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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau

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Aldrick Voelsungen
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Sam 7 Mai - 16:50

Aldrick se sentit rougir un peu, troublé d'être si facilement percé à jour par son homologue au sujet des gâteaux, mais sa fierté prit le pas sur le reste et il argua en levant la tête comme s'il s'agissait là d'une évidence :

- Tu empestes le chocolat, c'est plutôt étrange non ? D'autant que c'est  exactement la même composition que celle du gâteau et crois-moi je m'y connais. ~

Il eut un sourire entendu, espérant masquer ainsi le fait qu'il exagérait pour avoir gain de cause. L'odeur était certes décelable sur Edward mais pas au point qu'il puisse prétendre tout ça avec autant de certitude.

Comme sauvé par le gong, un bruit sourd coupa court à leur conversation, les obligeant à serrer les dents quand de désagréables sons leurs parvinrent. Le brun grimaça, en secouant la tête, comme si cela pouvait dissiper plus rapidement les désagréments engendrés.

- Quoi que ce soit, ce n'était pas à l'ordre du jour.

La suite ne fit que prouver ce fait et l'obligea à s'agripper à la rambarde de la péniche avec force pour ne pas passer par-dessus bord. Ses iris d'or coulèrent sur le pont, tandis que son cœur martelait sa poitrine, affolé. Se redressant au mieux, il avisa Edward, surpris de cette main tendue vers lui, malgré leurs différents, il ouvrit la bouche pour parler mais aucun son ne franchi la frontière de ses lèvres.

Le bateau tangua et un cri lui fit violemment resserrer son étreinte sur la tige de fer, tant la voix était aiguë, pourtant en voyant Edward se précipiter vers la cabine, il hésita à le suivre. En son for intérieur, résonnait encore les dires de Billy :

* « Le bateau est l'une des embarcations les plus anciennes et les plus sûres qui soient chef ! » *

- Pff tu parles ! Grommela-t-il pour lui-même en s'élançant finalement vers la cabine.

La surprise gagna ses traits malgré l'obscurité, les gens semblaient bien plus mal à l'aise qu'il ne l'avait imaginé, mais c'était probablement dû à cette toile qu'on disait transformée ou échangée.
Le brun arqua un sourcil perplexe, si c'était une plaisanterie, c'était de très mauvais goût. Observant les convives, il ne reconnut pourtant aucunement le visage d'un illusionniste célèbre, ou d'un usurpateur connu de leurs services.

*Est-ce qu'un Légendaire aurait pu s'amuser à ça ?*

Le brun n'eut guère le temps d'y réfléchir davantage que déjà il se retrouvait à nouveau dehors, entrainé par Edward. Instinctivement, il se défit de l'étreinte du bigarré d'un geste brusque, en hurlant :

- Lâche-moi !

Son corps avait parlé pour lui. Plus vite qu'il n'avait cru. Sans même qu'il ait pu réfléchir à ses mots. Son corps se souvenait. Il se souvenait intrinsèquement d'une douleur bien trop vive au milieu de son buste. Aussi, Aldrick ne put que lui adresser un regard perdu entre étonnement, crainte et mal aise, avant d'observer l'endroit indiqué.

- C'est pas bon signe, il faut aller voir. Déclara-t-il avec tout le calme dont il était capable, malgré les sentiments disparates qui l'envahissaient.

Une nouvelle sirène retentit, le faisant sursauter, mais elle se manifesta bien trop tardivement pour étouffer l'excuse qu'il avait abandonné dans sa langue natale à l'adresse de son vis-à-vis ; sans trop savoir pourquoi il en avait ressenti le besoin.

Les joues rougies, le commissaire posa une main sur son cœur et déclara finalement en évitant le regard du bigarré :

- Je vais voir ce qui se passe avec le capitaine, essaie de rassurer les convives, ils t'écouteront.

Le lycanthrope eut un sourire contrit, ne sachant plus vraiment comment il convenait de se comporter avec Edward, alors que plus tôt tout lui semblait si simple.

-Jean devrait s'en sortir, mais pour peu "qu'un des nôtres" soit mêlé à tout ça...

*Je doute que tous les passagers sachent nager, il ne faudrait pas que ça dégénère en prime.*

Lui-même était loin d'être très performant en natation, malgré les exercices auxquels son service militaire l'avait contraint. L'agent préféra ne pas trop y penser, une angoisse sourde s'immisçant en lui à cette seule pensée.
Sans attendre de réelle réponse pourtant, le brun s'en fut en direction de la proue, non sans froncer les sourcils face à l'orage qui semblait se lever soudainement.

- Allons bon v’là l’orage en plus ! Grogna-t-il en accélérant le pas.

Arrivé devant la cabine du commandant, Aldrick frappa fort et interrogea :

- Capitaine ! Tout va bien ?

Mais seul le silence lui répondit. Il abaissa la poignée tandis que la porte restait immuablement close.

- Police ! Ouvrez !

Le policier réitéra sa demande et finit par perdre définitivement patience, il enfonça la porte dans un bruit sourd, avant de chanceler sur le seuil de la cabine, la surprise peignant puissamment ses traits face à sa découverte.

L'embarcation tangua encore plus fortement, faisant naitre de nouveaux cris de panique à l'étage inférieur. Mais ils ne furent rien d’autre qu’un écho lointain pour le commissaire, contrairement à Allan qui soupira face au tumulte qui y régnait.

- Mais que se passe-t-il à la fin ?
- On va tous mourir !
- Allons gardez votre calme, tout va rentrer dans l'ordre ! Déclara Jean d’un ton rassurant.
- Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs... Bredouilla une vieille femme après un signe de croix précipité.
- Bryan ? Où est Bryan ?
- Aïe ! Regardez où vous marchez, sacrebleu !
- Voulez-vous un petit four au gruyère ?

Allan arqua un sourcil, perplexe, alors qu'il aidait l'un des musiciens à descendre avec son instrument, se demandant si la petite dame face à eux venait bien de leur parler de nourriture ou s'il avait juste rêver.

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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Lun 9 Mai - 22:26

Éveline Blanc. Un visage calme et souriant, une stature délicate et forte à la fois, un air doux et des gestes tendres. Une artiste talentueuse et une interlocutrice apaisante. En la regardant, elle, sa chevelure claire, son regard singulier et son expression paisible, presque sage, Ashton était pris d’une saisissante impression de déjà-vu.

Elles étaient différentes, mais aussi tristement semblables. Et par leur prénom il se trouvait prisonnier d’un amalgame trop aisé.

« Monsieur Lyn ? », s’enquit-elle, intriguée sans doute par la réaction atypique du jeune homme.

Ashton se ressaisit aussi vite qu’il s’était décomposé. Ainsi, dans le noir, il était impossible de deviner les émotions d’un tiers sans les ressentir, et il allait en profiter. Sa voix, dans le tombeau aquatique, résonnait comme une ode à la sensualité.

« Veuillez m’excuser, mademoiselle, je me suis rappelé de quelque chose. »

Ramené à la réalité, il fut également ramené aux dangers de leur situation actuelle. Son regard brun se perdit sur la grande salle, où l’agitation se faisait maîtresse de trop de cœurs. Plus que de quiconque, c’était bien des visiteurs que provenaient les pires risques ; un bateau ne coulait pas seul, pas sur la Seine, mais un mouvement de foule pouvait aisément faire des morts. Ils ne pouvaient se le permettre.

Doucement, il saisit la main de sa compagne d’infortune.

« Nous devri- »

Un grincement sourd l’interrompit, et Ashton se figea. Ses yeux se rivèrent sur le parquet grinçant du navire, animés d’une lueur inquiète. Ce genre de son, à bord d’un bateau, n’était jamais vraiment bon signe. Et s’il ne savait pas d’où il provenait, il savait néanmoins que le danger de leur situation venait de s’accentuer.

« Qu’est-ce que… »

« Voyez-vous ce que je vois ? »

« Quelle est cette farce ! »

Des éclats de voix firent tourner la tête à Eveline comme à Ashton, simultanément. Ce qu’ils découvrirent peint sur leurs visages les traits délicats de la surprise et du choc. La peinture avait changé du tout au tout. Et l’expression « le calme avant la tempête » n’avait jamais semblé plus seyante. Le soleil sur la toile avait laissé place à de nombreux nuages sombres qui nouèrent de nervosité l’estomac du canidé.

L’orage n’était jamais bon signe pour lui. Jamais.

Le jeune homme se tendit visiblement, et son emprise sur la main d’Eveline s’accrût. Un mauvais pressentiment s’immisçait en son cœur, et il ne se trouvait pas la force de le nier. Quelqu’un cherchait de toute évidence à répandre dans la péniche une panique destructrice. Restait à savoir si la peur qui se propageait dans la salle était justifiée ou non.

L’alarme ne l’impressionna pas, trop habitué qu’il était à l’entendre. Ce fut au contraire un moyen pour lui de calmer la nervosité croissante qui déferlait sur ses entrailles. Le Chien, déjà, était à l’affût. Le nourrir de son angoisse était un jeu bien trop dangereux, et Ashton ne pouvait que remercier le flot de souvenirs qui l’occupa pendant les sons graves et inquiétants.

Ashton se concentra sur Eveline, qui portait au visage une expression désormais pleine d’une peur pour laquelle nul ne pouvait la critiquer. Il serra ses mains.

« Mademoiselle, tout va bien pour l’instant, s’alarmer ne fera qu’empirer notre situation. Jusqu’à preuve du contraire nous sommes en sécurité à bord. »

Bien que persuadé de l’inverse, il sut se montrer convaincant dans ses paroles, et une brève affirmation franchit les lèvres de son interlocutrice. Celle-ci, légèrement tremblante, envoya de nombreuses œillades vers la toile, l’air de ne pas y croire. Ashton ne pouvait la blâmer : leur situation était à peine croyable.

Discrètement, il tendit l’oreille vers les dires des plus avisés, cherchant des pistes là où régnait la terreur. Ce qu’il écouta ne lui plut guère. L’histoire de la Séquana, il la connaissait, et l’idée d’être poursuivi par l’un des parents d’Elise ne l’apaisait absolument pas. Mais il n’eut pas le temps de s’en préoccuper.

Brusquement, le navire s'ébranla. Les flots de la Seine se déchaînèrent soudain sur sa coque impuissante, la consumant, la torturant, comme cherchant à la briser sous leur joug. Le bateau tangua violemment contre la vague, craqua sous elle et gémit de peine. Rien ne semblait pouvoir le soulager de la rage que déversait sur lui l'abominable tempête. À l'intérieur comme à l'extérieur, le chaos se couronna dans l'écume. Les cris terrorisés des visiteurs s'unirent pour lui aux grognements sourds de la péniches, composant en son honneur une symphonie macabre. On tombait, on vacillait, on s'accrochait. Les larmes baignaient le plancher grinçant du navire tandis que les prières faisaient valser les cieux.

La tempête s'était levée.

Dès la première vague, il était déjà trop tard.

Les flots de la Seine répandaient dans les entrailles d'Ashton des envies de sang, et le vent résonnait en lui comme un sordide cor de chasse. Le Monstre, en lui, s'éveillait, et les nuages qui s'accumulaient au dessus de leurs têtes paraissaient bien pâles en comparaison de la noirceur qui animait ses songes. La Bête, hélée par l'orage, était déjà prête au combat macabre qui allait déchirer un corps entier. Les âmes tendaient déjà leurs mains décharnées par delà les barreaux de sa conscience.

Dès la première vague, Ashton s'était effondré de douleur.

Ses membres, parcourus d'un spasme. Son cœur, assailli de noirceur. Ses poumons, rétractés par la violence d'une attaque brusque et incongrue. Aucun signe avant-coureur. Aucun moyen de se préparer, aucun moyen de savoir. Il était seul face à lui-même, démuni, impuissant. Une péniche au milieu des eaux tortueuses.

Et il avait faim.

Des halètements vains quittèrent les côtes meurtries du jeune homme, qui se redressa brusquement. Eveline tenta de l'aider, il la repoussa. Trop de monde. Il y avait trop de monde. Il était un danger. Il était pire que la houle, pire que la tempête, pour la foule. Il était la Mort.

Il ne devait pas rester là. Pas tant qu'il ressentait le besoin de tuer.

Ses pensées étaient contradictoires, douloureuses, macabres. Il cherchait à les fuir. Il voulait fuir. Il avait peur. Peur de lui-même. Et l'orage qui déferlait au dehors ne faisait qu'empirer sa panique. De petite soirée sympathique, ce moment avait tourné en pur cauchemar, et personne dans la pièce ne s'en rendait encore compte.

Il devait partir.

Sans réfléchir, Ashton se rua vers l'extérieur, trébuchant trop souvent sur un spasme de douleur, s'écorchant sur un frisson d'horreur. Il se ramassa à demi sur les parois de l'escalier qu'il gravit à la hâte et se jeta sur le pont.

L'eau qui se répandit sur son visage le fit tressaillir, mais il l'accepta sans faillir. Plus, il s'avança même vers les barreaux qui protégeaient le pont pour s'y accrocher, par espoir de voir son visage baigné de ce liquide qui pouvait le tuer. Son corps entier paraissait trembler à chaque respiration haletante, irrégulière, enflammé par la Bête qui menaçait de dévorer ses entrailles.

Un gémissement lui échappa lorsqu'une violente secousse parut réveiller un brasier infernal en son sein. Son âme se déchirait, et les muscles saillants ondulèrent sous la peau avec la violence absolue d'une bête en cage. Le corps d'Ashton se scindait en deux dans des grognements de douleur qu'il ne pouvait contrôler. Il se recroquevilla sur le pont, seul, étreint par la Douleur qui couronnait ses traits, cherchant désespérément à se calmer. Ses poings se serrèrent avec une force inhumaine qui écorcha sa peau. Quelques gouttes de sang perlèrent sur le sol. Il ferma les yeux, les sentant rougir, et se recroquevilla plus encore, la respiration rendue rauque et cassante par le combat qui ravageait son être.

La crise était là, et elle risquait de faire des dégâts.

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Dolores Keller
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Mar 10 Mai - 13:40

- Moi je dis ! Le gars il a fait une roulade sur le côté avec sa cagoule sur la tête, et pendant que tout le monde m'admirait avec mon allumette magique, zioooup ! Il a mis le tableau dans sa poche et il a sorti le deuxième pour le mettre à sa place ! Ensuite hop ! Il a fait une deuxième roulade sur l'autre côté, comme ça ! Tchak ! Et là il a sauté à travers le hublot et il s'est enfuit en nageant comme un poisson !
- Je… Je ne pense pas que le tableau rentre dans une poche…
- Hmmm vous n'avez pas tort. Alors dans ce cas ! Paf ! Coupure de courant ! Iiiih, aaah ! Panique générale, tout le monde devient fou et là hop ! Il fait une roulade en avant avant sa super cagoule et là il retoooourne le tableau, parce qu'en vrai c'était un tableau à deux faces ! Mais oui ! C'est forcément ça ! Qu'on retoooourne le tableaaaau !

Tandis que Mimi pointait le tableau du doigt dans l'indifférence générale des autres personnes présentes, le pauvre Eliot, assis sur le sol à défaut de pouvoir tenir debout, luttait pour ne pas s'évanouir, assisté par sa sœur qui se confrontait pour la première fois à la célèbre (ou pas) Pipistrella et son intelligence légendaire. Voyant l'état du pauvre homme, la danseuse baissa le bras, à peine vexée par la non-réaction des autres personnes, puis s'agenouilla devant le malade, la mine presque professionnelle.

- Ne vous inquiétez pas ! Dolly Dolly va bientôt revenir, elle est allée chercher Manfred !
- Comment ? Vous n'êtes pas docteur ?
- Moi ? Un jour j'ai soigné un petit oiseau malade en lui donnant des graines de tournesol ! Bon le lendemain il s'est fait manger par un chat borgne, mais j'avais quand même réussi à le soigner ! Vous pensez qu'il y a un chat borgne sur le bateau ?
- Mais le jeune homme vous a appelée Docteur Mimi ! Eliot continue de serrer ma main surtout !
- Je sais ! Je vais faire comme Dolly Dolly quand je suis malade ! Alooooors, depuis quand vous sentez-vous mal ?
- E-Euhm… D-Depuis ce son étrange !
- Aha ! On vous a lancé une malédictioooooon !
- P-Pardon ?!
- Non ? Roooh c'est pas facile ! Aloooors je diiis… Un mauvais rhume !… Une allergie aux cacahuètes ?
- M-Mais non !
- Mais je sais pas mooooi eeeuh ! Dolly Dolly pourquoi t'es partie aussi… Roooh ! Bon ! Oh regardez une poule qui danse !

Tandis que la pauvre Lilas se retournait quelques secondes, perplexe, Mimi frotta ses deux mains de porcelaine et les posa sur les tempes du pauvre homme à moitié inconscient. La dryade ferma les yeux et se concentra de toutes ses forces, faisant apparaître au niveau de ses paumes une douce lumière blanche. La respiration du malade se fit alors plus régulière, tandis qu'il retrouvait peu à peu ses esprits. Mimi retira rapidement ses mains et se releva, l'air de rien, laissant la sœur du malade constater que la fièvre avait disparu et que son frère se sentait un peu mieux.

***

Pas d'inquiétude, se dit Dolores en se rongeant l'ongle du pouce, Mimi est née dans une forêt de chêne, et comme beaucoup de dryades elle a obtenu des capacités qui correspondent à l'endroit où elle est née. Cet homme souffrait visiblement d'hypertension, ses pupilles n'étaient pas suffisamment dilatées malgré le noir et le fait qu'il ne tienne pas en équilibre montre bien que son cerveau n'était pas suffisamment irrigué. L'écorce de chêne fait des merveilles contre ces troubles, Mimi saura forcément s'occuper de lui…

- Haaa Dolores Keller tu es une irresponsable, laisser ce pauvre homme avec Mimi, quelle idée…

Mais Manfred avait disparu ! Son prince au cheval blanc avait survolé tout Paris pour venir la sauver et maintenant il était seul et perdu à la merci de n'importe qui ! Elle devait le retrouver, ce monde était trop cruel pour l'adorable petit pigeon.
Dolores accéléra la marche et arriva rapidement au niveau du tableau dont parlait Andréa, au pied duquel elle trouva en effet une petite plume grise bien caractéristique du pigeon. En se relevant, la jeune femme se tourna vers le tableau qui faisait face au numéro 3, et y constata avec surprise un énorme trou à la forme familière en plein milieu de la toile.

- Sniff…

Hm ? Dolores se redressa, l'oreille tendue, persuadée d'avoir entendu un petit reniflement. Aux aguets, l'homonculus coupa sa respiration afin de mieux entendre d'où provenait le bruit. - Sniff… Sniff… Elle n'était plus très loin, le bruit venait de derrière ce rideau !

- Aha ! Je te tiens kidnappeur de pigeon ! Eh ?

Devant elle, assise sur une chaise se tenait une petite dame que Dolores avait déjà vu au cours de la soirée. Illuminée par la lumière provenant d'un hublot, un petit sac en tissu débordant de petits fours sur les genoux, la gentille Célestine regardait la doctoresse, les yeux ronds pleins de larmes, un petit four dans une main, qui ne tarda pas à se faire becqueter par Manfred, confortablement installé dans l'autre paume de la petite dame au visage de souris. Aucune des deux femmes ne bougea pendant quelques instants, jusqu'à ce que l'amatrice de petit four au gruyère réagisse et essuya rapidement ses larmes.

- Oh euh… Pardonnez-moi ce n'est pas… J'ai trouvé ce pigeon et… Oh comme je suis gênée d'être vue dans cet état !

Manfred, en apercevant Dolores, s'envola des genoux de Célestine et se posa après quelques maladresses sur l'épaule de la doctoresse qui lui gratta le dessus de la tête.

- Pourquoi vous êtes vous cachée ici ? Vous savez dans quelle situation nous sommes ?
- C'est que… Personne ne voulait manger mes petits fours et on me criait dessus. Puis j'ai trouvé ce malheureux pigeon dont la tête était coincée dans une toile, et lui a tout de suite mangé le petit four que je lui proposait ! J'ai trouvé cet endroit pour consoler ma peine… Il est à vous donc ? Il est si gentil… Sniff…
- Vous ne devriez pas rester là, le bateau est à la dérive, vous ne l'avez pas senti ?
- Oh, c'est pour cela que l'on s'approche tant du quai ?

Surprise, Dolores se précipita au niveau du hublot et jeta un œil à l'extérieur avant de constater qu'en effet le bateau n'était plus du tout dans l'axe de la seine et qu'il risquait de percuter les quais ou un pont à tout moment.

- Si les moteurs ne redémarrent pas, je ne donne pas cher de notre peau. J'espère que vous savez nager. Venez, il faut rejoindre les autres.
- O-Oui oui voilà…
- …
- …
- Je prendrai bien un petit four au gruyère, vous en avez encore ?

Spoiler:
 

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Edward White
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Mar 10 Mai - 14:03

C’était la dernière fois qu’il mettait les pieds sur un bateau ! Ce furent les seules pensées d’Edward dont les foulées, vives et immenses, balayaient le pont de la Sequana.
Dès le départ d’Aldrick, il avait pris la direction des machineries. Placées au centre de la péniche, presque à l’aplomb de l’immense cheminée de l'embarcation, les atteindre aurait dû être une formalité, mais la houle et les mouvements du navire transformèrent cet insignifiant trajet en un véritable parcours du combattant. Tantôt jeté sur la droite, puis sur la gauche, le loup blanc vit son équilibre mis à rude épreuve, mais enfin il gagna la petite porte noire qui donnait accès au moteur. Un hublot y était découpé, il y colla son nez, repéra deux matelots affairés et entra aussitôt.

Pouvez-vous me dire ce qui se passe ? Nous n'avons plus d'électricité et les moteurs semblent éteints ! Les convives commencent à paniquer et…
On essaie de trouver la source du problème Monsieur, lui répondit le plus âgé d'un ton sec et bourru. Sortez d'ici s'il vous plaît.

Il balaya l'air de sa main caleuse et crasseuse, puis planta son regard d'acier dans celui du lycanthrope qui ne broncha pas, bien au contraire. Se penchant pour pénétrer davantage dans la petite pièce trop exiguë pour sa haute taille, il reprit avant fermeté :

Dîtes moi au moins si vous avez une idée d'où cela peut venir. J'ai cent personnes dont le calme s'effrite à chaque seconde et j'aimerai éviter une catastrophe !
Écoutez, on n'a vraiment pas le temps pour tailler une bavette. Laissez nous travailler.
Pas avant d'avoir obtenu une réponse satisfaisante.
M'sieur Max, j'ai tout bien vérifié comme vous m'avez dit et c'est dingue, mais tout fonctionne. La pression est normale, la température aussi. J'comprends vraiment pas ce qui…
Revérifie ! Les machines ne se sont pas arrêtées sans raison !

Edward entrouvrit les lèvres, mais le regard noir que lui adressa le chef mécanicien le dissuada d'insister. Visiblement seule l'incompréhension avait encore sa place sur ce navire et ce n'était pas pour le rassurer. Hésitant à quitter les lieux, le loup interrogea en se tournant une dernière fois vers les deux machinistes :

Est-ce qu'au moins cette maudite péniche a un gouvernail ? À défaut de pouvoir avancer si le capitaine pouvait la diriger vers le quai, nous pourrions tous débarquer.
Bien sûr qu'il y a un gouvernail ! Comment voulez vous manœuvrer sinon ?! Quant à savoir pourquoi le capitaine ne nous rapproche pas de la berge, c'est à lui que vous devriez poser la question ! Pas à moi !

Une lueur de mépris fusa dans les iris dépareillés du lycan qui se détourna des présents après avoir soufflé un « merci » amer. Il sortit et s'engagea sur le pont détrempé et glissant pour rejoindre la cabine d'exposition. Mais à peine avait-il fait un pas qu'un membre de l'équipage lui passa sous le nez et s'engouffra aussitôt dans la salle qu'il venait de quitter. Il n'hésita pas une seule seconde avant de lui emboîter le pas, bien que pestant de cet aller-retour que la houle rendit fastidieux.
La porte des machineries avait été laissée entrouverte, si bien qu'il perçut sans mal ce qui s'y racontait.

Plus rien n'marche ! Le capitaine arrive pas à r'prendre le contrôle.
Mais c'est impossible enfin ! On est sur la Seine, pas sur l'océan Atlantique !
Il dit qu'il a jamais vu ça. Que c'est comme si l'fleuve essayait d'manipuler la Sequana.
La houle nous pousse toujours ?
Toujours… On file droit sue le pont d'Iena.
Et ça se présente ?
Pas très bien…

Il y eut un silence. Bref mais pesant, avant qu'Edward n'interroge :

Vous voulez dire qu'on court au naufrage ?
Mais vous êtes encore là vous ?! S'échauffa le chef mécanicien.
Répondez ! Est-ce que l'intégrité du bateau est en jeu ?
On n'a que peu de vitesse alors peut-être que…
L'choc va être rude. Sûr qu'il faudra bien s'cramponner !

Le loup serra les dents, mais sa poigne puissante fit craquer le montant de bois de la petite porte. Il adressa un dernier coup d'œil enragé aux matelots, puis s'éclipsa sans même contenir le juron hongrois qui lui brûlait la gorge.
Cette fois-ci ce fut la course. Edward s'élança sur le pont glissant et le traversa au plus vite, faisant fit des va et viens hasardeux de l'embarcation. Il avait gagné une zone plus dégagée lorsqu'il releva la tête et se figea.

Le pont.

Le massif pont d'Iena se dressait au devant d'eux. Jamais monument ne parut plus menaçant à Edward. Ce n'était qu'un mur à ses yeux. Un mur épais, solide, inébranlable et qu'ils heurteraient dans quelques minutes à peine. Car le vent soufflait toujours et les vagues ne cessaient de diminuer la distance qui séparait la frêle péniche de son bourreau de pierre.
Ce fut un mouvement plus vif du navire qui arracha le loup à son angoissante contemplation. Il délaissa le bastingage si solidement étreint jusqu'alors et ordonna aux quelques convives assez fous pour être restés dehors de rejoindre immédiatement la cabine. À son tour, il en franchit le seuil et s'exclama aussitôt d'une voix si forte qu'elle aurait couvert le tonnerre :

Nous allons heurter le pont d'Iena d'un instant à l'autre ! Alors trouvez quelque chose de solidement fixé et tenez le fermement !

À l'instant de flottement que fit naître ces paroles, succéda un chaos prodigieux. Presque tous cherchaient à présent une prise, un relief dans l'armature du navire, un élément auquel s'agripper et la nature de chacun sembla se révéler avec cette épreuve inattendue. Les égoïstes défendaient âprement leur territoire, pendant que les altruistes aidaient les plus bouleversés quitte à en oublier leur propre sécurité. Mais ne manquait-il pas quelqu'un ?
Les iris dépareillés du loup parcoururent à maintes reprises la foule à la recherche de son neveu, mais rien. Pas de trace d'Andréa. Son cœur se serra d'une crainte féroce, il voulut quitter les lieux sur-le-champ et partir à sa recherche, quand un raclement sinistre gagna toute la cabine. Edward s'immobilisa, le souffle court, les sens en alerte.

Un silence de mort tomba sur les présents, tantôt coupé d'un juron ou d'un sanglot.

Puis ce fut l'impact.

Un bruit grave, rauque, presque un râle au dont l'ultime respiration aurait été aussi puissante que brève. Le vitres vibrèrent, l'ossature avec elles. Le cliquetis était presque mélodieux en comparaison du lointain grondement qui semblait toujours ronger le flanc de la péniche.
Un dernier hoquet agita l'embarcation, puis elle se stoppa. Encore tourmentée par la houle, elle grinçait de temps à autre, mais ce ne fut pas suffisant pour empêcher les plus téméraires de se redresser. D'autres suivirent, encore un peu secoués et ce fut finalement Jean qui donna le premier les directives à suivre :

Sortez tous tranquillement de la cabine. Il faut vous regrouper sur le pont en attendant que…

Le claquement d'un pas vif et nerveux s'engouffra dans la cabine, avec lui l'un des matelots qu'Edward avait croisé plus tôt. Il empestait l'angoisse et ne tarda pas à la transmettre d'une seule parole anxiogène :

Montez à l'étage ! La Sequana va couler !

Le désordre s'anima à ses mots et ce ne furent pas des hommes, mais un congloméra de membres de chaires et d'étoffes qui vida petit à petit la cabine sans que les injonctions des hommes de loi ne puissent rien changer. Ils mirent tant d'ardeur à gagner l'extérieur que peu furent ceux dont le regard s'attarda une dernière fois sur l'immense tableau. Edward fut de ceux là. Interrogés par Opale quant aux destins des toiles, il s'était machinalement retourné vers celle qu'il savait ne pas pouvoir sauver, la plus grande, mais aussi la plus belle de toute.

Sequana:
 

Les teintes sombres s'en étaient allées à leur tour, mais la belle nymphe n'avait pas retrouvé son lit. À sa place s'étendait un vaste fleuve que semblait seulement agiter une bise légère. Elle était là, la Seine. Sequana. Elle serpentait ce nouveau paysage pour disparaître à l'horizon.

Jules venez allons ! Ne traînons pas une minute de plus ici !
A-Attendez ! Mais vous ne voyez pas que c'est sa naissance !
L'angoisse vous fait divaguer ! Sortons d'ici !
Mais je…

Noyée par le reste du brouhaha, la voix de Jules Chevalier disparut. En accord avec les peintres, il fut décidé de sauver quatre toiles. Une par artiste. Chacun décrocha sa favorite et put gagner le pont supérieur. Bientôt la cabine fut presque complètement vide et Edward s'en extirpa à son tour, suivant de peu Mademoiselle d'Arbanville.

La Seine semblait plus calme à présent. La houle n'était plus qu'un vague remous, l'orage semblait s'être éloigné et puis, sans doute le remarquait-il tardivement, mais le son assourdissant qui résonnait plus s'était également tut. Pourtant de toutes les craintes qui avaient tourmenté le loup durant cette soirée, celle qui l'habitait à cet instant était de loin la plus grande.
Ses iris parcourraient inlassablement la foule à la recherche de son neveu. Rongé d'inquiétude, il hésitait à monter à son tour les marches qui le séparaient de l'étage. Mais le doute ne s'éternisa pas.

Opale s'engageait tout juste vers le pont supérieur lorsqu'elle se retourna et appela Edward. Personne ne lui répondit.
-----------oOo-----------oOo-----------oOo-----------



Le chant des sirènes



Définitivement, cette soirée a des airs de cauchemars. Mais l'absence de lumière est maintenant le dernier de vos soucis, car vous venez de faire naufrage !

La houle a repoussé la Sequana jusqu'au massif pont d'Iena où elle s'est échouée (ce pont est celui qui permet la jonction entre la Tour Eiffel et le Trocadéro). Et l'impact n'a pas été sans conséquences. Le navire est en train de couler ! Une recommandation vous est faite, monter à l'étage pour vous éloigner de l'eau et, peut-être, sauver votre peau.

Dans le prochain post vous allez devoir trouver un moyen de vous mettre à l'abri et de rejoindre la terre ferme. Ce n'est pas obligatoire, mais vivement recommandé car la Sequana coulera à pic que vous vous y trouviez ou non. Vous êtes libres d'aider des PNJs ou d'autres rôlistes à faire de même (avec leur accord). Pour cela plusieurs possibilités s'offrent à vous :

  • Réussir à attirer l'attention d'un passant : Il a beau être tard, le pont d'Ieana est un lieu touristique et il est fréquenté à toute heure du jour et de la nuit. Si un passant vous remarquait, il pourrait vous aider depuis les hauteurs du pont, ou aller chercher des secours. Encore faut-il qu'il soit en mesure de le faire !

  • Nager jusqu'aux quais : Vous savez nager ? Tant mieux vous allez pouvoir rejoindre les quais ! La houle s'est apparemment calmée, peut-être arriverez-vous à nager jusque là-bas, mais pas sûr que vous puissiez vous hisser seul sur la berge. Quant-aux eaux de le Seine, autant vous dire qu'elles ne sont pas des plus appétissantes.

  • Alerter un autre navire : Un bateau passe à proximité, mais dans cette pénombre impossible qu'il remarque la péniche et ses occupants. C'est certainement votre meilleur moyen pour quitter les lieux, alors il faudra user d'ingéniosité pour qu'il se rapproche.

  • Le plan D : Vous avez une idée de génie capable de vous mettre à l'abri, vous ou tout ce petit monde ? Alors lancez vous ! S'il y a bien une heure pour jouer aux héros, c'est celle-ci !

N'oubliez pas que nous sommes au XIXe siècle. Les gilets de sauvetage ne sont pas obligatoires à bord, quant-aux bouées leur nombre risque de créer bien des esclandres ! Amusez vous à vous tirer de là !







Vous posterez autant de fois que vous le voulez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au mardi 17 mai (au soir) pour participer à la cinquième et avant dernière partie o/


Vous pouvez toujours nous joindre par MP pour la moindre question ! Nous répondrons au plus vite, comme d'habitude ~

Les retardataires sont toujours les bienvenus !
Pour ceux n'ayant pas pu poster à la manche précédente, vous pouvez évidemment, participer à celle-ci ! À vous d'adapter vos postes pour coller aux évènements.
Amusez-vous bien !
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Andréa Eyssard
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Lun 16 Mai - 21:17

Aucun signe de son oncle.

Andréa fronça les sourcils et parcourut une dernière fois du regard le pont extérieur de la Séquana, espérant y trouver la silhouette haute et familière d'Edward. Il était pourtant certain de l'avoir vu ici à peine quelques secondes plus tôt, mais rien. Un grommellement de dépit glissa entre ses lèvres avant qu'il ne rebrousse chemin.
D'un pas vif il rejoignit la proximité de la cabine, mais ne s'y engouffra pas. À la place, il s'engagea dans l'escalier raide qui menait à l'étage, le monta quatre à quatre et gagna la plateforme supérieure où le chahut de la houle prit une amplitude nouvelle. Surpris par les mouvements plus virulents du navire, le louveteau s'accrocha au bastingage et appela :

Manfred !

Pas de réponse, mais aurait-il pu en être autrement ? L'imagination fertile d'Andréa l'avait déjà convaincu que son ami à plume était blessé et probablement incapable de voler. Il devait faire le tour des lieux pour s'assurer qu'il n'avait pas trouvé refuge ici et dans le cas contraire, le rapporter rapidement à Dolores.
D'un pas à peine hésitant, il s'engagea sur un pont déserté par la foule et battu par de féroces bourrasques. Il progressa sans se détacher du garde-corps qui lui assurait une certaine stabilité et scruta les ombres espérant y déceler même un faible mouvement. Il ne pouvait compter que sur sa vue tant le vent se faisait assourdissant et avalait ses exclamations pour les emporter loin de la péniche. Mais il eut beau se montrer des plus attentifs il ne repéra pas le moindre signe de vie.

Puis, il s'avança jusqu'au centre du pont, dépassa l'imposante cheminée et se figea.

Il y a quelqu'un ?

Son regard venait de s'arrêter sur une masse informe et immobile située droit devant lui. Malgré son excellente vue, il fut incapable d'en déterminer la nature exacte tant elle semblait ne faire qu'un avec la rambarde du navire. Elle essuya les secousses et les éclaboussures sans réagir, laissant perplexe Andréa qui hésita à s'en approcher. Il appela à nouveau, plus fort cette fois, mais n'obtint aucune réponse. L'avait-on seulement entendu ? Il essaya encore :

Tout va bien ?! Faut pas rester là, ça pourrait…

La silhouette s'anima dans un violent spasme avant de s'effondrer au sol. Andréa s'élança à son secours, manquant à plusieurs reprises de perdre l'équilibre. Il était presque à sa portée lorsqu'un frisson d'angoisse l'arrêta net. Il y avait dans l'air comme un parfum de danger, un relent de mort exalté par cet inconnu pourtant si mal en point. Il représentait une menace si vive qu'elle avait réveillé l'instinct de survie du loup, interdisant au garçon de faire un seul pas de plus.

Une nouvelle oscillation du navire obligea le jeune homme à reculer, l'arrachant du même coup à son immobilisme. Andréa eut une seconde de flottement avant de réduire, définitivement cette fois, la distance qui le séparait du malheureux, décidé à l'aider en dépit des avertissements de la bête. Il allait saisir son manteau lorsqu'un grognement douloureux de l'infirme le surprit. Il connaissait cette voix.

Monsieur Lyn ?

Le louveteau n'attendit pas la réponse pour s'éloigner. Les mises-en-gardes de son oncle en tête, il savait que le risque était réel, autant pour lui que pour le reste des passagers. Il n'avait pas une seconde à perdre, Manfred devrait patienter :

Je vais chercher Edward ! Tenez b…

Le choc.

Concentré sur le corps crispé d'Ashton, Andréa n'avait pas vu le pont d'Iena se rapprocher encore et encore. Toute le structure du navire s'ébranla d'un coup faisant perdre l'équilibre au jeune homme dont la main ripa sur le parapet auquel il voulut se raccrocher. Emporté par l'élan de son propre corps, il se sentit basculer, tenta de trouver une prise à laquelle s'agripper, mais il était déjà trop tard. Les ténèbres avalèrent sa silhouette grêle avant même qu'elle n'atteigne l'eau de la Seine et étouffèrent son plongeon dans les bras glacé du fleuve.

Lorsqu'il rouvrit les yeux tout était noir.

Il n'entendait rien d'autre que le bruit de son cœur, tambourinant avec force dans sa poitrine gonflée d'un air acquis à l'ultime seconde de sa chute. Déboussolé, le corps balloté par le courant froid et incisif de la Seine, il mit quelques secondes avant d'esquisser sa première brasse et se figea aussitôt. Perdu dans cette immensité opaque et sombre, un doute s'empara d'Andréa lorsqu'il comprit qu'il était incapable de discerner les abysses de la surface. Quelle direction prendre ?
Ce fut à un hoquet de terreur qu'il dut son salut. Cette secousse lui arracha une oxygène précieuse qui se mua en une myriade de bulles. Elles remontèrent sur ses joues, effleurèrent ses oreilles et se volatilisèrent, lui indiquant le chemin à suivre.

Quelques battements de jambes plus tard et le garçon retrouvait avec joie l'air vicié de la Seine, non sans boire généreusement la tasse. Il était sous le pont, à quelques mètres à peine de la Sequana. Trempé et gelé jusqu'aux os, il tenta plusieurs brasses pour s'approcher de la péniche, mais un grincement inquiétant l'invita à conserver ses distances.
Ce ne fut qu'alors qu'il remarqua l’extrême agitation à bord. Le pont inférieur grouillait de passager paniqués qui prenaient d'assaut les escaliers et gagnaient l'étage. L'état d'Ashton revint en mémoire du jeune loup qui s'alarma aussitôt. Il fallait qu'il remonte sur la péniche, il devait avertir son oncle !

Mais il faisait bien trop sombre pour que l'on puisse le voir, alors Andréa chercha à attirer l'attention. Seul face à un troupeau d'invités aussi bruyants qu'inattentifs auxquels s'ajoutait les grognement de la coque contre le pont, il tenta :

J'ai besoin d'aide ! S'il vous plaît ! Je suis dans l'eau ! Hé !

Un faible remous étouffa une nouvelle exclamation, noyant ses lèvres d'une eau infâme. Il cracha, toussa, avant de gagner le pilier du pont le plus proche qui lui offrit une prise salutaire malgré ses mains engourdies et glacées.

Le souffle court, il appela au secours aussi fort qu'il le put.

H.R.P:
 





Afin de laisser à tout le monde une chance de poster, nous décallons la fin de cette manche au dimanche 22 mai au soir.


Envoyez nous un MP si vous ne pouvez pas poster afin que l'on s'arrange ensemble pour que votre personnage ne coule pas avec le navire o/

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Valentine Lefevre
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Lun 16 Mai - 22:03

Son observation prit vite fin quand une vois familière l'accosta, attirant son attention. Elle reconnu l'homme du parc qui s'était fasciné pour une fontaine. Elle sourit doucement en le voyant, hochant la tête pour le saluer à son tour.
Il lui exposa une idée, ainsi qu'une action qu'il pouvait faire sans le moindre soucis. Hélas, cela restait malgré tout assez dangereux et Valentine s'empressa de réfréner sa motivation.


"Je crains hélas que le temps soit trop incertain pour tenter cette manœuvre Eliezer. De plus l'eau de Seine n'est pas des plus propres, vous pourriez tomber malade en buvant la tasse... je comprend cependant cette envie d'agir de la sorte, mais patientons voir si cela ne peut se calmer. ce n'est peut-être qu'un problème passager..."

Malgré sa volonté de parler d'une voix calme et rassurante, elle espérait que tout cela n'allait pas s'arrêter bêtement. Tout ceci l'amusait beaucoup même si elle faisait tous les efforts du monde pour ne pas le montrer, elle ne cessait de jeter des coup d’œil vers l'avant du bateau avec curiosité.
La journaliste s'aperçut bien vite que le commissaire et le patron du cabaret n'étaient plus là. Dommage, elle avait envie d'en savoir plus sur la situation. Ils dérivaient et de toute évidence, ils ne parvenaient pas à remettre le moteur en route.
Osant se pencher, elle essaya de se repérer dans Paris en observant la lumière des rues. Si elle ne put reconnaître quoi que se soit au début, ses yeux captèrent une vive lumière dans l'orage... La tour Eiffel ?!
Ils se rapprochaient d'elle apparemment... Et du pont présent à ses pieds. Comme pour approuver ses pensées, celui-ci apparut, lui signifiant clairement ce qui les attendait.
La rouquine soupira, devinant déjà les dégâts que cela allait causer et se tourna vers Eliezer, posant une main sur son bras en souriant d'un air navré.


"Je crois qu'il est trop tard pour l'astuce de la corde. Retournons à l'intérieur retrouver nos amis, ça va secouer dans peu de temps je le crains."

Gardant son calme, elle retourna dans la foule d'invités apeurés, toujours plongés dans le noir, ne sachant toujours pas comment réagir, certain commençant à angoisser sévèrement d'après les cris.
Faisant de son mieux pour ne percuter personne, Valentine laissa l'étranger des îles et parvint à dénicher Loki, toujours aussi nerveux. Quand il sentit sa présence, il agrippa, affichant ce qui semblait être un air sévère.


"Tu aurais pu tomber par dessus bord, que je ne te vois plus sortir en douce !"

"Je devais mener l'enquête, et crois moi, c'est un sacré spectacle ! Le bateau dérive, les moteurs marchent plus et..."

Au même moment, une voix imposante résonna dans toute la pièce, la coupa et annonçant qu'ils allaient percuter le pont. Cela parvint à créer une grosse panique générale, chacun tentant de s'accrocher où ils le pouvaient.

"... Ah oui y a ça aussi. Décidément cette soirée est de plus en plus amusante tu ne trouve pas ?"

Loki laissa échapper un grognement et l'entraina vers une décoration murale, située près des tableaux, qu'il attrapa avec force, maintenant la jeune femme contre lui, la protégeant et la bloquant de toute action insensée dont elle avait le secret. Elle se laissa faire en haussant les épaules, observant les autres courir partout, aidant autrui ou se montrant égoïste. Elle ne voyait plus le prêtre, cherchait il à se cacher du choc, aidait-il d'autres personnes dans le besoin ou faisait il juste une prière typique des hommes de foi ?
Elle s'inquiéta un instant pour lui, le sachant maladroit et espéra qu'il n'allait pas se faire mal.

Puis le choc survint, secouant méchamment l'assemblée, la faisant tomber, crier, paniquer. Valentine s'en sortit assez bien, confortablement blotti contre son compagnon canidé qui l'avait maintenu solidement dans ses bras. Et même si la situation était assez critique, elle ne put s'empêcher d'avoir l'esprit ailleurs, mettant des priorité à des choses futiles.


"Tu as pensé à ranger l'appareil photo comme il faut ? Avec le choc, manquerait plus que l'objectif soit cassé..."

"Tu m'effraies parfois tu le sais, ça ?"

"Ah.. Désolée."

Bientôt un nouvel élément rajouta encore plus de zizanie quand on annonça que le bateau commençait à prendre l'eau et qu'il fallait évacuer vers les étages supérieurs. De mieux en mieux...
Des peintres protestèrent, refusant de laisser leurs œuvres sombrer, ce qui était compréhensible. Finalement, ils prirent leur toile préférée et partirent à la suite de la foule vers l'escalier.
Tout le monde fuyait sauf quelques irrésistibles, vérifiant qu'il n'y avait pas de blessé abandonné à son sort ou autre. La rouquine en profitant pour rester un peu en retrait avec Loki. Ils savaient parfaitement nager, leurs vies n'étaient donc pas en réelles danger. Elle remercia intérieurement son père de lui avoir enseigné la nage lors de leurs vacances à la campagne, lorsqu'ils rendaient visite à leur famille côté paternelle.

Le brun laissa échapper une légère exclamation qui attira le regard de la jeune femme, lui faisant découvrir le tableau "hanté". Il avait une nouvelle fois changée et bizarrement, personne ne cherchait à le sauver des eaux. Avaient-ils peur de lui ?
Même si elle ne trouvait pas la peinture des plus fascinantes, sa passion du paranormal lui criait de prendre l’œuvre avec elle.
Cependant il ne restait presque plus personne dans la pièce et ils devaient tous les deux se hâter de rejoindre la foule d'apeurés.

Le bateau ne bougeait plus et la journaliste une dernière fois en se rendant sur le bord, cette fois-ci de l'autre côté, essayant de voir l'étendu des dégâts. L'arrière du bateau avait rencontré l'un des piliers du pont et de toute évidence, s'était ouvert, causant la voie d'eau. Dommage, ce bateau n'avait pas beaucoup vécu, au moins son nom et celui du tableau allait coïncider avec leur destin funeste, plongeant dans la Seine un bon moment.


"Valentine je t'ai dit de ne pas... Tu as entendu ?"

Loki l'avait rejoint, d'abord décidé à lui remonter les bretelles afin de l'emmener à l'étage supérieur, mais un bruit était arrivé jusqu'à ses oreilles. Son ouïe fine de chien avait capté quelque chose qui à présent le tracassait bien plus que leur fuite.
Il observa alors l'étendue d'eau sombre, comme cherchant un signe de vie.


"Là-bas sur le pilier ! Tu le vois ?!"

"Je le vois, oui. Quelqu'un est tombé à l'eau. Rapprochons nous de lui, vite !"

Ils coururent alors aussi vite qu'ils le pouvaient, se plaçant au niveau du naufragé, oubliant qu'ils s'exposaient également au danger de l'eau, celle-ci continuant d'avaler le navire.
Valentine déroba une corde et l'accrocha à une bouée simple et de fortune qu'elle dénicha. Loki, plus fort qu'elle, lança à sa place l'objet vers la silhouette immergée, essayant de l'atteindre.


"Accroches toi !"

"HEY, ON A BESOIN D'AIDE ICI !"

Ne pouvant rien faire à part observer la scène, Valentine tenta le tout pour le tout en essayant d'attirer l'attention de quelqu'un sur le navire... Ou même sur le pont, on ne savait jamais.
Impuissante, elle observa Loki maintenir la corde, concentré sur le garçon qui n'était plus qu'à un ou deux mètres à peine de la bouée flottante.


[vala j'avoue écrire avec le cerveau enfumé, mais j'espère que c'est compréhensible et français XD (si y a des fautes je reviendrais corriger vous inquiétez pô :p)]

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Dolores Keller
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Jeu 19 Mai - 19:48

Lorsque le bateau heurta le pont, la plupart des passagers manquèrent de tomber à la renverse tant le choc fut puissant. Dolores, qui aidait Célestine à tenir debout, retrouva rapidement son équilibre et rejoignit le groupe de passagers, dont la plupart avait succombé à la panique. Mimi, au milieu de la foule, secouait le pauvre Eliot par le col en hurlant qu'elle refusait de mourir si jeune tandis que la sœur de ce dernier essayait de la calmer tant bien que mal. Enfin un grincement sinistre de l'armature du bateau vint interrompre le brouhaha effrayé, plongeant la salle d'exposition dans un silence glaçant. Des regards inquiets parcouraient les murs et le plafond, comme dans l'attente qu'une partie s'écroule et laisse inviter l'eau dans l'embarcation. Un membre de l'équipage sonna alors l'alerte, la Sequana allait couler.

- Oooh non ! Fit Célestine, grignotant frénétiquement ses petits-fours. Qu'allons-nous faire ? Je ne sais pas nager !
- Ne vous inquiétez pas, nous trouverons un moyen, le tout est de ne pas paniq-
- NAAAAAAN J'AI PEEEEUR !! BEUAAAAH !
- …

Comme pour répondre au cri de Pipistrella, la foule s'activa brutalement et se dirigea vers la sortie pour rejoindre le pont du navire. Des cris, des pleurs, des bousculades, le chaos s'invita au sein des passagers qui s'engouffrèrent violemment dans le seul espoir qui leur restait.

- Suivons-les, nous ne pouvons pas rester ici non plus. Mimi arrête de chouiner, on monte.
- Snirfl… D'accord ! Haha ! De toute manière je sais nager donc bon. On m'a dit un jour que j'étais une belle sirène, mais j'ai répondu que non parce que je chante encore mieux que les sirènes moi ! Du coup on m'a dit que j'étais une super sirène ! J'ai pas voulu lui dire que j'étais…
- Arrêtez de parler ! Vous ne voyez pas qu'on risque de mourir ?!
- Vous arrêtez de parler ! Vous croyez qu'en disant ça vous resterez en vie ? Si je vis les dernières heures de ma vie, alors je préfère les occuper à papoter plutôt qu'à crier comme vous faites ! En plus vous avez les joues creuses et je déteste ça. Vous devriez manger du chou rouge, il paraît que c'est très bon pour l'harmonie du visage !
- Mimi…
- Fermez-la devant et continuez d'avancer !
- Gnagnagnaaa, ça va y a pas le feu ! Et puis d'abord quand bien même y aurait le feu, bah j'avancerai pas plus vite, parce que si je monte les escaliers trop vite bah je vais me muscler les cuisses et ça va complètement nuire à ma silhouette ! Vous m'imaginez avec des jambes comme des tonneaux ?! Et puis d'abord si vous poussez vous irez pas plus vite ! Et puis arrêtez de paniquer un peu ! RESTEZ CAAAALMEEEEEUH ! VOUS AVEZ PAS ENTENDU CE QU'ON A DIIIIT ? Regardez on arrive dehors là ! Alors maintenant vous arrêtez crier !
- Tch ! Espèce de timbrée…

Une fois sur le pont, et après avoir fait taire Mimi qui s'était auto-convaincue de faire un spectacle funéraire avant que tout le monde meurt, Dolores commença à jauger la situation afin de savoir comment sortir tous les passagers du navire en péril. De son côté elle n'aurait aucun mal à partir, son corps d'homonculus lui permettait de flotter si elle le désirait, même si en temps normal il avait plutôt tendance à couler. Mais elle ne pouvait pas laisser les autres tous seuls, d'autant plus que la nuit était déjà bien tombée et que malgré les éclairages du pont et des quais on ne voyait pas grand-chose. Des passants sur le pont s'étaient déjà attroupés au niveau du bateau, des curieux pour la plupart, d'autres cherchant un moyen de venir en secours aux passagers malgré le manque de moyen.

- Oooh, ooh qu'allons nous faire, j'ai si peur Mademoiselle Keller !
- IIIIIIH y a quelqu'un à l'eaaaaau ! Làààààà !

Mimi pointa du doigt une petite silhouette au loin qui se débattait dans l'eau tandis que deux autres silhouettes venaient de lui lancer une bouée de sauvetage dans l'espoir de le faire remonter sur le bateau.

- Haaaaan ils veulent lui voler sa bouée ! Je vais l'aider ! Yahaaaaaa super Mimi entre en scèèène !

La danseuse se précipita vers les deux silhouettes que Dolores crut rapidement reconnaître malgré l'obscurité. Sans crier gare, elle hurla dans les oreilles des deux "fuyards" et arracha de leurs mains la corde attachée à la bouée. La mine déterminée, Mimi rassembla toutes ses forces et dans un geste héroïque lança la corde le plus loin possible afin de la restituer à la personne en train de se noyer.

- Cette bouée t'appartient désormais ! Je retiendrai ces voleurs qui ont essayé de te la piquer de toutes mes fooooorces ! Maintenant vole petit oiseau des mers ! Profite de ta nouvelle liberté ! Bon voyaaaage ! Tel Unisse qui voyage à travers le monde, je serai ton Antènna qui te protèèèèègeuh ! Antènna ou Milena… Oh il fait des signes avec des bras ! Coucooooou !
- … Votre amie a l'air très altruiste ! Peut-être que ses cris alerterons un autre bateau ?
- Un autre ? Mais oui ! Célestine vous êtes géniale !

Dolores plongea immédiatement sa main dans la poche de sa veste et en sortit un petit calepin ainsi qu'un crayon grossièrement mâchouillé avant d'y inscrire quelques mots. Elle déchira ensuite la page, l'enroula et la donna à Manfred, perché sur son épaule. L'oiseau fixa le papier quelques secondes, immobile, agita la tête et secoua les fesses avant de prendre le papier dans une de ses pattes. La doctoresse prit le pigeon dans ses mains et le regarda droit dans les yeux.

- Manfred, je compte sur toi ! Tu vas partir par là et dès que tu vois un bateau avec quelqu'un dedans, tu lui donnes ça. D'accord ?
- Vous croyez vraiment que… ?
- Manfred est un héros Célestine, admirez son envol céleste ! En avant Manfred !

Le pigeon écarta les ailes et s'envola majestueusement, comme le messager divin porteur de l'espoir, baigné par la lumière sainte, puis s'écrasa violemment contre le sol un mètre plus loin. Il se releva et secoua la tête avant de se renvoler maladroitement dans la direction donnée.

- Manfred, quel décollage magnifique… !

***

- Haaa… le Docteur Keller va être dans un sale état lorsque je la retrouverai au débarquement… J-J'aurai dû y aller.

Seul à longer les quais de la Seine, Adam avançait à pas pressés pour rejoindre la zone de débarquement prévue pour la fin du vernissage de l'exposition. Même si Ilana l'avait averti que cela ne servirait à rien de la rejoindre, le pauvre assistant s'était quand même convaincu que la vengeance de sa patronne serait moins douloureuse si il la rejoignait directement à la fin du parcours de la péniche. Il se faisait sans doute des illusions, mais il préférait tenter plutôt que regretter d'être resté au cabinet. Le Docteur Keller n'était vraiment pas quelqu'un de facile à attendrir… Peut-être qu'en utilisant le regard larmoyant de Manfred…

- Hm ?

À quelques mètres de lui, un homme affublé d'une casquette se débattait se façon grotesque avec ce qui semblait être un pigeon qui essayait furieusement de coincer sa tête dans la chaussure gauche du pauvre homme.

- Manfred !?

Adam s'approcha de l'homme à la casquette et récupéra le pigeon qui, en reconnaissant le visage de l'assistant, secoua bêtement sa tête de droite à gauche.

- C'est à vous c'machin ?
- N-Non il est à ma patronne en réalité… Euh, excusez-moi mais quelque chose dépasse de v-votre chaussure.
- Qu'est-ce qu'il m'a fait c't'oiseau d'malheur ? Hm c'qu'un bout d'papier. Y a un truc d'écrit. Hmmm… Hein ? C'est quoi c't'écriture on voit rien ?
- Laissez-moi faire, j-je peux lire.

L'assistant de Dolores attrapa le bout de papier et le lut rapidement. Une expression de panique s'invita soudainement sur son visage.

- T'va bien p'tit gars ?
- V-Vous avez un bateau M-Monsieur ?
- Ouep, c'qu'une p'tite bicoque mais elle en a dans l'ventre ! Elle est just'là en-d'ssous.
- J-Je crois que nous a-allons avoir b-besoin de vous Monsieur ! D-D-Des gens sont en danger !
- Qu'est-ce tu m'chantes là ?

Essayant de garder sa panique pour lui, Adam regarda l'homme en se pinçant les lèvres, retenant sa respiration pour limiter ses bégaiements. L'homme à la casquette le regarda de la même manière que Dolores regarde Mimi puis soupira et s'apprêta à s'éloigner lorsqu'Adam lui attrapa l'épaule. D'une traite, sans respirer, le jeune infirmier expliqua la situation du bateau de la Sequana, situé plusieurs mètres plus loin, et, après une autre profonde inspiration, demanda au marin d'utiliser son bateau pour sauver les passagers. L'homme rétorqua un « Guéh ? » puis, après quelques secondes, renifla bruyamment et ajusta sa casquette avant d'être finalement convaincu par le regard perçant et plein de courage et de volonté de Manfred.

- J'espère pour toi qu'c'est pas des âneries tes histoires, s'non ma femme va m'faire passer un sale quart d'heure, c'moi qui te l'dis. Allez, monte p'tit gars.
- M-M-M-M-M…
- Ouais bon ça va, fait pouce avec la main pour dire qu't'es content.

L'assistant dressa son pouce de façon gênée puis emboîta le pas du capitaine qui, une fois sur son bateau avec l'assistant, démarra rapidement le moteur à vapeur de son engin avant de quitter les quais.

- L'pont d'Iena hein ? C'pas loin ça va l'faire !
- O-O-Oui monsieur !

Le bateau gagna peu à peu de la vitesse puis s'engagea dans l'arche du pont précédant celui d'Iena situé quelques mètres plus loin. Adam, au bord de la syncope, imaginant déjà le bateau au fond de la Seine et des dizaines de gens en train de se noyer s'était posté à l'avant du bateau et guettait la moindre indication permettant de voir où se trouvait la Sequana. Ce fut au bout de quelques minutes qu'il aperçut une petite lueur au loin.

- L-L-Là ! C'est par là !

***

- Les allumettes c'est super chouette !
- Arrête de t'agiter Mimi et continue de tenir ta lanterne.

Les deux bras levés, la danseuse gigotait ses fesses en rythme avec Célestine qui tenait également une lanterne dans l'espoir d'attirer l'attention d'un bateau passant par là. La panique était de plus en plus présente sur le pont, le bateau lui commençait à s'incliner dangereusement.

- Oh j'entends le bruit d'un moteur !
- C'est vrai ! EEEEEEEEEEEEH ON EST LÀÀÀÀÀÀÀ !! Agitez vos fesses Célestine, ça va les attirer !
- Je vais faire de mon mieux !

Manfred, tu as réussis… !
Spoiler:
 

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Mes diagnostiques se font en #BE9C84.
Et Adam crie en deepskyblue /o/

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Andréa Eyssard
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Dim 22 Mai - 0:42

N… Non attendez ! Mademoiselle Mimi !

Accroché à sa bouée, Andréa vit avec dépit son unique liaison avec la Sequana rejoindre les eaux noires de la Seine. Le corps pris de frissons, saisi par le froid que l'eau insinuait jusque dans ses veines, il réajusta son étreinte sur le coussin d'air au son d'une brève éclaboussure. Tant qu'il le tiendrait, il resterait à la surface. Il chercha à se calmer, sa respiration brève puisant dans des forces qu'il ne pouvait pas se permettre de gaspiller. Mais impossible de faire taire ce cœur dont les battements remontaient dans ses tempes avec la force de l'angoisse. Alors à nouveau, il leva les yeux vers le petit trio du bout du pont et tenta de se faire comprendre :

Mimi ! Allez chercher Dolores ! Le Docteur Keller !

Il brassa beaucoup d'eau, autant d'air, mais n'obtint qu'un superbe et énergique salut de la dryade. Il fallait compter sur les deux autres convives et prier pour qu'ils trouvent rapidement une solution, car déjà ses bras et ses jambes lui semblaient bien durs à mouvoir.
Une vaguelette plus haute que les autres le prit soudain en traitre et inonda son visage d'un liquide pestilentiel qu'il cracha dans une féroce quinte de toux. Il faillit lâcher prise sur sa bouée, mais son dos retrouva la solidité du pilier du pont et, s'aidant de sa prise précédente, il put trouver une position qu'il aurait presque qualifiée de confortable compte tenu de sa situation. Il s'était finalement persuadé de prendre son mal en patience lorsque son regard fut attiré par le ballet d'une lanterne à bord de leur navire.

Ce qui le choqua ne fut pas tant l'agitation excessive de la petite lumière, mais plutôt l'angle étonnant qu'elle formait avec le pont de la péniche. Soit son propriétaire était atteint d'une sévère scoliose, soit…
Les iris du louveteau glissèrent sur la coque du navire, la longèrent lentement, pour s'écarquiller à mesure qu'il prenait conscience de la situation. La Sequana coulait ! Il songea aussitôt à s'élancer à la nage pour gagner le quai le plus proche et chercher du secours, mais à peine avait-il esquissé un mouvement qu'une douleur vive lui tétanisa le mollet droit. Une grimace douloureuse déforma ses traits d'enfant tandis qu'il se reposait davantage sur sa bouée. Quelques minutes encore s'écoulèrent avant qu'il ne perçoive le toussotement d'un moteur.

Un instant, il eut peur que ce soit celui de la péniche. Il scruta le moindre de ses mouvements, mais il n'y avait plus que son faible va-et-vient contre le pont pour l'agiter encore. Le jeune homme se décolla alors avec précaution de l'arche de pierre pour s'avancer un peu plus loin dans la Seine et remarqua enfin la chaloupe à vapeur qui se dirigeait droit vers eux. C'était sa chance !
Puisant dans ses dernières ressources, Andréa s'échina à faire le plus le bruit possible. Il battit des bras avec force, cria, hurla, sachant pertinemment que son principal adversaire dans cette lutte serait la bruyante machinerie de l'embarcation. Il mena là une bataille épuisante durant laquelle il se raccrocha invariablement à sa bouée, mais quel soulagement lorsque le phare aveuglant du steamer découpa  sa silhouette épuisée sur les eaux sombres. Un soupir de heureux souleva ses épaules crispée par le froid. La chaloupe ralentit l'allure et une minute plus tard il était hissé à bord.

T-t-t-t-t-tout va b-bien ?
A-a-a-adam ?

Aucune moquerie, Andréa grelottait. Passé la surprise, Adam retrouva rapidement ses réflexes d'infirmier et apporta les premiers soins au louveteau avec les moyens du bord. Le jeune homme se retrouva bientôt emmitouflé dans une couverture mitée et poussiéreuse qui lui arracha plusieurs éternuements, avant d'écoper d'un infect verre de grog, « cuvée spéciale » du capitaine. L'alcool, non content de lui brûler la gorge et la bouche, eut le mérite de réchauffer son corps maigrelet et calma ses tremblements, lui permettant enfin d'articuler d'une seule traite :

Le bateau coule !
O-o-oui. Manfred m-me l'a dit.
Il faut faire vite avant qu… Manfred ?  Il va bien alors ?!
O-o-oui, c'est le docteur Keller q-qui l'a envoyé !

Un roucoulement grassouillet acheva de rassurer Andréa qui ferma un instant les yeux. Il dut faire de gros efforts pour retenir un bâillement sournois, puis sursauta lorsque le capitaine jeta :

Faut mieux que j'reste aux commandes pendant la manœuvre, au cas où la péniche bouge d'manière pas prévue. V's'avez qu'à prendre la passerelle qu'est là pour faire monter les gens d'puis la péniche. Mais 'tention ! Pas plus d'une quinzaine de maigrichons !

Le louveteau s'aperçut enfin qu'ils étaient tout près de la Sequana et qu'on se pressait déjà sur son pont inférieur pour accueillir ce navire de sauvetage improvisé. Adam avait pris les devant et se battait pour dégager l'imposante planche de chêne d'un amas de filets et autres ustensiles. Andréa s'arracha à sa couverture pour lui porter main forte. Ensemble, ils purent relier la péniche à la chaloupe.
Les bousculades commencèrent, mais deux agents de police intervinrent aussitôt et organisèrent le départ des premiers convives.

Combien de temps pour l'aller retour ? Interrogea Jean à l'adresse du capitaine.
J'les débarque tous au quai de Billy et j'reviens. Dix minutes au plus !

À cette annonce, les deux policiers échangèrent un regard complice pour finalement acquiescer. Comme convenu Allan accompagna le premier voyage, pendant que son collègue organisait le second pour perdre le moins de temps possible.
Contre toute attente, il avait été rejoint par Andréa. Malgré son état de fatigue avancée et sa mise plus que discutable, le garçon avait fait des pieds et des mains pour qu'on le laisse remonter à bord de la Sequana. Car s'il savait Manfred en sécurité, il n'en avait pas pour autant oublié l'état d'Ashton, ni qu'il devait absolument en avertir son oncle. Seulement, après deux autres évacuations, le jeune homme était toujours sans nouvelles d'Edward et la peur balaya bientôt son but premier.

Mademoiselle d'Arbanville ! Lança-t-il en apercevant Opale.
Oh Dear ! Tu es trempé enfin ! Que s'est-il passé ?
C'est un peu long à expliquer… Vous savez où est mon oncle ?
Et bien non. Il me suivait toute à l'heure, mais il s'est volatilisé lorsque j'ai pris les escaliers.

Elle observa les alentours, espérant probablement y repérer la haute silhouette d'Edward, mais en vain. Sans doute aurait-elle glissé un petit mot rassurant à Andréa sur ce sujet, si ce dernier ne s'était pas envolé à son tour. Inquiet quant au sort de son oncle, le jeune loup battit furieusement le pont de ses foulées ruisselantes, se faufilant sans trop de mal parmi les derniers passagers. Ce ne fut qu'après être passé par deux fois dans la salle d'exposition et avoir accéléré le pas qu'il heurta violemment l'un des convives. Il s'excusa aussitôt avant de lever la tête :

Aldrick !

Sa vue rendit le sourire à andréa. Mais, une seconde seulement.

Une violente secousse agita la Sequana qui s’affaissa davantage dans un grincement sinistre. Il lui succéda le brouhaha chaotique des invités paniqués. À présent que la péniche penchait dangereusement, tous voulaient être les prochains à embarquer. Il y eut des éclats de voix et de multiples cris, mais tous se confondaient dans un même timbre d'effroi que les recommandations calmes et fermes de Jean ne parvenaient plus à atténuer.

À ce marasme de sombres pensées se joignit celle d'Andréa. Le visage tourné vers le commissaire, il avait perdu son sourire et lâcha un nœud dans la gorge :

J… Je ne retrouve pas Edward !
H.R.P:
 

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Léonard M. de Potinger
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Dim 22 Mai - 16:01

Léonard était gonflé à bloc. Il n'avait aucun plan, il ne voyait presque rien, il ignorait ce qui se passait à bord, et il était tout sauf un héros, mais de la motivation, ça, il en avait.

«Monsieur Léonard, vous allez faire quelque chose contre cette terrible noirceur?»

«Bien évidemment, répondit-il, sûr de lui, en lui prenant les mains. Vous n'avez pas à vous en faire, je me charge de tout.»

Ou peut-être aurait-elle dû, au contraire, s'inquiéter de ce fait. Mais les yeux brillants dans la nuit, elle faisait entièrement confiance à ce pur inconnu un peu niais. Le grand blond fit quelques pas devant, portant une main à son menton, signe universel de réflexion, et l'autre dans son dos. Il tourna ensuite vers la droite, puis après quelques pas, tourna le coin vers la droite à nouveau, effectuant un carré presque parfait. Après 8 côtés de plus, un bruit sourd qui entraîna un silence dans la foule se fit entendre. Léonard s'arrêta. Le temps pressait.

«Monsieur Léonard. Que comptez-vous faire?», s'inquiéta sa compagne de la soirée, réalisant quelque peu que de laisser la situation entre les mains du peintre n'était peut-être pas une si bonne idée.

Des exclamations parmi la foule se firent alors entendre avant qu'il ne puisse penser à une réponse. Tous se tenaient devant le clou de la soirée, son chef-d’œuvre, son précieux. Se hissant sur la pointe des pieds, de peur de blesser quelqu'un en essayant de se faufiler pour mieux voir, l'artiste découvrit alors l'horreur. Il ne la reconnaissait plus. La pupille de ses yeux, son ultime accomplissement, son adorée... La toile n'était plus la même.

Les yeux écarquillés, son expression figée dans le temps, Léonard sentit son cœur se fracasser en un millier de morceaux, puis sentit ceux-ci fondre sous les feux de l'enfer qui s'offrait à ses yeux. La demoiselle, constatant également les changements de la toile, posa une main sur son épaule.

«Gris. Tout est gris, marmonna-t-il, tentant de garder son calme malgré la larme qu'il sentait monter. Toutes les couleurs, les nuances. Tout notre travail... Parti. Envolé.»

«Vous savez... Elles vont peut-être revenir, les couleurs.»

« Peut-être, peut-être. Mais... Ça ne fait aucun sens, n'est-ce pas? Non non, aucun sens.»

Dans un grand mouvement dramatique, il se retourna d'un geste, tournant le dos à la toile. Se faisant, il posa le pied sur un petit four au gruyère qu'il avait déjà écrasé auparavant. Célestine. Le réel problème revint subitement à lui et son aplomb sembla revenir du même coup. Il devait trouver la petite personne au grand chapeau.

Tâchant d'oublier la toile dénaturée, Léonard prit le chemin tracé de petits fours au sol, la brune sur ses talons. Sans lumière pour éclairer leurs pas, personne d'autre ne semblait avoir remarqué les gâteries de Célestine éparpillées sur le plancher. Le blond gardait un œil attentif sur chacun des petits fours qu'il pouvait trouver, cherchant aux alentours si la propriétaire de ceux-ci n'était pas là également, mais aucune trace d'elle. Dix petits fours, onze petits fours, douze... Bien vite, Léonard et sa suite (d'une seule personne) durent s'arrêter, le dernier petit four menant à un obstacle. La rambarde.

Tout de suite, la panique s'installa chez le peintre. Il se pencha d'un geste par dessus la balustrade. Célestine ne pouvait pas être tombée dans le fleuve, si? Léonard avait du mal à bien distinguer si une silhouette se dessinait dans les eaux troubles dû à la noirceur, le vent puissant faisant, de plus, voler ses mèches blondes de toutes parts devant ses yeux.

« Monsieur Léonard, que se passe-t-il? »

« Une tragédie! »

Le dernier petit four était tout juste devant la rambarde. Les possibilités que Célestine soit tombée à l'eau étaient... plus que probables! Il devait trouver de l'aide. Mais qui? Tous étaient en état de panique, certains courant dans tous les sens, d'autres se lamentant trop fort pour que le peintre ne puisse élever la voix et avoir l'attention qu'il désirait. S'assoyant par terre, recroquevillant ses genoux jusque sous son menton, son regard s'égara quelques instants dans l'abysse des eaux de la Seine.

« Une si petite personne... Perdue dans l'immensité du fleuve. Les os glacés. Ses petits fours trempés. Sans personne pour entendre ses cris de désespoir... »

« Monsieur... Léonard? »

Des larmes montèrent malgré elles jusqu'aux yeux violacés de l'artiste. Se levant d'un bon, ses émotions l'emportèrent.

« UNE VIE PLEINE DE BEAUTÉ BRISÉE ET RÉDUITE À NÉANT! »

Levant un poing contre son cœur, il baratina quelques mots nobles digne d'un héros de roman et s'apprêta à enjamber la balustrade pour tenter de sauver Célestine. Sa compagne tenta de l'en dissuader, ce qui le força à se retourner vers elle. C'est à cet instant précis qu'il lui sembla apercevoir un la silhouette d'un objet familier flotter dernière la brune. Il se précipita pour s'en emparer et confirma ce qu'il pensait avoir vu. Il s'agissait d'une large plume, qui s'avérait également être identique à celle qui se trouvait sur le grand chapeau de la petite personne recherchée. Mais alors, se pouvait-il qu'elle soit toujours quelque part sur le bateau?

Les réflexions de détective professionnel du peintre n'eurent pas l'occasion de s'approfondir. De vives exclamations des passagers captèrent son attention. Se retournant, il comprit la source de toute cette agitation. Le large pont d'Iena se dressait tout droit devant eux. Laissant la plume s'envoler, il porta vivement ses mains à sa tête et laissa échapper un hurlement de terreur.

Le choc s'en suivit presque aussitôt. Tous ses membres paralysés par la catastrophe qui était en train de se produire, Léonard en perdit l'équilibre et se retrouva sur le postérieur. Tous semblèrent cesser de respirer tandis que leur navire percutait le célèbre pont, le silence tomba sur la foule durant quelques secondes qui semblèrent durer une éternité. Seuls les bruits horrifiants de leur embarcation se brisant venaient troubler le motus.

« Nous allons couler! », hurla quelqu'un.

Les gens commencèrent à se bousculer autour de Léonard tandis qu'il tentait de se relever. Se relevant enfin, il chercha à se détacher de la foule autour de lui. Ses pensées se bousculaient à une vitesse folle. Où était la brunette qui l'accompagnait auparavant? Que devait-il faire maintenant à propos de la petite personne au grand chapeau? Mais surtout, SURTOUT... ses toiles. Il s'en fichait s'il devait sauter à l'eau et nager pour sauver sa peau, mais ses toiles, ses œuvres, ses petits bijoux... Il était hors de question qu'elles coulent elles aussi.

Affolé, les membres tremblants à l'idée de perdre tout son travail, il réussit finalement à contrer le courant des gens se bousculant autour de lui. Tout juste avait-il réussi à se dégager qu'il aperçu une silhouette bien familière sur le pont : la petite personne, en compagnie de gens qu'il avait déjà aperçu également auparavant. Pointant un doigt surpris sur Célestine, la bouche ouverte et laissant échapper quelques bredouillements, il suivit le trajet du grand chapeau pendant quelques secondes. Elle était donc bien en vie, cette petite dame! Empoignant un petit four au gruyère qui s'était par mégarde glissé dans sa poche, il jeta se dernier au sol dans un mouvement plutôt vif, qu'il considérait comme un abandon de la mission, qui de toute façon n'avait plus lieu d'être, et se précipita dans la salle d'exposition. Il n'avait plus de raison de ne pas sauver ses toiles, désormais.

Les gens avaient pour la plupart quitté la salle pour se regrouper sur le pont. Autour des toiles se tenaient toutefois ses collègues artiste. Léonard remarqua également alors que leur œuvre commune avait retrouvé des couleurs plus normales, mais restait cependant toujours changée. Il n'y comprenait toujours rien, mais laissa ce problème dans le fond de son esprit pour le moment. Thomas s'approcha alors de lui et l'informa qu'il devait sélectionner une seule de ses toiles à sauver.

Encore une fois, le cœur du peintre cessa de battre une fraction de seconde. Avait-il bien entendu? Ce devait être une farce, forcément... Mais l'air sérieux de Thomas lui indiqua qu'il s'agissait de la vérité. Prenant son visage entre ses mains, Léonard n'en revenait pas. Comment pouvait-il n'en choisir qu'une seule? C'était comme demander à une mère de ne choisir qu'un seul de ses enfants et de noyer les autres. C'était un choix impossible. Qu'il devait pourtant se presser à faire, tel que semblaient l'encourager ses compagnons. Le bateau ne tarderait sans doute pas à sombrer. La première idée qui lui vint fut de sauver la grande toile du fond, sur laquelle ils avaient tous travaillé, bien qu'elle n'était plus la même du tout désormais. D'un mouvement, il se retrouva à côté de celle-ci, tentant de la déplacer seul, non sans peine. Ses acolytes durent s'unir pour l'en détacher et le diriger ailleurs. Résigné, son autre idée fut de sauver celle à propos de laquelle il avait discuté avec sa partenaire de plus tôt. Elle semblait l'apprécier, elle devait valoir la peine d'être rescapée. Avant de quitter la salle définitivement, il se retourna une dernière fois, le cœur serré, pour un ultime adieu aux œuvres qu'il avait si soigneusement prit le temps de mettre au monde et qu'il devait laisser derrière lui, livrées à une mort certaine.

De retour sur le pont, Léonard chercha la brune des yeux mais ne la trouva nulle part. Tout le monde était rassemblé et tentait de sauver sa peau de quelconque façon. Serrant sa dernière toile contre lui, le peintre s'efforça de penser à une solution, sans succès. Après de longues minutes à songer au fait qu'il allait peut-être mourir tragiquement ce soir-là, se réconfortant de la seule pensée qu'il mourrait avec ses œuvres, il remarqua une agitation près de la rambarde. Se rapprochant pour mieux voir, il remarqua un autre bateau! Une onde de soulagement se dispersa dans son être, juste avant qu'il ne remarque que les places étaient limitées et presque toutes prises. L'angle de la Sequana se faisait déjà moins agréable, l'angoisse le gagna plus grandement. Sans réfléchir, le peintre se faufila, plus ou moins habilement, jusqu'au bord à temps pour le départ d'un premier voyage.

« S'il-vous-plaît! Prenez ma toile avec vous! »

Au même moment, il remarqua la brunette avec qui il avait dansé plus tôt dans le bateau, accompagnée d'un autre homme qui lui avait prêté son manteau. Son regard sembla s'illuminer un instant, puis elle baissa les yeux, sans bouger d'un poil pour prendre la toile. Blessé à l'orgueil, Léonard ne dit rien pour remercier la personne qui lui prit la toile des mains pour l'emporter saine et sauve sur la berge.

Tandis qu'il regardait le bateau s'éloigner, il sentit la Sequana s'enfoncer considérablement. Il regarda la file de gens attendant impatiemment le retour du bateau. Ils ne pourraient pas tous embarquer à temps, il s'en doutait. Certains devraient trouver un autre moyen. Il regarda par dessus bord. L'eau semblait glaciale, mais nager semblait être la seule autre option. Se sentant à nouveau investi d'une très grande responsabilité, il songea qu'il était de son devoir, et de celui des autres hommes, de laisser les femmes, qui ne pourraient nager avec aisance avec leurs larges et lourdes robes, prendre les places du bateau. De plus, Léonard voulait être certain que personne n'allait voler sa toile une fois de l'autre côté. Prenant une grande inspiration, ayant une dernière pensée pour ses toiles qu'il laissait couler au fond de la Seine, il plongea.

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Nathanaël Cartier
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Dim 22 Mai - 21:58


La soirée avait plutôt bien commencé malgré quelques événements un peu étranges, tel le comportement bizarre de son meilleur ami, par exemple. Néanmoins, Nathanaël passa rapidement outre, se disant qu'au besoin, il en reparlerait au commissaire plus tard. Il ne s'était heureusement pas rendu compte du geste que ce dernier avait failli avoir. Toutefois, sa réaction ne lui avait pas échappée. Il était clair que son ami n'était pas dans son état normal... Oui, une discussion s'imposait sans doute. Mais pas ici, pas tout de suite.
Comme presque tout le monde, il se concentra donc sur la toile. Mais rien n'aurait pu le préparer à ce qui allait se passer. Une coupure de courant ? un tableau qui change d'apparence d'un coup ? Dans l'esprit du jeune homme, c'était clair: le bateau était hanté et le tableau possédé ! Comment expliquer ces étranges phénomènes sinon ? Il alla même jusqu'à songer à un esprit frappeur. Alors que certains commençaient à paniquer, Nathanaël conserva son calme et tenta de rassurer les personnes les plus proches de lui.

Il avait momentanément perdu Valentine et Logan de vue, mais il savait qu'ils étaient plein de ressources et qu'ils pourraient se débrouiller. Le jeune prêtre était déjà prêt à dégainer le crucifix et à commencer un exorcisme, là, devant tout le monde. La tâche ne serait pas facile vu la taille du bateau, mais il pouvait commencer par le tableau !
Néanmoins, il n'eut pas vraiment le temps de mettre son plan à exécution car un gros bruit retentit d'un coup. Ce ne pouvait pas être bon ! Peu à peu, la panique commençait à gagner les convives et malheureusement, Nathanaël ne pouvait pas les rassurer tous, même s'il essayait tant bien que mal.

Le verdict ne tarda pas à tomber. Ils avaient heurté quelque chose et le bateau était en train de couler ! Serait-ce une punition divine pour les quelques âmes corrompues à bord ? Car nul doute qu'il devait y en avoir parmi toutes ces personnes ! Peu importe, cela ne pouvait pas se terminer comme ça ! Il ignorait ce qui se passait sur le pont et s'occupa des personnes à l'intérieur, tentant une nouvelle fois de les calmer. Une femme s'approcha de lui pour lui demander d'absoudre ses péchés. Mais le jeune homme n'avait pas le temps pour une confession ! Il voulait aider tous ces gens, s'assurer que tout le monde s'en sortirait et ce, même s'il devait être le dernier sur le bateau ! C'était la panique et tout le monde essayait de gagner l'extérieur en espérant sauver sa peau. Certains se mettaient à prier parce qu'ils ne savaient pas nager.

"N'ayez crainte. Dieu a un plan pour chacun d'entre nous. Et je suis sûr que notre heure n'est pas encore arrivée."

Il ignorait si ses paroles allaient rassurer les plus croyants, mais il ne pouvait pas faire plus à cet instant. Quelques instants plus tard, on annonça qu'un bateau était venu pour secourir tout le monde. Aussitôt, les gens se précipitèrent vers l'extérieur, certains n'hésitaient même pas à marcher les uns sur les autres. Nathanaël resta en retrait pour s'assurer que personne n'allait se retrouver abandonné. Il ne voyait plus aucun de ses amis, se disant donc qu'ils devaient déjà être sortis et, de préférence, en sécurité sur l'autre bateau. Il sortit donc à son tour et constata toute l'ampleur des dégâts. La péniche ne tiendrait plus très longtemps, il fallait se dépêcher. De toute façon, il savait nager, il laissait donc volontiers sa place à quelqu'un d'autre sur le bateau sauveteur. Mais ce qui l'inquiétait, c'était qu'il ne voyait Valentine nulle part. Elle était pourtant bien visible avec sa tignasse rousse et son partenaire.

N'écoutant que son courage, il décida donc de chercher son amie. Les premiers invités étaient déjà sains et saufs, les autres se battaient limite pour embarquer pour le deuxième voyage. Mais il ne voyait pas Valentine partir en premier et abandonner tout le monde.

"Valentine !"

Il repéra deux silhouettes un peu plus loin et reconnut rapidement Valentine et Logan. Évidemment, il se précipita vers eux. Logan avait l'air en colère, mais Nathanaël préféra ne pas lui demander ce qui le turlupinait. Ce n'était pas le moment.

"Qu'est-ce que vous attendez ? Mettez-vous en sécurité !"

Oui, il comptait vraiment être le dernier à quitter le navire - même après le capitaine.

"Le bateau va bientôt revenir pour un deuxième voyage, vous devriez en profiter !"

Mais vu la cohue, ce ne serait sans doute pas si facile. Il espérait seulement qu'il y avait de la place pour tout le monde...du moins pour tous ceux ne sachant pas nager.
Quelques instants plus tard, il vit les autres passagers embarquer sur l'autre bateau. Il pouvait donc sauver sa propre peau. Il se tourna vers Valentine et Logan.

"Venez !"

Il posa enfin le pied sur l'autre bateau et fut donc l'un des derniers à quitter la péniche.


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Aldrick Voelsungen
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Dim 22 Mai - 23:03

Dans la cabine, un homme à la moustache aussi fournie que sa taille était rondelette gisait sur la barre. Aldrick fronça les sourcils et questionna en se rapprochant à la hâte :

- Hey ça va ?

Mais seul un grognement sans sens s’échappa des lèvres livides du capitaine.

*Bon sang mais qu’est-ce qui lui arrive, on dirait qu’il a eu la peur de sa vie.*

Le redressant au mieux, le commissaire lui assena une première série de claques pour le réveiller.

- Allez debout ce n’est pas le moment de dormir ! À ce rythme-là on va finir par percuter quelqu…

Le loup n’acheva pas. Face à la péniche se dressait le pont, immense forteresse invincible. L’agitation gagna le loup.

- Oh non, non, non !

Il revoyait la liste des invités que lui avait présentée son chef, ils étaient une centaine à bord ! UNE CENTAINE ! Il ne fallait pas que ça arrive ! Sa large main s’abattit de nouveau sur le visage blanchâtre du marin et cette fois, il répliqua gauchement :

- Aïe ! Qu’est-ce que… ?

Mais il n’eut guère le temps d’en dire plus que déjà le geste trop enflammé du lycanthrope le renvoyait directement dans les bras de Morphée. Le commissaire maudit sa propre impatience et un juron transylvain pour le moins coloré s’échappa de ses lèvres à l’instant même où il laissa le malheureux capitaine choir le long du poste de commande.

Quand il le réalisa, il déglutit avec difficulté, puis d’un bloc, se retourna vers la barre qu’il enserra au mieux pour tenter de redresser le cap, et leur éviter la collision. Le bâtiment tout entier subit le contre coup de ce brusque revirement de situation. Seulement Aldrick n’avait jamais rien conduit d’autre qu’un cab, ou un cheval, et là aucune de ses compétences ne lui permit de mieux s’orienter.

* C’est pas vrai ! Ça ne suffit pas ! C’est trop lent ! On va le percuter !*

La peur lui noua l’estomac, et dans un ultime effort, il mit toute sa force dans un geste brusque pour tenter de dévier encore davantage la fatidique trajectoire de la Sequana. Ce fut à cet instant qu’un sinistre craquement résonna dans la cabine. Il fallut plusieurs secondes au loup pour réaliser que ce dernier provenait bel et bien de la barre qu’il tenait toujours en main, mais qui s’était totalement désolidarisée du reste de l'embarcation. L’agent blêmit férocement, dans un cri de désespoir puissant. Il tenta de réparer la barre au mieux en la raccrochant à son support, mais le bois nettement fendu, ne laissait présager aucun espoir.

La collision mit un terme à son désarroi.

Dans un coin de la cabine, avachi sur le corps bombé du capitaine - toujours évanoui, le loup eut toutes les peines du monde à réaliser que tout ce qui venait d’avoir lieu était bel et bien et réel.

L’instinct prit le dessus sur le reste.

Après avoir grommelé en se redressant au mieux, Il souleva l’imposante masse du capitaine, avant de sortir de la cabine. Bien vite, il se rendit compte de l’étendue des dégâts : la panique avait gagné la plupart des présents, malgré le savoir-faire de ses hommes.

Heureusement, un autre bateau abordait la Sequana pour un nouvel aller-retour avec la terre ferme.

- J’ai des connaissances qui arrivent. V's’inquiètez pas, c’est des bons ! Souffla le capitaine avec un clin d’œil à l’adresse de Jean, alors qu’Aldrick déposait le capitaine contre un pan de bois.

La nouvelle fut accueillie avec une joie immodérée, mais ne calma que peu l’impatience des convives, au contraire. On se pressait d’avantage pour pouvoir évacuer rapidement. Le commissaire allait donner de la voix quand la silhouette familière et trempée d’Andréa passa dans son champ de vision. Il ferma les yeux à sa supplique et les ré-ouvrit presqu’aussitôt pour contempler les visages les plus alarmés.
Il se mordit la lèvre et l’entraina un peu plus loin.

- Je suis désolé, je ne peux pas venir avec toi pour le chercher, on a besoin de moi ici, mais…

Le lycanthrope se tut. Il inspira un grand coup et reprit :

- Essaie de réfléchir comme lui. Tu le connais par cœur, non ?

Aldrick eut un sourire énigmatique, où se mêlait tout un amalgame de sentiments contradictoires.

- Tu as dix minutes, au-delà de ce délai, je ne peux garantir que la Sequana sera toujours émergée. Le brun hésita et ordonna finalement avec toute l’influence qu’exerçait un mordant sur son mordu : Andréa ! Je t’interdis de mourir ce soir ! Alors… Trouve–le. Trouve–le et restez en vie.

Sans rien ajouter, il lui ébouriffa les cheveux et s’en fut rejoindre Jean pour aider les passagers à monter à bord du bateau dans le calme.
Jamais le brun n’avait autant regretté de devoir faire passer son devoir avant sa volonté propre. Pourtant ce fut avec un calme apparent qu’il cria :

- Les femmes et les enfants d’abord ! Que ceux qui savent nager se mettent de ce côté !
- C’est injuste ! D’autres bateaux arrivent ! Clama-t-on.
- Si vous avez peur, trouvez des objets qui flottent pour vous rassurer !
- N’importe quoi ! S’insurgea un homme. Avec les prochains bateaux…
- ASSEZ ! Hurla le loup, bien trop conscient que la Sequana pouvait couler à tout instiant. Conduisez-vous en Hommes et aidez ceux qui en ont le plus besoin !

Il y eut un silence lourd de sens, mais le commissaire n’en eut cure et reprit sur le même ton :
-  MAINTENANT !

Une partie des présents s'activa enfin, d’anciens militaires pour la plupart, aidèrent les femmes restantes à se maintenir pour que le débarquement soit plus aisé ensuite. D’autres firent au mieux pour tenter de regrouper le plus de bouées de sauvetage possibles et en équipèrent ceux qui ne savaient pas nager.

- S'il vous plait faites qu'on s'en sorte ! Souffla une petite voix.

Comme si la prière du garçon avait été entendue, deux autres bateaux dont un plus imposant – et pouvant accueillir plus d’une vingtaine de personnes –  firent une entrée majestueuse aux abords de la Sequana, dont l'angle d'inclinaison ne cessait de s'accentuer.
Les convives alarmés et mal organisés, montèrent enfin pour la majorité sur les navires salvateurs.
La peur s’immisçait sournoisement dans le cœur de chacun, surtout quand une chute entraina plusieurs passagers dans les eaux froides de la Seine. Quatre courageux plongèrent pour les rattraper et durant d’interminables secondes, l’angoisse gagna tous les présents. Mais tous finirent par remonter, entiers, aidés par les équipages improvisés de chaque embarcation. On repéra d’ailleurs un nageur isolé qu'un lancer parfait parvint à enlacer d'une bouée. Elle fut aussitôt remorquée jusqu'au bateau avec son occupant.
Mais malgré l’espoir d’une issue meilleure pour tous, la Sequana eut un nouveau râle d’agonie, en s’enfonçant d’avantage.  

Après quinze interminables minutes, le pont s’était considérablement vidé, et il semblait à Aldrick que de nombreux visages, plus ou moins familiers, plus ou moins colorés, avaient défilé devant lui. Aussi il avait entraperçu là le signe que ses proches ne risquaient plus rien. Il était persuadé d’avoir vu monter ses amis sur l’un des bateaux, d’avoir bien compté tous les musiciens, il lui semblait que tous les peintres avaient regagné la côte, il avait aussi vu passer bon nombre de chapeaux – et s’était d’ailleurs étonné de se voir proposer un petit four au gruyère ; d’après les comptes de Jean, il ne devait pas être plus d’une dizaine restant pour le dernier voyage.Et parmi eux, Andréa et Edward.

- Qu'est-ce qu'ils foutent ?

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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Dim 22 Mai - 23:37

Il les sentait. Par dizaines, isolées, groupées, clairsemées, agglutinées... Leurs présences répandaient dans les airs comme une divine effluve de festin, leur agitation vaine et paniquée déversait en son sein une obscure ambroisie qui l'électrisait contre son gré. Elles étaient si naïves, à craindre les éléments, si délicieusement fragiles, ces petites âmes trop frêles... Il les voulait. Il les voulait toutes. Saisir leurs corps de mortels entre ses griffes et les déchirer lentement, arracher à leur chaire l'agonisant liquide de vie qu'il leur ôterait avec patience, avec vigueur, avec rage... Planter ses crocs acérés dans l'épiderme gracile de ses proies, le sentir se percer et lui offrir tout le jus cramoisi de leurs piètres existences... Sentir la pulpe pétillante éclater contre sa langue et les pétales vermeilles de la vie flétrir en son sein... Se savoir Monstre et se sublimer dans l'horreur dont il se couvrirait... Il les aurait. Il les aurait toutes. Et il se vêtirait de leur entrailles, dévorerait leurs âmes, éventrerait...

Non. Non, non, non.  
Pas ça.  
Jamais ça.  
Ce n'était pas lui. Il n'était pas cette chose, pas cette bête, pas cette monstruosité. Pas comme ça. Il n'était pas voué à la Mort, il ne s'enchantait pas de la souffrance, il ne se languissait pas du sang. Il était Ashton Lyn, pas le Chien. Plus le Chien. Ils étaient deux entités indémêlables mais bien différentes. Ces instincts n'étaient pas les siens.  

Et pourtant, il avait si
FAIM...

Il ne sacrifiait personne sur l'autel du Chaos.  

Et pourtant, il en avait tant ENVIE...

Il ne voulait aucun mal aux passagers, il ne voulait que leurs sourires, que leur bien-être...  

Pour mieux le DETRUIRE.


Un spasme déchira le mutisme du corps statique, arrachant un grognement plaintif au canidé. La douleur, déjà, se sublimait, se magnifiait dans la lutte vaine qu'il menait contre sa propre âme, contre ce qu'il était dans sa forme la plus absolue. Son être se déchirait en deux et se révulsait contre lui-même. Il avait mal. Trop mal.  

Il n'avait qu'à abandonner... Il avait si faim après tout... Si faim de chaire, si faim de sang... de massacre.

Sa vision se floutait et se reformait alors qu'il s'agitait sur le pont, impuissante victime d'un fléau qui ne s'abattait que sur lui. Chaque secousse, chaque remous le faisait sursauter contre la vague glaciale et putride qui s'abattait sur son corps torturé. Ses mains se crispèrent sur son pantalon. Il ferma les paupières.  

Lâcher prise... Résister.  

La convulsion qui suivit cette pensée le déchira de part en part. Il cria, s'accrocha désespérément au pont sur lequel il venait de s'affaler, haleta, toussa. La souffrance lui faisait tourner la tête. Son corps le brûlait, le consumait, irradiait d'une chaleur infernale qui lui donnait envie de hurler. Le Chien mordait, le Chien ruait, le Chien gagnait.

Il gagnait toujours.

Son dos s'arqua contre le bois gémissant du bateau tandis qu'une exclamation s'étouffait entre ses lèvres. Il tremblait. La Bête en son sein faisait de lui le plus mortel des prisonniers. Et il ne s'échapperait pas tant qu'il n'aurait pas cédé. Il ne céderait pas. Il se recroquevilla, haletant, grognant presque, ses longs doigts plantés dans le tissus qui couvrait sa jambe.  

Il les aurait. Toutes ces âmes. Elles étaient à lui.

Nouveau spasme, nouvelle vague. L'eau afflua jusqu'à la bouche d'Ashton, inonda un corps déjà empli de douleur et le fit étouffer. Ses côtes parurent se rétracter, et c'est dans une toux infernale que ses poumons se vengèrent de sa sottise. Il ne pouvait plus respirer, ne pouvait plus vivre, et le terrible sentiment d'agonie qui déferla sur lui eut raison de son espoir. À quoi bon ?  

Tuer. Il les tuerait. Toutes.

Les griffes étaient sorties, et même l'âme qu'il sentait toute proche – trop proche, beaucoup trop proche, idiot ! – ne suffisait pas à le divertir de la torture qui s'unissait à son corps. Un nouveau grognement s'arracha à sa gorge malade, et il posa son front contre le bois trempé du pont dans un effort pour se calmer.  
Se calmer. Se calmer. Respirer. Plus. Plus fort. Mieux.  

Détruire. Éventrer. Anéantir. Tuer. Tuer tuer tuer tuer...

Les ongles acérés d'Ashton se plantèrent dans sa chaire par un réflexe gorgé de douleur. Le sang perla le long de sa cuisse et la dévala rapidement, comme courant vers sa propre perte. Il le sentit couler, encore et encore, pendant un instant, et se laissa s'apaiser, laissa la Bête se nourrir de sa propre Vie.  

Puis le choc.  

Brusque, violent. Inexplicable. Ashton se trouva propulsé contre le parapet avec une brutalité inouïe qui lui coupa le souffle. Un faible toussotement lui échappa, et il se lova contre la paroi. Il ne chercha pas à comprendre ce qu'il se passait - il ne le pouvait pas, ne le pouvait plus. Son monde, c'était lui, la Bête, la Douleur. Sa respiration soulevait péniblement sa cage thoracique, sifflant, paraissant écorcher sa gorge de l'intérieur. Rien ne semblait plus fonctionner dans le corps malade au sein duquel il s'agitait vainement. Il était seul, et seul il devait se battre. Ses mains tremblantes, l'une encore rougie de son propre sang, se posèrent sur le bois grinçant du pont alors qu'il tentait de se redresser. Le sourire de la Lune, ce soir, semblait le narguer.  

Puis l'incompréhension.

Car soudain, de tempête il n'y avait plus. Plus rien. La Seine calme, les bourrasques devenues brise, il semblait impossible d'imaginer que quelques secondes auparavant la rivière avait été prison et le ciel menace. Impossible de songer que le Chien serait réveillé par un temps si doux, impossible d'imaginer une crise de pareille violence pour... rien. Car au final, ce n'était rien.  

Et pourtant le Monstre rageait encore, se ruait et hurlait en l'honneur de la Mort qu'il voulait conquérir ce soir. L'accalmie du Temps n'avait pas suffit à apaiser l'infernal brasier qui consumait ses entrailles. Le Chien avait été réveillé, libéré de ses entraves millénaires, et nul ne pourrait désormais le maîtriser. Nul autre que lui-même. Le combat commencé quelques minutes auparavant n'aurait de cesse qu'avec le lever du jour. Jusque là, il était un danger. Un danger létal, un mortel fléau. Un fardeau qu'il ne pouvait imposer à personne.  

Chaque mouvement était une torture, chaque respiration un supplice. Se redresser le long du parapet lui en coûta plus qu'il n'eut voulu en supporter, et la douleur flouta sa vision avant même qu'il ne soit à genoux. Un grognement tourmenté s'arracha à ses lèvres scellées, et il se plia en deux sous une brusque souffrance. Ses griffes acérées éraflèrent ses côtes meurtries lorsqu'il se recroquevilla sur lui-même. Le sang dévala de nouveau sa chaire, nourrissant par son sacrifice la Bête de chaos qui désirait répandre sa couleur. L'apaisement ne dura que quelques secondes, infime instant de répit au cours duquel il se força à reprendre son souffle.  

Lorsqu'il tenta de nouveau de se redresser, il y parvint. Son corps entier tremblait de fatigue, ses membres flageolants sous un poids qui paraissait désormais bien trop lourd, et ses pas ne le menèrent qu'à s'affaler contre un mur adjacent, toussant contre lui. Il s'y accrocha, peiné, souffrant, et laissa son regard fébrile dériver sur les alentours.  

Ses yeux s'écarquillèrent devant le spectacle catastrophique qui s'offrait à lui.  

La Séquana allait couler. Nul besoin des voix paniquées qui retentissaient jusqu'à ses oreilles pour le comprendre. Un si petit bateau ne pouvait se remettre de pareille collision. De l'eau s'engouffrait déjà dans la coque, il le sentait presque. Le temps était compté. Sans aide, les passagers étaient fichus.  


Alors pourquoi résister ? Puisqu'ils allaient mourir de toute manière, il voulait que ce soit par ses
crocs.

Un spasme lui déchira le ventre, lui tirant un long grognement de douleur. Ashton ferma obstinément ses yeux pourpres et força une respiration sifflante à lui échapper. Son attention le fit de nouveau osciller sur ses pieds, lui arrachant son équilibre si bien qu'il fut contraint de s'accrocher de nouveau au mur.

Pourquoi ne pas commencer par le louveteau... Lui qui a l'âme si... claire, si...délectable...

Andréa.
Le nom, le souvenir, l'horreur. Les paupières d'Ashton s'ouvrirent aussi vite qu'elles s'étaient closes, témoins d'une terreur viscérale qui ne faisait que croître à chaque maudite seconde qui s'écoulait. Rien ne lui revenait d'autre que cette présence trop familière, trop distincte, et il ne savait pas ce qu'était devenu le neveu d'Edward. Il n'en savait rien.

Trébuchant contre le mur qui lui servait de rempart, il se rua vers l'arrière du bateau en dépit des présences qu'il sentait gravir les escaliers, en dépit de la panique qu'il sentait croître dans son coeur déjà meurtri, en dépit même de la souffrance qui lui arrachait à chaque mouvement un son peiné. Ashton dissimula ses griffes en glissant ses doigts sous son manteau, s'étreignant lui-même dans un geste plein de détresse. Chaque élan de douleur forçait ses ongles à s'enfoncer dans sa chaire, faisant un peu plus tourner la tête du canidé qui s'efforçait de se battre contre lui-même.

Le spectacle qui l'attendait là le fit lâcher prise. Ses jambes tremblantes cédèrent sous son poids et l'entraînèrent dans une chute lamentable qui le fit s'échouer sur le pont. Un nouveau spasme le déchira et l'emporta dans une violente quinte de toux. Son estomac parut se rétracter. Un haut-le-coeur secoua ses épaules. Il se plia en deux de douleur et posa son front sur le bois trempé, les yeux écarquillés d'horreur.

Andréa était tombé de bord. Il était seul, dans une eau polluée et froide, trop froide pour quiconque prétendait rester en bonne santé, seul avec seulement une bouée pour espérer l'aider. Il devait faire quelque chose. Il dev-

Tue-les. Tue-les tous.

Ashton dut se mordre la main pour retenir le cri de douleur qui menaça de retentir sur le pont. Sa vision se blanchit brusquement, et c'est de tout son long qu'il menaça de s'affaler sur le pont. Une main ensanglantée retint à grand peine son effondrement, mais il dut la retirer tout aussi vite. Ses griffes étaient tout sauf humaines. Il ne pouvait pas les montrer, il ne pouvait pas.

Les arracher à la vie et les dévorer.

Ses dents arrachèrent un peu plus de sang aux doigts qu'il tenait dans sa bouche, et il ferma les yeux. Il y avait trop de monde. Les âmes s'agglutinaient sur le pont et inondaient ses sens. Il ne sentait plus qu'elles, qu'elles et leurs vapeurs ésotériques, alléchantes, délicieuses, délicates. Chaque homme de plus rajoutait à son supplice, chaque mouvement autour de lui le piégeait plus encore.

Il avait si Faim... Ils étaient si... Délicieux...

Fuir. Il devait fuir avant de faire un carnage. Il n'avait pas le choix. Il ne pouvait aider personne. Pour Andréa, un bateau arrivait. Il sentait ses âmes, leurs âmes, agitées et prêtes à agir, tordant son estomac d'une avidité tortueuse.

Les dévorer...

Rassemblant ses dernières forces tremblantes, le jeune homme se redressa lentement et chancela jusqu'au mur auquel il s’agrippa désespérément. Son souffle se perdit contre le bois qui le soutenait, et il inscrit sa souffrance en une griffure mortelle sur le matériau. Son propre sang dégoulinait encore le long de son corps alors qu'il cherchait à s'éloigner un maximum de la foule.

Le parcourt était malaisé, le parcourt était supplice, rendu plus difficile encore par l'inclinaison croissante du bateau qui cherchait à prendre la Seine pour tombeau. Ashton s'affala contre le bord du parapet, à l'autre bout de la péniche. Personne ne viendrait de ce côté. Tous voulaient fuir, partir, sauver leur peau et s'éloigner des tourments de la Séquana. Il serait tranquille, ici.

Ici, il pourrait se battre seul.

Le contrôle lui revint à mesure que le bateau se vidait, que son sang s'écoulait sur les planches du pont destiné à mourir. Son corps s'ébranlait, rompait et se déchirait de spasmes incontrôlables qui le forçaient à rompre un peu plus sa peau à chaque minute.

Au bout de presque dix, ils n'étaient plus assez sur le bateau pour être des catalyseurs de sa monstruosité. Au bout de presque dix, griffes et crocs étaient redevenus ongles et dents. Au bout de presque dix, le Monstre avait perdu.

Ashton posa son front contre la barrière et laissa son bras retomber contre le pont. Ses paupières se fermèrent un instant, et il soupira dans un mélange de douleur et de soulagement. Le froid qui ne le quitterait désormais plus de la journée le faisait trembler faiblement, et les cicatrices qui parsemaient son flanc et ses cuisses affaiblissaient encore sa conduite.

Le bilan était bon : aucun mort, et il était certain de pouvoir marcher s'il s'en donnait les moyens. Restait à trouver la force de se redresser, s'il voulait partir en vie...

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Edward White
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Mer 25 Mai - 0:24

Andréa !

La porte de la cabine du capitaine vola sur ses gonds sous la poigne angoissée d’Edward. Son regard parcourut rapidement la pièce exiguë, mais parfaitement vide. La vue soudaine de la barre, arrachée à son socle, lui fit pourtant craindre le pire à tel point qu’il appela encore :

Andréa !

Le grincement moqueur de la Sequana fut le seul à lui répondre. Le loup pesta et cracha une flopée de jurons à faire rougir un charretier. Ce fichu rafiot n'était pourtant pas si grand ! Alors pourquoi diable n’arrivait-il pas à retrouver son neveu !

Andréa !!
Je suis là !

Sa foulée sèche et rapide s’interrompit brusquement, laissant le corps du lycanthrope en suspens. Les battements de son cœur redoublèrent d’ardeur lorsqu’il reposa avec précaution son pied au sol. Il n’osa pas avancer, pas dans l’immédiat. À l’écoute de ses sens, à l'affût du moindre son, de la moindre odeur, il détermina en une fraction de seconde la direction à prendre. Là, à droite ! Des bruits de pas ! Et toute la formidable mécanique animale se remit aussitôt en route, le jetant d’un pas vif dans la petite travée des matelots qui traversait le pont dans toute sa largeur.
Il y contorsionna sa haute et massive silhouette avec une agilité inhumaine, faisant fi de l’étroitesse du passage, se moquant de ses plafonds trop bas et de sa tuyauterie zigzaguante en autant d’obstacles. En un temps record, il s’extirpait du passage, ses bras loin devant lui, prêts à se saisir de la première personne qu’ils rencontreraient. Et ce fut Andréa.

L’étreinte fut douce. Deux bras immenses s’enroulèrent sur le grêle louveteau, pour le rapprocher du corps encore brûlant d'inquiétude de son oncle. Son souffle se perdit dans les mèches humides du garçon, notant à peine la note de fond désagréable que la Seine avait ajouté à son parfum d'habitude si boisé. Deux mains blanches et fines se glissèrent sur le dos musclé du loup blanc, troublant à peine le silence soudain par le froissement du tissu de son manteau. Même la Sequana n'osa interrompre ces retrouvailles et garda pour elle ses ultimes râles. Il devenait possible de croire que le temps s'était arrêté sur ces silhouettes, mais un murmure assura du contraire :

Tu m'étouffes…
Mais tu es trempé !

Edward s'éloigna, avisa son neveu, grimaça, puis retira son manteau et le lui tendit. Andréa venait seulement d’en enfiler une manche quand la question tomba :

Qu'est-ce qui t'est arrivé ? On dirait que tu es passé par dessus bord !

Les grands yeux noisette du louveteau croisèrent les iris interrogateurs de son oncle, pour s’en détourner aussitôt. Mal à l’aise, il s'agita, hésita un peu, puis entrouvrit ses lèvres glacées afin de s'expliquer. Il prit une grande inspiration, mais Edward l'arrêta d’un geste de la main et poursuivit d’un ton résigné :

Oublie. Je ne veux pas savoir.
Mais je…
Toute à l’heure. Pour l’instant nous devons quitter les lieux. Viens.

Le jeune loup acquiesça vivement avant de dépasser son oncle sur le pont glissant de la péniche. Edward allait lui emboîter le pas lorsqu’il constata qu’Andréa s’était arrêté. La Sequana grinça faiblement lorsqu’il posa sur lui un regard curieux, interrogeant sitôt qu’il remarqua sa mine alarmée :

Quoi ?
C’est Ashton, je…
Il doit être sur la terre ferme à l’heure qu’il est. Dépêche toi, somma le loup en saisissant le poignet de son cadet.
Mais… Même s’il a fait une crise ?

Edward s’immobilisa. Il se tourna immédiatement vers son neveu, le visage ravagé par un inquiétude féroce à laquelle se mêlait un totale incompréhension. Une crise ? Mais il ne l’avait pas senti. Comment ? Pourquoi ? Y avait-il des blessés ? Des morts ? Pourquoi, mais pourquoi ne l’avait-il pas perçue ! Le corps entier du loup transpirait d'une agitation soudaine. Ses doigts se resserrèrent sur le frêle poignet d'Andréa qui s’empressa d’ajouter :

Il n’était pas transformé ! Mais il n’avait pas l’air bien. J’ai voulu m’approcher, mais je me suis souvenu de ce que tu m’avais dit et…
Je vais le chercher. Rejoins les autres et monte dans une navette.
Quoi ?! Mais j…
Andréa !
Ah non ! Cette fois je t’accompagne !

Un instant de flottement les figea, préambule d’un nouveau rappel à l’ordre de la Sequana. Dans un grondement rauque tout le pont se mit à vibrer avec force, obligeant les deux lycanthropes à se ruer sur le bastingage. Ils s’y cramponnèrent fermement et retinrent leur souffle. Le pont s’inclina encore dans un grincement déchirant. Quelques degrés de plus et leur avancée se corserait terriblement. Il n’y avait plus une seconde à perdre.

Edward s’arracha le premier à la rambarde. Il tonna :

Ne t’éloigne pas !
O… Oui !

Les pas vifs des deux loups battirent les planches détrempées avec force, leur vitesse encore accentuée par la pente. Car sans aucune hésitation, Edward avait pris la direction de la poupe éventrée, où l’eau du fleuve s’engouffrait à la cadence d’une gargantuesque gorgée.
Il connaissait suffisamment Ashton pour savoir qu’il chercherait à s’isoler. Il le faisait toujours. Et quel meilleur endroit pour fuir la foule que d’être au plus près du danger ?

Lyn !

La silhouette courbée du jeune homme se détacha nettement au regard du loup blanc. Replié sur le garde-corps, prostré, il empestait encore cette infâme odeur de souffre. Un cadeau du chien noir pour ne pas lui avoir laissé faire sa promenade dévastatrice.

Mais il est blessé !
Ce n’est rien, il cicatrise vite. Pas vrai Lyn ? C’est bien toi qui fait toujours le malin à ce sujet, non ? Allé enfile ça.

Cette fois-ci, ce fut la veste de son costume qui quitta ses épaules pour en trouver d’autres plus minces, le laissant en bras de chemise. Le fraîcheur de la nuit le fit à peine frissonner, tandis qu’il se penchait sur le jeune homme.

Tu peux marcher ? Bien. Alors je t’arrache à ton tête à tête avec le bastingage. Passe donc ton bras s…

Cette fois-ci ce fut toute la péniche qui s’ébranla. Sa carcasse venait de riper sur le pilier mortel et, sans ce solide soutient, l’embarcation accélérait sa descente dans les profondeurs de la Seine. Edward, qui soutenait Ashton par le col de son propre manteau, se retrouva les pieds dans l’eau et il en fut vite de même pour Andréa, pourtant resté en retrait. Une course contre la montre s’imposait et il n’existait qu’une seule solution pour en sortir vainqueur.

Tu me remercieras plus tard Lyn.

D’un geste, le loup blanc le hissa sur son épaule. Le maintenant d’une main, il saisit de l’autre le bras de son neveu et s’engagea d’un pas rapide en direction du pont où les attendait l’ultime navire de secours.
La distance fut vite avalée par les jambes immenses des deux loups et ce malgré l’inclinaison grandissante du pont. Deux minutes à peine et la petite chaloupe était en vue. Aldrick, encore sur le pont les attendait de pied ferme.

Monte le premier ! Ordonna Edward à son neveu.

Il fut inutile de le lui répéter une seconde fois. Aidé par le commissaire et les passagers déjà à bord, le louveteau franchit la passerelle branlante qui le séparait du steamer. L’équilibre du morceau de bois devint précaire malgré les efforts du capitaine pour maintenir son bateau dans l’axe de la Sequana. Impossible de le franchir avec Ashton sur les épaules. Alors Edward reposa le jeune homme au sol et lâcha à l’adresse du commissaire :

Passe devant, ce serait dommage qu’il finisse à l'eau si près du but.

Il ne lui laissa pas le temps d’objecter, sifflant son prénom avec la fermeté du roi. Aldrick s’exécuta et à eux deux, ils purent mettre Ashton en sécurité. La passerelle s’ébranla encore une fois. Elle faillit déraper sur le bordage de la péniche et aurait sans nul doute déséquilibré Edward si ce dernier n’avait pas atteint la chaloupe d’un bond leste. Le sol arrondit de l’embarcation manqua de le faire trébucher, mais il se rattrapa fermement au bras du commissaire et put se redresser sans le moindre mal. Il profita de leur brève proximité pour lui murmurer un remerciement, puis s'éloigna.
À peine eut-il le temps de s’asseoir que le capitaine s’exclamait :

‘Crochez-vous ! On dégage !

Le toussotement pressé de la chaloupe ne fut pas suffisant pour masquer le dernier râle de la Sequana dont l’immersion se poursuivait. Lente, mais inévitable. Edward observa avec tristesse se noyer avec elle leur vernissage, le travail des peintres, mais aussi celui d’Opale et de tant d’autres.
Ce fut la voix douce et chaleureuse de son neveu qui l'éloigna de ces obsèques fluviales.

Vous voyez Aldrick, j’avais promis. On est revenu tous les deux ! Comme vous l’aviez demandé !

Un sourire radieux illumina son visage où gouttait encore quelques unes de ses mèches d’ébènes. Edward l’observa une seconde, prenant le temps d’assimiler ses paroles, avant de tourner vers le commissaire un visage qu’illuminait un sourire espiègle. Il se contenta pourtant de glisser d’un ton amusé :

Tous les deux hum ?

Lorsqu’ils débarquèrent au quai de Billy de nombreux curieux s’y trouvaient déjà et observaient, sans mot dire, les malheureux passagers de la Sequana. Plusieurs hommes de loi se chargeaient de les tenir à distance, tandis que les départs s’organisaient déjà. Des fiacres avaient été réquisitionnés et déjà, les lieux désemplissaient lentement.

Seules rescapées du naufrage, quatre toiles. Alignées à l’aplomb du mur longeant la rue du Trocadéro, elles portaient fièrement les couleurs de la Seine silencieuse, impitoyable.
H.R.P:
 


-----------oOo-----------oOo-----------oOo-----------



Le chant des sirènes



Qu'importe le moyen que vous avez trouvé, vous êtes à présent à l'abri.

De là où vous êtes, vous pouvez voir la Séquana où vous vous trouviez il y a si peu de temps encore. Elle est avalée par la Seine et disparait peu à peu. Vous le savez, vous auriez pu être emporté avec elle.

Contez nous comment vous vivez la fin de cette soirée mouvementée. Quelle sont vos sentiments en voyant la proue agonisante de la péniche s'éxtraire encore de l'eau ? Que ferez vous du reste de votre soirée après de telle émotions ?

Il est temps pour vous de cloturer cet évènement avec un ultime récit.








Cette manche est facultative. Nous vous laissons là l'occasion de cloturer votre aventure et de relater les derniers évènement que vous n'avez peut-être pas eu le temps de traiter jusqu'alors.

Vous posterez autant de fois que vous le voulez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au lundi 30 mai (au soir) pour participer à la sixième et dernière partie o/


Vous pouvez toujours nous joindre par MP pour la moindre question ! Nous répondrons au plus vite, comme d'habitude ~

Pour ceux n'ayant pas pu poster à la manche précédente, vous pouvez évidemment, participer à celle-ci ! À vous d'adapter vos postes pour coller aux évènements.

Merci à tous les participants ! On espère que l'aventure à bord de la Sequana vous a plu !
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Dim 29 Mai - 19:16

La grande main d'Aldrick avait quitté les mèches brunes d’Andréa -qu'il s'évertuait à ébouriffer- pour venir se plaquer sur le visage d'Edward, détournant le regard, il grommela en guise d'avertissement :

- Ôte tout de suite cet air joyeux de ton visage ! Ce n'est pas du tout ce que tu crois !

Il croisa les bras sur son torse, lui tournant à demi le dos, en déclarant :

- Il était simplement hors de question qu'Andréa meurt là-bas et comme il aurait voulu rester avec toi quoiqu'il arrive...

Le loup se tût, ses oreilles lui chauffaient mais sa fierté suffisait pour qu'il ne concède rien de ce qu'imaginaient ses homologues.

Un soupir lui échappa tandis que ses iris d'or coulaient sur Lyn. Adossé à l’un des mâts, un étudiant en médecine s'occupait de lui en silence.

- Il est sacrément mal en point.
- Qu'est-ce qui lui ait arrivé ? S'enquit un matelot curieux, en ramenant des bandages supplémentaires.
- Aucune idée, il devait être proche du lieu de l'impact. Suggéra Aldrick après un temps en voyant que personne ne semblait vouloir s'étendre sur le sujet.
- Avec des blessures pareilles ? On dirait plutôt qu'il a croisé une bête sauvage ou qu'il revient de l'enfer !

Les regards qu'échangèrent Andréa et Edward laissèrent entendre au commissaire que le garçon n'était peut-être pas si loin de la vérité après tout, pourtant il se contenta de hausser les épaules et de reprendre :

- S'il s'en souvient au réveil, peut-être qu'il nous éclairera sur ce point ?

Le moussaillon opina, et après un remerciement du médecin, retourna à ses tâches. Le loup hésita, et finit par questionner ses comparses plus bas :

- Que s'est-il passé ? "Un des nôtres" l'a attaqué ?

Toute son attention se porta sur la réponse qui suivit. Hélas, ils n'eurent guère le temps d'échanger de trop que déjà ils arrivaient au quai de Billy. Une partie des passagers y était encore présente, attendant que se libère un des nombreux cabs qui avaient été pris d'assaut dans la soirée.

Jean, sur le qui-vive, les attendait :

- Aldrick ! Tout le monde va bien ? Vous êtes tous montés ?

Une inquiétude rare agitait le gendarme, tant et si bien qu'il ne comprit pas pourquoi son supérieur semblait si surpris. Le concerné ne s'était -pour sa part- pas franchement attendu à ce qu'il l'appelle par son prénom. Mais Jean était bien trop affolé pour le remarquer, et poursuivit sans respirer :

- Combien êtes-vous ? J'ai compté tous les passagers, d'après mes estimations, vous devriez être moins de dix, est-ce le cas ?

Le lycanthrope acquiesça, soulagé de savoir que tous ses amis étaient bels et bien parvenus jusqu'à la terre ferme. Ses iris d'or coulèrent vers la foule cherchant à y distinguer des silhouettes familières, mais déjà, son collègue reprenait sur le même ton :

- Dieu soit loué ! Il n'y a donc aucune perte à déplorer autre que le matériel ! Malheureusement la plupart des passagers n'ont pas voulu rester, difficile de leur en vouloir compte tenu des circonstances… Mais j'ai insisté pour que chacun voit un médecin avant de partir, et ça s'est fait. Il y a eu peu de blessés heureusement, quelques hématomes tout au plus.
- Jean.
- Ça ne les empêchera pas de râler dès demain et de contacter la presse mais au moins... Tout le monde pourra rentrer entier ce soir. J'aurais voulu les interroger mais je doute que quiconque ait vu quoique ce soit (soupir). Même le discours des membres d'équipages était tout à fait incohérent ! J'ai d'abord cru à un problème technique mais ils prétendent tous que les machines semblaient ne pas avoir de problème en particulier ! C'est à n'y rien comprendre ! Assurément l'un d'eux ment ! Ou tous peut-être mais je n'ai pas eu l'impression que c’était le cas pourtant.
- Jean.
- Oh rassurez-vous j'ai pris les adresses de tout le monde ! Je pense qu'on pourra mobiliser des unités dès demain pour tirer tout ça au clair. J'ai voulu interroger le capitaine également mais il est toujours dans les vapes, je ne sais pas ce qu'il a mais il était tout rouge en débarquant...
- JEAN !

Un silence se coucha entre eux, pareil à une chape de plomb, avant que le commissaire n'adresse un regard noir à un journaliste à peine dissimulé non loin, qui notait frénétiquement tout ce dont il se souvenait. Quand il remarqua qu'il était le centre d'attention, il poussa un cri de surprise et s'en fut avec un sourire maladroit sans demander son reste.

- Pff ! Quel vautour celui-là ! Pesta-t-il avant de reporter ses iris d’or sur son collègue.

Ce dernier s'excusa aussitôt, certain d'avoir fait l'une des pires boulettes de l'histoire, et ferma les yeux en priant pour que les remontrances ne s'éternisent pas, mais, contre toute attente Aldrick lui adressa un regard serein, malgré le rouge qui colorait légèrement ses joues.

- On verra tout ça plus tard, d'accord ? Lyn a besoin de repos. Comme nous tous.

Un sourire doux étira ses traits brièvement avant qu'il ne hausse les sourcils pour qu'il comprenne bien qu'il le comptait dans ceux-là. Le loup questionna ensuite :

- Pourriez-vous leur trouver un cab, s'il vous plait ?

Il attendit que l'agent s'éloigne avant de l'interpeller à nouveau :

- Hey Jean ! C'est du bon boulot !

L'officier parut surpris, un peu mal à l'aise, mais acquiesça et disparut finalement vers la foule, alors que le loup questionnait les deux autres :

- Ça va aller pour vous ? Je peux vous laisser raccompagner Ashton exceptionnellement ?

D'un geste de la tête, il désigna le canidé qui paraissait encore inconscient.

- J'enverrais bien Jean avec lui mais...

Il grimaça, assurément il n'était pas utile qu'un humain -et de surcroit un de ses collègues- soit mêlé à leurs histoires pour l'heure.

- ... Vu que les protestations ne vont pas tarder à pleuvoir, j'imagine que je suis loin d'être couché.

Le brun se massa la nuque et déclara en pensant à voix haute :

- Ça promet, il va falloir que je regarde pour... Tout ça. Quel foutoir !

Semblant se reprendre, il ne put tout de même retenir un soupir, avant de glisser :

- Enfin, au moins c'est sûr : Opale n'aura pas menti en disant que cette soirée serait inoubliable...

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Dolores Keller
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Lun 30 Mai - 19:03

- Et alors là BAOOOUM ! Le bateau il a tourné et tournééé et nous dedans on criait Aaaaaaaaaaaah ! Et les autres faisaient Iiiiiiiiiiih ! Et ça tournait encoooore et encoooore ! Et puis alors PLAOUF des vagues ! Plein de vagues ! Fshooou fshoooou ! Comme ça ! Et puis tout le monde a couru dehors et on s'est bousculé comme des brutes ! Mais moi j'ai tenu bon ! Parce que personne ne met Pipistrella à terre ! À ça non ! Et alors dehors y avait la tempêêête et puis BRRAAOUM une explosion et des gens on crié encore Noooooooooon ! Et ensuite Tadaaaam le super bateau est arrivé, attiré par mes allumettes magiques arc-en-ciel ! Et alors avec Célestine on a bougé nos popotins comme ça hop hop hop ! Et le bateau il faisait bziiooooum ! Et puis alors SPROULALA ! Et voilàààà !
- … Je vois. Merci ! Je crois…

La journaliste, les yeux ronds, resta immobile quelques secondes, son carnet de notes à la main, puis fit volte-face et partit interroger un autre passager du bateau, certainement plus capable que Mimi de raconter ce qu'il s'était passé. La danseuse, les étoiles plein les yeux, rejoignit Dolores qui s'était mise à l'écart avec Adam, Manfred posé sur sa tête.

- Je vais devenir une staaaar ! Ma photo sera en première page du journal de demain ! Mimi, la grande rescapée magique !
- M-Magique ?
- Bah oui, c'est toujours mieux quand c'est magique ! Par exemple une poutre, c'est nul, mais une poutre magique, c'est super chouette !
- Mais u-une poutre m-magique ça ne sert à rien…
- Bah si, si elle est dans une maison magique !
- Adam, vous tenez vraiment à parler à ce sujet ?

L'assistant soupira et baissa la tête, tandis que Mimi tournoyait sur elle-même les bras écartés en rigolant bêtement. À croire que tous ces évènements l'avaient plus excitée qu'autre chose. La doctoresse, elle, resta silencieuse et contempla les restes de l'épave, illuminés faiblement par les lampadaires du pont, et sur le point d'être complètement avalés par la Seine. Si beaucoup gardaient en mémoire l'accident du bateau, Dolores, elle, ne pouvait s'empêcher de revoir le grand tableau de l'exposition. Cette peinture recelait un secret qui ne sera jamais dévoilé, un secret qui, après tout, demeurait bien mieux au fond du fleuve qu'entre les mains des habitants de Paris. Plusieurs passagers de la Sequana étaient des humains, et leurs croyances qui jusque là protègent les légendaires peuvent rapidement être ébranlées face à des évènements de la sorte. Si jamais cette toile n'avait pas coulé, qui sait ce que les conséquences auraient pu être si des humains avaient pu mettre la main dessus.

- Dolly Dolly à quoi tu penses ?
- Hm ? Non rien. Tiens ? Où est Adam ?
- Hihi la journaliste lui a demandé si elle pouvait l'interviewer, du coup il est là-bas et il essaye de parler !

En effet le pauvre infirmier peinait à articuler la moindre phrase face à la journaliste presque tout aussi timide que lui, qui acquiesçait machinalement à chacune des syllabes prononcée par son témoin, comme pour l'aider dans sa diction. Une silhouette rondouillarde s'approcha alors de Dolores et Mimi, une silhouette qu'elles reconnurent rapidement car elle était accompagnée d'un discret grignotage bien caractéristique.

- Excusez-moi, je m'apprêtais à rentrer chez moi mais je tenais à vous remercier avant.
- Nous remercier pour ?
- Et bien si vous ne m'aviez pas trouvée avec petit Manfred qui sait ce qui me serait arrivée… Et sur le pont, Mademoiselle Mimi vous ne m'avez pas quittée non plus. Sauf à ce moment où vous avez condamné ce petit garçon à la noyade, mais il va bien je crois…
- Il ne faut pas vous en faire Célestine, je n'allais pas vous laisser là de toute manière.
- Et puis maintenant vous êtes trop forte en popotinage !

La petite dame se gratta la joue, gênée, puis s'inclina une dernière fois avant de s'éloigner. Dolores l'arrêta puis lui glissa la carte de son cabinet avant de la laisser s'éloigner rejoindre son fiacre. Il faut croire qu'elle s'attachait aux gens un peu trop vite…

- Nous aussi nous devrions rentrer, je crois que nous n'avons plus rien à faire ici.
- Oui ! Et puis je veux voir ma photo sur le journal de demain !
- Tout va bien Adam ?
- J-Je ne suis v-vraiment pas f-f-fait pour ça… Haaa…
- Bien, rentrons. Adam vous dormez au cabinet ce soir je suppose ? Louise doit s'impatienter, et je ne parle pas d'Ilana.

Adam se gratta la tête, gêné, puis emboîta le pas de sa patronne qui fit un signe de la main à Andréa et Edward (imitée par Mimi), qui eux n'étaient pas encore partis. Le petit groupe fit appel à un des fiacres réquisitionnés pour ramener les passagers du bateau chez eux et s'y installa avant de s'éloigner de l'endroit où la Sequana avait vécu ses dernières heures.

***

Oooh, elle avait vraiment eu de la chance de se trouver dans le coin lorsque le bateau a percuté le pont, mais d'habitude elle ne faisait pas les interview ! Non non, c'était monsieur Lanchois qui posait les questions, pas elle ! Mais il n'était pas là, ce monsieur Lanchois, et c'était son devoir à elle de journaliste de prendre les devants et d'interviewer les passagers du bateau afin de recueillir les meilleurs témoignages ! Ma petite Rose-Lise, encore un petit effort ! Avec le témoignage de ce garçon à lunettes et de cette drôle de dame, il ne lui en manquait plus qu'un pour avoir suffisamment d'informations ! Ah, ce jeune homme là, il a l'air de s'ennuyer pendant que ce grand monsieur à côté parle sans arrêt ! Oui ! C'est l'occasion ou jamais ! En avant Rose-Lise ! Interroge-le !

- Euh-Euhm… Excusez-moi ? Je travaille pour la gazette Le Petit Bouton et je souhaiterais savoir si, euhm, vous seriez partant pour répondre à mes questions ? Vous êtes vraiment mouillés ! Oh ! Serait-il possible que vous soyez le jeune garçon dont ma parlé cette dame, celui qui est tombé à l'eau ? Comment cela s'est-il passé ? Quelqu'un vous a poussé ? Ah ! Je n'ai même pas attendu votre réponse pour vous poser mes questions ! Toutes mes excuses, je suis un peu maladroite… Mon carnet, où est mon carnet…

Surtout n'abandonne pas petite Rose-Lise !

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Andréa Eyssard
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Lun 30 Mai - 23:59

Ce fut dans une mélodieuse sonate de serpillière détrempée que les pas frigorifiés d'Andréa débarquèrent sur le quai de Billy. Toujours trempé, seuls ses mèches d'ébènes s'étaient décidées à sécher, comme pressées de se figer dans le désordre où les avait laissées la main solide d'Aldrick. On aurait pu l'accrocher ainsi au milieu d'un champs de maïs qu'il aurait surclassé tous les épouvantails à des kilomètres à la ronde ! Il n'y avait qu'à voir son manteau trop large pour ses épaules, son pantalon dégoulinant sur ses chaussures aux lacets partiellement défaits et sa tête joyeusement décoiffée pour s'en convaincre.
Il ajouta au tableau un adorable éternuent, auquel répondit un chien massif dont le propriétaire se débattait avec sa laisse. S'essuyant le nez d'un revers de main, il jeta un coup d'œil à l'animal dont l'attention était pleinement mobilisée par un jeune homme un peu plus loin.
Le louveteau s'interrogea sur de possibles rapts de petits fours à la viande dont le parfum aurait alerté le flaire aiguisé de la boule de poil, avant qu'une brusque envie de caresser la bête ne lui chatouille les doigts. Il voulut demander son aval à son oncle, mais celui-ci était occupé à apporter quelques éclaircissements à Aldrick et ce fut, bien sûr, pour ne pas le déranger qu'il entreprit de s'éloigner sans un mot.

Il n'eut toutefois pas le temps de faire plus de quelques mètres qu'il se trouva nez-à-nez avec une petite demoiselle blonde comme les blés et dont les doigts délicats agitaient sans cesse une plume sujette aux fuites. Sans s'en rendre compte elle parsema le quai de multiples gouttelettes tout en enchaînant les questions.
Le louveteau voulut répondre à la première, mais il bégaya. Il inspira profondément pour se montrer plus prolixe à la seconde, mais cette fois-ci il ne fut pas assez rapide. La troisième demande connut le même sort et même les suivantes, avant qu'enfin :

Mon carnet, où est mon carnet…
Je crois qu'il est dans votre main gauche, avoua timidement le jeune homme.
Oh ? Oh oui pardon. Je suis un peu nerveuse aussi. Alors vous disiez ? Ah ! Pardon j'ai posé mes questions trop vite. Je vais les noter, comme ça je ne… Zut !

En voulant tourner sa page, le petit carnet s'était échappé des mains de la gentille journaliste. Tombé au sol, Andréa et elle se penchèrent simultanément pour le ramasser, la collision fut inévitable. Paf ! Dans une exclamation douloureuse commune, l'un porta ses mains à son front, l'autre à l'arrière de sa tête. Bien évidemment l'embarras les saisit aussitôt, ils s'excusèrent d'une même voix pour faire chacun un pas vers l'interlocuteur blessé. Bim ! La demoiselle se frotta le nez, Andréa le menton. À nouveau un flot d'excuses, des joues rougies, puis un même emportement pour ramasser de nouveau le carnet. Bam ! Pof.

Assis par terre, tous deux un peu sonnés par l'ardeur qu'ils avaient mis dans leur mouvement, Andréa et la gentille Rose-Lise s'accordèrent une minute pour retrouver leurs esprits. Dans ce choc de maladresse, tous deux écopèrent d'une belle bosse et de quelques larmes perlant sous la douleur. À nouveau, ce fut dans un geste similaire qu'ils tendirent les mains vers le cahier, pour s'arrêter en même temps. Le louveteau renonça le premier et se releva doucement afin de proposer son aide à la jeune femme. Celle-ci ramassa ses notes, le remercia et se laissa remettre sur pied. Une seconde plus tard et c'était son crayon qu'elle cherchait. Heureusement, elle le retrouva, manqua d'en perdre le bouchon, se tâcha les doigts, mais put enfin poser un premier mot sur le papier. Elle le fit avec beaucoup d'application, tirant légèrement la langue avant de reprendre en observant le jeune homme :

Alors vous êtes tombé dans l'eau ? Ce devait être mouillé ! Ah froid ! Pardon je voulais dire froid. Même si vous êtes aussi mouillé.
Et bien c'était… Commença le louveteau sans savoir à quelle question il était censé répondre.
Froid ? Très froid ? Vous n'avez pas eu trop peur ?
Si un peu. Surtout quand je suis passé par dessus bord. Heureusement que je sais nager.
Oh ! Vous savez nager ? Où est-ce que vous avez appris ? Ce n'est pas très courant à Paris. Mais vous n'êtes peut-être pas d'ici ? Ah ! Je m'éloigne du sujet…

Elle porta son crayon à ses lèvres dans une moue charmante, mais propice à une intense réflexion. Andréa n'osa pas l'interrompre, tout concentré qu'il était à préparer ses réponses. Finalement, leur petite conversation reprit et développa autour d'eux une atmosphère d'un autre temps. Lui grand épouvantail détrempé, tirant nerveusement les manches trop longues d'un manteau qui avalait sa silhouette, elle petite poupée blonde dont les belles lettres rondes se tâchaient sous la maladresse de ses mouvements graciles et gauches.

Merci beaucoup ! Acheva enfin la petite journaliste dans un majestueux point final où se glissa une goutte importune.
Je vous en prie, répondit tranquillement le louveteau dans un charmant sourire.
Andréa ! Viens on rentre !

Un même sursaut les surprit. Ils tournèrent tous deux la tête en direction d'Edward, mais ce fut Andréa qui bougea le premier. S'éloignant de quelques pas en saluant la jeune femme, il glissa ses mains encore froides dans les poches du grand manteau et s'arrêta aussitôt. Son regard noisette trouva les épaules rassurantes de son oncle qu'Opale venait de rejoindre. Après une brève hésitation, le garçon revint sur ses pas pour confier à Rose-Lise un petit présent, découvert par hasard dans l'habit du loup blanc :

Pour vos notes.

Un dernier sourire, puis il accéléra le pas et rejoignit le cab qui devait les conduire au cabaret. Ashton et Opale étaient déjà à bord.

Où tu étais ?
Avec le Petit bouton.

Edward arqua un sourcil, mais n'insista pas. Sa grande main se glissa dans le dos de son neveu pour le frictionner avec force et lui apporter un peu de chaleur avant qu'il ne se hisse dans le couper. Il ne tarda pas à le rejoindre et jeta un dernier coup d'œil à une demoiselle aux cheveux blonds et au front marqué d'une bosse. Dans sa menotte maladroite, un crayon de bois.

Bravo Rose-Lise ! Il ne te reste plus qu'à rédiger ton article !

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La foule [PNJ]
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   Mer 1 Juin - 23:05

Le pas pressé d’un homme claquait sur le sol humide du quai de Bercy, large travée fourmillante longeant la Seine. La nuit approchait et n'importe quel parisien censé aurait évité d’errer seul dans pareil endroit à une heure aussi tardive, à moins d'avoir une ou deux affaires discutables à y régler. Mais peut-être était-ce le cas de cet inconnu, car le nez en l'air, il était visiblement à l'affût de quelque chose.

Le numéro 26.

Le voilà, il était arrivé. Incapable de retenir un sourire, ce fut d'un geste hâtif qu'il enfourna ses mains dans ses poches avant de tourner les talons. Sa foulée se fit plus chantante, presque guillerette au regard de la bouche noire et menaçante du dock vers lequel il se dirigeait.
Il en passa le seuil sans même une hésitation et s'avança dans le hangar avec détermination. Une minute lui suffit pour accoutumer ses yeux à l'obscurité partielle des lieux et une seconde, pour repérer l'objet de sa visite. Il ne lui restait que quelques mètres à faire et il toucherait au but, mais une voix tonna dans son dos :

Hé ! Vous là ! Qu'est-ce que vous venez faire là !?

***

Le soleil avait depuis longtemps dépassé le zénith lorsque la proue de la Sequana fut enfin arrachée aux eaux voraces de la Seine. La voix forte d’un habile ingénieur dépêché sur place spécialement pour ce travail aussi incongru que colossal, tonna des encouragements à ses hommes, mais tous furent couverts par l'exclamation surprise de la foule amassée là. De nombreux de curieux s’étaient pressés sur les quais et sur le pont d’Iena pour assister à l'étonnant spectacle.
L'un deux, plus fasciné encore que les autres, s'était dangereusement étalé sur le parapet du pont. De sa main gauche, il maintenait son haut de forme usé sur sa tête brune, quand la droite l’ancrait au garde-corps de pierre. Le regard pétillant, il ne put retenir une exclamation :

Digne de Vénus naissant de l'écume de l’eau !

C'était avec l'excitation de la jeunesse que Jules Chevalier scrutait la manœuvre qui se déroulait en contrebas. Rescapé du naufrage, le jeune antiquaire était accouru dès qu’il avait eut vent du repêchage de la Sequana, qui gênait au transport depuis presque deux jours.

L'accident avait fait grand bruit dans la presse, bien qu'aucune victime ne soit à déplorer. De nombreux quotidiens avaient relayé le naufrage, les plus chanceux ayant même réussi à photographier l'embarcation avant qu'elle ne coule à pic. Des colonnes entières furent dédiées aux questions de sécurité maritime et fluviale, d'autres aux conséquences économiques et certaines, un peu plus originales, à l'héroïsme d'un hardi marin.
Jules les avait toutes parcourues, sans exception. Il les avait lues et relues, à en user le papier. Assurément aucun mot ne lui avait échappé et pourtant. Ce fut à peine s'il y fut mentionné le tableau. Une phrase peut-être, tout au plus. Même le Dandy n’avait fait que survoler l’information. Tout pour le sensationnel !

Comme il en avait été frustré. Une péniche échouée au beau milieu de la Seine, la belle affaire ! Une peccadille comparée à la toile vivante que ce désastre avait engloutie. Et c'était pour voir ce mal réparé qu'il s'était présenté si promptement à l'aplomb de l'embarcation submergée. Il brûlait du désir de savoir.

Il n'allait pas être déçu.

Patient, Jules dut l'être, car le renflouage de la péniche fut aussi long que fastidieux. Les heures s'écoulèrent et avec elles remontaient à la surface parfois quelques centimètres seulement du navire. Il était seize heures passées lorsque, par une ultime épreuve de force entre la Séquana et la machinerie complexe de l'ingénieur, le navire fut fixé sur un massif remorqueur qui devait la conduire au sec. L'instant de vérité approchait. La péniche n’avait plus qu'à parcourir les quelques mètres qui la séparait du port des Cygnes.

Comment ? Mais pourquoi ne s'arrête-t-elle pas ? S’enquit tout haut l’antiquaire d’un ton effaré.
C'est parce qu'ils l'emmènent aux entrepôts de Bercy pour la retaper, répondit un passant à l'oreille indiscrète.
B… Bercy ? Mais c'est à l'autre bout de la ville !
En cab vous y serez peut-être avant elle.
Alors il me faut un cab !

***

Pardonnez moi ! Je suis venu voir la Séquana.

Un silence, puis un raclement de gorge profond et gras que suivit le net sifflement d'un cracha. Jules réajusta seulement son chapeau, maîtrisant au mieux l'impatience curieuse qui l’avait gagné tandis qu'il jetait des œillades insistantes à la péniche stationnée à une vingtaine de mètres à peine. Une question lui brûlait les lèvres : l'avaient-ils vue ?

Pourquoi faire ?
Et bien…
Écoutez on a du travail alors si c'est juste pour voir une épave, y en a plein les autres entrepôts.
Non non ! Je… Commença Jules, soucieux à l'idée que l'on puisse le mettre à la porte. En réalité j'étais à bord du navire lorsqu'il a coulé. Et j'ai perdu euhm… Mon chevalet !
Votre ?
Je suis l'un des peintres qui exposait. Je voulais savoir si vous aviez ramassé un chevalet. Ils sont assez onéreux et je pensais qu'en faisant sécher celui-ci…
Y a qu'un artiste pour avoir des idées aussi farfelues. V'nez je vais vous montrer où on a entassé tout ce qui s'y trouvait. Mais j'saurais pas dire si votre truc y était.

Le visage du jeune homme s’illumina, arrachant un haussement d'épaule las à son interlocuteur. De sa main large et calleuse, il invita Jules à le suivre parmi les tréteaux, pièces détachées et autres outils inconnus. Ils passèrent devant la Sequana, vers laquelle Jules leva un regard intéressé. Impossible pour lui de contenir un frisson lorsqu’en bifurquant près de la proue, il découvrit le large trou de la coque. Lui qui ne savait pas nager se sentit soudain bien chanceux.

Voilà tout est là. Prenez c’que vous voulez.

Jules tourna la tête. Il observa une seconde son guide s’éloigner et reporta son attention sur le tas d’encombrants indiqué. Ni une ni deux il s’avança, fouina, fouilla et s’accroupit dès qu’il repéra le coin abîmé d’une toile. Son excitation grimpa en flèche.
D’un geste chirurgical, il l'ôta des débris, mais sa déception fut grande lorsqu’il comprit qu’il ne s’agissait que d’une peinture ordinaire. Il la déposa sur le côté et chercha à nouveau, mais déjà quelque chose semblait clocher. Il retira un manteau, probablement laissé là par un marin, dégagea une planche ou deux, puis interrogea l’homme toujours en vue :

Vous n’avez pas sorti une toile ?
Si plusieurs. ‘Sont toutes à vos pieds.
Je veux dire une grande. Beaucoup plus que celles-ci.
Ça m’dit rien. Mais tout est là j’vous dis.
Mais c’est impossible. Il y avait une œuvre beaucoup plus imposante. Presque trois fois ce cadre !
Écoutez y avait rien d’autre à bord que c’que vous avez aux pieds. Puis si c’était aussi grand que vous le dîtes, j’vois pas qui aurait pu partir avec !

Les lèvres entrouvertes, Jules ne trouva rien à répondre. Puis la colère le saisit et il se jeta à corps perdu dans l’inspection minutieuse de chaque objet. Il cherchait une toile déchirée, le reste d’un cadre, n’importe quoi ! Il n’avait tout de même pas rêvé !

Alors sa main agrippa un drap déchiré. Il l’ôta du sol humide pour le jeter avec le reste, mais figea brutalement son geste. Le tissu était lourd et encore trempé, mais malgré l’eau qui imbibait ses fibres sa teinte restait la même. Cette couleur, ce jaune, il l’avait déjà vu. C’était elle qui couvrait l’œuvre avant que ne sonne vingt-deux heures. Et pourtant pas de toile.
Quelqu’un l’avait forcément prise. Et si ce n’était pas à son arrivée à Bercy, cela ne pouvait-être que lorsque la péniche somnolait au fond du fleuve. Son cœur s’accéléra.

Ainsi c’était eux.




Ainsi s'achève la première scène de notre intrigue !

Un grand merci à tous pour votre participation ! On espère que l'aventure vous a plu et que nous pourrons encore compter sur vous au prochain évent ~

N'hésitez pas à laisser vos impressions ou commentaires dans le flood o/
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau   

 

Intrigue : Acte I Scène I | Peinture à l'eau

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