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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau

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Edward White
l Dans l'ombre du loup l BIG BOSS l
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MessageSujet: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Dim 3 Avr - 12:22

Tu penses que je pourrais lui parler ? Interrogea soudain Andréa quand un hoquet de leur cab le tira de ses rêveries.

Edward ne répondit pas. Il n’écoutait pas. Ses doigts crispés sur son carton d’invitation plièrent et déplièrent pour la vingtième fois le morceau de papier fatigué, sans se soucier de sa fragilité grandissante. Il ne pensait qu’à leur destination, se maudissant d’avoir accepté la facétie de ces artistes et les heures interminables d’angoisses qu’il s’apprêtait à passer. Un vernissage sur une péniche, vraiment ! Mais que leur était-il passé par la tête ? Certes, les œuvres traiteraient exclusivement de la Seine, mais une exposition en bordure du fleuve aurait pu suffire.
Une déformation de la chaussée ébranla leur voiture dans un fracas qui parut, au loup, le plus assourdissant des coups de tonnerre. Son corps se raidit en même temps que lui revint le souvenir de la tempête, de la houle vrombissante et des cris haineux. Dans ses mains la carte se déchira. Elle ne dût son salut qu’à l’étreinte apaisante sur ses poignets tendus.

Ça va ? Demanda doucement Andréa.

Dès qu’il croisa le regard inquiet de son neveux, le calme revint dans le corps d’Edward. Un soupir discret décontracta ses épaules massives puis, comme rappelé à l’ordre par sa mémoire, il acquiesça :

On fera en sorte que ce soit possible. Ce serait dommage de passer à côté d’un entretien avec un violoniste reconnu lors d’une soirée comme celle-ci.
Vraiment ? S’enjoua le louveteau. Il faut que je réfléchisse à ce que je vais lui demander alors. Sinon je vais me mettre à bredouiller n’importe quoi le moment venu.
Fais donc ça, s’amusa son oncle dont le cœur se serra lorsque leur coupé s’arrêta.

Le chauffeur leur ouvrit et tous deux descendirent. La nuit était noire, mais calme et le faible vent qui soufflait n’emportait avec lui que le parfum si particulier de la Seine. Edward grimaça, peu friand de cette odeur indescriptible, puis il réajusta le col de son manteau avant de se mettre en marche. Ils longèrent le fleuve sur à peine cent mètres avant de discerner la lueur des premiers lampions. Disposés à intervalles réguliers sur les berges, leur lumière chaude guidait le visiteur curieux vers ce qui devait être l’unique but de sa visite : la Sequana.
L’imposant bateau-mouche, à la décoration entièrement repensée pour l’occasion, avait un air de vaisseau féerique. Ses flancs, parés d’illuminations colorées, donnaient l’illusion que l’embarcation flottait quelques centimètres au-dessus de l’eau. Elles rejoignaient dans une pagaille lumineuse et festive les décorations du pont avant puis de l’étage où l’effervescence commençait à poindre. Plusieurs notes s’en détachèrent ; mélodies brèves d’instruments que l’on accordait ou éclats de voix emballés qui se ponctuèrent d’une exclamation plus forte que les autres.

Houhou ! Daaaaarling ! Attendez, je viens vous chercher !

La petite silhouette qui venait de leur faire signe disparut de la rambarde du pont supérieur aussi soudainement qu’elle apparut sur la passerelle d’embarcation. Elle la franchit d’un pas guilleret où claquait joyeusement ses talons, puis rejoignit d’une foulée leste les nouveaux arrivants.

Vous êtes en retard Darling ! Nota la pétillante Opale d’Arbanville en se saisissant du bras d’Edward. Une minute de plus et je vous aurais jeté par dessus bord !

Elle ne fit guère attention au sursaut d’inquiétude qui anima Edward suite à ses paroles et l’entraîna sur le navire avec sa familiarité habituelle, Andréa derrière eux.
Elle insista pour monter à l’étage en premier et les poussa à gravir les marches étroites des escaliers métalliques au pas de course pour enfin déboucher sur l’immense piste de danse ou de déambulation réservée à leur convive. Cette dernière s'accommodait à merveille des immenses cheminées noires du navire s’élevant en son centre, séparations presque naturelles entre l’espace du buffet croulant de gourmandises et la petite scène où les musiciens peaufinaient encore leur gamme. Andréa y indiqua discrètement le talentueux violoniste qu’il était venu voir, avant de poursuivre la visite.
L’espace était décoré avec goût et éclairé justement par une guirlande électrique qui le traversait dans toute sa longueur, offrant de ses ombres quelques abris plus intimistes qui raviraient les couples ou les timides.

Cette fois-ci vous ne pourrez pas échapper à une danse mon cher ! Le taquina la comtesse en le conduisant jusqu’aux seconds escaliers.
Ce n’est pas mon genre ! Assura Edward d’un ton où perçait une pointe de gêne.
Votre nez s’allonge Darling !

Ce fut avec ce même empressement que la jeune femme les fit regagner le pont inférieur. Elle voulut ménager ses effets et demanda à Edward de fermer les yeux, mais le loup refusa toujours victime de son anxiété qui, bien que sourde, restait tenace. Un peu vexée, la jeune femme s'accommoda du consentement d’Andréa qu’elle fit entrer le premier. Edward suivit et fut agréablement surpris de la transformation des lieux. La vaste cabine avait été entièrement repensée pour ressembler à un véritable petit musée flottant, où les nombreuses toiles étaient joliment mises en valeur par un éclairage adapté. Elles habillaient l’armature métallique du bateau avec un espacement régulier et suffisant pour en admirer tous les détails sans les confronter directement.
Au fond de la pièce, la dernière œuvre, la plus impressionnante par sa dimension, était en train d’être installée. Masquée par un drap, la peinture devait être le clou de l’exposition et ne serait révélée que lorsque minuit sonnerait sur la péniche. L'opération en cours était supervisée par deux jeunes femmes que lady d’Abranville s’empressa de présenter :

Voici mesdemoiselles Éveline Blanc et Sophia Gersin. Elles font toutes les deux parties du collectif de peintres qui expose ce soir avec Monsieur Mouraut et mon petit Léonard.
Enchanté, lâcha calmement Edward en s’inclinant respectueusement face aux artistes.

Il fut imité maladroitement par son neveu dont l’empressement lui valut de perdre sa casquette. Opale acheva les présentations en expliquant le rôle du patron du Lost Paradise dans cet évènement, le qualifiant avec un emportement exagéré de « galant et ténébreux mécène ». Le loup en profita pour détourner la conversation de lui en interrogeant :

Et qu’en est-il du « poétique et infatigable » M. de Potinger ? Je pensais le croiser en arrivant.
Oh mais c’est vrai ! Où est-il passé ? S’enquit brusquement la comtesse dont le regard parcourut vivement la salle comme si l’excentrique aristocrate pouvait y être apparu entre temps.
Il est allé chercher ses pinceaux, avoua Éveline dans un sourire serein. Il tenait absolument à faire une retouche sur l’une des ses toiles.
Mais les convives vont arriver ! Protesta la lady.
Et bien chargeons nous de faire oublier son absence temporaire jusqu’à son retour, rétorqua le loup dans un sourire, pas mécontent que cela puisse retarder le départ de la péniche.

L’idée enchanta Opale dont l’excitation redoubla en même temps que sonnait vingt heures. Aussi ce fut les poings sur les hanches et la poitrine bombée de cette mission nouvelle qu’elle accueillit, ou plutôt assaillit, les premiers curieux à embarquer à bord de la Sequana.

Il ne fallut que trente minutes pour que leur vaisseau se charge de la centaine de passagers qu’il pouvait contenir. Trente minutes avant que, repérant la tête blonde bien connue de Léonard dans la foule, la comtesse Opale d’Abranville ne sonne le départ de leur navire au travers des eaux sombres de la Seine. Trente minutes avant qu’Edward ne cherche un peu d’air sur le pont avant, sans oser s’approcher des rambardes.

Trente minutes au bout desquelles débuta une soirée dont on parlerait longtemps.
-----------oOo-----------oOo-----------oOo-----------


Le chant des sirènes



Vous êtes arrivé sur la péniche entre 20 h et 20 h 30.

C'est peut-être la curiosité qui vous a poussé à monter à bord, votre amour de l'art, ou une toute autre raison que vous seul connaissez. Toujours est-il que vous êtes à présent sur la Séquana et que la péniche a quitté le quai. Vous voilà isolé de la terre ferme pour la durée du voyage.

Mais que vous soyez à l'étage, près du buffet ou sur la piste de danse, ou que vous déambuliez dans la vaste cabine pour admirer ces œuvres, vous êtes au courant. Le clou du spectacle est encore abrité de son voile et il ne sera présenté que plus tard dans la soirée. Profitez en !







Event | Peinture à l'eau


Parce Paris est une capitale toujours en pleine effervescence, il n'est pas toujours nécessaire d'attendre une fête pour participer à évènement exceptionnel. La preuve avec l'intrigante organisation de ce vernissage à bord d'un bateau-mouche ! Un curieux musée flottant qui vous ballottera sur la Seine au fil de l'eau et de ses toiles. Mais êtes vous arrivé à temps pour embarquer ?



Ce rassemblement se déroulera sur environ un mois et commence dès aujourd'hui. À un rythme régulier, une intervention sera faite pour relancer le RP lors duquel nous vous réservons de nombreuses surprises. Vous pourrez, à chaque fois, poster autant de fois que vous le voulez et sans ordre précis. Le tout étant de s'amuser !
  • Ces postes sonnent le début de l'intrigue ! Ils ne sont donc pas considérés comme du Hors RP et rejoignent vos nombreuses péripéties parisienne. Ils compteront donc comme n’importe quel RP durant lequel vous pouvez retrouver des connaissances ou vous en faire de nouvelles.

  • Sachez que vous êtes tous susceptibles d'avoir embarqué. Aucune invitation n'a été lancée par les organisateurs de l'évènement, cependant le nombre de convives est limité aux 100 premiers à être montés à bord.

  • Comme vous l'avez constaté chaque poste de « transition » comptera, comme celui-ci, une indication « Le chant des sirènes » (qui pourrait s'apparenter à une indication de maître du jeu). Elles pourront concerner plusieurs personnes, ou être individuelles, le tout étant de les respecter au mieux. Elles viseront à mettre un peu de piquant dans toute cette aventure riche en rebondissement.

  • Vous êtes libre de décrire ou non votre montée à bord à la condition de respecter les horaires indiqués, soit placer votre embarquement entre 20 h et 20 h 30 avant le départ de la péniche.

  • L'exposition est le fruit du travail collaboratif de 4 peintres et du financement de 3 mécènes. Afin que tout le monde s'y retrouve, voici la liste des personnes concernées et leur couleur de dialogue :
    Liste des principaux acteurs:
     

Vous posterez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au samedi 16 avril (au soir) pour participer à la première partie o/


N'hésitez pas à contacter le staff s'il reste une zone d'ombre, on vous répondra au plus vite !

Bienvenue à bord !
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Valentine Lefevre
† Reporter of Paranormal †
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Localisation : Partout, même là où vous ne l'imaginez pas 8D

MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Dim 3 Avr - 15:10

Son regard était posé sur une peinture finement réalisée, révélant le fil de l'eau de la Seine au petit matin. Cela n'avait rien de très exceptionnel en réalité pour elle, mais il en dégageait une atmosphère qui l'intriguait.
Peut-être que sa simplicité faisait tâche parmi les autres tableaux, ou qu'au contraire, ses détails étaient bien plus singuliers... Il lui était impossible de dire son vrai ressentit dessus.


"Tu as trouvé une œuvre intéressante, Valentine ?"

"Je suis toujours en train de me le demander. Tu as fait le tour du bateau ?"

La jeune journaliste quitta enfin la peinture des yeux et se tourna vers son compagnon de toujours, venu avec elle dans le but de sa formation d'apprenti journaliste. Elle l'avait accompagné, jouant cette fois-ci, le rôle de simple invité. Elle n'en avait pas l'habitude, mais trouvait cela relaxant. C'était à Loki d'écrire quelque chose sur cette soirée, pas elle. Ce n'était pas plus mal. Elle avait beau apprécier l'art dans sa globalité, elle n'aurait pas était capable de donner un avis sérieux sur ce qu'elle voyait.
Son ami hocha la tête et sourit doucement, reconnaissant.


"Merci d'être venu avec moi, je sais que tu avais pourtant des projets avec Alexander."

"Ne t'en fais pas, j'aurais d'autres occasions de le voir, et puis c'est la moindre des choses. Tu ne devrais même pas me remercier ou commenter sur le sujet. On est une équipe après tout."

"C'est vrai, oui."

Valentine lui fit un grand sourire et indiqua le tableau du doigt.


"Tu pense que leur clou du spectacle sera du même genre ? Si c'est le cas, je prend un canot de sauvetage et je rentre en ramant !"

Loki lâcha un petit rire et attrapa le bras de sa compagne pour l'éloigner de la galerie pour l'amener sur la piste de danse. Idéal pour se changer les idées, ils passèrent un long moment à danser ensemble, jetant de temps à autre des coups d’œil furtif vers les invités, repérant des personnalités, des personnes qu'ils connaissaient personnellement ou juste de parfaits inconnus, s'échangeant des petits commentaires complices en toute discrétion.
Ils cessèrent leur manège quand le bateau bougea enfin.
Tout le monde était arrivé.

Le duo se dirigea vers le buffet et prirent un verre, grignotant de temps à autres des canapés aux couleurs alléchantes qu'on leur proposait.
Attentif à tout, Loki sortit un calepin tout neuf offert par Valentine et commença à griffonner des notes, sous le regard amusé de cette dernière. Elle le laissa faire sans un mot, croisant de temps à autres des regards, cherchant d'éventuelles connaissances avec qui converser. Ils avaient encore un peu de temps devant eux après tout.


[hrp: aller je commence, histoire de reprendre les vieilles habitudes. Désolée du peu par contre, la reprise est difficile >_<]

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Léonard M. de Potinger
♢L'art dans l'âme♦
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Mar 5 Avr - 16:58

Ses pas foulaient le pavé avec empressement, trébuchant presque dans les fissures des dalles. Léonard jeta à nouveau un coup d’œil à sa montre – 20:01. Il avait encore du temps.

Étant partie importante de l'exposition qu'avait lieu sur la Séquana ce soir-là, il s'était rendu sur ledit bateau à l'avance avec l'intention d'aider aux préparatifs. Quelques personnes étaient déjà présentes dans le même but, ainsi en avait-il déduit qu'il pouvait certainement se permettre de prendre un verre et discuter tout en donnant un coup de main par-ci par-là. C'était en conversant avec Éveline et Sofia, qui exposaient également lors de l'événement, tout en sirotant un deuxième verre, qu'un léger détail avait soudain attiré son regard et, du même coup, avait altéré l'atmosphère de joie et de fébrilité propre à ce genre de soirée qui régnait jusque-là. Quelque chose clochait sur l'une de ses toiles et il n'arrivait plus à en détacher son attention, ses yeux rivés sur la faiblesse de celle-ci. Il s'était alors subtilement rapproché de son œuvre de quelques pas de côté pour avoir une meilleure vue sur la chose, suivit du regard consterné de ses égal peintres. Il devait remédier à la situation.

« Tout va bien, Léonard? » s'était alors enquit Sofia.

« Vous m'excuserez un moment, je dois effectuer une retouche de toute urgence », avait-il répondu en laissant son verre sur un plateau.

Il entrait maintenant dans son appartement, où il avait laissé ses pinceaux et couleurs. À l'avenir, il devrait en traîner toujours sur lui, juste au cas où. Il se dirigea directement vers son chevalet, mais les pinceaux n'y étaient pas. Alors où? Il plongea la main dans sa poche et en sortit sa montre encore une fois. Il devait faire vite. Tout le monde serait bientôt là. Tout le monde verrait la touche manquante sur sa toile! Il devait absolument empêcher cette tragédie!

Il déplaça des vêtements, des meubles, ouvrit un grand coffre dans lequel il entassait toutes sortes de babioles et en vida son contenu. Les pinceaux n'étaient nulle part. Malheur! Et si quelqu'un s'était introduit chez lui pour les lui voler? Pour l'empêcher de continuer de peindre et de reproduire la beauté du monde. Accablé par cette pensée qu'une âme si cruelle ait pu faire une chose aussi horrible, à la pensée qu'on puisse lui prendre sa seule raison d'être aussi facilement des mains, il tomba à genou au sol, utilisant ensuite ses mains pour se éviter de tomber plus bas. C'est alors qu'un objet roula dans sa direction, dérangé par sa chute et le fracas qu'il avait fait et s'arrêta sous ses yeux.

« Ah? Un... un pinceau? »

Léonard l'attrapa avec empressement, se relevant du même coup en sautant de joie. Un seul ferait l'affaire. Il attrapa rapidement les couleurs dont il avait besoin et claqua la porte. Il se sentait plus léger maintenant qu'il avait son matériel et cela influença également son pas, qui devint plus lent, jusqu'à ce qu'il se rappelle l'événement qui avait lieu en ce moment même et courut jusqu'à destination. Lorsqu'il aperçu enfin le bateau, il regarda encore une fois sa montre. 20:23. Il monta enfin à bord, à bout de souffle, avec l'intention de ne pas trop se faire remarquer pour pouvoir achever sa toile subtilement. Du moins, aussi subtilement qu'il savait le faire.

« Je suis là! Ne vous en faites plus, je suis là! », s'écria-t-il entre deux inspirations.

Une foule de gens se retourna à la suite de ces mots. Il salua la plupart d'entre eux en se dirigeant jusqu'à son œuvre inachevée, s'excusant auprès d'Opale d'Arbanville pour sa petite fugue inattendue. Plusieurs le regardèrent retoucher les couleurs, arborant un air étonné et intrigué.

« Il n'est pas coutume de terminer un tableau lors de l'exposition », s'enquit alors une voix derrière lui.

Le peintre se retourna alors, l'harmonie de la toile étant enfin rétabli, et s'adressa aux curieux près de lui, ne sachant pas exactement qui avait parlé.

« Une œuvre n'est jamais entièrement parfaite. Il va à l'artiste de faire de son mieux pour l'enrichir tant qu'il le peut encore. »

Quelques personnes applaudirent, extasiés par ces belles paroles, puis la Séquana s'ébranla enfin, prenant son départ. Cette petite course avait creusé l'appétit du blond. Il se rendit au buffet, complimentant quelques demoiselles sur son chemin, et contempla la table pleine de concoctions toutes plus alléchantes les unes que les autres. Cette soirée allait être sublime.

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Dolores Keller
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Age : 21
Localisation : En train d'ausculter

MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Dim 10 Avr - 22:30

À la lueur de sa lampe à huile, Adam griffonnait silencieusement sur un bout de papier, admiré par la petite poupée qui l'accompagnait depuis quelques temps maintenant. Celle-ci ne disait rien non plus, mais on pouvait voir que son regard suivait avec la plus grande attention le moindre geste de l'assistant qui de temps en temps levait la tête pour réfléchir quelques secondes avant de se replonger dans son travail.
Alors, du coin de l'œil, il aperçut Yvonne redresser sa tête, aux aguets, imitée par Manfred qui essayait depuis une bonne dizaine de minutes de décoincer sa tête hors d'une des chaussures de Dolores. Un violent bruit de pas résonna depuis le rez-de-chaussée, puis il s'intensifia jusqu'à arriver au niveau de la porte du cabinet, qui s'ouvrit brutalement.

- Adam !! C'est une catastrophe !

Paniquée, Dolores s'engagea dans le bureau et grommela une suite de mots allemands avant de jeter un œil par la fenêtre de la pièce, comme si elle craignait d'avoir été suivie. La doctoresse marmonna d'autres mots germaniques en se tenant les menton avant de sortir à pas rapides du bureau pour y retourner quelques secondes plus tard, toujours en train de discuter avec elle-même. Accoutumé à un tel comportement, Adam se contenta de se lever de sa chaise et essaya tant bien que mal d'apaiser sa patronne, mais celle-ci commençait à se ronger les ongles, trifouillant de son autre main la poche gauche de son manteau. Elle sortit une coupure de journal froissée et la posa violemment sur la table avant de sortir à nouveau du bureau pour regarder à travers la fenêtre de la salle de consultation. L'assistant ajusta ses lunettes et approcha le papier de la lampe à huile et y découvrit l'annonce d'un vernissage d'exposition ayant lieu ce soir même dans une dizaine de minute sur un bateau qui voguera sur la scène le temps de la soirée.

- Je sais que l'art n'est pas votre tasse de thé, mais de là à réagir de cette façon… Et puis vous n'avez qu'à ne pas y aller, non ?

Dolores rejoignit Adam à toute vitesse et attrapa ses épaules avant d'approcher son visage du sien.

- Comme si j'avais le choix Adam ! Comme si j'avais le chooooix !
- Quelqu'un veut que vous y allez ?
- Cela m'apprendra à faire des promesses en l'air ! Mon père me l'avait dit ! Les humains font toujours des promesses qui mettent dans l'embarras ceux qui les acceptent ! Aaaarrrg ! Soudain, elle ôta ses mains de sa tête et se tourna, l'air terrifié. Ça y est, elle arrive…

En effet à peine Dolores eut-elle eu terminé sa phrase que des petits pas rapides foulèrent à leur tour les escaliers en bois de la maison jusqu'à atteindre la porte du cabinet. La poignée se tourna doucement, puis la porte s'ouvrit si fort qu'elle envoya voler Manfred au bout de la pièce (le malheureux s'était approché de la porte sans le savoir). Une main sur la hanche, l'autre bras tendu, la jeune Pipistrella levait le menton et affichait un large sourire.

- Dolly Dollyyyyy ! C'est l'heeeeeure ! Haaaaaw ♥ !

La jeune danseuse sautilla sur place en tapant des mains avant de courir droit sur Dolores qui tenta de fermer la porte du bureau mais se fit prendre de vitesse par la dryade survoltée. Celle-ci attrapa les mains de la doctoresse et les rapprocha de son visage, tout en continuant de sautiller.

- Tu te rappelles, tu te rappelles ? La semaine dernière tu m'avais dit « Pipistrella d'amour, comme tu es la plus belle et la plus belle, je t'inviterai à la soirée que tu veux ! » Et bah c'est ce soooooooir ! Comme je suis pas en scène ce soir et qu'il y a cette maaaaagnifique exposition sur un bateau, je me suis dit « Oh ! Mais ce serait parfait ! » - Mimi ! Alors après je me suis dit « Mais si elle n'est pas d'accord ? » puis ensuite je me suis dit « Mais non ! Elle le sera forcément puisqu'elle me l'a proooomiiiis ! » - MIMIII ! Hahaha ! Allez vite ! Vite ! Ils vont partir sans nous !
- MIMIIIIIIIII !
- Oui Dolly Dolly ?
- Je ne peux pas venir ce soir, j'ai euhm… C'est Adam qui y va avec toi !
- Q-Quoi !?
- Ohw ?
- D-D-Docteur non c'est impossible !
- Et pourquoi Adam ? Hm ? Vous avez une obligation qui vous pousse à trahir votre patronne ? Hmmmm ?
- N-Non mais j'ai le mal de mer…
- Ooooooooh ! Et après il va vomir partout ! Ah non ! Donc problème résolu ! Allez Dolly Dolly ! Zou !

Pipistrella serra de plus belle son étreinte sur les mains de Dolores et partit en courant du cabinet, suivie de la doctoresse qui malgré toute sa volonté ne sut freiner l'inénarrable dryade dans sa précipitation létale. Manquant de tomber à chacune des marches de l'escalier, l'homonculus se fit entraîner bien malgré elle jusqu'à la Seine et disparut, traînée par la danseuse, dans une longue plainte.
De son côté, Adam regarda sa patronne disparaître et se gratta la tête, gêné, et déjà conscient que les représailles seront terribles… Mais mieux vaut ça qu'une soirée avec Pipistrella.

Déjà après avoir formulé ces mots, Dolores savait qu'elle avait scellé son sort et qu'elle regretterait amèrement ses paroles. C'était une promesse idiote et faite naïvement pour faire taire pendant à peine UNE HEURE le débit incroyable de Pipistrella. « Si tu te tais, j'irai avec toi à une soirée ! » (car la dryade parlait à ce moment là de sa solitude lors des soirées où elle se rendait, car personne ne voulait aller avec elle). Quelle erreur de compter sur l'idiotie de la danseuse, quelle erreur… Car si sa cervelle équivalait celle d'un moineau, sa mémoire en revanche rivalisait de loin avec celle d'un éléphant, et la moindre parole qui tombait dans l'oreille de la danseuse y résidait pour le reste de ses jours, surtout si cela la concernait.

- Je suis siiii heureuse que tu aies accepté de venir ! J'avais peur de devoir aller regarder des tableaux toute seule… Au départ je pensais y aller avec Félicie, mais elle a annulé ce matin cette idiote, elle m'a dit « Je suis désolée mais j'ai soirée point de croix avec Ornella ! », tu sais qui c'est Ornella ? Moi je sais pas, mais j'aime pas son nom il me fait penser à un porte-manteau. Tu t'imagines toi avec un nom de porte-manteau ? Ooooooh !

La bouche de Pipistrella se ferma ENFIN lorsqu'elle aperçut la lueur des lampions qui entouraient la Sequana, le bateau qui accueillait pour cette nuit l'exposition qui était la cause du tourment de la pauvre Dolores. Si la doctoresse était réputée pour son flot de parole interminable lorsqu'on l'engageait sur un sujet qui la concernait de près ou de loin, Pipistrella était une rivale très redoutable, dans le sens où à partir de rien elle serait capable de parler pendant des heures et des heures. La danseuse, en plus d'être idiote, ayant des tendances hypocondriaques, c'est pourquoi elle rendait fréquemment visite à Dolores et était, aussi difficile que cela puisse paraître, une de ses amies proches… tant qu'elle restait loin. Avec un peu de chance, pensait la doctoresse, quelqu'un la poussera par dessus bord.

Sachant son sort scellé, la jeune femme oublia toute tentative de fuite et suivit l'insupportable danseuse qui s'engagea sur le pont d'embarquement, gratifiant d'un joyeux « Bonjoooour ! » toutes les personnes qu'elle croisait. Le bateau était déjà bien chargé de visiteurs, la plupart était restée sur le pont à discuter, tandis que d'autres se dirigeaient très vraisemblablement vers la salle d'exposition.

- Tant de gens qui viennent pour voir des peintures… C'est dingue non ? C'est comme si des gens allaient dans des endroits spéciaux où on affichait des tableaux juste comme ça !
- Tu es déjà allée dans un musée Mimi ?
- Mais naaan Dolly Dolly, les musées c'est pas pareeeeil, y a des statues aussi !

Dolores soupira en levant les yeux au ciel tout en suivant sa charmante mais un peu énervante compagnie d'un soir jusqu'à la salle d'exposition. Plusieurs tableaux étaient déjà accrochés, et tous avaient pour sujet principal, comme indiqué dans le journal, la grande et fameuse Seine. Pipistrella déambulait gaiement au milieu des peintures, jetant un œil tantôt à gauche, tantôt à droite, approchant son doigt dangereusement d'une des toiles avant d'être freinée par Dolores qui lui détournait l'attention en même temps pour ne pas la contrarier, et donnant même ouvertement son avis sur certaines peintures…

- Je suis sûre que si on mettait un arc-en-ciel là, ce serait plus joli ! Et puis là il faudrait mettre pleeeein de fleurs et puis le soleil là ! Et des arbres ! Et puis un autre arc-en-ciel ici ! Ah mais non ce serait dans l'eau… Un arc-en-eau alors ? Hahaha ! Ou un arc-en-seine, ça ressemble presque quand on le dit ! Aaaarc-en-sssseine ! Et pas ciel ! Surpriiiiise ! Il faut que je vois les peintres pour leur donner mon idée !
- Ils sont là-bas je crois, j'en reconnais un, le blond est un ami d'Edward.
- Pour de vrai ? Oooooh ! Mais de toute façon je suis sûre qu'ils diront « Non nous ne voyons pas la chose de la sorte, ufufufufu ! » et qu'après ils le feront quand même sans dire que c'était MON idée ! La semaine dernière Primavera a copié un de mes nouveaux pas de danse dans son spectacle et elle a dit que c'était elle qui l'avait inventé alors que non ! T'y crois toi ? Oh c'est trop mignon ça !

La danseuse se glissa rapidement derrière la doctoresse et s'approcha d'une autre peinture, celle-ci aux couleurs vives et étonnantes.

- T'as vu ? L'eau est rose ! C'est rigolo ! C'eeeest rigolose ! Et si on enlève igol ça fait rose ! Ooooh et à l'envers ça fait logi et… et… du coup… elle compte sur ses doigts, ça fait « joli ! » Oooooooh !
- Avec un g ce serait plutôt goli que joli.
- Et c'est pas beau goli ? Bah non puisque c'est pas joli ! Ooooooh mais oui ! Cette peinture est beaucoup plus profonde que je l'aurai cru ! C'est incroyable, tu ne trouves pas Dolly Dolly ?
- Tu as vu ? La peinture là-bas n'est pas encore montrée. Il s'agit sans doute du clou du spectacle.
- Je me demande ce qu'il y a derrière ! Peut-être une Seine orange ! Du coup ça ferait… rigolorange… Oooh mais ça marche bien en plus ! Puis avec toutes les couleurs ! Rigolobleu ! Ah non en fait pas avec toutes…
- Ha… Adam vous me le paierez.
Spoiler:
 

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Mes diagnostiques se font en #BE9C84.
Et Adam crie en deepskyblue /o/

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Ashton Lyn
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Localisation : Le Lost, un vieux bar défraîchi...

MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Mar 12 Avr - 1:58

Le halo de fumée se répandait délicatement dans les airs nocturnes, sa clarté frappante contre l'obscurité ambiante. L'odeur de tabac enlaçait doucement le corps longiligne qui arpentait les rues parisiennes, douce dans son amertume, amie permanente là où tout était éphémère. Les lèvres d'Ashton dansaient sensuellement contre les vapeurs de sa cigarette, titillant sans se lasser le fin bâtonnet du bout des dents. Il passa une main dans sa chevelure de jais, attachée pour l'occasion de manière à dissimuler le côté rasé de son crâne, permettant à quelques mèches d'obsidienne d'onduler le long de son visage blême. L'arrivée des beaux jours ne l'avait pas rendu moins pâle, en dépit des nombreuses heures qu'il passait au dehors, à la découverte de ce printemps somptueux dont il ne se lassait jamais. Il ne s'en plaignait pas, habitué depuis longtemps au teint blanc de sa peau, et surtout amusé par la connotation de pureté qu'on affublait à la couleur de son épiderme. Qui eut cru qu'un être de la Mort puisse être angélique ?

Croisant son reflet dans une vitrine, le jeune homme autorisa une moue boudeuse à s'emparer de son visage. Un long manteau, épousant finement les lignes de son corps, un pantalon qui se voulait sobre... Ashton ne se reconnaissait pas dans ses propres habits, trop étrangers à son confort. Il avait même revêtu une ample chemise de lin, l'une des seules de son armoire. Dans l'ensemble, la tenue était acceptable. Acceptable. L'adjectif était si inhabituel qu'il le dérangeait. Il n'était pas ''acceptable'' et ne faisait rien pour l'être d'ordinaire. Son style vestimentaire détonnait dans ce Paris de fin de siècle, son apparence aussi, et cela lui convenait parfaitement. D'ailleurs, n'eut-il pas eu conscience que ses tenues habituelles lui fermeraient les portes de l'événement auquel il se rendait présentement, il ne se fût pas habillé différemment. Qu'y avait-il donc de si grave à dévoiler quelques tatouages et de la peau ? Le jeune homme ne comprenait toujours pas, et il se sentait confiné dans son accoutrement, comme dans une jolie prison dorée qui sublimerait ses courbes pour mieux les enfermer. Ashton ne pouvait guère bouger à sa guise, et cela le perturbait grandement. Secrètement, il se jura de ne se sacrifier ainsi qu'une ou deux fois par an maximum. Il n'en supporterait guère plus. Heureusement, l'occasion pour laquelle il s'apprêtait de telle manière en valait la peine.

Un gigantesque sourire s'empara des lèvres du canidé tandis qu'il s'avançait vers le modeste bateau qui caressait les bords de Seine. Son pas gagna de l'entrain, et c'est avec une démarche sautillante qu'il pénétra son enceinte. À peine les premiers clapotis du fleuve eussent fait bouger la coque qu'un soupir d'aise traversa sa bouche. Il ferma un instant les yeux, savoura la sensation si familière, le bruit délicat et mélodieux des craquements du bois contre les eaux indomptables, et laissa son expression s'illuminer.

« Home, sweet home... »

Son regard brun s'ouvrit sur ses alentours, pétillant d'une joie immuable. Les bateaux étaient et seraient toujours à ses yeux un foyer accueillant et spécial, perpétuel, immortel. Se tenir ainsi dans l'un d'entre eux complétait une partie de son âme, ou du moins en avait-il la sensation. C'était une impression bienheureuse, qui le ravissait et enflait son cœur d'une liesse qui durerait de longs jours durant.

Un coup d’œil à sa montre l'informa qu'il était vingt heures vingt. Il était parvenu à monter à bord dans les temps et sans encombres, fait rare voire exceptionnel de sa part. Pour une fois, personne ne s'était mis en travers de son chemin pour lui signifier que sa tenue inacceptable n'avait pas sa place en un lieu aussi raffiné. Heureusement, songea-t-il avec contrariété. Ses efforts avaient tout intérêt à payer. Il n'avait pas sacrifié son confort sur l'autel de la Bienséance en vain, il se le jurait. Cette soirée serait pour lui celle d'une profonde réussite.

Une expression lumineuse au visage, Ashton entreprit de parcourir le bateau à la recherche des salles d'exposition. Le thème de ce vernissage, plus que tout autre, le passionnait : il portait une affection toute particulière pour l'Art lorsqu'il se mêlait à la Nautique, et l'idée d'admirer les interprétations de divers peintre sur un sujet aussi délicat que la Seine l'intriguait intensément. L'eau était pour lui un élément absolu, presque divin dans sa puissance indomptable, et il ne pouvait s'empêcher de s'y sentir attaché, résolument. La mer et l'océan avaient été les spectateurs d'une bonne partie de sa vie, parents immatériels d'une créature incontrôlable, et le manque profond qu'il ressentait à l'idée de les quitter des années durant n'était comblé qu'à demi par ce genre d'événements. Malgré tout, il désirait en profiter un maximum.

Pénétrant la cabine spécialement décorée pour accueillir les œuvres, le jeune homme s'autorisa un air absolument jovial. La foule qui s'agitait tendrement dans la salle était pour lui un tableau à part entière, qui remplissait l'espace de couleurs et de sentiments, d'impressions et d'idées. Un instant d'ailleurs, il demeura coi, savourant le spectacle qui s'offrait à lui seul. C'était aussi pour ce genre de moments que sa nature n'était pas pour lui le pire des fardeaux. Elle était malédiction, mais aussi plaisir, lorsqu'elle lui permettait de donner à la Vie des couleurs enchanteresses. Personne ne pouvait vraiment comprendre à quel point la sensation qu'on lui donnait gratuitement l'emplissait d'allégresse. Il était ravi.

C'est avec cette même liesse dans le cœur qu'il arpenta discrètement la salle, son regard brun pétillant d'amusement et de bonheur. Les tableaux qui se mettaient déjà en valeur étaient à la hauteur de ses attentes, pour son plus grand plaisir. De longues minutes durant, il observa les reflets enchanteurs des eaux de la Seine, traduits différemment par les artistes représentés. D'abord, il refusa de contempler leur identité, s'amusant davantage à tenter de trouver quelles œuvres appartenaient au même peintre, à contempler la personnalité de chacun dans sa manière de créer et à s'en imprégner. Ashton pratiquait l'art à sa manière, et cela le divertissait fort bien. Après tout, c'était une soirée qu'il avait à passer ici : pourquoi se permettre de s'ennuyer ?

Ce n'est qu'une fois la péniche partie depuis quelques instants qu'il se permit enfin de trouver l'identité des exposants. Une fois le nom imprégné dans son esprit, il retournait admirer chacun des tableaux, comme pour vérifier ses réponses, comme dans un jeu – car c'était ainsi qu'il voyait l'Art : un jeu perpétuel où chacun se réinventait toujours. Il put ainsi apprécier les techniques novatrices du dénommé Thomas Mouraut, les parcourir du regard et comprendre qu'il avait vu juste dans son classement, sur ce point du moins. Un sourire ravi se dressa sur son visage, et c'est avec davantage d'entrain qu'il alla dénicher la seconde identité.

« Éveline Blanc. »

Le sourire d'Ashton se ternit presque instantanément. Sa gorge se serra, de même que sa poitrine qui, soudain, paraissait trop petite pour son cœur débordant d'émotions qu'il voulait oublier. Brusquement, il avait mal. La joie s'était muée en souffrance aussi vite qu'il était possible de penser aux sept petites lettres qui avaient causé son malheur. Le poids des souvenirs s'éveilla dans son esprit pour faire sentir toute sa pesanteur. La Bête en lui bougea distinctement, juste assez pour lui rappeler l'horreur de son histoire, de l'histoire de ce mot, de ces signes. Il déglutit péniblement, comme cherchant à avaler la douleur que ce simple nom réveillait en son sein.

Éveline. Evelyn. La différence s'était floutée en une seconde.

Et comme répondant à un appel, son ouïe trop fine se prêta subitement au jeu de sa torture, relevant chaque fois que ce nom, ce nom tant aimé, ce nom maudit et empoisonné, ce nom adoré et chéri était prononcé par une bouche inconnue. Un violent frisson d'amertume parcourut l'échine d'Ashton, qui se détourna presque violemment des tableaux. Il ne voulait plus, ne devait plus penser à cela. Sa respiration se coinça momentanément dans sa gorge alors qu'il tentait de songer à autre chose que son brusque tourment. Il inspira profondément, et se força à soupirer. À se calmer. Sa réaction était trop violente pour son mal. Il n'était pas un enfant, ni même un lâche. Ses instincts valaient mieux que cela. Il n'avait aucune raison de s'agiter ainsi pour un simple nom. Car c'était là toute son identité : un nom, un bête nom pour lequel il n'avait pas le droit de s'emporter. Tout allait bien.

Il allait passer une bonne soirée.

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Eliezer Vaitea Arapari
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Mar 12 Avr - 16:52

Le Dr. Dupré se montrait étonnamment complaisant depuis les événements survenus aux Jardins des Plantes. Vaitea ignorait s'il se sentait sincèrement coupable, ou bien si son attitude accommodante résultait d'une réflexion plus pragmatique, à savoir que surmener davantage son informateur ne ferait que le rendre peu coopératif et réticent au travail. Quoi qu'il en soit, l'anthropologue ne l'avait pas sollicité une seule fois au cours des derniers jours, le laissant à sa guise se promener dans les jardins tout proches, et même se rendre au temple malgré sa propre conviction catholique. Et Vaitea devait s'avouer reconnaissant de cette paix royale, car pour l'instant, il n'avait guère le cœur à se livrer aux longs témoignages sur tous les aspects de la vie tahitienne que lui réclamait Dupré. Ces récits ne faisaient que raviver le manque prégnant de son île natale, même si, avec le printemps, l'assombrissement de son humeur s'atténuait peu à peu.

Quand un soir tiède, le professeur vint le trouver dans le petit salon où il s'était réfugié pour lire et lui proposa de sortir, il en fut assez surpris. Dupré invoqua le prétexte de lui faire découvrir un autre aspect de la civilisation occidentale, ce à quoi Vaitea ne put qu'acquiescer d'un air dubitatif, à la fois méfiant et curieux. Mais lorsque après un court trajet en calèche, ils se retrouvèrent tous deux à marcher le long de ce large fleuve que le docteur nommait la Seine, le jeune homme ne put tout à fait masquer son admiration. Dans la pénombre crépusculaire, les lumières disposées sur les quais et provenant des bâtiments proches se reflétaient sur les eaux languides et sombres. Les couleurs s'irisaient et tremblaient, fragiles, n'attendant que l'ombre d'un passant pour s'estomper et renaître à la faveur de l'onde. Car de nombreuses silhouettes se hâtaient à proximité d'un étrange bateau d'aspect débonnaire, large et plat. C'était vers ce bateau, constata Vaitea, que convergeaient aussi les lueurs en une invitation scintillante, et vers lui que Dupré dirigeait ses pas. Des éclats de voix joyeux retentissaient tandis que tous se pressaient pour monter à bord. Vues d'ici, les silhouettes parées et enthousiastes, obscures, semblaient une procession d'esprits qui se hâtaient dans la vaste pirogue de l'autre monde, nimbé d'étoiles célestes. Une musique étrange s'élevait au-dessus des voix. Troublé, Vaitea ralentit un instant le pas, puis se laissa tirer par le bras de bonne grâce alors que Dupré l'incitait à emprunter à son tour l'une des passerelles.

De nombreuses femmes, vêtues de lourdes robes comme la nuit demeurait fraîche, se hâtaient avant eux et une pensée curieuse traversa soudain l'esprit de Vaitea. Dupré était marié, il le savait à l'anneau d'or passé à son annulaire ainsi qu'à quelques remarques faites sur le sujet. Il savait aussi que la dame n'était pas morte, mais il ne l'avait pourtant jamais vue en plus de six mois.

Taote, demanda-t-il tandis qu'ils s'avançaient sur le pont, pourquoi n'être pas venu avec votre femme ?
L'anthropologue s'assombrit imperceptiblement, mais se contenta de grommeler dans sa moustache :
Madame Dupré préfère l'air de la Normandie à l'agitation parisienne.
Oh.

Il n'insista pas. Le léger roulis de l'eau qu'il découvrit sous ses pieds chassa un instant ses pensées. Sa gorge se serra, rien qu'une seconde. La sensation aurait dû être familière, mais n'avait rien de commun avec la houle puissante soulevant la coque fragile de son va'a. Le bateau était trop stable, le fleuve trop calme. Et surtout, quelle quantité de gens sur une seule embarcation ! Il n'en revint pas tandis qu'ils approchaient de la cabine et qu'il observait la foule. Mais était-ce le fait des lumières dorées qui brouillaient les couleurs des peaux et des sombres vêtures, ou bien de l'enthousiasme artistique qui semblait animer la plupart des visiteurs ? Pour une fois, personne ne lui prêtait attention, et il en fut curieusement rasséréné. D'autres individus, il faut dire, attiraient déjà les regards à eux. Un petit groupe s'était attroupé autour d'un jeune homme blond occupé à modifier une toile, tandis qu'un peu plus loin, une demoiselle piaillait d'une voix très forte des paroles pour le moins confuses à qui voulait bien l'écouter, accompagnée d'une femme à l'air désespéré. Il avait cru en outre reconnaître une chevelure rousse d'apparence familière, mais celle-ci disparut si vite de son champ de vision qu'il ne put en être certain.

Alors, comme Dupré se désintéressait de lui pour saluer une de ses connaissances, Vaitea s'éloigna délibérément des deux groupes par trop animés et se dirigea vers les fameuses « représentantes de la civilisation occidentale » qui attiraient pour le moment le moins de visiteurs. Le bateau -la péniche- avait largué ses amarres et suivait à présent doucement le cours du fleuve. Vaitea se demanda quelle en était la destination, s'il y en avait une. Interrogation tout aussi vite dissipée tandis qu'il découvrait enfin les rectangles de toile tendue accrochés aux parois de la cabine.

Excusez-moi, murmura-t-il distraitement à l'intention d'un jeune homme en long manteau.

Un roulis de l'embarcation avait amené leurs épaules à se heurter comme l'inconnu s'était figé devant une des toiles. Vaitea ne tarda pas à l'imiter, surpris. Dans un mouvement d'admiration irréfléchi, il tendit une main vers la peinture, avant de se raviser de justesse, comme retentissait un raclement de gorge réprobateur. Cela n'avait rien à voir avec les gravures bibliques ou les portraits qu'il avait vus jusque là. L'eau du tableau semblait si vivante, irisée de reflets d'ocres que venaient animer le tremblement des luminaires de la cabine... Il avait beau voir la matière pâteuse dont était faite l’œuvre, il lui avait semblé, l'espace d'un instant, pouvoir sentir sous ses doigts le courant léger de ce fleuve qui s'offrait dans une lumière aussi douce qu'irréelle. Et les ponts et quais de pierre, dont l'écrin sombre lui paraissait oppressant en temps normal, offraient ici un cadre délicat à la Seine sans qu'il puisse s'expliquer d'où provenait cette subite harmonie. Le cadre même, d'ailleurs, loin d'être une limite, semblait ouvrir de nouveaux horizons à l'imagination plutôt qu'au regard. Oublieux un instant de la foule étrangère qui se pressait, de l'absence de Dupré, il se dirigea vers le tableau voisin. Un autre univers, une autre Seine, un autre ciel s'offrirent à son regard. Et la cabine contenait des dizaines de ces fenêtres vers un autre temps, figé dans la couleur. Pour un moment, le malaise qui le poursuivait depuis son arrivée à Paris parut se dissoudre, au profit d'une sensation aussi étrange qu'agréable.
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Nathanaël Cartier
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Jeu 14 Avr - 3:51


C'était sans doute la curiosité qui avait poussé Nathanaël à monter à bord de ce bateau. Après tout, ce n'était pas tous les jours que l'on voyait une exposition sur l'eau ! C'était pour le moins original et l'idée plaisait pas mal au jeune homme qui espérait faire de nouvelles rencontres par la même occasion. Bon, d'accord, sa venue n'était pas seulement due à la curiosité, mais aussi dans l'espoir de tomber sur d'éventuels futurs donateurs. Même si tout le monde avait été invité à monter à bord, il se doutait que la majorité seraient probablement des amateurs d'art plutôt riches. Il espérait ainsi pouvoir en faire appel à leur sentiment de solidarité face à la misère présente dans tout Paris. C'était sans doute un peu naïf, mais Nathanaël était d'un naturel optimiste et puis, qui ne tente rien, n'a rien !

Il commença par faire un petit tour des différentes œuvres exposées dont certaines le fascinaient pas mal. Il n'était pas un réel connaisseur en la matière, mais il savait apprécier un beau tableau quand il en voyait un. Sans pour autant avoir le sens critique comme certaines personnes dont il avait entendu des bribes de conversation. Il s'attarda un peu plus devant les œuvres qu'il préférait avant de finalement prendre la direction du buffet. C'était plus fort que lui, il y était attiré comme un papillon de nuit par la lumière ! Oui, il était gourmand, et alors ? D'aucuns en riraient sans doute et trouveraient cela fort ironique venant d'un prêtre. Après tout, la gourmandise ne faisait-elle pas partie des sept péchés capitaux ? Qu'importe, le brun n'était pas vraiment près de changer à ce niveau-là !

Après s'être arrêté plusieurs fois en chemin pour échanger quelques mots avec certaines connaissances, il arriva enfin à destination. Ses yeux se mirent à briller en voyant toutes ces bonnes choses qui n'attendaient que d'être dévorées. Il y avait tant de choix ! Évidemment, son regard fut aussitôt attiré par le coin des desserts. Nathanaël affectionnait particulièrement tout ce qui était sucré et surtout les gâteaux. Alors voir tout ce choix à portée de mains lui mettait presque l'eau à la bouche ! Et tant pis si on le regardait bizarrement parce qu'il mangeait le dessert avant le reste ! Le gâteau au chocolat lui faisait de l’œil et il ne put s'empêcher de penser à Aldrick, son meilleur ami. Ce dernier était le seul qui le comprenait à ce niveau-là ! Lui aussi serait vraiment heureux ici ! D'ailleurs, il se demanda si le commissaire comptait venir ou s'il était déjà là.

Mais pour l'heure, il avait envie de cette part de gâteau au chocolat ! Alors qu'il s'approchait, il aperçut une tignasse rousse un peu plus loin. Tiens ? Cette silhouette ne lui paraissait pas inconnue. Serait-ce... ? Le jeune homme n'en était pas totalement sûr, mais qu'importe. Il décida de laisser de côté le gâteau pour le moment et s'approcha donc de la jeune femme. Alors qu'il arriva à sa hauteur, il la reconnut enfin. C'était bien elle !

"Valentine ?!"

Il avait prononcé son nom un peu plus fort qu'il ne l'avait voulu et l'espace de quelques secondes, tous les regards se tournèrent vers eux. Nathanaël ne s'en rendit pas compte, trop occupé à fixer Valentine avec de gros yeux. Plus discret, tu meurs.
Cela faisait un moment qu'il ne l'avait pas vue et pour cause. Elle était partie à Londres pendant pas mal de temps. Néanmoins, il était presque choqué de voir à quel point elle avait changé. Sa coiffure, son style, mais surtout cette cicatrice au visage. Lorsqu'il se rendit compte qu'il était ni plus ni moins en train de dévisager son amie, il se sentit rougir légèrement.

"Pardonne-moi ! Je suis juste très surpris de te voir ! Tu as tellement changé !"

Il lui adressa un grand sourire et se retint péniblement de lui faire un câlin. Cela ne se faisait pas en public et certaines personnes pourraient mal interpréter son geste.

"Depuis quand es-tu rentrée ? Tu aurais pu me prévenir !"

Il lorgna sur le buffet et finit par piquer un hors d’œuvre avant de le fourrer dans sa bouche. Pas du gâteau, mais c'était mieux que rien ! En plus, il avait un peu faim. Un vrai ventre sur pattes !

"Alors ? Comment c'était, Londres ?"

D'un côté, il enviait la jeune femme. Lui qui n'avait jamais quitté la France et qui rêvait pourtant de découvrir d'autres parties du monde. Il ne désespérait pas de faire un grand voyage un jour ! Mais d'un autre côté, il serait alors face à un grand dilemme car s'il partait en voyage, il devrait abandonner ses fidèles et son église pendant un temps ! Sans parler des enfants de l'orphelinat ! Il piqua un autre hors d’œuvre et se tourna à nouveau vers Valentine.

"Je sais qu'on doit te le demander souvent, mais... comment t'es-tu fait ça ?"

Il faisait évidemment référence à la cicatrice. Valentine avait toujours été un peu casse-cou et il l'imaginait déjà se mettre dans des situations impossibles et dangereuses à Londres.

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Valentine Lefevre
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Jeu 14 Avr - 23:25

Loki était à présent pleinement concentré dans son travail et s'éloigna du buffet, commençant à accoster timidement des invités. Fort heureusement, son charisme et son apparence particulière parvenaient à captiver suffisamment les gens à qui il parlait, répondant courtoisement à ses questions.
Valentine l'observait de loin, souriant tendrement devant sa détermination à se débrouiller tout seul.

Elle finit cependant par le laisser tranquille et détourna les yeux, s'intéressant aux divers breuvages proposés aux convives. Alléchée par les couleurs inédites, elle demanda un cocktail de fruits légèrement alcoolisé et pu ainsi découvrir un curieux mélange de saveurs.
Il y avait foule autour d'elle et distinguer Loki était devenu compliqué, aussi préféra-t-elle rester près du buffet si jamais il cherchait à la retrouver.
Mais quand quelqu'un prononça à voix haute son prénom, ce n'était pas la voix de son compagnon. La journaliste sursauta et tourna la tête vers la personne, reconnaissant soudain un visage familier qu'elle n'avait pas vu depuis un petit moment.


"Nathanaël, ça faisait longtemps."

Elle sourit gentiment au prêtre qui s'avançait vers elle, faisant abstraction des invités qui les regardaient, curieux. Et ils n'étaient pas les seuls.
Si il était possible de sentir à l'endroit où les gens vous scrutaient, Valentine aurait un vilain hématome à l’œil. Elle se sentit légèrement gênée par cela. Si elle avait finit par s'habituer aux regards de ses collègues et de sa famille, elle n'avait pas encore eu droit à celui de ses amis.
Il lui dit qu'elle avait changé et cela la fit légèrement rire. Il s'était passé vraiment beaucoup de choses à Londres...
Machinalement, elle passa une main dans ses cheveux à présent longs, glissant des mèches récalcitrantes derrière son oreille.


"Je suis rentrée depuis... un petit moment déjà. Désolée, j'avais pas mal de travail, je n'ai pas eu beaucoup de temps pour moi."

Elle le vit soudain lorgner le buffet et s'emparer d'un petit four qu'il engloutit avec rapidité. Rien de très surprenant en soit venant de lui, mais le voir faire avait quelque chose de comique.
La rouquine haussa un sourcil tandis qu'il enchainait les questions, entre-espaçant par un nouveau vol de nourriture. Elle eu un moment de latence, l'observant faire avant de revenir sur terre, clignant des yeux, embarrassée de se voir ainsi rêveuse et plus vraiment concentrée sur ce qui l'entourait.


"Londres était très instructif. J'ai vu beaucoup de choses, rencontré moult personnes... Et c'est très beau."

Toujours un peu la tête ailleurs, elle se replongea dans les souvenirs de son séjour. Elle avait vécu beaucoup d'aventures, certaines agréables, d'autres sordides. Et parfois elle avait eu droit aux deux en même temps. Un peu comme à Paris en sommes. Cependant, elle ressentait comme un vide et certains amis qu'elle s'était fait là-bas lui manquait terriblement. Si elle tenait le coup en sachant qu'elle reverrait ceux venant de France, les Anglais n'avaient pas cette même promesse de retour et elle le déplorait.
Un frisson lui parcouru l'échine quand la question piège se fit, lui faisant perdre légèrement son sourire.
Nath devait très certainement parler de sa cicatrice et il avait raison, on lui posait souvent la question. Et ce n'était pas pour autant qu'on obtenait une réponse.


"Une... petite erreur de parcours."

Elle ferma les yeux quelques secondes, prenant une inspiration et se redonna du courage, affichant de nouveau un sourire amical à son ami. Elle lui fit un clin d’œil et prit un air taquin.

"Comme ça, je suis encore plus hors du commun ! Prends garde, populace banale, Valentine est de retour et est bien décidé à se faire remarquer ! .... Tu crois que je devrais me faire un tatouage pour que se soit encore plus flagrant ?"

Elle rit et s'autorisa enfin à boire un peu plus de son cocktail qui patientait sagement dans sa main. L'alcool dissimulé sous les jus de fruits la réchauffait agréablement, lui redonnant un peu de consistance. Depuis leur arrivée sur le bateau, elle n'avait pas réellement fait l'effort de s'investir personnellement dans la soirée. Une âme fantôme ne faisant que la cavalière discrète du journaliste en herbe, voilà ce qu'elle avait prévu. Mais à présent qu'elle avait l'occasion de renouer avec des amis, elle devait se réveiller pour de bon et se montrer vivante et enjouée. Elle essayerait au moins de le feinter. Elle se rapprocha un peu du prêtre et baissa le ton, évitant adroitement que des curieux n'entendent la suite.

"Et toi, comment vas-tu ? Tu as pu chasser de nouvelles têtes depuis la dernière fois ? Raconte moi donc !"

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Andréa Eyssard
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Sam 16 Avr - 20:38

Avec le mouvement de l'archer naquit une note et un sourire, celui d'Andréa.

Le jeune homme ne tarda pas avant d'abandonner l'art de la peinture pour celui, plus cher à son cœur, de la musique. Ce fut avec timidité et excitation qu'il s'engagea sur le petit escalier de fer qui le séparait de la piste de danse qu'animait une mélodie chaleureuse. Il en gravit les marches avec le plus de précaution possible. Ses doigts tremblants effleuraient tout juste la main courante tant il craignait d'y faire naître un grincement et de rompre le charme de la mélopée. Enfin, il l'aperçut et se figea. La bouche sèche, mais les pupilles brillantes, il ne se détacha plus ni de cet Amati, ni de l'habile propriétaire qui le faisait si admirablement chanter.
Il y avait dans ces gestes une grâce certaine, une amplitude douce dont les caresses délicates gonflaient de vie le corps de bois du violon. Loin d'être le seul instrument sur l'humble plate-forme, il en était de loin le plus expressif et les valseurs étaient emportés dans le torrent de la danse par son seul rythme, à l'instar d'Andréa qui n'entendait plus que lui.

Pardon jeune homme.

Il y eut un bref silence, puis une main s'aventura dans le champs de vision du louveteau, le faisant violemment sursauter. Aussitôt, il chercha à se dégager du passage, mais son emportement fut tel qu'il trébucha sur la dernière marche. Il évita de justesse de se râper le nez sur le pont en se rattrapant au poignet d'un jeune homme qui l'aida à se relever.

Tout va bien ?
Euh oui… Je… Excusez-moi, bafouilla Andréa lorsqu'il croisa les iris d'encre de son interlocuteur.
Et bien Jules ! Venez ! Nous aurons plus de chance d'apercevoir votre « Sirène » à l'étage inférieur.
Vous vous moquez baronne ! Je ne vous confierai plus rien, se fâcha le garçon qui rejoignit les escaliers où sa connaissance s'était engagée. Le Rhin a bien la Lorelei, la Seine peut aussi avoir son esprit des eaux !
Oh Jules ! Ce ne sont que des contes, répliqua l'aristocrate dont le bruit des talonnettes s'effaça en même temps que sa voix taquine.

Andréa les regarda disparaître, encore bouleversé de s'être ainsi fait surprendre. Une main sur le cœur, ce fut tout juste s'il eut le temps de retrouver son souffle qu'un détail attira son attention. S'étant tout naturellement retourné vers la scène et ses musiciens, le garçon venait de remarquer une forme sombre, mais nettement en mouvement à peine quelques mètres au-dessus d'eux. Il était impossible de savoir si cette chose volait ou tombait tant sa course semblait hasardeuse, mais il était clair qu'elle se rapprochait du navire et des artistes. Le jeune loup plissa les paupières pour tenter de mieux en discerner les contours.

Une chaussure.

Le doute s'empara de lui. Il se frotta les yeux, certain de se tromper, car aux dernières nouvelles les chaussures ne pouvaient voler. Inspirant profondément, il scruta à nouveau le firmament avec soin et décela, accroché à la bottine, une paire d'ailes grises et le corps grassouillet d'un volatile.

Une chaussure et Manfred.

Andréa blêmit. Cette fois-ci il en était sûr, la collision prochaine entre le violoniste et l'emplumer à la bottine ne faisait plus aucun doute et il en imaginait déjà les conséquences. Les grands journaux s'empareraient de l'affaire du godillot volant et de la carrière brisée d'un grand musicien qui, effrayé par la plus innocente paire de chaussure, n'oserait plus se présenter face à un public chaussé. Le drame d'une vie face auquel le louveteau ne put rester impassible. Il devait dévier Mandred de sa route et pour cela, il ne connaissait qu'une seule solution.

Alors il s'élança. En vaillant chevalier, il se jeta à corps perdu sur la piste de danse qu'il chercha à traverser. Avec plus ou moins d'aisance, il évita un premier couple, mais ce fut pour mieux en bousculer un second. Il s'excusa, poursuivit sa route, rebondit sur le postérieur bombé d'une danseuse, s'empêtra les pieds dans la robe d'une autre, bouscula un jeune journaliste, s'excusa, se redressa, et atteignit enfin le congloméra de bras et de jambes qui le séparaient de son but. Andréa prit une longue inspiration et, percevant une brèche à droite, il y glissa son corps maigrelet en abandonnant le plus haut qu'il put :

Pardon ! Excusez-moi ! Je suis désolé madame je ne voulais pas marcher sur votre chien !

Dans sa chance, il ne se fit écraser les pieds qu'une seule fois et n'écopa que de deux coups de coudes. D'infimes stigmates au regard du combat mené pour enfin atteindre le buffet. Il s'y précipita, coupant court à une discussion à laquelle participait le père Cartier qu'il ne remarqua pas tout de suite. Concentré sur l’étalage des mets, Andréa se saisit de l'un des plateaux qu'il vida sur la table pour le remplir à nouveau d'un concentré de dessert. Tous se composaient du même ingrédient phare des dîners mondains du moment : la confiture de sapin.
Son plat rempli, il tourna les talons, notant seulement la présence de l’ecclésiastique. Il ne reconnut pas son interlocutrice, mais préféra souligner à l'adresse du prêtre :

C'est pour sauver une vie mon père. Mais je n'ai pas le temps de vous expliquer !

Levant son plateau le plus haut possible, Andréa fit donc marche arrière. Étrangement, on le laissa plus facilement passer en songeant qu'il s'agissait là d'un serveur, bien qu'aucun des convives ne fut assez grand pour espérer piocher une délicieuse pâtisserie à la confiture de sapin.
À peine s'était-il extrait de la masse compacte de gloutons que le regard du jeune homme se porta sur le ciel. Il remarqua avec horreur que Manfred chutait toujours et que le violoniste ne s'était aperçu de rien. À cette distance, il restait une minute à peine avant la tragique collision ! Ce fut donc sans réfléchir que le jeune loup s'engagea dans une course folle avec les secondes. Il y mit sa foulée la plus vive et usa de tout son instinct pour dépasser les nombreux obstacles qui se dressèrent devant lui. Jamais on ne vit plus habile contournement d'un troupeau d'aristocrates seniors ! Il y était presque ! Et puis…

Il y eut le lacet. La vengeance du petit chien malmené sans doute.

Son pied droit retint le gauche alors qu'il avait mis tant d'emportement à quitter le sol. La perte d'équilibre fut inévitable et superbe, autant que la glissade qu'effectua le plateau d'argent sur toute la largeur du pont.

Non, non, non !

Le plat cessa sa course au bout de la scène, bien loin du louveteau qui n'avait même pas pris le temps de se redresser. Il avait échoué. Avec effroi, il leva les yeux vers la monstrueuse chaussure volante. Son cœur se serra à l'approche du choc. Trois… Deux… Un… Andréa ferma les yeux.
Mais aucun cri ne s'éleva. Il n'entendit qu'un « clang » plutôt sec, auquel succéda une suite sons identiques et de plus en plus proches. Alors le jeune homme retint sa respiration et ouvrit les yeux.

Le violon chantait toujours, mais à présent il était accompagné par Manfred et sa tête de chaussure. Par miracle, l'odeur de la confiture de sapin avait dévié l'oiseau de sa course pour le faire atterrir parmi les pâtisseries dont il raffolait tant. Et c'était sans tenir compte de son imposant couvre chef qu'il s'était mis à les picorer.
Le soulagement fut immense pour Andréa qui se remit enfin sur pied. Sans s'apercevoir que le coude de sa veste était déchiré, il s'empressa d'aider le volatile qui semblait de plus en plus agacé par son incapacité à avaler ces petits délices. Il s'accroupit à ses côtés et le libéra de la bottine qu'il reposa par terre. Manfred se jeta sur les canapés dans un roucoulement chaleureux, les attaqua à grand coup de bec au point de s'en mettre de partout. Andréa le laissa faire, un peu curieux tout de même que l'oiseau se soit aventuré si loin sans sa maîtresse. Il pensa tout haut :

Dolores va s'inquiéter si tu es parti avec une de ses chaussures.

Au nom de la doctoresse, le pigeon se redressa. Une lueur d'intelligence brilla dans son regard globuleux, pour s'éteindre aussitôt lorsque le louveteau lui tendit une autre petite friandise. Il ne lui laissa aucune chance de s'échapper ou presque, car dans son emportement le gâteau vola de quelques centimètres et Manfred lui courut après en bon prédateur de confiture de sapin qu'il était. Andréa l'observa un instant, tout en récupérant machinalement la chaussure. Elle parut bien lourde pour un si petit oiseau. Il la soupesa une seconde, la retourna et en fit tomber un petit papier soigneusement froissé. Curieux, le louveteau le déplia et y lu, non sans mal :

Scalpe va des dix.

Il cligna des yeux devant ce message incompréhensible. Puis penchant le papier dans un sens puis dans l'autre, il essaya d'en percer un secret inexistant en le portant à la lumière. Fronçant le nez devant cette énigme, il se souvint qu'il arrivait à la doctoresse d'écrire sans ses lunettes dans la précipitation. Dans ces cas là, elle y voyait aussi bien qu'une taupe, chose qu'Andréa essaya de reproduire en louchant un peu. Il reprit en décryptant à nouveau les quatre petits mots :

Shoubi wa dou dou.

Quelques secondes de réflexions lui furent nécessaires avant qu'il n'écarquille les yeux. Un appel de détresse ! Comment avait-il fait pour ne pas le voir plus tôt ! Bondissant sur ses pieds, le jeune homme arracha Manfred à son festin et lança en le posant sur sa tête :

Manfred, fini de manger ! On doit sauver Dolores avant que Mimi ne la casse. Hors de question de revivre ce cauchemar !
Rouh !
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Edward White
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Dim 17 Avr - 22:48

Pour la sixième fois consécutive, Edward consulta sa montre d'un geste nerveux. Vingt-et-une heure. Il n'était que vingt-et-une heure. Mais peut-être retardait-il ? Avec espoir, l'attention du loup se focalisa sur l'aiguille des secondes. Il en suivit l'implacable « tic tac » qui exécuta un tour parfait du cadran sans faillir une seul fois. La plus longue minute de sa vie sans doute, même s'il eut l'impression qu'elle en annonçait de bien pires encore.
Le mécanisme à peine rangé dans sa poche, il parcourait le pont de son regard fiévreux quand le relent d'une lointaine évacuation d'égout lui vrilla l'estomac. Il porta rapidement une main fébrile à son visage blême, espérant le préserver de cet embruns nauséabond lorsqu'un plateau de canapés au thon y mêla son fumet. Le loup sut alors qu'il était temps pour lui de battre en retraite.

D'un pas bien peu assuré, il longea lentement la cloison de la vaste cabine pour en franchir le seuil après avoir évité de justesse de heurter un chapeau. Sa propriétaire devait se trouver à son aplomb, mais elle était si petite et le couvre-chef était si large qu'il ne permit pas à Edward d'en apercevoir la plus petite parcelle. En revanche il fit admirablement bien connaissance avec la haute plume d'autruche qui ornait la coiffe. Elle passa et repassa sous sa truffe avec tant d'habileté qu'elle le fit généreusement éternuer. Lui succéda le cri de surprise de la petite dame qui leva vers lui sa tête replète de souris. Son petit nez en trompette se retroussa alors qu'elle esquissa un sourire :

Oh ! M. White ! Je ne vous avais pas vu ! Vous savez que vous ne devriez pas faire peur aux gens comme cela. Un petit four au gruyère ?

Edward cligna des yeux, surpris de voir deux petits doigts agiles tirer de la bourse de tissu de la jeune femme un feuilleté qu'elle lui tendit. Il hésita à peine avant de secouer la tête.

Ça ira merci. Et pardonnez-moi de vous avoir effrayée, mademoiselle… ?
Célestine. Oh ça ne fait rien ! J'ai été un peu surprise voilà tout, reprit-elle en grignotant l’entremets. Mais vous allez peut-être pouvoir m'aider, je cherche M. De Potinger. Un petit four au gruyère ?
Euh…Non merci, abandonna lentement le loup qui se retrouva avec un nouveau canapé sous le nez. Il n'est pas du côté des tableaux ?
Vous croyez ? Interrogea-t-elle en se tournant vers la salle d'exposition. Je ne l'ai pas vu pourtant. Mais c'est vrai qu'il expose ses toiles. Oh ! Mais je crois l'apercevoir. N'est-ce pas lui qui discute avec le monsieur à la moustache ? Je vous ai proposé un petit four au gruyère ?

Le dodelinement régulier de tête de la petite souris et la caresse sournoise de sa plume d'autruche firent à nouveau éternuer le loup et si fort cette fois, que plusieurs convives se tournèrent dans leur direction. Edward s'excusa à mi-voix tandis que son interlocutrice s’alarmait. Elle reprit en fronçant le nez :

On dirait que vous avez attrapé froid ! Venez donc vous mettre au chaud dans la cabine et prenez un petit four au gruyère.

Cette fois-ci le loup n'eut pas le choix. Et non content de se retrouver avec un infâme canapé au fromage dans la bouche, il fut entraîné dans la vaste salle d'exposition par la demoiselle. Si elle n'eut aucun mal à se faufiler jusqu'à Léonard malgré l'immensité de son chapeau, cela fut une toute autre histoire pour Edward qui manqua par trois fois de provoquer de belles catastrophes.
Dans sa détresse il tenta même de se raccrocher à Dolores lorsqu'il passa à sa proximité, préférant de loin le flot de parole continue de son amie à un nouveau « petit four au gruyère ». Mais c'était sans compter sur son cerbère. Le loup n'eut même pas le loisir d'effleurer la manche de la doctoresse qu'une claque vive l'obligea à éloigner sa main d'elle. Ce ne fut qu'alors qu'il remarqua, le sourire glaçant (mais mignon) de Mimi Du Lac. La charmante Dryade se détourna aussitôt et entraîna la praticienne vers une nouvelle toile en s'exclamant :

Regarde Dolly Dolly ! Il y a Notre-Dame-De-Paris sur celui là ! Je me demande pourquoi ils l'ont appelé Notre-dame alors que ce n'est pas une dame. Ils auraient pu dire « Notre-grosse-maison-tout-en-cailloux-de-Paris » ! C'est un peu long. Ou alors en le disant très très vite ! « Notregrossemaisontoutencailloux-de-Paris » !

Edward grimaça en avalant, enfin, son feuilleté, non sans une pensée pour le sort de Dolores tandis que son propre calvaire arrivait à son terme. Sa course venait de cesser et la petite Célestine avait relâché son poignet. Il put se redresser et réajuster sa veste, avant de glisser un mot pour Léonard désormais près d’eux :

Vous nous avez fait une belle frayeur avec votre escapade de dernière minute Léon…
M. De Potinger ! Comme je suis contente de vous voir. Vous vous souvenez de moi ? Célestine ! Voulez-vous un petit four au gruyère ?

Edward fit un pas en arrière, de peur qu'elle le force à en avaler un nouveau, mais à la place la demoiselle fronça le nez et grignota son biscuit salé avant de poursuivre à l'adresse du peintre :

Je vous avais demandé si vous accepteriez de faire mon portrait ? Vous voudrez bien dîtes ? Je pourrais prendre ce chapeau peut-être ? J'ai des petits fours au gruyère, vous en voulez ?

Alors le loup sourit avec toute l'innocence dont il était capable au « Prince de Paris » et après avoir effectué un, puis deux pas discrets sur le côté, il disparut le plus vite qu'il put du champs de vision de Célestine. En bon mécène, il s'attarda tout de même auprès des autres convives, tout en se rapprochant irrémédiablement de la sortie donnant sur le pont. Au cours de discussions pour lesquelles il se montra une oreille bien peu attentive, il remarqua certaines de ses connaissances qu'il n'osa pas aborder.
Puis, sans se faire remarquer, il regagna la quiétude du pont avant et ce malgré les embruns déplaisants et cette angoisse constante qui lui serrait le cœur. Il y trouva une petite banquette où il s'assit, observant, sans vraiment les voir, ces passagers qui avaient également préféré le silence à l'agitation. Un soupir lui gonfla le torse et il ferma les yeux.

Edwaaaard, Daaaaarling ! Ohohoh, vous vous cachiez Darling, quel vilain polisson vous faites.
Je prenais seulement l'air je vous assure, répliqua le loup en se levant prestement après un sursaut. Il y a un problème ?
C'est l'heure Darling ! Et il faut que tout le monde soit là ! Vous compris.
L'heure ? Interrogea Edward.
Nous allons révéler le clou du spectaaaacle !

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Le chant des sirènes



Le vernissage se poursuit à bord de la Séquana qui longe tranquillement la Seine. Vous pouvez vaquer à vos occupations jusqu'à 22 h, car l'extravagante Opale est passée parmi la foule pour vous avertir qu'à cette heure précise, le clou du spectacle sera dévoilé dans la salle d'exposition.
Vous devez donc terminer votre prochain poste en vous rendant à l'heure dite dans la vaste cabine de la péniche afin de ne pas perdre une miette de cette surprise qui s'annonce !

Enfin, voici pour quelques participants, des obligations plus précises découlant directement de votre premier poste :
  • Dolores : Mimi s'est arrêtée de parler durant 2 minutes entières, manifestement fascinée. Par quoi ? Mystère ! Mais c'est le moment parfait pour filer non ? Quoi que ce mutisme soudain te semble une bien étrange anomalie pour Mimi et cela titille ta curiosité. Alors ? La science ou la fuite ?

  • Eliezer : Sofia, l'une des peintres, t'accoste alors que tu approches d'une toile vierge. Elle semble avoir repéré en toi l'âme d'un grand artiste et instiste avec gentillesse pour te faire essayer son art. Elle t'abandonnera peut avant 22 h pour la présentation de sa toile, mais tu pourrais bien avoir fait des émules avant.

  • Nathanaël : Les paroles d'Andréa t'ont alarmé. Tu étais prêt à secourir cette âme en détresse après avoir repris des forces, quand soudain ! Horreur et damnation, ton gâteau a disparu et c'était le dernier ! Tu l'entrevois dans la foule sans arriver à repérer la personne qui le tient. Mais le gâteau est intact. Que faire ?






Vous posterez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au dimanche 24 avril (au soir) pour participer à la deuxième partie o/


Vous pouvez toujours nous joindre par MP pour la moindre question ! Nous répondrons au plus vite, comme d'habitude ~

Retardataires ? Vous êtes les bienvenus !
Pour les autres, un grand merci pour votre participation !
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Aldrick Voelsungen
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Ven 22 Avr - 12:45

Le bateau tangua un peu plus, mais les iris d'or d'Aldrick ne quittèrent pas l'eau moirée.

Une voix grave et un peu gauche glissa dans son esprit :
- Attention Aldrick, si tu t'approches trop près, tu vas tomber !
~ PLOP ! ~
- Un poisson, j'ai vu un poisson, père !
L'embarcation tangua de plus belle sous l'agitation du plus jeune, tandis qu'un rire léger éclatait dans l'air.
- Ce serait dommage si ce n'était pas le cas sur un lac !
- Il était énooOOOoorme ! Comme ça !
Le petit garçon ouvrit les bras aussi grand qu'il put, avant de manquer de chuter en arrière.
- Tant mieux ! Tu pourras plus facilement l'attraper alors.
- L'attraper ?
- Oui ! Aujourd'hui, je vais t'apprendre à pêcher !
- Sans canne à pêche ?
- Tu n'en auras pas besoin. Ton instinct te guidera.~
Le brun eut un sourire. Un sourire où se mêlait espièglerie et audace. Celui-là même qu'il arborait pour convaincre son fils de le suivre dans les entreprises les plus controversées.
- Accroche-toi ! On est presque arrivés !

Un poisson jaillit de la Seine, dans un léger "plop", et cela arracha un sourire d'une douceur rare à Aldrick. Il passa une main dans ses cheveux, et songea avec nostalgie qu'il y avait bien longtemps qu'il n'avait pensé ainsi à Yvan Voelsungen.

Le bal des convives lui arracha un air curieux, tant de monde pour contempler des toiles. Il savait que les Parisiens étaient friands de l'Art, mais il n'aurait pas cru que ce genre de concept marcherait si bien. Les bords de Seine ressemblaient d'ailleurs à présent à l'une des toiles de l'étage inférieur. Parsemés de lumières et de ténèbres, de couleurs satinées mais envoûtantes. À l’instar des toilettes des dames, semblant chacune vouloir rivaliser de beauté pour s’attirer tous les regards. Contre toute attente pourtant, ce fut une odeur qui stoppa le commissaire dans son analyse.

*Logan ?*

Le brun fronça les sourcils sous la perplexité, malgré la certitude que son instinct ne lui jouait aucun tour, il était si surpris de contempler le visage du jeune homme qu’il ne se décida pas de suite à bouger. Trop étonné de le voir faire preuve d’un tel professionnalisme.

*Mais alors… Valentine ? Est-ce qu’elle pourrait… Être là ce soir ?*

Son cœur s’enjoua de cette hypothèse, mais il ne vit aucune demoiselle connue le rejoindre. Pourtant, il semblait serein. Était-elle partie sans lui ? Ses iris d’or coulèrent sur l’assistance, alors que son esprit moulinait à toute vitesse :

*Si elle avait imposé qu’il reste, l’aurait-il laissé faire ce voyage seule ? Alors même qu’il sait pour la Curia ? Ça semble impro…*

Sa réflexion se coupa nette quand une silhouette fine lui parut étrangement familière. Pourtant, il ne lui connaissait aucunement une chevelure carmin aussi longue. Mais cette fragrance… Aucun doute ! C’était la journaliste ! C’était Valentine !
Dans son dos, il s’approcha, évitant au mieux les convives.

- Valentine !

Mais sa voix fut couverte par la chute d’un plateau. Il eut beau jouer des coudes, il restait toujours quelqu’un face à lui, comme pour l’empêcher de l’atteindre. Une odeur sucrée —qu’il aurait reconnu entre mille — rejoignit celle de belle : Nathanaël. Un sourire complice se glissa malgré lui sur son visage. Il avait l’impression que cela faisait une éternité qu’il ne les avait pas vus. Bien plus de temps encore qu’il n’avait pas passé un moment tous les trois. Cette époque lui semblait inexplicablement lointaine et proche à la fois. Cela lui manquait terriblement à présent.

Pourtant, quand enfin, il n’y eut plus aucun obstacle entre eux, la main tendue du brun s’arrêta dans sa course : il venait de croiser le regard de Logan. Un regard qui n’avait —à son sens— pas grand-chose d’amical. Pas plus que l’aura qui semblait l’entourer, du moins, c’est ce que cru l’agent. Aussi, ce fut d’une oreille, qu’il écouta l’échange entre ses amis. S’étonnant d’un soupir, et d’un… Il ne savait pas trop quoi au juste, qu’il ne connaissait pas chez Valentine. Un imperceptible sentiment le gagna. Quelque chose avait changé, mais quoi ? Nathanaël aussi paraissait plus… Distant ? Plus réservé peut-être ? Était-il  fiévreux ? Nouvellement timide ? Que se passait-il ?
Rien ne l’éclaira sur un seul de ces points. En revanche, les iris transperçant de Logan le laissèrent à penser qu’il serait plus sage d’avoir en premier lieu une conversation entre canidés.
D’un geste lent, il laissa sa main redescendre le long de son corps, se résigna dans un soupir, et se détourna des deux autres.

- On dirait que les retrouvailles vont devoir attendre les amis… Glissa-t-il pour lui-même avant de tourner les talons pour se rapprocher du chien.

La soirée lui semblait à présent placée sous le signe de la morale et des obligations, mais c’était sans compter sur un ovni : une botte volante frôla son oreille avant de reprendre péniblement de l’altitude. Ahuri, le lycanthrope se frotta vigoureusement les yeux puis la tête, pestant que son travail ne lui laisse aucun répit pour régler ses affaires personnelles. Il s’excusa d’un signe de tête auprès de Logan de ne pouvoir se libérer de suite, et tenta d’intercepter l’étrange vaisseau botte avant qu’il ne blesse quiconque.

Étonnement, une dame âgée —maniant si habilement son parapluie qu’elle aurait pu être sacrée championne dans la catégorie sénior— dévia de nouveau la botte ; puis ce fut au tour d’Andréa de débouler d’entre les invités à vive allure. Bousculant tout le monde, le commissaire compris. Le brun fut si décontenancé de cet entrain qu’il ne lui connaissait pas, qu’il n’eut d’autre réflexe que de se raccrocher au premier objet qui lui tomba sous la patte : l’éventail d’une jeune femme.
Malheureusement, le fragile objet ne résista pas au choc et se brisa la seconde suivante. Non-content de pareil exploit, le lycanthrope se retrouva la main gauche appuyée avec bien plus d’insistance que nécessaire dans le décolleté plongeant de sa propriétaire. Le cri de douleur et de surprise qu’il lui arracha surpris les plus proches convives de la demoiselle, tandis que son visage prenait une teinte cramoisie parfaitement inédite. Jamais le loup n’avait autant souhaité disparaitre !

- Je… Euh… Cusez… Ex.. Moi… Exprès… Baragouina-t-il en réalisant la situation, sans oser bouger, malgré l’inconfortable position alambiquée que la perte d’équilibre subite avait infligée à son corps.

La gifle qui suivit fut mémorable, pourtant le loup s’échina, une main sur sa joue meurtrie, en se redressant au mieux, exceptionnellement plus apte à la parole :

- C’est un malentendu, je vous assure…
- GOUJAT !
- … Je n’ai jamais voulu…
- RUSTRE !

Aldrick grimaça, certes, il était plutôt rustre, c’était indéniable. Mais là, ce n’était pas voulu ! Il ouvrit la bouche, tandis que sa vis-à-vis —si rouge de colère et d’embarras mêlés, qu’elle paraissait vouloir le rouer de coups jusqu’à ce que mort s’en suive— levait à nouveau une main vengeresse.

- … Ce n’était pas dans mes intentions ! Argua-t-il plus vivement qu’il ne l’avait souhaité.
- Bien sûr ! Et il pleut des gâteaux au chocolat aussi ! S’emporta la belle.

Là, l’agent fut si décontenancé qu’il haussa les épaules, récupéra le plateau d’un serveur et leva les mains, en signe de reddition. Mettant le plateau en avant pour s’en servit comme d’un bouclier au-dessus de sa tête. Il ferma les yeux, fort, brièvement, mais plutôt que de sentir sa joue de nouveau meurtrie, ce furent ses mains qui furent malmenées. Le choc le força même à plier les genoux pour amortir, mais plus que tout, ce fut le silence qui suivit l’impact qui l’étonna, et le poussa à croire qu’un miracle venait bel et bien de devenir réalité ! Un cri de surprise précéda de peu le rire gêné qui échappa au commissaire. Comme tous les présents : il était parfaitement décontenancé, s’étonnant de la chute —céleste et divine— entre ses mains, d’un immense gâteau au chocolat !

Le met, s'était vu plus tôt disputé entre deux comparses avides, qui l'avaient  habilement chipés sur la table, au nez et à la barbe de tous. Mais leur gourmandise acerbe, les avaient placé en désaccord : aucun d'eux ne souhaitant finalement le partager avec son complice. La rixe fut si virulente pour la pâtisserie, que cette dernière tirée d'un côté puis de l'autre, quitta son socle, et fut projetée dans les airs, quelques instants seulement avant qu'ils n'en viennent aux mains.

Le sourire du brun n’en finissait pas de s’agrandir, jusqu’à ce que, trépignant sur place, il finit par pousser un cri de victoire en levant le gâteau au-dessus de lui. Tel un gosse comblé, il tira la langue à la belle, qui sembla devenir encore plus blême. Un gentilhomme derrière elle, la retenant de justesse avant que tout n’empire. Mais Aldrick n’en avait cure !

- YOOOUPIIII ! UN GÂTEAU ! UN GÂTEAU AU CHOCOLAT ! ENTIER !

Le commissaire exultait ! Trop comblé de ce rêve éveillé, mille fois réinventé, si époustouflant qu’il n’avait jamais même osé imaginer qu’il puisse devenir réel !
Répétant sa tirade à qui voulait bien l’entendre, il ne se formalisa aucunement de l’incompréhension de ceux qui n’avaient pas eu la chance d’assister à pareil prodige, soulevant le gâteau comme un trophée, il mit un point d’honneur à le montrer au plus de gens possible dans les alentours, passant sans ordre parmi les invités, ne s’arrêtant pas réellement pour retenir les réactions, préférant répéter comme une incantation magique épique :

- UN GÂTEAU ! UN GÂTEAU AU CHOCOLAT ! ENTIER !

Ce fut donc, avec la plus grande surexcitation, qu’il alla même faire part de l’évènement —le plus merveilleux qui soit depuis la naissance du chocolat assurément !— à Edward ! Oubliant même sur-le-champ tout le ressenti qu’il avait d’ordinaire pour son homologue ! Rien ne semblait pouvoir entacher sa joie de vivre. Comme s’il n’avait vécu jusque-là, que pour assister à cet instant mémorable. À n’en point douter, aucun sarcasme du loup ne saurait le défaire de son enthousiasme. Ni lui, ni personne d’autre d’ailleurs !
Ce fut donc avec une joie de vivre inénarrable, et sans tenir compte une seule seconde de l’air perplexe de ses collègues en service, qu’il reprit son sempiternel refrain auprès du bigarré.

Allan se gratta d’ailleurs le front d’un air interloqué, questionnant Ashton, près de qui il avait été contraint de se placer, pour éviter d’être bousculé par le passage de son supérieur lors de sa descente l’étage inférieur, comme s’il avait loupé la blague de l’année :

- Mais quelle mouche l’a piqué ?

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Valentine Lefevre
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Sam 23 Avr - 21:38

Valentine prenait un certain plaisir à converser avec son ami, écoutant ses aventures et cela, même si cela signifiait qu'il s'en prenait à des créatures non humaines. Bien évidemment, la plupart étaient dangereux quand on les sous-estimait, ou qu'on les provoquait... Mais la journaliste avait pu découvrir à ses dépends que parfois le pire monstre qui soit n'était autre que l'humain. Et puis si elle devait faire une liste de tous les Légendaires qu'elle avait pu rencontrer, cela aurait fait pâlir son compagnon à lunettes.

Bientôt un boucan d'enfer les interrompit, attirant le regard de beaucoup de personnes dans la zone où ils se trouvaient. Quelqu'un se faisait méchamment remonter les bretelles, recevant des claques et chapelets d'insultes à faire frémir une nonne.
De toute évidence, un individu avait fait le mauvais mouvement au mauvais endroit. Mais de là à savoir qui était ce maladroit, c'était une autre histoire.
Sortant de la foule et faisant sursauter la rouquine lorsqu'il posa une de ses mains sur son épaule, Loki se présenta devant les deux humains, inclinant légèrement mais poliment la tête vers Nath en le voyant.


"Père Cartier, cela faisait longtemps. J'espère que vous allez bien."

"Tu as pu interviewer ceux que tu voulais voir ?"

"Pas tous, je m'en occuperais après."

Loki jeta un coup d’œil vers l'individu qui à présent se cachait sous un plateau pour éviter les coups. Il fronça légèrement les sourcils, mais ne fit aucun commentaire, secouant légèrement la tête.
Et puis l'homme se retrouva avec un gâteau au chocolat dans les mains... Chose qu'il cria partout et sur tous les toits. Pire que l'attaque de la femme en furie, la folie douce du ventre à patte ?


"C'est pas Aldrick ?!"

"Si, c'est lui. Il a l'air toujours aussi accro au chocolat... Bon, ils vont bientôt dévoiler l’œuvre, je vais me placer à l'avant pour ne rien rater."

"D'accord, je t'y rejoins, à tout de suite."

Le chien fit à nouveau un signe de tête vers Nath et prit congé, mains dans les poches, prenant la direction de la zone d'exposition, slalomant tranquillement entre les invités.
Valentine le regarda partir, puis reposa son attention sur le commissaire toujours aussi fou, courant avec sa pâtisserie. Elle l'observa un moment avant de tourner la tête vers son ami prêtre.


"Peut-être serait-il judicieux de lui dire qu'il se décrédibilise devant tout le monde ? Pas sûr qu'il assumera demain cette histoire, si jamais on parle de lui dans le journal, héhé..."

Elle lui fit un clin d’œil complice et lui fit un léger signe de tête, comme l'invitant à la suivre, et s'éloigna doucement du buffet.
Esquivant habilement la foule, la rouquine s'approcha petit à petit du policier et s'arrêta à une distance assez proche, attendant qu'il se tourne vers elle. Se rappelant soudain d'un détail qui valait mieux dissimuler, elle glissa sa main dans ses cheveux et fit tomber des mèches écarlates devant son œil gauche et meurtri. Une fois fait, elle se racla la gorge et croisa les bras.


"Eh bien, eh bien... ça devient inquiétant tout ça, tu es sûr que tu n'as pas besoin de faire un tour en centre de désintoxication ? Ah ces hommes, absentez vous un petit moment et voilà qu'ils ne savent plus comment se comporter en gentleman. Il était temps que je rentre, Aldrick."

Elle secoua la tête et afficha un sourire moqueur, le dévisageant, se demandant comment il allait réagir, puis, voyant qu'il tenait toujours son gâteau, le pointa du doigt et reprit.

"Tu ferais mieux de le poser avant de le faire tomber en plein sur la tête de quelqu'un, ou pire, par terre. Et dans les deux cas il sera immangeable... Tragique."

Valentine laissa échapper un petit rire, jetant un coup d’œil vers Nathanaël pour connaître son opinion là dessus. Allait-il lui aussi convoiter la pâtisserie ?
Elle ne rajouta rien d'autre, observant l'ensemble, puis ouvrit sa montre à gousset en argent qu'elle avait autour du cou en guise de pendentif. Il se faisait tard, on allait bientôt montrer le tableau. Loki devait l'attendre sagement devant l'objet.
Avec politesse et courtoisie, non sans une certaine ironie dans son geste, elle fit une courbette et afficha un beau sourire, dévoilant ses dents blanches.


"Messieurs, même si j'aurais été curieuse de goûter à ce fameux "trésor" tant acclamé, je vais plutôt aller voir le clou du spectacle qui va bientôt être dévoilé. Gourmandise ou curiosité, quel dilemme, n'est-ce pas ? héhéhé... Aller, si vous me cherchez, vous savez où me trouver, see you soon darling ♥"

Faisant un petit salut de la main, elle les quitta, prenant la direction de l'exposition où déjà grouillait les plus curieux et amoureux d'arts. En réalité, elle n'était ni l'un, ni l'autre, mais la fête n'aurait pas été pas complète sans la découverte de cette fameuse toile, non ?
Retrouvant Loki, elle se posa à ses côtés et conversa un peu avec lui, lui donnant quelques conseils avisés pour ses notes, et surtout, lui montrer comment éviter de faire une photo floue.

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Dolores Keller
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Dim 24 Avr - 12:08

- Et puis là la coquille Saint-Jacques a ouvert la bouche coooooomme ça et puis après elle s'est mise à chanter en hongrois ! Puis après elle a dansé en tourbillonnant comme une toupie comme ça et – oh pardon monsieur ! - et ensuite PAF elle a explosé en plein de confettis bleus ! Du coup moi j'ai sorti ma baguette magique en forme de poulpe et je lui ai dit « Attention madame coquille ! Je vais vous lancer un sooort ! » et elle elle m'a répondu, toujours avec son accent hongrois « Smmmmmluaaaaaaarg ». Alors au début j'ai pas compris, mais en fait je pense qu'elle essayait de recracher le chat qu'elle avait avalé au début… Dolly Dollyyy tu m'écooooutes ?

Le vide, le néant, l'anti-matière dans un long et interminable flot de parole qui avait eu raison de la pauvre doctoresse, semblant presque éteinte face à la jeune dryade qui continuait de gesticulait bêtement pour raconter le rêve qu'elle avait eu il y a quelques jours de cela. Sans doute agacée de voir le manque de réaction de son amie, la danseuse pinça la joue de celle-ci comme pour essayer de la réveiller, mais elle n'eut pour réponse qu'un « Hm… » fatigué et cadavérique. Mais cela suffit à Mimi qui s'exclama gaiement avant de continuer sa longue et interminable tirade, tout en regardant le tableau surnommé « La lolo potachon » par Mimi qui trouvait que quand même « L'eau coule sous les ponts » était franchement triste comme titrounet.

Alors, tandis que Dolores arrêtait machinalement les gestes de Pipistrella pour l'empêcher de toucher le tableau, une lueur d'espoir sembla enfin redonner vie à l'homonculus qui aperçut son sauveur, son loup-garou chevalier blanc dont le regard laissait transparaître de la même détresse que celui de Dolores. Le visage légèrement tourné, elle se tourna vers Edward qui était entraîné par une femme-souris aux incisives proéminentes et recula de quelques centimètres son bras droit pour lui offrir une ouverture. La main du lycanthrope s'approcha doucement, prête à saisir le bras de la doctoresse, lorsqu'une violente mais légère tape vint lui barrer la route, l'empêchant de saisir sa corde de survie. Les dents serrées et les yeux ronds, Dolores se redressa et fixa le tableau qui lui faisait face, stoïque, tandis que Pipistrella rajustait son gant de dentelle l'air de rien avant de l'entraîner devant un nouveau cadre.

La doctoresse se tourna discrètement vers Edward avec qui elle échangea un bref regard de détresse avant que celui-ci ne se fasse avaler par la horde de chapeaux des autres visiteurs, comme dévoré par une horde de monstres en feutre et en ruban.

- De toute manière j'ai jamais compris pourquoi c'était Notre-Dame, pourquoi pas Notre-Monsieur ? Hm ? À sa place je serai vraiment vexée d'être appelée dame alors que je ressemble à une énorme maison ! Si encore j'étais une statue, pourquoi pas, mais un gros truc comme ça… Ça me fait penser à un autre rêve que j'ai fait dernièrement ! Je t'ai raconté celui où une girafe verte essayait de me piquer mon ombrelle à deux têtes ? À moins que ce soit avec un ragondin, je ne me souviens plus très bien… Mais de toute façon-
- …… Mimi ?

Le silence. Sans crier gare, le silence avait (ENFIN) fermé la bouche de la jeune danseuse qui s'était immobilisée subitement, le regard perdu au loin. Elle était comme aspirée, figée par un quelconque miracle qui avait eu pitié de la pauvre homonculus. Celle-ci aurait d'ailleurs pu en profiter pour s'éclipser, même si Pipistrella aurait rapidement remis la main sur elle, mais le fait est que la curiosité de la doctoresse avait cette fois pris le dessus et lui empêchait de faire un pas en arrière. Dolores s'approcha de son amie, répéta son nom, passa sa main devant son visage, mais n'y faisait, aucune réponse de sa part. Peut-être était-ce là son cerveau qui demandait un temps mort, comme s'il se remettait en marche après une suractivité, ou bien son corps entier en avait assez de bouger et s'était justement rebellé contre le machiavélique cerveau de la dryade.

Dolores leva alors les yeux et tenta de voir où le regard de Mimi était resté bloqué, pour finalement tomber sur la peinture mystérieuse cachée derrière son voile.

- Dit Dolly Dolly, tu ne trouves pas qu'il y a quelque chose de bizarre avec cette peinture ?
- Mis à part le fait qu'elle soit cachée je ne peux pas imaginer grand-chose.
- C'est comme si elle essayait de dire quelque chose…
- Comme… ?
- Comme…
- Coooomme ?
- … T'as vu la couleur du tissu qu'il y a dessus ?
- Hein ?
- Elle est ho-rrible. On dirait une sorte de jonquille moisie écrasée ! Tu crois que ça peut faire un nom de couleur ? On pourrait aller dans un magasin et dire « Bonjoooour, je voudrai une robe couleur jonquille-moisie-écrasée ! » et là les vendeuses diraient « Mais bien sûr ! Moisie de combien de temps ? » Ooooooh et en plus il pourrait y avoir des gammes de couleur ! Écrasée un peu, moisie en forêt, moisie à la campagne, parce qu'il y a plusieurs sortes de moisi tu sais ! En attendant qui porterait une robe de cette couleur ? Franchement c'est un scandale ! C'est comme si je portais une robe couleur rhododendron-fleurit-du-4-mars ! Tiens remarque cela ne doit pas être si laid comme couleur… C'est quelle couleur un rhododendron ? C'est rigolo à dire rhododendron ! Tu savais qu'il y avait une couleur qui s'appelle cuisse de nymphe émue ? Moi j'aime pas cette couleur, pourquoi une nymphe d'abord ? Y en a que pour elles et jamais pour les dryades ! Moi je veux bien montrer ma cuisse pour qu'on en fasse une couleur ! Mais personne ne me le demande ! Cuisse de Mimi émue, c'est super chouette en plus comme nom ! Je connais une nymphe en plus, elle est complètement débile, mais elle se la joue super intelligente. De toute façon elle se la pète parce qu'une couleur porte le nom de sa cuisse, mais c'est super moche comme couleur de toute manière. Hmpf !
- … Ah.

Presque déçue, Dolores resta hébétée quelques instants, comme si le retour à la réalité lui avait coupé toute connexion cérébrale. Le flot de parole de Pipistrella avait éclaté comme si l'on avait bouché un robinet ouvert qui, après quelques secondes, explose et arrose tout le monde dans le cabinet (c'était une expérience, et c'était la faute d'Adam). La jeune dryade, elle, comme si de rien était, passa sa main dans ses cheveux puis mis de côté sa rancune envers cette nymphe anonyme avant de prendre le bras de Dolores pour se rapprocher du mystérieux tableau. L'une des organisatrices de l'exposition avait parcouru les rangs d'invités pour les avertir que la pièce maîtresse n'allait pas tarder d'être dévoilée, et même si Pipistrella avait complètement ignoré l'annonce à cause de ses tirades interminables, elle était quand même parvenue à la garder dans un coin de sa tête pour la ressortir au moment voulu.

Et le pire dans tout ça, c'est que Pipistrella avait mis le doigt sur un sujet qui intéressait la doctoresse.

- Tu savais qu'il y avait aussi une couleur qui s'appelait ventre de biche ?
- Pour de vrai ? Mais quelle biche ?
- Je ne sais pas, mais il doit sans doute y avoir une biche particulière qui a inspiré le nom de la couleur…
- Comme la nymphe alors ! Mais il paraît que cuisse de nymphe émue et cuisse de nymphe ne sont pas les mêmes couleurs !
- Peut-être que ce n'est pas la même nymphe non plus…
- Oooooh…

Leur menton posé dans leur main droite, les deux amies réfléchirent ensemble au problème (comme s'il y en avait vraiment un). Comme quoi, ces deux là s'étaient finalement bien trouvées.
Mais où en était Manfred dans tout cela ?

***

- Aaah il est parti…
- Saura-t-il vraiment aller jusqu'au bateau avec cette chaussure sur la tête ?
- Je l'ignore, j'espère que la personne qui obtiendra le message qu'elle a laissé sera la bonne…

La poupée s'assit silencieusement sur la table de consultation, tandis qu'Adam regardait silencieusement par la fenêtre, la tête entre ses mains. Il aurait peut-être dû y aller, finalement…

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Nathanaël Cartier
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Dim 24 Avr - 16:34

Nathanaël était vraiment content de revoir Valentine. Son absence s'était pas mal ressentie et la revoir lui faisait tellement plaisir ! Il mourait d'envie d'en savoir plus sur ses aventures londoniennes et il comptait bien l'inviter à boire un verre ou même à manger un morceau un jour pour en parler davantage. Le lieu ne s'y prêtait sans doute pas vraiment pour le moment et puis, ils seraient plus tranquilles et auraient plus de temps. Oui, il allait faire ça ! Il lui adressa un sourire et hocha la tête.

"Quand tu auras un peu de temps, on devrait se voir pour discuter un peu de tout ça ! Je suis vraiment curieux d'en savoir plus sur ton séjour là-bas !"

Ah, la curiosité. Un mot qui définissait si bien le jeune homme. En-dehors de la gourmandise, évidemment.
Il interrogea ensuite la jeune femme sur sa cicatrice, ne pensant même pas une seconde que ça pourrait peut-être la gêner, lui rappeler de mauvais souvenirs ou même lui faire de la peine. D'ailleurs, sa réponse fut des plus évasives et Nathanaël fit une petite moue un peu boudeuse avant de lui sourire à nouveau. Il comprenait parfaitement. Sans doute que ça s'était fait dans des circonstances que son amie préférait oublier, alors il n'insista pas. Peut-être qu'un jour, elle lui en parlerait d'elle-même. Oui, il était curieux, mais il savait aussi se montrer discret quand la situation l'exigeait.

Il ne put s'empêcher de rire lorsque Valentine se mit à plaisanter. Elle ne semblait pas avoir changé de ce côté-là !

"Allons Valentine, même sans tout ça, tu es quelqu'un d'hors du commun !"

Il avait failli ajouter "et je t'aimerai toujours !", mais il se souvenait de l'embarras d'Aldrick lorsqu'il lui avait dit un truc similaire. Après tout, les gens pouvaient aisément imaginer des choses et se mettre à raconter que le prêtre fricotait avec la journaliste ou des bêtises du genre. Mieux valait donc éviter !
La jeune femme détourna habilement l'attention vers Nathanaël, le questionnant sur ses chasses récentes. Il n'était pas certain de pouvoir et de vouloir en parler ici. Il y avait trop d'oreilles indiscrètes qui traînaient. Oui, notre petit exorciste avait sans doute gagné un peu en sagesse et réfléchissait davantage avant de parler. Enfin... tout dépendait du sujet, évidemment.

"Je te raconterai tout ce que tu voudras une autre fois, d'accord ? Je ne pense pas que l'endroit se prête à ce genre de conversations..."

Il lui adressa un petit sourire, puis reporta son attention sur le fameux gâteau. Gâteau qu'il perdit à nouveau de vue avec l'arrivée d'Andréa. Les paroles de ce dernier l'alarmèrent évidemment. En tant que prêtre et d'homme qui aidait son prochain dans la mesure du possible, il ne pouvait pas ignorer ces paroles. Quelqu'un était-il en train de mourir ? Dans ce cas, pourquoi ne pas appeler un médecin ? Peu importe, il voulait savoir ce qui se passait et voir s'il pouvait éventuellement apporter son aide. Néanmoins, il n'en eut pas le temps car une scène presque surréaliste commença à se dérouler sous ses yeux. Pour commencer, son gâteau avait été chipé par quelqu'un d'autre et il vit donc le Saint Graal s'éloigner peu à peu de lui.

"Mon gâteau..."

Mais il était hors de question de courir après le "voleur" qui, au fond, n'en était pas un puisque ce gâteau n'avait appartenu à personne avant. Tant pis. Il aurait d'autres occasions, de toute façon ! Ensuite, tout se passa très vite et il n'était pas certain de comprendre. Devait-il intervenir ? Mais que pourrait-il bien faire ? Il finit par laisser tomber cette idée qui, en soi, aurait été plutôt mauvaise, et se tourna vers le jeune homme qui venait de les rejoindre. Nathanaël reconnut évidemment aussitôt Logan, l'ami de Valentine. Il lui adressa un petit sourire et le salua à son tour.

"Bonjour, Logan ! Je vais bien, je vous remercie. Vous aussi, vous avez l'air plutôt en forme !"

A vrai dire, il avait toujours un peu de mal avec lui, il n'arrivait pas du tout à le cerner. Toutefois, il n'était certainement pas quelqu'un de méchant et puis, il était poli et surtout, l'ami de son amie ! Par conséquent, il était donc son ami à lui aussi. Non ? Peu importe, au fond. Il constata d'ailleurs que ce dernier avait pas mal changé aussi, du moins, il dégageait quelque chose d'un peu différent. Enfin, qu'importe. De toute façon, il fut rapidement tiré de ses pensées par quelqu'un qui criait comme un fou furieux. Une seconde..Aldrick ?! Le prêtre écarquilla les yeux. Mais que faisait-il ? Bien sûr, Nathanaël savait que son ami adorait les gâteau autant que lui, mais de là à se donner en spectacle de la sorte ? Il avait du mal à comprendre et se dit que le commissaire avait du abuser un peu trop de l'alcool, ce soir. Il échangea un regard avec Valentine, l'air assez dépité.

"Je ne l'ai jamais vu comme ça...Tu crois qu'il est possédé ?"

Bien entendu, il disait ça pour plaisanter, mais cela ne l'empêchait pas de trouver l'attitude de son ami vraiment étrange. Il décida donc de suivre Valentine alors qu'elle tentait de faire entendre raison au jeune homme. Il la laissa finir avant de prendre la parole à son tour, non sans lorgner sur le gâteau qui avait suscité une telle joie chez le commissaire.

"Tu n'aurais pas passé trop de temps au bar, toi ?"

Il s'approcha de lui et lui tapota la tête d'un air compatissant.

"Tout va bien. Le gâteau est en sécurité, maintenant. Tout va bien."

Comment ça, il lui parlait comme à un enfant ? Il sourit, puis arrêta ses bêtises lorsque Valentine reprit la parole.

"Je viens avec toi ! Je suis bien curieux de découvrir le clou du spectacle aussi !"

Ce serait sans doute quelque chose de grandiose et d'inoubliable !

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Edward White
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Lun 25 Avr - 0:29

L'exclamation fut d'abord si lointaine qu'Edward n'y fit nullement attention. Entraîné par Lady Opale jusqu'à la proximité de la toile masquée, le loup s'était trouvé une occupation lui évitant de passer pour un rustre tandis qu'il n'écoutait qu'à demi ce qu'on lui disait. Il arrivait à un compte de trente-deux « donc » et vingt-six « mais tout à fait » pour le Professeur Lacarte quand résonna, distinctement cette fois, une voix bien connue.

Aldrick.

Ce fut à peine si Edward eut le temps de prendre congés de ses interlocuteurs qu'il se retrouva nez-à-nez avec le commissaire Voelsungen. Ou plutôt avec son gâteau. Car ce fut avec des étoiles plein les yeux que le lycanthrope agitait fièrement sa pâtisserie sous la truffe de son roi, dont le visage transpirait l'incompréhension. Le loup blanc chercha d'ailleurs à glisser quelques mots, inquiet du comportement si singulier de son homologue, mais il comprit bien vite que cela serait peine perdue et s'en accommoda dans un sourire ravi.
Prenant le parti d'acquiescer sagement à l'étrange narration de l'agent de police, Edward le laissa s'extasier encore quelques minutes avant d'entrer dans son jeu. Sans crier gare, il s'exclama en pointant du doigt un espace quelconque derrière le loup :

Là ! Un autre gâteau au chocolat volant !

L'effet fut immédiat et permit à Edward de piquer une bonne part de la pâtisserie qu'il cacha dans son dos. Un sourire innocent lui éclaira le visage et ce fut fin prêt à s'innocenter avec les plus caducs des arguments qu'il attendit qu'Aldrick se retourne. En vain.
Le loup blanc se pencha légèrement et repéra le père Cartier précédé de Mademoiselle Lefèvre dont la présence le surprit. Il avait eu vent de son récent retour de Londres par Gaspard, mais jamais il n'aurait pensé la recroiser si vite. La voyant se rapprocher, il préféra laisser les amis à leurs probables retrouvailles et s'éloigna, sa part de gâteau en main. Dire qu'il n'aimait même pas le chocolat. Quelle riche idée que celle d'en prendre un si gros morceau.

Son sourire envolé, il remarqua enfin les gestes pressants de Lady Opale qui l'invitait à la rejoindre, elle et les artistes, pour enfin révéler l'œuvre majeure de la soirée. Edward pressa alors le pas, mais fut stoppé net par sa rencontre avec un pigeon. Le loup eut un mouvement de recul avant de noter l'absolu néant qui se dégageait du regard du volatile. Alors il abandonna, véritablement perplexe :

Manfred ?

À ce nom ce ne fut pas l'oiseau, mais la personne sur qui il était posé qui leva la tête et Edward fut beaucoup moins surpris de croiser les iris noisette de son neveu. Voilà qui signait, à coup sûr, un plan douteux de sa doctoresse. Toutefois, le temps lui manquait pour s'y attarder car un peu plus loin, Mademoiselle D'Arbanville s'exclamait :

Encore un peu de patience ! C'est M. White qui aime se faire attendre. Toujours à soigner ses entrées !

Aussi le loup ne glissa que quelques mots à Andréa, avant de lui confier sa part subtilisée de gâteau au chocolat. Se frottant discrètement les mains pour en ôter les dernières miettes, il se joignit à la comtesse et s'excusa auprès des convives avant de prendre la parole. Il s'embarrassa des remerciements d'usages et rappela à tous que les tableaux étaient en vente avant de poursuivre :

Mais je crois que nous vous avons assez fait patienter.
Surtout vous Darling, se moqua gentiment Opale qui s'écarta pour laisser passer Sofia et Éveline. Il est temps pour ces formidables artistes de révéler l'œuvre qu'ils ont peinte à tous les quatre. Je vous en prie mesdemoiselles !

Les deux peintres saisirent chacune un côté du draps (pas si « jonquille moisie écrasée » que ça) et, alors que le silence se faisait sur la salle, elles arrachèrent enfin son masque de tissu à l'immense toile de maîtres. Sous les regards curieux se dévoila « Sequana ».

Sequana:
 

Des couleurs vives et pétillantes étaient mises en scène par des coups de pinceaux éclectiques, pour un rendu parfaitement harmonieux. L'œuvre imposante semblait une fenêtre sur la verdure, une invitation à franchir son montant de bois pour gagner l'immense pré qui s'étendait à l'horizon. S'il y eut beaucoup d'applaudissements, ils furent accompagnés d'au moins autant de murmures, car un élément central de la soirée manquait à cette œuvre. Et ce fut finalement un convive plus téméraire que les autres qui osa interroger :

Mais où est la Seine ?

Les artistes s'observèrent à la dérobée, un sourire naissant sur chacun de leur visage. Ce fut enfin Thomas qui répondit, en désignant d'un geste doux l'unique personnage de l'œuvre :

N'est-ce pas évident ?
Oh ! Séquana ! Mais bien sûr ! S'exclama un jeune homme.
Vous la connaissez ? Interrogea Éveline avec surprise. Monsieur… ?
Ah, excusez moi. Jules Chevalier ! Je suis antiquaire.
Cessez ce suspense Jules, somma l'aristocrate à ses côtés. Expliquez-nous !
Ne connaissez-vous pas l'histoire ? Séquana, c'est elle la Seine. C'est la nymphe qui…

Ce fut avec la puissance d’un coup de tonnerre qu’un bruit sourd se répandit dans l'armature du navire. Le pont vibra, ainsi que toute la cabine, avant que la lumière ne disparaisse dans un son sec. Plus aucun des éclairages du navire ne fonctionnait. L'embarcation fut plongée dans un noir absolu seulement troublé par les quelques réverbères qui longeaient les quais.
Un mouvement d'inquiétude gagna les convives, tandis que la voix de Mademoiselle d'Arbanville peinait à s'élever au-dessus du brouhaha ambiant. Elle fut aidée par Edward qui, oubliant ses angoisses, tonna avec tant d'assurance qu'il ramena un peu de sérénité parmi la foule :

Restez calmes ! Je vais aller voir auprès du capitaine ce qui se passe. C'est sûrement temporaire.
C'est un petit incident technique, reprit la comtesse un peu plus fort. La police est présente pour assurer votre sécurité, je vous assure que tout va rapidement rentrer dans l'ordre.

Mais déjà les minutes s'égrainaient et les ténèbres se firent plus oppressantes.
-----------oOo-----------oOo-----------oOo-----------



Le chant des sirènes



La toile de maître à peine dévoilée, voilà qu'un incident inconnu plonge la péniche dans le noir total. Malgré la prompte réaction des organisateurs, l'inquiétude monte parmi les convives. La foule s'agite, en oubliant même les toiles.
Mais qu'en est-il de vous ?

Enfin, voici pour quelques participants, des obligations plus précises découlant directement de votre premier poste :

  • Ashton : Malgré l'obscurité, tes capacités de chien noir te permettent de percevoir les autres convives. Tu remarques alors qu'un voleur essaie de faire les poches d'un des présents. Tu ne le sais pas encore, mais la victime n'est autre qu'Éveline Blanc. Vas tu intervenir ?

  • Léonard : Quel sacrilège ! Les toiles ne peuvent être mises en valeur avec aussi peu de lumière ! Vite il te faut leur rendre l'éclairage adéquate ! Tu te précipites pour tenter de résoudre le problème, mais tu marches sur un petit four au gruyère. Un peu plus loin tu en distingues un autre, puis un troisième. Alors seulement tu remarques la disparition suspecte de Célestine. Vas-tu faire la lumière sur cette disparition ou sur le grandiose de tes oeuvres ?

  • Valentine : Te voilà violemment bousculée par une chienne de taille imposante. Elle semble raide dingue de Loki, mais dans sa hâte pour le rejoindre, et dans cette pénombre peu pratique, elle t'enserre avec son propriétaire de sa laisse. Est-ce un prince charmant ou un crapaud ?







Vous posterez autant de fois que vous le voulez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au dimanche 1er mai (au soir) pour participer à la troisième partie o/


Vous pouvez toujours nous joindre par MP pour la moindre question ! Nous répondrons au plus vite, comme d'habitude ~

Les retardataires sont toujours les bienvenus !
Pour ceux n'ayant pas pu poster à la manche précédente, vous pouvez évidemment, participer à celle-ci ! À vous d'adapter vos postes pour coller aux évènements.
Amusez-vous bien !


Dernière édition par Edward White le Mer 1 Juin - 23:10, édité 4 fois
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Valentine Lefevre
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Mer 27 Avr - 17:57

Finalement l'heure du grand dévoilement arriva, faisant venir les convives devant le tableau dissimulé de son drap. Les compères avaient été patients, conversant tranquillement entre eux. Valentine posait diverses questions simples au prêtre, essayant de voir si des éléments avaient changé à Paris durant son absence. Mais de ce qu'elle entendait, tout continuait de tourner en rond tranquillement.
Dans un sens ce n'était pas plus mal, elle ne ressentait pas la déception d'avoir raté quelque chose d'intéressant.

Les peintres s'avancèrent vers l’œuvre d'art, interrompant leurs discutions, captivant soudain l'intérêt de la foule. La journaliste distingua la silhouette familière d'Edward à leurs côtés. Était il un mécène ? Le connaissant un peu, cela ne la surprendrait aucunement.
Loki prépara l'appareil et s'immobilisa complétement, cherchant à stabiliser au maximum l'objectif.

Et puis on leur dévoila enfin le tableau. Certain retinrent leur souffle, d'autres restèrent silencieux et de rares individus comme Val firent un air dubitatif. Décidément, elle ne comprenait pas grand chose à l'art. Des fleurs, une femme nue couchée en premier plan... Si ce spectacle était fascinant pour les amoureux de peinture, la rouquine ne voyait pas du tout ce que cela pouvait bien signifier.

Quelques personnes commencèrent à parler, cherchant la Seine. Ah tient oui, c'était le thème de la soirée après tout. Une personne sembla comprendre la référence et commença à expliquer une histoire avec une nymphe quand la lumière disparu, les plongeant dans les ténèbres. Il lui fallut un moment pour que le peu d'éclairage extérieur parvienne à s'immiscer assez dans l'endroit pour qu'elle distingue des ombres humaines dans la pénombre.


"Qu'est-ce que... ?! Mince, c'est tombé au même moment ! J'espère que la photo est quand même bonne."

"Ce serait embêtant. Je me demande ce qui se passe... "

Du mouvement commença à se faire tout autour, beaucoup n'appréciant pas d'être coincé ainsi dans le noir, d'autres se posant des questions. Et puis il y avait aussi les bougons qui râlaient, n'appréciant pas cette imprévue.
Valentine soupira et jeta un coup d’œil vers le tableau à présent caché dans l'obscurité. On pouvait pas dire qu'ils avaient pu l'observer longtemps. Elle plissa les yeux un instant, semblant distinguer quelque chose, mais un évènement l'empêcha d'aller plus loin de son observation. Un énorme aboiement se fit tout près d'elle, la faisant sursauter. Elle chercha à localiser la provenance de l'animal mais avant même qu'elle ne la repère, un énorme chien la bouscula, tourna autour d'elle, comme cherchant à la dépasser, et s'élança derrière elle, l'emprisonnant dans ce qui semblait être sa laisse.
Un autre choc s'enchaîna et elle réalisa soudain qu'une personne se retrouvait collé contre elle.


"Hey ! Attention, enfin !!"

"Pa... pardonnez moi, je ne comprends pas, ma chienne est soudain devenue incontrôlable. Avec sa force je n'ai rien pu faire."

Une exclamation s'échappa derrière elle. Elle reconnu la voix de Loki, soudain au prise avec le canidé. Par un réflexe salvateur, il avait sentit la présence de la chienne et avant qu'elle ne lui saute dessus, avait confié l'appareil photo à Nathanaël.

"Mon père, puis-je requérir votre aide ? Argh... Mais enfin ça suffit !"

"Wouf ! ♥"

Le duo était dans le pétrin sans avoir rien fait ou demandé et dans les deux cas, ils n'appréciaient pas du tout la situation. Si la chienne avait de tout évidence sentit l'odeur d'un autre chien, et ça même s'il le dissimulait sous une apparence humaine, Loki n'aimait pas devoir se débattre contre une "courtisane", surtout qu'elle pouvait dénoncer son identité. Quand à Valentine, en plus d'être ligotée à cette laisse beaucoup trop longue, devait faire face à un autre soucis de taille.


"Non mais je rêve, vous êtes en train de me tripoter !"

"No... non non, je vous assure que non, je cherche à vous libérer... nous sommes coincés et je..."

"Retirez immédiatement vos mains avant que je ne devienne violente. Et lâchez cette satanée laisse, vous voyez bien que c'est vous qui bloquez tout !"

Se crispant face au ton froid de la jeune femme, il s’exécuta et lâcha l'objet, pouvant ainsi se décoller de la demoiselle et lui permettant de se dégager comme une grande de ses liens. Elle marmonna en réajustant convenablement ses habits, n'appréciant de moins en moins cette situation en aveugle.
Elle cru entendre l'inconnu balbutier, mais elle ne sut s'il était gêné, navré, ou juste embarrassé de s'être fait pincer dans sa gestuelle dérangeante.
La journaliste ne chercha pas à comprendre plus loin et se tourna vers Loki pour lui venir en aide, voyant que son ami le prêtre essayait lui aussi de libérer le grand brun de cette attaque de groupie.

S'approchant du chien, tout en se renfrognant de le voir "draguer" lourdement son compagnon, elle plongea les mains dans l'épaisse pelage et chercha son collier, l'agrippant avec fermeté et tira de toutes ses forces dessus, éloignant l'animal avec beaucoup de difficulté, allant jusqu'à faire contre poids, risquant de s'écrouler en arrière.
Elle sentit qu'une autre force l'aidait dans la tâche et cela lui permis de libérer Loki.
L'inconnu attrapa de nouveau la laisse et tracta son chien vers lui, se décidant enfin à remonter les bretelles de son colosse poilu. L'effort fit effectivement perdre l'équilibre à la jeune femme qui tomba sur les fesses, épuisée.


"Aïe... Y a des jours comme ça où on ferait mieux de rester couché..."

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Aldrick Voelsungen
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Sam 30 Avr - 1:04

Aldrick détailla, autant que son état le lui permettait, sa fabuleuse histoire à son homologue. Aussi, il ne douta pas un seul instant lorsque le bigarré lui indiqua derrière lui une nouvelle chute de gâteau volant. Il leva la truffe en scrutant l'intérieur de l'embarcation, cherchant l'objet. Il fallut quelques secondes pourtant avant qu'il ne déclare :

- Où ça ? Je ne le vois p...

Mais ses iris d'or croisèrent ceux de Valentine et la surprise lui fit oublier momentanément la pâtisserie. Son cœur se gonfla davantage de joie, et son sourire s'agrandit encore.

- Valentine !

Le brun ne se formalisa pas de ses remarques taquines et, l'allégresse aidant, il répliqua avec un sourire à tomber :

- Toi aussi, tu m'as manqué.

Enfin, avisant le gâteau, il ouvrit la bouche pour lui narrer la miraculeuse épopée qui allait de pair avec ce dernier, mais aucun mot ne franchit la barrière de ses lèvres, tant sa surprise de constater qu'il en manquait une généreuse part le cloua sur place. Se penchant pour observer le dessert, il ne put que s'exclamer en se figeant :

- Mais il était entier pourtant !

Il fallut plusieurs secondes encore avant que les dires de Nathanaël —qu'il fut tout aussi heureux de retrouver— ne trouvent un écho dans son esprit.

- Nath ! Content de te voir ! Tu ne devineras j... Que... Non ! Je n'ai rien bu ! Le gâteau a att...

Aldrick se tut, immobilisé par le geste de son meilleur ami.

Mais brusquement, il se redressa, un air gêné sur le visage, les joues empourprées. Resserrant fortement son étreinte sur le plateau d'une main, l'autre se plaquant à la hâte sur le bas de son visage, tandis qu'il détournait vivement le regard, troublé.

*Bon sang ! Qu'est-ce que je fiche ?! Il s'en est fallu de peu... *

Honteux, il jeta un bref coup d’œil à ses amis, qui semblaient ne rien avoir remarqué. Ce fut son seul réconfort ; car son cœur s'affolait dans sa poitrine. Son instinct, malgré lui, avait repris le dessus : il avait failli mordre Nathanaël.

Un bref instant, il s'était relâché, par réflexe. Ayant eu l'impression qu'un appel au jeu était lancé, il lui avait fallu faire un effort colossal et en appeler à toute sa raison pour ne pas réagir en loup, et lui mordre la joue. Pire encore : à part Yvan Voelsungen, personne quasiment ne s'était permit d'agir de la sorte à son égard, et cela l'avait déconcerté plus qu'il ne l'aurait admis.

Il baissa les yeux et acquiesça simplement quand ils parlèrent de découvrir la toile, feintant un léger rire quant au dilemme de Valentine, espérant y masquer son malaise. La surprise peignit ensuite ses traits singulièrement quand le prêtre prétendit qu'il préférait l'art à son tour, plutôt que de prendre une part du dessert.

*Est-ce qu'il est malade ? Peut-être... Qu'ils soupçonnent quelque chose ?*

Le cœur au bord des lèvres, Aldrick ferma les yeux et attendit que l'atroce verdict ne tombe. Les secondes lui parurent aussi interminables qu'éternelles, mais contre toute attente, les deux autres tournèrent les talons. Le laissant là, coi et perplexe quand il les vit se fondre dans la masse.
Un soupir de soulagement s'échappa pourtant des lèvres du lycanthrope, qui posa une main sur son torse, pour tenter d'apaiser la danse effrénée de son cœur.
Cependant, malgré tout l'enthousiasme qui l'avait grisé à l'extrême plus tôt, le policier ne chercha pas à les suivre, se contentant de poser calmement le gâteau sur la table la plus proche tandis qu'ils s'éloignaient déjà, manifestement impatients d'en savoir plus sur la mystérieuse toile.

L'absence d'Edward, arracha au jeune homme tout un amalgame de sentiments épars de surcroît. Aussi rassuré que déçu, le brun fixa le gâteau sans le voir, avant de se décider finalement à en prendre une part conséquente.
Comme à l'accoutumée cela fut une bonne idée et la saveur dont il se délecta le rasséréna grandement. Comme à l'accoutumée, il s'en mit partout aussi ; mais plus lucide, il distingua sans mal Andréa dans la foule, et lui fit un signe de la main accompagné d'un sourire.
Ce dernier disparut rapidement de son visage cependant, quand une voix taquine sembla glisser dans son esprit :

*Tu comptes attendre qu'il s'en rende compte ? Il faudrait mieux lui en parler. À moins que tu ne sois trop lâche pour ça ?*

Un soupir souleva les épaules d'Aldrick, alors qu'il y songeait pour la millième fois, il ne savait comment aborder le délicat sujet de la lycanthropie avec Andréa, malgré leur lien puissant.
S'essuyant la bouche d'un revers de manche, le brun prit son courage à deux mains et s'avança dans sa direction.

Il l’avait presque rejoint quand la stupeur se fit dans la fête, une moue perplexe marqua alors ses lèvres, avant qu'il n'observe le fameux tableau à la dérobée. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’était un parti-pris singulier de représenter ainsi la Seine. Il eut la vague impression de connaitre la demoiselle représentée. Peut-être qu’elle lui rappelait quelqu’un ?
Mais le loup, par l’odeur, alléché, se dirigea malgré lui vers un savoureux parfum de chocolat dont il avait encore le goût en bouche, et s’étonna de contempler à sa hauteur quasiment, le même pigeon avec lequel Edward avait discuté lors de la fête de la musique. Tout autant que de croiser en contrebas de ce dernier, les iris noisette d’Andréa. Le commissaire dégluti avec difficultés et après avoir maladroitement salué le jeune loup, il glissa dans un murmure pour lui seul :

- Andréa… Il faudrait que je te parle… Tu veux bien… M’accompagner sur le pont, s’il te plaît ?

Le mal-être du lycanthrope était palpable, pourtant, il n’en démordit pas, plantant son regard dans le sien pour se donner du courage. Il fallait qu’il lui en parle ! Mais l’obscurité se fit brusquement, et des suites d'Edward, la voix de Jean s’éleva :

- Pas de panique, messieurs dames ! Évitez de trop bouger. C'est temporaire !

Aldrick soupira, décidément le sort s'acharnait pour qu’il ne puisse rien régler de personnel ce soir ! Ses sens aux aguets lui permirent de distinguer sans mal le reste des convives, tout comme son jeune homologue avec lequel il échangea un regard déconcerté. L’agent posa une main sur son épaule, avouant, contrit :

- On dirait bien que ça va devoir attendre… Excuse-moi, il vaut mieux que j’aille voir aussi ce qui s’est passé. Quelqu’un pourrait être blessé…

D’un geste mécanique, il leva la main pour lui ébouriffer les cheveux, mais la bouille nonchalante de Manfred le dissuada de s’y risquer, aussi, il entreprit plutôt de se faufiler entre les présents. Il comptait rejoindre la sortie à son tour et s'assurer que tout irait bien à l'étage, puisqu'il savait que l'expérience de Jean suffirait à contenir la foule. Mais plusieurs cris se firent quand l’obscurité engendra des rapprochements insoupçonnés. Le loup fronça les sourcils en assistant à la rescousse de Logan par Valentine qui contint un énorme chien du mieux qu'elle put.

*Mais qu'est-ce qu'il fiche ? C'est à elle de le protéger maintenant ? Pff ! Tu parles d'un garde du corps...*

Préférant ne pas s'attarder, l'agent sursauta pourtant quand près de lui, plusieurs briquets s’allumèrent simultanément, le faisant dévier de sa trajectoire, et bousculer un serveur dont le plateau se renversa. Éparpillant au sol amuse-bouche, flûtes à champagne et cocktails divers.
Le pas de valse maladroit qu'il échangea avec ce dernier lui permit d'éviter de terminer au sol, mais envoya le malheureux valdingué vers la truffe d'un énorme chien. Nul doute qu’un petit four au fromage était le principal suspect quant à sa chute !
Le canidé aboya puissamment son mécontentement, tandis qu’un brouhaha sans nom se propageait.

L'agitation gagna rapidement la cabine, malgré ses excuses et les tentatives de ses collègues de calmer le jeu, les invités —surpris— s’éparpillèrent, sans qu'aucune toile ne semble cependant subir de dommages. Oscillant péniblement jusqu'à l'étage à pas de loup, Aldrick songea qu'il valait mieux s'éloigner avant de provoquer une catastrophe supplémentaire.

Une fois sur le pont, il eut pourtant un mal fou à réprimer le haut-le-cœur qui le prit, quand un mélange désagréable d'odeurs gagna sa truffe : sardine fumée, magnolia et une pointe de décomposition plus qu'avancée. Malgré ses efforts, il ne trouva pas de traces de la goule qui semblait distiller sur le pont pareille effluve. Mais reconnaissant les longues mèches de son homologue, il se précipita à sa suite en arguant :

- Hey ! Attends-moi !

L'air frais lui fit le plus grand bien, avant qu'il n'argue, d’un ton faussement réprobateur :

- Hors de question que je te laisse régler ça tout seul !

Le brun croisa les bras sur son buste et conclut :

- Déjà que tu chipes les gâteaux au chocolat, alors remettre l'électricité en marche ! N'y penses même pas ! Tu ne t'en sortiras jamais !

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Léonard M. de Potinger
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Sam 30 Avr - 16:40

Léonard n'aurait pu être plus heureux. Ses toiles s'unissaient à merveille avec l'ambiance enivrante qui régnait sur le bateau, d'autant plus que les gens prenaient la peine de les regarder et les apprécier. Les dames étaient charmantes, les amuses-gueules exquises et la musique absolument divine. Il y avait assez de gens là pour qu'il puisse passer le prochain mois sans s'arrêter de discuter – ce qui le comblerait sans aucun doute. Il passait d'une conversation à une autre, ajoutant de nouvelles connaissances à son annuaire et s'informant au sujet des vies trépidantes des gens qu'il connaissait déjà.

À la recherche d'une nouvelle proie entre deux discussions, le blond s'arrêta devant l'une de ses propres toiles, où une jeune femme était si absorbée par la contemplation de celle-ci qu'elle ne remarqua pas le peintre se glisser à ses côtés, et sursauta lorsqu'il éleva la voix.

« Quelle magnifique et enchanteresse vision d'une parfaite harmonie esthétique.»

« Oh! Euh, o-oui, en effet..., répondit-elle, ses joues s'empourprant légèrement. Je regardais la démarcation du ciel et de l'eau. Malgré la similarité des couleurs, on arrive à discerner les deux distinctement avec beaucoup d'aise... »

« Oh, je parlais de vous, mais vous avez raison, le ciel et l'eau... Cela n'a pas été tâche facile. J'ai dû y travailler jours et nuits pour trouver la parfaite harmonie qui rendrait au paysage de la Seine son extrême beauté qui lui valent sa renommée. »

La brunette se tourna vers lui, rougissant de plus belle devant le compliment et en réalisant qu'elle s'adressait au peintre de l'oeuvre, ne trouvant pas les mots adéquats à prononcer.

« J'ai envie de me dégourdir les jambes. Vous m'accompagnez pour une danse? »

« Ce serait avec honneur. Si vous le permettez, j'aimerais continuer de regarder quelques instants avant. »

Léonard acquiesça et s'éloigna avec l'intention d'aller l'attendre sur la piste. Il en aurait profité pour remplir le vide léger dans son estomac en passant par le buffet, mais un homme plutôt grand l'arrêta soudainement, le surprenant par une vive poignée de main.

« Oh, M. De Potinger! Enfin je tombe sur vous. Paul Audinet, c'est un grand plaisir. Je dois vous féliciter, vos tableaux sont absolument fa-bu-leux, le complimenta l'homme, sans toutefois cesser de secouer son bras. Vous savez, tout cela me donne presque envie de me mettre à la peinture! »

« Il n'est jamais trop tard pour trouver sa voie », sourit nerveusement Léonard, les yeux rivés sur l'épaisse moustache de l'homme qui ne cessait de s'agiter lorsqu'il parlait.

Le blond n'osait pas lui avouer que son bras commençait à le faire souffrir, de peur qu'il ne reprenne tous ces compliments. Mais la panique le gagna quand il réalisa qu'il s'agissait du bras avec lequel il peignait. Pouvait-il endommager ses talents de peintre? Sacre bleu! Il se voyait déjà, infirme, le bras dans un plâtre des ongles à l'épaule, cloué au lit pour repos prolongé. Miséricorde! Son sourire disparu, son visage devint blême. Il ne voyait plus qu'une énorme moustache se dandiner tandis que les mots de ce Paul continuaient de déferler. Ce Paul était loin de ressembler au Paul qu'il avait connu, son ami Paul, le premier qui l'avait encouragé – et dont il n'avait jamais plus entendu parler. Ce Paul moustachu était bien différent.

Ce dernier libéra finalement la main du pauvre peintre. DÉLIVRANCE! Celui-ci porta son bras vers sa poitrine pour le serrer contre lui, comme s'il venait de retrouver un animal perdu.

« Dieu merci, tu n'as rien », chuchota-t-il pour lui même en frottant sa manche doucement.

Paul le remercia pour son temps et s'éloigna, au plus grand soulagement du blondinet. Au même moment,  Edward en compagnie d'un large chapeau ambulant l'accosta. À la mention de sa petite course de plutôt par son ami amoureux d'art, Léonard ne pu s'empêcher de rire nerveuse ment, rentrant légèrement la tête dans les épaules. Il n'eut pas le temps de laisser paraître son embarras bien longtemps, tout de suite la voix du chapeau enchaîna.

« M. De Potinger ! Comme je suis contente de vous voir. Vous vous souvenez de moi ? Célestine ! Voulez-vous un petit four au gruyère ? »

Il rencontrait des tonnes de gens tous les jours, les noms lui échappaient bien souvent, mais il lui sembla bien reconnaître ce petit visage, se penchant un peu pour voir sous les rebords du couvre-chef. En revanche, il n'aurait su dire d'où il la connaissait. Apparemment lui aurait-elle demandé de faire son portrait, ce qui aidait peu à la replacer puisque bien des femmes de cette ville en avaient fait autant. Avant même de pouvoir répondre s'il voulait bien peindre son visage sur toile, il se retrouva avec un petit four devant les yeux, qu'il accepta avec grand plaisir, n'ayant jamais pu se rendre jusqu'au buffet en fin de compte. Il aurait pu en manger des dizaines (tout en gardant une certaine modestie, tout de même). L'artiste n'était pas habitué à ce genre de petits plats un peu moins raffiné, mais il se donnait la mission d'au moins essayer. Il changea cependant d'avis une fois le four en question en bouche, le goût n'étant pas vraiment celui escompté.

« Je regardais vos œuvres, vous avez un talent hors du commun, c'est certain! N'est-ce pas vrai, M. White? »

Célestine et Léonard se tournèrent vers l'endroit où se dernier se trouvait quelques instants plus tôt, seulement pour y découvrir un espace vide de toute présence. Un court silence s'installa tandis qu'ils se remettaient tous deux de leur surprise et déception, puis Célestine se prononça à nouveau.

« Ah, cet homme! Toujours à courir des tous les côtés, rit-elle. Un petit four au gruyère, ça vous dit?»

« Edward est certes un homme très occupé. Non merci, ça ira.»

Comme si la vie voulait s'en prendre à ses papilles gustatives, son ventre se mit à grogner au même instant. Il leva lentement des yeux inquiets vers la petite dame devant lui, espérant qu'elle n'ait rien entendu.

« Oh, mais vous êtes affamé, nom de Dieu! Allez, prenez-en donc un! »

« C-ce n'est vraiment pas nécessaire, je vous assure. Je n'ai pas si faim...»

Célestine ne l'écoutait pas et lui bourra les mains d'une poignée de petits fours. Léonard laissa échapper une série de petits sons s'agençant parfaitement avec sa mine déconfite tandis qu'il regardait ses mains pleines de petits gâteaux.

« Mais mangez, M. De Potinger! Les artistes mangent trop peu, vous allez perdre la santé! En voulez-vous un de plus? »

« Je préfère en laisser pour les autres... »

« Vous êtes trop modestes! Allez, prenez en plus! »

« Non! »

Sa voix s'était élevée sans qu'il ne puisse le contrôler. La petite créature devant lui le regardait avec de grands yeux étonnés. Il aurait pu croire qu'elle allait fondre en larmes d'un moment à l'autre. L'heure était au drame. Il devait se reprendre et vite!

« J-je veux dire, c'est plutôt mauvais pour le tour de taille, vous savez. Je ne voudrais pas abuser. »

Contre toute attente, Célestine s'esclaffa d'un rire plutôt étrange, il fallait l'admettre, voire même effrayant. Pendant qu'elle était occupée à rire, le peintre en profita pour déposer la tonne de petits fours qu'il tenait sur le plateau d'un serveur qui passait comme par magie juste à côté de lui.

« Vous êtes tout un personnage, M. De Potinger. »

« Merci, merci, répondit-il sans se soucier de savoir s'il s'agissait d'un compliment ou non. Sur ce, je suis navré, j'ai rendez-vous sur la piste de danse. Vous m'excuserez. »

Il ne lui laissa pas le temps de répondre, de peur qu'elle ne l'emprisonne à jamais. Il ne pu qu'entendre sa petite voix derrière lui demander s'il voulait un petit four pour la route. Il préféra ne pas se retourner. La jeune femme de plus tôt devait déjà être sur le pont supérieur à cette heure. La faire attendre était impardonnable! Il se faufila habilement entre les gens qui traînaient dans l'escalier, leur incitant subtilement à céder le passage, comme si sa vie en dépendait. Le peintre atteignit finalement l'étage supérieur, juste à temps pour voir le commissaire de police déambuler avec un énorme gâteau au chocolat. Il s'arrêta quelques secondes, un point d'interrogation se lisant presque dans le reflet violet de ses yeux.

Elle était là, seule au milieu de la foule, regardant aux alentours d'un regard de belette effrayée. Léonard se glissa gracieusement jusqu'à elle et prit sa main avec galanterie, plongeant sont regard dans le sien.

« Votre beauté radieuse m'a fait oublier la notion du temps. Me pardonnerez-vous en acceptant cette danse? »

Comme si toute la scène avait été prévue, les musiciens entamèrent une toute nouvelle pièce, parfaitement adéquate pour l'occasion. Comme d'habitude, le blondinet avait beaucoup de chance. Leurs corps se rapprochèrent et Léonard les mena à travers la piste. Ils dansèrent un bon moment, main dans la main, yeux dans les yeux. Un moment parfait. Jusqu'à ce qu'une voix familière se fasse entendre derrière lui.

« Léo-Léoni chéri! Vous voilà, enfin! Cessez de disparaître ainsi, vous allez me rendre dingue, ma foi! Fini de jouer, nous allons dévoiler notre petit bijou! HOP HOP! Au pont inférieur, jeune homme! »

Lady D'Arbanville attrapa le peintre par l'épaule et le tira par derrière, l'obligeant à délaisser sa partenaire. Protestant et allongeant son bras vers cette dernière comme pour la rattraper, en vain, Léonard n'eut d'autre choix que de se laisser traîner par sa compatriote mécène. Elle le ramena à la case départ et le posta aux côtés de la toile cachée, lui précisant de ne plus bouger d'un poil, consigne qu'il prit au pied de la lettre. Sa collègue Éveline, à ses côtés, cru bon de lui préciser qu'il pouvait respirer, le voyant lentement tourner au bleu. Les gens commençaient à se rassembler tranquillement autour de la surprise de la soirée, mais déjà Léonard ne tenait plus sur place. Il cherchait des yeux sa partenaire de plus tôt parmi la foule, mais elle n'y était pas. Paul et sa moustache y étaient, cependant.

Bientôt, tout le monde se massa autour de la toile et Edward arriva finalement pour prononcer un discours. Léonard aurait bien aimé lui dire deux mots quant à sa disparition de plus tôt, grâce à laquelle il avait toujours le goût de gruyère collé au palet, mais l'heure n'était pas à l'enquête.

Soudain, une certaine nervosité le gagna. Qu'allaient penser les convives de cette toile spéciale? Ses collègues et lui y avaient mis beaucoup d'efforts et en étaient certes très fiers, mais la critique savait parfois se montrer cruelle. Il savait que des interrogations se soulèveraient certainement, la Seine n'étant pas aussi nettement reconnaissable que sur les autres toiles exposées, mais quelles autres réactions allaient-ils avoir l'occasion de recevoir? Il jeta un subtile coup d'oeil à ses amis peintres près de lui, s'assurant que Lady Opale ne remarque pas qu'il ait bougé, et su qu'eux aussi appréhendaient quelque peu le moment du dévoilement.

Le grand drap blanc se souleva enfin, dans un mouvement gracieux qui créa un court silence de fébrilité. Les applaudissements se firent entendre, tandis que tous analysaient la toile avec curiosité. Léonard s'attendait à voir leurs visages surpris et finalement quelqu'un osa poser la question ultime. Le peintre se permit un second mouvement pour regarder à nouveau Éveline, Sofia et Thomas, questionnant du regard qui allait répondre, quand Thomas prit enfin la parole en leurs noms. À leur plus grande surprise, l'un des invité semblait connaître la réponse au mystère de la femme sur la toile et allait s'expliquer quand tous furent brutalement plongés dans le noir.

Léonard sursauta, tandis que les murmures des convives s'élevaient. Une panne de courant? La panique gagnait doucement chacun d'entre eux. Le peintre songea à sa partenaire de danse de plus tôt, qui devait être terrorisée avec ses petits yeux de belette dans toute cette noirceur. Il profita du fait que Lady D'Arbanville était trop occupée à calmer les invités et délaissa son poste. Il parcouru la foule à la recherche de la tête brune de la jeune femme, quand il s'arrêta devant la toile où ils s'étaient rencontrés. Il plissa les yeux pour mieux la regarder. Quelque chose semblait clocher. Et puis il vit ce qui n'allait pas. Dans la noirceur, le bleu du ciel et de l'eau se mélangeaient!

Le peintre porta les mains à son visage en plein désarroi. Quel méfait! Il ne pouvait laisser sa toile dans l'imperfection ainsi. Il tourna plusieurs fois sur lui même. Ses autres œuvres subissaient le même sort terrible. De la lumière. Il devait trouver de la lumière pour leur rendre leur juste valeur! Ne sachant par où commencer, ignorant également pourquoi le courant les avait laissé tomber, il tituba quelques secondes, réfléchissant en panique à une solution.

*CROUNCH*

Léonard s'arrêta. Il venait de poser son pied hésitant sur quelque chose. Tout en baissant les yeux vers le sol, une forte odeur familière se glissa jusqu'à ses narines. Du gruyère. Sous sa chaussure était aplatit un petit four au gruyère. Quelqu'un d'autre s'en était-il débarrassé? Le peintre le décolla de sous sa semelle et poursuivit sa route. Peut-être qu'il pourrait faire la lumière sur la panne de courant au pont supérieur.

*CROUNCH*

Il s'arrêta à nouveau. Un autre petit four? Le blond tourna sur lui même. De là où il se tenait, il pouvait voir une dizaine des fameux petits fours au gruyère de Célestine sur le sol, zigzaguant à travers la salle d'exposition à la manière d'Hansel et Gretel. Léonard porta son regard vers la foule. Le large chapeau de Célestine n'était nulle part. Elle... elle avait disparue! Que faire? Était-elle la cause de cette terrible noirceur qui avait volé la beauté à ses toiles et semé la panique parmi les convives? Léonard se sentait investit d'une mission. La responsabilité lui revenait. Il devait rétablir l'équilibre des choses!

« Je ne peux refuser, réfléchit-il tout haut, déterminé. J'ai été choisi. C'est mon devoir. Je dois mettre un terme à cette noirceur. »

« M. De Potinger, vous voilà!, s'exclama sa partenaire de plus tôt, arrivant soudain à ses côtés. Je n'y voyais plus rien. »

Mais Léonard ne l'entendait pas.

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Andréa Eyssard
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Sam 30 Avr - 21:08

On en parlera tout à l'heure, souffla Edward à Andréa. En attendant, prends ça. Et ne laisse pas Aldrick la voir où il la mangera.
Mais j…

Un geste de son oncle et le voilà qui s'éloignait pour rejoindre Mademoiselle d'Arbanville. Il laissait derrière lui une jeune homme rendu perplexe par la part de gâteau au chocolat qui venait de lui être confiée. Une part énorme qui lui donna faim.

Tu crois que j'ai le droit de la manger ?
Rouh.
Il n'a pas précisé après t… Aïe ! Mais qu'est-ce qu'il y a ? Tu as repéré Dolores ?

Suite au coup de bec de Manfred, Andréa porta une main à son crâne endolori et redressa la tête pour détailler soigneusement la salle. Il espérait y repérer rapidement la doctoresse en détresse et lui porter aussitôt secours, mais à la place il croisa les iris d'ambre du commissaire Voelsungen. Cette vue soudaine le surprit autant qu'elle le troubla. La mise en garde d'Edward encore fraichement imprimée dans son esprit, l'empêcha de répondre naturellement au salut d'Aldrick qu'il s'inquiéta de voir se diriger droit sur lui. Savait-il pour le gâteau ? Allait-il vraiment le manger ?
Un bref coup d'œil pour la pâtisserie accéléra les battements de son cœur en même temps qu'il fit naître en lui un doute. De ses doigts fébriles et sans s'occuper des soudains roucoulements de Manfred, Andréa tourna et retourna la part entre ses mains, mais n'y décela pas le moindre signe d'une farce de son oncle. Perplexe, il ne releva la tête que quand l'assemblée fut parcourue d'une agitation soudaine. À son tour il remarqua la toile dévoilée et machinalement, coupa un morceau de la pâtisserie pour l'avaler aussitôt. Ses iris rivés sur cette immense toile, il en parcourut distraitement les lignes, pour s'arrêter soudainement sur le buste de la demoiselle assoupie. Qu'est-ce que… ? Ne venait-elle pas de respirer ?
Fronçant les sourcils, l'attention d'Andréa se fit plus marquée et son appétit plus grand. Plus de la moitié du dessert avait disparu entre ses lèvres lorsque la voix familière d'Aldrick s'éleva derrière lui, lui arrachant un sursaut.

Vite ! Cacher le gâteau !

A… Aldrick. Vous allez bien ?

Ses deux mains dans son dos, le louveteau y tint dissimulé la part confiée. L'inquiétude le gagna pourtant sitôt qu'il nota le malaise de son interlocuteur et le pauvre garçon devint presque livide lorsque le policier l'invita à la suivre sur le pont. Avalant avec difficulté sa dernière bouchée, le garçon révéla finalement sa prise bien entamée et s'enquit faiblement :

Vous allez m'arrêter p… pour un gâteau ? Mais c'est Edward qui…

Un grondement puissant et la lumière disparut. Si les pupilles du jeune lycanthrope s'adaptèrent rapidement à ce nouvel éclairage, ce ne fut pas le cas des autres convives qui se bousculèrent sous la surprise. Andréa grimaça lorsqu'on lui marcha malencontreusement sur le pied, puis se tourna vers le fond de la cabine où la voix de son oncle s'éleva. Enfin Aldrick lui faussa compagnie tandis que le calme semblait revenir sur l'embarcation, ce qui lui permit de terminer distraitement son dessert.

Cela ne dura malheureusement qu'un temps, car rapidement les catastrophes se succédèrent dans la pièce et les passagers aveugles, inquiétés par les nombreux bruits et exclamations, cherchèrent à retrouver le peu de clarté que leur offrait l'extérieur. Ainsi Andréa fut témoin de scènes bien peu flatteuses quand s'agitèrent ceux à qui la crainte avait ôté toute décence.
L'un d'eux, un homme carré et bourru, fit d'ailleurs preuve d'un sans gêne virulent, au point de repousser vivement un invité qui l'empêchait d'accéder au pont extérieur. À son tour, le louveteau s'écarta sur son passage, mais pas assez vite pour éviter un coup d'épaule qui fit tanguer son corps maigrelet. Il porta rapidement sa main à son bras endolori par le choc et suivit, d'un regard sombre, l'individu qui se jeta au dehors. Aussitôt, le garçon voulut porter assistance à l'homme bousculé plus tôt. Il crut d'ailleurs reconnaître en sa personne le père Cartier, mais ne put s'en assurer car à peine avait-il fait un pas qu'on le dévia violemment de sa route.
Andréa serait tombé s'il n'avait pas à nouveau bénéficié de l'aide opportune de Jules, qui le remit sur pied. L'antiquaire n'eut droit qu'à un maigre remerciement car déjà, le louveteau rattrapait l'impoli et s'exclamait en lui agrippant le bras :

Mais calmez vous enfin ! Ça ne sert à rien de bousculer tout le monde !
Ça sert à sauver sa peau ! Protesta l'autre en se dégageant. Où sont les organisateurs de cette catastrophe, j'ai deux mots à leur dire !
L'un d'eux est allé voir ce qui se p… Mais attendez !

Le louveteau voulut le retenir, mais il se retrouva avec un gros chien dans les pattes et ce fut finalement Jean qui arrêta le grossier personnage. L'agent s'adressa à lui d'un ton qu'il voulait rassurant :

Pas besoin de vous mettre dans cet état Monsieur. Votre vie n'est pas en danger.
Vraiment ? Alors qu'il y a aucun canaux sur votre navire ?
Il n'y a pas de canaux ? S'enquit fébrilement une dame à proximité.
Vous êtes sur une péniche Madame, reprit le policier. Une de celle qui emprunte la Seine tous les jours et il n'y a jamais eu de canaux.
M… Mais c'est que je ne sais pas nager !
Vous n'aurez pas besoin de nager, nous n'allons pas couler.
Et qu'est-ce que vous en savez, argua le plus nerveux.

Un nouveau bruit sourd se répandit dans l'armature de la Sequana. Moins fort que le précédent, il fut pourtant beaucoup plus angoissant pour les présents à qui l'on avait ôté toute source de lumière. Le silence s'abattit dans l'assistance qui guettait un autre son. Mais rien. Alors les murmures, puis les éclats de voix reprirent, avant que le rustre inconnu ne grogne :

Quel enfer !

Ces mots agitèrent étrangement Jules qui se mit à réfléchir tout haut :

Non, non. C'est impossible.

Puis un cri. Une exclamation paniquée qui précéda un mouvement de foule complexe dont le résultat provoque la chute de l'une des toiles. Le bruit sec du chevalet tombant au sol arracha un sursaut commun aux aveugles, avant qu'une voix blanche ne s'élève :

Qu… Quelque chose m'a heurté ! Qu… Quelque chose de bizarre !

De bizarre ? L'estomac d'Andréa se noua. Lentement il leva sa main jusqu'au haut de sa tête, puis ferma les yeux. Il croisa fermement les doigts avant d'y laisser retomber sa main. Il s'en doutait et pourtant, son cœur se serra lorsqu'il comprit que Manfred avait disparu.

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Dolores Keller
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Dim 1 Mai - 21:45

Lorsque le voile de tissu couleur jonquille-moisie-écrasée-datant-d'il-y-a-trois-ou-quatre-semaines-selon-l'ensoleillement fut retiré de la toile, une vague de surprise s'empara de l'assemblée qui se redressa comme un seul homme avant de reprendre sa forme d'origine. Les mondaines agitaient leur éventail tandis que les maris se frottaient la moustache d'une main et tâtaient leur bedaine de l'autre, mais tous avaient bien les yeux rivés sur la toile. Telle une fenêtre sur l'extérieur, le tableau semblait donner la vue sur un autre monde dont les tons et les traits conféraient à l'œuvre une sorte de mouvement permanent, comme si le vent, lui aussi, avait été peint, et agitait les brins d'herbes au cœur desquels sommeillait une jeune femme.

- Oooooh ! Mais elle est toute nue !! Fit Mimi en chuchotant, comme pour ne pas se faire entendre par la peinture. Tu crois qu'elle a oublié ses habits quelque part ? Ou alors on les lui a volé !!

Dolores, elle, restait silencieuse, à contempler l'œuvre, l'air pensif. Ses yeux s'étaient immédiatement fixés sur le corps de la figure féminine du tableau, intriguée par l'anatomie de son corps. Les proportions semblaient correctes, mais quelque chose l'empêchait de l'analyser complètement, comme si elle changeaient en permanence. Il faut dire, de là où elle se tenait, il lui était difficile de voir tous les détails de la peinture. Mimi, pendant ce temps, continuait son histoire du voleur de vêtements qui vivait une double vie de femme à ses temps perdus, jusqu'à ce que la lumière (peut-être agacée par l'histoire débile de Pipistrella) disparaisse brutalement, plongeant la salle dans le noir complet. La danseuse s'interrompit avec un petit cri de surprise puis s'accrocha au bras de Dolores qui s'éloignait doucement de la foule en train de s'agiter.

- Oooohw je vois plus rien ! Dolly Dolly tu vois quelque chose ?!
- C'est sans doute un problème technique, Edward est parti se renseigner…!
- Aïe ! Hey quelqu'un m'a marché sur le pied ! Dis donc toi là ! Tu pourrais t'excuser quand même !!
- Mimi tu pointes une chaise là…!
- Et alors ? C'est pas une raison pour marcher sur les pieds des gens !!

Alors que la danseuse entamait son conflit avec la vile et « méphistophélique » chaise (Dieu sait d'où est-ce qu'elle sort ce mot), Dolores profita de sa vision d'homonculus pour regarder comment se comportait l'assemblée. Une foule paniquée pouvant être si rapidement dangereuse, la doctoresse comprit qu'il fallait rapidement détendre l'atmosphère pour calmer les esprits agités. Alors qu'elle s'apprêtait à parler, un homme se débattant avec un autre pour essayer de quitter la pièce vint heurter le visage d'une dame avec son coude, la faisant tomber à genou. Dolores attrapa un bras de chacun des hommes et les écarta brutalement afin de leur faire reprendre leurs esprits.

- S'il vous plaît Messieurs, restez calme, votre vision s'adaptera d'ici quelques minutes et vous pourrez quitter la pièce en toute-!

Le bruit du chevalet qui tomba sur le sol perça alors le brouhaha de la foule qui se tut brusquement, avant qu'une autre voix ne s'élève.

- Qu… Quelque chose m'a heurté ! Qu… Quelque chose de bizarre !!
- Lâchez-moi !! fit l'un des hommes en dégageant son bras, je ne veux pas rester ici une minute de plus !!
- Oh mon dieu, allons nous vraiment couler ?!
- Je suis sûr que cela fait partie de la mise en scène !!
- Oh je n'aime pas être dans le noir comme cela, je ne vois rien !!
- AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !!!!!!

Silence dans la salle, tout le monde se tourna vers Dolores, ou plutôt vers Pipistrella qui se débattait toujours avec sa chaise juste derrière elle.

- Je me suis cassée un ongle… Mmmmmmmggghn maudite chaise ! Je vois rien en plus…!

La jeune danseuse tira alors l'air de rien d'une de ses poches une petite boîte qu'elle ouvrit délicatement avant d'en tirer une petite allumette qu'elle craqua calmement. La petite lumière apparut entre les mains de la jeune demoiselle qui approcha son doigt de la flamme pour constater les dégâts sur son ongle de petit doigt. Pipistrella resta ainsi quelques secondes avant d'apercevoir le regard lourd des autres personnes dans la pièce, tous attirés par la petite source de lumière que la danseuse tenait entre ses mains. Celle-ci se redressa puis fit face à l'assemblée, sans trop comprendre ce qu'on lui voulait.

- … Mimi d'où est-ce que tu sors ces allumettes ?!
- Ça ? Je les ai achetées mardi dernier parce qu'il y a un arc-en-ciel sur la boooîte ! Elle me porte bonheur !

Une drôle de silhouette se fraya un chemin au milieu des autres occupants du bateau jusqu'à rejoindre Mimi, une lanterne à la main. C'était une petite dame au corps étonnamment rond et au chignon aussi gros que sa tête, qui expliqua qu'elle en avait pris une pour la ramener à son petit fils et que la mèche pouvait être rallumée avec une allumette. La danseuse acquiesça puis glissa sa petite tige de bois au cœur de la lanterne faisant renaître un halo de lumière au milieu de la pièce.
Si la lueur était assez faible, en tous les cas le calme avait regagné les esprits des occupants qui se regroupèrent autour de la petite dame ronde.

On éclaira du côté du chevalet qui était tombé mais rien n'apparu dans la lumière de la lanterne, exceptée la dame qui avait crié et qui fixait le sol, les points serrés et l'air inquiet. Dolores resta silencieuse, tout comme Pipistrella qui contemplait sa manucure, l'air agacé, tandis que les chuchotements retrouvaient leur place au sein de l'assemblée qui, bien qu'encore inquiète, avait retrouvé la raison grâce à la petite lampe improvisée.

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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Lun 2 Mai - 18:56

Ashton fixait le tableau sans bouger, figé dans des souvenirs qui lui arrachaient le cœur tout en l'éveillant, qui griffaient ses entrailles en les baignant de chaleur. Sa haute silhouette demeura comme glacée, longiligne statue du Mal, face au nom teinté de sang et d'amour qui poignardait sa poitrine. Les secondes, les minutes passèrent, il n'en fit rien. Sur ses rétines sanguinolentes se dessinaient les souvenirs tortueux qui rompaient encore ses os et son âme, hantaient son esprit à l'en bloquer, comme en cet instant, à le priver de ses capacités, de ses expériences, de sa vie peut-être.

La collision qui survint brusquement lui arracha un sursaut. Il était trop déconnecté de sa réalité, trop empreint de douleur surtout pour la supporter, et les événements des mortels s'étaient soudain évaporé de ce qu'il ressentait. Jusqu'à ce qu'un jeune homme au teint basané rentrât dans son épaule, le forçant impitoyablement à renoncer à ses songes suintants d'horreur. Jusqu'à ce qu'Ashton fût contraint de constater son propre manque de discernement, jusqu'à ce qu'il se rendît compte à quel point il s'était laissé emporter par cette inscription sur un vulgaire papier.

Idiot.

Il sourit. Son expression, doucement, devint d'une joie artificielle. Il la tourna à son interlocuteur, lorsque celui-ci s'excusa.

« Ce n'est rien, mon bon monsieur. À vrai dire, je vous remercie. »

Pour toute explication, le garçon venu d'Ailleurs eut le droit à un malicieux clin d’œil. Sans le savoir, cet inconnu venait de sauver sa soirée et, s'il ne pouvait le lui avouer sans risquer de se dévoiler – chose inacceptable s'il en était une – il pouvait cependant lui faire part de sa gratitude. Il avait eu besoin d'un choc, aussi léger fut-il, pour se sortir des songes morbides qui l'assaillaient, et il l'avait obtenu en la personne intrigante de cet étranger.

En temps normal, Ashton eut cherché la présence de cet homme à l'âme singulière. En temps normal, Ashton se serait paré de la fascination inhérente à son être, de la curiosité qui gorgeait ses entrailles, et les aurait offertes toutes entières à son interlocuteur. En temps normal, Ashton aurait avec lui discuté fort bien et fort longtemps, aurait cherché les mots et trouvé les paroles. En temps normal, Ashton eut inscrit leur rencontre dans cette soirée comme un intemporel souvenir. Mais de normal il n'y avait plus rien. Ashton avait mal, trop mal pour la normalité. L'air était encore vicié d'une putride odeur de mort, se bloquait encore dans sa gorge comme un tortueux bout de verre, et la lueur fantomatique de ses souvenirs n'avait de cesse de l'aveugler. Plus que de compagnie, il avait besoin d'espace. De solitude. Il avait besoin d'être tranquille pour murer ses plaies béantes qui suintaient la douleur et le chagrin. Il voulait du calme. Être seul, juste... seul. Ce fut donc loin de cet étrange individu que le menèrent ses pas, loin même de la foule qui ondulait entre les œuvres.

Il posa son dos contre le mur blanc que lui offrait la salle, dans un coin inoccupé où il pouvait prendre une minute pour respirer. Là, seulement, enfin, il se détendit. Ses paupières se fermèrent d'elles-mêmes et c'est une grande inspiration qu'il prit. Ses poumons s'étendirent sous la chemise qui lui tenait chaud, étirant à peine l'ample tissus, gonflant son torse d'un bien-être forcé, puis expirèrent, longuement, comme par désir de rejeter tout le mal-être de son existence. Il reprit l'opération plusieurs fois, encore et encore, sans se lasser, jusqu'à se sentir mieux.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, ce fut pour voir un commissaire hystérique débarquer dans la salle. La découverte d'un gâteau au chocolat semblait faire des merveilles au moral de l'homme de loi, pour le plus grand plaisir des visiteurs, qui se trouvaient face à un canidé particulièrement... jovial. Les cris de liesse lupin ne manquèrent pas d'amarrer un sourire qui, d'abord timide, se mua rapidement en un véritable rayon de soleil sur le visage du jeune homme. S'il ne se sentirait pas pleinement heureux de la soirée, plus maintenant, Ashton supposait cependant qu'il pouvait bien prendre le loisir de s'amuser un peu. Et le spectacle qu'on lui offrait était tout à son bonheur.

« Mais quelle mouche l’a piqué ? »

Ashton adressa un regard pétillant de malice à Allan qui, déconcerté par l'attitude de son patron, s'était installé près de lui. Un léger éclat de rire échappa à sa gorge, doux, mielleux, grave.

« Si vous voulez mon avis, elle porte pour nom Cacao... »

L'ambiance fut bonne enfant à partir de là, et ce fut avec plaisir que le canidé des enfers s'y mêla, espérant sans doute dissiper son malaise dans les effluves de bien-être qui se répandaient dans la salle. C'était de ce genre d'atmosphères qui, bien que trop codifiées pour réellement lui plaire, égayaient le garçon. Il appréciait les sourires, tantôt aimables tantôt gais, qui paraient les visages autour de lui.

Il ne continua pas d'inspecter les tableaux, de peur d'y perdre le peu de joie qu'il parvenait à se retrouver dans cette soirée. Ridicule. Il était complètement ridicule. C'était pourtant au delà de ses forces. Vieille de vingt-quatre ans, la mort d'Evelyn était pourtant toute fraîche en son cœur comme en sa mémoire, et le thème marin de l'exposition d'art ne faisait désormais que lui rappeler l'eau meurtrière qui avait englouti le corps de la femme pour qui s'était créée son âme.

À l'observation, il préféra donc la détente, évitant soigneusement les œuvres du regard, s'amusant au contraire à regarder les visages et les mimiques de ceux qui l'accompagnaient en cette soirée. Il était cependant une toile dont il ne pourrait rien ignorer : celle pour laquelle chacun était ici, celle qui par son apparition fit tourner toutes les têtes. Celle, aussi, qui déclencha les émois de la salle.

Un sourire se dessina sur les traits d'Ashton alors qu'il reconnaissait la Séquana, nymphe de la Seine, et ses pensées pour la première fois depuis l'incident allèrent davantage à une autre qu'Evelyn. En cet instant, au contraire, il songea à Élise. Ce monde dépeint sur le papier tendu était davantage celui de sa sœur de cœur que de quiconque ici présent. Ce monde, c'était celui qui avait donné naissance à son amie la plus chère. La tension dans ses muscles s'allégea de nouveau, apaisée par l'idée de cette personne si importante à son cœur.

Fasciné par les traits du tableau, le canidé avança doucement vers lui, espérant y déceler davantage d'informations qu'il pourrait relater à sa divine sœur. Ses pas furent fluides contre le parquet, réguliers sur les planches craquantes, et sa démarche paradoxalement féline. Il ondulait entre les silhouettes compactes de la foule, doucement.

Puis plus rien.

Ou du moins, plus de lumière. Plus assez pour les humains, certainement pas non plus pour la plupart des légendaires présents. On avait éteint les luminaires, ou bien ceux-ci avaient disjoncté, mais cela lui semblait instinctivement peu probable. Ashton grimaça mollement. Il n'aimait pas beaucoup ce que présageait cet événement ; s'il adorait naviguer, il n'en ignorait cependant pas les risques, et s'il était un endroit où il était dangereux de se trouver sans moyens, c'était l'eau.

Bloquant la panique qui grimpait autour de lui, le canidé lança un coup d'oeil derrière lui, à la recherche de potentiels malfrats. La foule était aussi houleuse qu'une mer en colère, rendant difficile tout discernement réel, mais sa vue lui permit de distinguer la moindre silhouette assez rapidement. S'il devait y avoir un crime, c'était à cet instant qu'il fallait le repérer. Edward était parti vers l'avant du bateau, rendant cet endroit plus vulnérable en dépit de la présence du commissaire. Il devait rester vigilant. Certains ne s'arrêtaient devant rien.

Mais bien loin de cambrioleurs audacieux, ce fut un petit voleur de pacotille qu'Ashton repéra. Faire les poches d'une femme n'était pas une activité bien reluisante, d'autant que l'âme de celui qu'il venait de prendre la main dans le sac n'avait rien de celle d'un pauvre gosse perdu. Une moue boudeuse s'empara de son visage alors qu'il s'avançait. Voici qu'il se trouvait donc à jouer le justicier... à vrai dire il n'aimait pas beaucoup ça. Il n'était pas le héros dans l'histoire, et sans doute se distinguait-il comme mille fois plus dangereux que le frêle jeune homme dont il attrapa l'épaule. Sa voix, dans le noir, était chaleureuse.

« Allons, monsieur, ce n'est pas très poli de voler une Dame. Vous savez, la police est présente dans cette salle... Il serait fort dommage que nos chers agents découvrent vos méfaits... »

Son interlocuteur jura bassement et tenta en vain, rageusement, de se dégager de son étreinte. Ashton ne broncha pas.

« Ce n'est pas une réponse, monsieur. Donnez-donc l'argent, hm ? »

Son emprise sur l'épaule du voleur se fit juste assez serrée pour devenir convaincante, et l'aura d'ordinaire chaleureuse qui émanait du canidé devint plus froide, moins contrôlée, moins contrôlable, et surtout beaucoup plus dangereuse. Lui était une créature de la Mort, et face à lui nul ne s'en sortait sans peur aucune. Personne.

« Je ne le répéterai qu'une seule fois, monsieur. »
, annonça-t-il d'une voix pleine de sous-entendus.

L'homme ne tint pas longtemps sous l'inexplicable pression sur sa poitrine et, préférant sans doute sa santé à son argent, rendit à la jeune femme lésée tout son butin. Ashton lui adressa d'ailleurs son premier regard, aimable, conscient pourtant qu'elle ne le voyait pas.

« J'ai huit francs... C'est tout ? »
« Je vous remercie, monsieur. Vraiment. »

Ashton lui rendit poliment l'argent, un beau sourire aux lèvres. Peut-être que sa chance avait tourné ce soir... L'idée de ramener une femme chez lui ne lui déplaisait pas en ces circonstances, et la demoiselle à qui il parlait semblait tout à fait intéressante. Ses manières étaient douces, avec une part de raffinement dont il appréciait la saveur. D'une certaine façon, la douceur féminine apaisait son cœur. Il aimait la fougue du sexe opposé, son caractère aimant aussi, mais peut-être était-ce le calme qui résonnait le plus en lui. Et il savait pourquoi.

L'âme de sa nouvelle rencontre, en tout cas, était assez intrigante. Elle ressemblait à une âme... Une âme...

Ashton se figea dans le noir.

« Quel est votre nom, monsieur ? »

Impossible, ce devait être une coïncidence. Son sourire, bien que dissimulé par la pénombre, était d'un charme spontané, jovial, d'une chaleur doucereuse.

« Ashton Lyn, madame. Enchanté de vous servir... »

Un silence. L'appréhension qui grimpe.

« Je me nomme Éveline, pour ma part. Éveline Blanc. »

...une âme d'artiste.

Lorsqu'il comprit qu'il venait définitivement de gâcher sa soirée, Ashton éclata d'un rire suintant d'un amusement désespéré.

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Edward White
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Lun 2 Mai - 18:57

Ainsi plongé dans les ténèbres, la Sequana avait des airs de navire fantôme. Son ombre menaçante se fondait dans les eaux noires de la Seine et seuls les quelques éclairages des quais révélaient encore sa silhouette massive. Pourtant le ronronnement du navire n'avait pas cessé, mais il était devenu impossible de distinguer nettement la fumée que crachait sa haute cheminée. Seule l'absence des étoiles, masquées de temps à autre par la brume anthracite, permettait de deviner que les fours rougeoyants de la péniche avalaient insatiablement le charbon fournit par les machinistes.

Cette obscurité n'avait rien d'handicapante pour un lycanthrope tel qu'Edward et pourtant, ce fut avec la plus grande précaution qu'il longea le bastingage pour atteindre la cabine du capitaine. Sa main, grande et nerveuse, se montrait bien en peine de desserrer son étreinte du garde de corps et c'était à chaque fois avec angoisse qu'il croisait les rares convives à ne pas s'être rendus sous la salle d'exposition. Il se surprenait à guetter systématiquement leur réaction, surveillait le moindre de leurs gestes et répliquait, souvent sèchement, qu'il allait se renseigner.

Il n'avait pas fait la moitié du trajet qu'une voix connue lui arracha un sursaut.

- Hey ! Attends-moi !

Le vent de face lui avait masqué l'arrivée d'Aldrick pour préférer l’asphyxier d'une eau de Cologne bon marché qu'accompagnait l'âpre odeur d'un cigare. Un parfum qui lui saisit la gorge et l'empêcha de répondre rapidement aux remarques du commissaire. Puis reculant d'un pas, Edward finit par esquisser un sourire et glissa pour son vis-à-vis dès qu'il eut retrouvé son souffle :

Suspecter sans preuve ? Voilà qui n'est pas très joli commissaire. Serais tu vexé de ne pas avoir repéré à temps le second gâteau volant de cette soirée ?

Mais le loup blanc ne tint guère à s'attarder davantage si près de l'eau en compagnie de son homologue. Il tenta d'en prendre congé d'un vague geste de la main, mais alors même qu'il tournait les talons, un gargouillis inquiétant se propagea dans la coque du navire. Le loup s'immobilisa. Un silence. Puis un grincement bref, mais puissant qui surprit tant Edward qu'il se jeta en arrière loin de la balustrade.

C'était quoi ?

À nouveau, un grondement sembla agiter les entrailles de la Sequana. Il fut rapidement remplacé par un grésillement désagréable qui irrita l'ouïe sensible du lycanthrope. Edward porta ses mains à ses oreilles pour les protéger du son irrégulier et surprit le frémissement des ampoules. Aucune ne s'alluma.
Le bruit passé, le loup pesta un juron de sa langue natale et se tourna vers Aldrick toujours face à lui. Il l'interrogea en approchant sa main du bras du commissaire :

Ça va ?

La réponse fut couverte par un amalgame complexe d'éclats de voix, tous originaires de la cabine du vernissage. Une fraction de seconde plus tard et Edward rebroussait chemin. Sa foulée vive résonna sur le pont de bois tandis qu'il se faufilait entre les présents. Lorsqu'il pénétra à nouveau dans la vaste salle, tous les regards étaient tournés vers son unique éclairage : une petite lanterne, maintenue en l'air par Mademoiselle d'Arbanville. Elle illuminait l'œuvre majeure de l'exposition et c'était elle qui retenait toute l'attention. Edward y porta à son tour ses iris dépareillés et resta sans voix face à la toile qui se dressait devant eux. Comment… ?

Sequana:
 

Métamorphosée. Le terme était on ne peut plus adéquat pour décrire le camaïeux de teintes sombres qui remplaçaient les couleurs vibrantes de la peinture. Mais plus déroutant encore, malgré l'illumination sommaire, on remarquait nettement que la scène elle-même avait changé. De la jeune fille innocemment assoupie, on ne distinguait plus que la main. Le reste de son corps, hors du cadre, laissait facilement deviner la course qui l'entraînait loin de l'orage grondant et de sa foudre.

Nombreux furent ceux qui se tournèrent vers les artistes, mais leur air ahuri ne laissa aucune place au doute. On les vit échanger des regards circonspects avant que Thomas ne se rapproche de la toile, réclamant qu'on l'éclaire. Il examina la peinture, y posa délicatement son doigt, le retira et constata aux yeux de tous que la peinture était parfaitement sèche.

C'est impossible, balbutia-t-il faiblement.

Le brouhaha prit une ampleur disproportionnée, chacun cherchant à percer ce nouveau mystère. Edward fit au mieux pour se faufiler parmi la foule et retrouver Opale à qui il glissa dans un murmure :

Que se passe-t-il ?
Je n'en sais rien, je pensais que vous…

Puis un son puissant gonfla à bord du bateau. Une note longue, unique et grave. Elle avait tout de la sirène sonnée par ces imposants navires de pêches pour avertir de leur approche quand le brouillard les rendait invisible. Elle se répéta, deux, trois fois, et augmenta la panique à bord.
Bousculant et poussant sans ménagement d'autres convives, certains se jetèrent près des petites fenêtres. Ils y scrutèrent la Seine à la recherche de l'embarcation à proximité. Le bateau devait être près pour que le son soit si fort ! Mais ils avaient beau plisser les yeux ou coller leur nez aux vitres, aucun d'eux ne perçut la moindre trace d'un autre vaisseau.

Edward sentit que la situation leur échappait et de crainte d'une réelle catastrophe, il s'exclama après avoir réclamé le calme :

C'est certainement la Sequana qui est en cause. Les tentatives pour relancer la machinerie électrique provoquent sans doute ce genre de son. Peut-être allons nous bientôt retrouver la lumière et…

Mais le même phénomène sonore, plus fort cette fois, ramena le trouble chez les présents. À nouveau on compta bon nombre de bousculades, quelques chutes, quelques larmes… L'angoisse montait. Il n'y eut qu'un seul des invités pour se réjouir de la situation. Alors que l'inquiétude noyait la plupart des esprits, ce fut d'une voix presque fiévreuse que Jules Chevalier s'exclama :

C'est incroyable !
Allons ce n'est pas le moment de vous émerveiller ! S'emporta sa voisine. Je veux sortir d'ici !
Vous ne comprenez pas ? C'est Sequana ! Nous vivons l'histoire de Sequana. Les enfers et à présent ce son. C'est la conque de Neptune ! C'est lui qu'elle fuit !
Jules enfin redescendez sur terre !

Mais comme pour lui donner raison, une houle soudaine fit tanguer la péniche. Dehors, le vent s'était brutalement levé et il couvrait le fleuve de si violentes rafales qu'il n'avait plus rien à envier à une mer agitée. L'équilibre de chacun devint plus précaire et cristallisa la majorité des peurs. Pourtant une autre menace planait, bien plus grande celle là.

Sitôt qu'il le put, le loup blanc attrapa le commissaire par le bras et l'entraîna à sa suite. Il eut à peine besoin de s'extraire de la cabine pour indiquer à son homologue, et sans un mot, l'origine de ses craintes. Son index pointé vers la cheminée massive de la Sequana, il y perdit son regard, distinguant parfaitement chaque étoile.

Plus de fumée. Plus de moteur.

Ils dérivaient.
-----------oOo-----------oOo-----------oOo-----------



Le chant des sirènes



Cette soirée est finalement bien loin d'une croisière ! Non seulement l'électricité n'est pas revenue, mais à présent de drôles de choses se passent sur ce navire.
La toile a changé et quel changement ! Elle semble s'accorder avec la tempête qui malmène la péniche. Pour l'instant seule la lanterne dégotée par Dolores et Mimi apporte un peu d'éclairage.  Mais c'est un bien maigre réconfort en comparaison des ennuis qui s'annoncent : les moteurs sont coupés !

Note importante : Au XIXe siècle, très peu de gens savent nager. C'est un détail important qui explique pourquoi la panique est si vive sur le navire. Prenez en aussi compte pour votre personnage.

À tous les participants vous allez devoir faire un choix.

  • Si vous vous rendez compte que les moteurs ne tournent plus, vous devrez décider d'en informer ou non vos proches, vos voisins, voire la totalité des convives. Ce qui pourra avoir d'importantes répercussions sur le comportement de la foule.

  • Si vous ne vous en apercevez pas il faudra adapter vos actions à ce qui se passe au sein du navire. À vous de vous positionner par rapport à la panique qui semble gagner chacun et de choisir si vous portez ou non assistance aux plus malmenés.








Vous posterez autant de fois que vous le voulez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au lundi 10 mai (au soir) pour participer à la quatrième partie o/


Vous pouvez toujours nous joindre par MP pour la moindre question ! Nous répondrons au plus vite, comme d'habitude ~

Les retardataires sont toujours les bienvenus !
Pour ceux n'ayant pas pu poster à la manche précédente, vous pouvez évidemment, participer à celle-ci ! À vous d'adapter vos postes pour coller aux évènements.
J'espère que vous n'avez pas le mal de mer !


Dernière édition par Edward White le Mer 1 Juin - 23:11, édité 2 fois
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Valentine Lefevre
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Lun 2 Mai - 20:07

Tout semblait si irréelle...
Mais malgré la panique générale qui commençait à envahir l'esprit de tous les convives présents, Valentine avait complètement changé d'humeur.
Si jusqu'à présent elle s'était montrée indifférente, agacée ou ennuyée, cette fois-ci elle avait enfin trouvé un véritable sujet réveillant en elle ce pourquoi elle avait toujours été faite: l'irrationnel.

Loki était venu l'aider à se redresser une fois l'épisode du chien passé, inquiet de la voir -façon de parler vu l'obscurité- aussi épuisée et sur les nerfs. Il s'était habitué à ses sauts d'humeurs si étranges, surtout depuis l'accident qui l'avait marqué à vie, aussi bien dans son esprit que dans sa chair, mais plus le temps passait et plus il avait l'impression de ne plus être le mieux placer pour calmer ses pensées sombres.

Elle s'était accrochée à lui et marmonnait, énervée par l'autre duo maître et chien, avant de se reprendre et lui demanda s'il allait bien et si l'appareil n'avait pas été endommagé.
Le grand brun la rasséréna et la guida vers Nath, récupérant l'objet qui n'avait rien eu, fort heureusement. Ils remercièrent le prêtre pour son aide et alors que Valentine demandait à Loki de le ranger à l'abri dans le sac, une lueur se fit enfin, rapportant un semblant de luminosité dans cet espace restreint.

Des exclamations se firent de la part des peintres et de ceux qui avaient la possibilité de voir l’œuvre, attirant soudainement l'intérêt de la jeune femme.
Curieuse, elle quitta sans hésitation les deux hommes et s'approcha pour voir le tableau, curieuse de connaître les raisons de ces stupeurs.
Et alors elle le vit.
L'image avait changé, comme dévoilant une suite inquiétante à l'histoire. Un plaisantin avait-il changé la toile pendant que l'obscurité régnait ou la nymphe s'était réellement animée ?
Sans l'ombre d'un doute, Valentine préférait l'idée la moins plausible, la plus paranormale.

Comme pour rajouter une couche à ce phénomène étrange, un son effrayant sorti de nul part, résonnant à en faire trembler leur embarcation. Une sirène provenant d'un autre navire ? Des invités se précipitèrent vers les hublots et fenêtres, cherchant l'auteur de cet appel. Mais de ce qu'elle entendait, il n'y avait rien à l'horizon si ce n'était un temps orageux. Comme celui de la peinture peut-être ?
Loki la rejoignit, frissonnant en découvrant le spectacle. Il ne savait en revanche pas si c'était le tableau ou le rire enthousiasmé de sa compagne qui l'effrayait le plus.


"Valentine ... ?"

"Huhu... enfin un peu d'animation. Finalement, cette soirée aura réussi à mettre un peu de piment pour notre retour, tu ne trouve pas ?"

"Je m'en serais bien passé..."

"Je vais jeter un œil de l'autre côté, reste ici avec Nathanaël, je vous retrouve tout à l'heure."

Elle lui sourit et posa une main rassurante sur la joue de son compagnon avant de tourner les talons. Grâce à la bougie, elle pu découvrir le visage du tripoteur nocturne. Elle reconnu immédiatement sa frimousse comme étant un comédien en vogue en ce moment à Paris. Elle réprima une envie irrésistible de le passer un savon, ayant un passé houleux avec une vedette londonienne, gravant en elle, un mépris pour les starlettes qui s'y croit. Il croisa son regard, découvrant lui aussi son visage mais n'eut pas la même réaction, semblant bien heureux d'avoir était en contact avec elle.

Se contentant de soupirer et de passer près de lui sans même s’intéresser à son cas, elle profitant de la vague pénombre donnée par la bougie pour s'engager dans la foule, esquivant ceux qui fuyaient, se glissant entre ceux qui n'osaient pas bouger.
Elle parvint à atteindre l'extérieur et avança sur le pont, s'avançant vers le bord. Ce fut au même moment qu'une houle vint faire tanguer brutalement le bateau. Par réflexe, la journaliste se cramponna à la rambarde et attendit que le mouvement s'atténue pour oser bouger, jetant un regard vers l'eau sombre du fleuve. La Seine était agitée, ce qui était plutôt curieux. Le vent se levait et jouait avec ses cheveux, les faisant danser frénétiquement, gênant la vision de la jeune femme.
D'une main ferme, elle les plaça en arrière, regrettant un peu sa pince qu'elle mettait alors qu'elle arborait une coiffure plus courte.
Un bruit attira son attention, lui faisant tourner la tête vers la porte et révélant deux visages familiers. Edward White et son ami Aldrick. Ils lui tournèrent le dos, focalisé sur l'avant du bateau, montrant quelque chose qu'elle remarqua alors.
Il n'y avait plus de fumée ni vapeur provenant du moteur... Ils étaient complétement à l'arrêt ?!

Plus que de s'inquiéter pour ce soucis, la journaliste se demanda si le capitaine allait bien, n'ayant pas le souvenir de l'avoir vu donner des nouvelles de la situation.
Que se passait-il vraiment sur cette embarcation. Une grande mise en scène ou une manifestation inhumaine, Valentine avait bien l'intention de le découvrir.
Se cramponnant toujours, elle observa attentivement les deux hommes, se retenant de sourire à nouveau, appréciant la bouffée d'adrénaline qui coulait à présent dans ses veines.

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Eliezer Vaitea Arapari
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Mar 3 Mai - 17:16

Le clin d’œil amusé et le sourire du jeune homme qu'il avait bousculé plongèrent Vaitea dans une brève confusion, au moins autant que ses remerciements. Il se demanda un instant s'il avait réellement compris le sens des propos de son interlocuteur, mais celui-ci s'éloignait déjà. Surpris, mais gagné par un sourire communicatif, il poursuivit sa découverte des peintures avec sérénité, oublieux pour un moment qu'il était entouré d'individus tous plus étranges les uns que les autres. Sa promenade solitaire d'un paysage à l'autre fut cependant d'assez courte durée. Tandis qu'il approchait de l'une des extrémités du mur d'exposition, son regard s'attarda sur une toile blanche et il s'immobilisa, surpris. D'instinct, il chercha Dupré du regard mais ne le trouva pas. Il aurait bien souhaité quelques explications quant à l'étrangeté d'exhiber une toile non peinte...

Avant qu'il ait eu le temps de se détourner, une main se glissa sur son avant-bras et il se trouva escorté d'une jeune femme d'aspect délicat, vêtue avec plus de sobriété que la plupart des convives, et qui lui souriait avec une douceur qui laissait deviner sa vivacité d'esprit. Le regard pétillant, Vaitea la sentit qui l'attirait vers la toile.

« Ces toiles sont là pour permettre aux visiteurs de s'essayer à l'art difficile de la peinture, expliqua-t-elle, et il sembla à Vaitea qu'un accent chaleureux roulait sous ses mots. Une idée étonnante de notre mécène Madame d'Arbanville. »

Elle avait une chevelure sombre, épaisse et bouclée, qui lui donnait un aspect étrangement familier malgré son visage anguleux. Troublé, Vaitea ne sut que répondre et elle n'en sourit que de plus belle.

« Pardonnez-moi. Je suis Sofia Gersin, l'une des peintres. »
—  « Je... Enchanté. Je suis V... Eliezer. C'est... »

Il chercha un qualificatif pour définir les toiles qu'il venait d'admirer, mais coupant court à sa tentative, la jeune femme venait de le mener juste devant la toile vierge et prenait déjà une palette et un pinceau qui se trouvaient à côté, ce qui attira l'attention surprise de quelques invités.

« Voudriez-vous tenter ? »
« Ah ? Oh ! N-non, vraiment, merci... Je vous assure, je ne saurais... pas du tout quoi faire... »
« Ne vous inquiétez pas, je vous montrerai ! Personne ne fait de miracles la première fois. »
« Vraiment je... il vaudrait mieux... »

Paniqué, il chercha de nouveau Dupré, mais ne rencontra que les regards intrigués de quelques curieux. Par un tour quelconque de son regard et de son sourire, la jeune peintre capta à nouveau son attention avec douceur et fermeté. Son regard s'attarda alors sur la palette. Il se figea.

« Cette couleur... »

Uri pa'o. Les profondeurs sombres de la mer, ce bleu happé par les ténèbres de l'océan très loin des côtes. Devinant son intérêt, Sofia plongea son pinceau dans la dite couleur puis lui glissa l'outil dans les mains.

« C'est une très bonne base pour une première couche, elle va donner de la densité aux autres couleurs. »

Elle lui expliqua alors le geste, qu'il s'efforça maladroitement de reproduire. La concentration que réclamait l'exercice lui fit bientôt oublier les regards étrangers. Sous ses efforts combinés aux explications précises et efficaces de Sofia, la toile se recouvrait d'un dégradé de bleu noir très dense, absorbant.

« Comment feriez-vous... des vagues ? L'écume blanche du vent ? »

Sofia préleva une autre teinte plus claire et commença à l'appliquer par petites touches rondes. Il l'imita, et tandis que la toile prenait forme, la peintre haussa un sourcil surpris.

« Vous n'allez faire rien d'autre que l'océan ? Pas de ciel ni de terre ?
C'est un problème ? »
Peut-être fallait-il au moins deux éléments. Mais la peintre sourit et secoua la tête.
« Non. Au contraire, c'est étonnant. »

Vaitea sentit une brusque chaleur lui monter aux joues. Les vagues ténébreuses gagnèrent peu à peu en précision, davantage grâce aux quelques touches maîtrisées de Sofia, qui venaient rattraper ses maladresses, que grâce à ses propres efforts fébriles. Mais bientôt, la jeune femme nota l'animation qui gagnait la chambre d'exposition et déposa la palette sur la petite table près du chevalet tandis qu'un peu d'appréhension gagnait ses traits. Elle sourit nerveusement.

« Nous allons bientôt dévoiler la pièce maîtresse ! Je vais devoir vous laisser. N'hésitez pas à continuer ! Avec un peu d'entraînement, vous feriez des choses intéressantes. »
« Merci, même... »

Même s'il en doutait fortement. Elle s'éloigna comme quelqu'un lui faisait signe après un bref salut, déclarant qu'ils se recroiseraient peut-être tout à l'heure. Vaitea ne se fit alors pas prier, et avisant un couple visiblement curieux qui semblait vouloir le questionner, il leur fit un vague geste d'excuse et s'éloigna très vite dans l'espoir de retrouver l'anonymat de la foule. Par chance, l'émulation que générait la toile encore non révélée lui en laissa l'occasion. Longeant les murs, il avisa Dupré qui lui fit un signe de la main pour attirer son attention. Un mouvement de foule l'empêcha cependant d'avancer. Une grande partie des visiteurs se rassemblaient désormais dans l'unique pièce, désertant le buffet et la piste de danse, et des applaudissements et éclats de voix retentirent bientôt. De là où il se trouvait, Vaitea ne vit cependant la fameuse peinture qu'un court instant, couleurs vives et jeune femme dénudée, à la peau de nacre. La seconde d'après, il s'assurait qu'il ne bousculait ni n'écrasait les pieds de personne. Encore une seconde après, un choc sourd, un bruit aussi sombre que brutal traversa la coque de la péniche, et l'ombre tomba sur la salle d'exposition.

Aussitôt, un brouhaha angoissé remplaça les rires et les applaudissements. Troublé, Vaitea essaya de regagner les parois tandis que plusieurs mains essayaient de s'agripper à lui dans une sorte d'instinct grégaire incontrôlable. Des cris appelant au calme retentirent. D'autres, paniqués, des bruits de conflits, des exclamations inquiètes tandis que les minutes passaient.

« Eliezer ! Eliezer ! »
« Je suis là, Taote. »

Sa main se tendit en direction de la voix, reconnut la texture de la veste favorite de Dupré, attira l'anthropologue. Au loin, une petite lanterne illumina les lieux. Vaitea eut le temps d'apercevoir le visage inquiet, les épais sourcils froncés du Dr. Dupré avant que les silhouettes massées autour de la lueur ne les replongent dans l'ombre. Peu de temps après, des cris retentirent. Surprise et effroi. Une agitation plus grande encore gagna le navire. Vaitea sentit un mouvement qui lui évoqua une vague. Gens qui se précipitaient vers la sortie, nerveux. Bribes de voix. Le tableau... changé ? Chaos. Des bruits de courses, un brusque à-coup sous les pieds. De longs appels plaintifs retentirent, soulevèrent une nouvelle vague de peur. Puis, la houle, la rafale, le hurlement du ventre contre le bois. Et la péniche qui tanguait comme jetée soudain dans la folie de la haute mer.  

Eliezer en était presque certain, le navire n'avançait plus qu'en raison d'une certaine force d'inertie et du remous des vagues. Son instinct marin, les années passées en pirogue entre les îles lui étaient instinctivement revenus et c'est sans difficulté qu'il avait trouvé son équilibre tandis qu'autour de lui résonnaient des glapissements étouffés. Tous trébuchaient, s'agrippaient tant bien que mal aux parois et aux barreaux de la cabine, à leurs voisins. Des objets et des corps chutaient.

« Eliezer ! »

Dupré s'agrippa soudain à ses bras de toutes ses forces, et Vaitea lui offrit son appui pour garder l'équilibre dans l'agitation soudaine. Les cris assourdissants le rendaient étrangement sonné, presque indifférent à la situation.

« Taote » appela-t-il, contraint de hausser la voix. « Pourquoi tout le monde panique ? À cause du tableau ? »
« Le tableau ? Foutaises ! Tout au plus une mauvaise blague, un tour de passe-passe, déclama le scientifique avec moins d'assurance qu'il ne l'aurait voulu. Mais cette plaisanterie est en train de très mal tourner ! »

L'anthropologue ne le lâchait plus, et Vaitea eut un instant l'impression qu'il cherchait à se rassurer par ce contact. Il déclara calmement :

« Alors ce n'est que de la houle et du vent. Pourquoi le navire s'est arrêté ?»
« Le... le navire s'est arrêté ?? Les moteurs ont dû cesser de fonctionner ! C'est une catastrophe ! »

Plusieurs cris retentirent autour d'eux. Quelqu'un avait dû entendre le cri de Dupré et transmettait la rumeur, qui se répandit comme une traînée de poudre. Mais un bateau n'avait pas besoin de moteurs pour avancer dans la tempête...  Vaitea ne pouvait croire que les blancs n'aient prévu aucun autre système de navigation, voiles ou rames, et leva les yeux au ciel. Il jugea cependant le moment malvenu pour critiquer l'ingéniosité des européens, et s'efforça plutôt de rassurer le docteur et les quelques personnes alentours.

« Nous ne sommes qu'à quelques mètres des côtes... »
« Presque personne ici ne sait nager voyons ! »

Vaitea en resta muet d'étonnement. Pas de système de navigation auxiliaire et personne qui ne savait nager... Ces gens se destinaient donc à ne jamais fouler autre chose que la terre ferme ? Troublé, il ne se reprit que quand un nouveau mouvement de panique manqua les faire chuter. Il entraîna alors fermement Dupré contre les parois de la salle.

« Restez ici, je vais voir. »
« Que peux-tu bien faire ? »
« Je suis marin, souvenez-vous, Taote. »
« Là c'est différent ! Tu... »

Il s'éloigna sans prêter davantage attention aux protestations de l'anthropologue et escalada rapidement les escaliers qui menaient au pont supérieur. Sitôt qu'il fut à l'extérieur, une violente bourrasque froide lui frappa le visage et arracha plusieurs mèches de cheveux à sa lourde tresse. Il lui manquait le parfum du sel, mais ce vent, cette houle sous ses pieds avaient quelque chose d'étrangement rassérénant. Seul une désagréable sensation flottait à la lisière de son esprit, la sensation... presque la certitude que quelque chose ici ne relevait pas du monde des humains. Tapu. Ce n'était pas la première fois qu'il ressentait ce pouvoir depuis qu'il se trouvait à Paris, mais il chassa l'impression de ses pensées, s'avança sur le pont et jeta un regard au ciel. Les étoiles étrangères ne lui apprirent rien. En revanche, l'examen de la coque, en se penchant par-dessus le bastingage, lui révéla qu'aucune ancre ne se trouvait-là, mais bien plusieurs bouts d'amarrage. Le quai se distinguait toujours malgré les... vagues qui agitaient le fleuve, ligne de petites lanternes noyées dans l'obscurité. Alors qu'il se détournait pour réfléchir, son regard tomba sur une silhouette familière. Il lui fallut un instant pour en être certain. Valentine... Lefevre. Le jeune femme rencontrée dans ce grand parc tout près de chez Dupré. Il ne put cacher sa surprise.

« Va... Mademoiselle Lefevre, c'est bien vous ? Vous allez bien ? »

Avant qu'il ne l'aborde, le regard de la jeune femme était posé sur deux hommes un peu plus loin. Il n'en revint pas en distinguant, cette fois-ci, la haute silhouette élancée de l'homme du jardin des plantes, White. Le frisson de mana s'expliquait donc... et cette ville devait réellement être plus petite qu'il ne l'avait supposé de prime abord. Secouant la tête, il reporta son attention sur la rousse.

« Sa... vez-vous qui gère la navigation de ce bateau ? Il doit être possible de l'immobiliser et le rapprocher des rives avec ces cordes. Il suffit de nager jusqu'au quai. »

Ce petit fleuve, même agité, ne devait pas être bien pire que les courants traîtres de cet océan que les Popa'ā  avaient si mal nommé Pacifique.
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Andréa Eyssard
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Ven 6 Mai - 23:32

Andréa frissonna. Un frisson intense de ceux qui vous gagne le cœur et vous le glace.

Dans cet imbroglio de sentiments et d'actions disparates, le jeune homme fut incapable de percevoir l'ampleur de la situation. Pourtant quelque chose en lui hurlait qu'un danger était proche. Un instinct puissant qui réveilla ses sens et l'arracha à sa torpeur.
Son premier réflexe fut de chercher Edward, puis Aldrick, mais il ne trouva ni l'un ni l'autre. Alors il se concentra sur les présents et s'attacha à aider les plus éprouvés d'entre eux. Une poignée d'autres convives fit de même.

Relever, soutenir, guider, le louveteau mit du cœur à l'ouvrage. Il venait tout juste d'aider un vieil homme à s'asseoir contre la cloison de la cabine lorsqu'une voix inquiète l'obligea à en prendre poliment congés.

S'il vous plaît ? Mon frère n'est pas bien, est-ce que quelqu'un…

Brindille de paille dans le tempête de la peur, une femme cherchait du renfort dans cette foule d'inconnus. La houle et les bousculades rendaient son équilibre précaire, mais l'heureuse main d'Andréa se posa en soutien de sa détresse. Se penchant vers elle, il interrogea :

Je peux vous aider peut-être. Dîtes moi où il se trouve.
Il est là-bas. Il tient à peine debout, je ne comprends pas. Il allait très bien tout à l’heure…
Il lui est arrivé quelque chose ? Interrogea le garçon en emboîtant le pas de son interlocutrice.
Je ne sais pas, je ne sais pas ! Il y a eu ce son et puis… Il s'est senti très mal. Le bateau va accoster n’est-ce pas ? Tenez le voilà. Eliot ! Ça va aller, j’ai trouvé quelqu’un.

D’une main tremblante, elle effleura le bras de celui qui devait être son aîné. Un homme de constitution solide, au visage dessiné par une barbe noire et soigneusement taillée s’appuyait de tout son poids contre l’encadrement de la cabine. À ce contact pourtant, il redressa la tête et tenta un sourire, mais son visage en sueur trahissait son malaise. Un mouvement plus intense du navire transforma son expression en une grimace douloureuse qu’accompagna un haut le cœur intense.

Ne t’en fais pas, la péniche va bientôt être arrimée et tu pourras descendre. N’est-ce pas ?
Je ne suis pas certain que cela soit si facile Madame, répondit Andréa avec douceur.

Puis il s’immobilisa. Les battements de son cœur s’accélérèrent, victimes d’une angoisse soudaine.

Mais il doit descendre ! Regardez le, il ne peut pas rester ici plus longtemps.
Lilas, tu en fais trop… Je t’assure que ce n…

Dolores. Il devait trouver Dolores.

Où est le capitaine ? Je dois lui parler, il faut que je lui parle !
Lilas…
Si je lui demande de s’arrêter au prochain quai, je suis certaine qu’il sera d’accord.

Ce n’était pas normal. Il était peut-être arrivé quelque chose. Non ! Il était sûrement arrivé quelque chose ! Il devait avertir la doctoresse. Il devait la trouver au plus vite.

Lilas, tu t’inquiètes pour rien.
Ne dis pas de bêtises Eliot, tu n’arrives même pas à faire un pas.
Mais si regarde je…
Eliot !

Il faillit perdre l’équilibre, mais l’exclamation soudaine de sa cadette réveilla Andréa qui le rattrapa aussitôt. Il lui fit passer son bras sur son épaule et lâcha avec fermeté :

Je connais un médecin à bord. Je vous emmène auprès d’elle.
Vraiment ? Merci beaucoup !
C’est… très gentil à vous, abandonna faiblement Eliot.

Le louveteau entendit à peine ces remerciements. Véritablement inquiet, il lui importait seulement de trouver la doctoresse. Il n’eut pas longtemps à chercher. Les exclamations toujours aussi vives de Mimi le conduisirent auprès de l’homonculus.

Dolores ! Mimi !

Arrivé près d’elle, ce fut Lilas qui prit le relais. Avec politesse, mais insistance, elle expliqua aux deux jeunes femmes l’état de son frère et demanda de faire tout ce qui était possible pour l’aider. Andréa s’empressa de reprendre la parole et lança en saisissant le poignet de Dolores :

Euh… Docteur Mimi, vous pouvez vous en occuper ?

Il ne laissa pas le temps à la dryade d’intégrer son nouveau statut, ni son nouveau patient et entraîna Dolores quelques mètres plus loin. Visiblement agité, Andréa ne perdit pas une seconde et abandonna en croisant son regard :

Manfred a disparu. Je crois qu’il lui est arrivé quelque chose.

Il resserra sa main sur le bras de l’homonculus, guetta sa réaction pour reprendre rapidement :

Il est venu te sauver. Il est venu avec la botte. Je l’ai réceptionné et il était sur ma tête et puis avec l’obscurité…

Le louveteau se pinça les lèvres, puis acheva :

J’ai vu des plumes près du tableau numéro 3. Il y en avait beaucoup, mais je… Je n’ai pas eu le temps de voir si c’était à Manfred. Peut-être que c’était les restes d’un chapeau ?

Doucement, Andréa la relâcha. Ses iris parcoururent à nouveau la cabine avec l’espoir de repérer Manfred, mais rien. Pas un battement d’aile malhabile, ni un roucoulement enroué. Un roulis violent du navire le déstabilisa et l’obligea à se rattraper à la paroi de la cabine. Il se redressa aussitôt et interrogea :

Je vais chercher à l’étage. Et demander à Edward s’il l’a vu.

Il allait s’éloigner, mais se ravisa. Se penchant pour se mettre à hauteur de la doctoresse, il lui glissa avant de s’éclipser :

On va le retrouver !

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Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau

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