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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 On n'y verra que du feu !

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Layth Aeterna
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MessageSujet: On n'y verra que du feu !    Dim 11 Déc - 4:30

Qui avait eu cette idée de génie Layth l’ignorait, mais il allait la lui faire payer. Lenny jouait un nouveau morceau depuis bientôt une semaine, un véritable envoûtement, une semaine quasi complète de plénitude. Layth ne s’était pas plaint depuis plusieurs jours et hier quelqu’un avait juré l’avoir vu sourire à un client. Bien sûr, personne n’avait pris la peine de le relever, de peur de briser le charme. Jusqu’à ce que Morgan se fasse une entorse plus tôt dans la soirée. Oui, à bien y réfléchir, tout était de la faute de Morgan. Sans lui, on ne n'en serait pas là, à demander une faveur à un djinn dans l’arrière scène du cabaret. À lui demander, à lui, de faire une entorse à sa semaine complète de fidèle dévotion envers son maître. Lorsqu’il en fit la remarque, le débat reprit derrière le rideau.

-Je savais qu’il nous rendrait la tâche difficile.
-C’était une mauvaise idée.
-Il est le seul qui puisse le faire !
-On trouvera bien une autre solution.
-Quelqu’un a vu Frédéric ?


Les bras croisés, Layth se renfrogna sous les éclats de voix. On se demandait si la cheville de Morgan était si mal en point, s’il ne pouvait pas sauter rien qu’un peu. De toute façon, Layth connaissait-il le numéro des jumeaux ? Y avait-il seulement déjà porté attention ? Qui assurerait le service des tables le temps qu’on l’envoie sur scène ? Voulait-on vraiment prendre un tel risque ? Et ne pouvait-on pas déplacer le numéro de Lenny après celui des jumeaux ? Quinze bonnes minutes s’écoulèrent dans un méandre de questions dont la plupart demeuraient sans réponse. On avait beau réfléchir, remplacer Morgan n’était réalisable que si Layth acceptait. Il fallait risquer le tout pour le tout si on ne voulait pas annuler le numéro. Personne d’autre ne pouvait offrir de doublure crédible capable d’exécuter les acrobaties de Lenoir sans se casser un membre. Pas en si peu de temps. Soudain, quelqu’un eut une idée.

-Tu écouteras Lennox sur scène !

Tout le monde se tut alors que Layth montrait un premier signe d’intérêt. Fier de son effet, l’autre développa.

-Si tu dis oui, nous t'y autoriserons. Nous avons besoin de te costumer et de te maquiller avant que tu ailles sur scène. Si tu te tiens tranquille et que tu nous laisses faire, tu pourras voir le numéro de Lennox du côté de la scène. Et pas de coup fourré, c'est sérieux, on a besoin de toi.

Intéressant. Il n’avait jamais vu les numéros de Lenny que du point de vue de l’assistance. Là il l’entendrait mieux, il serait plus près et sans personne pour l’interrompre en lui demandant un verre ou une serviette. Il serait aux premières loges. Sa décision prise il sourit, exagérément ravi. L'entente conclue, on s’organisa avec l’autre serveur en poste ce soir, mettant le barman à contribution le temps du numéro, et envoya Layth se transformer derrière un paravent. Chacun avait trop à faire pour rester pour la métamorphose alors soit, le djinn disparut avec ses habits sous le bras et en ressortit un instant plus tard avec un physique à s’y méprendre à celui de Morgan. Même les yeux adoptaient leur teinte bleutée et si différente du brun noisette de son frère. De quoi donner envie d’aller vérifier que le véritable Morgan se trouvait toujours bel et bien au lit avec sa blessure. C’était une chose de voir le djinn prendre l’apparence d’un étranger, et encore il ne changeait que rarement son physique de manière si complète, mais un clone de Morgan ne rendait pas tout le monde très à l’aise. Derrière deux trois regards, on lisait des interrogations silencieuses et similaires. Si l’envie lui prenait, le djinn pouvait-il vraiment se faire passer pour n’importe qui ? Même son sourire moqueur avait disparu au profit d’une expression beaucoup plus… ingénue. Venant de Layth, ou plutôt sachant qu'il s'agissait de Layth, l'image était troublante. Sans plus attendre, on chassa djinn chez les costumiers.

Le côté joueur et émotif de Morgan jouait en faveur de son usurpateur. Sur ce point-là ils se ressemblaient bien, tous les deux. Quant à l'éternelle insécurité de l’acrobate, elle lui servirait durant le spectacle. S'il devait lui-même avoir des hésitations elles paraîtraient parfaitement normales, car s’il connaissait bien la routine des jumeaux, l’exécuter demandait plus qu'un sens de l'observation. Heureusement pour tout le monde, le djinn était agile. Plus heureusement encore, et à l’inverse d’un humain ou de plusieurs créatures, il ne risquait pas grand-chose à enchaîner les pirouettes, du moment qu’on ne l’obligeait pas à flirter avec l’argent. Son seul vrai problème résidait dans la jovialité du jeune homme. Morgan s’extasiait toujours de tout, comme s’il avait vécu toute sa vie entre quatre murs. Layth allait donc devoir porter une attention toute particulière à la bonne expression à afficher. Debout devant la glace, il en essaya quelques-unes sous les conseils avisés du costumier.

-Montre un peu moins les dents.
-Comme ça ?
-Essaie d’ouvrir les yeux un peu plus grand. Là, c’est bien.
-J’ai l’air idiot…


« Pas plus que d’habitude », ravala le costumier en dissimulant son sourire derrière la manche colorée qu’il ajusta parfaitement à la taille de ce nouveau Morgan fait sur mesure. Layth passa ensuite en vitesse au maquillage avant de filer se cacher sur le côté de la scène où les regards inquiets mais déterminés des autres employés passèrent sur lui. Dissimulé dans l’ombre, Layth se montra d’une écoute sans pareille tout au long du numéro musical de Lenny, à tel point qu’on lui trouva une ressemblance encore plus frappante avec Morgan. Restait plus qu’à espérer que l’émerveillement dure jusqu’à sa propre performance.

-Bon sang, mais personne ne sait où est Frédéric ?

Une maquilleuse perdait son calme. Visiblement, le cracheur de feu manquait à l’appel et le rideau venait de tomber sur la fin du numéro de Lenny. Retournant à l'arrière scène, Layth se demanda où pouvait bien se trouver sa moitié d'un soir et décida de s’essayer à quelques acrobaties – qui lui réussirent plutôt bien – en attendant. Quant à l'accent, Morgan parlait comme un gamin des rues – sans doute en était-il un – et Layth le gérait plutôt bien. Il traînait si souvent dans les rues de Paris que la langue lui était vite devenue familière. Il saurait se débrouiller.

Dix minutes avant le début du numéro, Frédéric se montra enfin. La maquilleuse se précipita vers lui, soulagée de son arrivée. On cherchait Frédéric depuis le début de la soirée et à peine rentré qu’on s’activait à le préparer pour aller sur scène, mais dans l’empressement on semblait oublier – délibérément ou non – de le mettre au courant de la situation. Voulait-on éviter de causer la panique avant le numéro suffisamment compromis pour ce soir ? L’arrière scène bourdonnait de toute part, et Layth devint songeur. Le remplacement de Morgan trouvé, tout le monde s’en était retourné à son poste avec le sentiment – au moins partiel – du devoir accompli. Le spectacle pouvait continuer et il le ferait dans trois, deux, un… Musique !

Offrant son sourire le plus réjoui à Frédéric, Layth fila sur scène en un bond aérien, accompagné de quelques notes légères. Atterrissant devant un miroir sur pied il fit la rencontre de son reflet, penchant d'abord la tête d’un côté, levant la main de l’autre, ensuite une jambe en l'air et hop, saut arrière. Sa réflexion suivit le mouvement alors que plaquant ses mains sur sa bouche, Layth mima l'étonnement. Rapidement il abaissa les mains, secoua la tête et envoya un drap couvrir le miroir, moment pendant lequel Frédéric devait s’y faufiler.

-Ha ! C’reflet,
Une vraie plaie !
J’vous le dis,
On est pas amis !
Toujours à m'imiter,
Aucune personnalité !


Devait s’ensuivre une confrontation entre le reflet fuguant hors de son cadre et son original, le tout sous les exclamations toujours épatées de l’audience chaque fois qu'elle voyait les jumeaux se tenir face à face. Le premier acte se passait bien, restait à voir comment se déroulerait la vraie entrée en matière, le travail d’équipe, une notion plutôt nébuleuse pour un djinn.

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Frédéric Lenoir
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MessageSujet: Re: On n'y verra que du feu !    Lun 12 Déc - 16:18

Marchant tranquillement dans un des squares sur le chemin du Lost, Frédéric, mains dans les poches, souriait d'un air satisfait.
Il serait en retard.
Oh, pas de beaucoup, mais avec un peu de chance, juste assez pour éviter Amanda, la maquilleuse en chef. Bayard ce que cette femme avait la main lourde sur le grimage ! Le campagnard comprenait la nécessité du maquillage dans un cabaret à l'ambiance feutrée, mais avec elle il était certain que son visage et toutes ses expressions auraient facilement pu être visibles dans tout paris, si on l'avait posé lui sur le toit de la Tour Eiffel en pleine nuit. Morgan ne détestait pas ça, lui, pour une raison qui lui échappait. Mais Frédéric essayait autant que possible d'éviter Amanda quand il le pouvait. Ça faisait deux semaines qu'il réfléchissait au problème et si ses calculs étaient bons, avec une quinzaine de minutes de retard par rapport à la veille, il devrait arriver pendant sa pause et ainsi se faire maquiller par Lettie.
Son sourire s'élargit un peu plus dans le brouillard ambiant. Ah, Lettie. Elle était danseuse à ses heures perdues, et maquilleuse quand Amanda était prise. Une perle de maquilleuse cette fille ! Juste assez de grimage - mais pas trop - et une rapidité d'action presque suspecte, même pour une employée du Lost. Amanda était une sorte de fée sans pouvoirs, de ce qu'il avait compris, ce qui la rendait terriblement anxieuse au travail - pour une fois qu'elle avait un métier qui lui convenait plus ou moins - tandis que Lettie était la fille d'un faune et d'une humaine, pleine de bonne humeur malgré ses jambes tordues (ah, mais quand Lettie dansait, ça lui donnait un charme !). Quitte à choisir entre Amanda et son maquillage à la truelle ou Lettie la douce et recevoir un blâme pour être venu en retard, Fred préférait encore avoir un blâme et le visage léger !

Il regarda au cadrant de l'église au bout du square et calcula rapidement : il lui restait trente minutes de marche, à vitesse fourmi. Ce serait parfait.

Il arriva finalement avec quarante minutes de retard. Les dix minutes supplémentaires avaient été causées par une douleur soudaine dans sa cheville droite, à mi-parcours. En relevant son pantalon, il avait constaté un Bleu, ou plutôt un Mauve/Fuchsia/Rosâtre fleurissant joliment sous sa peau. Il avait dû s'arrêter cinq minutes, le temps que la douleur passe, assis contre la vitrine d'un horloger - cette ironie. Puis il avait fait le reste du chemin à vitesse limace, et encore.
" Bon sang, Morgan" avait-il pensé tout haut, surprenant une passante "Qu'est-ce t'as foutu encore ?"

Ça partirait, bien-sûr. Ça partait toujours. C'était assez mystérieux, ce lien qu'ils avaient. Parfois ils pouvaient se blesser violemment, et l'autre ne sentirait rien ; et parfois une petite pincette suffisait à faire bondir l'autre jumeau à deux tables de là. Heureusement avec le temps, ça se raréfiait. En général ça ne faisait pas mal, c'était juste... gênant. Comme un bourdon qu'on entendrait dans la pièce à côté. Mais ce coup-ci Morgan avait dû y aller franchement pour se faire mal comme ça parce que ça avait mis du temps à passer. L'ecchymose resterait sûrement toute la journée par contre. Il devrait faire attention à ce que personne ne la voie, sinon les autres allaient encore s'inquiéter.

Pénétrant dans l'enceinte par l'entrée des artiste, faisant bien attention à ne croiser personne, il était monté se changer dans sa loge pour constater ses quarante minutes de retard. Au temps pour la pause d'Amanda. Son tour sur scène était dans un quart d'heure.

À peine arriva-t-il aux coulisses qu'il tomba naturellement nez à nez avec la maquilleuse. Amanda, pas Lettie.

- Bon Dieu Frédéric, te voilà enfin !
- Oui, erf, désolé. J'ai été ret'nu... Dis, t'aurais pas vu mon frère ?

Morgan et lui se retrouvaient généralement avant une représentation. Ils ne faisaient rien de particulier mais ils restaient ensemble, c'était tout. Ça les rassurait. Si Morgan s'était blessé, Fred s'était attendu à ce qu'il lui saute dessus à peine arrivé, mais dans le capharnaüm habituel des coulisses, il ne l'avait peut-être pas vu arriver.
- Pas depuis que je l'ai maquillé. Assied-toi là et ne bouge plus ! Bon sang Frédéric, on n'a que dix minutes. DIX minutes tu te rends compte ! Tu es vraiment impossible !
Prenant place, chercha des yeux les coulisses, puis la regarda elle :
- Y s'est fait mal tantôt j'crois bien. Comment il va ?
Un instant elle s'immobilisa, les yeux plantés dans les siens comme pour le jauger. Il y avait de l'étonnement dans son regard aussi. Ça dura à peine un tiers de seconde, puis elle secoua la tête et l'attaqua à coup de grimage. Il pouvait presque l'entendre penser "Comment sait-il que Morgan s'est blessé ? Comment le sait-il ?". Ça étonnait toujours tout le monde.

- Il va bien t'inquiète pas pour lui. Maintenant tais-toi et ne bouge plus.

Il n'obtiendrait plus rien d'elle, il le savait. Amanda en rogne, c'était pire qu'une huitre fermée. Il bougea encore, évidemment - on n'immobilisait pas Frédéric comme ça au grand dam de tous les maquilleurs / habilleurs / coiffeurs du cabaret - pour scruter les coulisses et finit par le voir, son Morgan, enfin : dans un coin des coulisses un costume coloré faisait des pirouettes en solitaire pour s'échauffer. Freddy se rassura un peu et se laissa triturer le visage.

- Deux minutes pour les jumeaux ! Deux minutes !
- Fred est arrivé ?
- C'est bon je le tiens, j'ai presque fini !

Le mage saisit sa chance pour écourter la torture - tant pis pour le grimage, de ce que son reflet lui montrait, c'était parfait depuis longtemps, merci bien !

- C'est bon me v'là, j'suis prêt.

On lui fit de la place, il jeta un regard à la scène qu'on venait de préparer puis fila vers Morgan, debout devant l'entrée de scène par laquelle il passerait.
Fred, tout en se concentrant, s'approcha de lui : il devait le rejoindre, passer la dernière minute avec lui, voir s'il allait bien - cette ecchymose à sa cheville... il s'était attendu à ce que ce soit pire. Mais en le voyant arriver, Morgan se contenta de lui lancer un sourire ravi et bondit sur scène comme un joyeux lapin.

Un instant étonné, Fred sourit à son tour. L'émerveillement de Morgan était contagieux. Le mage constata avec bonheur que son frère marchait bien. Pas de blessure sauvage, a priori. Bizarre comme il pouvait régir fort à des petits coups comme ça.

Contournant les rideaux pour prendre place sous la scène, il sentit sur lui les regards insistants des autres employés. Quel silence aussi, qu'est-ce qu'ils avaient tous, soudainement ? Y'avait un invité spécial dans la salle ou quoi ?

Se concentrant en une seconde, Frédéric entrouvrit la trappe au dessus de lui, qui donnait derrière le miroir et attendit de voir un bout de drap dépasser pour se hisser sur scène en silence.
- Ha ! C’reflet,
Une vraie plaie !
J’vous le dis,
On est pas amis !

Morgan était dos au miroir, face à la salle, il le savait. Il referma la trappe discrètement et se colla au miroir, souriant d'avance.
- Toujours à m'imiter,
Aucune personnalité !


Morgan, dans un geste de désespoir, leva les bras au ciel et Fred, fit de même de part et d'autre du miroir. Il sut que ça avait fonctionné au gloussement d'une gamine au premier rang.
D'un air espiègle, il passa rapidement la tête à gauche du miroir, repoussant le bord du drap vers la salle comme si sa tête en sortait. Morgan était à l'opposé, faisant les cents pas. Quand il tourna, Fred se cacha à nouveau, passa la tête de l'autre côté. La gamine gloussa encore. D'autres gens lui sourirent. Morgan prit leur public à parti :

- Il dit c'que j'dis,
Il fait c'que j'fais,


Morgan fit un mouvement ; à côté du Miroir, Fred l'imitait avec exagération, ses lèvres formant les mots sans les dire, roulant des yeux blasés, ses bras imitant la galipette du frangin. Pour la suite ils devaient parler en même temps :
- C'est pour vous dir'
Qu'est-ce qu'il est
niais !

Bizarrement ils s'étaient décalés, mais l'effet parut comique et les gens en sourirent. Le dernier mot, naturellement, il ne le répéta pas et prit un air vexé.

Morgan se retourna, Fred-le-reflet fut pris par surprise et changea son expression vexée pour imiter parfaitement la pose de Morgan, ce qui fit rire la salle. Fred haussa un sourcil tandis que, conformément au scénario son frère se penchait vers lui, comme pour le détailler. Fred l'imita, puis Morgan se retourna. C'était nouveau ça, d'habitude la synchronisation était le cadet de leurs soucis : les phrases à retenir, l'ordre de certains passages, ça oui, c'était souvent problématique, mais ce décalage... ils devraient travailler dessus. A moins que Morgan n'ait fait exprès ? Peut-êre que c'était lui qui n'était pas concentré ? Il tenta de se reprendre. Il fallait qu'il arrête de zieuter la cheville de Morgan. Ça le turlupinait.

D'un grand geste théâtral, Fred croisa les bras. Puis il regarda un des chandeliers décorant la scène et y vola une bougie allumée.
- Qu'est-ce que j'disais !
Com-plèt-ment niais.

Tandis que Morgan s'agitait, Freddy levant les yeux au ciel "mangea" la flamme et gonfla les joues tandis qu'une fumée grise lui sortait par le nez. La gamine au premier rang s'exclama tandis que sa mère riait.
- Moi qui suis si intelligent !
Avoir un reflet aussi chi-

Fred lui lança la bougie éteinte dans le dos.
- C'est pas bientôt fini c'boucan ?
Môssieur "chui l'plus beau, chui l'plus grand ?!"
Si elles continuent à gonfler,
Ses ch'villes vont bientôt exploser !


Toute l'idée était là : chaque fois que Morgan se vanterait, ou rabaisserait son clone, le "reflet" lui ferait payer. Belle morale.

Morgan devait se retourner, prendre un air choqué.
- Qui a parlé ?
Tiens, c'était ça la phrase ? Fred eut un instant d'hésitation. Tant pis, ils avaient l'habitude, Morgan n'aimait pas les phrases dans leurs shows. Même si celui-ci était plutôt rôdé maintenant, ça arrivait.
Frédéric reprit son expression, la copia en exagéré :
-Gnagna gnagné ?

Ça fit rire les gens, encore.
Morgan fit un pas de côté que Fred imita en même temps. Puis un autre. Il sourit, autant pour le show que pour lui-même : il avait eu une seconde pour observer la salle et ça avait l'air de bien marcher. Les gens étaient accrochés ; ils souriaient.
Ça marchait bien, mais c'était maintenant que le plus dur allait commencer (et le plus intéressant pour eux) : les galipettes à deux, a compétition, les coups fourrés.
La moitié de leurs spectacles reprenaient des disputes qu'ils avaient vraiment eues, un peu plus jeunes, ou qu'ils avaient vues au cabaret entre les autres artistes. Chaque figure avait un nom qui ramenait à un souvenir et qui rendait l'exécution des spectacles d'autant plus drôles pour eux qui devaient se répéter soir après soir.

Frédéric-le-reflet fit un faux croc-en-jambe à Morgan, qui devrait s'affaler au sol dans une chute exagérée tandis que Frédéric resterait immobile, debout, comme une peinture. C'était le début des "hostilités".

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Freddy parle en #cc6633.


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Layth Aeterna
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MessageSujet: Re: On n'y verra que du feu !    Jeu 16 Fév - 3:26

Donner une prestation sur scène lui faisait l’effet d’être passé de l’autre côté du miroir. Si la nature de djinn l’avait habitué à se moquer des autres, se retrouver dans la peau de Morgan lui montrait une réalité bien différente. De culbute en culbute, les rires résonnaient de toutes parts dans la salle, à son dépend et celui de son frère d’un jour. Pourtant Layth ne se sentait pas moins puissant. On ne suspectait pas que derrière cette apparence se cachait un tout autre personnage. Quelle tête ils feraient, tous, s’il changeait ses traits sous la lumière des projecteurs ! L’idée élargit son sourire alors qu’il retombait sur ses pieds suite à la réussite d'un saut arrière, bras levés en une figure applaudie par la foule. Il avait beau se plaire à imaginer la scène, il savait qu’il n’en ferait rien. Attirer l’attention sur lui servirait mal les intentions et la sécurité de Lenny. S’il devait attirer l’attention des curieux et leur en boucher un coin, il userait des talents de Morgan, pas des siens. Il devait aussi se l’avouer, il aimait se donner en spectacle. Combien de temps cela faisait-il ? Quatre siècles au moins, depuis la dernière fois.

Enchaînant sur plusieurs pas il poursuivit le numéro, se laissant guider au son de la musique en accord avec si pas ses gestes, ceux de Frédéric gesticulant dans son dos. Un décalage arriva malgré tout mais oralement seulement, rien de bien grave et rien qu’un djinn ne pouvait camoufler à travers son personnage. Faisant volte-face vers son double, la salle éclata d’un rire sonore à la confrontation des jumeaux dont les expressions compensaient le peu de dialogue entre eux. La gestuelle oscillait entre le mime et l’acrobatie, le tout joué à la manière d’une pièce de théâtre comique. Le feu ne tarda pas à se mêler à la partie et Layth tourna le dos pour y recevoir la bougie dans les temps pour le couper en plein juron. L’air outré il devait sommer à la voix de se montrer, mais ne se rappelant plus du phrasé exact il improvisa une réplique qui devait suffisamment s’en approcher. Il y eut un court flottement, puis Frédéric répondit de la sienne, et l’assistance se souleva à nouveau d'une vague de rires.

-T’vas voir c’que t’vas voir,
J’vais t’remettre dans ton miroir !


Des applaudissements encouragèrent Layth à courir après Frédéric qui bloqua sa course d’un croc-en-jambe à la suite duquel il devait mordre la poussière. Le premier « incident » arriva à ce moment-là. Les réflexes du djinn le firent se rattraper en moins de deux, remplaçant les rires par un ensemble d’exclamations admiratives. Rebondissant sur ses pieds à la manière d’une grenouille, les sourires revirent rapidement sur les visages, et sans attendre il improvisa la suite en rendant à son frère le fameux croc-en-jambe.

-Morgan, ressaisis-toi !

Une voix toute aussi paniquée qu’autoritaire le rappela à l’ordre dans un murmure en provenance du côté de la scène. Retenant un regard courroucé dans cette direction Layth accourut vers Frédéric comme il l’avait vu si souvent faire avant que de véritables miroirs ne soient hissés tout autour d’eux, renvoyant des doubles des jumeaux de tous les côtés. À tour de rôle, Frédéric essaya de pincer son reflet dans les côtes, mais voyant le sien s’avancer il recula de peur que ce soit l’original. Retentant il frappa ensuite la glace. La petite fille au premier rang s’esclaffa de plus belle et Layth prit le relais, grimpant sur le dos de son jumeau pour le prendre par surprise. Bien sûr, celui-ci s'y attendait, tout avait été prévu et pratiqué dans cet ordre.

-Ah tu t’crois malin,
Mais t’verras bien !
Qui rira l’dernier,
T’vas partir en fumée !


Sans lui laisser le temps d’agir, Frédéric l’attrapa par la taille en le faisant passer par-dessus son épaule. Layth suivit le mouvement en roulant avec agilité, glissant comme dans une pirouette de ballet et atterrit au sol en soulevant Frédéric à deux mains. Son élan donné le brun exécuta une pirouette dans les airs et retomba dans l’exacte même position dans laquelle se trouvait son jumeau. Ils se chamaillaient d’une maladresse calculée, se provoquant en s’imitant tour à tour jusqu’à ce que, pris dans le jeu, Layth envoya un sceau d’eau à la tête de Frédéric dès la seconde où il fit réapparaître ses flammes. En coulisse, l’ensemble des têtes se décomposèrent. Morgan devait agir beaucoup plus tard avec le sceau d’eau.

-Attendez… regardez.

Plusieurs paires d’yeux se relevèrent vers la scène. Debout avec son sceau vide entre les mains, la doublure de Morgan riait aux éclats. De toute évidence l’effet inattendu de la douche froide marchait très bien sur Frédéric dont l’expression, mêlée au fou rire de son auteur, entraînèrent l’amusement général. Les hostilités semblaient se transformer en complicité. Une tournure pas déplaisante en soit, mais l’improvisation ne plaisait que trop peu lors des soirs de spectacle. Layth le savait, on ajoutait ce genre d’idée lors des répétitions, jamais au beau milieu d’une représentation.

-Ben alors, gnagna gnagné ?

Sous les gloussements de la foule Layth se pencha vers Frédéric d’un sourire espiègle, suivant désormais son propre script, curieux de la répartie de l’autre. Oh on le réprimanderait sûrement pour ses libertés, mais plus tard. Sur scène il était inatteignable et il comptait bien en profiter si le seul capable de le remettre sur la voie se décidait à l’abandonner pour jouer avec lui. Après tout, les gens appréciaient, non ? Tout ce qu’il manquait, c’était la coopération du parti adverse.


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Frédéric Lenoir
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MessageSujet: Re: On n'y verra que du feu !    Mer 19 Avr - 18:39

-Morgan, ressaisis-toi !

Frédéric prit la remarque pour lui et réprima le sourire amusé et attendri qu'il avait senti naître au coin de ses lèvres : son frère avait toujours été drôle, même en hydre ; retomber comme un crapaud était aussi le genre de réflexes à la noix qu'il ne pouvait pas toujours maîtriser. Au fond de lui, Freddy trouvait ça adorable. Par contre la remarque venue des coulisses avait vraiment été lancée fort et le cracheur de feu eut un moment d'exaspération : qu'est-ce qu'ils avaient tous, aujourd'hui ? Ils ne pouvaient pas les laisser faire leur spectacle tranquillement ? Il vit Morgan se tendre imperceptiblement et lui fit un clin d'oeil avant qu'ils ne reprennent la suite du spectacle.

Les galipettes ne réussissaient pas aussi bien au jeune ardennais qu'à son jumeau. Il avait beau s'entraîner, il ne deviendrait probablement jamais aussi souple que son frère, même s'il avait le pied sûr : le simple fait qu'il soit le porteur dans la plupart de leurs acrobaties faisait de lui le plus fort des deux - à peu de choses près - et le moins souple. Il s'en sortit plutôt bien quand même et se sentit rassuré - comme toujours - à la perspective d'entrer dans la partie pyrotechnique/magique du spectacle : ça, il maitrisait. Entre les miroirs, des chandelles idéalement placées lui servaient d'allumettes pour ses petits tours : un coup il faisait mine de lancer à la main des petites flammes de bougies à son frère (petites boules de coton qu'il allumait puis lui lançait et qui s'éteignaient au sol), un autre coup il passait la tête derrière un miroir et soufflait la flamme d'une bougie vers les fesses de Morgan (flasque d'alcool cachée dans son costume).

SPLASH
Ou pas.

Un instant, son cerveau s'éteint.
Il secoua la tête par réflexe et observa son frère d'un regard perdu à travers les gouttes d'eau qui s'égayaient autour de lui.
Morgan souriait. D'un grand sourire joyeux, espiègle. Les coulisses s'étaient tues.
-Ben alors, gnagna gnagné ?
Les gens riaient.

Morgan, doucement, se pencha vers lui.
Le cerveau du mage, contrairement à ce qu'on aurait pu penser, ne fonctionnait pas à toute allure pour rattraper le coup. Ni pour comprendre. Ni pour chercher une répartie. Non.
Le cerveau de Frédéric n'avait qu'une pensée en tête : la vision du sourire ravi de son jumeau.
--------------------------------------
Faisons une pause dans le récit afin de clarifier quelques points probablement méconnus du lecteur.
1) Il est tout à fait faux de croire que dans le couple Frédéric-Morgan, le mage est le jumeau dominant. Sous son image forte de donneur de conseils, de pilier fort et rassurant, de défendeur envers et contre tous et surtout de forte tête, se cache un petit coeur prêt à faire n'importe quoi pour satisfaire les envies de son alter ego.
Ne vous y trompez donc pas : dans la relation Morgan-Frédéric, l'impulsion, c'est Morgan qui la donne.
2) Si vous pensez que Frédéric est quelqu'un de sérieux, achetez-vous des lunettes.
3) Si vous pensez que le travail et l'âge l'ont assagi, achetez-vous du discernement. Freddy a dix-huit ans.
4) Si vous pensez que Freddy en a quoi que ce soit à faire du regard des autres, ou qu'il a la moindre intention de vivre au cabaret jusqu'à la fin de ses jours, relisez le point 1. Si le mage vit en ville, c'est pour une seule raison.
Raison qui était actuellement occupée à potentiellement détruire des semaines d'effort pour répéter et valider un spectacle capable de satisfaire leur exigeant patron.
Retournons à notre récit :
--------------------------------------

Morgan se penche vers lui et Frédéric a le cerveau à l'arrêt. Le jeu. Le ciment qui les tient, la base de leur rencontre.
Frédéric ne sourit pas. Ses lèvres sont scellées et un silence s'installe pendant une fraction de seconde durant laquelle ses yeux s'éclairent. Ses yeux seulement.
Gardant l'allure surprise qu'il a prise instinctivement, il attend que Morgan soit assez proche et d'un jet fin et calculé, il recrache au visage de son frère l'eau qu'il lui a fait avaler en lui jetant le sceau à la figure en pleine réplique.
Son cerveau rallumé, il n'a qu'une seule pensée "Alors tu veux jouer Mahwot ? On va jouer.".
Ses yeux sont joueurs, complices. Il n'a jamais vu son frère se détendre sur scène comme ça. Depuis combien de temps sont-ils coincés dans ces spectacles répétitifs ? Frédéric sourit, espiègle. Il s'en moque. Il s'est inquiété pour sa cheville pour rien, il se détend. Advienne que pourra.

Il reprend des répliques de leurs autres spectacles, les mélange à l'envi :
- Tu voudrais m'faire cramer ?
Pauvre petit poisson !
C'est la Seine en entier
qui sort de ton jupon.


Le public est toujours là, il faut les amuser. avec plaisir il entend les habitués reconnaître les phrases en riant ; les jumeaux ont fait ce métier dans la rue pendant des mois avant d'arriver ici, amuser les passants, ils savent faire. Ils amusaient déjà les gens avec leurs bêtises avant même de penser à en faire des spectacles.
Frédéric, avant que Morgan ait pu réagir, s'éclipse derrière lui, cabriole entre les miroirs et les chandeliers, tourne autour de son frère.
Qu'importent les coulisses et Monsieur White. Morgan veut s'amuser ? Qu'ils s'amusent, et le public avec.

- Toi t'es rien qu'une mauviette !
Tu voudrais m'attraper ?
T'oses te payer ma tête ?
Viens donc, j'vais t'cuisiner !


Cette réplique est dans le prochain spectacle qu'ils préparent. Et comme pour le prochain spectacle, Frédéric produit soudainement une bougie qu'il a chipée au chandelier, la place devant ses lèvres et souffle. La flamme est assez forte, assez longue pour fondre la bougie qui la génère, assez grande pour atteindre son frère mais Freddy a confiance en lui : Morgan doit avoir compris qu'il allait souffler. Le mage n'a pas peur : leurs esprits sont liés, il n'y a pas à s'inquiéter. Mais du public et des coulisses - surtout des coulisses - une grande exclamation s'élève.

_________________
Freddy parle en #cc6633.


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On n'y verra que du feu !

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