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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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Edward White
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MessageSujet: Vivre [libre]   Dim 13 Déc - 20:49

Quand la main crispée d'Edward desserra enfin son étreinte de la poignée, la nuit était bien avancée et la majorité de ses employés couchés. Retardé par un client bavard, ce fut un soupir de soulagement qui souleva son torse lorsqu'enfin, il referma la porte derrière lui. Ses épaules appuyées contre le battant, la tête encore bourdonnante des milliards de mots dont son interlocuteur l'avait assommé, il profitait de ce silence comme de la plus précieuse des cuvées. Les yeux alors clos, le corps assailli d'une soudaine fatigue, il lui fallut plusieurs minutes avant de s'arracher à sa posture pour songer à gagner son lit. Mais à peine ce pas difficile franchit, il s'immobilisa.

Seul dans son vaste hall, Edward se sentit étouffer.

Pris à la gorge par un pesant remugle, il ouvrit grand la bouche et inspira avec avidité, à la recherche du moindre brin d'air. Mais rien. Rien d'autre que ce soudain parfum de renfermé, cet oxygène empoisonné, comme respiré par tant d'autres que lui. Une grimace déforma ses traits face à ce pénible constat. Aussitôt, il porta ses mains moites et tremblantes à son col pour le délester de cette corde de coton qui, il en était certain, se resserrait sur son cou. Le tissu tomba à ses pieds alors même qu'il défaisait les premiers boutons de sa chemise blanche. Il glissa ses doigts sur sa peau abîmée, les remonta jusqu'à sa nuque, puis les crispa sur son visage à présent en sueur. Toujours asphyxié par ce relent pestilentiel, il chercha un secours dans son immense solitude.
Ses iris se perdirent tour à tour aux quatre coins de la pièce, s'arrêtant ça et là, sur cette toile railleuse, cette horloge dissonante, ou cet infranchissable mur de velours. Riches atours de sa prison dorée, Edward n'y décelait plus que l'odeur insupportable de sa captivité.

Alors il s’agita, pris d'une panique féroce, épris d'une liberté sauvage et d'un mouvement si brusque qu'il manqua de chuter, il se jeta sur la poignée de la porte. De ses deux mains puissantes il l'abaissa en lui infligeant une étreinte musclée qui interdisait toute résistance. Le battant de bois vola sur ses gonds, libérant juste assez longtemps le passage pour que le loup s’y engouffre. Puis il se referma, calme, dans un cliquetis anormalement discret, sur ce hall immense et vide où gisait une cravate.

À cette heure tardive, dans un Paris glacé par une nuit hivernale plus sévère que les autres, résonnaient les pas pressés d’un animal en fuite. Edward traversait les rues et venelles au son étourdissant de ses propres foulées. Poursuivit par l’écho de cette ville de pierre et de fer, il en oubliait le froid mordant qui transperçait ses vêtements et giflait son visage. Peu lui importait que ses lèvres bleuies rejettent, à chacun de ses pas, un immense nuage de buée givrée. Il n’avait en tête que ce bruit insupportable et régulier, celui de ces semelles rigides qui meurtrissaient ses pieds et retenait sa débâcle. Ce martèlement le rendait fou. Il lui comprimait le cœur à chaque mètre gagné et lui rappelait, méprisant, cet infime écart qui le séparait de son enfer.

Assez, assez… Assez !

Assez de cette mascarade ! Assez de ce travestissement d’homme et de ces artifices qui le muselaient dans un monde qui ne voulait pas de lui. Assez de cette veste trop étroite qu’il abandonna au vent, assez de ces chaussures tranchantes qu’il laissa à la poussière. Edward White disparut à la lumière d’un réverbère, un loup à la course effrénée se dévoila à l’éclairage suivant. De ses mouvements sauvages, il résultait une rapidité incroyable que nul obstacle ne pouvait entraver. À le voir, on comprenait que sa vie toute entière dépendait de cette cavalcade incontrôlée. Car l’animal courait à perdre haleine, sans se retourner, dans l’unique but de mettre la plus grande distance entre lui et cet univers de mensonges dont il ne supportait plus l’odeur viciée.

Impossible de dire combien de temps s’écoula. Assez toutefois pour que la chaussée laisse place à un chemin de terre, puis au sol irrégulier d’un bois, que les foulées du loup se plaisaient à franchir. Car à mesure qu’il s’était éloigné de la capitale et de ses lumières aveuglantes, la bête avait retrouvé une vitalité insoupçonnée jusqu’alors. Les ronces pouvaient l’excorier, déchirer ses étoffes, les racines et les roches blesser sa peau et cet air de glace lui brûler les poumons, il n’en était que plus vivant. Désormais seul dans cette nature inexplorée, à peine éclairée par un croissant de lune timide, il existait à nouveau. Et quel délice.

Loin d’achever sa course, Edward ne s’y abandonna que plus encore. Débraillé, échevelé, le voilà slalomant entre les troncs massifs, bondissant par dessus les pierres et les reliefs, traversant les cours d’eau, foulant de ses pieds abîmés les branchages et les feuilles mortes. Fou de sa liberté retrouvée, éperdu de cette bise vive qui lui colorait les joues de sa fraîcheur, il se dépensait sans réfléchir, au paroxysme de cet instinct délicieux qui motivait chacun de ses gestes.

Enfin, ses jambes épuisées le condamnèrent à s’arrêter d’une chute remarquable, au cœur d’une minuscule clairière. Le soudain contact de sa peau avec les pousses gelées lui ravit un frisson de plaisir, alors que son souffle, encore bref, tendait à se calmer. Un sourire béat étirant ses lèvres, ses iris dépareillés se perdirent dans le sublime spectacle d’un ciel nuancé d’étoiles. S’oubliant à cet instant de délice, il écarta les bras et respira avec gourmandise cet air aux effluves sylvestres.

Que ce bonheur simple lui avait manqué !


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MessageSujet: Re: Vivre [libre]   Sam 19 Déc - 21:58

« Et là, le type me r'garde et m'dit qu'il a paumé l'poisson, peuchère ! »

Un tonnerre de rires retentit dans l'espace confiné du petit établissement. Là, il faisait chaud, chaud à en devenir inconfortable parfois. Le bar puait l'alcool au rabais et la sueur de ses occupants, qui tour-à-tour dansaient et chantaient, s'esclaffaient ou hurlaient. Au comptoir, il y avait comme un amas de détritus, de ces rejetés de la bonne société et de ceux qui préféraient boire à avancer. Ashton adressa une expression pétillante de malice au pêcheur qui racontait son histoire :

« Comment donc perd-on un poisson ? »

« Si j'le savais, tiens ! Tu penses bien qu'j'l'aurais r'trouvé, l'bestiau ! »
, s'exclama l'homme en retour.

De nouveau, les compagnons de beuverie partagèrent un moment d'hilarité. C'était de ces ambiances joviales et chaleureuses qu'on ne sentait qu'auprès de personnes trop saoules pour être pudiques. On touchait n'importe qui et surtout n'importe où, l'esprit trop chargé d'alcool pour se préoccuper d'une quelconque distinction. L'heure était à la simplicité, et cela convenait parfaitement à tout le monde en ce lieu.
Aux haleines putrides des marins, le canidé détourna la tête. S'il se sentait toujours d'humeur à rire aux éclats, il préférait l'odeur de son whisky à celle d'un homme qui ne s'était pas lavé depuis trop longtemps. Ce fut donc avec un air content qu'il finit son verre d'une copieuse gorgée. Il était tard, et il avait envie de profiter du chemin pour rentrer.

« Messieurs, glissa-t-il donc en se relevant, c'est sur cette fantastique histoire que je vais vous quitter. »

« Te fous pas d'moi, fiston ! »
, rétorqua le pêcheur.

Ashton prétendit d'être blessé par cette réponse :

« Moi ? Me moquer ? C'est mal me connaître... »

Sur un concert de rire, son propre cœur léger comme le vent, le jeune homme saisit son manteau de cuir pour le jeter sur ses épaules. Un splendide sourire aux lèvres, il adressa à l'attroupement une révérence volontairement théâtrale avant de s'éclipser. La porte lutta contre la pression de son bras et se rabattit aussitôt lâchée, grinçant copieusement.

L'air des nuits d'hiver était glacé. Il piquait la peau, l'irritait et la rougissait. Ses caresses avaient des allures de soufflets. Il n'y avait rien de doux dans la température qui lui donna la chaire de poule. Soudainement gelé, Ashton frotta ses mains l'une contre l'autre avant de les plonger dans ses poches. Étrangement, avoir froid ne le dérangeait pas. C'était une sensation si longtemps oubliée qu'elle en devenait presque agréable, un peu nostalgique aussi. Il ne prétendait pas s'en dérober, loin de là. Il acceptait le frisson, s'en accommodait, et levait le nez pour absorber l'ambiance de la saison. Il ne neigeait pas encore à Paris, mais on sentait que cela ne tarderait plus. Un sourire lui mangea le visage à cette idée. Il adorait la neige. En plus d'être belle, c'était tout un tas de souvenirs amassés en un flocon, et il n'était encore jamais parvenu à s'en lasser.

D'humeur légère, Ash décida brusquement de faire un détour pour rentrer. Et comme une invitation, il distinguait par delà les immeubles la promesse d'une végétation en perdition. Ses pas résonnèrent contre les pavés tandis qu'il traversait les ruelles qui le séparaient de son objectif. Un parc, sans doute. Caressant la haute grille du bout des doigts, le jeune homme pesa son choix. Attendre de trouver une entrée correcte, ou grimper. L'issue était évidente. Observant ses pieds, Ashton s'étira plusieurs fois les jambes, mesurant ainsi la souplesse de son pantalon. L'estimant satisfaisante, il prit son élan et partit. Courant, il posa un pied sur le bord du muret et effectua un bond qui lui permit d'atteindre la partie supérieure de la grille. Il relâcha son souffle dans un éclat de rire, brusquement content, puis se hissa de l'autre côté. Son atterrissage n'eut de son que celui de ses pieds rencontrant le sol. Il était à l'intérieur. L'heure était venue de se perdre.

Brusquement, l'on entendait plus que le silence. Le murmure de la ville était estompé, comme étouffé par les arbres dévêtus. Ashton laissa une expression apaisée saisir son visage tandis qu'il s'enfonçait dans les bois. Les ombres décharnées semblaient se mouvoir doucement en une lente danse. Il se sentait lui-même onduler au rythme de ses pas et du vent. La mélodie de la nuit était imprimée partout en ce lieu. Les âmes animales tantôt s'agitaient, tantôt s'apaisaient. L'hiver et l'heure tardive avaient conféré à la petite forêt une torpeur inimitable dans laquelle le canidé ne désirait que se perdre. Ce qu'il fit.

Il passa cours d'eau et bosquets, huma le parfum de l'herbe humide, prit le temps de savourer l'empreinte du vent glacé contre sa peau pâle. Respirant pleinement l'air presque campagnard de cet endroit, il s'amusa, joua avec la vapeur qu'il laissait s'échapper de ses lèvres blanches. La soirée était calme, endormie, et pourtant Ashton se sentait pleinement éveillé. Il avait eu besoin de ce temps solitaire. C'était un étonnant retour aux sources que de se balader dans une végétation abondante. Il se sentait bien.

C'est au détour d'un chemin pris au hasard qu'il sentit. L'âme en question était suffisamment unique et familière pour qu'il ne l'oubliât jamais, et sa présence incongrue en cet endroit fit relever la tête au canidé. La Bête qui remuait en son sein, elle aussi, s'éveilla brusquement, comme agitée par une vieille rancœur. Ash ne distingua d'abord pas Edward, ce qui l'intrigua plus encore. Que faisait-il donc ici ? Aux dernières nouvelles, le roi des lycans ne se rendait pas dans les bois en pleine nuit hivernale... C'était plutôt le genre de frasques qu'on réservait aux rêveurs dans son genre. La surprise du chien des Enfers ne fut toutefois que de courte durée. Il haussa des épaules. Nul ne pouvait prétendre prédire les actions du patron du Lost Paradise, peut-être même pas lui-même. Alors Ash...

Sans prendre le temps de réfléchir, le jeune homme écarta la branche fournie d'un conifère pour s'engouffrer dans ce qui semblait être une petite clairière. Là où la politesse la plus élémentaire aurait demandé de ne pas déranger sa connaissance alors qu'on la croisait au beau milieu de nulle part, Ashton s'engagea sans aucun scrupule vers la silhouette qu'il devinait allongée dans l'herbe. De toute manière, raisonna-t-il, Edward le sentait sans doute déjà.

Edward. Le jeune roi semblait étrange ce soir, plus que d'ordinaire du moins. Ses pieds étaient nus et visiblement abîmés par ce qu'il avait trouvé bon de faire dans cet état, il lui manquait une veste, et il était joliment débraillé. Ce n'était pas des vues que l'on avait tous les jours, et le canidé se doutait bien que son vis-à-vis n'était pas tout à fait dans son état normal. Ne le sentant toutefois pas en danger immédiat, il se contenta de l'approcher, un sourire suave sur ses lèvres pâles.

« S'il était bien une personne que je ne m'attendais pas à voir ici, c'était toi... Bonsoir ! »

Il ne prêta aucune attention à l'état physique du lycan, préférant de loin absorber la relaxation qu'il sentait émaner de lui, et tourna son regard vers les alentours. La lumière des étoiles, couplée aux silhouettes sombres des arbres qui les entouraient, donnait à l'endroit une atmosphère fantasmagorique qui lui plaisait beaucoup.

« Je suppose que la vue est agréable, commença-t-il avant de se tourner vers son interlocuteur, mais tu m'as l'air bien peu préparé à passer une nuit à la belle étoile, mon cher. »

Le ton se voulait taquin, ses pensées plus sérieuses. Il se demandait ce qui avait bien pu passer par la tête de son compagnon pour qu'il en oublie sa veste et ses chaussures, de même que toute idée de froid et de douleur. Il n'était certes pas plus inquiet que ça, faisant pleinement confiance à Edward pour prendre soin de lui, mais la situation dans laquelle il se trouvait emmenait l'esprit du canidé dans un tourbillon de questions. Inutile, toutefois, de presser ce problème. L'heure était à la détente.

« Tu as passé une bonne soirée ? »

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MessageSujet: Re: Vivre [libre]   Ven 1 Jan - 19:04

Ce monde abritait des choses immuables au sein desquelles il était toujours possible de trouver refuge. Ces petits riens traversaient le temps sans changer, toujours présents pour ceux qui y prenaient garde, invisibles aux autres. Ce fut sur l'un d'entre eux qu'Edward perdit son regard.
Ses iris dépareillés ne quittaient plus cette peinture superbe offerte par la nature. Ils appréciaient chacun des enchevêtrements de ces branchages sombres dont les silhouettes se découpaient sur la toile du ciel étoilé, s'amusant à reconnaître ces lointaines constellations dont il se surprenait à se souvenir du nom. À gauche, Persée, près de son fidèle destrier ailé, tenait compagnie à la belle Andromède. À droite, le scorpion tentait de piquer la vierge, non loin du centaure qui affrontait le loup. Cette dernière nuée d'étoile, à l'affrontement tragique, arracha un soupir au triste observateur, qui se détourna finalement du firmament pour lui préférer la pénombre du bois.
Il se replia légèrement sur lui-même lorsque la fraîcheur de l'hiver se glissa jusqu'à sa peau. Une caresse glacée qui lui apparut comme la plus délicieuse des compagnes. Elle effleura son visage avec douceur et lui fit fermer les yeux sur ce silence nocturne.

Puis un frisson lui glaça l'échine. Mais ni les températures négatives, ni la rosée givrée qui couvrit ses pieds nus n'en étaient la cause. L'unique coupable se dissimulait dans une bise frémissante. Une odeur, un fumet particulier au lointain relent de soufre et de sang dont Edward connaissait parfaitement la source. Ses yeux grands ouverts, scrutant l'obscurité, reflétèrent une douleur soudaine que les traits tirés de son visage trahirent plus encore. Non, non, non ! Pourquoi lui ? Pourquoi ne pouvait-on pas le laisser en paix ? Une soirée seulement, il ne demandait qu'une soirée pour être lui-même, mais lui… Lui ! Il allait tout gâcher !
Edward se recroquevilla sur le sol glacé du bois. Son cœur affolé accéléra son souffle, ses mains moites gagnèrent sa gorge serrée puis sa figure, où ils se crispèrent brusquement. Pourtant, comme animé par un dernier espoir, il refusa de quitter la clairière, se surprenant à quémander la disparition de l'importun avant qu…

« Bonsoir ! »

Tout était fichu.

Les chimères d'une liberté retrouvée s'évanouirent en même temps que tonna cette voix pourtant mielleuse. Elles s'évadèrent de l'étreinte miséreuse du loup, l'abandonnant à son insupportable réalité, à cette raison dont il ne supportait plus les leçons, à ces responsabilités qui l'étouffaient, à cette solitude mensongère. Et encore ce ton insupportable qui couvrit le murmure si doux de la forêt. Abject.

Un sursaut de haine crispa alors le corps entier du loup. Il se redressa brusquement, suant malgré l'air glacé de janvier, essoufflé, les mains tremblantes de cette soudaine envie de mort qui ruisselait dans ses veines. Il voulait tant qu'il se taise et qu'il parte, qu'il disparaisse !
Soudain, le loup se leva. Son immense stature s'arracha lentement au sol blanchi de givre. Il se déplia sans un bruit, la respiration courte, la tête baissée et ses longs bras aux poings serrés, figés contre ses flancs. Ses cheveux sombres masquaient son visage déformé de douleur. Quelques mèches, collées sur sa peau, s'amusaient à accentuer cette expression de malaise et suivirent les courbes grimaçantes de ses joues lorsque le lycanthrope desserra enfin les dents :

« Va t'en ! »

L'exclamation, puissante mais brisée, laissa derrière elle un silence pesant. Le temps se figea dans ce bois d'hiver que même la lune ne prit plus le risque d'éclairer. Le tableau d'étoile s'était voilé d'épais nuages d'encre, trop opaques pour laisser filtrer le moindre brin de lumière, plongeant la clairière dans une inquiétante obscurité.
Puis une bourrasque se leva. Elle fit grincer les branches nues, secoua les troncs glacés et découvrit, une seconde seulement, l'astre nocturne. Ses rayons immaculés percèrent les branchages et découpèrent au couteau la figure furieuse du loup. Puis à nouveau les ténèbres et le loup se rua sur l'intrus.

« Dégage ! »

Avec la puissance d'une bête monstrueuse, deux mains gigantesques repoussèrent de toute leur force ce corps dont Eward ne supportait plus la vue. Le geste fut violent, sauvage. Qu'importaient les conséquences, pourvu qu'il disparaisse. Mais cette colère incontrôlée, au lieu d'éloigner l'indiscret, causa sa chute et retarda la fuite tant désirée. Cette vision déstabilisa le lycan tant il se sentit pris au collet par cette infernale réalité. Était-ce possible ? Cherchait-on à le rendre fou ?

Un rugissement de rage secoua le corps du loup. Il enfouit sa tête entre ses mains, griffa sa peau bleuie par le froid, pour enfin, faire volte-face. D'un pas aussi pressé qu'incertain, il rejoignit l'orée de la clairière. Et ce fut sans se retourner qu'il abandonna, avalé par les ténèbres :

« Fichez-moi la paix. »


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MessageSujet: Re: Vivre [libre]   Mer 6 Jan - 19:40

Ashton avait su, se rapprochant. Ashton avait vu.
Il avait senti le vent gelé, la bise glaciale contre sa peau, avait constaté sa chaire de poule, accepté le froid contre son corps et, se faisant, remarqué que les habits d'Edward étaient bien moindres que les siens.
Il avait perçu le souffle court, erratique, presque désespéré d'une bête en cage. Il avait regardé le corps de prédateur se tendre et se détendre en un mouvement presque spasmodique, avait vu la bête sous le masque d'humanité. Il avait entendu la rage du monstre du fond de sa gorge, noté les fluctuations inquiétantes de son aura sombre.

Sa présence n'avait jamais été désirée en ce lieu, et pourtant il s'était approché, s'était penché sur le loup qui se prélassait dans un corps d'homme. Lui eut-on demandé pourquoi, il n'eut su répondre. C'était des sentiments qui faisaient bouger son corps sans qu'il ne puisse l'expliquer. C'était des urgences qui faisaient presque mal. La Bête au creux de son corps s'était agitée contre ses côtes, avait grogné tout à son esprit les ignominies d'une sombre revanche et, sans même pouvoir se l'expliquer, il avait fait un pas. Un pas empli de plein de choses sans importance.

Idiot, stupide, sot, sans doute l'était-il. Peu importe, il s'en moquait. Sa décision n'était motivée par rien de tout cela. Ashton n'était pas un sombre ignorant. Il sentait se mouvoir dans le corps du lycan les ombres belliqueuses d'une angoisse qu'il ne lui connaissait pas, sentait le danger dans la mortelle tension de ses membres. Il savait pertinemment ce qu'il risquait.

Mais il n'avait pas peur. Rien en lui ne se trouvait l'instinct de reculer devant le regard fou de douleur et d'angoisse, ni le réflexe de se préserver du gigantesque corps qui se voulait menace. Rien en lui ne lui soufflait de fuir le prédateur. Peut-être une part de lui, la part ignoble et laide qui ne se donnait à voir que pour couronner la mort dans un univers de chaos, se trouva-t-elle même exaltée de la brusque sensation de péril. Le Monstre désirait la moindre goutte de haine qui bouillonnait dans les veines de son interlocuteur.
Mais Ashton n'en ferait rien. Il n'était pas là pour se laisser entraîner dans la vague de détestation. Il n'était pas là pour donner une voix au Chien. S'il devait se battre, ce serait pour nulle autre raison qu'aider son interlocuteur à relâcher la formidable tension sous laquelle il ployait. Lorsqu'Edward le projeta au sol, il ne résista pas.

« Dégage ! »

Un mot empreint d'une colère presque angoissée, d'une furie aux allures de détresse. Allongé dans l'herbe glacée, dominé de toute sa taille par le roi des lycans dans toute la splendeur de sa puissance, Ashton se demanda pourtant qui d'eux était réellement le plus vulnérable. Même la pudique lueur de la Lune suffisait à souligner la douleur dans les traits du loup, la rage incontrôlable qui crispait ses doigts contre sa face blême. La scène était surréaliste, presque blessante. La souffrance du jeune homme faisait mal à voir. Le canidé sentit un brusque pincement d'inquiétude serrer sa poitrine, et il fronça légèrement ses sourcils.

Comme si les éléments étaient à l'écoute de la détresse d'un des leurs, l'astre nocturne drapa Edward d'une obscurité intime. Celui-ci se retira. Il n'avait pas le droit de suivre.

Il n'avait pas le droit d'aller contre sa volonté. Il ne devait pas marcher sur ses pas, ne devait pas le retrouver. C'était ce qu'on lui avait demandé. La solitude était parfois ce qu'il y avait de mieux...
Mais ses propres pensées sonnaient faux dans l'esprit d'Ashton. Des excuses, plates, molles, dénuées de sens. Il ne se sentait pas de laisser là un homme qu'il savait mal sous prétexte qu'il l'avait repoussé.

Le soupir qui s'échappa des lèvres d'Ash était presque amusé. N'allait-il pas s'attirer de nouveaux ennuis en agissant ainsi ? La réponse était certaine. Tant pis pour lui, supposait-il. Un demi-sourire aux lèvres, il se redressa calmement et, passant une main dans ses cheveux, trottina à la suite du loup dont il perdait la trace.

« Edward, attends ! »

La silhouette s'effaçait dans la pénombre, mais il devinait encore la présence du jeune homme. Jurant bêtement, le canidé poursuivit son chemin, persuadé de finir tôt ou tard dans une situation gênante. Il ne pouvait pourtant s'en empêcher. Laisser pareil problème en suspend ne lui ressemblait pas.

« Je te demande pardon pour ça. »
, glissa-t-il dans l'immensité nocturne du bois.

Ne laissant pas le temps à son interlocuteur de le distancer, il accéléra le mouvement, espérant parvenir à le rattraper sans lui causer plus de tort, et sans s'attirer ses foudres. Un éclat d'amusement le traversa lorsqu'il songea au peu de chances qu'il avait de remplir cet objectif irréaliste. Et peut-être était-ce là au fond son objectif. Edward n'avait visiblement pas besoin de ses conseils. Ashton ne pouvait apporter grand chose d'autre, si ce n'est peut-être...

Il s'arrêta dans la forêt, haussa les épaules.

« Si tu veux, on peut se battre ? »

Proposition tout à fait sérieuse qu'était la sienne. S'il n'était pas certain de la réaction que lui offrirait son interlocuteur, le jeune homme demeurait le témoin de son propre apaisement par la violence. Humain, loup, chien, monstre, au final tous étaient des animaux, empreints d'une rage et d'une colère qui, parfois, se devaient d'éclater. C'était une solution qu'il pouvait offrir à Edward sans risquer de la regretter plus tard, et dût-elle être refusée, il l'accepterait sans peine. Ash n'était pas contraignant. Simplement, l'opportunité paraissait bonne.

Et si quelques os venaient à se briser, qu'importait ?

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MessageSujet: Re: Vivre [libre]   Sam 16 Jan - 19:13

Le pas était pressé, nerveux. Les branches glacées rompaient sous ces foulées vives qui fuyaient avec avidité cette omniprésence non désirée. Car Edward l'entendait, il le sentait même, il était suivi. La réalité le pourchassait, elle l'avait traqué jusque dans ce refuge et dès qu'il serait acculé, elle le mettrait à mort. Oui c'était à cela qu'il était condamné, il le savait.
Pourtant le bruit cessa. L'espace d'une seconde il se pensa sauver, jusqu'à ce qu'un nouvel éclat de voix ne vienne tout gâcher. Encore.

Si peu de mots et pourtant si douloureux.

Edward tangua. Sa course se fit plus lente, il pencha violemment sur la gauche et un arbre retint heureusement son épaule, lui évitant la chute. Il avait le souffle brûlant, erratique, le regard perdu sur un sol pailleté de givre, mais dont il ne voyait plus que la saleté. Il porta une main tremblante à son cœur, pris de cours par le pieux glacé que ces paroles venaient d'y planter. Puis souffla dans un murmure à peine audible :

« Se battre ? »

Il grimaça. Une douleur vive se peignit sur ses traits, mélange d'une cruelle évidence et d'une brusque déception. Le loup ferma alors les yeux et pinça férocement ses lèvres pour y contenir la détresse qui aurait pu briser sa voix. Il s'accorda un instant pour retrouver un semblant de calme, puis se redressa en s'aidant du tronc qui le soutenait jusqu'alors. Le silence s'évanouit, couvert par le son tranchant de sa voix :

« Tu es comme tous les autres. »

Edward se retourna. Il tâchait de faire face avec le plus de sang-froid possible, mais tout dans son corps transpirait le trouble et l'agitation prêts à emporter son âme. Les poings serrés, le visage fermé et uniquement animé par son regard fiévreux, il toisa l'importun. Il toisa Ashton Lyn, l'interrogeant avec rage :

« C'est donc ainsi que tu me perçois ? Pour toi aussi je ne suis qu'un loup enragé ? »

Une moue de dégoût lui déforma les lèvres. Après tout ce qu'ils avaient traversé, après tout ce qu'il avait fait pour ce sale chien, voilà donc son unique récompense. Il eut un geste de recul, puis n'y tenant plus, il reprit dans un ample mouvement des bras et d'un ton dépité :

« Le loup s'agite. Donnons lui du sang pour qu'il se calme ! Le loup est triste. Donnons lui du sang, il ira mieux ! Le loup est enragé. Donnons lui du sang pour étancher sa faim ! Mais oui, noyons le de sang, il le réclame, il en a besoin, il n'y a que ça qui l'arrête ! N'est-ce pas une évidence ? »

Il répéta la dernière phrase dans un murmure, avant de s'égarer dans le flou sombre de ses souvenirs. Ses iris se voilèrent et l'espace d'un instant, la silhouette d'Ashton disparut de son champ de vision. Il n'y avait plus que la mort autour de lui. Plus que des corps entachés de cet insupportable carmin dont l'inoubliable goût de cuivre emplissait sa bouche. Il vacilla, balaya l'air de la main, rouvrit les yeux et croisa à nouveau le regard d'Ashton.

Le trouver là, encore là, toujours là… La retenue du loup vola en éclat. Il hurla :

« Et bien quoi ! Tu es idiot en plus de ça ? Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans le mot « dégage » ? »

Mais il était trop tard, le mal était fait. La confiance d'Edward s'était envolée à l'instant même où cette question stupide avait eu le malheur de trouver son oreille. Le loup ne voulait plus avoir affaire au chien, il ne supportait plus sa bêtise. Il fallait qu'il parte.

« Va t'en Lyn. Va t'en ou je finirai par envier Evelyn et la falaise qu'elle a trouvé pour fuir ta sottise. »

Le regard glacial d'Edward quitta celui d'Ashton et à nouveau, il s'enfonça dans les ténèbres. Il s'éloigna, lentement, le cœur rongé d'une profonde amertume, quand le ciel déversa sur eux ses premiers flocon.
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MessageSujet: Re: Vivre [libre]   Dim 17 Jan - 16:49

Il avait d'abord cru à un bon signe. Ha... Quel idiot. Au fond, c'était sans doute tout ce qu'il était. Incapable de comprendre la détresse qui se reflétait sur les traits trop pales de son interlocuteur, incapable de savoir ce qui insupportait tant le loup dans sa présence, incapable de reconnaître les stigmates d'une lutte à laquelle il n'avait jamais été confronté. La brusque furie d'Edward, les paroles débordant d'une soudaine haine arrachèrent à Ashton une expression profondément confuse. Les mots crachés, dégoulinants de dégoût.

« Tu es comme tous les autres. »

Comme tous les autres ? Pourquoi ? Qu'avait-il donc fait qui soit si terrible, si répréhensible ? Le canidé ne comprenait pas. Lui qui ressortait toujours du lot, on l'accusait désormais d'en faire partie. Et pas n'importe qui: Edward. Edward qu'il côtoyait depuis trop longtemps pour ne pas connaître ne serait-ce qu'un peu, Edward qui savait beaucoup trop de choses à son sujet, Edward qui avait été le premier, le premier à lui faire confiance. Le premier à voir ce qu'il avait de pire, à survivre, et à ne pas reculer. Voir la déception sur les traits d'un homme en qui il avait une confiance quasi-absolue faisait étrangement mal.

Puis l'évidence, comme une gifle. Comme un coup au creux de son estomac. Enragé ? Ne comprenait-il pas ? Le loup le connaissait-il donc si peu, à réagir ainsi ? Pensait-il sincèrement Ashton être le genre d'homme à juger... quoique ce soit ? L'incompréhension se mua en douleur.

Il détestait ce qu'Edward était en train de dire. Aucun d'eux ne le méritait. Ni le roi des lycans, ni lui-même, qui n'en avait jamais pensé un traître mot, de ces paroles vicieuses, déchirantes. La gorge du jeune homme se serra sous le poids d'émotions qui menaçaient d'échapper à tout contrôle. Il ne voulait pas comprendre l'ampleur des paroles de son interlocuteur. Il ne voulait pas faire face à la brusque haine qu'il rencontrait dans le langage d'un homme qu'il appréciait sincèrement. Il ne voulait pas se rendre compte, plus encore, de la souffrance du souverain sur qui le monde crachait. Qu'il pense ça de lui... Ashton le refusait.

Cloué sur place par un atroce mélange de surprise et d'angoisse, d'une forme haineuse de frustration, il ne réagit pas. Son corps était comme bloqué par le poids monstrueux d'un rejet qu'il avait vu plus d'une fois. Ce même rejet que portaient trop souvent les visages à son égard sans qu'il ne le comprenne jamais. Les hurlements d'Edward ne suffirent pas à le sortir de cette transe choquée, presque paniquée.

Puis il y eut le nom. Le nom qui par sa simple évocation brisait son cœur. Le nom qui lui brûlait la gorge et les yeux. Le nom qui rompait ses os sous le poids d'une Mort face à laquelle il n'était plus rien. Le nom qu'il avait tant de mal à prononcer. Le nom qui le hantait. Le nom qu'Edward était le seul à connaître.

Le seul.

Et comment osait-il ?! Comment osait-il lui reprocher des paroles blessantes alors que lui-même venait de déchirer la plaie gangrenée de son deuil ? Comment osait-il prononcer le nom de celle qui lui avait tout donné dans le seul objectif de lui faire mal ?! Les poings d'Ashton se serrèrent dans une brusque vague de ressentiment alors qu'il se lançait à la poursuite de l'ombre fugitive du lycan.

Ses gestes étaient teintés d'une monstruosité qu'il faisait de son mieux pour dissimuler en temps normal. Il s'approcha plus vite, trop vite, laissa ses longs doigts saisir les épaules d'Edward pour le jeter en arrière. La violence qui teintait ses traits allait de paire avec la douleur qui suintait de tout son être. Ses mains tremblaient en chœur avec sa voix, fléchissant sous le poids d'émotions que personne ne pouvait plus contrôler.

« Tu sais quoi Edward ? Merde ! Tu sais pourquoi je suis là, hein ?! Tu sais pourquoi je continue de te parler, depuis tout à l'heure ?! »

Un regard plein de douleur.

« Parce que je t'apprécie, figure toi ! Parce que t'admire, espèce d'abruti ! »

L'inspiration que prit le jeune homme sembla lui déchirer la gorge. Il recula d'un pas, frémissant pour toute autre raison que le froid.
Bon sang, ce que ça faisait mal.

« Toi, enragé ? Toi ? »

Un léger éclat de rire, dénué de toute jovialité.

« Bordel, Ed... Tu me prends pour qui ? Tu te prends pour qui ? Tu crois que je ne sais pas ce que ça fait, d'être regardé comme un monstre assoiffé de sang ? Hein ? Tu crois que j'ai oublié ce que ça fait d'être pris pour une bête dangereuse ? Mais entre toi et moi, c'est moi qui en a le plus besoin, de ce sang ! C'est moi qui n'arrive pas à s'empêcher de le faire couler ! Même quand je refuse de verser celui des autres, je suis obligé de prendre le mien ! Le sang, Edward, figure-toi que j'aimerais bien pouvoir m'en passer autant que toi ! J'aimerais bien pouvoir me dire que ça ne m'apaise pas, d'en sentir l'odeur ! J'aimerais bien pouvoir me dire que ça ne me donne pas faim ! Je n'oserais jamais te considérer comme ce genre de bête là, parce que la bête c'est moi ! Je n'oserais jamais te regarder comme ''les autres'' te regardent ! J'aimerais tellement être comme toi, tu ne le comprends pas, ça ?! »

L'essoufflement du canidé trahit la fin de ses paroles, qui se cassèrent sur les lames de sa douleur. Il adressa un regard plein d'incompréhension à son interlocuteur.

« Tu ne vois pas, hein ? Tout l'espoir que tu m'apportes, tu ne t'en rends pas compte, ou quoi ? T'es la seule personne que je connaisses qui arrive à se maîtriser même sous ta forme animale ! Tu n'as même plus envie, même plus besoin de faire couler du sang ! Comment est-ce que je pourrais te considérer comme un loup enragé quand je suis le seul à vivre en sursis des autres ?! Je vais finir par tuer Ed, tôt ou tard, mais pas toi ! Et parfois je me dis que peut-être, peut-être moi aussi j'aurai le droit à ça un jour. En attendant je ne peux qu'admirer, parce que j'en suis encore au stade où je dois me battre pour tuer le moins possible ! »

L'agitation d'Ashton ne faisait que croître, encore et encore, à mesure qu'il laissait ses émotions prendre le pas sur son esprit. Sa voix se fit plus douce, presque murmurée.

« La bête enragée, c'est moi, je le sais. Je ne me permettrai jamais de te renvoyer à la face quelque chose qui n'appartient qu'à moi. Je n'arrive pas à croire que tu puisses penser que c'est mon but. »

Les yeux pourpres étaient rendus plus brillants encore par la vulnérabilité qu'il se permettait. Il secoua la tête, l'air profondément perdu, meurtri, blessé.

« Si je suis là depuis tout à l'heure, Edward, c'est pour t'aider. C'est parce que tu m'as aidé cent fois et que je ne peux pas te laisser seul en te sachant mal. Je pense que tu es un bon roi, doublé d'un homme juste qui, contrairement à beaucoup de monde, n'hésite pas à se battre pour atteindre ses objectifs. Voilà ce que je pense de toi. Je pense... non, je sais que tu es prêt à tout sacrifier pour protéger ceux que tu aimes vraiment. Et je te respecte pour tout ça. »

L'éclat de rire qui traversa ses lèvres avait quelque chose de désespéré.

« Je suis désolé de ne connaître que la violence comme solution. C'est drôle, c'est la seule chose qui ait jamais fonctionné, avec moi ! Je suis désolé d'être ce type qui pense que si ça fonctionne sur lui, ça fonctionne peut-être sur les autres ! Parce que oui, crétin que je suis, je me dis que peut-être que ça ira mieux si tu te défoules ! Damn idiot. »

Le regard brûlant du monstre n'avait plus rien de menaçant. Celui qui rencontra les iris vairons du loup n'était rien d'autre que celui d'un animal éventré par la peine.

« Je suis désolé si je t'ai fait mal, Edward... »

Sa voix se brisa de nouveau au souvenir de l'ample vêtement noir flottant vers un échappatoire mortel. Il détourna les yeux, tenta de respirer profondément. Ses paroles étaient murmurées pour lui-même plus que pour son interlocuteur.

« Comment as-tu pu dire ça ? »

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MessageSujet: Re: Vivre [libre]   Sam 6 Fév - 14:38

À cette poigne sauvage qui l’obligea à un demi-tour, Edward répondit par un regard noir et glaçant, succédé d’un prompt dégagement. Le loup recula, le corps crispé d’une colère contrainte au silence par le torrent de paroles que déversait son interlocuteur. Il n'était plus que sons. Trop aiguë ou trop grave, la suite de syllabes ruisselait en une cascade assourdissante et inintelligible. Plus de visage. Plus de corps. Juste ces gargouillements à l’écoulement continue, imperturbables face à l’agitation exceptionnelle de leur destinataire. Car Edward ne tenait pas en place. Ses iris portés au plus loin de cette forêt qui n’attendait que lui, il vacillait d’un pied sur l’autre, reculait, avançait. Les branches se brisaient sous ses doigts nerveux, le sol se tassait sous ses pas pressés, il rêvait d’espace, recherchait le silence. Et il serait parti si une parole n’avait pas retenu son attention. Vif et alerte, il se tourna subitement vers Ashton, et protesta aussitôt :

Je n’ai pas bes…

Mais sa voix disparut, noyée par les flots d’une tirade sans public. Entêté, il répéta plusieurs fois l’action, sans succès. Sa colère ne fit que croître, son besoin d’air également. Il trépignait, serrait, desserrait ses mains, triturait sa chemise tâchée, se détourna à nouveau, esquissa un pas, mais s’arrêta aussitôt. Le vent avait tourné. Toujours aussi glacé, il fut, cette fois-ci, messager d’un parfum si particulier qu’il déstabilisa le loup au point de stopper nette sa retraite. Les sens en éveil, si troublé qu’il en était devenu parfaitement immobile, Edward guettait un second souffle qui ne vint pas. Porté par le courant des phrases interminables, ce fut pourtant l’une d’elles, au ton plus faible que les autres, qui le contraignit à s’intéresser à son interlocuteur. Il le toisa une seconde, le temps qu’un nuage de vapeur s’échappe de ses lèvres entrouvertes, puis abandonna, plus froid que cette nuit hivernale :

C’est bon ? Tu as fini ?

Plus une once de calme n’habitait le corps du lycanthrope. Son immobilité l’avait quitté en même temps qu’il redécouvrait les traits trop familiers et trop proches d’Ashton. Une coïncidence pourtant, car son esprit était occupé à une réflexion bien étrangère à leur différent. Nerveux, remuant, il glissait régulièrement un coup d’œil sur la gauche et ne se figea que lorsqu’une bise s’aventura à les déranger. Alors, il fronça les sourcils, porta sa main à son nez glacé, s’interrogea en silence, jusqu’à croiser les iris dépités du chien. Un sursaut d’orgueil le rappela aux souvenirs des paroles prononcées et ce fut avec une pointe de prétention qu’il argua :

Qu’est-ce qui te fait croire que j’ai besoin d’aide Lyn ? Parce que je suis débraillé ? Parce que je n’ai ni veste, ni chaussures ? Ou parce qu’ainsi, sans masque, tu ne reconnais plus celui que tu dis tant admirer ?

Un silence bref se glissa entre eux, accompagné d’une bise caressante dont l’étreinte glacée prit plaisir à effleurer de tout son tranchant les présents. À son contact, un frisson électrique remonta l’échine d’Edward dont le comportement changea brutalement. Il délaissa dans la seconde son poste, si vaillamment tenu jusqu’alors, et s’éloigna, jetant comme une vulgaire banalité :

Je t’ai dit ça pour que tu me laisses tranquille Ashton. Rentre chez toi.

Contrairement aux autres fois, les pas d’Edward ne le conduisirent pas à l’opposé de son interlocuteur, bien au contraire. D’une foulée rapide, il passa devant lui et s’engouffra aussitôt entre deux bosquets, avant de bifurquer et de s’effacer derrière le tronc massif d’un chêne. Son pas se fit véloce, instinctif, lupin. Il suivit son flair comme on l’aurait fait d’une boussole. Le chemin se dessinait pour lui, et uniquement pour lui, avec une précision chirurgicale qui dispensait à son corps le moindre mouvement superflu.
Quelques minutes lui suffirent pour réduire la distance, quelques secondes de plus et il le découvrit. Pas une goutte de fierté ne perla dans cet exploit et dans la trouvaille qui lui succéda. Car ce fut sans réfléchir, animé par cet instinct pur et infaillible, qu’Edward s’en empara. Le geste maîtrisé laissa place à une nouvelle quête : retrouver Ashton. Le loup s’y employa avec la même simplicité, appelant même, alors qu’il lui semblait tout proche :

Ashton attend !

Il coupa sur la droite et une bise légère, chargée de soufre, l’invita à progresser sans précautions dans un bosquet de ronces. Le loup déboucha derrière le chien et, profitant de sa haute taille, il somma tout en s'exécutant :

File moi ton écharpe.

Le tissu déjà en main, arraché sans scrupule à son propriétaire, Edward ne prit pas le temps de le replier et en recouvrit la moindre parcelle de son trésor, maintenu fermement de son bras gauche. Étrange changement que celui qui s’était opéré entre le départ du lycan et son retour. À présent serein, animé d’une douceur et d’une délicatesse que peu pouvaient se vanter d’avoir surpris, Edward ne quittait plus des yeux sa prise, un sourire indescriptible posé sur ses lèvres. D’un geste tendre, il vint pourtant dégager un repli du tissu et dévoila en même temps, le visage assoupi d’un nouveau-né. Minuscule petit être lové dans les bras gigantesques d’un animal, l’enfant s’agita brièvement, sans doute heureux de cette nouvelle chaleur. Un doigt disproportionné caressa sa joue ronde, saisit à son tour par une main potelée et rose qui gonfla le cœur du loup d’un soupir heureux. Mais un froncement de sourcils suivit, puis quelques mots teintés de tristesse :

Mais où sont tes parents…

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MessageSujet: Re: Vivre [libre]   Lun 14 Mar - 23:20

Il avait suffit d'un nom.
Six lettres. Six petites lettres qui se couronnaient dans un souvenir à la fois lointain, tiraillé par des années de séparation, et pourtant si proche que, s'il y pensait plus d'un instant, l'impression lui venait qu'il pouvait sentir, toucher, palper sa mémoire. La toucher, elle.
Il avait suffit d'un nom qu'Edward n'avait encore à ce jour aucun droit de prononcer dans ce genre d'occasions.
D'abord était venue la fantastique gerbe de paroles. Ashton avait eu besoin de s'expliquer, de montrer, de pointer du doigt. Il avait voulu faire comprendre, interpeller. Il avait ressenti cette urgence de remettre les choses dans le droit chemin avant qu'elles ne dérapent.
En réalité, il était déjà trop tard pour ça.
Car, s'immisçant sournoisement dans le flux incessant de ses mots dépités, la Haine était arrivée, avec lenteur, et s'était installée en impératrice sur son âme tourmentée. Il ne savait trop si elle venait du Monstre ou de lui. Au fond, c'était sans doute la même chose.  Et ce n'était plus important. Plus après cette réaction, toute bête, toute simple.

« C’est bon ? Tu as fini ? »

Comme si rien ne s'était passé. Comme s'il s'était agi d'une simple petite altercation. Comme si personne, au fond, ne souffrait de voir le pire moment de sa vie jeté à sa face tel un crachat, retourné contre lui de la pire des manières. Comme si Edward, en soi, avait été dans son droit.
Il ne l'avait pas été. Il ne l'était toujours pas.
Ashton maudissait chaque pitoyable son qui s'était échappé de cette maudite bouche pour former une phrase. Il sentait la colère se glisser en lui sans l'en empêcher. Pas cette fois. Aujourd'hui, elle serait sa parure. Il admirerait son éclat, ferait briller sa couleur, arracherait sa richesse. Il lui donnerait tout. Brusquement, il avait envie de sang. Pire, il voulait frapper. Et pas n'importe qui. Frapper cet intolérable sot tant qu'il le pouvait.
Un frisson parcourut le corps tendu du Chien. Les poings se serrèrent, la mâchoire se crispa, la respiration se fit plus saccadée. La furie qui coulait dans ses veines de voulait d'aucun obstacle. Pas ce soir.
De quel droit ? Depuis quand pouvait-on se permettre ce genre de choses ? Avec un monstre ? Auprès d'une Bête ? Pour qui se prenait-il ?
Il se croyait monstrueux ? Oh, il n'avait rien vu.

« Qu’est-ce qui te fait croire que j’ai besoin d’aide Lyn ? Parce que je suis débraillé ? Parce que je n’ai ni veste, ni chaussures ? Ou parce qu’ainsi, sans masque, tu ne reconnais plus celui que tu dis tant admirer ? »

Un regard pourpre se tourna vers Edward. Rouge, brûlant, haineux. Les iris de feu eurent pu glacer l'Hiver. Soudain, il détestait. Il méprisait. Son corps tremblait de rage, et d'une brusque soif de sang. Il s'imaginait déjà le faire dégouliner dans l'herbe gelée par la Nuit, y miroiter son visage nommé après la Mort, et répandre de nouveau le chaos qu'il aimait tant.
Frapper.
Tuer.
Tuer tuer tuer tu-

Ashton se figea en un hoquet d'horreur. Son souffle court résonna fort dans le néant nocturne, comme celui d'une Bête, haletant, suffoquant presque. Son agitation grimpa de nouveau. Il frotta ses mains, agrippa ses bras, y planta ses doigts tremblants. Ces songes, il ne les connaissait que trop bien. Il avait appris à les reconnaître, et...

Non. Non, non, non. Ce n'était pas lui. Ces pensées, ce n'était pas lui.

Il avait été idiot, et il avait été faible. Il avait l'expérience de ce genre de choses, il ne devait plus les laisser le contrôler. La colère était le pire échappatoire possible. Il ne pouvait pas se faire avaler sans résister. Il avait besoin de s'arrêter. Maintenant.

Pourtant... Il le méritait... le Grand Loup...

Sa respiration se coinça dans sa gorge, et parut ricocher contre ses côtes pour s'échapper. Il détourna le regard, observa fixement un arbre. C'était n'importe quoi. Perdre le contrôle pour ça... Il devait se calmer sans plus attendre.

Il s'était moqué de ce qu'il avait de plus cher, de plus douloureux, de plus triste. Il le MERITAIT.

Ashton connaissait Edward, savait ce qu'il faisait de sa propre colère, connaissait les paroles et leur sens véritable. Pourtant... Pourtant ce soir, croire en ces mots débordant de dégoût avait été d'une facilité déconcertante. D'une facilité qui avait été douloureuse. Il recula d'un pas presque par réflexe, adressant un regard alarmé à l'interlocuteur qui n'avait sans doute pas conscience, pas assez, du combat qui venait de commencer en son sein.

Le loup blanc se croyait supérieur. Il était suffisant. Pourquoi ne pas lui montrer la Douleur ? La Peur ?

Les paupières d'Ashton se fermèrent d'elles-mêmes. Une bourrasque de haine continuait de l'assaillir, nourrie par une mémoire trop vive et des émotions trop fortes.

Et pourquoi pas la Mort ?

« Je t’ai dit ça pour que tu me laisses tranquille Ashton. Rentre chez toi. »

Le regard pourpre rencontra le vairon dans un regain de colère. Le poing du canidé se crispait à s'en briser la peau. Il en avait marre.

Edward le cherchait.

Le loup n'avait jamais eu besoin d'aller aussi loin, et il l'avait toujours su. Il avait choisi les mots pour faire mal, et il y était parvenu.

Il pouvait faire mal aussi.

Désormais il se trouvait face à son Monstre pour un duel qui ne cesserait que lorsque sa furie accepterait de diminuer. C'était de leur faute, aussi bien son interlocuteur que lui-même. Il avait été trop vulnérable, et Edward... s'était comporté comme un parfait salaud. Un soupir rageur lui échappa tandis qu'il se retournait pour marcher, furieux, dans la direction opposée à son interlocuteur.

« La ferme, Edward. »

Qu'il s'éloigne, qu'ils s'éloignent, c'était tout ce dont il avait besoin. L'orage qui grondait dans ses entrailles serait assez aisé à atténuer s'il s'éloignait de la source de sa rage. Faire volte-face, dans sa colère, était étonnamment aisé. Dans sa furie, disparaître était simple. Au final le loup aurait ce qu'il cherchait. Tant pis. Tant mieux.

Le loup n'avait qu'à crever.

Il accéléra son pas et, se pressant, haletant presque, enjamba au hasard buissons et feuillages. Fuir sa peine, fuir sa haine, qu'importe. Il devait partir. En réveillant ses souvenirs, Edward avait réveillé une créature qu'il ne voulait pas croiser de nouveau. Et Ashton avait pour devoir absolu de réaliser ce souhait, en dépit de tout sentiment. Ses émotions avaient déjà débordé une fois ce soir, il ne pouvait plus se le permettre.

Pourquoi pas ? IL pouvait lui accorder tout ce qu'il désirait... IL pouvait assouvir cette soif qu'il refusait d’épancher.

Regain de rage. Un geste fébrile, un instant d'égarement, et le coup partait. Le poing du canidé s'écrasa contre l'écorce gelée d'un tronc d'arbre. La violence du mouvement fit trembler la surface, doucement contre sa peau. Il poussa un profond soupir. Ses paupières se fermèrent. Lentement, il retira sa main.

Il. Devait. Se. Calmer.

Inspirer, expirer. Doucement. Penser à la mer. Le flottement des vagues, les effluves d'écume, et le bruit incessant des mouettes sur le bord de plage.

Inspirer, expirer. Le sourire chaleureux des filles du port, les rires tonitruants des marins sur les caisses élimées des navires. La torpeur du soleil.

Inspirer, expirer. La douleur sage. L'aiguille incrustant au plus profond de sa chaire une encre indélébile, et la Mort comme Art sur sa peau.

Expirer, une dernière fois. Se souvenir que se laisser aller, c'est un meurtre, et que même le pire des souvenirs, même la pire des remarques ne peuvent l'embarquer sur l'océan de l'Enfer.

Lorsqu'Ashton se redressa, son corps frémissait toujours d'une colère qui bouillonnerait encore longtemps en lui. La certitude le fit grimacer, et il demeura quelques instants ainsi, fixant obstinément sa main comme s'il s'était trouvé là un ennemi redoutable. Un second soupir tirailla sa bouche. Il tritura son piercing. Ce soir, il resterait dangereux.

« Ashton attends ! »

Le canidé sursauta presque. Il se tendit brusquement, se retourna de paire, fronça les sourcils. Un juron lui échappa. Il n'était pas courant qu'on le surprenne, encore moins qu'on parvienne à faire ignorer sa présence. Le garçon secoua distraitement de la tête, mécontent. Il s'était déconcentré. Encore.

Ils étaient deux. Parti seul, Edward lui revenait accompagné d'une âme bien trop délectable à son goût. Parti sous la haine, le loup personnifiait désormais une crainte dont Ashton ne pouvait se défaire. Un éclat de rire dénué d'humour le traversa. Douleur, furie, et maintenant peur. S'il continuait ainsi, il serait bientôt pris pour fou. Ce n'était pourtant pas de sa volonté. La peine l'avait rendu instable, son instabilité l'avait rendu féroce, et sa férocité, désormais, l'effrayait. La boucle était bouclée, seul lui restait dans la bouche le goût amer de sa déception. Il soupira.

Son regard pourpre se tourna vers l'arrivant. Toujours débraillée, la peau rougie par le froid, celui-ci tenait dans ses bras un petit être qui, d'ordinaire, l'eut attendri. Ce soir, l'âme vaporeuse et pure, si pure, lui donnait faim. Il se crispa.

« File-moi ton écharpe. »

Il le laissa faire, silencieux, l'observa disposer du vêtement autour du minuscule corps, si fragile, si... cassable du nourrisson. La tendresse presque paternelle qui animait les grandes mains d'Edward alors qu'il s'activait sur l'enfant était remarquable, presque choquante vu le contraste qui giflait Ashton. Devant cette scène, il en devenait presque impossible d'imaginer l'état d'agitation dans lequel s'était trouvé le corps saillant du lycaon quelques minutes seulement auparavant.  Tout s'était brusquement apaisé, et le jeune homme se trouva assailli par une détestable impression. C'était comme si, au fond, rien n'était réellement arrivé, comme si en soi, c'était pour cela qu'il s'était mis dans une position si fâcheuse : Rien. L'amertume redoubla, la crainte aussi, et c'est comme pour s'en détourner, pour se nourrir d'une essence pure qui ne lui inspirait que du bien qu'il se concentra sur le bébé.

« Il n'est pas humain. Pas tout à fait, du moins. »
, intervint-il.

Les iris couleur sang fixaient avec intérêt l'âme si déroutante du nourrisson. La couleur était pâle, d'une blancheur que l'on ne trouvait guère que chez ceux qui n'avaient pas eu le temps de vivre, et pourtant elle se trouvait teintée d'un il-ne-savait-quoi qu'il peinait à comprendre. Ashton pencha la tête sur le côté, brusquement animé d'une curiosité qu'il prit soin de garder saine.

« Je n'ai jamais rien vu de tel, à vrai dire... »

Le regard qu'il adressa à Edward avait encore quelque chose de froid, un instinct haineux qui, bien que soigneusement enterré, menaçait de reparaître. Il se redressa légèrement, croisa les bras dans un réflexe presque protecteur.

« Ses parents étaient peut-être humains et... »

L'autre alternative, Ashton la connaissait, mais il ne voulait trop y penser. Les chasseurs sévissaient un peu trop à son goût déjà, et il n'aimait pas l'idée d'un enfant rendu orphelin par le meurtre. Une grimace trouva place sur son visage alors qu'il cherchait une âme aux alentours. Rien.

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MessageSujet: Re: Vivre [libre]   Sam 19 Mar - 22:35

- Étaient ? Répéta machinalement Edward.

Son cœur se gonfla d’une angoisse soudaine qu’il distilla dans tout son corps. Il crispa son visage d’inquiétude, noya son regard d’un trouble évident, bouscula son corps dont le calme s’évapora, avant de le figer tout à fait. Ses iris quittèrent vivement la silhouette longiligne d’Ashton pour se perdre sur la figure du nourrisson assoupi. Il en scruta les traits avec ardeur, comme s’il espérait y trouver un signe, une inscription, quelque chose qui lui indiquerait formellement s’il enserrait ou non un orphelin. Bien sûr, il ne trouva rien et il en résulta une révolte sauvage de son esprit qui rejeta complètement cette hypothèse.
Ses bras solides et protecteurs se resserrèrent sur l’enfant qu’un mouvement instinctif sembla éloigner de son interlocuteur. Et le loup s’exclama avec emportement :

C’est parce que tu la côtoies que tu vois la mort là où elle n’est pas ? On devrait les chercher au lieu de les enterr… Aie !

Contraint d’incliner la tête en arrière, ce fut un brin vexé qu’Edward se retourna vers le nouveau-né, réveillé, dont les petites mains potelées avaient trouvé bon de tirer à l’excès sur sa queue de cheval. Les prunelles dépareillées du loup croisèrent alors le regard bleuté du bambin dont les babillages tentèrent d’excuser le baptême de salive accordé à ses cheveux. Un frisson un brin écœuré remonta l’échine d’Edward avant qu'il ne retire son jouet à l’enfant et remarque, à cette occasion, un détail curieux.

Qu’est-ce que c’est ?

Il glissa ses doigts interminables sur les manches de son protégé et en retira une fine poussière dont il respira les embruns. Le silence d’une seconde précéda un éternuement royal auquel succéda le rire cristallin de l’enfant. Il s’agita, visiblement emballé par ce son étonnant et leva ses petits bras vers Edward qui ne s’arrêtait plus d’éternuer. Cinq fois, six fois ! Il retrouva un semblant de calme à la septième, mais ce ne fut vraiment qu’après huit exclamations qu’il s’apaisa et espéra rouvrir les yeux sans crainte.

Mais alors, une voix chantante et féminine raisonna à son oreille :

Voilà ce qu’il en coûte de fourrer sa truffe dans les affaires des autres !

Sous la surprise, le mouvement de recul du loup faillit lui coûter son équilibre. Heureusement il se rattrapa à temps et put découvrir, non sans stupeur, leur nouvelle interlocutrice. Face à lui voletait une demoiselle haute comme trois pommes. Son épaisse chevelure blonde tombait sur un cape de neige doublée de fourrure, au dos de laquelle une fente laissait place à deux ailes fines dont le battement frénétique permettait de la maintenir en l’air. De son corps on apercevait que ces pieds graciles et son visage aux pommettes rougies par le froid. Il s’éclaira d’ailleurs d’un sourire moqueur tandis qu’elle reprenait :

Oh ! Je vous ai fait peur ? Ce n’est pourtant pas la petite bête qui va manger la grosse, n’est-ce pas M. le loup ?
Tout s’explique… Grogna le lycanthrope dont l’étreinte sur le nouveau né se fit plus défensive.
Mais c’est qu’il montre les crocs en plus ! Un vrai prédateur ! Il faut peut-être lui gratter les oreilles pour qu’il se c… Hé !

Edward venait de refermer les dents à quelques centimètres à peine de la cheville de la demoiselle, l’obligeant à vivement se reculer. Au même instant, un bref éclat lumineux traversa la scène et donna lieu à une nouvelle exclamation.

B-Bouton-d’Or ! Il ne faut pas qu’on se montre aux inconnus !
Du calme Bleuet, ce sont deux légendaires. On ne craint rien.
D… Deux ?
Oui ! Regarde derrière toi ~

Ce fut avec la plus grande prudence que la petite Bleuet se retourna. Elle se retrouva nez-à-nez avec Ashton dont les iris écarlates arrachèrent à son corps un tressaillement d’effroi. La petite fée poussa un cri paniqué et fusa se mettre à l’abri derrière Bouton-d’Or dont le rire résonna joyeusement entre les arbres. Elle finit par retrouver un semblant de sérieux et reprit en posant ses mains sur ses hanches :

J’aimerais bien rester jouer avec vous deux, mais on a perdu assez de temps à rechercher l’enfant et je n’ai pas très envie de me faire sermonner… Rendez-le nous et je vous laisserai repartir sans vous jeter de sorts ~
Non, répliqua Edward qui connaissait parfaitement les coutumes des fées et leurs habituels rapts de nourrissons substitués contre leurs changelings.
S-S’il vous plaît, demanda à son tour Bleuet. C'est une mission importante qu'on nous a confié…

Edward ne bougea pas d’un millimètre, mais Bleuet se dissimula davantage derrière sa comparse, visiblement impressionnée par la défiance du loup. Bouton-d’Or, au contraire, s’en amusa beaucoup. Un rire léger agita ses épaules et après avoir voleté autour d’Edward, elle s’intéressa davantage à Ashton qu’elle inspecta méticuleusement. Enfin, elle avisa tour à tour les deux légendaires, puis interrogea taquine :

Que se passerait-il si… Je lâchais le chien sur le loup ? Après tout il a l’air d’en avoir très envie !

L’incompréhension se peignit sur le visage du lycanthrope. Il avisa Ashton et son comportement changea radicalement. Il se mit aussitôt sur ses gardes, ajusta ses appuis et sa position, de sorte à préserver l’enfant d’un potentiel danger. Ses iris ne quittaient pas la fée dont les lèvres s’étirèrent en un sourire railleur. Elle ouvrit la bouche, mais au moment de prononcer sa sentence, ce fut une autre voix qui s'éleva :

Et bien… J’ai bien fait de me déplacer on dirait. Non contente d’être en retard, tu es en plus impolie et bien inconsciente Bouton-d’Or.
H… Hélianthe… Balbutia Bleuet.
Mais ils ne veulent pas nous rendre le nouveau né !
Vraiment ?

Hélianthe observa Edward puis Ashton, s’attarda davantage sur ce dernier, avant de revenir à sa jeune élève. Une moue vexée déformait à présent le visage angélique de Bouton-d’Or dont les bras nus et délicats s’étaient resserrés sur sa cape. Cette vue ne fut pas sans arracher un soupir las à la plus âgée des fées qui reprit :

En ce cas passons un accord. Acceptez de nous rendre un service et nous vous laisserons ramener ce petit chez lui.
Quel service ? Interrogea sèchement le loup, méfiant quant à la malice du petit peuple.

Un sourire s’esquissa à peine sur les lèvres de craie d’Hélianthe. Elle réajusta délicatement le duvet de plume qui bordait l’encolure de son manteau et abandonna d’une voix sereine :

Vous nous aiderez à gagner la guerre.

Le regard et le gloussement qu’échangèrent Bouton-d’Or et Bleuet furent les signes de l’admiration sans faille qu’elles portaient au talent de stratège de leur supérieure. Cette dernière, impassible, ne quittait pas ses interlocuteurs des yeux et attendit en silence leur parfaite reddition.

Edward parla le premier.

C’est d’accord.

Hélianthe se tourna alors vers Ashton et planta ses iris d’ébène dans ceux du chien. Elle l’observa, le scruta même, avec tant de profondeur qu’elle aurait atteint son âme s’il en avait eu une. Alors, un imperceptible sourire se lova sur le coin de sa bouche, un changement invisible, mais terrifiant.

H.R.P:
 
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MessageSujet: Re: Vivre [libre]   Lun 4 Juil - 0:10

Là où d'ordinaire un sourire eut illuminé le visage d'Ashton, seule une expression neutre marquait désormais ses traits. Là où l'hilarité eut habituellement pris le cœur du jeune homme, la morne solitude de la colère et de la douleur régnait en maîtresse absolue. Là où il eut voulu rire, le canidé ne pouvait guère que maintenir son impassibilité, unique forteresse branlante entre la Bête et le Monde.

À la question d'Edward, il n'avait pu penser qu'une chose. Je ne côtoie pas la Mort, je suis la Mort. Comme deux faces d'une même pièce, Ashton était Agonie, et l'Agonie se personnifiait en lui. Sa Nature lui imposait ce funeste privilège, cette fatale capacité. Il n'en avait jamais voulu. Et s'il eut d'ordinaire simplement ri à cette pensée, s'il l'eut mise de côté pour se concentrer sur la moue déconfite qu'arborait son supérieur à cet instant même, vaincu par un nourrisson, ce soir il ne pouvait s'y mener. Ce soir, le Chien s'approchant de la surface de son âme avait fait resurgir avec lui les stigmates de son ignominie. Les doutes, d'ordinaire absents en son esprit, l'emplissaient désormais. Il avait trop peur de lui-même pour tolérer son propre humour.

C'est en spectateur passif qu'il regarda son interlocuteur être harcelé par la bouche vorace du nourrisson, crispé là où il n'eut du être qu'amusé. L'âme de l'enfant l'appelait de manière morbide, inlassablement, et c'est par instinct qu'il fit un nouveau pas en arrière. En cet instant, le jeune homme se faisait peur. En cet instant, il était terrifié d'un monstre qui n'avait de face que la sienne. Un violent frisson d'amertume le parcourut à cette idée, et il détourna le regard jusqu'à entendre les éternuements du roi des loups.

Il sentit avant d'entendre. Il sentit les âmes le premier, et se figea de plus belle. Son cœur martela désespérément sa poitrine, et son estomac se rua contre sa peau. Non, non, non... Il ne voulait pas de nouvelles présences. Il était trop instable pour tolérer plus de potentielles victimes. Personne ne comprenait, personne ne comprenait jamais à quel point il était un danger. Personne ne s'éloignait jamais assez tôt. Parfois, il se demandait si, peut-être, le secret n'était pas de ne jamais laisser quiconque s'approcher. Dans ces moments, le doute s'installait. Dans ces moments, il se voyait Vermine avant Individu, et se dire qu'il ferait du mal à tout ce qu'il touchait devenait beaucoup trop simple. Alors si l'arrivée des fées en eut courroucé d'autres, elle ne fit que le terrifier un peu plus.

Les railleries des fées ne trouvèrent à ses oreilles aucun écho. Tout au long de leur bavardage, il demeura coi, figé, observant silencieusement une scène pour laquelle il ne se trouvait aucun intérêt. Ashton n'avait simplement plus la force de se batailler vainement contre des créatures mesquines, et leurs piailleries ne faisaient qu'agiter davantage son corps saillant. Les muscles ondulaient suavement sous la peau ivoirienne, suintant la nervosité croissante du monstre au masque d'homme. Il trépignait sans dire mot, irradiant de cette même anxiété qui paraissait vouloir voler son âme. Seul la mention de sa présence parvint à le maintenir dans la réalité de ce moment. Une réalité qu'il ne voulait qu'éviter, peut-être. Il provoquait la peur, il était créature de Mort, il était fils du Chaos qu'il engendrait.

Le violent sursaut qui s'empara de Bleuet ne lui arracha qu'un bref plissement des yeux. Il savait. Ce genre de réactions était sa normalité toute personnelle. Il ne s'en gratifiait pas, ne trouvait pas non plus besoin de se haïr pour elle. C'était simplement une réalité, rien de plus. Ce n'était pas douloureux.

Non, ce qui fit mal, ce fut la réaction profondément défensive d'Edward en voyant son état de nervosité. État provoqué par nul autre que lui d'ailleurs. Un relent de haine lui brûla la gorge, et c'est un éclat de rire ô combien amer qui lui échappa. Ainsi donc il fallait mettre le roi des lycans face au

danger pour qu'il s'en rendît compte... L'idée était ridicule, tout bonnement risible. L'ironie de la situation avait quelque chose de presque comique. Douloureuse comédie dans laquelle il s'empêtrait un peu plus à chaque seconde. Secouant la tête, un fin rictus aux lèvres, le canidé se détourna. Edward saurait se débrouiller sans lui ; il n'avait qu'à partir. Il voulait partir.

Seule l'arrivée d'une nouvelle fée, plus autoritaire que les autres, l'arracha à son dessein. Il observa son petit corps s'agiter dans les airs nocturnes, nota la couleur singulière d'une aura qui ne lui plaisait pas vraiment. Le regard d'Ashton, immédiatement, se troubla. L'attitude de la dénommée Hélianthe le perturbait. Loin de la peur, c'était de l'intérêt qu'il lisait dans les reflets d'obsidienne de son regard. Il plissa les yeux.

Que voulait-elle donc qui soit suffisamment important pour sacrifier un nourrisson pourtant ardemment désiré ? Où se tenaient ses motivations ? Quel rôle avaient-ils à jouer dans cette mascarade ? Ashton ne le savait guère, mais il n'avait pas envie de s'amuser avec son pouvoir ; pas ce soir. Et lorsque le mot « guerre » eut franchi les lèvres malicieuses de la fée, sa décision était prise.

« Hors de question. », répondit-il presque en même temps qu'Edward.

Son regard pourpre se planta avec une forme de violence dans les iris dépareillés du loup. Il acceptait ? N'était-il pas supposé être sensé, le roi des lycans ? N'était-il pas supposé savoir, anticiper, prévoir ? Les coups fourrés des fées étaient si évidents qu'ils en devenaient cinglants, claquant au visage du canidé avec une puissance qui le faisait frissonner. Son sourire se fit amer.

« Comme vous l'avez si bien dit vous-mêmes, je suis dangereux. Et croyez-moi, vous n'avez pas envie de jouer avec ce que je suis ce soir. »

Sa voix suave recelait d'une dangerosité palpable, nourrie par la colère qui ravageait ses entrailles. Il croisa les bras et fusilla Hélianthe du regard. La fée n'obtiendrait rien de lui, pas la moindre violence. Les mots qui sortirent de sa bouche débordaient d'une animosité bien éloignée de son ton habituel.

« Contrairement à ce que vous pensez peut-être, je n'aime pas vraiment les guerres. Mais je suis certain qu'Edward sera suffisant à votre quête. Vous n'avez pas besoin de deux canidés, je me trompe ? »

Le ton du jeune homme avait quelque chose d'acerbe, une teinte de reproche immuable qu'il crachait à la face de chacun des présents, hormis l'enfant qui, innocente victime de la trame du destin, l'inquiétait plus qu'aucune autre chose. Les iris flamboyants balayèrent l'assemblée avec la violence d'une haine qu'il ne savait plus à qui vouer, puis Ashton tourna les talons.

« Je n'ai plus rien à vous dire. Edward, prends soin du gosse, ne les laisse pas le reprendre. Quant à moi, je m'en vais. Je n'ai rien à faire ici. »

Ashton ne se sentait pas à sa place en ces lieux, lui qui d'ordinaire se faisait un toit des étoiles et un foyer de la rue. Non, ce soir il était danger, et ce soir le seul endroit qui serait pour lui une maison était son appartement. L'enfermement serait ce soir son havre de paix, seule sécurité dans un monde pour lequel il était un danger absolu. Un monde qu'il devait préserver de lui-même. Il lui fallait du temps, du temps pour respirer et surtout pour se calmer.

Après un dernier regard vers le nourrisson, le canidé s'enfonça dans la pénombre avec la ferme

décision de s'éloigner des individus qui le rendaient nocif pour eux-mêmes. Seule une légère appréhension quant à l'avenir de cette si petite âme parvenait à le faire hésiter. Pas suffisamment.

Coûte que coûte, il devait s'éloigner, si ce n'était définitivement, de la source d'une haine aussi vorace que le monstre qui l'habitait. La douleur vivace des mots d'Edward tiraillait encore ses entrailles, la présence des fées alimentait sa colère et l'enfant accroissait encore la peur qui dévorait son cœur. Ses sentiments le rendaient instable. Il ne pouvait se permettre de rester. Surveiller de loin – de très loin – était la meilleure solution.

Pouet !:
 

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MessageSujet: Re: Vivre [libre]   Dim 23 Oct - 21:32

Ashton !
Laisse-le s'en aller, Lycan. Notre marché tient quand même.

D'un mouvement imprégné d'élégance et d'autorité, Hélianthe vint se poser sur l'épaule d'Edward et observa, avec un faible sourire, la silhouette tressaillante d'Ashton disparaître dans la nuit. Puis son regard d'acier coula sur le profil du loup. Elle en scruta chaque trait avec attention, décortiquant soigneusement le moindre frisson qui venait agiter les mèches sombres et sauvages tombées sur son visage rougi par le froid. Le silence s'éternisa, la faisant sourire. D'un pas lent et mesuré elle se rapprocha de l'oreille d'Edward, soufflant en son creux quelques mots perlés de venin :

Ce n'est qu'un lâche.
Taisez-vous ! Riposta sèchement le loup qui l'éloigna d'un puissant revers de main.

Hélianthe s'envola calmement. D'un battement d'aile, elle rejoignit ses deux élèves qui pouffaient sans discrétion face à la scène. Toisant son interlocuteur d'un regard hautain, la plus âgée des fées l'interrogea tout en réajustant son col en duvet de cygne d'un mouvement plein de nonchalance :

C'est pour prévenir de ta propre couardise que tu défends le chien qui fuit la queue entre les jambes, Lycan ?
Je n'ai pas peur !
Tu devrais.

Malgré la nuit froide de janvier, une goutte de sueur perla sur le front d'Edward dont l'étreinte se resserra sur le nouveau-né assoupi. Le visage fermé, il ne quitta pas des yeux les trois fées et grimaça lorsque, le voyant si sérieux, les gloussements de Bleuet et Bouton d'Or redoublèrent. Leur aînée les calma d'un geste, examinant une dernière fois le loup avant de lui tourner le dos. Sa voix tranchante reprit sous une neige qui tombait de plus en plus fort :

Quelle détermination. Mes Chères Petites, la reine va être heureuse. Nous venons de lui trouver un nouveau champion.
Un valeureux guerrier ! S'enjoua Bleuet.
Un fou oui ! Railla la dernière.
Allons Mesdemoiselles, pour les loups, ce sont des synonymes ~

À nouveau des rires et le trio prit la route. Edward les observa sans un mot, son souffle régulier nimbant l'espace d'une brume légère. Il ne se détourna d'elles que pour jeter un coup d'œil dans la direction prise par Ashton. À présent habillée d'un fin manteau blanc, la forêt luisait sous l'éclat de la lune, mais seuls les arbres, tristes et sans feuille, tenaient encore compagnie au loup. Il ferma brièvement les yeux et à son tour, il se mit en marche.

***

Faîtes « Aaaaah ».

Pourquoi ne fait-il pas « Ah » Dame Hélianthe ? L'avez-vous pris trop sauvage pour qu'il comprenne notre langue ?
Sans doute est-il impressionné par Votre Majesté.
Et bien ! Qu'est-ce que cela sera face à une armée !

Elle était apparu soudainement devant l'immense épicéa dont elle avait fait son royaume d'hivers. Une femme, une belle femme, dans une robe somptueuse faite de plumes de paon blanc, de coton, de branches de pins et de lichens se tenait face à Edward, à qui la surprise avait fait perdre l'équilibre. Elle s'impatienta de le voir ainsi assis dans la neige si bien que, frappant le sol du talon, un buisson de houx jaillit soudainement juste au-dessous de lui et l'obligea à se remettre sur pied. Il la toisait à présent de sa taille immense et cela rendit le sourire à Titania, souveraine des fées.

Ah, vu ainsi, c'est beaucoup mieux. Il m'a l'air assez solide.
C'est un loup-garou votre Majesté. Ils font partie des Légendaires les plus endurants.
Formidable. Allons, à défaut de me montrer vos dents, faites moi voir vos pattes !
M… Mes pattes ?
Oh il parle !
Il a un vocabulaire assez limité, souffla Bouton d'Or à l'oreille de sa souveraine.
Hé !
Mais il a l'ouïe fine ! S'enjoua la reine des fées.

Elle lui saisit une main, la tourna, la trouva bien grande, en fut ravie, la retourna, la sentit bien froide, en fut fâchée et la relâcha. Puis, elle attrapa sa robe, la souleva de ses deux mains cerclées de gui et s'avança, créant un petit escabeau de verdure à chacun de ses pas. Elle put bientôt observer le loup dans un parfait face à face.

Il n'y a que ses yeux qui me déplaisent. A-t-on un bleu de rechange Dame Hélianthe ? Je voudrais qu'il soit vraiment parfait. Il faut que notre adversaire enrage !
Qu… Quoi ?
Hélas Votre Majesté, je crains qu'il faille se contenter de ses iris naturels.
Grmf… Mais je déteste le rouge. Vous le savez pourtant !
Oui Votre Majesté, mais ce n'est qu'un petit défaut.
Petit, petit…
Ai-je omis de vous dire que nous avons l'assurance de sa parfaite coopération.
Oh…

Si le visage de la souveraine s'illumina, il en fut autrement pour Edward. Un frisson de rage lui remonta l'échine lorsqu'il pensa à l'enfant qu'on l'avait contraint à laisser à la « nurserie ». Serrant les poings jusqu'à en faire pâlir les jointures, il ne put qu'adresser un regard noir à Hélianthe qui n'y prêta aucune attention. Titania le remarqua, elle fronça les sourcils, qu'elle avait fins et clairs, voulut effleurer l'œil rouge du loup, mais celui-ci se recula vivement. La reine ne s'en formalisa pas. Elle tourna les talons et rejoignit ses sujets, abandonnant d'un ton princier :

Soit, il fera l'affaire ! Préparez-le.
Attendez, objecta Edward.

Il n'avait fait que tendre la main lorsque le son d'un cor de chasse se propagea entre les arbres et figea toute l'assemblée féerique. Par instinct, le loup s'était redressé, les sens aux aguets. Une faible brise lui indiqua que quelque chose approchait par le nord. L'air se chargea de nouveaux parfums, celui sucré de la résine et l'odeur âcre de la cendre. Il tressaillit.

Mais quel rustre ! S'emporta la reine derrière lui. Il pourrait au moins me laisser lancer un assaut !
L'époux de Votre Majesté a toujours été insensible à la galanterie.

L'information mit quelques secondes à se frayer un chemin jusqu'à l'esprit concentré du lycanthrope qui fit aussitôt vol face :

Vous… faites la guerre à votre mari ?!
À qui d'autre ? Interrogea passivement la reine.

Elle venait de retrouver une taille similaire à celle des autres fées et voletait à présent au-dessus de l'épaule d'Edward où elle finit par se poser. Les bras croisés, la mine déterminée, elle reprit en guettant l'ennemi :

Ne me décevez pas Loup-garou.
Mais…
Ah il va les regretter ses horribles rideaux rouges !
P… Pardon ?

Impossible de tergiverser davantage, l'ennemi approchait.

H.R.P:
 
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