

« Héééé ! Il y a quelqu'un ? Guys ? J'aurais besoin d'aide ! »

Peu convaincu de son propre succès, son désespoir nourrit cependant ses cris vains et désespérés. Lorsqu'il se résigna finalement à cesser, le feu était au pied de son escalier. Et il lui fallait une solution. Vite. Déjà, des toussotements tiraillaient sa gorge, elle-même si brûlante qu'il eut juré l'avoir jetée au brasier. Il ne se sentait pas bien, malade. L'oxygène se faisait rare. La pièce était noire de fumée, noire, noire comme la Mort, et les Ténèbres qui depuis le début de cette soirée infernale s'étaient décidées à les engloutir.

Très vite, Ashton peina à respirer. Les inspirations devinrent halètements pathétiques et calamiteux, pénibles efforts pour maintenir un semblant d'équilibre en vie. Le Chien se rapprochait, et avec lui la promesse d'une douleur sous le signe de l’Éternité. La Bête ne trouverait pas de sortie, pas ici, pas lorsque lui-même peinait à distinguer le moindre échappatoire. Étouffant un toussotement trop sec du revers de sa main, le jeune homme se résigna à aller au devant du feu pour chercher une éventuelle sortie.

La chaleur était insoutenable. Sans même l'avoir touché, le brasier le consumait déjà. Respirer faisait mal. C'était comme aspirer de petits incendies qui se répandaient dans ses poumons, jusque dans ses veines, dévorant ses entrailles. Enveloppé dans sa vieille blouse, toussant misérablement contre ses poings serrés, le garçon courut au travers des sous-sols qui s'étendaient devant lui. Les flammes, partout, l'assaillaient, et il se fit mordre plus d'une fois par leurs mâchoires langoureuses. La peau guérissait encore, systématiquement. La douleur, elle, demeurait farouche, furieuse. La différence entre immortalité et invulnérabilité se faisait sentir de la pire des manières. Chaque blessure nouvelle, chaque brûlure, le lent processus de souffrance qui s'installait doucement, trop doucement à son goût.

C'est alors qu'il la vit.

Une porte. Enfin, enfin, une porte. Une sortie. Loin de songer qu'il s'agissait là du pire des pièges placés devant lui, loin de penser que son hôte l'emmenait délibérément vers cet échappatoire, il courut. Déjà, la cloison de bois était dévorée par les flammes. L'ouvrir serait douloureux. Peu importe. Peu importe, tant qu'il sortait. Sortir. Il devait sortir. Fuir cet Enfer de fumée toxique et de flammes, fuir. L'espoir du calme, du sec envahit son cœur et l'engloutit plus sûrement que tout brasier. Jamais il n'avait été plus rapide, plus urgent. La poignée de métal brûla ses doigts lorsqu'il se jeta sur elle.

« Ouvre, ouvre, ouvre, ouvre ! Ouvre, bon sang ! »

Plus le temps.
Il défonça la porte, s'étala de tout son long dans ce qu'il pensait être une pièce adjacente, sûre.
De l'eau s'immisça dans ses poumons, le fit hoqueter, l'étouffa, et il dut se redresser en catastrophe. L'horreur agita son regard tandis qu'il se perdait sur l'immensité de la cave... inondée.

C'est alors qu'Ashton se souvint.
Les pires prisons étaient toujours entourées d'eau, et les douves de la sienne pourraient bien être plus dangereuses que le brasier qui le poursuivait.

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Ryden Haesmar
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Date d'inscription : 24/10/2014
Localisation : Près des femmes ou des cadavres

MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Mar 10 Nov - 4:29

Seul dans son corridor, il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour constater que personne n’avait opté pour la même destination que lui. Aucun son ne se faisait entendre derrière, lui indiquant qu’il était suivi. Est-ce que le démon s’en préoccupa ? Pas le moindre du monde. S’ils voulaient tous mourir en haut pour assouvir leur curiosité, c’était leur problème. Seule sa vie lui importait. N’avait-il pas plus précieux que cela, après tout ? Et s’il tenait à la garder, il devait sortir à tout prix de ce lieu infernal.

Marchant depuis quelques minutes maintenant, une étrange comptine s’incrusta dans son esprit. Elle ne lui disait absolument rien, mais il avait une envie irrépressible de la chanter. Il n'aurait jamais cru qu'il fredonnerait une chanson enfantine dans une telle situation, mais c'est ce qu'il fit.


« Il court, il court, le furet
Le furet du bois, mesdames.
Il court, il court, le furet
Le furet du bois joli.
»

Il continua ainsi de suite tout en explorant ce long couloir qui semblait ne pas avoir de fin. Étrangement, chanter la comptine avait un effet calmant presque rassurant. Il se sentait plus confiant.

Les premières portes qu’il rencontra furent toutes verrouillées. Au bout d’un certain temps, le démon se mit à douter de son choix. Toute sa confiance s’était évaporée pour être remplacée par le doute. Avait-il bien fait de suivre son instinct ? Jusqu’à présent, il ne lui avait jamais fait défaut, mais peut-être que la maison lui embrouillait les esprits. Allait-il vraiment trouver quelque chose dans ce foutu corridor ? Plus il avançait et plus tout restait pareil ? Le même décor, les mêmes portes, chacune séparé par la même distance. Il en vint à se demander s’il avançait réellement ou s’il faisait du surplace. Depuis combien de temps il était seul dans ce tunnel éclairé ? Il n’aurait su le dire. Une éternité peut-être ? Et cette comptine qui jouait en boucle dans sa tête. Elle n’avait été qu’une toute petite voix au début, mais plus le temps passait, plus elle amplifiait. D’autres voix finirent par se joindre à la première, décalée chacune des autres ? Étaient-elles vraiment dans sa tête ? Avait-il finalement fait la rencontre avec sa folie ? Depuis tout ce temps qu’il la fuyait, l’avait-elle rattrapée à nouveau ?

Il s’arrêta pour mieux réfléchir, mais cette maudite chanson de furet se faisait plus imposante. Elle en était assourdissante, une vraie cacophonie. Ce qui tantôt avait été rassurant, était maintenant effrayant, angoissant.


* Il EST PASSÉ PAR ICI
LE FURET DU BOIS, MESDAMES.
IL EST PASSÉ PAR ICI
LE FURET DU BOIS JOLI.
*

Il n’en pouvait plus. Il sentait son esprit se briser morceau par morceau. La raison le quittait peu à peu. Une rage indescriptible commençait à l’envahir. Il n’était pas question de devenir fou dans cette bâtisse.

- ARRÊTEZ ! ARRRRÊÊÊTTTEZ !

S’ensuivit ensuite un cri de colère qui se propagea probablement partout. Le démon semblait presque être dans état second, déconnecté de la réalité.

Puis, aussi soudainement qu’elles s’étaient allumées, les lumières s’éteignirent, ne laissant derrière elle que l’obscurité totale. Par le fait même, les voix dans sa tête disparurent. Reprenant lentement ses esprits, Ryden regarda autour de lui plus nerveux et enragé que jamais. Seul le silence régnait jusqu’à ce qu’un bruit sourd non loin de lui ne le brise. On aurait dit qu’une lourde chose venait de tomber. Sur ses gardes, son regard alla dans toutes les directions, cherchant la source de ce bruit, mais il n'y arrivait pas. Il semblait venir de partout. Ne voyant que la noirceur environnante, il attendit en silence, son cœur battant la chamade. Il n’eut pas à attendre longtemps. Quelques secondes plus tard, des pas se firent entendre. Ils se rapprochaient rapidement de lui. Ce qui venait dans sa direction, ouvrait et refermait des portes. Était-ce une nouvelle technique pour lui faire peur ? Si oui, elle ne fonctionnait pas. Il l’attendait avec impatience, prêt à libérer sa rage. Les secondes passèrent, rétrécissant la distance qui les séparait. Puis, le silence revint.

Les lumières se rallumèrent. Stupéfait, Ryden constata que le décor avait changé. Ce qui avait été sans fin et identique, ne l’était plus. Des tableaux d’ancêtres le regardaient maintenant, le transperçant de leur regard sévère et désapprobateur. Le corridor qui avait été vide tantôt, était à présent parsemé de trésors familiaux. Le plus troublant était qu’il pouvait enfin voir le début et la fin de ce maudit couloir.


- Quoi ? Vous voulez vraiment jouer avec moi ? Très bien, jouons.

Une odeur se fit soudainement sentir. Se retournant vers la source, il vit une faible lueur ainsi que de la fumée sortir sous l’une des portes au fond.

- Alors, c’est là que vous vous êtes tapis.

Il alla vers la porte en question. Constatant qu’elle était différente des autres, plus petite et bleue, il l’ouvrit. Cependant, elle lui résista. Il tenta une deuxième fois avec plus de persuasion. Il sentait la chaleur qui s’en dégageait, mais ne s’en préoccupa pas. Il avait compris ce qui se passait derrière la porte. Mais il savait maintenant qu’il n’y aurait aucune échappatoire temps et aussi longtemps qu’il n’aurait pas battu le maître du jeu. Il n’avait pas d’autre choix que de mettre de côté sa lâcheté. Et puis, il était tellement enragé qu'on puisse se jouer de lui ainsi, qu’il n’arrivait plus à réfléchir correctement.
Au moment où Ryden allait se résigner à utiliser une table comme bélier, le loquet lâcha. En entrant dans la pièce, il vit qu’il se trouvait dans une cuisine dévorée par les flammes. Son regard tomba directement sur le grand poêle à bois qui s’y trouvait. Il semblait presque vivant, alimentant le brasier qui se rependait à une vitesse anormalement rapide. Le feu commençait déjà à ronger les pièces avoisinantes, se déplaçant comme de petits serpentins dotés d'une vie propre à eux-même. En peu de temps, les flammes encerclèrent le démon, lui léchant presque le corps. La chaleur en était étouffante, lui rappelant sa terre natale. Il connaissait les morsures du feu pour les avoir souvent expérimentés enfants. Cependant, il les mit de côté afin qu'elles ne le dérangent pas dans sa tâche. Scrutant la pièce, il tentait de voir s’il y avait une autre présence avec lui. La sensation d’être observé s’était intensifiée depuis qu’il était entré dans la cuisine. Elle en était presque palpable, plus menaçante aussi. Ça le rendait fou. Il y avait quelqu’un ici. Il en était convaincu. Il aurait pu mettre sa main au feu. Cherchant partout, tentant de voir à travers les flammes, son regard finit par accrocher quelque chose. Un plan se forma dans son esprit. C’était une idée complètement folle, mais c’était peut-être sa seule chance.


- Allez ! Montrez-vous ! Jouons face à face.

Il était fatigué d’être l’objet de sa propre médecine, de n’être qu’un simple pantin dans ce jeu. Il voulait en être le maître. Cependant, tout ce qu’il eut comme réponse fut le bruit du brasier dévorant tout sur son passage. Il attendit sentant les flammes sur lui. Puis, vint le moment tant attendu. La porte qu’il avait repérée tantôt était en grande partie calcinée. Le démon pouvait voir l’extérieur. Au moment où il s’apprêtait à courir directement dedans afin de retrouver l’air libre, le plancher s’effondra sous ses pieds, le faisant tombé dans les profondeurs de la maison.

_________________
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   

 

Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur

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