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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur

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Dolores Keller
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Date d'inscription : 07/02/2014
Age : 21
Localisation : En train d'ausculter

MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Mar 10 Nov - 20:22

- Adam ?
- Oui Lisette ?

La jeune demoiselle tournicotait l'air amusé autour du fauteuil dans lequel était installé l'infirmier à lunette, un journal entre les mains. Les pans rosés de la robe de la fiancée tournaient inlassablement, à la manière d'un carrousel que personne n'était en mesure d'arrêter. Le jeune infirmier levait les yeux et regardait sa tendre amante dévoiler sa joie sans aucun complexe, agitant avec allégresse ses boucles dorées au rythme du piaillement des oiseaux qui, malgré les barreaux blancs qui les enfermait, se laissaient aussi emporter par l'air printanier de la journée.
Lisette lâcha un petit rire plein de bonheur avant de s'arrêter de tourner pour s'asseoir sur la chaise pourpre placée juste à côté du fauteuil en velours. Elle avança alors sa tête, gênée par le dossier volumineux du sofa, et adressa un sourire d'une telle sincérité que les joues du jeune infirmier ne purent s'empêcher de rougir un petit peu.

- De quoi est-ce que tu as peur ?

Le fiancé ferma le journal et se tourna vers sa compagne, la mine gênée. Les souvenirs de son enfance lui revinrent à l'esprit, comme chuchotés par les oiseaux dont la présence dans ce cadre romantique était presque indécente. Il avait toujours eu peur, ce cher Adam, non pas effrayé pour lui, mais pour les autres, car s'il était un couard, Adam était avant tout un couard altruiste.

- P-Pourquoi cette question ? J'ai peur de beaucoup de chose tu le sais bien…
- Non ! Pas cette peur là ! Je parle de la peur sincère, celle qui tétanise ! Comme dans les romans de la bibliothèque de Papa ! Je peux t'en trouver un si tu veux.
- Non non, reste assise, tu ne dois pas trop t'agiter et-
- Adaaam ! On croirait entendre ma mère !
- A-Alors s-si je réponds à ta question, tu restes assise ?

À peine levée, Lisette se réinstalla immédiatement sur la chaise, un sourire intrigué sur son visage. Le menton coincé entre ses deux poignets, elle regarda avec intérêt le visage de son promis qui, encore une fois, bafouilla quelques secondes avant de reprendre son calme. Il leva les yeux vers la cage à oiseaux qui lui faisait face, semblant regarder au loin, bien au-delà des murs couverts de livres qui occupaient la pièce

- J'ai…

***

Il ouvrit les yeux. Sa respiration revint ensuite, puis l'usage de ses bras, et de ses jambes. La vie semblait reprendre possession de son corps, sortant le jeune infirmier de la torpeur dans laquelle il avait été enfermé. Il faisait terriblement froid, le parquet de bois était comme gelé, gelé par les ombres lourdes et omniprésentes qui entouraient le pauvre garçon. Celui-ci bougea les yeux dans l'espoir de discerner quelque chose, mais tout ce qu'il vit furent des ténèbres infinies et sinistres. Ses mains parcoururent alors le sol, seule partie du monde qu'il parvenait encore à percevoir, mais une puissante douleur s'empara de sa paume, le poussant à retirer sa main.

Un léger tintement de verre résonna, résonna, résonna… puis disparut, englouti par le noir. Il s'en souvenait maintenant, ce morceau de verre appartenait sans doute à la lanterne qu'il avait laissé tomber sur le sol. Adam porta sa main vers sa bouche et lécha la plaie, réflexe primaire, avant de reprendre ses esprits d'infirmer et de compresser la zone avec son autre main pour freiner le saignement. Étrangement il retrouva un certain réconfort dans cette douleur, une source de chaleur dans ce monde froid et indescriptible. Il posa sa main sur ses joues, puis sur sa tête afin de se réchauffer le visage, et se rendit compte à ce moment là que ses lunettes aussi avaient disparu. Il était trop dangereux de tâter le sol, se dit-il, et de toute manière dans ce noir elles ne lui seraient d'aucune utilité, si ce n'est avoir un objet auquel se rattacher.

Adam serra sa main et souffla dedans, puis, tremblant d'effroi, se redressa doucement sur le sol, avant de prendre appui avec précaution sur le plancher pour se lever entièrement. Le pauvre homme était terrifié, pourtant sa volonté lui dictait de ne pas rester là, et de chercher un moyen de retrouver le Docteur Keller, ainsi que la sortie, pour retrouver Lisette. Il inspira profondément puis avança sa main encore indemne, dans l'espoir que ses doigts rencontrent quelque chose l'aidant à se repérer. Ses grands gestes n'aidant en rien, il décida alors de s'avancer d'un pas, priant intérieurement pour que le sol ne se dérobe pas sous ses pieds. Son pas fut lourd, puis fut rapidement suivi d'un soupir de soulagement. Finalement ce manoir était plus solide qu'il n'en avait l'air. Le jeune homme se mit alors à sourire, imaginant sa patronne en train de sauter sur place pour tester la solidité du parquet. Oui, elle ferait certainement cela.

Adam resta ainsi quelques minutes, à rechercher vainement quelque chose à quoi s'accrocher, mais il ne trouva rien, comme si tout était vide. Il se décida enfin à ouvrir la bouche, pensant que peut-être sa voix l'aiderait à se repérer. Les bégaiements furent nombreux, si nombreux qu'il dut se forcer à se taire pour reprendre son calme. Autant finalement sa main de sa bouche, la voix du jeune infirmier résonna puissamment autour de lui.

- Bonjour ?

Le silence. Un long, douloureux, et glacial silence lui répondit. Adam tendit l'oreille, bien qu'il savait pertinemment que personne ne lui répondrait.
… Il avait peut être pensé un peu trop vite.

Un chandelier s'alluma brusquement, dans un de ces bruits que font les bougies lorsque la flamme qui les chapeaute se met à vaciller. Une douce sensation de chaleur s'en émana alors, caressant avec bonté la joue du jeune assistant qui se tourna doucement, inquiet à l'idée de découvrir ce qui se cachait dans son dos. Fort heureusement il ne s'agissait que d'un chandelier, un vrai chandelier, un chandelier que l'on aime voir parce que l'on sait qu'il ne peut rien s'agir d'autre. Dépourvu de ses lunettes, Adam fut cependant obligé de s'avancer de plusieurs pas pour rejoindre la petite flamme, autour de laquelle il s'empressa d'enrouler ses mains pour en recevoir l'agréable chaleur. Ses yeux, bien que perdus dans un épais brouillard, parcoururent le buffet sur laquelle le chandelier était posé, et aperçurent une silhouette à la couleur familière.

La poupée le regardait, un grand sourire cousu sur son visage. Adam avança sa tête en plissant les yeux pour la voir nettement, et s'étonna de voir qu'entre les mains de tissu reposaient ses lunettes en parfait état. Soulagé, l'infirmier les saisirent rapidement et s'empressa de les poser sur son nez. La netteté que lui offrirent ses verres redonna du réconfort au jeune homme qui tâta les branches de ses lunettes avec soin, comme pour s'assurer qu'elles n'allaient pas tomber. Par principe, car il était un homme bien élevé, Adam remercia la poupée de chiffon, qui lui répondit en s'affaissant de tout son long sur le buffet. Le jeune homme sursauta et manqua d'écraser la poupée sous ses mains par pur réflexe, mais s'immobilisa rapidement en voyant le petit cadre posé juste à côté de la poupée, que cette dernière désignait avec sa main de tissu.

Adam réajusta ses lunettes et saisit avec précaution le rectangle de bois avant de l'approcher de la lumière de la bougie pour mieux voir la photo qui était enfermée sous la plaque de verre. L'image montrait un couple, visiblement heureux à en juger par leur sourire respectif. La photo avait été prise en extérieure, dans un pré avec en arrière plan un arbre vigoureux au tronc imposant qui piqua l'intérêt d'Adam, tant par son gabarit que par sa présence dans la photo. Le jeune homme leva alors la tête, perplexe, et comme pour lui répondre, une série de bougies s'allumèrent brusquement, illuminant toute la pièce, exhibant avec fierté les murs de bois du manoir. Le froid et les ténèbres s'étant presque entièrement évaporés, Adam commença à se sentir mieux et constata avec surprise que la lanterne sur laquelle il s'était coupé était désormais en parfait état sur la table centrale de la pièce. Quelque chose lui frappa alors l'esprit. Ses yeux se tournèrent vers la photo, puis vers les murs, à nouveau la photo et ainsi de suite, jusqu'à ce que son cheminement se fasse plus clair.

- Alors ce manoir… Mais comment ?

Les bougies s'éteignirent brutalement, exceptée celle présente à côté de la poupée. Le froid revint si vite qu'un long frisson parcourut l'échine du jeune infirmier qui se tourna à nouveau vers le buffet afin de rester dans l'unique halo de lumière à sa disposition. Adam attrapa doucement la poupée puis se tourna vers l'obscurité, espérant peut-être que la poupée pourrait l'aider à s'en sortir. Un bruit se fit alors entendre au-dessus de la tête de l'assistant qui se recroquevilla légèrement, avant de se rendre compte qu'il s'agissaient de bruits de pas. Les sons se déplaçaient mais ne disparaissaient pas, au contraire d'autres bruits s'ajoutèrent, des mains semblaient caresser les murs, des respirations s'approchaient, doucement, doucement, des portes grincèrent, étaient-ce les pas que l'on entendait dans la pièce ? Adam recula, puis se retrouva acculé contre le buffet, tandis que les bruits se rapprochaient et devenaient de plus en plus fort, de plus en plus présents, on en entendait partout, des grincements, des crissements, des paroles, on tapait les murs, on sautait sur le sol, encore, encore, entendez-vous les ombres vous entourer, elles sont là, elles parlent et rient mais ne se montrent pas ! Les pieds grincent, les portent parlent, les murs dansent ! Les ténèbres vont abattre celui à qui ils ont donné sa chance !

- Adam ?

Le silence.

Un long et paisible silence, chaud et réconfortant, apporté par un candélabre que tenait Dolores, dont la tête dépassait de l'encadrement d'une porte. Les flammes vacillaient insolemment mais n'osaient pas quitter leur socle de cire, comme si la forte poigne de l'homonculus les contraignait à rester sages.

Dolores poussa un long soupir de soulagement, et, visiblement essoufflée, entra dans la pièce rejoindre son assistant pour lui confier sa nouvelle torche avant de s'appuyer sur ses genoux pour reprendre son souffle. Confus, Adam regarda sa patronne prendre deux grandes bouffées d'air avant de se redresser, comme si de rien était.

- Je vous avais perdus cher assistant ! Ne me faites plus de frayeur pareille, j'ai parcouru tout le manoir pour vous trouver mais ces satanés couloirs changeaient constamment de direction ! J'ai dû courir près de trois heures avant de vous trouver !
- T-Trois heures ? M-Mais je ne suis dans cette pièce que depuis quelques minutes…
- Ah vraiment ? Elle reprit son inspiration, c'est étonnant comme la perception du temps peut varier. Quoiqu'il en soit vous êtes en vie, c'est le principal ! Hm ? Tout va bien ? Vous êtes très pâles.

Comme en rémission de son traumatisme, Adam resta quelques secondes silencieux, encore perturbé par tous les phénomènes auxquels il avait été confronté jusque là. Il était même si confus qu'il n'avait même pas réagi en apprenant que sa patronne avait couru pendant plus de trois heures pour le retrouver. Cette dernière d'ailleurs lui adressa un sourire réconfortant et posa sa main sur le poignet du jeune homme, qui aperçut très vaguement à quel point les ongles de la doctoresse étaient rongés. Elle ne se les rongeait pourtant jamais…

[color=#BE9C84]- Enfin, je dis que vous êtes très pâles mais vous avez tout de même du sang sur la figure.
- Eh ? A-Ah ah je… N-Non c-c'est que je me suis coupé et j'ai…

Il s'était barbouillé de son propre sang sans même y faire attention. Il devait avoir fière allure dans l'état où il était.

- Oh vous avez la poupée ! Je me demandais où elle était passée ! Tiens ? Sa robe était brûlée lorsque nous l'avons trouvée ? Elle est couverte de poussière…
- D-Docteur j-je…
- Si vous saviez tout ce que j'ai fait pour vous retrouver ! D'abord je ne m'en étais pas rendu compte, le fait qu'il fasse si sombre et si froid avait complètement déboussolé mes sens, je ne m'entendais même plus parler. Je suis entrée dans une pièce sans même y faire attention et en me retournant la porte avait disparu, puis en me tournant à nouveau j'étais dans un long couloir, et là encore derrière moi la porte n'était plus là, mais le mur non plus, c'était un prolongement du couloir !
- D-D-Docteur ! J-Je…
- Des mains sont sorties des murs à un certain moment, et j'ai entendu des voix discuter dans mon dos, j'ai bien cru que j'allais devenir folle. C'est pourquoi j'ai couru constamment en ouvrant toutes les portes que je trouvais devant moi en espérant que l'une d'entre elle me conduira jusqu'à vous. Et je vois que j'ai eu une fameuse idée ! Maintenant nous devrions trouver un moyen de sortir, j'admets que nous n'aurions pas dû venir ici.
- D-Docteur !
- Oui ?
[color=deepskyblue]- Je crois que j'ai c-compris ce qu'il se passe dans le manoir.

La bougie de la pièce, ainsi que le candélabre de Dolores s'éteignirent soudainement, comme soufflées par les ombres environnantes, plongeant notre duo dans le noir. La panique prit à nouveau possession du pauvre assistant, tétanisé à l'idée de vivre à nouveau ce cauchemar interminable. Mais rapidement une main s'enroula autour de son poignet, celle de la doctoresse qui lui parla à voix basse, refusant de le lâcher.

- Laissez-moi vous guider Adam, je vois mieux dans le noir que vous, je vois tout ce qui se passe, il nous faut juste ne pas nous séparer.
- P-P-Par pitié, d-dites moi que c'est vraiment vous, Docteur.
- J'adore les pigeons.

Un sourire se dessina sur le visage d'Adam qui saisit à son tour le poignet de sa patronne avant de commencer à la suivre, sans dire d'autre mot. Tout était plongé dans un noir si extrême qu'Adam ne savait plus vraiment quand si ses yeux étaient ouverts ou non. Leur progression fut lente mais continue, Adam entendait les respirations de Dolores, qui elle entendait celles de son assistant. Leurs pas résonnaient ensemble, excepté à quelques reprises où Adam trébuchait et peinait à retrouver le rythme de son guide. Cette dernière s'arrêta alors après de longues minutes de marche, vraisemblablement immobile. Adam sentit son poignet trembler jusqu'à ce que la poigne de l'homonculus ne se renforce encore plus.

- Adam, il y a quelque chose dans ce couloir.
- Q-Q-Quoi donc ?
- Quelque chose.

Les paroles de Dolores tombèrent comme un couperet sur l'esprit de l'infirmier qui tressaillit en les entendant. Il le savait, sa patronne trouvait toujours une façon de décrire les choses. Ce « Quelque chose » en disait long.

- Surtout restez droit et continuez à marcher, ne vous arrêtez pas.
- O-O-O G-g-gaa n-n-nnn.
- Contentez vous de serrez mon poignet pour me répondre.

La peur lui liait la langue, mais la pression exercée par la main d'Adam fut si forte que Dolores reprit son chemin dans les abysses noires. L'infirmier avança, un pas, puis un autre, un nouveau, surtout ne pas s'arrêter, pensait-il, surtout rester droit.

Un contact glacial se fit soudainement dans sa nuque. Une lame. C'était une lame, elle s'enfonçait dans sa gorge. Avaler était impossible, sa tête était complètement paralysée, seules ses jambes continuaient à fonctionner. La lame glaciale coupa alors ses bras, rompant le contact avec Dolores dont seule la respiration était encore audible. Il continua à marcher, mais bientôt ses oreilles tombèrent, la guillotine gelée continuait son œuvre. Ses yeux restaient ouverts mais ne voyaient rien, il continuait d'avancer, tout droit ou non, il l'ignorait, mais il ne s'arrêtait pas, car c'étaient les derniers mots de Dolores. La douleur était si violente qu'elle semblait inexistante, il souffrait, mais n'avait pas mal, comme perdu dans son cauchemar, seules ses jambes répondaient. Il continuait d'avancer. Ce fut enfin son cœur qu'on transperça.

- C'est bon, nous sommes passés.

Adam rouvrit les yeux, ou bien les avait-il déjà ouvert, toujours est-il que son esprit lui revint, et qu'il se rendit compte que Dolores était toujours là, que sa main comprimait toujours son poignet, et que sa respiration résonnait toujours à quelques centimètres de son visage. Essoufflé, Adam tremblait de tout son long, comme si son esprit cherchait à expliquer ces sensations qui lui avaient transpercé le corps. Ses membres lui répondaient parfaitement, la folie, elle, n'avait pas dit son dernier mot.

- J-J-Je crois que cette maison était un chêne avant. L-La famille a pris une photo devant et le pré ressemble à celui où-où-où l-le, où se trouve l-le manoir. C-Comme ils sont j-jeunes et qu'il n'y a p-pas de petite fille sur la ph-pho-photo, la ph-ph-photo a sûrement é-était p-p-prise avant.
- Surtout continuez.
- Q-Q-Quoi ?
- Ils nous écoutent, continuez.
- Q-Q-Qui ça ?
- Vous les sentez n'est-ce pas ? Continuez de parler !

En effet des rires imperceptibles étaient comme chuchotés à l'oreille d'Adam, ils venaient du haut, du bas, de derrière, et étaient si nombreux que le jeune infirmer eut vite la sensation d'être poursuivi par une horde de créatures de l'ombre. Ils souriaient, ricanaient, léchaient l'oreille d'Adam qui ignorait le contact gelé que cela procurait, suivant les conseils de Dolores.

- J-Je pense qu'une f-a-a-famille a vécu i-ici et que c-cela a un lien a-a-a-avec l'arbre de la ph-pho-photo. P-Peut-être que c'est l-l-l'esprit de l-la famille qui hante ce m-manoir où…
- Ignorez-les Adam, continuez, nous y sommes presque.
- O-Où c-c-c'est peut-être le chhh-chhaah… Il prit une profonde inspiration. Peut-être que c'est le chêne qui contrôle ce manoir ! Il a brûlé, c'est pour cela qu'il y avait des cendres sur le perron et que la robe de la poupée est brûlée ! Mais l'esprit est toujours là et il ne veut pas disparaître !

Dolores le tira brusquement en avant tout en ouvrant la porte qui se trouvait face à elle. Adam fut bousculé en avant et tomba à la renverse, suivi de Dolores qui referma la porte en un claquement derrière elle avant de s'y adosser, épuisée. Adam reprit sa respiration, les visage couvert d'une sueur froide et dérangeante. Sa main tremblante s'approcha de son oreille qu'il toucha du bout des doigts, mais tout ce qu'il sentit fut son lobe, complètement gelé, comme ces jours d'hivers où la route jusqu'au cabinet relève de l'exploit. La doctoresse glissa doucement le long de la porte et s'assit par terre avant d'approcher ses doigts vers sa bouche, ce qu'elle s'empressa de freiner quelques secondes plus tard.

Les ténèbres étaient moins étouffantes dans la pièce, on percevait même une légère lumière au travers de la fenêtre de l'endroit. Trop effrayé encore pour s'en apercevoir, Adam prit plusieurs minutes avant de reprendre ses esprits et de se rendre compte que ses yeux daignaient enfin lui montrer quelque chose. Cela ressemblait à une chambre, une chambre de petite fille à en juger par le petit lit rose qui trônait face au duo, contre la fenêtre. Adam se releva doucement et s'en approcha avec prudence avant de poser délicatement la poupée sur l'oreiller, car c'était sans doute à la propriétaire de cette chambre qu'elle appartenait.

L'endroit était étrangement paisible et serein, comme un sanctuaire perdu au milieu du dédale cauchemardesque dans lequel la doctoresse et son assistant étaient piégés. Tous deux sentaient leur cœur battre à tout rompre dans leur poitrine, trop inquiets à l'idée de rouvrir la porte contre laquelle Dolores était adossée. Il y faisait chaud, on y voyait parfaitement, cette pièce appartenait-elle réellement au manoir ?

- Votre théorie Adam, elle est très plausible, j'ai… j'ai vu des choses dont je me serai bien passée de voir, mais elles correspondent à votre idée. Adam ?

Adam n'écoutait pas vraiment, il était tourné vers la poupée qu'il avait posé quelques minutes plus tôt, une expression de surprise sur son visage. La pauvre poupée de chiffon n'avait pas changé, mais elle s'était glissée sous la couverture, et dormait à poings fermés.

_________________
Mes diagnostiques se font en #BE9C84.
Et Adam crie en deepskyblue /o/

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Esprit frappeur [PNJ]
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Mer 11 Nov - 12:06

REMUE MÉNAGE
Comédie

Personnages, par ordre d’apparition :
    TOURMENTÉ
    HALL, maître d’hôtel
    SALON, maître des lieux
    CHAMBRE, épouse
    CUISINE, intendante
    BUREAU, valet
    BIBLIOTHÈQUE, BOUDOIR, femmes de chambres

Le rideau se lève. Tourmenté est au centre de la scène vide. Entre Hall qui s’arrête sous un lustre, puis Salon.

HALL — Bonjour Monsieur. Soyez le bienvenu.
SALON — Ah mon cher Hall ! Toujours le premier sur place pas vrai ? Je suis bien content de vous voir. Mais dîtes moi, est-ce que tout avance bien ?
HALL — Nous sommes parfaitement dans les temps Monsieur. Regardez par vous-même. Il indique un divan.
SALON (s’asseyant) — Magnifique ! C’est tout de même plus confortable ainsi. N’êtes-vous pas d’accord ?
HALL — Parfaitement Monsieur.
SALON — Mon épouse va être ravie. Mais tenez, je crois que c’est elle qui arrive.

Chambre entre, un oreiller un main et s’assoit auprès de Salon.

CHAMBRE — Comme tout cela est joli ! Mon ami, c’était une riche idée de laisser le marbre au profit du bois. C’est beaucoup plus chaleureux ainsi.
SALON — Un compliment que je n'attendais plus !
CHAMBRE — Quel rustre vous faîtes ! Je vous ai félicité pour votre décoration pas plus tard que ce matin !
SALON — Allons, je vous taquine.

Cuisine entre, trainant bruyamment une chaise derrière elle. Elle s'assoit près du divan.

CHAMBRE (à Salon, chuchotant) — Elle ne va pas rester ici tout de même ?
SALON (sur le même ton) — Pourquoi pas ? Cela sera plus pratique pour servir les plats chauds.
CHAMBRE (continuant) — M… Mais enfin, son odeur ! Non, non, ce n'est pas possible. Elle va en imprégner le linge. Dîtes lui d'aller plus loin.
SALON (à voix haute) — Hall, pouvez vous venir un instant ?
HALL — Tout de suite, Monsieur.
SALON — Vous seriez aimable conduire Cuisine plutôt sur l'aile ouest.
HALL (à Cuisine) — Venez, vous serez plus confortable par ici.
CUISINE (attrapant sa chaise, hautaine) — Si Madame ne veut pas de moi sous sa fenêtre, elle pouvait tout aussi bien venir me le dire elle-même.

Entre précipitamment Bureau, qui se place à l'endroit que Hall indique à Cuisine, plume et papier en main.

BUREAU — Plus loin, plus loin. Ne voyez vous pas que je suis occupé ? Il n'y a qu'ici que je puisse profiter des derniers rayons de soleil pour travailler.
CUISINE — Ne vous montrez pas méprisant. Moi aussi je travaille tard et surement plus dur que vous !
BUREAU — Chut, chut. J'essaie de me concentrer. Allez donc faire votre tapage au couloir est.
CUISINE — Dans ce cas n’espérez pas mettre les pieds chez moi pour un encas !
HALL — Cela ne fait rien Cuisine, vous pouvez vous mettre ici.

Même scène avec l’arrivée de Bibliothèque, puis de Boudoir. Cuisine revient poser sa chaise à côté du divan.

CHAMBRE (furieuse, elle se lève) — Que faites vous encore là Cuisine ! Vous deviez vous installer dans l’autre partie du manoir.
CUISINE  —  N’en déplaise à Madame, il n’y a pas de place pour moi là-bas, tout est déjà occupé.
CHAMBRE — Mais je refuse que vous restiez là ! Vous allez empester jusqu’à l’étage !
CUISINE — Et bien tant pis, en attendant, moi, je dois faire le repas !
CHAMBRE — Alors je ne resterai pas une seconde de plus ici ! Entendez vous Salon !
SALON — Ma douce, ma tendre, vous n’allez pas vous fâcher pour si peu…
CHAMBRE — C’est ce que nous allons voir ! Elle sort.
SALON — Hall ! Hall, j’ai besoin de votre aide de toute urgence. Chambre refuse de rester en ma compagnie tant que Cuisine sera installée ici.
HALL — Mais monsieur, cela va être un vrai casse-tête que de déplacer tout le monde à présent.
SALON — Hélas, nous n’avons pas le choix. Aidez moi, nous irons plus vite ensemble.
HALL — Tout de suite Monsieur.
SALON (attrapant Bureau) — Voyons, vous pouvez très bien vous mettre là !
BUREAU — Est-ce une farce ? Me voyez-vous travailler dans un endroit aussi sombre ? Je vais y perdre mes yeux ! Donnez cela à Boudoir, elle n’a pas besoin de plus.
BOUDOIR — Comment, mais je suis déjà si petite ! Ce n’est pas moi qui prends le plus de place ici il me semble. Je serais vous, je reverrai à la baisse mes exigences.
BUREAU — Quelles exigences ? Il n’est question que de travailler dans de bonnes conditions.
BIBLIOTHÈQUE — Travailler ? Alors pourquoi vous mettre si loin de moi très cher ? Rapprochez vous donc.
BUREAU (mal à l’aise) — C’est que…
SALON — Rapprochons les, rapprochons les. Tenez c’est mieux ainsi non ? Cuisine vous irez là.
CUISINE — Tant que j’ai de quoi travailler, cela me va.
BOUDOIR — Alors sous prétexte que je suis petite on me met n’importe où ? Mais Madame a besoin de moi ! Me mettre à l’autre bout de la maison va la fâcher.
SALON — Diantre c’est vrai ! Hall aidez moi enfin !
HALL — Si nous pouvions rapprocher Madame et Boudoir, peut-être que…
SALON — Et me séparer de ma femme ? Je m’y oppose !
HALL — Alors peut-être que si Cuisine se mettait ici, Madame là et vous…
BOUDOIR — Je ne veux pas être là ! Il y fait trop chaud !
BIBLIOTHÈQUE — Mais pas ici enfin !
SALON — Vous m’ennuyez !
BUREAU — Poussez vous un peu Hall.
HALL — Par là, cela irait ?
SALON — Non, non, il faut plutôt tourner comme ça.
BIBLIOTHÈQUE — Pff, mais quel ennui !
BUREAU — C’est à peine croyable.
CUISINE — Et toutes ces plaintes quand je ne demande qu’un endroit où travailler !
SALON — Mais nous allons trouver !

Après plusieurs essais de Hall et Salon qui ont placé et déplacé les autres autour de Tourmenté, toujours au centre.

SALON — Je crois qu’on y est ! Tout le monde est il bien installé ?
BOUDOIR — Oui !
BIBLIOTHÈQUE — Oui !
BUREAU — Oui !
CUISINE — Oui.

Entre Chambre.

SALON (joyeusement) — Ma chérie, vous allez être ravie. Tout le monde est installé comme vous me l’avez demandé.
CHAMBRE (gênée) — Justement, à ce sujet…
SALON — Quoi ? Cela ne vous convient pas ?
CHAMBRE — Si, si ! Mais je me demandais…
SALON — Vous vous demandiez ?
CHAMBRE — Y aurait il la place pour une chambre de bébé ?
SALON — Ah !
LES AUTRES (sauf HALL) — Oh !
HALL (chuchotant) — Nous voilà bon pour tout recommencer…

Ils quittent la pièce. Reste Tourmenté, toujours debout sur la scène à présent pleine des objets apportés par chacun. Le rideau tombe.



//------------------------/------------------------//


Qu’importe la scène de vie, elle est vouée à la tragédie.

Vous vous êtes affranchis des flammes, mais êtes vous sûrs qu’il y avait un incendie ? Dans votre panique, vous avez détallé sans prendre le temps de bien regarder. La chaleur a disparu, tout comme le feu qui me rongeait, hélas seule votre vie a compté. Vous n’avez pas pris garde à mes toiles calcinées, vous vous êtes montrés hermétiques aux râles du bois qui vous entourait, pas un de ces hurlements paniqués ne vous a interpellé. Alors ce ne sont que les ténèbres que vous méritez.

Mes petits invités, vous voilà pris au collet.
Ici je règne sur vos sens. Vous êtes à la merci de ma démence.

La plus profonde de vos angoisses prendra corps entre mes murs. Elle s’insinuera jusqu’à vos os, les glacera de son étreinte, vous mettra à terre et sera sourde à vos plaintes.

Vous ne méritez ni ma clémence, ni ma pitié.
Et bientôt vous rejoindrez Tourmenté.


//------------------------/------------------------//


À vous qui avez trouvé refuge dans mon cœur, à vous qui êtes si près de mon secret, il n’est pas encore temps de vous l’approprier. Vous avez été courageux et attentifs, mais en poussant cette porte vous vous êtes mis en danger.

Tendez l’oreille et écoutez. Ce son cristallin qui s’élève.
Tourne, tourne, mélodie. Que sous l’enveloppe de bois qui couvre ton mécanisme chantant dansent ces pantins de cire. Trois silhouettes heureuses, une famille accomplie au centre de laquelle a été ajouté un personnage de papier. Son dessin brouillon et enfantin ne peut être entraîné par cette ronde guillerette. Il écoute, figé, le temps qui passe, les notes qui défilent. Impuissant spectateur de la fin brutale d’un doux rêve.

Mais le sommeil vous gagne à présent.
Bonne nuit.

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Tala Harcourt
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Mer 11 Nov - 21:09

C'était un océan de ténèbres dans lequel elle se noyait. C'était un océan de douleur dans lequel elle buvait la tasse. C'était un océan de souvenirs dans lequel elle suffoquait. Les larmes coulaient, coulaient, coulaient, et le monde où elle se trouvait était si couvert de sang qu'elle ne voyait plus que lui, même lorsque ses yeux étaient clos. Le spectacle était navrant. Elle-même était une honte à la face de l'espoir, et ses sanglots la raccrochaient à un univers de noirceur qui serait à jamais le seul à l'accepter. Elle était un monstre. Le pire de tous, de ceux qui recouvrent leurs mains de sang au point qu'il ne reste plus que des lambeaux de la malheureuse victime. Elle était son propre cauchemar, et son corps recouvert de sang ne faisait qu'appuyer cet avis. Elle était les ténèbres les plus sales de cette demeure. Par sa simple présence, elle souillait jusqu'au manoir lui-même et il eut fallu qu'elle meurt pour lui rendre le peu de prestige qu'elle lui avait volé. Un éclat de rire franchit la barrière de ses lèvres et répandit un semblant de dégoût sur la pièce entière. Qu'elle meurt. Ashton avait voulu la tuer, mais lui aussi avait échoué. Il semblait que, pour une raison qui lui échappait, la vie avait décidé de la garder un peu plus longtemps à ses côtés. Sans doute était-ce pour rire d'elle, de ce rire sarcastique qu'elle-même employait si souvent, crachant sur ce qu'elle était sans aucun état d'âme. Une âme promise aux tréfonds de l'enfer, sans aucun espoir de rachat. L'espoir n'était, de toute manière qu'une vaste fumisterie à laquelle tout un chacun participait sans se rendre compte de l'idiotie de la manœuvre. Pendant longtemps, elle n'avait pas fait exception. Pendant plus de seize ans, Tala avait espéré que la chose qui sommeillait en elle ne la rendrait pas si différente que ça. Puis il y avait eu Louis. Alors le mal s'était inscrit dans son être à tout jamais. Et depuis, les larmes coulaient, coulaient, coulaient, encore et toujours, offrant sa pauvre carcasse à des sanglots dévastateurs, qui la secouaient plus sûrement que toutes les tempêtes de l'univers. Elle n'était qu'un jouet, qu'un pantin entre les mains du destin, et n'avait d'autre choix que de se laisser aller, malgré toute la force qu'elle déployait pour faire taire un monstre qui hurlait face à la lune. Systématiquement, ne manquant jamais son éclat... Un pâle sourire se fit sur les lèvres hantées par le souvenir. Dehors, l'orage grondait toujours, comme pour ajouter un peu de tragique à sa situation. Les yeux toujours clos, le regard perdu dans une autre époque, Tala continuait de déverser sa peine sur un monde qui ne voulait pas d'elle, qui n'avait pas besoin d'elle et qui priait sans doute pour sa disparition. Alors, lorsque l'odeur des flammes vint lui chatouiller le nez, Tala ne bougea pas. Si incendie il devait y avoir, qu'il la prenne. Qu'il prenne sa vie pour la mettre en charpie, qu'il dévore son corps pour ne laisser que des cendres, pas même des os, et qu'elle rejoigne le noir qu'on lui avait fait quitter précédemment. Si aujourd'hui devait être le jour de sa mort, qu'elle vienne. Tala l'attendait depuis si longtemps qu'elle rouvrit les yeux pour pouvoir la regarder en face.
Bientôt, la fumée fut omniprésente et la jeune femme se mit à tousser. Son sourire se fit plus ironique, encore. La vie était faite de telle manière qu'on lui refuserait même ce dernier souhait, celui de voir arriver la mort. Au lieu de ça, on allait l'étouffer, lui brûler les yeux en premier lieu afin que, toujours, Tala reste lâche. Un premier éclat de rire quitta l'enceinte de ses lèvres, et à ce rire dégoûté par la vie se joignirent des larmes de peine, des larmes de haine. Et même lorsque les flammes léchèrent la porte, Tala ne bougea pas. Aujourd'hui, elle mourrait. Aujourd'hui, elle disparaîtrait. Que cela soit de la main de quelqu'un ou de celle du destin, aujourd'hui serait le jour de sa mort.
Comme la fumée s'intensifiait, Tala referma les yeux. C'est pour cette raison, sans doute, qu'elle ne vit pas les flammes disparaître comme si elles n'avaient été qu'un mensonge. Ce qu'elle sentit, en revanche, c'est leur chaleur rassurante qui s'enfuyait loin, loin, si loin d'elle... En un regard oublié, l'incendie n'était plus. En un regard oublié, Tala fut rendue au froid glacial d'une existence qu'elle haïssait.

« Non... Non, non, non, NON ! »

À nouveau, les mêmes mots. À nouveau, les mêmes sons. La mort ne lui serait pas offerte, et Tala se leva dans un réflexe désespéré pour la retrouver, avant de se précipiter vers la porte. Les flammes ne pouvaient pas venir de son esprit, elles ne pouvaient pas n'avoir jamais existé, elles avaient sans doute changé de trajectoire, rien d'autre, ça ne pouvait être que ça, et Tala pourrait forcément les retrouver. Il lui suffisait d'ouvrir la porte, d'oublier cette pièce où elle avait cru trouver une mort rassurante et de se jeter dans les bras de la douleur. Il fallait, elle le devait, il fallait qu'elle retrouve les flammes envolées. Alors, Tala posa la main sur la poignée, et l'ouvrit aussi brutalement qu'elle le put. Elle n'aurait jamais dû. Face à elle, le temps d'une seconde, un visage trop connu d'elle-même.

« ...Tala... »

La voix sortie d'outre-tombe lui arracha un frisson. Elle referma la porte aussi vite qu'elle l'avait ouverte, puis s'écroula contre cette dernière, les yeux écarquillés et le souffle court. Lorsqu'on frappa contre le battant, Tala hurla. Car celui qui tapait contre le bois ne pouvait pas être là. C'était impossible. Il était mort. Celui qui menaçait d'entrer était un fantôme. Ses mains se crispèrent. Sa respiration s'accéléra. Lorsque quelque chose vint lui toucher l'épaule, Tala sursauta. Elle tourna le regard vers le ou la responsable de ce contact.

« Bonsoir Tala. »

Le petit garçon d'une dizaine d'années qui lui souriait était mort il y a onze mois. Il lui manquait d'ailleurs une bonne partie du torse et l'une de ses cuisses était entamée. Son sourire lui-même était déformé par le trou béant qui remplaçait l'une de ses joues.

« Tu te souviens de moi ? »

Les yeux de Tala se noyèrent dans les larmes. Elle se mordit la lèvre jusqu'au sang. Lorsque le goût cuivré envahit sa bouche, elle sursauta. Comme si cela avait été une sorte de signal, l'enfant reprit la parole, passant une main où il manquait deux doigts dans des cheveux rouges de sang. Comme le reste de son corps. C-comme... Les mains qu'elle regarda bientôt.

« Oui, Tala. C'est toi qui m'as tué. Comme elle, d'ailleurs. »

Contre la porte, les coups retentirent à nouveau. Un énième sursaut s'empara d'elle tandis qu'elle suivait du regard la première phalange de l'index pointé par le petit garçon. À sa droite se trouvait une femme en aussi mauvais état que lui. Marie. Morte il y a un an et trois mois de cela. Les larmes redoublèrent, la bouche s'ouvrit pour faire passer l'air qui ne venait plus, ne voulait plus venir.

« J-je ne voulais pas, j-...
- Tu es désolée ? Mais ça, ma pauvre Tala, il fallait y réfléchir avant. Car aujourd'hui, c'est trop tard. »

La concernée secoua désespérément la tête. N-non... Ils ne comprenaient pas... Elle n'avait jamais voulu ça, ell-...

« Oh si, Tala, c'est trop tard. »

Lorsqu'elle eut le courage de se retourner, Tala fit face à une assemblée de regards accusateurs. Ils étaient tous là, tous, déformés, dévorés, par les dents qui lui poussaient sous le regard de la lune, et ils la jugeaient tous aussi sévèrement qu'il leur était donné de le faire. Il ne manquait plus qu-...

« Pourquoi ne le laisses-tu pas entrer, Tala ?
- Après tout, c'est lui que tu as le plus trahi.
- Tu l'as rendu amoureux d'un monstre.
- Alors que tu savais que tu n'étais rien d'autre que ça...
- Une erreur de la nature. »

Lorsque la porte fit mine de s'ouvrir, Tala la laissa faire, plus bas que terre. C'était la mort qu'elle regardait en face. Comme elle l'avait souhaité. La seule différence tenait dans le fait que ce n'était pas la sienne, mais celle de tous ceux qu'elle avait tués...

« Tala, Tala, Tala... Regarde-toi... Tu es couverte de poussière. Relève-toi, laisse-moi te voir... Tu dois avoir tellement grandi depuis...
- Depuis qu'elle t'a tué ?
- SILENCE ! Tout ça ne vous regarde plus. Tala, ne les écoute pas... N'écoute que moi... »

Les yeux couleur de jade se relevèrent, déversant tant de larmes sur le monde qu'elle aurait pu l'engloutir par sa simple volonté. Tremblante de doutes et de terreur, elle plongea ses iris dans ceux de son vis-à-vis, et découvrit avec horreur qu'il lui manquait la moitié de la tête. E-elle ne l'avait pas vu dans le couloir et-...

« L-Louis je suis tellement désolée j-je ne voulais pas, j-je regrette tellement j-...
- Chut Tala, chut... »

Le jeune homme venait de porter le seul doigt du seul bras qu'il lui restait jusqu'aux lèvres de la louve et lui adressait un semblant de sourire, déformé par le sang qui maculait tout ce qui lui restait de visage. Ces éléments n'étaient pas les seuls manquants. Elle l'avait massacré. Mais comme lui-même ne semblait pas en faire cas, Tala n'eut pas besoin de regarder la vérité en face. Du moins le croyait-elle...

« Tu es  devenue tellement belle, Tala... Et le rouge te va si bien...
- Dommage que ce soit ton sang, le bellâtre. »

Louis fusilla du regard un homme d'une quarantaine d'années. Lorsqu'il parla, son ton fut glacial.

« La prochaine fois qu'une telle phrase sort de ta bouche, je te jure que tu me le paieras. »

Un frisson sembla parcourir l'assemblée des cadavres, qui se turent rapidement. Seul l'un d'entre eux trouva le courage de murmurer quelques mots dont Tala ne comprit pas le sens.

« Il fera moins le malin quand-...
- Chhhhht ! Tu vois bien qu'il peut t'entendre ! »

Tala lança un long regard perdu au jeune homme qui lui souriait toujours. Celui-ci secoua doucement la tête en signe d'apaisement, et c'est très tendrement qu'il passa le bras autour d'elle. Dans un réflexe oublié, la jeune femme lui rendit son étreinte le plus naturellement du monde. Et contre son torse, elle s'apaisa légèrement. Et contre son torse, elle goûta aux réminiscences d'une sécurité qu'il serait à jamais le seul à lui offrir.

« L-Louis je suis tellement désolée, j-je voudrais que tout soit différent, j-je voudrais que tu ne m'aies jamais rencontr-...
- Ne dis pas ça, Tala. Je ne regrette rien. Tu entends ? Rien. Je-... »

Soudain, un bruit sourd se fit entendre dans le couloir. Dans ses bras, Louis sursauta. L'oeil qu'il lui restait se fit anxieux, et doucement, il se détacha de son étreinte. Tala le laissa  faire à regret. Voilà bien longtemps qu'elle avait perdu le droit d'exiger quoique ce soit de lui...

« Tala, il faut que tu fermes les yeux et que tu ne les rouvres sous aucun prét- »

BANG.
Dans le dos de la jeune femme, la porte manqua de sortir de ses gonds. L'angoisse gravît soudainement tous les étages dans l'esprit de cette dernière. Son souffle, lui, se fit plus inquiet.

« L-Louis, qu'est-ce que c'est ?!
- Tu DOIS fermer les yeux, Tala, tu m'entends ? Tu DOIS le faire !
- Ahahah ! La réalité le rattrape !
- Elle arriiiiiive !
- M-mais qui arrive ?
- Ne les écoute pas, ne les écoute pas ! »

BANG.
Cette fois-ci, la porte se fit moins solide.

« Ferme les yeux, et mets les mains sur tes oreilles. N'écoute rien. N'écoute rien, et surtout, ne les ouvre p-... »

BANG.
Puis...
CRAC.
Cette fois-ci, la porte ne fut retenue que par le corps de Tala. Voyant qu'elle ne lui obéissait pas et que la terreur gagnait tous ses traits, Louis prit sa main et la déposa lui-même contre son oreille.

« Tala, Tala, tu n'as plus le temps, il faut que tu le fasses !
- Quelle tête elle fera quand elle comprendra...!
- Vous croyez que ça va faire mal ?
- De toute façon, il nous manque déjà la moitié, ça ne sera qu'à demi douloureux !
- Ahah, très drôle, vraiment.
- Oh, déride toi... Je sais bien qu'il te manque le bas de la mâchoire, mais tu pourrais faire l'effort de sourire ! »

La blague ne sembla faire rire personne d'autre que son auteur et certainement pas Tala. Louis non plus ne trouva pas bon d'éclater de rire.

« Tala s'il te plaît écoute m-... »

VLAM.
Cette fois-ci, la porte explosa, projetant au loin tous ceux qui avaient eu le malheur de se trouver autour d'elle. Tala se releva presque immédiatement, aidée par sa nature et prête à protéger coûte que coûte celui qu'elle venait tout juste de retrouver. Cependant, lorsqu'elle se retourna pour faire face au monstre qui menaçait chacun d'entre eux, c'est l'horreur qu'elle rencontra. Face à elle se trouvait un loup absolument gigantesque au pelage de la même couleur que ses cheveux et dont le regard ne pouvait tromper personne. C'était elle. L'animal grogna, resta ainsi un long moment, puis tourna brusquement la tête en direction de Louis, Louis qui ne s'était pas relevé une fois à terre, Louis qui la regardait de son œil unique dans l'espoir qu'elle ferme les siens. Alors, Tala comprit. Tala comprit ce qui allait se passer, et un hurlement désespéré quitta l'enceinte de ses lèvres.

« NOOOOOON ! »

Elle se jeta sur l'animal. Sur l'emplacement où il s'était tenu un instant plus tôt. Trop tard. Lorsqu'elle se redressa, ce fut au son des hurlements de douleur de l'homme qu'elle avait retrouvé et qui, déjà, repartirait. Alors qu'elle allait pour se relever à nouveau, Deux bras vigoureux vinrent la clouer au sol. Dans son dos, un éclat de rire dément se fit entendre.

« Oh non ma jolie... Toi tu restes là, et tu admires le spectacle. Tu admires ton œuvre, je crois que tu n'avais pas eu cette chance, la première fois, si ?
- LAISSEZ-MOI, JE DOIS L'AIDER, JE DOIS L'AIDER, JE DOIS L'AIDER !
- Mais Tala, contre qui veux-tu l'aider ? C'est toi, qui es en train de le tuer. Personne d'autre.
- N-NON, C-C'est FAUX, J-je... LÂCHEZ-MOI !
- Regarde la vérité en face... Le monstre que tu fuis, c'est toi-même. Ah, si seulement tu étais morte... Louis n'aurait pas eu à subir ça une seconde fois... »

La vérité la frappa en même temps que la première vague sanglante atteignit son visage. Ce sang... C'était celui de Louis, et Tala ne pouvait pas regarder ça, elle ne pouvait pas voir ça, mais elle ne parvenait pas à fermer les yeux, elle voulait l'aider, elle voulait le sauver, elle le voulait vraiment, et on l'en empêchait. Elle DEVAIT le sauver. Elle devait l'aider, elle ne pouvait pas le laisser souffrir ainsi, et les hurlements de douleur qui retentissaient inlassablement étaient autant de raison pour Tala de pleurer de désespoir.

« LÂCHEZ-MOI ! VOUS N'AVEZ PAS LE DROIT, VOUS-...
- Oh, ne t'en fais pas, je ne te tiendrai pas longtemps. Il ne survivra que quelques minutes, guère plus...
- N-NON ! LAISSEZ-MOI, IL VA VIVRE, IL VA VIVRE... ! LAISSEZ-MOI OU JE VAIS VOUS T-... »

Le choc de ses propres paroles surprit la jeune femme qu'un terrible sursaut agita. Le macchabée qui la retenait sauta sur l'occasion qui lui était présentée et reprit la parole dans un éclat de rire malsain, qui ne parvint pas même à couvrir les hurlements de douleur du pauvre Louis.

« Que vas-tu faire, Tala ? Je t'écoute ! Tu vas me tuer, c'est bien ça ? Ahahahaha ! AHAHAHAHA ! TALA HARCOURT, TU ES UN MONSTRE ! TU L'AVOUES ENFIN ! ENFIN ! »

Le rire dément poursuivit son envolée, jusqu'à ce que son propriétaire n'ait plus de souffle. Comme s'il s'était agit d'un signal, la voix de Louis se tut à cet instant précis. Il venait d'expirer. L'homme la lâcha alors que Tala prenait conscience de ce fait, et c'est couverte de sang qu'elle se rendit là où s'était tenue la bête l'instant d'avant. À cet endroit ne restait que de rares lambeaux de chaire, des os, et du sang. Du sang dont Tala se retrouva bientôt maculée, offerte aux sanglots qui la traversaient désormais.

« Non... Non, Louis, non...
- Ahlala... Si seulement, Tala... Si seulement tu étais morte... »

Tala releva un regard éploré sur le petit garçon qui, de nouveau, avait posé sa main sur son épaule, comme dans un geste consolateur. Autour d'eux, la mélodie des hurlements avait repris. La peur suintait désormais de partout à la fois, et les grognements du loup achevaient de parfaire l'ensemble. Ça, et le sang qui dégoulinait de partout à la fois, comme pour mieux la recouvrir. L'enfant lui adressa un demi sourire, puis reprit la parole.

« Tu te rends compte de tout le mal que tu as fait, Tala... ? Est-ce que tu en as conscience... ? Tu es un monstre, mais tu peux encore te rattraper. Tu peux encore sauver les autres, Tala. Tu n'as pas grand chose à faire... Il y a tant de moyens de mourir... Un seul. Un seul suffira, et tout sera fini. Il n'y aura plus jamais d'autres morts. Plus jamais... »

Lorsqu'il termina sa phrase, la bête sauta sur lui et le décapita. La tête roula jusqu'aux pieds de Tala qu'un énième sanglot agita. Tout ça... Tout ça, c'était sa faute. Tout ça, c'était son œuvre. Ils avaient raison. Ils avaient tous raison. La seule façon d'empêcher ça d'arriver à nouveau, c'était d'en finir. Alors, la jeune femme se releva. La jeune femme se releva juste à temps pour voir mourir le dernier des cadavres. Sous ses yeux, le loup se lécha les babines. Puis, tranquillement, l'animal s'avança vers elle. Et alors qu'elle s'attendait à ce qu'il la tue, il réintégra simplement son corps, comme s'il n'avait jamais rien été d'autre qu'une projection d'elle-même. Cette réalité lui arracha un nouveau sanglot, suivi d'un frisson, et c'est d'un pas absolument robotique qu'elle entama sa marche vers la mort. Recouverte de sang comme elle était, le regard vide et le pas traînant, on eut pu croire qu'elle était elle-même un fantôme. On eut pu le penser, si elle n'avait pas laissé derrière elle une longue traînée rougeâtre. Bientôt, le sien viendrait se mêler à celui de tous les autres. Elle s'en faisait la promesse. Et cette fois, elle n'échouerait pas.

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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Mer 11 Nov - 23:29

Lorsqu'Ashton se retourna, incertain finalement d'être prêt à plonger dans les eaux noires qu'il savait mortelles, il ne trouva rien. Un rien pris au sens littéral du terme, puisqu'il ne faisait guère plus face qu'à un mur. Plus d'incendie, plus de porte.

Une brusque sensation de claustrophobie assaillit le canidé qui, se retournant brutalement vers les ombres fantasmagoriques qui jonchaient le sol, réalisa qu'il n'avait pas d'autre choix pour sortir que de les traverser. Sa gorge se serra et, inconsciemment, il se pressa contre la paroi qui avait remplacé son entrée. Fou. On voulait le faire passer pour fou, on voulait le faire oublier la réalité, et quel meilleur moyen après tout que d'employer sa plus grande faiblesse à cette besogne ? Le liquide mortel clapotait doucement, créait quelques sons par-ci par-là, s'amusait des illusions sonores qu'il disséminait dans la gigantesque pièce. Son anxiété saisit le garçon à la gorge, et il fut contraint de fermer les paupières. Dammit ! Get a grip, Ash. (Bon sang, ressaisis-toi, Ash!)

Prenant une énième respiration tremblante, le jeune homme finit par se décider. Il n'allait pas laisser son son hôte, aussi délicat fût-il, le mener par le bout du nez. Si c'était un ennemi qu'il devait affronter, alors il irait la tête haute, et le combattrait comme il l'avait toujours fait. Il avait vécu parmi océans et mers plusieurs années durant, ce n'était pas une cave inondée qui l'effraierait. Il fit un pas, sentit le liquide gelé s'immiscer jusqu'au milieu de son mollet. Un frisson déchira son échine, mais il n'en fit rien. La seconde enjambée fut aussitôt suivie d'une troisième. Bientôt, Ashton marchait, respirant de la manière la plus sereine possible parmi l'immensité de ce qu'il pensait être un sous-sol. Et bon sang, que cette bâtisse était grande.

Parfois la lumière s'allumait, quelques bougies furtives qui oubliaient qu'elles avaient dédié leurs vies à l'oubli et qui pensaient à éclairer son chemin. Il n'y avait à vrai dire pas grand chose, dans cette pièce. Des murs, de l'eau... et puis rien. Un rien si gigantesque qu'il aurait pu être comblé par n'importe quoi, et le canidé n'était pas certain d'apprécier ça.

« When I was a li'l lad, so my mother told me... »

Il tournait la tête, acceptait un instant de néant sonore. Parfois, il percevait une ombre, disparue la seconde suivante. Se posait alors une question de plus en plus évidente : que cherchait-on à faire de lui ? Voulait-on le tuer ? Le rendre fou ? Plus il chantait, plus le silence se refermait sur lui. L'eau dansait autour de son corps, accompagnait ses membres dans chacun de ses mouvements. Ou peut-être l'enfermait-elle plutôt. Ashton se sentait de plus en plus enfermé, incapable de respirer dans sa prison aquatique.

« Way, haul away... The good ship now is roallin' timmy... Way, haul away, We'll haul away, J- »

Une main. Sa cheville. Un mouvement. On le tirait. On le tirait en arrière, fuyait son équilibre, tuait sa balance. Il donna un coup, deux, trois. Rien. La main tirait, tirait, tirait.

Il tomba. Sa tête contre le sol, un hoquet d'horreur. L'eau. L'eau sur son corps, sur son crâne, dans ses poumons. Respirer. Respirer, respirer, vite, vite, il n'avait plus d'air, il ne pouvait plus respirer, vite, il ne pouvait pas... Il tordit son corps, se débattit de toutes les forces qui le quittaient. Bras et jambes devenaient de mortelles armes, il tentait de mordre son adversaire invisible. Survivre, survivre, vite, sortir de là, sortir de là. Le liquide s'immisça dans sa gorge, il étouffait, il étouffait, il toussait et se débattait mais ça ne fonctionnait pas, rien ne fonctionnait, il se noyait...

Stop, stop, stop, laissez-moi respirer, donnez-moi de l'air, de l'air...

Ses poumons brûlaient, sa gorge était en flammes. La douleur était abominable. Elle remontait de sa poitrine à son crâne, paraissait le démembrer tant son corps entier hurlait de souffrance. Mal, mal, mal, stop, stop !

Puis plus rien.

Ashton se rua contre le mur adjacent, s'appuya frénétiquement contre lui tandis que son corps était secoué d'une toux monstrueuse. Ses jambes tremblaient, il avait encore mal, terriblement mal. Ses yeux le faisait atrocement souffrir, son crâne le lançait, encore et encore. Il se sentait faiblir. Un filet d'eau s'échappa de ses lèvres glacées et alla s'écraser contre le liquide qui tapissait le sol. Il toussa de nouveau, plus fort encore, jusqu'à ne plus en pouvoir respirer, jusqu'à sentir ses côtes frémir, tout ça pour sortir le liquide de son corps, le sortir et ne plus jamais le laisser revenir. Jamais, jamais, jamais. Il tomba à genoux, incapable de se tenir seul, et posa son front contre le mur, agité de spasmes qui ne disaient rien qui vaillent.

« Ashton, Ashton, Ashton... »

C-cette voix. Non, impossible. Ce n'était tout bonnement pas possible. Son interlocuteur ne pouvait être... Non.

« Tu te fais du mal, tu sais ? »

Toutes les bougies s'allumèrent d'un coup, et face à lui se dévoila une silhouette terrifiante.
La sienne.

« Qu-Qu'est-ce que... »
« Oh, allons, tu me... flattes. Je crois que c'est le mot en français. Tu sais j'ai tellement de... gens, en moi, que parfois je me perds... Les langages sont si compliqués... »

Le même regard rougeoyant, la même stature, les même tatouages. Seule la voix est subtilement différente. Différente, car c'est la voix d'un monstre. La voix du Chien. S'il observe de plus près, il remarque les dents acérées dans la mâchoire, les longues griffes qui bordent les longs doigts pâles. Son alter ego s'approche. C'est un mouvement délibérément lent, sensuel, plein d'une langueur lascive qui trahit son inhumanité.

« Tu parles de moi comme si je n'étais pas toi aussi, Ash, mais tu oublies que tu es né de mon âme. Le premier à avoir adoré Evelyn, c'était moi. C'est pour ça que tu es né, monstre. Pour elle. Au lieu de ça, tu luttes, tu luttes, tu luttes encore, toujours contre moi. Mais je ne suis pas ton ennemi, non, non... »

Un sourire carnassier, un regard démentiel, et une enjambée si rapide que le jeune homme ne la voit pas arriver. La Bête saisit son bras, l'attire à elle d'un geste plein d'une force qu'il n'a plus, et il se trouve tout contre elle. Elle le supporte alors même qu'il se sent retourner au sol, susurrant à son oreille quelques douces paroles :

« Je suis toi... »

Un frisson de dégoût plus tard, Ashton répondit :

« Je sais. »
« Sais-tu vraiment ? », s'enquit un nouveau timbre, plus sévère.

Le jeune homme fit volte-face. Oh, cette voix là, cette voix dont il n'oubliait pas les cris, cette voix qui l'emportait systématiquement dans un torrent de rage. Cet homme dont le simple souvenir avait provoqué vingt-cinq ans de haine.

« Tu te souviens du Père O'Collen, n'est-ce pas... Ash ? »

Un grognement sourd s'échappa de la gorge de l'intéressé tandis que ses poings se serraient. Le monstre. Ce sale bâtard... Ce pendard... Oh, s'il pouvait le tuer par deux fois...

« Je ne crois pas que ce soit judicieux, bête. »
, rétorqua le prêtre.

Ashton vacilla sur ses jambes lorsqu'il chercha à regarder autour de lui, se trouva de nouveau maintenu en place par le Chien. C'était un semblant d'étreinte, trop sensuelle, trop intime pour qu'elle lui plût le moins du monde, mais le jeune homme avait pleine conscience de sa position : il n'avait rien à dire ici. Alors il regarda. Il regarda, et se figea, se crispa, se tendit comme un arc. Ses yeux s'écarquillèrent tandis qu'il laissa échapper un hoquet de surprise et d'horreur.

Il y avait une trentaine de personnes dans la salle.

Sa respiration s'accéléra, se coinça dans sa gorge, et il s'étouffa de nouveau. Cette fois-ci, son alter ego le laissa s'échouer sur le sol, dans cette eau gelée dont il semblait être le seul à souffrir. Et pour cause : les autres étaient tous morts.

« Vous n'existez pas. »
, affirma-t-il.

Il fixa le sol, se força à contempler l'eau et ses reflets sombres, mais rien ne pouvait l'empêcher de voir la silhouette qui s'approcha de lui en cet instant. De vieilles bottes de marin, un sourire affable et une voix rauque :

« Nous sommes bien vrais, mon p'tit. Seul'ment on est en toi normalement, pas là. »

Ashton redressa la tête avec une extrême lenteur pour croiser le regard perçant du capitaine de l'Andalouse, un bateau qui avait fait le voyage entre le Havre et Porto, et qui était parvenu en Espagne avec quinze cadavre à bord. La première crise meurtrière d'Ashton était aussi la plus douloureuse.

« Jolie blouse, by the way. »

C'était la sienne. Sa gorge se serra en harmonie avec sa poitrine, et il eut pu jurer entendre quelque chose se briser en lui. Il adressa un regard trop brillant à son ancien supérieur.

« Tu n'existes pas. Tu n'existes plus. »
« Tss, tss, tsss... Ce n'est pas bien de mentir, Ash. Même pour un démon... Je pense que tu mérites une punition. Sir Arolds... »

La main de la Bête se posa solidement sur son épaule, l'empêchant définitivement de bouger tandis que la large silhouette de Jasper, comme il l'avait si longtemps appelé, s'avançait vers lui. L'homme se mit à genou à ses côtés, plus petit que lui seulement par quelques centimètres, et posa à son tour ses grands doigts de travailleur sur le crâne d'Ashton.

« Sorry, son. »

Et il le poussa sous l'eau. Deux mains tenaient ses bras pour que jamais il ne s'échappe, deux mains qu'il connaissait pour être les siennes, tandis qu'une autre le maintenant désespérément sous la surface. La douleur était inimaginable. Son corps lui-même semblait se rétracter sur lui-même. Il ne sut trop s'il hurla ou non, comment il se débattit. La souffrance et la terreur, la terreur la plus absolue, furent tout ce qu'il ressentit. Stop, stop, stop... Sa conscience s'estompait déjà lorsqu'on le tira hors du liquide.

« You alright, kid ? » (Tout va bien, petit ?)

Sa toux était trop faible pour être efficace, et seul son bourreau l'empêchait de retomber tête la première dans le liquide mortel. Il ferma ses paupières le plus fort possible, espérant de toutes ses forces qu'en les rouvrant il n'y ait plus rien, rien de tout cela.

« Let go of me. »
, murmura-t-il. (Lâchez-moi.)
« Ash, allons, il fait partie de toi... De … Nous... »

Entendre sa propre voix lui répéter ces mots, comme autant de coups de poignards. Il le savait, il le savait ! Il avait aussi conscience que tout ceci ne se produisait certainement même pas, que son esprit lui jouait des tours comme depuis le début de ce cauchemar, et peut-être même qu'il n'y avait jamais eu personne dans cette foutue bâtisse. La frontière entre réel et rêve était brouillée, peut-être à jamais.

« As-tu compris, monstre ? Ceci est aussi vrai que moi... »

Il sentit les longues griffes du canidé frôler ses hanches, son ventre, sa poitrine, et savoir l'être de Peur et de Mort si proche de lui arracha un frisson à son échine. Ironie du sort, l'être dont Ashton avait le plus peur était lui-même.

« Allez vous faire voir. »
« … Quand je te dis que tu te fais du mal... Ash. »

Un toussotement franchit les lèvres du garçon tandis que la Bête le prenait à la gorge. Aussitôt il se défendit. Coup sur coup, il répondit, faisant fi de sa faiblesse nouvelle pour tenter de lutter contre cet ennemi qu'il tenait de lui-même. Un grognement sourd lui échappa lorsqu'il constata les dizaines de silhouettes qui, lentement, s'approchaient. La vérité, c'était qu'il ne pouvait gagner. Il le savait mais se battait quand même, agité d'un espoir fou et naïf.

« Oh, tu me fatigues... Je te mangerai plus tard. Vous n'avez qu'à vous... occuper... »

Le cœur du jeune homme bondit dans sa gorge alors que ses propres victimes se ruaient sur lui.

***

Lorsque son alter ego le souleva lestement pour le projeter contre un mur, Ashton s'accrochait tout juste à la conscience. Sa tête se balançait mollement sur son buste tandis que de brefs soubresauts l'agitaient. Il s'était demandé pourquoi le Chien n'était pas sorti : la réponse semblait désormais simple. Une faible toux lui échappa, coincée dans sa gorge en flammes, et il se replia sur lui-même, ses bras tout contre son ventre ensanglanté dans une vaine barrière de protection. Des larmes lui brûlaient les yeux, ses yeux emplis d'images qu'il avait cru accepter, il y a si longtemps de cela, des traumatismes au travers desquels il avait cru passer. Son corps tremblait tout entier. Lorsqu'un pas s'approcha de lui, il tressaillit.
Pas encore. Pas encore, pas encore, pas encore...

Il n'avait pas pu avouer qu'il s'agissait là de la réalité. C'était plus fort que lui : il ne voulait pas concéder cela, encore moins aux âmes qui l'habitaient. Une main griffue se déposa doucement sur son genou, et à la voix monstrueuse de reprendre :

« Ils sont partis... Ash... Je trouvais leur compagnie désagréable, à vrai dire. Et puis, vraiment, essayer de te tuer... Je suis toi, après tout ! Non, non, ça n'allait pas du tout. Mais ne t'en fais pas... Ash... »

Le sourire carnassier, dément qu'il avait vu une fois de trop sur son propre visage.

« Je t'ai vengé... »
« Non. Non, tu n'as pas... Non. Non, non, non... »
« Pourquoi ces tremblements, monstre ? N'est-ce pas ce que tu fais ? »

Il n'y avait rien. Plus que l'eau, clapotant délicatement contre les murs de la cave. Ashton adressa un regard perdu à la Bête, qui éclata de rire :

« Oh, Ash, qu'as-tu cru ? Que j'allais les tuer... ? Mais c'est déjà fait, ça... »

Sa respiration était désormais erratique, son corps parcouru de frissons, et il resserra l'étreinte qu'il s'adressait à lui même. Les paupières closes, il posa son front contre ses genoux, et espéra de tout son cœur ne plus les rouvrir de la nuit. Il voulait vivre, vivre et sortir de ce cauchemar. Combien de temps avait passé ? L'aube arriverait bientôt, non ? C'était toujours à l'aube que tout s'arrêtait...

« Mh... Je m'ennuie, conscience. Conscience ? Aaaaash... J'ai besoin de compagnie... Oh ! Je sais ! Tu entends, conscience ? »

Entendre ? … Entendre... quoi ? Ashton laissa son regard dériver vers la droite, vers les ténèbres qui n'étaient pas encore éclairées d'une seule bougie. Il ne voulait pas écouter. Il ne voulait pas accepter de plonger de nouveau dans l'horreur qu'on lui imposait, ma sa logique était immuable : plus vite il s'exécutait, plus vite tout cela serait terminé. Alors il tendit l'oreille.

« Oh Lord, oh Lord, what do I do ?
 (Oh mon Dieu, oh mon Dieu, que faire ?
I've fallen for someone who's nothing like you...
 » Je suis tombée amoureuse de quelqu'un qui n'a rien de vous...)

Cette voix... Cette voix...

« Comment oses-tu... COMMENT OSES-TU ?! »
« Mais elle fait partie de nous aussi... Ash. C'est elle qui t'a donné ce nom. Elle a été la première âme que tu as absorbé, conscience... »

Il secoua farouchement la tête. Non, il refusait d'accepter une seconde de plus cette mascarade. C'en était trop. Il ne pourrait pas supporter une seconde de plus, pas ça, pas ça. Pas elle. Tout mais pas elle. Ce n'était pas réel, et il le savait, il le savait... Le savait-il ? Une flamme d'espoir s'élevait en son cœur. Elle n'avait pas lieu d'être, mais le simple son de cette voix là... Il ne pourrait jamais résister. Au loin, il entendit des pas qui se rapprochaient. Pour la première fois depuis qu'il était dans cette pièce, il percevait une âme. C'était la sienne. Il la reconnaîtrait entre milles. Les effluves délicates et fragiles d'une aura pâle de pureté, les tourbillons enchanteurs que produisait la frêle vapeur autour du corps aimé, toutes ces images étaient ancrées à jamais dans sa mémoire. Qu'on s'en serve contre lui, qu'on crache ainsi sur la mémoire de la personne qu'il avait aimé plus que tout au monde le plongeait dans une rage insupportable.

« Arrête. Ça suffit. Assez. Ce n'est pas une question, ni une supplication. Tu es moi, non ? Je peux t'ordonner des choses. »

Un éclat de rire sardonique retentit dans le vide de la cave.

« Oh, Ash, si seulement tu savais... Ce que je veux de toi n'est pas une larme, ou de la peur, ou de la souffrance. Non, ce que je désire, c'est... »

Un sourire.

« … Autre chose ! »

La peur menaçait de prendre un contrôle total et absolu du jeune homme. Le regard qu'il adressa à son alter ego était plein d'une haine farouche. Bastard. Il ne voulait pas la revoir. Pas comme ça. Il ne voulait pas d'une rencontre créée par un esprit malin qui ne désirait de lui qu'une profonde souffrance. Qui savait ce qu'on allait leur faire subir encore ? Ashton ferma les yeux et se mordit la lèvre. Il souhaitait juste que cela cesse.

« Give me the burden, give me the blame...
(Donnez-moi le fardeau, rendez-moi coupable
I'll shoulder the blow and I'll swallow the shame...
Je supporterai le coup et j'avalerai la honte
How many, How many Hail Marys is this gonna take ? » Combien, Combien de « Ave Maria » cela prendra-t-il ?)

Non, non, non, non. Il devait faire barrage au flot de souvenirs, ne rien laisser passer du chant qui l'avait tant de fois bercé, ne pas se faire prendre au jeu de ses démons. Il ne voulait pas faire face à ce cauchemar là.

Un toussotement franchit sa gorge malgré lui, créant sur son passage une décharge de douleur. L'eau avait des effets dévastateurs sur son corps tout entier, des symptômes terribles qui dureraient des jours durant. Il plissa ses paupières pour ne rien voir de l'âme qu'il sentait approcher, inéluctablement, et se recroquevilla comme par espoir de se dissimuler à elle.

« Allons, Conscience, n'es-tu pas heureux de revoir ton amour ? »

Non.

« Ashton ? Ashton, est-ce toi ? »

Non. Non, non, non...
Les pas étaient tous proches désormais. Il la sentait approcher, sentait l'âme si longtemps désirée venir à lui comme dans ses rêves les plus fous, et il lui fallut tous les efforts du monde pour ne pas céder. Chaque muscle de son corps désirait la toucher, l'embrasser, la serrer dans ses bras et la protéger de tout. Mais elle était le danger, cette fois-ci. Un éclat de rire dénué d'humour s'échappa de ses lèvres. Si Evelyn était un danger pour lui, rien n'allait décidément plus.

« Ash... Ash, Ash... Mon Dieu, que s'est-il passé... »

Et le toucher, oh le toucher... Comme ces mains là lui avaient manqué, comme il avait aspiré à les sentir de nouveau se poser sur sa peau ! La gorge du jeune homme n'était plus d'un nœud compact et torturé. Il avait envie de fondre en larmes tout contre elle, de se laisser aller et de profiter de ces quelques secondes furtives de bonheur qu'on lui accordait.

Evelyn s'agenouilla à ses côtés. Il reconnut l'uniforme clérical qu'il détestait tant, enveloppant le corps délicat de son aimée comme un sombre linceul. Le rappel de ce fait le brisa en morceaux. Non, ce n'était pas réel. La véritable Evelyn était un tas d'os sous l'océan et une âme déchue en son sein, rien de plus. Rien. De. Plus. Il ne pouvait pas prendre le risque de la-

« Ash... Ash, regarde-moi, je t'en prie. Que t'est-il arrivé ? Tu es trempé... »

Des larmes lui brûlaient les yeux. Je t'en supplie, Evelyn, pars, pars... Il ne pourrait plus tenir longtemps, pas comme ça, pas quand il avait à ses côtés la femme qui lui avait tout donné.

« Ash... S'il te plait. »

Trop tard. Le regard de braise se tourna vers celui, si clair, cristallin – et oh, il avait oublié à quel point ces yeux là étaient magnifiques. Les longs doigts pâles se perdirent sur sa joue, et il se prit à se lover dans la caresse chérie.

« Evelyn, je suis désolé... »
« Chhh... Tout va bien maintenant. Ça va aller. »

Et il la crut.
Leurs lèvres se rencontrèrent délicatement, s'effleurant presque d'abord, puis avec plus d'insistance. Des sanglots naquirent dans la gorge d'Ashton lorsqu'il se rendit compte d'à quel point ce contact lui avait manqué, d'à quel point il avait toujours eu besoin d'elle, elle et personne d'aut-

« Tu es... sentimental, Ash. »

Il y avait de l'eau dans sa bouche. Dans sa gorge. Dans ses poumons. Ses yeux s'écarquillèrent tandis qu'il réalisait finalement la machination. Evelyn était en train de le tuer. Il n'avait plus la force de résister à une nouvelle noyade, celle-ci serait de trop et il le savait. Pourtant il ne pouvait se soustraire au baiser. Elle l'aspirait, lui volait son souffle et sa vie, et il se sentait mourir dans les bras aimé, animé d'une dernière et ultime trahison. La douleur revint, plus forte que jamais. Se débattre. Il devait vivre. Pour elle. Pour eux. Et pour tous les autres.

Respirer, respirer, je dois respirer, encore, encore... de l'air !  

Il la repoussa de toutes ses forces, s'éloigna d'elle d'un bond, crachant ses poumons sur le sol détrempé de la cave. Le crâne de la jeune femme émit un craquement sinistre qui bloqua sa gorge, et il paniqua. Elle était morte, elle était morte, par sa faute... Non. Non. Elle s'était suicidée vingt cinq ans auparavant. Vingt-cinq. Ce n'était pas rien, vingt-cinq. Elle ne vivait plus. C'était un mensonge, un mensonge.

Lorsqu'il s'écroula, il n'y avait même plus d'eau. Plus. Une. Goutte. Un fantasme. Rien de plus. Alors pourquoi se sentir ainsi, hein ? A quoi bon ? Tout allait bien. Tout allait bien...

Recroquevillé contre un mur porteur, Ashton se laissa submerger par les larmes.

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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Ven 13 Nov - 23:19

Une légende raconte qu’à la chute d’un paisible et vaste royaume, tous ses trésors furent dérobés. Tous, sauf un. Il se dit pourtant que ce trésor était le plus beau de tout et qu’il n’existait son pareil nulle part ailleurs sur cette terre. Mais les brigands, trop pressés dans leurs pillages ne s’étaient pas attardés sur ce qui leur avait paru, au premier coup d’œil, avoir si peu de valeur. Car ce trésor n’était autre qu’une fleur. Une belle rose sauvage comme on n’en voyait peu et dont les pétales d’oc flamboyaient sous les rayons du soleil.

Les bandits partis, le trésor attendit. Il attendit patiemment, plein d’espoir, que quelqu’un le redécouvre. Mais les jours passèrent et personne ne vint. Puis les semaines s’écoulèrent et toujours le même silence régnait entres les murs en ruines du palais décimé. Les mois se succédèrent à leur tour, mais la belle rose était toujours seule. Ses pétales d’or ne brillaient plus, le chagrin lui courbait le dos et, elle qui avait toujours été si douce, ne voyait pas son corps se couvrir d’épines.

Aussi, lorsque le premier pas se fit dans le royaume dévasté, personne ne découvrit le trésor dont l’éclat s’était fané. La vie reprit son cours dans le château délaissé et jamais un regard ne se porta sur la triste fleur dont la beauté s’était voilée. La pauvre rose en était même venue à craindre d’être découverte ainsi. Elle, si jolie autrefois, tremblait d’être vu dans un tel état. Alors jamais elle n’appela au secours et toujours, elle resta seule.

Jusqu’à ce qu’un beau jour, une main douce d’enfant ne lui fasse redresser la tête. Elle qui regardait le sol depuis si longtemps, se retrouva devant un sourire d’ange et deux beaux yeux tendres qui la firent se sentir aussi belle qu’autrefois. De cette rencontre naquit une amitié, une relation puissante qui rendit au trésor toute sa beauté.

Mais ce que la rose ignorait, c’est qu’après son royaume, ce serait cet enfant qui lui serait enlevé.

De nouveau seule dans l’obscurité, elle fut submergée de colère et se promit que plus jamais on ne lui prendrait ceux qui venaient à passer la porte de son palais.


//------------------------/------------------------//


Lorsque vous vous éveillerez, vous ne serez plus chez moi.

Cette histoire va s’achever aussi étrangement qu’elle a commencé. Car c’est hagard dans Paris qu’un à un, on vous a retrouvé. Parfois en larme au bord de la Seine, ou si prêt de commettre l’irréparable, il semblerait que ce soir ait été… Tourmenté.


//------------------------/------------------------//


Quant aux deux endormis, c’est bien loin des angoisses que leur nuit a fini. Mais à la lueur de l’aube, lorsque le sommeil les a quittés, ce fut à même la rosée matinale qu’ils se sont levés. Point de manoir au-dessus de leur tête, pas l’ombre d’une porte, d’une haie ou d’une fenêtre.

Alors, auraient-ils rêvé ?

Mais alors qui est cette poupée, glissée dans la poche de l’aventurier. Maribelle peut-être ? Pourtant, son sourire cousu s’est envolé, de même que sa chevelure de feu, devenue cascade de laine dorée.

Vous pensiez en avoir terminé ?




Les portes se referment…


Et voilà ! C'est la fin de l'event spécial Halloween !
On espère qu'il vous a plu et que vous avez pu profiter des rocambolesques aventures concoctées par Tourmenté pour faire vivre nombre de sensations fortes à votre personnage. Tout cela reste, bien sûr, du Hors RP et ne pourra être intégré à l'évolution de votre personnage comme une aventure physique. Mais, vous êtes libre de le réutiliser comme un rêve par exemple, en l'adaptant à votre sauce

Car Tourmenté va rejoindre le forum ! Comme Dolores, ou plutôt Adam, a percé une bonne partie de son secret, nous lui avons proposé de l'accueillir comme PNJ dans ses relations. C'est donc sous les traits d'une poupée que son esprit va rejoindre l'équipe du laboratoire de la doctoresse !

L'histoire du manoir devrait vous être bientôt révélée. Un peu de patience et vous comprendrez tous les indices que nous avons laissés.

UN GRAND MERCI À TOUS !!

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Edward White
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Dim 6 Déc - 23:21

Non loin du 52 de la rue Saint-André des Arts, la porte d'un cabinet de soin s'ouvrit violemment. S'engouffra alors une haute silhouette qui s'engagea à vive allure dans les escaliers menant à la salle d'auscultation. Une poigne ferme s'abattit sur la poignée et le battant pivota brusquement, suivit d'une exclamation inquiète :

Dolores ! Est-ce que tout va bien ? Manfred est entré du premier coup dans mon bureau, il s'est passé quelque chose de grave ?!
Regaaaaaaaaaaaarde !

Le loup cligna des yeux, surprit de se retrouver nez à nez, non pas avec sa myope d'amie, mais avec une poupée de chiffon au regard vide. Ce fut seulement en prenant un peu de recul qu'il aperçut Dolores au second plan. Les traits tirés de la doctoresse lui firent froncer les sourcils, mais il n'eut pas le temps de la questionner qu'Adam se joignit précipitamment à eux. L'ancien infirmier, qui semblait également épuisé, demanda à sa supérieure de bien vouloir « rep-poser » la demoiselle de tissu et contre toute attente, elle s'exécuta. Bouche bée, Edward avisa la scène puis s'enquit précipitamment :

Quelqu'un va-t-il m'expliquer ce qui se passe exactement ?
O-Oui. Elle va tout nous r-raconter.

Un coussin fut réquisitionné pour installer confortablement la poupée face à son maigre public. Edward se montra perplexe, mais il était à ce point habitué aux étrangetés de Dolores qu'il ne songea même pas à protester, pas plus qu'il ne s'étonna lorsque la faible silhouette d'une jeune femme se distingua aux côtés de la petite poupée.

Et ce fut ainsi que débuta le récit.


//------------------------/------------------------//


Je m'appelle Ilana. Aujourd’hui je ne suis plus qu’une ombre, autrefois j’étais une fille de la nature. Plusieurs siècles s’étalent à présent derrière moi, mais j’ai vu défiler tant de vies et tant d’époques qu’il m’est impossible de vous donner mon âge. Je me souviens, pourtant, avec force de détails de ces lointaines années de bonheur, lorsque j’étais en vie. La bise pouvait alors m’effleurer de son souffle, le parfum de la rosée vernale m’enivrait chaque matin et il n’était pas de spectacle plus saisissant que celui d’un coucher de soleil tardif. Mais plus que tout, je n’étais pas seule. Car je suis née hamadryade, nymphe au destin entremêlé aux racines de l’arbre dont elle a partagé la graine. Aussi, comme vous le supposez peut-être à présent, j’avais un frère. Un chêne du plus beau des feuillages, de la plus solide des statures, dont le nom était celui d’Ilan.

Je me rappelle d’une Hamadryade qui vivait à côté de notre maison. Elle était très sympathique mais un peu idiote, je crois qu’elle s’appelait Gerta ou Gougourt… Ah non ça c’est le surnom que je lui donnais !
Dolores, souffla Edward dans l’espoir de faire taire la concernée.
C’est fascinant de savoir que deux êtres vivants sont liés depuis la naissance ! Quoique c’est plus ou moins la même chose pour les jumeaux, mais dans le cas d’une hama- Aieuh !
Tais toi une seconde et écoute la suite.

Nous avons grandi ensemble, traversant les saisons sans jamais faillir qu’elles soient intolérables d’humidités ou odieusement sèches. Toujours, il offrait un abri, un peu d’ombre ou de nourriture, pour les milles vies qui faisaient frémir son feuillage. Il ne lui importait que de grandir et devenir plus solide encore pour s’offrir en refuge aux oiseaux, aux insectes et à toutes les autres âmes qui en éprouvaient le besoin. Il n’y avait guère que moi pour m’inquiéter de sa santé. Du coucou auquel il laissait sa branche alors qu’il avait volé le nid du merle, aux sangliers qui foulaient son sol et piétinaient ses racines pour se repaître sans penser aux écureuils, et même ces couples qui abîmaient son écorce pour y graver leurs initiales sans s’inquiéter de son sang répandu… Il les excusait toujours et me caressait de ses phrases sages et douces pour me rassurer aussi.

Je dois savoir comment elle s’y est prise pour rentrer dans cette poupée…
M-m-mais qu’est-ce que v-vous faites ?
Je vais lui découdre la tête pour vérifier ce qui se cache à l’intérieur ! Ce ne sera pas douloureux vous verrez !
Mais tu vois bien qu’elle n’est pas matérielle ! Soupira Edward qui la rattrapa in extremis avant de l’asseoir de force dans son fauteuil.

Rien de ce qui arriva n’aurait pu être prédit. Il était devenu robuste et immense, un phare pour cette vaste colline qu’il surplombait. Même les hommes se plaisaient sous ses ramures. Nous en voyons d’ailleurs souvent passer à notre proximité, et bientôt la vieille barrière de corde au sommet du coteau laissa place une élégante haie de chèvrefeuille.

J’ai comme l’impression qu’elle m’ignore un peu. Je dois être vexée ? En tout cas, elle a le mérite de bien parler ! Chèvreuhfeuille… C’est rigolo comme mot, en plus elle l’a dit du premier coup ! Vous devriez essayer Adam !
Dolores…

Je jure que nous n’avons rien fait pour mériter la brutalité de notre fin. Pour lui bien plus que pour n’importe qui d’autre cette barbarie était injustifiée. De quel droit s’attaquaient-ils à lui ? De quels droit le condamnaient ils à la mort sans même nous laisser une chance de nous défendre ? Ilan a été abattu, dans l’indifférence la plus totale. J’entends encore le sinistre craquement qui suivit le mugissement de l’un de ses bourreaux. Cette encouragement a donné le coup de grâce après une interminable agonie, ce déchirement dont le vacarme ferait frémir la foudre, la panique de ces vies que l’on piétine en même temps que l’on achève leur hôte, mes larmes et mes cris dont le silence est l’unique interlocuteur et cette honte de n’avoir pu le sauver. Ce déshonneur sans nom qui m'inonde et me noie, me condamnant à l’errance quand mon destin aurait dû être lié à celui de mon frère.

M-m-mais alors…
Je crois que je commence à comprendre. Certaines hamadryades se laissent mourir si leur arbre est abattu, c’est assez rare d’en voir une isolée. Vous avez vécu un véritable calvaire, je me trompe ?
Docteur, laissez-la r-raconter…

Je fus la compagne des ténèbres pour un temps interminable. Seule et rongée par le remord, je ne pris pas conscience de cette nouvelle vie qui s’épanouissait doucement autour de moi. Confinée dans l’obscurité la plus totale, ce fut un pleur qui m’arracha soudainement à ma torpeur. Le cri était puissant de pureté et d’innocence, aussi je crus que l’on m’offrait une nouvelle chance. Mais la méritais-je seulement ?

B-b-bien sûr ! Ce n’était p-p-pas votre faute !
Du calme Adam, souffla Edward, un sourire aux lèvres tant l'emportement de l’ancien infirmier lui semblait nouveau.
Et moi si je reste calme, je pourrai poser plein de questions ?
Non Dolores, toi tu te tais.
Beuw… Si Manfred était là, il te fusillerait de son adorable regard !… Oui bon, je me tais.

Invisible pour les vies qui déambulaient à ma proximité, je me découvris alors un nouveau un champ d’action, plus vaste. Je l’employais à la protection de cette innocente petite âme sans jamais qu’elle ne me remarque. Mais tout changea lorsque, un jour où elle manqua de se blesser, j’intervins avec tant d’ardeur qu’elle fut en mesure de me voir. Jamais je n’oublierai le regard immense qu’elle posa sur moi. J’en fus si terrifiée que je disparus aussitôt. Spectre triste et solitaire depuis trop longtemps, ce bref échange me renvoya à un état de prostration et de silence tel qu’il était voué à s’étendre sur des années.

P-p-pourquoi avoir peur ?
Je crois que lorsque l’on s’habitue à la solitude, il devient délicat de renouer un contact avec le reste du monde, répondit calmement Edward.
C’est compréhensible. Rappelez-vous Adam comme vous aviez peur des enfants de Madame Bichard !
Ç-Ça n’a rien à voir ! Ils v-voulaient me manger la tête ! Euhm… E-Excusez-nous, continuez.

Pourtant, peu de temps après cet incident, une voix m’invita à me montrer. Une voix dont je reconnu le timbre pour être celui de ma protégée. Elle me cherchait sans que j’en comprenne réellement la raison, mais sans se lasser et jours après jours elle appelait la « Princesse aux cheveux d’or ». C’était ainsi qu’elle m’avait nommé. Maligne enfant, elle s’évertua même à recréer les conditions de la catastrophe m’ayant révélé, mais cette fois ce fut un autre que moi qui l’arrêta. Cela suffit toutefois à m’inquiéter. Ne risquait-elle pas de recommencer ? Je me refusais d’être la cause d’un malheur. Aussi me décidais-je. Un soir, après que l’enfant fut couchée, je me rendis rendit à nouveau visible. Inquiète tout d’abord de sa réaction, ce fut une joie toute particulière qui me gonfla le cœur lorsque, me présentant sa poupée aux cheveux de laine, elle me demanda si j’étais venue jouer avec elle.

Aaaah, c’est donc de là que vient Maribelle ! fit Dolores en tapant la paume de sa main avec son poing.
Maribelle ? Interrogea Edward à qui il semblait manquer un élément clef du récit.
La p-poupée.

Nous devînmes des amies. J’étais sa confidente et sa compagne de jeu. Elle venait souvent me trouver lorsque la solitude l’ennuyait. Elle dessinait pour moi, dansait pour moi, inventait des histoires invraisemblables mais dont je ne me lassais pas. À ses côtés, j’avais l’impression d’être de nouveau en vie. D’avoir retrouvé un but et l’espoir me revint de sentir le poids des regrets me délaisser. Et puis, elle m’apprit beaucoup. Depuis mon éveil, j’étais restée errante, toujours hagarde dans ce nouvel univers. Mais elle m’expliqua, avec ses mots d’enfant, que me trouvais à présent dans un vaste manoir, dont je compris plus tard qu’il avait été construit à l’emplacement où vivait jadis mon frère. À ses côtés je me découvrit plus forte, capable d’utiliser ce végétal sans vie qui habillait les murs et ce presque à ma guise. Je la faisais rire ainsi, déplaçant une fenêtre, une étagère, inventant une discussion entre portes. Il n’y avait pas plus doux que son rire…

Et puis ? Tenta Edward, qui mit fin à l’interminable silence dans lequel s’était plongée leur narratrice. Mais à la mine affligée d’Adam, il lui parut évident qu’il aurait mieux fait de se taire.
J-Je crois que c’est difficile pour elle de raconter tout ça…
Edward tu n’as vraiment aucun tact avec les femmes. Et donc ? La suite ! La suite !

Plus rien. Rien d’autre que le craquement du bois qui se meurt une nouvelle fois, les cris et les suppliques des vies qu’il abrite, puis les dernières larmes d’une famille décimée par les flammes. Et mon impuissance. J’ai tout tenté pour les aider. Bataillant contre cette chaleur qui rongeait la structure, contre la fragilité du bois qui ne faisait que croître, affrontant les poutres qui menaçaient de s’effondrer, mais rien n’y fit. Tout ce que me laissa ce feu assassin, ce fut une ossature calcinée et la cruelle constatation d’être encore en vie. Mais cette fois, je ne me laissai pas abattre et m’employai à reconstruire le manoir.

Le reconstruire ? Seule ? S’enquit Edward, à qui la tâche semblait monstrueuse.
En théorie… Si son esprit habite le bois… Hm oui, c’est tout à fait faisable, cela a dû prendre un certain temps mais cela n’a rien d’insurmontable, cela me rappelle ce jour où mon père a construit une niche pour un loup-garou, il…
N-Ne faites pas attention à elle, e-elle s’arrêtera quand elle verra que personne ne l’écoute.
Et ton père ne m’a jamais construit de niche !

Ce devait être un refuge. Un havre de tranquillité, accessible à tous, au sein duquel chacun pouvait se reposer et se reconstruire. Un lieu dont je disposais à ma guise, une demeure construite autour de mon âme. Cette fois-ci, je fis le serment que plus personne ne pourrait me prendre ceux qui passeraient le pas de ma porte. Je devins leur imprenable forteresse et la cellule de ceux qui ne méritaient pas ma protection. Car, à ma grande tristesse, les menteurs et les infâmes se succédèrent sans cesse. Ils foulèrent mes marches de leurs pieds souillés, traversaient mes corridors en salissant mes tapis, s'emparaient de mes pièces sans un prendre soin. Ils étaient idiots et égoïstes incapables de prendre la mesure du cadeau que je faisais en leur ouvrant mes portes. Répugnée à l’idée de garder des êtres si dégoûtants sous mon toit, je me refusais toutefois à les laisser quitter mon seuil sans une correction méritée. Malgré cela le temps passa et emporta avec lui ma clémence et mes espoirs.

A-a-a-alors c’était réel ?
De quoi parlez-vous Adam ? Soupira Edward qui commençait à se lasser de ne pas pouvoir comprendre le fin mot de cette affaire.
Comment dire… Pour faire simple, nous n’avons pas passé une très bonne nuit avec Adam. Nous avons fait une sorte de rêve, enfin pas à proprement parler… C’était plutôt une sorte d’hypnose réaliste… Hm non cela ne veut rien dire. Pour rester simple, on pourrait parler de sommeil réalisto-folklorique généré par la stimulation exagérée du cortex cérébral. Moui, ça sonne bien !
Pour rester simple hein…
Papa aurait tout compris lui !

Et puis il y eut votre arrivée. Vous dont les premières pensées, alors que la peur vous dévorait, allèrent à celle dont vous prenez le plus grand soin. La noblesse de votre cœur a réussi l’exploit de toucher le mien alors que je le pensais depuis longtemps aussi glacé que la pierre.

M-m-m-moi ? S’empourpra Adam.
C’est Lisette qui va être contente, s’amusa le loup.
Adam est un bourreau des cœurs, je ne cesse de le lui répéter mais il refuse de me croire. Je suis sûre que son petit bégaiement les fait toutes craquer ! Il n’y a que Pipistrella qui y est complètement insensible, mais je pense que c’est parce qu’elle parle trop… Quoi ? Oui j’ai fini de parler c’est bon !

Mais en vous conservant dans mon palais, je vous privais de votre fiancée, chose à laquelle je ne pus me résoudre. Je fus toutefois incapable de renoncer à vous apporter ma protection et c’est afin de vous accompagner et de veiller sur vous que j’ai pris la forme de cette poupée. Le manoir n’est plus, car toute ma force est mise à votre seul service. S’il vous plaît, acceptez le.

M-m-mais j-je…
OUIIIIII ! Je le veeeeux ! Comme ça je pourrai étudier votre cas pour le restant de mes jours ! Adam, vous êtes d’accord hein !
Je… B-Bah…
Meeeerveilleux ! Bienvenue au cabinet du Docteur Keller, c’est moi, ma chère amie ! Nous allons très bien nous entendre ! Vous sentez quelque chose si j’appuie sur votre petite main de tissu là ?
Dolores !


//------------------------/------------------------//


Si je comprends bien, tu veux que je souffle quelques mots à son sujet à la Curia ? Pour lui éviter des ennuis ? Interrogea Edward qui hésita à prendre le thé à la couleur particulière que lui tendit son amie.
Il y a des exorcistes un peu détraqués qui rôdent, je préfère m’assurer de ne pas en voir ici. Et notre chère amie a invité d’autres personnes dans son manoir, je doute qu’il y ait des représailles mais sait-on jamais.
Je comprends. Je suppose qu’ils n'y verront pas d'inconvénients, surtout après avoir laissé tuer une hamadryade et son arbre.

Les iris du loup quittèrent sa tasse pour venir détailler la silhouette de la nouvelle pensionnaire du cabinet déjà très au fait de son rôle. Elle évita par deux fois à Adam de se brûler avec sa tasse, sans pour autant se rendre compte que c’était en partie sa présence qui faisait faire n’importe quoi au jeune homme. Un léger sourire marqua les lèvres du loup lorsqu’il revint à son amie pour demander :

Louise ne sera pas trop jalouse de ne plus être l’unique esprit de ton antre ?
Elle se sentira moins seule je pense, je crois que ses discussions avec Yvonne tournent un peu en rond… Et puis Adam a l’air de bien l’aimer aussi ! Je dois juste me méfier de Manfred qui serait tenté de lui béqueter les yeux… D’ailleurs il n’est pas revenu, il a dû mettre un sacré désordre chez toi en essayant de sortir.
Mais il était rentré du premier coup !

Il soupira à la simple idée de l’état dans lequel il allait retrouver son bureau, certain que sa matinée passée à classer assidûment ses dossiers allaient être remise en cause par un pigeon bigleux. Frustré, il porta à ses lèvres la tasse de thé, avalant une gorgée plus par réflexe que par envie. Gorgée qu’il recracha aussitôt, tirant la langue avant de s’exclamer, non sans fusiller du regard le sourire béat de la doctoresse :

Parfum… Euhm… Attend, c’est quelle couleur celui-là ?
Toi…



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Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur

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