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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur

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Dolores Keller
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Age : 22
Localisation : En train d'ausculter

MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Mar 10 Nov - 20:22

- Adam ?
- Oui Lisette ?

La jeune demoiselle tournicotait l'air amusé autour du fauteuil dans lequel était installé l'infirmier à lunette, un journal entre les mains. Les pans rosés de la robe de la fiancée tournaient inlassablement, à la manière d'un carrousel que personne n'était en mesure d'arrêter. Le jeune infirmier levait les yeux et regardait sa tendre amante dévoiler sa joie sans aucun complexe, agitant avec allégresse ses boucles dorées au rythme du piaillement des oiseaux qui, malgré les barreaux blancs qui les enfermait, se laissaient aussi emporter par l'air printanier de la journée.
Lisette lâcha un petit rire plein de bonheur avant de s'arrêter de tourner pour s'asseoir sur la chaise pourpre placée juste à côté du fauteuil en velours. Elle avança alors sa tête, gênée par le dossier volumineux du sofa, et adressa un sourire d'une telle sincérité que les joues du jeune infirmier ne purent s'empêcher de rougir un petit peu.

- De quoi est-ce que tu as peur ?

Le fiancé ferma le journal et se tourna vers sa compagne, la mine gênée. Les souvenirs de son enfance lui revinrent à l'esprit, comme chuchotés par les oiseaux dont la présence dans ce cadre romantique était presque indécente. Il avait toujours eu peur, ce cher Adam, non pas effrayé pour lui, mais pour les autres, car s'il était un couard, Adam était avant tout un couard altruiste.

- P-Pourquoi cette question ? J'ai peur de beaucoup de chose tu le sais bien…
- Non ! Pas cette peur là ! Je parle de la peur sincère, celle qui tétanise ! Comme dans les romans de la bibliothèque de Papa ! Je peux t'en trouver un si tu veux.
- Non non, reste assise, tu ne dois pas trop t'agiter et-
- Adaaam ! On croirait entendre ma mère !
- A-Alors s-si je réponds à ta question, tu restes assise ?

À peine levée, Lisette se réinstalla immédiatement sur la chaise, un sourire intrigué sur son visage. Le menton coincé entre ses deux poignets, elle regarda avec intérêt le visage de son promis qui, encore une fois, bafouilla quelques secondes avant de reprendre son calme. Il leva les yeux vers la cage à oiseaux qui lui faisait face, semblant regarder au loin, bien au-delà des murs couverts de livres qui occupaient la pièce

- J'ai…

***

Il ouvrit les yeux. Sa respiration revint ensuite, puis l'usage de ses bras, et de ses jambes. La vie semblait reprendre possession de son corps, sortant le jeune infirmier de la torpeur dans laquelle il avait été enfermé. Il faisait terriblement froid, le parquet de bois était comme gelé, gelé par les ombres lourdes et omniprésentes qui entouraient le pauvre garçon. Celui-ci bougea les yeux dans l'espoir de discerner quelque chose, mais tout ce qu'il vit furent des ténèbres infinies et sinistres. Ses mains parcoururent alors le sol, seule partie du monde qu'il parvenait encore à percevoir, mais une puissante douleur s'empara de sa paume, le poussant à retirer sa main.

Un léger tintement de verre résonna, résonna, résonna… puis disparut, englouti par le noir. Il s'en souvenait maintenant, ce morceau de verre appartenait sans doute à la lanterne qu'il avait laissé tomber sur le sol. Adam porta sa main vers sa bouche et lécha la plaie, réflexe primaire, avant de reprendre ses esprits d'infirmer et de compresser la zone avec son autre main pour freiner le saignement. Étrangement il retrouva un certain réconfort dans cette douleur, une source de chaleur dans ce monde froid et indescriptible. Il posa sa main sur ses joues, puis sur sa tête afin de se réchauffer le visage, et se rendit compte à ce moment là que ses lunettes aussi avaient disparu. Il était trop dangereux de tâter le sol, se dit-il, et de toute manière dans ce noir elles ne lui seraient d'aucune utilité, si ce n'est avoir un objet auquel se rattacher.

Adam serra sa main et souffla dedans, puis, tremblant d'effroi, se redressa doucement sur le sol, avant de prendre appui avec précaution sur le plancher pour se lever entièrement. Le pauvre homme était terrifié, pourtant sa volonté lui dictait de ne pas rester là, et de chercher un moyen de retrouver le Docteur Keller, ainsi que la sortie, pour retrouver Lisette. Il inspira profondément puis avança sa main encore indemne, dans l'espoir que ses doigts rencontrent quelque chose l'aidant à se repérer. Ses grands gestes n'aidant en rien, il décida alors de s'avancer d'un pas, priant intérieurement pour que le sol ne se dérobe pas sous ses pieds. Son pas fut lourd, puis fut rapidement suivi d'un soupir de soulagement. Finalement ce manoir était plus solide qu'il n'en avait l'air. Le jeune homme se mit alors à sourire, imaginant sa patronne en train de sauter sur place pour tester la solidité du parquet. Oui, elle ferait certainement cela.

Adam resta ainsi quelques minutes, à rechercher vainement quelque chose à quoi s'accrocher, mais il ne trouva rien, comme si tout était vide. Il se décida enfin à ouvrir la bouche, pensant que peut-être sa voix l'aiderait à se repérer. Les bégaiements furent nombreux, si nombreux qu'il dut se forcer à se taire pour reprendre son calme. Autant finalement sa main de sa bouche, la voix du jeune infirmier résonna puissamment autour de lui.

- Bonjour ?

Le silence. Un long, douloureux, et glacial silence lui répondit. Adam tendit l'oreille, bien qu'il savait pertinemment que personne ne lui répondrait.
… Il avait peut être pensé un peu trop vite.

Un chandelier s'alluma brusquement, dans un de ces bruits que font les bougies lorsque la flamme qui les chapeaute se met à vaciller. Une douce sensation de chaleur s'en émana alors, caressant avec bonté la joue du jeune assistant qui se tourna doucement, inquiet à l'idée de découvrir ce qui se cachait dans son dos. Fort heureusement il ne s'agissait que d'un chandelier, un vrai chandelier, un chandelier que l'on aime voir parce que l'on sait qu'il ne peut rien s'agir d'autre. Dépourvu de ses lunettes, Adam fut cependant obligé de s'avancer de plusieurs pas pour rejoindre la petite flamme, autour de laquelle il s'empressa d'enrouler ses mains pour en recevoir l'agréable chaleur. Ses yeux, bien que perdus dans un épais brouillard, parcoururent le buffet sur laquelle le chandelier était posé, et aperçurent une silhouette à la couleur familière.

La poupée le regardait, un grand sourire cousu sur son visage. Adam avança sa tête en plissant les yeux pour la voir nettement, et s'étonna de voir qu'entre les mains de tissu reposaient ses lunettes en parfait état. Soulagé, l'infirmier les saisirent rapidement et s'empressa de les poser sur son nez. La netteté que lui offrirent ses verres redonna du réconfort au jeune homme qui tâta les branches de ses lunettes avec soin, comme pour s'assurer qu'elles n'allaient pas tomber. Par principe, car il était un homme bien élevé, Adam remercia la poupée de chiffon, qui lui répondit en s'affaissant de tout son long sur le buffet. Le jeune homme sursauta et manqua d'écraser la poupée sous ses mains par pur réflexe, mais s'immobilisa rapidement en voyant le petit cadre posé juste à côté de la poupée, que cette dernière désignait avec sa main de tissu.

Adam réajusta ses lunettes et saisit avec précaution le rectangle de bois avant de l'approcher de la lumière de la bougie pour mieux voir la photo qui était enfermée sous la plaque de verre. L'image montrait un couple, visiblement heureux à en juger par leur sourire respectif. La photo avait été prise en extérieure, dans un pré avec en arrière plan un arbre vigoureux au tronc imposant qui piqua l'intérêt d'Adam, tant par son gabarit que par sa présence dans la photo. Le jeune homme leva alors la tête, perplexe, et comme pour lui répondre, une série de bougies s'allumèrent brusquement, illuminant toute la pièce, exhibant avec fierté les murs de bois du manoir. Le froid et les ténèbres s'étant presque entièrement évaporés, Adam commença à se sentir mieux et constata avec surprise que la lanterne sur laquelle il s'était coupé était désormais en parfait état sur la table centrale de la pièce. Quelque chose lui frappa alors l'esprit. Ses yeux se tournèrent vers la photo, puis vers les murs, à nouveau la photo et ainsi de suite, jusqu'à ce que son cheminement se fasse plus clair.

- Alors ce manoir… Mais comment ?

Les bougies s'éteignirent brutalement, exceptée celle présente à côté de la poupée. Le froid revint si vite qu'un long frisson parcourut l'échine du jeune infirmier qui se tourna à nouveau vers le buffet afin de rester dans l'unique halo de lumière à sa disposition. Adam attrapa doucement la poupée puis se tourna vers l'obscurité, espérant peut-être que la poupée pourrait l'aider à s'en sortir. Un bruit se fit alors entendre au-dessus de la tête de l'assistant qui se recroquevilla légèrement, avant de se rendre compte qu'il s'agissaient de bruits de pas. Les sons se déplaçaient mais ne disparaissaient pas, au contraire d'autres bruits s'ajoutèrent, des mains semblaient caresser les murs, des respirations s'approchaient, doucement, doucement, des portes grincèrent, étaient-ce les pas que l'on entendait dans la pièce ? Adam recula, puis se retrouva acculé contre le buffet, tandis que les bruits se rapprochaient et devenaient de plus en plus fort, de plus en plus présents, on en entendait partout, des grincements, des crissements, des paroles, on tapait les murs, on sautait sur le sol, encore, encore, entendez-vous les ombres vous entourer, elles sont là, elles parlent et rient mais ne se montrent pas ! Les pieds grincent, les portent parlent, les murs dansent ! Les ténèbres vont abattre celui à qui ils ont donné sa chance !

- Adam ?

Le silence.

Un long et paisible silence, chaud et réconfortant, apporté par un candélabre que tenait Dolores, dont la tête dépassait de l'encadrement d'une porte. Les flammes vacillaient insolemment mais n'osaient pas quitter leur socle de cire, comme si la forte poigne de l'homonculus les contraignait à rester sages.

Dolores poussa un long soupir de soulagement, et, visiblement essoufflée, entra dans la pièce rejoindre son assistant pour lui confier sa nouvelle torche avant de s'appuyer sur ses genoux pour reprendre son souffle. Confus, Adam regarda sa patronne prendre deux grandes bouffées d'air avant de se redresser, comme si de rien était.

- Je vous avais perdus cher assistant ! Ne me faites plus de frayeur pareille, j'ai parcouru tout le manoir pour vous trouver mais ces satanés couloirs changeaient constamment de direction ! J'ai dû courir près de trois heures avant de vous trouver !
- T-Trois heures ? M-Mais je ne suis dans cette pièce que depuis quelques minutes…
- Ah vraiment ? Elle reprit son inspiration, c'est étonnant comme la perception du temps peut varier. Quoiqu'il en soit vous êtes en vie, c'est le principal ! Hm ? Tout va bien ? Vous êtes très pâles.

Comme en rémission de son traumatisme, Adam resta quelques secondes silencieux, encore perturbé par tous les phénomènes auxquels il avait été confronté jusque là. Il était même si confus qu'il n'avait même pas réagi en apprenant que sa patronne avait couru pendant plus de trois heures pour le retrouver. Cette dernière d'ailleurs lui adressa un sourire réconfortant et posa sa main sur le poignet du jeune homme, qui aperçut très vaguement à quel point les ongles de la doctoresse étaient rongés. Elle ne se les rongeait pourtant jamais…

[color=#BE9C84]- Enfin, je dis que vous êtes très pâles mais vous avez tout de même du sang sur la figure.
- Eh ? A-Ah ah je… N-Non c-c'est que je me suis coupé et j'ai…

Il s'était barbouillé de son propre sang sans même y faire attention. Il devait avoir fière allure dans l'état où il était.

- Oh vous avez la poupée ! Je me demandais où elle était passée ! Tiens ? Sa robe était brûlée lorsque nous l'avons trouvée ? Elle est couverte de poussière…
- D-Docteur j-je…
- Si vous saviez tout ce que j'ai fait pour vous retrouver ! D'abord je ne m'en étais pas rendu compte, le fait qu'il fasse si sombre et si froid avait complètement déboussolé mes sens, je ne m'entendais même plus parler. Je suis entrée dans une pièce sans même y faire attention et en me retournant la porte avait disparu, puis en me tournant à nouveau j'étais dans un long couloir, et là encore derrière moi la porte n'était plus là, mais le mur non plus, c'était un prolongement du couloir !
- D-D-Docteur ! J-Je…
- Des mains sont sorties des murs à un certain moment, et j'ai entendu des voix discuter dans mon dos, j'ai bien cru que j'allais devenir folle. C'est pourquoi j'ai couru constamment en ouvrant toutes les portes que je trouvais devant moi en espérant que l'une d'entre elle me conduira jusqu'à vous. Et je vois que j'ai eu une fameuse idée ! Maintenant nous devrions trouver un moyen de sortir, j'admets que nous n'aurions pas dû venir ici.
- D-Docteur !
- Oui ?
[color=deepskyblue]- Je crois que j'ai c-compris ce qu'il se passe dans le manoir.

La bougie de la pièce, ainsi que le candélabre de Dolores s'éteignirent soudainement, comme soufflées par les ombres environnantes, plongeant notre duo dans le noir. La panique prit à nouveau possession du pauvre assistant, tétanisé à l'idée de vivre à nouveau ce cauchemar interminable. Mais rapidement une main s'enroula autour de son poignet, celle de la doctoresse qui lui parla à voix basse, refusant de le lâcher.

- Laissez-moi vous guider Adam, je vois mieux dans le noir que vous, je vois tout ce qui se passe, il nous faut juste ne pas nous séparer.
- P-P-Par pitié, d-dites moi que c'est vraiment vous, Docteur.
- J'adore les pigeons.

Un sourire se dessina sur le visage d'Adam qui saisit à son tour le poignet de sa patronne avant de commencer à la suivre, sans dire d'autre mot. Tout était plongé dans un noir si extrême qu'Adam ne savait plus vraiment quand si ses yeux étaient ouverts ou non. Leur progression fut lente mais continue, Adam entendait les respirations de Dolores, qui elle entendait celles de son assistant. Leurs pas résonnaient ensemble, excepté à quelques reprises où Adam trébuchait et peinait à retrouver le rythme de son guide. Cette dernière s'arrêta alors après de longues minutes de marche, vraisemblablement immobile. Adam sentit son poignet trembler jusqu'à ce que la poigne de l'homonculus ne se renforce encore plus.

- Adam, il y a quelque chose dans ce couloir.
- Q-Q-Quoi donc ?
- Quelque chose.

Les paroles de Dolores tombèrent comme un couperet sur l'esprit de l'infirmier qui tressaillit en les entendant. Il le savait, sa patronne trouvait toujours une façon de décrire les choses. Ce « Quelque chose » en disait long.

- Surtout restez droit et continuez à marcher, ne vous arrêtez pas.
- O-O-O G-g-gaa n-n-nnn.
- Contentez vous de serrez mon poignet pour me répondre.

La peur lui liait la langue, mais la pression exercée par la main d'Adam fut si forte que Dolores reprit son chemin dans les abysses noires. L'infirmier avança, un pas, puis un autre, un nouveau, surtout ne pas s'arrêter, pensait-il, surtout rester droit.

Un contact glacial se fit soudainement dans sa nuque. Une lame. C'était une lame, elle s'enfonçait dans sa gorge. Avaler était impossible, sa tête était complètement paralysée, seules ses jambes continuaient à fonctionner. La lame glaciale coupa alors ses bras, rompant le contact avec Dolores dont seule la respiration était encore audible. Il continua à marcher, mais bientôt ses oreilles tombèrent, la guillotine gelée continuait son œuvre. Ses yeux restaient ouverts mais ne voyaient rien, il continuait d'avancer, tout droit ou non, il l'ignorait, mais il ne s'arrêtait pas, car c'étaient les derniers mots de Dolores. La douleur était si violente qu'elle semblait inexistante, il souffrait, mais n'avait pas mal, comme perdu dans son cauchemar, seules ses jambes répondaient. Il continuait d'avancer. Ce fut enfin son cœur qu'on transperça.

- C'est bon, nous sommes passés.

Adam rouvrit les yeux, ou bien les avait-il déjà ouvert, toujours est-il que son esprit lui revint, et qu'il se rendit compte que Dolores était toujours là, que sa main comprimait toujours son poignet, et que sa respiration résonnait toujours à quelques centimètres de son visage. Essoufflé, Adam tremblait de tout son long, comme si son esprit cherchait à expliquer ces sensations qui lui avaient transpercé le corps. Ses membres lui répondaient parfaitement, la folie, elle, n'avait pas dit son dernier mot.

- J-J-Je crois que cette maison était un chêne avant. L-La famille a pris une photo devant et le pré ressemble à celui où-où-où l-le, où se trouve l-le manoir. C-Comme ils sont j-jeunes et qu'il n'y a p-pas de petite fille sur la ph-pho-photo, la ph-ph-photo a sûrement é-était p-p-prise avant.
- Surtout continuez.
- Q-Q-Quoi ?
- Ils nous écoutent, continuez.
- Q-Q-Qui ça ?
- Vous les sentez n'est-ce pas ? Continuez de parler !

En effet des rires imperceptibles étaient comme chuchotés à l'oreille d'Adam, ils venaient du haut, du bas, de derrière, et étaient si nombreux que le jeune infirmer eut vite la sensation d'être poursuivi par une horde de créatures de l'ombre. Ils souriaient, ricanaient, léchaient l'oreille d'Adam qui ignorait le contact gelé que cela procurait, suivant les conseils de Dolores.

- J-Je pense qu'une f-a-a-famille a vécu i-ici et que c-cela a un lien a-a-a-avec l'arbre de la ph-pho-photo. P-Peut-être que c'est l-l-l'esprit de l-la famille qui hante ce m-manoir où…
- Ignorez-les Adam, continuez, nous y sommes presque.
- O-Où c-c-c'est peut-être le chhh-chhaah… Il prit une profonde inspiration. Peut-être que c'est le chêne qui contrôle ce manoir ! Il a brûlé, c'est pour cela qu'il y avait des cendres sur le perron et que la robe de la poupée est brûlée ! Mais l'esprit est toujours là et il ne veut pas disparaître !

Dolores le tira brusquement en avant tout en ouvrant la porte qui se trouvait face à elle. Adam fut bousculé en avant et tomba à la renverse, suivi de Dolores qui referma la porte en un claquement derrière elle avant de s'y adosser, épuisée. Adam reprit sa respiration, les visage couvert d'une sueur froide et dérangeante. Sa main tremblante s'approcha de son oreille qu'il toucha du bout des doigts, mais tout ce qu'il sentit fut son lobe, complètement gelé, comme ces jours d'hivers où la route jusqu'au cabinet relève de l'exploit. La doctoresse glissa doucement le long de la porte et s'assit par terre avant d'approcher ses doigts vers sa bouche, ce qu'elle s'empressa de freiner quelques secondes plus tard.

Les ténèbres étaient moins étouffantes dans la pièce, on percevait même une légère lumière au travers de la fenêtre de l'endroit. Trop effrayé encore pour s'en apercevoir, Adam prit plusieurs minutes avant de reprendre ses esprits et de se rendre compte que ses yeux daignaient enfin lui montrer quelque chose. Cela ressemblait à une chambre, une chambre de petite fille à en juger par le petit lit rose qui trônait face au duo, contre la fenêtre. Adam se releva doucement et s'en approcha avec prudence avant de poser délicatement la poupée sur l'oreiller, car c'était sans doute à la propriétaire de cette chambre qu'elle appartenait.

L'endroit était étrangement paisible et serein, comme un sanctuaire perdu au milieu du dédale cauchemardesque dans lequel la doctoresse et son assistant étaient piégés. Tous deux sentaient leur cœur battre à tout rompre dans leur poitrine, trop inquiets à l'idée de rouvrir la porte contre laquelle Dolores était adossée. Il y faisait chaud, on y voyait parfaitement, cette pièce appartenait-elle réellement au manoir ?

- Votre théorie Adam, elle est très plausible, j'ai… j'ai vu des choses dont je me serai bien passée de voir, mais elles correspondent à votre idée. Adam ?

Adam n'écoutait pas vraiment, il était tourné vers la poupée qu'il avait posé quelques minutes plus tôt, une expression de surprise sur son visage. La pauvre poupée de chiffon n'avait pas changé, mais elle s'était glissée sous la couverture, et dormait à poings fermés.

_________________
Mes diagnostiques se font en #BE9C84.
Et Adam crie en deepskyblue /o/

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La foule [PNJ]
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Date d'inscription : 10/06/2015

MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Mer 11 Nov - 12:06

REMUE MÉNAGE
Comédie

Personnages, par ordre d’apparition :
    TOURMENTÉ
    HALL, maître d’hôtel
    SALON, maître des lieux
    CHAMBRE, épouse
    CUISINE, intendante
    BUREAU, valet
    BIBLIOTHÈQUE, BOUDOIR, femmes de chambres

Le rideau se lève. Tourmenté est au centre de la scène vide. Entre Hall qui s’arrête sous un lustre, puis Salon.

HALL — Bonjour Monsieur. Soyez le bienvenu.
SALON — Ah mon cher Hall ! Toujours le premier sur place pas vrai ? Je suis bien content de vous voir. Mais dîtes moi, est-ce que tout avance bien ?
HALL — Nous sommes parfaitement dans les temps Monsieur. Regardez par vous-même. Il indique un divan.
SALON (s’asseyant) — Magnifique ! C’est tout de même plus confortable ainsi. N’êtes-vous pas d’accord ?
HALL — Parfaitement Monsieur.
SALON — Mon épouse va être ravie. Mais tenez, je crois que c’est elle qui arrive.

Chambre entre, un oreiller un main et s’assoit auprès de Salon.

CHAMBRE — Comme tout cela est joli ! Mon ami, c’était une riche idée de laisser le marbre au profit du bois. C’est beaucoup plus chaleureux ainsi.
SALON — Un compliment que je n'attendais plus !
CHAMBRE — Quel rustre vous faîtes ! Je vous ai félicité pour votre décoration pas plus tard que ce matin !
SALON — Allons, je vous taquine.

Cuisine entre, trainant bruyamment une chaise derrière elle. Elle s'assoit près du divan.

CHAMBRE (à Salon, chuchotant) — Elle ne va pas rester ici tout de même ?
SALON (sur le même ton) — Pourquoi pas ? Cela sera plus pratique pour servir les plats chauds.
CHAMBRE (continuant) — M… Mais enfin, son odeur ! Non, non, ce n'est pas possible. Elle va en imprégner le linge. Dîtes lui d'aller plus loin.
SALON (à voix haute) — Hall, pouvez vous venir un instant ?
HALL — Tout de suite, Monsieur.
SALON — Vous seriez aimable conduire Cuisine plutôt sur l'aile ouest.
HALL (à Cuisine) — Venez, vous serez plus confortable par ici.
CUISINE (attrapant sa chaise, hautaine) — Si Madame ne veut pas de moi sous sa fenêtre, elle pouvait tout aussi bien venir me le dire elle-même.

Entre précipitamment Bureau, qui se place à l'endroit que Hall indique à Cuisine, plume et papier en main.

BUREAU — Plus loin, plus loin. Ne voyez vous pas que je suis occupé ? Il n'y a qu'ici que je puisse profiter des derniers rayons de soleil pour travailler.
CUISINE — Ne vous montrez pas méprisant. Moi aussi je travaille tard et surement plus dur que vous !
BUREAU — Chut, chut. J'essaie de me concentrer. Allez donc faire votre tapage au couloir est.
CUISINE — Dans ce cas n’espérez pas mettre les pieds chez moi pour un encas !
HALL — Cela ne fait rien Cuisine, vous pouvez vous mettre ici.

Même scène avec l’arrivée de Bibliothèque, puis de Boudoir. Cuisine revient poser sa chaise à côté du divan.

CHAMBRE (furieuse, elle se lève) — Que faites vous encore là Cuisine ! Vous deviez vous installer dans l’autre partie du manoir.
CUISINE  —  N’en déplaise à Madame, il n’y a pas de place pour moi là-bas, tout est déjà occupé.
CHAMBRE — Mais je refuse que vous restiez là ! Vous allez empester jusqu’à l’étage !
CUISINE — Et bien tant pis, en attendant, moi, je dois faire le repas !
CHAMBRE — Alors je ne resterai pas une seconde de plus ici ! Entendez vous Salon !
SALON — Ma douce, ma tendre, vous n’allez pas vous fâcher pour si peu…
CHAMBRE — C’est ce que nous allons voir ! Elle sort.
SALON — Hall ! Hall, j’ai besoin de votre aide de toute urgence. Chambre refuse de rester en ma compagnie tant que Cuisine sera installée ici.
HALL — Mais monsieur, cela va être un vrai casse-tête que de déplacer tout le monde à présent.
SALON — Hélas, nous n’avons pas le choix. Aidez moi, nous irons plus vite ensemble.
HALL — Tout de suite Monsieur.
SALON (attrapant Bureau) — Voyons, vous pouvez très bien vous mettre là !
BUREAU — Est-ce une farce ? Me voyez-vous travailler dans un endroit aussi sombre ? Je vais y perdre mes yeux ! Donnez cela à Boudoir, elle n’a pas besoin de plus.
BOUDOIR — Comment, mais je suis déjà si petite ! Ce n’est pas moi qui prends le plus de place ici il me semble. Je serais vous, je reverrai à la baisse mes exigences.
BUREAU — Quelles exigences ? Il n’est question que de travailler dans de bonnes conditions.
BIBLIOTHÈQUE — Travailler ? Alors pourquoi vous mettre si loin de moi très cher ? Rapprochez vous donc.
BUREAU (mal à l’aise) — C’est que…
SALON — Rapprochons les, rapprochons les. Tenez c’est mieux ainsi non ? Cuisine vous irez là.
CUISINE — Tant que j’ai de quoi travailler, cela me va.
BOUDOIR — Alors sous prétexte que je suis petite on me met n’importe où ? Mais Madame a besoin de moi ! Me mettre à l’autre bout de la maison va la fâcher.
SALON — Diantre c’est vrai ! Hall aidez moi enfin !
HALL — Si nous pouvions rapprocher Madame et Boudoir, peut-être que…
SALON — Et me séparer de ma femme ? Je m’y oppose !
HALL — Alors peut-être que si Cuisine se mettait ici, Madame là et vous…
BOUDOIR — Je ne veux pas être là ! Il y fait trop chaud !
BIBLIOTHÈQUE — Mais pas ici enfin !
SALON — Vous m’ennuyez !
BUREAU — Poussez vous un peu Hall.
HALL — Par là, cela irait ?
SALON — Non, non, il faut plutôt tourner comme ça.
BIBLIOTHÈQUE — Pff, mais quel ennui !
BUREAU — C’est à peine croyable.
CUISINE — Et toutes ces plaintes quand je ne demande qu’un endroit où travailler !
SALON — Mais nous allons trouver !

Après plusieurs essais de Hall et Salon qui ont placé et déplacé les autres autour de Tourmenté, toujours au centre.

SALON — Je crois qu’on y est ! Tout le monde est il bien installé ?
BOUDOIR — Oui !
BIBLIOTHÈQUE — Oui !
BUREAU — Oui !
CUISINE — Oui.

Entre Chambre.

SALON (joyeusement) — Ma chérie, vous allez être ravie. Tout le monde est installé comme vous me l’avez demandé.
CHAMBRE (gênée) — Justement, à ce sujet…
SALON — Quoi ? Cela ne vous convient pas ?
CHAMBRE — Si, si ! Mais je me demandais…
SALON — Vous vous demandiez ?
CHAMBRE — Y aurait il la place pour une chambre de bébé ?
SALON — Ah !
LES AUTRES (sauf HALL) — Oh !
HALL (chuchotant) — Nous voilà bon pour tout recommencer…

Ils quittent la pièce. Reste Tourmenté, toujours debout sur la scène à présent pleine des objets apportés par chacun. Le rideau tombe.



//------------------------/------------------------//


Qu’importe la scène de vie, elle est vouée à la tragédie.

Vous vous êtes affranchis des flammes, mais êtes vous sûrs qu’il y avait un incendie ? Dans votre panique, vous avez détallé sans prendre le temps de bien regarder. La chaleur a disparu, tout comme le feu qui me rongeait, hélas seule votre vie a compté. Vous n’avez pas pris garde à mes toiles calcinées, vous vous êtes montrés hermétiques aux râles du bois qui vous entourait, pas un de ces hurlements paniqués ne vous a interpellé. Alors ce ne sont que les ténèbres que vous méritez.

Mes petits invités, vous voilà pris au collet.
Ici je règne sur vos sens. Vous êtes à la merci de ma démence.

La plus profonde de vos angoisses prendra corps entre mes murs. Elle s’insinuera jusqu’à vos os, les glacera de son étreinte, vous mettra à terre et sera sourde à vos plaintes.

Vous ne méritez ni ma clémence, ni ma pitié.
Et bientôt vous rejoindrez Tourmenté.


//------------------------/------------------------//


À vous qui avez trouvé refuge dans mon cœur, à vous qui êtes si près de mon secret, il n’est pas encore temps de vous l’approprier. Vous avez été courageux et attentifs, mais en poussant cette porte vous vous êtes mis en danger.

Tendez l’oreille et écoutez. Ce son cristallin qui s’élève.
Tourne, tourne, mélodie. Que sous l’enveloppe de bois qui couvre ton mécanisme chantant dansent ces pantins de cire. Trois silhouettes heureuses, une famille accomplie au centre de laquelle a été ajouté un personnage de papier. Son dessin brouillon et enfantin ne peut être entraîné par cette ronde guillerette. Il écoute, figé, le temps qui passe, les notes qui défilent. Impuissant spectateur de la fin brutale d’un doux rêve.

Mais le sommeil vous gagne à présent.
Bonne nuit.

Ain't Gonna Rain Anymore - Nick Cave
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La foule [PNJ]
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Ven 13 Nov - 23:19

Une légende raconte qu’à la chute d’un paisible et vaste royaume, tous ses trésors furent dérobés. Tous, sauf un. Il se dit pourtant que ce trésor était le plus beau de tout et qu’il n’existait son pareil nulle part ailleurs sur cette terre. Mais les brigands, trop pressés dans leurs pillages ne s’étaient pas attardés sur ce qui leur avait paru, au premier coup d’œil, avoir si peu de valeur. Car ce trésor n’était autre qu’une fleur. Une belle rose sauvage comme on n’en voyait peu et dont les pétales d’oc flamboyaient sous les rayons du soleil.

Les bandits partis, le trésor attendit. Il attendit patiemment, plein d’espoir, que quelqu’un le redécouvre. Mais les jours passèrent et personne ne vint. Puis les semaines s’écoulèrent et toujours le même silence régnait entres les murs en ruines du palais décimé. Les mois se succédèrent à leur tour, mais la belle rose était toujours seule. Ses pétales d’or ne brillaient plus, le chagrin lui courbait le dos et, elle qui avait toujours été si douce, ne voyait pas son corps se couvrir d’épines.

Aussi, lorsque le premier pas se fit dans le royaume dévasté, personne ne découvrit le trésor dont l’éclat s’était fané. La vie reprit son cours dans le château délaissé et jamais un regard ne se porta sur la triste fleur dont la beauté s’était voilée. La pauvre rose en était même venue à craindre d’être découverte ainsi. Elle, si jolie autrefois, tremblait d’être vu dans un tel état. Alors jamais elle n’appela au secours et toujours, elle resta seule.

Jusqu’à ce qu’un beau jour, une main douce d’enfant ne lui fasse redresser la tête. Elle qui regardait le sol depuis si longtemps, se retrouva devant un sourire d’ange et deux beaux yeux tendres qui la firent se sentir aussi belle qu’autrefois. De cette rencontre naquit une amitié, une relation puissante qui rendit au trésor toute sa beauté.

Mais ce que la rose ignorait, c’est qu’après son royaume, ce serait cet enfant qui lui serait enlevé.

De nouveau seule dans l’obscurité, elle fut submergée de colère et se promit que plus jamais on ne lui prendrait ceux qui venaient à passer la porte de son palais.


//------------------------/------------------------//


Lorsque vous vous éveillerez, vous ne serez plus chez moi.

Cette histoire va s’achever aussi étrangement qu’elle a commencé. Car c’est hagard dans Paris qu’un à un, on vous a retrouvé. Parfois en larme au bord de la Seine, ou si prêt de commettre l’irréparable, il semblerait que ce soir ait été… Tourmenté.


//------------------------/------------------------//


Quant aux deux endormis, c’est bien loin des angoisses que leur nuit a fini. Mais à la lueur de l’aube, lorsque le sommeil les a quittés, ce fut à même la rosée matinale qu’ils se sont levés. Point de manoir au-dessus de leur tête, pas l’ombre d’une porte, d’une haie ou d’une fenêtre.

Alors, auraient-ils rêvé ?

Mais alors qui est cette poupée, glissée dans la poche de l’aventurier. Maribelle peut-être ? Pourtant, son sourire cousu s’est envolé, de même que sa chevelure de feu, devenue cascade de laine dorée.

Vous pensiez en avoir terminé ?




Les portes se referment…


Et voilà ! C'est la fin de l'event spécial Halloween !
On espère qu'il vous a plu et que vous avez pu profiter des rocambolesques aventures concoctées par Tourmenté pour faire vivre nombre de sensations fortes à votre personnage. Tout cela reste, bien sûr, du Hors RP et ne pourra être intégré à l'évolution de votre personnage comme une aventure physique. Mais, vous êtes libre de le réutiliser comme un rêve par exemple, en l'adaptant à votre sauce

Car Tourmenté va rejoindre le forum ! Comme Dolores, ou plutôt Adam, a percé une bonne partie de son secret, nous lui avons proposé de l'accueillir comme PNJ dans ses relations. C'est donc sous les traits d'une poupée que son esprit va rejoindre l'équipe du laboratoire de la doctoresse !

L'histoire du manoir devrait vous être bientôt révélée. Un peu de patience et vous comprendrez tous les indices que nous avons laissés.

UN GRAND MERCI À TOUS !!

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Edward White
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MessageSujet: Re: Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur   Dim 6 Déc - 23:21

Non loin du 52 de la rue Saint-André des Arts, la porte d'un cabinet de soin s'ouvrit violemment. S'engouffra alors une haute silhouette qui s'engagea à vive allure dans les escaliers menant à la salle d'auscultation. Une poigne ferme s'abattit sur la poignée et le battant pivota brusquement, suivit d'une exclamation inquiète :

Dolores ! Est-ce que tout va bien ? Manfred est entré du premier coup dans mon bureau, il s'est passé quelque chose de grave ?!
Regaaaaaaaaaaaarde !

Le loup cligna des yeux, surprit de se retrouver nez à nez, non pas avec sa myope d'amie, mais avec une poupée de chiffon au regard vide. Ce fut seulement en prenant un peu de recul qu'il aperçut Dolores au second plan. Les traits tirés de la doctoresse lui firent froncer les sourcils, mais il n'eut pas le temps de la questionner qu'Adam se joignit précipitamment à eux. L'ancien infirmier, qui semblait également épuisé, demanda à sa supérieure de bien vouloir « rep-poser » la demoiselle de tissu et contre toute attente, elle s'exécuta. Bouche bée, Edward avisa la scène puis s'enquit précipitamment :

Quelqu'un va-t-il m'expliquer ce qui se passe exactement ?
O-Oui. Elle va tout nous r-raconter.

Un coussin fut réquisitionné pour installer confortablement la poupée face à son maigre public. Edward se montra perplexe, mais il était à ce point habitué aux étrangetés de Dolores qu'il ne songea même pas à protester, pas plus qu'il ne s'étonna lorsque la faible silhouette d'une jeune femme se distingua aux côtés de la petite poupée.

Et ce fut ainsi que débuta le récit.


//------------------------/------------------------//


Je m'appelle Ilana. Aujourd’hui je ne suis plus qu’une ombre, autrefois j’étais une fille de la nature. Plusieurs siècles s’étalent à présent derrière moi, mais j’ai vu défiler tant de vies et tant d’époques qu’il m’est impossible de vous donner mon âge. Je me souviens, pourtant, avec force de détails de ces lointaines années de bonheur, lorsque j’étais en vie. La bise pouvait alors m’effleurer de son souffle, le parfum de la rosée vernale m’enivrait chaque matin et il n’était pas de spectacle plus saisissant que celui d’un coucher de soleil tardif. Mais plus que tout, je n’étais pas seule. Car je suis née hamadryade, nymphe au destin entremêlé aux racines de l’arbre dont elle a partagé la graine. Aussi, comme vous le supposez peut-être à présent, j’avais un frère. Un chêne du plus beau des feuillages, de la plus solide des statures, dont le nom était celui d’Ilan.

Je me rappelle d’une Hamadryade qui vivait à côté de notre maison. Elle était très sympathique mais un peu idiote, je crois qu’elle s’appelait Gerta ou Gougourt… Ah non ça c’est le surnom que je lui donnais !
Dolores, souffla Edward dans l’espoir de faire taire la concernée.
C’est fascinant de savoir que deux êtres vivants sont liés depuis la naissance ! Quoique c’est plus ou moins la même chose pour les jumeaux, mais dans le cas d’une hama- Aieuh !
Tais toi une seconde et écoute la suite.

Nous avons grandi ensemble, traversant les saisons sans jamais faillir qu’elles soient intolérables d’humidités ou odieusement sèches. Toujours, il offrait un abri, un peu d’ombre ou de nourriture, pour les milles vies qui faisaient frémir son feuillage. Il ne lui importait que de grandir et devenir plus solide encore pour s’offrir en refuge aux oiseaux, aux insectes et à toutes les autres âmes qui en éprouvaient le besoin. Il n’y avait guère que moi pour m’inquiéter de sa santé. Du coucou auquel il laissait sa branche alors qu’il avait volé le nid du merle, aux sangliers qui foulaient son sol et piétinaient ses racines pour se repaître sans penser aux écureuils, et même ces couples qui abîmaient son écorce pour y graver leurs initiales sans s’inquiéter de son sang répandu… Il les excusait toujours et me caressait de ses phrases sages et douces pour me rassurer aussi.

Je dois savoir comment elle s’y est prise pour rentrer dans cette poupée…
M-m-mais qu’est-ce que v-vous faites ?
Je vais lui découdre la tête pour vérifier ce qui se cache à l’intérieur ! Ce ne sera pas douloureux vous verrez !
Mais tu vois bien qu’elle n’est pas matérielle ! Soupira Edward qui la rattrapa in extremis avant de l’asseoir de force dans son fauteuil.

Rien de ce qui arriva n’aurait pu être prédit. Il était devenu robuste et immense, un phare pour cette vaste colline qu’il surplombait. Même les hommes se plaisaient sous ses ramures. Nous en voyons d’ailleurs souvent passer à notre proximité, et bientôt la vieille barrière de corde au sommet du coteau laissa place une élégante haie de chèvrefeuille.

J’ai comme l’impression qu’elle m’ignore un peu. Je dois être vexée ? En tout cas, elle a le mérite de bien parler ! Chèvreuhfeuille… C’est rigolo comme mot, en plus elle l’a dit du premier coup ! Vous devriez essayer Adam !
Dolores…

Je jure que nous n’avons rien fait pour mériter la brutalité de notre fin. Pour lui bien plus que pour n’importe qui d’autre cette barbarie était injustifiée. De quel droit s’attaquaient-ils à lui ? De quels droit le condamnaient ils à la mort sans même nous laisser une chance de nous défendre ? Ilan a été abattu, dans l’indifférence la plus totale. J’entends encore le sinistre craquement qui suivit le mugissement de l’un de ses bourreaux. Cette encouragement a donné le coup de grâce après une interminable agonie, ce déchirement dont le vacarme ferait frémir la foudre, la panique de ces vies que l’on piétine en même temps que l’on achève leur hôte, mes larmes et mes cris dont le silence est l’unique interlocuteur et cette honte de n’avoir pu le sauver. Ce déshonneur sans nom qui m'inonde et me noie, me condamnant à l’errance quand mon destin aurait dû être lié à celui de mon frère.

M-m-mais alors…
Je crois que je commence à comprendre. Certaines hamadryades se laissent mourir si leur arbre est abattu, c’est assez rare d’en voir une isolée. Vous avez vécu un véritable calvaire, je me trompe ?
Docteur, laissez-la r-raconter…

Je fus la compagne des ténèbres pour un temps interminable. Seule et rongée par le remord, je ne pris pas conscience de cette nouvelle vie qui s’épanouissait doucement autour de moi. Confinée dans l’obscurité la plus totale, ce fut un pleur qui m’arracha soudainement à ma torpeur. Le cri était puissant de pureté et d’innocence, aussi je crus que l’on m’offrait une nouvelle chance. Mais la méritais-je seulement ?

B-b-bien sûr ! Ce n’était p-p-pas votre faute !
Du calme Adam, souffla Edward, un sourire aux lèvres tant l'emportement de l’ancien infirmier lui semblait nouveau.
Et moi si je reste calme, je pourrai poser plein de questions ?
Non Dolores, toi tu te tais.
Beuw… Si Manfred était là, il te fusillerait de son adorable regard !… Oui bon, je me tais.

Invisible pour les vies qui déambulaient à ma proximité, je me découvris alors un nouveau un champ d’action, plus vaste. Je l’employais à la protection de cette innocente petite âme sans jamais qu’elle ne me remarque. Mais tout changea lorsque, un jour où elle manqua de se blesser, j’intervins avec tant d’ardeur qu’elle fut en mesure de me voir. Jamais je n’oublierai le regard immense qu’elle posa sur moi. J’en fus si terrifiée que je disparus aussitôt. Spectre triste et solitaire depuis trop longtemps, ce bref échange me renvoya à un état de prostration et de silence tel qu’il était voué à s’étendre sur des années.

P-p-pourquoi avoir peur ?
Je crois que lorsque l’on s’habitue à la solitude, il devient délicat de renouer un contact avec le reste du monde, répondit calmement Edward.
C’est compréhensible. Rappelez-vous Adam comme vous aviez peur des enfants de Madame Bichard !
Ç-Ça n’a rien à voir ! Ils v-voulaient me manger la tête ! Euhm… E-Excusez-nous, continuez.

Pourtant, peu de temps après cet incident, une voix m’invita à me montrer. Une voix dont je reconnu le timbre pour être celui de ma protégée. Elle me cherchait sans que j’en comprenne réellement la raison, mais sans se lasser et jours après jours elle appelait la « Princesse aux cheveux d’or ». C’était ainsi qu’elle m’avait nommé. Maligne enfant, elle s’évertua même à recréer les conditions de la catastrophe m’ayant révélé, mais cette fois ce fut un autre que moi qui l’arrêta. Cela suffit toutefois à m’inquiéter. Ne risquait-elle pas de recommencer ? Je me refusais d’être la cause d’un malheur. Aussi me décidais-je. Un soir, après que l’enfant fut couchée, je me rendis rendit à nouveau visible. Inquiète tout d’abord de sa réaction, ce fut une joie toute particulière qui me gonfla le cœur lorsque, me présentant sa poupée aux cheveux de laine, elle me demanda si j’étais venue jouer avec elle.

Aaaah, c’est donc de là que vient Maribelle ! fit Dolores en tapant la paume de sa main avec son poing.
Maribelle ? Interrogea Edward à qui il semblait manquer un élément clef du récit.
La p-poupée.

Nous devînmes des amies. J’étais sa confidente et sa compagne de jeu. Elle venait souvent me trouver lorsque la solitude l’ennuyait. Elle dessinait pour moi, dansait pour moi, inventait des histoires invraisemblables mais dont je ne me lassais pas. À ses côtés, j’avais l’impression d’être de nouveau en vie. D’avoir retrouvé un but et l’espoir me revint de sentir le poids des regrets me délaisser. Et puis, elle m’apprit beaucoup. Depuis mon éveil, j’étais restée errante, toujours hagarde dans ce nouvel univers. Mais elle m’expliqua, avec ses mots d’enfant, que me trouvais à présent dans un vaste manoir, dont je compris plus tard qu’il avait été construit à l’emplacement où vivait jadis mon frère. À ses côtés je me découvrit plus forte, capable d’utiliser ce végétal sans vie qui habillait les murs et ce presque à ma guise. Je la faisais rire ainsi, déplaçant une fenêtre, une étagère, inventant une discussion entre portes. Il n’y avait pas plus doux que son rire…

Et puis ? Tenta Edward, qui mit fin à l’interminable silence dans lequel s’était plongée leur narratrice. Mais à la mine affligée d’Adam, il lui parut évident qu’il aurait mieux fait de se taire.
J-Je crois que c’est difficile pour elle de raconter tout ça…
Edward tu n’as vraiment aucun tact avec les femmes. Et donc ? La suite ! La suite !

Plus rien. Rien d’autre que le craquement du bois qui se meurt une nouvelle fois, les cris et les suppliques des vies qu’il abrite, puis les dernières larmes d’une famille décimée par les flammes. Et mon impuissance. J’ai tout tenté pour les aider. Bataillant contre cette chaleur qui rongeait la structure, contre la fragilité du bois qui ne faisait que croître, affrontant les poutres qui menaçaient de s’effondrer, mais rien n’y fit. Tout ce que me laissa ce feu assassin, ce fut une ossature calcinée et la cruelle constatation d’être encore en vie. Mais cette fois, je ne me laissai pas abattre et m’employai à reconstruire le manoir.

Le reconstruire ? Seule ? S’enquit Edward, à qui la tâche semblait monstrueuse.
En théorie… Si son esprit habite le bois… Hm oui, c’est tout à fait faisable, cela a dû prendre un certain temps mais cela n’a rien d’insurmontable, cela me rappelle ce jour où mon père a construit une niche pour un loup-garou, il…
N-Ne faites pas attention à elle, e-elle s’arrêtera quand elle verra que personne ne l’écoute.
Et ton père ne m’a jamais construit de niche !

Ce devait être un refuge. Un havre de tranquillité, accessible à tous, au sein duquel chacun pouvait se reposer et se reconstruire. Un lieu dont je disposais à ma guise, une demeure construite autour de mon âme. Cette fois-ci, je fis le serment que plus personne ne pourrait me prendre ceux qui passeraient le pas de ma porte. Je devins leur imprenable forteresse et la cellule de ceux qui ne méritaient pas ma protection. Car, à ma grande tristesse, les menteurs et les infâmes se succédèrent sans cesse. Ils foulèrent mes marches de leurs pieds souillés, traversaient mes corridors en salissant mes tapis, s'emparaient de mes pièces sans un prendre soin. Ils étaient idiots et égoïstes incapables de prendre la mesure du cadeau que je faisais en leur ouvrant mes portes. Répugnée à l’idée de garder des êtres si dégoûtants sous mon toit, je me refusais toutefois à les laisser quitter mon seuil sans une correction méritée. Malgré cela le temps passa et emporta avec lui ma clémence et mes espoirs.

A-a-a-alors c’était réel ?
De quoi parlez-vous Adam ? Soupira Edward qui commençait à se lasser de ne pas pouvoir comprendre le fin mot de cette affaire.
Comment dire… Pour faire simple, nous n’avons pas passé une très bonne nuit avec Adam. Nous avons fait une sorte de rêve, enfin pas à proprement parler… C’était plutôt une sorte d’hypnose réaliste… Hm non cela ne veut rien dire. Pour rester simple, on pourrait parler de sommeil réalisto-folklorique généré par la stimulation exagérée du cortex cérébral. Moui, ça sonne bien !
Pour rester simple hein…
Papa aurait tout compris lui !

Et puis il y eut votre arrivée. Vous dont les premières pensées, alors que la peur vous dévorait, allèrent à celle dont vous prenez le plus grand soin. La noblesse de votre cœur a réussi l’exploit de toucher le mien alors que je le pensais depuis longtemps aussi glacé que la pierre.

M-m-m-moi ? S’empourpra Adam.
C’est Lisette qui va être contente, s’amusa le loup.
Adam est un bourreau des cœurs, je ne cesse de le lui répéter mais il refuse de me croire. Je suis sûre que son petit bégaiement les fait toutes craquer ! Il n’y a que Pipistrella qui y est complètement insensible, mais je pense que c’est parce qu’elle parle trop… Quoi ? Oui j’ai fini de parler c’est bon !

Mais en vous conservant dans mon palais, je vous privais de votre fiancée, chose à laquelle je ne pus me résoudre. Je fus toutefois incapable de renoncer à vous apporter ma protection et c’est afin de vous accompagner et de veiller sur vous que j’ai pris la forme de cette poupée. Le manoir n’est plus, car toute ma force est mise à votre seul service. S’il vous plaît, acceptez le.

M-m-mais j-je…
OUIIIIII ! Je le veeeeux ! Comme ça je pourrai étudier votre cas pour le restant de mes jours ! Adam, vous êtes d’accord hein !
Je… B-Bah…
Meeeerveilleux ! Bienvenue au cabinet du Docteur Keller, c’est moi, ma chère amie ! Nous allons très bien nous entendre ! Vous sentez quelque chose si j’appuie sur votre petite main de tissu là ?
Dolores !


//------------------------/------------------------//


Si je comprends bien, tu veux que je souffle quelques mots à son sujet à la Curia ? Pour lui éviter des ennuis ? Interrogea Edward qui hésita à prendre le thé à la couleur particulière que lui tendit son amie.
Il y a des exorcistes un peu détraqués qui rôdent, je préfère m’assurer de ne pas en voir ici. Et notre chère amie a invité d’autres personnes dans son manoir, je doute qu’il y ait des représailles mais sait-on jamais.
Je comprends. Je suppose qu’ils n'y verront pas d'inconvénients, surtout après avoir laissé tuer une hamadryade et son arbre.

Les iris du loup quittèrent sa tasse pour venir détailler la silhouette de la nouvelle pensionnaire du cabinet déjà très au fait de son rôle. Elle évita par deux fois à Adam de se brûler avec sa tasse, sans pour autant se rendre compte que c’était en partie sa présence qui faisait faire n’importe quoi au jeune homme. Un léger sourire marqua les lèvres du loup lorsqu’il revint à son amie pour demander :

Louise ne sera pas trop jalouse de ne plus être l’unique esprit de ton antre ?
Elle se sentira moins seule je pense, je crois que ses discussions avec Yvonne tournent un peu en rond… Et puis Adam a l’air de bien l’aimer aussi ! Je dois juste me méfier de Manfred qui serait tenté de lui béqueter les yeux… D’ailleurs il n’est pas revenu, il a dû mettre un sacré désordre chez toi en essayant de sortir.
Mais il était rentré du premier coup !

Il soupira à la simple idée de l’état dans lequel il allait retrouver son bureau, certain que sa matinée passée à classer assidûment ses dossiers allaient être remise en cause par un pigeon bigleux. Frustré, il porta à ses lèvres la tasse de thé, avalant une gorgée plus par réflexe que par envie. Gorgée qu’il recracha aussitôt, tirant la langue avant de s’exclamer, non sans fusiller du regard le sourire béat de la doctoresse :

Parfum… Euhm… Attend, c’est quelle couleur celui-là ?
Toi…



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Prenez place pour votre rendez-vous avec la peur

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