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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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  Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines

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Edward White
l Dans l'ombre du loup l BIG BOSS l
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Localisation : Glande derrière son bureau au lieu de faire sa paperasse.

MessageSujet: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Dim 12 Fév - 20:57

L'armature du fiacre se figea après avoir tangué une dernière fois. Un grincement léger s'éleva lorsque le cocher quitta son siège pour tomber lourdement sur le pavé parisien. Il y eut un froissement de tissu, signe qu'il s'essuyait les mains sur son manteau, puis on l'entendit se racler brièvement la gorge. Un dernier silence, et la porte pivota doucement noyant soudain l'habitacle de l'éclairage criard du quartier de la Madeleine.
Edward fut le premier à sortir. Une main tenant son haut-de-forme, il replia son immense silhouette pour l'arracher à grand peine au petit véhicule, oubliant jusqu'au marche-pied qui n'aurait servit qu'à le faire trébucher. Il voulut s'étirer, mais il n'en eut pas le temps. Derrière lui, le petit pas impatient d'une demoiselle l'obligea à tendre précipitamment la main vers le coupé. Des doigts minuscules et gantés se lovèrent avec hésitation dans sa paume, puis une chaussure timide quitta les entrailles de leur voiture. Elle glissa jusqu'à la marche et d'un bond délicat, ce fut toute la silhouette d'une jeune fille qui se posa dans l'immensité du boulevard Malesherbes. La course fut payée et le véhicule reprit tranquillement sa route le long de l'interminable avenue, laissant Edward et sa jeune invitée seuls devant la façade haussmannienne rutilante du numéro vingt-cinq.

Comme c'est beau…
Nous allons au second étage. C'est là que vivent Monsieur et Madame De Montalant.
Il y a de la lumière déjà ! Vous pensez que nous sommes en retard ? Ah ! Mais je n'ai pas apporté de présent. Je ne suis vraiment pas polie. Que vont-ils pensés de me voir les mains vides ? Je suis désolée Monsieur White, je vous cause déjà du tord, je…
Louna, s'il vous plaît calmez-vous. Vous ne me causez aucun tord et qui plus est, nous sommes en avance. Alors respirez. Tout ira bien.
Oui, Monsieur White. Pardon.
Pouvons-nous y aller ?
Oui ! Je suis prête !
Parfait.
Enfin je crois…

Edward leva les yeux au ciel avant de s'engager vers la lourde porte bleu-bouteille du logement. Laissée déverrouillée pour l'occasion, il n'eut aucun mal à faire basculer l'un des battants qu'il retint pour Louna. Celle-ci le remercia et une minute plus tard, les voici introduits dans un appartement grandiose où transpirait le faste de la haute-bourgeoisie.

Puis-je vous débarrasser ? Monsieur et Madame vous attendent dans leur cabinet. L'ensemble de la soirée s'y déroulera.
Vraiment ? Interrogea Edward tout en remettant son manteau et son chapeau au majordome qui les avait accueilli. Mais je croyais que le dîner était également prévu ici.
C'est le cas.

La surprise se peignit sur les traits du loup blanc. Il n'ignorait pas la réputation « d’originaux » qui accompagnait ses hôtes, mais il avait compté sur un véritable repas pour faire passer l'amertume désagréable que lui laissait ce genre de réception. La nouvelle l'aurait rageusement renfrogné s'il n'avait pas croisé le regard brillant d'enthousiasme de Louna. Il se calma. Il n'était pas question de gâcher une soirée qu'il avait promise depuis longtemps à sa coiffeuse. Elle toujours si émerveillée devant les mise en pli des bourgeoises qui se pavanaient au Lost pourrait enfin admirer en pleine lumière nombre de ces chevelures transformées en œuvre d'art. Tant pis pour le dîner.
Il n'y eut qu'un bref soupir pour fendre ses lèvres lorsqu'il s'engagea dans le corridor surchargé qui devait les conduire à leurs hôtes. Une tapisserie d'un rouge sombre mangeait les murs, recouvertes en grande partie par des portraits d'aïeuls théâtraux, des meubles excentriques et quelques trophées de chasses douteux. Une odeur déplaisante d'encens vint s'ajouter à cette violence visuelle et contraignit le loup blanc à porter une main à sa truffe irritée. Cinq minutes avaient suffi pour qu'Edward soit certain qu'il passerait là l'une des plus mauvaises soirées de sa vie. Et il ne lui fallut que quelques mètres supplémentaire au travers de cet affreux couloir pour voir ses craintes se confirmer.

Si vous voulez bien vous donner la peine.

Il aurait aimé répondre « Non », tourner les talons et quitter les lieux sans même récupérer ses affaires, mais à la place il franchit d'un pas mécanique le seuil du vaste cabinet.

L'endroit était immense d'horreurs et de bizarreries. On voyait à peine le papier-peint derrière la pluie drue de vitrines surchargées, de planches anatomiques dérangeantes, de jouets usés, d'animaux empaillés et autres têtes-réduites, crânes, squelettes, et innombrables bocaux dans lesquels se pressaient d'étranges et immobiles silhouettes. On voyait à peine le bout de certaines étagères qui se perdaient derrière d'autres meubles vomissant d'anomalies. De grands panneaux blancs indiquaient avec fierté l'origine de ces choses. On lisait en lettres noires énormes « Afrique », « Chine », « Pérou », un boa gigantesque ornait la pancarte de l'Amazonie et un condor déployait ses ailes au-dessus de l'Amérique du Nord les plumes agitées par un courant d'air constant alimenté par les fenêtres béantes de la salle. Un violent frisson secoua Edward, précédant un sursaut causé par une exclamation soudaine :

Cher Monsieur White ! Vous êtes venus, quelle joie !

Madame De Montalant apparut brusquement derrière un ours empaillé dressé sur ses pattes arrières. Elle était coincée dans une robe d'un bleu piquant aux manches bouffantes qui n'altérait en rien sa mine rougit par le manque d'air d'un corset trop serré. Un sourire rouge scia ses joues rondes tandis que d'un geste expert, elle déployait un éventail qu'elle agita rapidement :

Vous ne me présentez pas ?

Elle planta son regard aux prunelles noires dans celui du loup, sans pour autant parvenir à obtenir son attention. Il fallut qu'elle ajoute un raclement de gorge appuyé pour enfin sortir son interlocuteur de sa torpeur. Ce fut alors un coup d'œil inquiet qu'Edward adressa à Louna qu'il eut peur de voir défaillir devant cette collection, apothéose selon lui, de la cruauté humaine. Mais il ne lui découvrit pas le teint blême qu'il avait craint, au contraire. Une moue timide empourprait les pommettes de la jeune fille dont l'attention s'était portée sur le bijou de tête de leur hôtesse. Son supérieur en fut maigrement rassuré et il s'empressa de répondre, retrouvant les manières du haut monde :

Excusez moi. Voici Mademoiselle Illusy. Elle est coiffeuse au cabaret.
Oh ! C'est donc à vous que les artistes doivent d'être si resplendissantes ? Vous êtes si jeune, c'est incroyable.
Merci Madame.
Adélaïde ma chérie, mais enfin pourquoi nous fausser compagnie ? S'enquit une voix perdue derrière un meuble de masques antiques.
C'est Monsieur White qui est là ! Lui aussi est en avance. Il devait être tout aussi impatient que Jules à découvrir notre collection, n'est-ce pas ?
Je n'aurais pas mieux dit, grinça Edward en s'essayant à un sourire crispé.

Leur interlocutrice gloussa derrière son éventail et les convia à la suivre entre les vitrines à thèmes et œuvres de taxidermies théâtrales. Edward fut certain d'être passé devant une exposition précise de dentition humaine, au point d'en avoir inconsciemment mal à la mâchoire lorsqu'ils débouchèrent sur un espace dégagé qui donnait une vue d'ensemble de ce musée de l'étrange. Ils saluèrent Monsieur De Montalant, mais également Jules Chevalier, un jeune antiquaire qu'Edward était certain d'avoir déjà rencontré et une connaissance de ce dernier, un certain Armand Delcambre. La conversation reprit sans qu'aucun ne remarque le geste nerveux d'Edward pour desserrer sa cravate.

Ma douce, Jules s'émerveillait très justement de notre fantastique céphalopode géant embaumé.
Votre mari m'a dit qu'il avait été retrouvé dans un filet de pêche au sud de l'Afrique, c'est fascinant que vous ayez pu le récupérer dans un si bon état !
C'est ce genre de bête-là qui détruisait les navires ? Il me parait un peu petit.
Haha ! Non Armand ! Le Kraken est une pieuvre géante, ici je dirais plutôt que c'est une sorte… de calamar !
Mais je vous garantis que nous lui trouverons une belle place dans une vitrine au Kraken, n'est-ce pas Adélaïde ?
Oh oui ! Quitte à pousser les murs !

Les doigts frémissants du loup blanc tirèrent un peu plus encore sur la fine lanière de coton qui lui ceinturait la gorge. Il aurait aimé prendre une grande bouffée d'air, mais le parfum toujours omniprésent de l'encens lui brûla la gorge. Étouffant alors une quinte de toux, il ne put qu'écouter avec effroi un dernier échange entre les présents :

Mais avec ce que nous vous réservons comme surprise pour ce soir, je vous garantis que vous allez oublier votre poulpe Jules.
Vraiment ? Vous piquez ma curiosité.
Ah, vous n'aurez pas un mot de plus. Allez plutôt vous servir quelque chose à manger ! Le buffet est dressé juste à côté de notre collection d'yeux de verre.

Des éclats de rires s'élevèrent sous le regard vide des crânes. On leur apporta à boire dans des verres en bambou et des petits plats à manger sans couvert, le « futur du chic » d'après Madame De Montalant. Une dizaine de minutes plus tard, d'autres convives furent annoncés.
Surveillant Louna du coin de l'œil, Edward ne s'était même pas aperçu qu'il avait malgré lui trouvé refuge après de l'un des siens. Le regard perdu sur une collection de papillons colorés cruellement épinglés en vitrine, il tenait compagnie à un loup gris figé dans un hurlement silencieux.
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Murmures curieux



Vous sonnez chez les De Montalant aux alentours de 21 h.

Quel que soit ce qui a guidé vos pas vers cette soirée, vous voilà introduit dans le cabinet du numéro 25 du boulevard Malesherbes, un quartier très bourgeois. Il y règne une ambiance bizarre durant laquelle vous pourrez discuter avec d'autres convives sous le regard d'animaux empaillés ou de squelettes. La boisson est servie dans des petits verres en bambou et pour les plus attachés à l'étiquette vous devrez survivre sans couvert.

Vous pouvez errer au sein de ce cabinet jusqu'à 22 h. Après quoi les hôtes de ce soir vous réserve une petite surprise. D'ici là, vous êtes libres d’apprécier ou non l'exposition proposée en plein courant d'air.







Event | Curiosités malsaines


Parce que Paris est rempli de surprises et de gens étonnants vous êtes libres de venir découvrir l'étrange collection d'un couple de bourgeois excentrique. Vous aurez affaire à des pièces inhabituelles, parfois dérangeantes, voire repoussantes, mais tiendrez vous jusqu'au clou du spectacle ?



Ce rassemblement se déroulera sur environ un mois et commence dès aujourd'hui. À un rythme régulier, une intervention sera faite pour relancer le RP lors duquel nous vous réservons de nombreuses surprises. Vous pourrez, à chaque fois, poster autant de fois que vous le voulez et sans ordre précis. Le tout étant de s'amuser !
  • Ces postes sonnent le début de l'intrigue ! Ils ne sont donc pas considérés comme du Hors RP et rejoignent vos nombreuses péripéties parisiennes. Ils compteront donc comme n’importe quel RP durant lequel vous pouvez retrouver des connaissances ou vous en faire de nouvelles.

  • Sachez que vous êtes tous susceptibles d'avoir été conviés à cette réception. Les De Montalant sont connus pour leur originalité et ils se sont amusés à distribuer leurs invitations au grès de leurs envies. Certaines ont même été cachées en pleines rues en attente d'une main chanceuse !

  • Comme vous l'avez constaté chaque poste de « transition » comptera, comme celui-ci, une indication « Murmures curieux » (qui pourrait s'apparenter à une indication de maître du jeu). Elles pourront concerner plusieurs personnes, ou être individuelles, le tout étant de les respecter au mieux. Elles viseront à mettre un peu de piquant dans toute cette aventure riche en rebondissements et à vous guider afin d'y participer pleinement.

  • Votre arrivée à l'appartement doit se faire aux environs de 21 h. Vous serez débarrassés de vos affaires et conduits directement dans le cabinet où les hôtes et les précédents convives seront présents. Il est ensuite demandé de ne pas dépasser 22 h au sein de votre RP, heure à laquelle les De Montalant révèleront le « clou du spectacle ».

  • Afin de vous aiguiller un peu parmi les présents mentionnés dans le RP d'introduction, voici un petit récapitulatif :

    Liste des personnes présentes:
     


Vous posterez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au samedi 25 février (au soir) pour participer à la première partie o/


N'hésitez pas à contacter le staff s'il reste une zone d'ombre ou si vous hésitez sur votre poste. Il ne faut pas avoir peur de participer et si vous avez le moindre doute, n'hésitez pas à nous contacter. Nous répondrons à toutes vos questions !

Poussez la porte !


Dernière édition par Edward White le Mer 15 Fév - 20:52, édité 1 fois
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Layth Aeterna
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Mer 15 Fév - 2:40

Malgré tout le temps passé en territoire européen, Layth refusait de s’adapter aux mœurs comme à la mode. Le climat de Paris lui donnait souvent le cafard, si bien qu’il avait pris l’habitude d’aller s’aérer les idées jusqu’au port. Laisser son regard errer sur les remous de la Seine le réconfortait, il pouvait s’imaginer suivre le courant jusqu’aux rives de sable chaud de son Afrique bien-aimée. Impossible de le prendre pour un étranger avec une telle nostalgie peinte sur son visage. Il lui serait ainsi difficile de deviner les raisons qui poussèrent un étranger à l’aborder deux jours plus tôt. Un certain Edmond De Montalant, bourgeois de par son habillement, mais étrange dans sa manière d’être. Poli, souriant, que pouvait-il bien clocher ? Layth l’observa longuement avant de comprendre. C’était l’excentricité de son accoutrement qui avait éveillé l’intérêt de son interlocuteur, le poussant à l’aborder d’une curiosité bien éloignée des coups d’œil suspicieux habituels. Là où la différence gênait la plupart des gens elle semblait ravir De Montalant, et Layth ne pouvait s’empêcher de se demander quelle pouvait en être la raison.

-Mon épouse et moi-même préparons une soirée qui, je pense, saurait vous intéressez. Tenez.

Le djinn baissa les yeux sur un carton d’invitation. Comme il hésitait à s’en saisir, l’homme le lui mis entre les mains, refermant ses doigts autour du papier de qualité.

-Vous ne le regretterez pas, je vous le promets.

S’il s’agissait d’un chasseur, il ne manquait pas de créativité. En cas de doute, Layth expliqua qu’il ne pouvait rien lui promettre, des engagements risquaient de le retenir et l’homme s’en contenta, libérant sa main afin de le gratifier d’un nouveau sourire.

-J’espère pouvoir vous y voir. Nous vous attendrons.

Le mystère s’épaissit lorsqu’en arpentant les rues de Paris, il entendit un groupe de passants évoquer une certaine Adélaïde De Montalant.

-Tu vas y aller ?
-Ma foi, je ne sais pas. M’est d’avis qu’il y a erreur sur la personne.
-L’enveloppe était bien à ton nom, non ?
-…Oui.
-Es-tu bien sûr de ne pas la connaître ?
-Certain.
-Dans tous les cas, elle, elle semble savoir qui tu es.

Pouvait-il s’agir de la femme de l’homme rencontré près des quais ? Peut-être aurait-il dû s’intéresser davantage à la soirée De Montalant au lieu de clore la discussion avec l’idée d’y réfléchir plus tard. Maintenant il se retrouvait avec un carton d’invitation pour une soirée dont il ne connaissait rien, sinon l’identité de ses hôtes… en admettant que ce soit leurs vrais noms. De plus en plus suspicieux, Layth rentra au cabaret sans en souffler mot. Il entendit Louna en parler dans les coulisses le soir suivant, mais sans plus.
Le soir arrivé et le carton tourné et retourné plus d’une fois entre ses doigts, Layth décida de se présenter à la soirée… armé. Bien sûr il avait songé à emprunter un costume à Lenny, quelque chose de plus formel, au goût du pays, puis il s’était rappelé l’expression d’Edmond De Montalant l’avant-veille, presque joyeuse, mais oscillant avec celle de celui qui a plus d’un tour dans sa manche. Son instinct lui dicta d’opter pour son manteau rouge habituel et le djinn s’y plia non sans apprécier y sentir le poids du pistolet dissimulé à la ceinture. Lorsque la porte s’ouvrit, il recula d’un pas prudent, la silhouette d’un majordome s’affichant devant lui.

-Bienvenue, Monsieur. Puis-je prendre votre manteau ? Les invités sont attendus dans le cabinet.
-Je vais le garder, merci.
-Comme bon vous semblera. Veuillez me suivre, je vais vous y conduire. Le dîner sera bientôt prêt.

Emboîtant le pas du majordome, Layth se mit à humer l’air dans l’espoir d’y attraper l’odeur du repas quand un parfum familier le fit s’arrêter au milieu du couloir dont la décoration attirait à peine son attention.

-Vous faites brûler de l’encens ?
-Effectivement. À la demande de Monsieur et Madame.

Était-ce son imagination ou le majordome évitait de répondre à la question ? Lui avait-on expressément commandé d’en dire le moins possible aux invités ? Chose sûre, la soirée intriguait de plus en plus Layth dont les pensées s’égaraient par-delà la Méditerranée, là où l’encens accompagnait l’air chaud d’une fin de journée aride, tout près des tasses de thé fumantes, emplissant l’air d’un brouillard réconfortant. La demeure des De Montalant lui parut alors plus accueillante, quand bien même il n’en connaissait pas les propriétaires.

-Nous y sommes.

Où était-il donc tombé ? Le cabinet regorgeait d’objets inusités. Des collectionneurs ? S’approchant d’une vitrine, Layth reconnut l’origine de la plupart des expositions et s’attarda longuement sur celle portant l’écriteau de l’Afrique. Il s’apprêta à effleurer un vase égyptien lorsqu’un mouvement en provenance de sa droite le fit se redresser. À ses côtés se tenait Edmond De Montalant, le regard pétillant. Lorsqu’il s’avança pour se mettre à sa hauteur, le coin de ses lèvres se rehaussa en un fin sourire.

-J’avais bon espoir de vous revoir ce soir.

Se tournant vers le vase, sa voix baissa d’un cran sans rien perdre de sa plaisante intonation.

-Un canope égyptien, celui-ci renferme les restes d’un intestin. Il s’agit d’une urne funéraire, mais j’ai l’impression que vous le savez déjà.

Silencieux, Layth posa les yeux sur l’hôte des lieux, le sondant du regard tandis que l’homme continuait de lui sourire.

-Votre nom, mon ami ?

L’espace d’un instant, il hésita. Edmond De Montalant lui paraissait bien perspicace, un peu trop à son goût, même. Peut-être le tirait-il de ses voyages, car il devait forcément avoir voyagé pour se procurer toutes ces raretés. Dans tous les cas Layth n’eut guère le temps de considérer sa réponse, Edmond De Montalant reprit la parole.

-Pardonnez-moi, je manque à mon devoir. Prendriez-vous quelque chose à boire ? Venez, rejoignons les autres.

Dire qu’il pensait arriver le premier, plus pressé qu’il ne l’avait cru à l’idée de lever le voile sur cette étrange soirée dont la liste d’invités semblait des plus aléatoires. Mais avant même qu’il ne jette un regard sur les présents, la vue d'un hors-d’œuvre l'appela à lui.

-Est-ce que c’est…
-De la cervelle d’agneau assaisonnée, oui. Je vois que vous connaissez.

Écarquillant les yeux, Layth attrapa une bouchée entre ses doigts et se retint de l’avaler tout rond. Il contempla le morceau avant d’y goûter, fermant les yeux pour mieux en savourer les épices. Il devait l’avouer, ce couple parisien avait beaucoup de goût. La soirée s’annonçait prometteuse.

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Frédéric Lenoir
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Mer 15 Fév - 14:05

- Gaaaaah j'en peux plus, mais qu'ils me lâchent la grappe !
- Frédéric, calme-toi...
- NAN j'me calme pas ! Bayard, j'te jure que l'prochain qui m'demande les salles privées j'lui crâme ses ch'veux gominés ! « Et vous v'nez d'où comm'ça ? » et « vous aimez l'foie gras ? » et « est-ce que savez tous les deux cracher du feu ? Pourquoi ça vous brûle pas ? » et « Oh s'il vous plait venez à mon anniversaire... » Et l'autr' là, tu l'as entendu ?! « Cher enfant je dois dire que votre mise est pour le moins originale. Seriez-vous un avant gardiste de la mode ou bien est-ce le styliste de votre établissement qui vous habille de la sorte ? ». J't'en ficherai des mises d'la sorte moi ! Cher enfant d'mon --
- Fred calme-toi y'a Lucy...
- ET ALORS ?! Sérieus'ment Morgan, j'en peux plus d'ces bourgeois. Viens on r'tourne sur les routes tous les deux. J'ten supplie...
- Mais... Mais Fred moi j'aime bien la grande ville. C'est marrant...
- Forcément ! Toi tu fais l'idiot la moitié du temps pour qu'ils t'laissent tranquille !
- Bah oui, c'est toi qui m'a appris...
- Aaargh ! J'en peux plus, j'vais dézinguer un truc... Alleeez Morgan, viens on s'en va, on ira voir la mer... !
- Frédéric ? Fais gaffe aux verres, Luka va râler si tu les fais fondre... tu vas pas partir, hein ?

Gah. Pourquoi c'était toujours aussi compliqué de partir ? Pourquoi c'était si compliqué de rester ? Quitter M'sieur White et tout ce qu'il faisait pour vous ? Il avait même rajouté du poisson au menu de la semaine pour les récompenser du spectacle de lundi. Quitter le cabaret et – il devait bien l'avouer – tous les gens fous et intéressants qui le peuplaient ? Quitter Paris, Llewyn, Eglantine, Lucy...
Bien-sûr qu'il ne le ferait pas. Pas sur un coup de tête comme ça en tout cas – quoique. Mais bon sang tous ces bourgeois et leurs questions à la noix ! Toutes ces têtes emmaquillées – et pas par du grimage – ces coiffures à la noix, ces vêtements ridicules qui leur coûtaient un bras. Regardez-moi ces boutons de manchettes. On en parle de leurs boutons de manchettes ?!
Bien évidemment que Morgan voulait rester : des trucs aussi brillants ça ne se trouvait pas en exposition libre comme ça en pleine cambrousse.

Il avait eu une grande discussion avec Lucy. Les questions des bourgeois, bien-sûr qu'elles étaient énervantes mais selon Lucy, qui s'en sortait mieux que lui là dessus, c'était parce qu'ils plaisaient et parce que les bourgeois étaient curieux de nature. Or, depuis leur arrivée, les jumeaux avaient tout fait pour les éviter le plus possible. Pour ce que Fred en pensait il aurait préféré plaire un peu moins et susciter moins d'enthousiasme endimanché. Lucy avait argumenté que plaire moins n'aiderait pas les affaires du Cabaret ni ne calmerait les questions, ce serait même pire : les cancans se demanderaient soudainement pourquoi ça n'allait plus et ça n'arrangerait rien. La solution selon elle était, je cite : « De leur donner du grain à moudre. Se montrer de temps à autres parmi eux, afin qu'ils vous voient et s'en contentent. ». Pour un plan tordu, c'était un sacré plan tordu. Éviter les questions des bourgeois en allant directement dans la fosse aux loups leur faire un petit coucou bien poli, bien lisse de temps en temps...
D'après elle - et elle s'était apparemment renseignée sur le sujet bien avant lui - si ça ne marchait pas, au moins ça donnerait espoir aux gens qu'ils viennent effectivement à leurs soirées et les demandes d'entretien dans les salles privées se changeraient en inoffensifs cartons d'invitations qu'ils pourraient alors refuser à loisir. C'était moins délicat de refuser une invitation écrite que de dire en face à un client du cabaret que le cracheur de feu occupé à discutailler avec Llewyn devant la porte n'avait malheureusement pas la place dans son agenda pour lui octroyer une entrevue.

Des cartons d'invitation Fred en avait reçu trois – le Boss avait-il fait passer le message ? - dont deux tellement polies qu'il en avait eu la gerbe. La troisième était moins pailletée, quoique étrangement décorative, mais assez pratique pour eux car elle précisait bien : « Nous convions l'un des frères Lenoir (celui des deux qui le voudra) à notre domicile blahblahblah. ». Un seul des frères Lenoir. Ça voulait dire que Morgan n'était pas obligé de venir et autant ça ne réjouissait pas Fred de se sacrifier seul pour la bonne cause, autant ça le rassurait de ne pas emmener son hydre de frère dans un environnement potentiellement mortellement scintillant.

Le Noireaud n'avait jamais participé à un rassemblement de la sorte. Heureusement pour lui, le cabaret et sa faune variée lui avaient appris quelques us et coutumes de la Capitale mais pour cette fois, ravalant son orgueil, il avait demandé conseil à Reilly, Kaito et Alexander.
Après quelques ajustements, il avait donc fini par opter pour ses meilleurs atours, mauvaise foi incluse : Reilly lui avait confectionné une veste neuve (merci à lui) et sobre (merci Kaitô), moins usée jusqu'à la moelle que la sienne (et avec beaucoup moins de poches, à son grand désespoir), il avait troqué ses vieux gants usés contre de moins usés sortis d'une malle à costumes et un lavage intensif de ses mains. Pour le reste : son éternel chapeau, un veston gris, une cravate noire à biais gris et bordeaux serrée si lâchement qu'il était étonnant qu'elle tienne, une chemise à manches longues (un véritable sacrifice qu'il avait compensé en les retroussant proprement jusqu'à ses coudes), son éternel pantalon à carreaux et ses vieilles bottines, cirées moins d'une semaine plus tôt.
Les cheveux il n'y avait rien à faire...
Il vérifia une dernière fois dans le miroir de l'entrée qu'il n'avait pas de taches de suie nulle part et jeta un regard blasé à sa mise toute entière : n'importe comment, il aurait l'air d'un plouc. Rien qu'à son parler, à son allure, il aurait l'air d'un gosse de la campagne, si pas un gamin des rues. Bah, y'avait pas de quoi avoir honte. On l'avait invité lui, c'est donc lui qu'on aurait. Il n'allait pas se changer pour eux, qui qu'ils soient.
Un sourire se dessina au coin de ses lèvres : l'avantage d'être un artiste, c'est que rien ne choquait jamais vraiment personne. Il était tellement vêtu étrangement sur scène, qu'une fois habillé en civil plus personne ne s'étonnait d'une excentricité mineure. On s'y attendait même, voire s'étonnait s'il n'y en avait pas. Aussi fourra-t-il calmement ses mains dans ses poches et partit-il à pieds.


- Votre Manteau Monsieur...
Ladite maison de riche avait une tapisserie assez chic pour qu'on dorme dessus. Il regarda ça d'un air critique et tenta d'avoir l'air enthousiaste. Ça sentait le brûlé. Un brûlé sympathique. Quelles plantes utilisaient-ils pour que ça sente comme ça ?
Rien que dans l'entrée il y avaient des fleurs dans un vase si gros et si brillant que Morgan l'aurait étudié pendant trois jours entiers en le serrant contre son coeur. Heureusement qu'il n'était pas là... D'ailleurs c'étaient quoi ces gravures bizarres dessus ? On aurait dit un gros serpent à moustaches...
- Si Monsieur veut bien me suivre, le cabinet est de ce côté.
- Han, pardon. S'cusez moi.
Leurs ancêtres pendouillant dans les cadres aux murs n'avaient pas l'air terriblement joyeux. Il n'y avait qu'un seul d'entre eux qui souriait vaguement... Il y avait une drôle de tête de sanglier à crête au dessus de la porte du fameux cabinet. Ça devait être un cochon sauvage étranger... Où est-ce qu'ils avaient bien pu aller chasser ça ? Est-ce qu'ils l'avaient mangé au moins ? Il en doutait.
- C'est ici Monsieur.
- Ah. Merci euhm..
- Stéphane, Monsieur.
- Merci Stéphane.

Le majordome avait-il eu pitié de lui ? La pièce était impressionnante, même pour Fred, qui vivait dans un cabaret. Il eut un moment d'hésitation avant de s'engager, mais quand il le fit, ce fut avec calme et détermination, les mains dans les poches. Il était arrivé un peu après l'heure et la salle était déjà occupée. A son grand soulagement il repéra son boss, Layth et une coiffeuse du Lost s'il ne se trompait pas - pas qu'il y ait jamais eu affaire personnellement. Ils semblaient se servir à un buffet et puisque personne ne faisait attention à lui, il en profita pour détailler les murs. Enfin, les innombrables trucs qui cachaient les murs.
On aurait dit un cabinet médical, ou l'antre d'une sorcière particulièrement inventive, ou l'armoire de son père où il mettait ses bocaux de champignons et autres potions bizarres... en beaucoup plus fastueux et étonnant. Il repéra un poisson séché tout gris avec des dents pointues, une mue de serpent trop large pour venir d'une couleuvre.
- Oh, mais ne serait-ce pas l'un des jumeaux Lenoir !
Il se retourna pour voir débouler une dame tellement excentrique qu'il se trouva silencieux et fade en comparaison. Elle lui présenta sa main, bagues en avant et il se retrouva à lui faire un baisemain sans trop savoir par quel miracle d'autorité elle avait pu le contraindre à ça.
- Enchanté Madame, je..
- Oh mais c'est moi qui suis enchantée. Nous ne pensions jamais que vous viendriez ! Vous êtes si secrets, vous et votre frère !
- Euhm... Et bien c'est que...
- D'ailleurs je serais bien incapable de vous reconnaitre. Lequel des deux êtes-vous ?
- J..
- Oh ou plutôt non ! Ne nous dites rien ! Nous devrons essayer de le deviner, ce sera follement amusant !
Se retournant vers les autres elle lança : "N'est-ce pas, Monsieur White ! Il ne faudra rien nous dire !" tandis que Fred se retrouvait à faire un signe de la main à la cantonade.
- Bonsoir à v --
Impossible de saluer proprement, la poule cancanait déjà à nouveau. Par on ne sait quel truchement, il se retrouva avec elle devant une photographie particulièrement étrange d'un "Homme serpent d'Italie" qui était assez souple pour se retourner jusqu'à passer sa tête entre ses pieds. Il se demanda s'il avait du sang d'hydre, lui aussi.
- Voyez, on dirait vous lors de vos spectacles. Vous ou votre frère !
Puis il vit une autre photographie, juste à côté de celle-là, avec deux enfants. Des jumelles collées ensemble par le dos. Il tiqua. Se moquait-elle de lui ?! Savait-elle à quel point ils avaient été proches de finir comme ça... si c'était une blague, elle était très mauvaise. Elle dut sentir son malaise et s'apprêta à parler (encore) quand il l'interrompit.
- C'est très intéressant Madame. Mais j'aimerais remercier Monsieur également de votre invitation. Veuillez me pardonner.

Il n'avait jamais parlé aussi joliment de toute sa vie. Pour s'en remettre, avant de saluer ledit monsieur, il se jeta sur la première brochette qu'il trouva. Le goût était vraiment bizarre mais il préféra ne pas demander à quoi elle était quand il entendit "cervelle d'agneau" à son côté. Il salua donc proprement Monsieur de Montalant, Layth et le verre de vin qu'on plaça dans sa main tout en gardant un oeil sur la porte. Avec un peu de chance certains des invités seraient aussi des gens normaux.

Plus de questions stupides après cette soirée, se répéta-t-il, plus de questions stupides et d'entrevues en salles privées. Plus de questions idiotes et une longue balade en forêt avec Morgan. Et une longue journée de pêche.
Il devait juste. Tenir. Cette soirée.

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Llewyn O'Malley
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Mer 15 Fév - 15:12

«  - Allons Llewyn, arrête de bouger comme ça. »
«  -S’il te plait tiens toi tranquille ne serait-ce qu’un instant ! » 

Le bruit des aiguilles dans la fabrique n’arrivait pas à bercer le chat perché sur son tabouret, pendant qu’autour de lui Elsa et Lizzie s’affairaient, rapiéçant, retaillant, raccommodant des loques de tissu poussiéreuses. Le félin n’avait qu’une envie : bondir du haut de ce meuble et faire le tour de la salle, dégourdir ses jambes qui semblaient habitées de fourmis effarouchées, plutôt que de jouer les mannequins de bois pour ces deux -aussi adorables soient-elles- couturières. Il n’avait d’ailleurs jamais été de ceux qui aiment à rester en place.

« J’étais certaine que ce costume allait finir par me servir, lança Elsa d’un ton guilleret, coupant presque euphorique le dernier fil dépassant de leur ouvrage, ooooh. Mais regarde toi chaton on croirait voir un professeur ! Vous allez être beaux tous les deux. » 

En effet le chat se retourna vers le miroir en pied qui branlait à chaque coups de vents, posé en équilibre sur le parquet disloqué de la mansarde de la gérante du machabbé geignard. Le reflet que lui renvoyait celui-ci lui semblait étrange sans pour autant être totalement contraire, plutôt comme un souvenir, ce genre d’impression forte qui ne vous lâche pas les tripes. Il avait porté de beaux costumes, pour diverses occasions, et même s’il n’osait pas se l’avouer il appréciait la coupe du vêtement qui cachait quelque peu son allure déguindée. 
Il y a quelques jours Lizzie était entrée en fracas dans la salle du machabbée brandissant entre ses mains deux étranges billets. Elle disait les avoir trouvés dans la rue, accroché avec un ruban rouge au pied d’un pont. Ces derniers étaient accompagnés d’une lettre stipulant que ces papiers constituaient le sésame pour entrer dans l’une des soirées les plus huppées et excentriques de la capitale chez les De Montalant  . Qui n’avait jamais entendu parler d’eux ? Llewyn surement. Bien qu’au fait des dernières nouvelles de la capitale, les noms de ses grands ducs lui échappaient bien souvent ! Bien sûr Lizzie l’avait supplié de l’accompagner, et Llewyn pouvait user de toute sa mauvaise foi, se mentir tant qu’il le voulait, il était incapable de résister aux suppliques de Lisbeth. 

C’était ainsi qu’il s’était retrouvé au bras de la petite blonde, 21h30 achevant de sonner au clocher du coin, au bas de l’immeuble des De Montalant. Ils formaient un couple des plus atypiques pour ainsi dire. La jolie Lisbeth s’était parée de ses plus belles étoffes : d’un noir indécent, un fichu coiffait ses cheveux d’or pâle, tandis qu’une robe d’une couleur similaire cintrait sa taille et s’évasait le long de ses chevilles. Elle rayonnait de cet éclat clair; Llewyn aimait la comparer à ces rayons d'un soleil d’hiver qui vous touchent par leur douce pâleur, vous ensorcellent par leur chaleur tenue. gardant toujours la main de la demoiselle à son bras il passa l’autre dans ses cheveux. Il avait à l’occasion taillé sa barbe et coiffé ses cheveux (quoique coiffé semblait encore un grand mot pour l’amas de boucles noires qui étaient négligemment repoussée en arrière dans un vain but de coiffure un tant soit peu structurée). Le costume de tweed était de bonne facture sans pour autant être fait de quelconque riche étoffe. C’était un complet-veston marron clair, mais qu’Elsa avait retaillé pour qu’il lui tombe juste aux chevilles et le cintre à la taille. L’effet final était des plus propres et convaincants même s’il n’avait pas de fleurs ou de mouchoirs à mettre à sa boutonnière et que ses souliers cirés avaient l’air d’avoir connu des jours meilleurs. 
Un couple réellement atypique, un vagabond avec une fille de joie de 10 ans (d’apparence) de moins que lui à son bras, dans leurs habits du dimanche qui ne feraient que dénoter parmi ceux des invités.  Il senti la main de Lizzie se resserrer contre son bras alors qu’il sonnait à la porte. Avait elle peur qu’on se rie d’elle ? Qu’on se moque de cette fille de rien pas à sa place dans une soirée mondaine?
L’Irlandais renifla, alors qu’on leur ouvrait la porte. Cela du-t-il arriver, il se ferait un malin plaisir de fourrer la tête du malotru osant faire un commentaire, dans les petits-fours.

Dès qu’il posa le pied dans ce cabinet des horreurs Llewyn regretta d’avoir accepté. Il lui semblait que l’air ambiant était aussi pollué d’encens que de discussions mondaines. Il n’avait pas pris la peine de demander à Lizzie le sujet de cette soirée, il n’était d’ailleurs pas certain d’avoir envie de savoir. Quelques personnes se bousculaient déjà çà et là devant les petits étalages et autres bizarreries exposées pour les maitres de maison. 

« -Mais… Qu’est ce que c’est que tout ça ? » Lança Lizzie se haussant sur la pointe des pieds pour embrasser du mieux possible la pièce du regard.
« - Un sorte de Cabinet des curiosités j’dirais. » 
«  - Un quoi ? » 
«  - Ah… C’est… Une sorte de collection assez hétéroclites d’objet étranges, de reliques plus ou moins rares venant des quatre coins du monde, on y trouve parfois même des- » il se retourna et eut un moment de paralysie qui passa bien vite lorsqu’il se trouva face à un foetus de chaton bicéphale enfermé dans un bocal de formol. « -Animaux empaillés » 
Lizzie fronça le nez à la vue du bocal et s’en retourna bien vite entrainant Llewyn parmi la foule, le tirant par la main tandis que le pauvre hère arquait sa tête à la recherche de n’importe quel serveur portant un plateau de verres à bout de bras. 
La douce s’était arrêtée devant un étalage, et là aussi un objet attira les yeux du chat. Une reproduction d’épée de très belle facture. Ses yeux se perdirent dans le vide à la vision de l’objet familier.

« - Llew… Llew ! héla, tu étais perdu dans tes pensés. Tu connais ce machin ? 
- Ah, c’est…. Claíomh Solais l’épée du dieu Airgetlam. Ou du moins une reproduction. C’est une vieille légende Irlandaise que tu dois connaitre sous le nom de… d’Excalibur ?
-OH ! L’épée du roi Arthur ! Elle était à un dieu avant ? 
-humhum… »  Laissa t’il échapper avant de passer un bras autour des épaules de la jeune fille et d’attraper au vol un verre de vin sur le plateau d’un serveur. Jetant un oeil sur Lisbeth qui semblait émerveillée de toutes ces choses à voir, il ne pouvait s’empêcher d’avoir ce mauvais pressentiment. C’était peut être juste l’encens qui lui montait à la tête. Il balaya la salle du regard avant de le reporter sur l’artefact et termina son verre. Soudain, il sentit une main se poser sur son épaule. Il ne se retourna pas tout de suite, craignant le pire de cette rencontre : une personne qu’il n’avait pas envie de voir, une ces mondains qui venait lui tenir la jambe. L’odeur immonde de la pièce lui tapait sur les nerfs et l’empêchait de se retrouver dans toutes ces odeurs. Il souffla par le nez deux fois et raffermi sa prise sur l’épaule de Lizzie.

«  Wha- … Fred ? Qu’est ce que tu fais là my boy ? » Le pauvre petit gars devait surement essayer d’échapper à ce genre de conversations que Llewyn redoutait aussi.
« Oh Frederic ! » S’exclama Lisbeth en se jetant à son cou pour lui embrasser la joue « Je suis contente de te voir ! » Et toute sourire elle attrapa les deux bras de ses compagnons pour les entremêler aux siens dans un geste ingénue, surement heureuse de trouver dans cette foule inquiétante, qui lui lançait des regards en biais, des visages connus.

HRP sur Lizzie:
 

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Arnaud Sohan
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Jeu 16 Fév - 0:03


« J’ai quelque chose pour toi. »


Arnaud se tourna vers Eloïse. Il avait récupéré toutes les informations qu’elle avait pu tirer de ses clients : que pouvait-elle bien ajouter ? De sa robe, la prostituée sortie une enveloppe.
« Un client me l’a donné. Il m’a dit qu’un ami à lui, lui avait demandé de te donner ça. » Continua-t-elle.
« Et qui est cet ami ? » Demanda Arnaud, prenant la lettre entre ses longs doigts.
« Un certain Edmond de Montalant. D’après ce que j’ai compris, il t’a repéré au Lost. Tu as dû lui faire forte impression. »
« Cela t’étonnes ? » Lâcha Arnaud sèchement.

Eloïse baissa les yeux. Cette jeune humaine était follement amoureuse de son protecteur, mais Arnaud était complètement hermétique à ses charmes.
Le démon ouvrit la lettre et en lu le contenu. Une invitation pour une soirée chez Monsieur et Madame de Montalant, au 25 du Boulevard Malesherbe à vingt-et-une heure.
« Qu’est-ce que cela dit ? »
« Rien qui ne te concerne. » Grommela Arnaud. « J’y vais. Je reviendrais dans deux jours. »

Sans autres formes de politesse, Arnaud quitta la table et le bar dans lequel il avait pris l’habitude de rencontrer son informatrice de petite vertu. Eloïse était bien utile, mais cela n’allait pas plus loin. Il fallait qu’elle s’habitue à cette idée où elle passera le restant de ses jours à courir après un fantôme—ou dans leur cas, un démon.
Eloïse était utile, mais elle avait attendu le dernier moment pour donner cette fichue lettre : la soirée était pour aujourd’hui !
Il n’était pourtant pas encore dix-neuf heures quand Arnaud sorti du bar. Il avait tout juste le temps de faire un saut au Lost Paradis pour se changer puis se rendre au boulevard Malesherbe.
Le démon ne tarda donc pas. Il n’avait aucune envie de participer à une soirée dans le « grand monde des humains parisiens » ; mais il y avait trop de mystère autour de cette invitation : pourquoi lui ? Quels genres de curiosités cette invitation parlait ? Quelles surprises les De Montalant réservaient aux invités ? Qui assisterait à cette étrange petite fête ? Il se hâta et arriva au 25 du Boulevard plus rapidement qu’il ne l’aurait imaginé. Cependant, il ne trouva l’épaisse porte bleue qu’à vingt-et-une heure dix. *Dix minutes de retard... J'espère qu'ils ne sont pas à cheval sur les minutes.*

« Bonsoir monsieur. Puis-je prendre votre mentaux ? » Demanda le majordome.
Arnaud le regarda attentivement. Un faible d’esprit ? Pas autant qu’il en avait l’air. Mais le démon tenta sa chance. Il sortit son plus joli sourire.
« Vous semblez être un homme très professionnel. » Dit Arnaud. « Vous êtes majordome depuis longtemps ? »
« Assez, Monsieur. » Répondit platement le domestique.
Cette réponse était très insuffisante.
« Et vous êtes au service des De Montalant depuis longtemps ? »
« Suffisamment. » Sourit le majordome. « Monsieur et Madame m’ont averti que vous étiez un… « curieux », monsieur. J’ai pour ordre pour simplement vous inviter à rejoindre les autres convives dans le cabinet. »

Arnaud sourit ; mais il avait envie d’étrangler cet imbécile. Il ignorait qui étaient ces gens, mais eux semblait bien le connaître. Sans perdre son apparence élégante et bien portante, le démon entra dans le cabinet.

Il est important de lever un voile d’incertitude, ici : Arnaud avait eu son lot d’étrangeté dans sa vie : sa mère adoptive étant l’une d’elles. Mais cet endroit… Cela mettait son cerveau à rude épreuve. Des humains avaient collectionnés toutes ces… « choses » ? *Et cette odeur d’encens...* Pensa-t-il avec malaise. Mais avant de s’attarder sur l’exposition, Arnaud analysa qui était là.
La femme dans un corset bleu trop serré devait être Madame Adélaïde de Montalant. L’homme en beau costume allant de convives en convive devait donc être son époux, Monsieur Edmond de Montalant. Arnaud continua son observation. Son sang se glaça en voyant Monsieur Edward White. Aux noms des douze catins des princes des enfers, Arnaud appréciait son Patron (autant qu’un démon puisse apprécier quelqu’un) mais n’avait aucune envie de passer son temps libre en sa compagnie ce soir. Cependant, le barman trouva son compte en voyant à quoi White tenait compagnie. *Un loup ? Sérieusement ?* Arnaud retint un ricanement. Les yeux verts d’Arnaud furent attirés par Layth : ce n’était pas difficile puisque le djin était loin de passer inaperçu. Parmi les convives, Arnaud repéra aussi le Feu Follet : Frédéric Lenoir ; puis Llewyn O’Mallet.

Arnaud se retint de hurler. S’il avait su qu’il y aurait autant de ses collègues à cette soirée : il serait resté au cabaret!

Pour passer sa frustration, le démon jeta son attention sur l’objet de la soirée : le cabinet. La collection des curiosités étaient très impressionnantes : papillons de toutes les formes et les couleurs, têtes réduites, reproduction d’armes et d’objets légendaires, squelettes et animaux imaginaires (ou non) empaillés et… Fichtre ! Etait-ce une gorgone lilliputienne momifiée qu’il y avait là ?
« Ma chère… » Salua-t-il discrètement, en riant. « Vous êtes resplendissante ce soir. »

Ce moment passé, Arnaud alla vers le buffet. Le meilleur moyen de juger la qualité d’une soirée, selon Arnaud, était par l’alcool que l’on servait. Il dépassa Layth qui étudiait une bouchée de cervelle d’agneau assaisonnée, pour saisir un des verres. Du bambou ? Pourquoi pas… Il respira le parfum de l’alcool. Un vin rouge français. Rien de bien original jusqu’ici. Arnaud ne fut cependant pas convaincu que servir un vin de ce type dans un récipient en bois. Il y trempa le bout des lèvres. *Non. Non, cela ne le fait pas en effet.* Pensa-t-il. Les humains aimaient peut-être cela, mais Arnaud eut envie de se laver la langue à l’eau bénite. Il prit un second alcool. Ah ! Un alcool asiatique ! Voilà qui était quand même plus digne de ce cabinet… et qui correspondait un peu plus aux verres. Le démon ne put toutefois pas déterminé de quel vin il s’agissait. Il avait le sentiment que c’était un alcool chinois. Mais le temps avait prouvé de nombreuse fois qu’Arnaud était parfaitement capable de se tromper.

« Ah ! Arnaud ! » S’exclama Monsieur de Montalant. « Je suis heureux que vous ayez pu vous joindre à nous. »
Arnaud grinça des dents quand il entendit son prénom sortir de la bouche de cet humain. Cependant, il garda sa charmante allure et dit en souriant :
« Monsieur de Montalant, je présume. Je suis Sohan, enchanté. »
Il lui tendit la main, que l’hôte serra sans réfléchir.
« Sohan ? Je pensais que votre nom était Arnaud ? »
« La confusion est fréquente. » Dit le démon, préférant que les étranger utilise son nom de « famille » plutôt que son prénom. « Impressionnante collection que vous avez là ! J’ai cru reconnaître un service à thé en os de tigre là-bas ? »
« Monsieur est connaisseur à ce que je vois ! » Sourit Monsieur de Montalant. « Mais je crois comprendre que votre spécialité est plutôt l’alcool. Qu’en pensez-vous ? Je veux votre avis de professionnel. »

Arnaud sourit, peut-être de manière un peu crispée. Son avis ? *Vous avez les goûts d’une goule, mais à part cela…*
« Un vin asiatique : excellent choix. Est-ce là une de vos « curiosités » ? » Répondit Arnaud avec entrain, pour essayer de ne pas penser à l’autre aberration que l’on servait dans cette soirée.
« J’étais sûr que vous trouveriez ! » Rit Monsieur de Montalant. « En effet, un vin rare de Chine que j’ai acheté il y a maintenant quelques années. Quoi de mieux pour cette soirée ? »

Arnaud sourit de plus belle. Si le vin était si rare que cela, personne ne serait en train d'en boire... De plus, Monsieur de Montalant voulait lui demander quelque chose qui n'avait rien à voir avec l'alcool: même un golem de glace le sentirait.
« Pardonnez ma question peu délicate, Monsieur, mais pourquoi suis-je ici, exactement ? Et ne me dites pas que c’est pour le vin. » Demanda Arnaud, à mi-voix.

Monsieur de Montalant se crispa légèrement. Son regard inspecta discrètement les alentours.
« J’ai entendu dire que vous étiez prédisposé à trouver des informations… sensibles. » Répondit-il à mi-voix. « Et que vous saviez être discret si l’on vous paye bien. »
Arnaud aurait dû le voir venir. Il était toujours heureux de rencontrer de nouveaux clients, mais préférait le faire au Lost Paradise. C’était une question de sécurité.
« Monsieur. Je vous sais bon client de notre cabaret. Si la chose est d’importance, ne serait-il pas préférable d’en discuter là-bas ? »
« Je ne préfère pas. » Répondit Monsieur de Montalant. « Voyez-vous, il y a parmi nos invités de jeunes gens en qui je ne fais pas confiance : des invités de ma femme. »
« Craignez-vous une « indélicatesse » de la part de Madame Adélaïde ? » Demanda Arnaud, prêt à dessiner un nouveau trait dans la catégorie « adultère » de la liste de ses contrats.
« Avez-vous remarqué dans quel lieu vous vous trouvez ? » Questionna Edmond de Montalant avec frustration. « Je m’attends à tout avec elle. La voilà qui m’appelle. Nous discuterons de tout cela plus tard. »

Sur ces mots, l’hôte de la soirée laissa Arnaud  pour rejoindre son épouse. Le démon jeta un coup d’œil aux yeux de verres. Oui, tout était possible à ce niveau-là. Mais il y avait quelque chose de malsain dans tout cela. Quelque chose qu’Arnaud n’était pas sûr d’aimer. Devait-il en parler à ses collègues, puisqu’ils étaient eux-aussi là ?


Spoiler:
 

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Dernière édition par Arnaud Sohan le Sam 18 Fév - 23:00, édité 1 fois
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Jade Perez
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Ven 17 Fév - 13:58

« Non mais franchement … Edward se croit tout permis, peut-être ?! »

Si c’était de cette façon que la journée commençait, ça promettait… Avant même que Jade ait pu questionner davantage sa petite protégée à propos de cette soirée mondaine où elle devait accompagner Edward – parce que ce détail à lui seul était assez suspect, il fallait l’avouer, d’accord, ce n’était pas mauvais que Louna sorte un peu et apprenne à vivre en société sans être constamment stressée, mais elle n’avait pas conscience qu’ils étaient aussi … proches pour qu’une invitation pareille soit convenable – le jour funeste était déjà arrivé sans que cela ne soit possible. Pourtant, d'habitude, la Louna qu'elle connaissait adorait lui raconter toutes sortes de choses intéressantes ! On cherchait donc à la maintenir dans l’ignorance ! Cela ne se passerait pas comme cela, ça non ! Si Edward
White pensait vraiment qu’il pouvait séduire la jolie chimère sans l’approbation de Jade, il risquait fort bien d’être surpris... Sans plus de
cérémonie, la maquilleuse laissa la porte du cabaret claquer derrière elle, déterminée comme jamais à en avoir le cœur net, se rappelant pourtant au dernier moment de prendre sa veste au vestiaire. On appelait cela une soirée pour une bonne raison, après tout ; c'était de soir !

Souci mineur, puisque les deux tourtereaux étaient déjà partis, raison même pour laquelle elle n’avait pu obtenir plus de détails, Jade ne savait absolument pas où se trouvait cette soirée ! Cela allait être chouette pour demander à un cab de la déposer là-bas, tiens. Enfin, elle était bien placée pour savoir que la ville recelait plus d’un secret, pour ceux qui savaient garder les yeux ouverts, et les oreilles à l’affût. Du coup, il lui
suffisait simplement de remonter la trace de l’un de ses anciens contacts du temps où elle était encore la panthère rose. Évidemment, un service en demandait un autre en retour, mais ce n’était pas comme si elle manquait de ressources. Voilà donc, sommairement, comment grâce à son plan génial, elle réussit à frapper à la porte des De Montalant sans que la soirée ne soit trop avancée, avec une invitation à la main qui plus est ! Pour une fois que ses talents de cambrioleuse pouvaient servir une noble cause.

Après s'être départie de sa veste, elle suivit le majordome jusqu'à la pièce principale où se déroulait l'exposition, se retenant de se montrer grossière en lui demandant d'accélérer le pas. Elle devait jouer le jeu des bourgeois pour pouvoir veiller sur Louna. Pourtant, une fois la porte du cabinet passée, elle marqua un temps d'arrêt, hantée par un frisson d'épouvante. Bon sang. La mauvaise impression qui l'avait suivie toute la journée ne lui avait pas menti. À quoi pensait donc Edward pour entraîner une pauvre âme innocente dans un endroit pareil ?

« Mademoiselle ? »

Le majordome. Elle l'avait complètement oublié, celui-là ! On lui avait sûrement demandé de s'assurer qu'aucun des invités ne se sente indisposé. Ce ne serait pas étonnant, au vu de cette collection perturbante.

« Oh. Excusez-moi, il me faut toujours quelques minutes pour m'habituer à l'odeur de l'encens... »

Évidemment, c'était une pure invention, mais c'était plutôt convaincant non ? Elle lui offrit l'un de ses plus charmants sourires pour le rassurer, aussi pour éviter qu'il ne lui pose plus de questions, et s'avança dans la salle d'un pas assuré, où nombre de ses collègues se trouvaient déjà, d'ailleurs. De mieux en mieux. Pourquoi personne ne lui disait-il jamais rien ? Histoire de retrouver son aplomb naturel pour affronter le reste de sa soirée – Jade était en mission après tout, elle ne pouvait pas abandonner Louna ici – et de remettre son moral au beau fixe, elle se saisit à la volée de deux coupes de ce vin à la couleur sombre qui était servi aux invités, s'enfilant le premier sans attendre. Point positif, sa tenue ne serait pas complètement ruinée si quelqu'un venait à renverser son verre. Bon, maintenant, il était sans doute temps de se mêler à la foule, non ? Son regard balaya l'assemblée, incertaine de la meilleure approche pour éviter qu'Edward ne lui file entre les doigts. Devait-elle faire mine de s'intéresser à l'une des vitrines près du patron ? Mais Lou' se douterait peut-être que quelque chose clochait. Elle parcourut quand même du doigt les titres apposés près d'elle pour tenter le coup sans que ses nerfs ne la trahissent. Une série d'araignées venimeuses qu'elle ne pouvait qu'espérer empaillées. Génial.

« Fascinant, n'est-ce pas ? »

« Je vous demande pardon ? »

« La beauté qui se dégage parfois du caractère éphémère de la vie. On se retrouve incapable d'en détourner les yeux. »

Jade cligna des yeux à quelques reprises, ne sachant pas trop ce qu'elle pouvait répondre à tout cela. Enfin, c'était sûrement le genre de réaction que l'on pouvait attendre de la part de pareils collectionneurs, mais tout de même. Coup de bol, elle n'eut pas à faire quoi que ce soit.

« Je dois malheureusement vous fausser compagnie, il faut que je discute avec mon mari maintenant qu'il s'est libéré. Peut-être aurons-nous l'occasion de nous recroiser plus tard ! »

Jade hocha poliment la tête, mais elle n'était pas bien certaine que le plaisir serait vraiment partagé. Mais maintenant qu'elle était seule, ce n'était pas le moment de se laisser distraire à nouveau ! Elle préféra se diriger vers la petite table où étaient disposées quelques bouchées, tendant son verre à Layth avec un bien maigre sourire. Elle, elle venait définitivement de perdre tout appétit.

« Ne me remercie pas, c'est parfois marrant lorsque les rôles peuvent être inversés, non ? »

Ouais. La plaisanterie était peut-être de mauvais goût, et donc ratée. Les entrées en la matière banales, ce n'était pas trop son truc, de toute façon, et c'était tout simplement le meilleur endroit pour rester discrète sans qu'on ne vienne lui poser trop de questions...
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Ester Jones
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Ven 17 Fév - 14:49

Les sabots des chevaux claquèrent sur les pavés. Ester regarda le fiacre s’éloigner, jusqu’à ce qu’il disparaisse complètement dans la pénombre nocturne. Puis elle tourna son regard vers le bâtiment devant elle. Soudain intimidée, elle n’osait plus bougée.
Les fenêtres crachaient leur lumière sur la pierre, et la façade semblait scintiller dans la nuit. Cela ne faisait qu’accentuer le contraste avec l’obscur fer forgé qui s’alignait dessus.
« On se croirait dans un autre Paris… ça n’a rien à voir avec notre quartier ».
D’un geste nerveux, elle glissa sa main dans son manteau et en retira un carton richement décoré. Elle releva la tête, regarda la plaque au mur, et opina. Pas de doute, c’était bien la bonne adresse.
Il ne restait plus qu’à entrer…


- ‘selle Jones ! Mademoiselle Jones !
Absorbée dans sa contemplation, elle sursauta à l’appel de son nom. Pivotant vers la voix, son cœur s’emballa alors qu’elle ne voyait encore personne. Peu à peu, la silhouette sombre d’un homme se dessina. Peu rassurée, Ester recula d’un pas et serra l’étui de son appareil contre elle. Puis, surgissant du sous l’éclairage de la rue, l’homme retira son chapeau et sourit.

- Professeur Maurel !
Ester s’inclina légèrement en reconnaissant le client qu’elle avait livré quelques jours plus tôt.
- Vous êtes en beauté ce soir ! dit-il en apercevant sa robe rosée sous son manteau ouvert. Mais vous n’entrez pas ?
- Oh… je vous remercie… fit-elle avec une pointe de rougeur aux joues. Vous aussi vous êtes très élégants.
- Allons ! Pas de flatterie inutile ! Mais laissez-moi plutôt vous escorter voulez-vous ?
- D… d’accord !
N’osant refuser, elle passa ses doigts enrobés de tissu rouge sur le bras du professeur, et se laissa entrainer.
- Vous n’êtes pas avec votre femme ?
- Elle est souffrante, malheureusement… mais elle me fait dire qu’elle est très satisfaite du portrait que vous nous avez fait, et vous remercie pour la rapidité de votre travail.
- C’est moi qui vous remercie ! Sans vous, je n’aurai jamais été conviée à cette soirée…
- Allons bon ! Ce n’est que le hasard…

Le hasard… Ester n’y croyait pas, mais elle se retint de le contredire. Elle gravit les marches, songeuse. Selon elle, il y avait une raison à chaque chose, même s’il ne nous était pas encore donné de la connaitre. Pourquoi les De Montalant étaient-ils passé juste au moment où elle apportait le portrait de famille aux Maurel ? Pourquoi avaient-ils décidés de l’invité elle aussi ? Elle l’ignorait. Mais qui sait ? Peut-être que cette soirée allait le lui apprendre !
Ester replaçait les fleurs de lys qui ornaient ses cheveux, juste quand le majordome arriva. Sous son invitation, elle lui tendit timidement son pardessus, mais refusa de se séparer de son appareil. Impatient, le professeur pénétrait déjà le cabinet, alors qu’elle le suivait d’un pas lent. Nerveuse, elle réajusta machinalement son corsage cramoisi et repoussa ses longues mèches ondulées dans son dos. Elle se regarda de la tête au pied, se demandant si elle n’allait pas faire tache avec le reste des invités...
Décidément, elle n’arrivait pas à se faire à tout se faste. Et cette odeur qui titillait ses narines… C’était une particularité mondaine ça aussi ?
Elle respira un bon coup, et tenta de se rassurer.

« Au moins, vu la teinte de ma robe, mes rougeurs devraient passer inaperçu ! »

Elle pénétra enfin dans le cabinet et croisa aussitôt le regard M. De Montalant qui l’invitait à s’approcher davantage. Cette fois impossible de faire demi-tour.

- Je me réjouis que vous soyez parmi nous ! Vous nous aiderez à immortaliser cette soirée j’espère…

Il désigna l’appareil d’un haussement de sourcil et lui déposa un… morceau de bambou dans les mains.
Ester sourit poliment et s’apprêta à lui répondre, mais déjà l’homme filait vers un autre convive qui venait d’arriver. C’était peut-être mieux comme ça… Elle n’avait jamais trop eu de réparti. Alors dans ce genre de réception, c’était à peine si elle pouvait aligner trois phrases !

Elle reporta son attention sur son « verre », et en huma le contenu. C’était de l’alcool à n’en pas douté, mais elle ne reconnaissait pas son parfum. Elle y trempa les lèvres et sourit. Ce nouveau gout exotique n’était pas pour lui déplaire.

Livrée à elle-même, elle parcourut la salle du regard. Les œuvres exposés étaient si hétéroclites qu’elle avait l’impression d’avoir atterrit dans un autre pays. Même les invités lui semblaient venir d’un autre monde… ou d’autre chose de très différent de sa campagne natale !
Elle y reconnaissait tout de même quelques têtes, des clients dont elle avait déjà tiré le portrait, ou ce grand homme distingué là-bas. Comment s’appelait-il déjà ? Ah oui ! Monsieur White ! Ils parlaient souvent de lui au journal. Drôle de personnage parait-il…

Balayant la foule des yeux, elle finit par la majorité et observa certaines excentricités du Cabinet. Tantôt morbides, tantôt fabuleux, les objets présentés ici ne pouvaient vous laisser indifférent. Dans le lot cependant, il était une catégorie qui mettait la jeune femme particulièrement mal à l’aise : les animaux empaillés ! À la fois fascinée et effrayée, elle frissonnait dès qu’elle posait les yeux dessus.
Qui donc avait eu une idée pareille ? Voir des morts, entendre et parler à des morts, ça elle en avait l’habitude… mais voir des – animaux- morts qui avaient l’air vivant ! Ce n’était vraiment pas normal ! Elle finit par s’en éloigner et bu son verre d’une traite. Ses pas la menèrent vers le buffet, mais les commentaires qu’elle y entendit ne la rassurèrent pas.

Elle hésitait encore sur le met à tester quand elle aperçut un visage familier. C’était furtif, mais elle en était sûre ! Il s’agissait d’un des frères Lenoir. Oubliant la nourriture, elle le suivit alors qu’il disparaissait dans la foule de plus en plus importante.
Mais qu’il fuit ! On n’échappait pas au regard de la photographe comme ça !
Arrivée dans son dos, elle poussa un peu sur la pointe de ses pieds et glissa à l’oreille du jeune homme :


- Est-ce que ces hors-d’œuvre vous mettent en appétit ?


Elle ré-atterrit sur ses talons et se surprit de sa propre familiarité. Était-ce dû au vin ? Ou simplement au soulagement, de retrouver là quelqu’un qu’elle connaissait un peu plus qu’une simple tête d’affiche ou du journal.
Ce n’est qu’une seconde plus tard, qu’elle découvrit la jeune femme accrochée à son bras. Elle s’empourpra pour de bon, et s’excusa aussitôt.


- Oh pardon ! Je ne voulais pas vous interrompre !
HRP:
 

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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Sam 18 Fév - 16:42

Ce pauvre monsieur Richard ne comprenait pas vraiment ce qu'il pouvait bien se passer dans sa pauvre calèche. Il n'était que cocher, marié à une femme délicate et père de deux petits garçons pleins d'énergie. Il n'avait jamais vraiment fait d'études poussées, ni lu beaucoup de livres. En fait, il se contentait de vivre au jour le jour, et jusqu'à maintenant cette méthode avait porté ses fruits. Alors il n'osa rien dire, ou plutôt ne trouva pas quoi dire lorsque sa calèche se leva du sol sur près d'un mètre de hauteur avant de retomber dans un vacarme assourdissant, effrayant les chevaux qui réagirent par de furieux hennissements et menacèrent de cabrer si le cocher ne les avait pas calmés. La voiture s'immobilisa au milieu de la rue tandis que les passants prenaient soin d'en faire le tour. Monsieur Richard ajusta son chapeau et se tourna vers sa voiture, puis, entendant ses passagers taper contre le toit, refis face à la route et donna l'ordre à ses chevaux de repartir.

À l'intérieur cependant, l'ambiance était toute autre.

- Hmpf, la prochaine fois je te fais sortir par la fenêtre.

Les jambes soigneusement croisées, le visage posé dans sa main, la plus petite occupante de la calèche jeta un œil vers l'extérieur par la fente qu'offrait le rideau et constata que les chevaux avaient repris leur chemin. De l'autre côté du siège se dessinait une grande silhouette, dont les petites mimiques trahissaient une frustration à peine dissimulée.

- Je t'ai entendu tu sais.

L'ombre dégingandée sursauta et s'immobilisa aussitôt, le dos droit. La petite demoiselle soupira, se plaignit de la lenteur du cab, se demanda une énième fois pour quelles raisons elle avait accepté de partir, puis soupira à nouveau avant de tirer le rideau et poser sa tête contre le dossier du siège, les yeux fermés. Son repos fut néanmoins de courte durée car bientôt les chevaux s'arrêtèrent devant l'entrée d'un immeuble.

À l'extérieur, Monsieur Richard retint sa respiration, espéra que ses passagers se tiendraient tranquille le temps qu'il rejoigne la porte, puis posa sa main sur la poignée et les invita cordialement à sortir. Une longue jambe fit d'abord son apparition, longiligne et rigide, suivie d'une seconde. Un grand homme s'échappa finalement de la voiture, inclina la tête pour remercier le cochet, frotta son épaisse moustache blonde et droite, puis ajusta son chapeau et son nœud papillon avant de tendre son long bras fin vers l'entrée de la calèche. Une petite main de poupée s'y nicha délicatement, suivie par deux petites jambes habillées de souliers rose poudré et de collants blancs. Bientôt, une petite fille fit sa sortie, parfaitement vêtue, coiffée d'un chignon blond impeccable, lui même protégé par un petit chapeau rose à froufrous piqué d'une délicate suite de fleurs. L'enfant constata avec agacement la hauteur qui séparait le sol de la sortie du cab, puis attendit que le cocher déplie les escaliers métalliques pour en fouler les marches sans un mot. Une fois au sol, la petite passagère épousseta sa robe de poupée et en balaya les plis disgracieux avant de lever la tête vers le cocher.

- Nous vous remercions pour ce trajet. Nous ignorons quand est-ce que notre soirée va se terminer, nous ferons appel à un autre cocher pour le retour. Vous pouvez disposer.

La petite fille n'esquissa aucun sourire et se contenta d'une légère révérence avant de prendre la main du grand homme et de tourner le dos au cocher qui répondit en levant son chapeau. L'étrange duo s'arrêta quelques secondes devant la porte d'entrée de l'immeuble, restée déverouillée pour accueillir les invités de la soirée. La petite fille tourna la tête, vérifia que personne n'était près d'eux, puis déclara à voix basse :

- Je te rappelle que tu n'es ici que pour m'accompagner. Une fois à la bibliothèque tu seras de nouveau un balai, que tu le veuilles ou non. Si cela ne tenait qu'à moi, Ladli serait à ta place à l'heure qu'il est. Si tu fais un écart, ou que tu t'éloignes de moi, je te mets le feu. Compris, Charles-Alexandre ?

Le balai provisoirement transformé en humain par sa patronne acquiesça nerveusement puis frotta son épaisse moustache.

- Qu'est-ce que tu attends pour ouvrir ? Tu es sensé être mon père je te rappelle !

Lotte retint alors sa respiration pour se forcer à baisser le ton de sa voix. Charles-Alexandre se raidit et ouvrit la porte, suivi de sa petite patronne qui râlait encore à voix basse, trop agacée par la situation pour réagir autrement. Quelle idiote elle avait été d'accepter cette maudite invitation. Trouvée dans un livre qu'ils disaient. Cela sentait le coup fourré, en particulier parce qu'elle n'avait trouvé que son balai pour l'accompagner. D'après Ingrid et Astrid, le couple des De Montalant étaient des collectionneurs chevronnés, ou en tout cas des humains qui avaient un drôle d'intérêt pour les objets bizarres. Pourquoi avait-elle accepté d'y aller déjà ? Dans l'espoir de trouver quelque chose, peut-être. Quoi ? Aucune idée. Et puis elle n'était pas sortie à Paris depuis plusieurs mois maintenant, et Boniface n'avait de cesse de répéter qu'il était important de suivre l'évolution de la capitale en s'y rendant de temps en temps.

- Tu parles d'une évolution… murmura la petite Lotte, tandis qu'elle pénétra dans l'appartement aux côtés de Charles-Alexandre qui eut le bon réflexe d'ôter son chapeau, révélant des cheveux blonds et droits, semblables à de la paille que l'on pourrait trouver sur… et bien, sur un balai, évidemment. Un majordome salua aussitôt les deux nouveaux arrivants et, s'adressant au plus grand, proposa de lui récupérer sa veste. Ce fut Lotte qui répondit.

- Papa est muet, il ne parle pas. En temps normal ma maman l'accompagne, mais elle était trop occupée pour venir aujourd'hui.

La petite fille, qui avait adopté un air naïf et charmant, dénoua le ruban qui tenait son chapeau en place et le tendit au majordome qui s'inclina (un peu plus bas que d'habitude) pour remercier l'enfant. Celle-ci profita du manque d'attention du serviteur pour reprendre son expression renfrognée, le temps de faire un signe de tête à son « père » pour que celui-ci ôte également sa veste et la tende, ainsi que son chapeau, au majordome. Ce dernier plia soigneusement l'habit et orienta sa main gantée vers le couloir qui menait vers les véritables hôtes de la soirée. Lotte remercia l'homme par un sourire cordial et frappa discrètement le pied gauche de Charles-Alexandre avec son talon pour lui dire d'avancer le premier, pour suivre le majordome qui, lui, s'était déjà éloigné de plus d'un mètre.

- Cesse de lever les yeux comme un idiot, fit Lotte en chuchotant, cette tapisserie est affreuse. Pour qui il se prend ce majordome pour se baisser aussi bas pour récupérer mon chapeau ? La décoration est vraiment de mauvais goût. Arrête de te brosser la moustache ! Chht, je ne veux pas savoir ! Tais-toi !

Charles-Alexandre soupira discrètement et leva le menton, mais le coup de coude de Lotte eut raison de la mauvaise humeur du balai qui se redressa et pénétra dans le cabinet des De Montalant en remerciant le majordome qui l'invitait à entrer par un mouvement de la tête.
Une fois dans la pièce, Lotte eut peine à contenir son étonnement, tout comme son père fictif qui resta la bouche ouverte, trop habitué de ne pas en avoir une pour oublier de la refermer. L'endroit était rempli d'objets en tout genre, aussi éclectiques qu'improbable. Des rangées de vitrines soigneusement dépoussiérées pour l'occasion recouvraient la quasi-totalité des murs, des animaux empaillés habitaient les recoins de la grande pièce et d'autres étrangetés avaient élu résidence au niveau du plafond. Autres tableaux, bibelots et matériel inattendus occupaient les derniers endroits épargnés par les imposantes vitrines de verre. Charles-Alexandre et Lotte restèrent immobiles puis s'apprêtèrent à faire demi-tour, mais une voix féminine vint malheureusement interrompre leur dérobade.

- Monsieur ! Quelle fantastique surprise ! Nous comptions sur la présence d'invités impromptus, et je suis très heureuse de voir que nos invitations anonymes ont porté leurs fruits ! Madame Adélaïde de Montalant, enchantée de faire votre connaissance. Vous êtes ?
- Charles-Alexandre Dubois, papa est muet de naissance et je me charge de faire l'interprète.

Madame de Montalant lâcha un léger cri de surprise et posa ses mains sur les bords de sa robe avant de plier légèrement les jambes pour approcher le niveau du visage de Lotte.

- Quel formidable duo ! Vous êtes sa fille si je comprends bien ?
- Tout à fait, fit Lotte avec une discrète révérence. Je m'appelle Charlotte.
- Oooh, votre fille doit suivre une éducation très réussie ! Enchantée Charlotte, soyez la bienvenue, toi et ton père, dans notre cabinet ! Allons, ne restez pas à l'écart, rejoignez les autres invités ! Nous commençons à être nombreux voyez-vous ! Vous trouverez sans doute quelqu'un avec qui parler ! Enfin, c'est une façon de parler ! Reste bien avec ton papa pour ne pas te perdre !

L'hôte s'éloigna avec un rire déplaisant et rejoignit les autres convives qui s'étaient amassés autour des différentes vitrines d'exposition. Lotte, qui avait à peine repris sa mine renfrognée habituelle, adressa un sourire à un invité qui passait par là puis attrapa la main de Charle-Alexandre pour le tirer vers un coin en retrait de la pièce. Tous deux firent mine de regarder ce qu'elle contenait.

- Je déteste cette femme. Je déteste cet endroit. Je vais la brûler vive, elle et tout le quartier, si elle me reparle sur ce ton. Baisse toi.

Le père fictif ajusta nerveusement son nœud papillon puis se baissa au niveau de la petite blondinette qui avança son soulier, faisant signe à son employé de refaire l'un des lacets. Elle continua :

- Cette odeur est infecte, pourquoi accueillent-ils leurs invités avec une horreur pareille ? L'autre pied maintenant. Si la situation empire, je prétexterai un malaise, et tu me sortiras d'ici aussitôt. Compris ?
- Tout se passe bien ?
- Oui à merveilles. Papa est très content d'être ici, il renoue mes lacets de crainte que je tombe.
- Oh je comprends. Je suis l'hôte de cette soirée, Edmond de Montalant, vous avez rencontré ma femme je crois. Tu es heureuse ici petite demoiselle ? Les monstres ne te font pas trop peur ?
- Non monsieur, je n'ai pas peur. Merci.

L'homme salua avec ce genre de rire que l'on fait quand on parle à un enfant et s'éloigna doucement pour accueillir de nouveaux invités. Lotte de son côté se retourna et afficha une mine effroyable. Charles-Alexandre sentit les pulsions meurtrières chatouiller le visage de la Simurgh qui imaginait déjà quelles souffrances imposer aux hôtes de la soirée. Le balai épousseta les épaules de sa patronne et se releva tout en lui tenant la main. Lui n'était qu'un outil pour le ménage, il ne savait pas vraiment comment se comporter en société puisqu'il n'y avait jamais mis les pieds. Mais il se souvenait des paroles de Ladli avant le départ. C'était quelque chose comme « Si elle s'énerve, garde-la bien près de toi. Tant qu'elle n'est pas seule, elle ne détruira pas la capitale ». Le balai comprit rapidement que la tâche était finalement plus délicate qu'elle n'en avait l'air.

Le drôle de duo resta donc quelques minutes en retrait, le temps pour la directrice de bibliothèque de reprendre son calme. Ses yeux se posèrent sur les innombrables objets qui y étaient exposés, loin d'être effrayée, mais plutôt étonnée de voir que des humains pouvaient s'amuser à conserver des objets pareils. Une étiquette indiquait « cervelle de chat », tandis qu'une autre à côté était attachée à un bras qui avait appartenu à un petit singe. À quelques centimètres de là, une jarre remplie de dents trônait fièrement aux côtés d'un collier de cheveux trouvé d'Afrique. Alors, Charles-Alexandre se recula de quelques pas, détournant les yeux d'un objet exposé tout en bas de la vitrine, une expression de terreur ornant son visage moustachu. Lotte s'approcha et lu l'étiquette : « Balai bicéphale ». Elle leva un sourcil.

- Tu es sérieux ? Fit-elle en chuchotant. C'est un balai avec de la paille de chaque côté ! Un enfant de 3 ans pourrait faire une chose pareille !

Mais Charles-Alexandre, traumatisé par cette vision terrible, s'éloigna de la vitrine et tira Lotte avec lui pour s'approcher de l'imposant ours empaillé qui trônait plus loin dans le cabinet. Tandis que le pauvre intendant des tâches ménagères reprenait ses esprits, Lotte jeta un œil aux autres convives et fut surprise d'y croiser le regard d'un grand énergumène qu'elle aurait aimé ne pas voir ici. Lotte détourna les yeux, espérant qu'il ne l'avait pas vue, mais après avoir aperçu le sourire désagréable qui ornait son visage de sale cabot, elle comprit qu'il l'avait bien reconnue. Maudit loup-garou. Cette soirée ne pouvait vraiment pas être pire.

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Lotte râle en #D45F8C
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Elise Barcarolle
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Sam 18 Fév - 23:55

Le vent dans les arbres lui donnait envie de voler. Les nuages filaient vers une horizon que la muse devinait à peine et c'était avec grand plaisir qu'elle imaginait les destinations de ces êtres intangibles qui voyaient le monde depuis des cieux qu'elle n'atteignait jamais qu'en rêve. La journée était belle, les oiseaux, timidement, s'étaient remis à chanter en chœur avec l'univers et Elise avait pu sortir pieds nus sans que son patron n'ait le temps de lui dire quoique ce soit, tant elle avait filé vite. Seul son rire était resté de longues minutes après elle, résonnant dans le cœur de ceux qui l'entendaient comme une étrange mélodie dont les incompréhensibles accents étaient autant de secrets.
C'était ce genre de moments où les ombres du monde côtoyaient la lumière du matin. C'était ce genre de moments où Paris, encore toute endormie, ouvrait tendrement les yeux sur le spectacle de ses enfants les plus matinaux. C'était ce genre de moments où la muse se sentait libre de chanter, de danser et presque de jouer sans que rien ni personne ne puisse l'arrêter. Ses pas foulaient les pavés de la ville lumière sans jamais parvenir à réellement se poser sur un sol qu'elle ne faisait que frôler, tant elle courait à perdre haleine, dans une direction que seul le hasard pouvait se vanter de connaître. La muse était de sortie et l'univers tout entier semblait accueillir sa présence comme un cadeau des dieux. Et en quelques sortes, c'était un peu ce qu'elle était. Déesse elle-même tombée de son nuage pour une réalité qu'elle avait peu à peu appris à aimer, à mesure que les siècles défilaient pour l'éloigner à jamais de la vie qu'on l'avait poussée à quitter.
Soudain, les pieds de la muse accrochèrent le sol tandis que le regard de celle-ci fixait une enveloppe qu'elle reconnaissait pour en avoir reçu une voilà quelques temps déjà. Un sourire se dessina sur les lèvres enjouées alors qu'elle détachait le ruban agité par le vent pour fourrer la lettre dans sa poche. Les organisateurs de la fête où elle devait se rendre le soir-même avaient pris soin de dissimuler des invitations dans toute la ville, tel un véritable jeu de piste. Alors, Elise se fit un devoir de toutes les collecter une à une.
Si la muse y parvint ? Nul ne le sut jamais. Toujours est-il qu'elle rentra au Lost Paradise les bras chargés du précieux courrier et fila dans sa chambre. On raconte que, quelques instants plus tard, de très jolis papiers ornés de rubans s'envolèrent dans les cieux parisiens, portés par ce même vent qui, fidèle à la chevelure rosée qu'il avait agité toute la journée, se fit un devoir de délivrer les enveloppes à qui les voudrait...

Les rayons d'un soleil mourant rappelèrent la céleste créature à l'ordre et c'est presque à regret qu'elle se détourna de son féerique spectacle. Le vent, presque peiné à l'idée de voir disparaître son amie, vint emmêler les cheveux de celle-ci une dernière fois avant d'aller siffler dans les arbres une mélancolie que personne ne comprendrait jamais vraiment. La muse se détourna de lui comme elle l'avait fait pour des milliers d'autres et c'est d'un pas enjoué qu'elle bafoua la peine de la brise pour se rendre plus rapidement chez l'enfant de la lune, Reilly O'Brian. Ce soir là, Ovide, comme ressuscité pour l'occasion, inscrivit ses derniers mots dans les plis métamorphosés des vêtements de la muse. C'était apprêtée qu'elle se rendrait à la soirée qui l'attendait. Et les yeux des étoiles se tournèrent à l'unisson pour ne plus illuminer qu'elle.
Le cocher qui, ce soir-là, la mena à bon port, raconta à qui voulut l'entendre qu'il avait croisé la plus belle apparition de sa vie. D'aucuns le prirent pour un fou. Ceux qui le crurent, quant à eux, s'imaginèrent une femme sublime, tantôt brune, tantôt blonde, aux yeux d'un vert intense, d'un brun chaleureux ou d'un bleu océan, mais aucun d'entre eux ne parvint jamais à rêver Euterpe telle qu'elle était : l'irréalité de sa présence même faussa à jamais les impressions fantasmées des rêveurs.

Le bâtiment à lui seul happa le cœur de la muse à l'instant même où elle le vit. De l'entrée se dégageaient des effluves qu'elle ne connaissait que trop bien et c'est d'un pas enjoué qu'elle se dirigea vers les marches. De l'encens. C'était de l'encens, et ça sentait rudement bon. Un merveilleux sourire se glissa sur les lèvres de la jeune femme malgré le début de frustration qu'elle ressentait. Elise avait en effet osé les talons et, de ce fait, ne pouvait pas courir. Cependant, l'odeur envoûtante qui s'échappait des lieux et la promesse d'une soirée des plus intrigantes suffisaient à calmer son léger désarroi pour mieux le remplacer par un empressement presque palpable. Le son des voix se retrouvait porté par la mélodie des âmes présentes en ce lieu et, si elle croyait reconnaître les accents de certaines d'entre elles, les nouvelles l'intriguaient plus encore. Tant de personnes, c'était autant de musiques à découvrir et, parmi elles, peut-être, de merveilleux morceaux, jamais entendus et composés pour elle seule. Face à ce plaisir à venir, c'est d'un pas plus rapide, en dépit de ses talons, qu'elle gagna enfin la porte principale. Le majordome qui la vit arriver ne montra rien de l'étonnement qui fut le sien lorsqu'il remarqua à la fois les cheveux de la jeune femme et l'absence de protection contre le froid, encore saisissant, qui sévissait ce soir.

« Bonsoir monsieuuuuur ! »

L'homme esquissa une révérence des plus polies et Elise put écouter à loisir les notes s'échappant de son âme. C'était doux et, dans l'ensemble, plutôt calme. On sentait une discipline certaine dans l'arrangement de sa mélodie mais pour autant, l'homme ne semblait pas de ces gens ennuyeux si attentifs à l'étiquette. Son patron, sa patronne ou les deux devaient ne pas tenir compte de ce genre de choses, pour le plus grand plaisir de la muse. Un sourire encore plus grand s'empara des lèvres volatiles.

« Bonsoir... Vous êtes madame... ? Ou mademoiselle, peut être... ?
- Barcarolle ! Je suis mademoiselle Barcarolle !
- Si mademoiselle veut bien me suivre... »

D'un pas silencieux mais décidé, le majordome les dirigea à travers les couloirs après s'être assuré qu'Elise le suivait bel et bien. Plusieurs fois, il fut au regret de s'arrêter pour laisser à la muse le plaisir de contempler les lieux.

« C'est joli, ça... Ils sont collectionneurs ?
- Je ne peux rien vous dire, mademoiselle, j'en ai reçu l'ordre plus tôt dans la soirée, navré.
- Ce n'est rien, j'aime énormément les surprises !
- Parfait, dans ce cas... Pourrions-n-...
- Oh, que c'est beaaaau ! Qu'est-ce ?!
- Monsieur l'a ramené d'Orient. Il sera ravi de vous expliquer ce dont il s'agit lorsque nous serons arrivés. »

L'homme était malin et cet argument acheva de convaincre la muse de ne plus s'extasier sur un rien et de poursuivre ainsi sa route. Habitué qu'il était aux originaux de ce genre, le majordome avait appris à composer avec eux et savait désormais, en règle générale, que dire pour obtenir poliment ce qu'il souhaitait. Ils arrivèrent finalement dans le gigantesque salon et Elise remercia joyeusement son nouvel ami avec un grand sourire. Après une dernière révérence, celui-ci put regagner son poste. La muse se retrouva livrée à elle-même et très vite, se fit un devoir de tout découvrir. C'est ainsi qu'elle passa devant la mâchoire d'un requin à qui il manquait deux dents, un bocal contenant un fœtus de licorne -une supercherie selon elle, tout le monde savait que la corne des licornes ne poussait qu'à la puberté de celles-ci-, un vase rempli de miel venu d'Afrique, une réplique de momie, et tout un tas d'autres choses devant lesquelles elle prit soin de s'extasier autant de temps qu'elle le voulut. Elle s'absorba notamment dans la contemplation d'une assiette où elle était elle-même représentée et qui lui rappela bien des choses.

« Fascinant, n'est-ce pas ? La Grèce m'a toujours passionné... »

Elise se tourna vers l'homme qui venait de l'aborder avec un sourire. Sa mélodie, atypique, originale et à l'indiscutable impression voyageuse, lui plaisait. Cet homme devait au moins posséder un certain savoir et ce serait sûrement un bon partenaire de conversation.

« Vous vous y êtes déjà personnellement rendu... ?
- Absolument. Je suis fier de pouvoir dire que j'ai acquis personnellement la quasi totalité de cette collection ! Edmond de Montalant. Enchanté, mademoiselle Barcarolle. »

La surprise mangea les traits de la muse tandis qu'elle reprenait la parole face à un Edmond très amusé.

« Vous savez qui je suis ?
- Bien évidemment, mademoiselle. J'ai moi-même remis l'invitation au coursier qui vous l'a livrée... Des cheveux de cette couleur, ça ne s'oublie pas ! »

Un sourire reprit possession des lèvres de la jeune femme, qui caressa l'une de ses mèches rosées. Edmond en profita pour reprendre la parole.

« Je tiens à féliciter votre tenue, que je trouve absolument sublime. Il me faudra l'adresse de votre couturier...
- Je vous remercie, il s'agit de celui du cabaret, il est extraordinairement doué, vous savez ? »

Elise partit sur un long monologue sur les qualités de son ami et ne termina que de longues minutes plus tard, sous le regard résolument amusé du propriétaire des lieux.

« Et bien... C'est fascinant...
- Oui, hein ? Ce qui est dommage, c'est qu'il ne le sait pas vraiment, qu'il est fascinant. Et-...
- A vrai dire, je parlais de vous et de votre façon de parler, de ce flot ininterrompu d'idées qui voltigent dans votre esprit à la vitesse de l'éclair ! Vous suivre m'a demandé une certaine concentration ! J'ai hâte que nous puissions parler davantage, notamment de ce pays commun qui nous plaît pareillement. Malheureusement, je dois vous laisser. J'ai encore bien des invités à recevoir, mais je sais que vous le comprendrez aisément...
- Oh, oui, je comprends ! Revenez quand vous aurez un peu plus de temps, alors !
- Je n'y manquerai pas. »

Sur ces mots, l'homme embrassa sa main et fila vers l'invité suivant, laissant à nouveau la muse se perdre dans ses rêveries venues d'un autre temps. Elle découvrit une collection de pièces antiques et sortit l'une des siennes de l'une de ses poches avec un sourire ravi. Elle se dirigea vers le buffet et goûta chacun des plats, s'extasiant sur les saveurs venues d'autres pays qu'elle rêvait de connaître. Elle joua avec un très long couteau-épée, qu'elle apprit plus tard à nommer Katana. Elle contempla longuement un bijou venu du nouveau monde ainsi qu'une coiffe couverte de plumes qu'elle rêva immédiatement de porter. Ces époques révolues ou présentes captivèrent longuement la muse qui prit un certain plaisir à contempler tous ces trésors et à rêver à chacun d'entre eux. Les instruments de musique, magnifiques, grandioses, superbes et merveilleux, arrêtèrent son regard de longues minutes tandis qu'une part de son âme murmurait au creux d'une oreille devenue sourde à ses suppliques qu'il serait aisé d'apprendre à en jouer. Se détournant de cette torture, Elise se rendit vers les animaux empaillés, qui la captivèrent un peu moins que les reliques d'autres cultures. Elle espérait au moins qu'ils avaient été trouvés déjà morts et que ce monsieur, ou sa femme, qu'elle n'avait toujours pas croisée, n'avaient rien fait pour accélérer leur fin. Un peu renfrognée, la muse revint vers les cultures précédemment délaissées et décida d'aller admirer la collection de tableaux de ses hôtes. L'art était la vie, et c'était celle-ci qui, depuis des siècles, pulsait dans les veines immortelles de la muse. C'était encore et toujours vers elle qu'Elise se tournait et ce soir ne ferait pas exception.
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Narcisse Williams
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Dim 19 Fév - 15:50

La poésie avait envahi la salle pour quelques minutes. Lentement, au rythme d'un petit air de piano, elle caressait les cœurs et embrassait les âmes, rivalisant de beauté et d'adresse pour raviver dans le regard des convives une flamme que leur quotidien étouffait. Narcisse glissait sur le fil avec la légèreté d'un oiseau et s'il était dépourvu d'ailes, il se faisait un devoir de les inventer, de les imaginer. Qu'elles soient visibles ou non n'avait soudain plus d'importance. Il volait. Il volait et si ce n'était qu'en rêve, alors il voulait faire rêver toute une salle, tout un stade, tout un monde. Ses bras se déployaient et l'emportaient avec eux dans de spectaculaires figures ; il se ramassait, se propulsait et se perdait dans les airs qu'il épousait le temps d'une prestation. Toujours, il se rattrapait de justesse, pour un sursaut d'adrénaline, une catharsis de danger et d'exaltation. Quelques minutes au cours desquelles il était plus beau, plus grand, plus fier, où il régnait sur un monde aussi grandiose qu'illusoire. Quelques minutes d'absolu bonheur, à frôler le ciel et à jouer avec les nuages. Quelques minutes avant de poser le pied sur un plancher qui avait le goût du spectacle, mais surtout la couleur de la réalité.

Sous l'ovation des spectateurs, Narcisse esquissa un sourire qui, à mesure que les applaudissements rythmaient son cœur, bourgeonna sur son visage blême. Rare image que celle de la joie peinte sur les traits de l'acrobate. Celui-ci fit une jolie révérence et salua une dernière fois le public avant de s'éclipser d'un pas souple, revenant à un monde plus terre-à-terre en pénétrant les ténèbres des coulisses. Les employés grouillaient dans leur fourmilière, passant de part et d'autre de lui sans avoir forcément le temps de le regarder. Lui était encore un peu étourdi et se trouvait noyé par la rapidité à laquelle s'articulaient les mécanismes de la gigantesque machinerie des spectacles. Il s'arrêta, dans son monde, son esprit désespérément accroché aux stigmates de son rêve éveillé. L'anonymat et la fadeur l'avaient happé plus rapidement que d'ordinaire, laissant contre son palais une désagréable sensation d'inachevé. Son regard se trouva irrémédiablement attiré par la scène qui l'appelait juste dans son dos, et c'est une œillade teintée de regret qu'il lui lança. Il n'était vraiment lui-même que sur ce plancher, que sous cette lumière, lorsqu'il oubliait ses craintes au profit de la passion dévorante qui l'animait. Une part de lui voulait saisir cette personnalité dénuée de gaines et s'en vêtir, vivre son quotidien comme il vivait l'acrobatie. Et puis l'autre...

« -cisse. Narcisse, des gens t'attendent dans les salles privées. »

L'autre avait pleine conscience de tous les petits blocages qui nouaient son esprit et l'empêchaient d'être libre. Ces mêmes blocages qui faisaient déferler une vague de panique dans ses entrailles à la seule idée de ce qui allait suivre. Une rencontre, avec des inconnus, des inconnus qui étaient des clients et dont l'opinion avait beaucoup trop d'importance. C'était une catastrophe. Il n'était pas doué pour parler, même s'il s'améliorait, et il n'arrivait pas à communiquer, pas à se promouvoir et encore moins à se mettre en avant. Il n'allait jamais s'en sortir. Sa détresse prit possession du regard améthyste qu'il lança, suppliant, à un interlocuteur déjà reparti.

« Pitié... », lança-t-il au vide, plaintif.

Seuls les murmures des employés affairés lui répondirent. Et il se sentit seul. Et il se sentit démuni. Il n'avait aucune chance de s'en sortir, aucune, et personne ne comprenait. Pour eux tout était normal, il était même chanceux de pouvoir s'offrir un face à face avec ceux auxquels il offrait son âme le temps d'un spectacle, et ils avaient raison. Ils avaient raison si on oubliait qu'il allait bafouer à jamais l'image du cabaret aux yeux de ses propres clients. Ils avaient raison si on omettait cette timidité maladive qui le faisait paniquer. C'était un cauchemar. Rien en lui n'était satisfaisant pour l'instant : rouge et blême à la fois, les cheveux emmêlés par le spectacle et la sueur ruisselant sur son corps, il offrait une image désastreuse à quiconque pourrait le rencontrer. Et il n'avait pas le temps d'y faire quoique ce soit.

C'est un peu tremblant qu'il posa la main sur la poignée de porte qui le séparait de ses futurs interlocuteurs. Sa gorge se serra plus encore et il prit soin de fermer les yeux pour se donner une contenance.

Prends la vie comme tu prends l'acrobatie, prends la vie comme tu prends l'acrobatie.

Un instant, il s'imagina sur la scène, un pied posé sur le fil de fer qui le séparait du sol de plusieurs mètres. Cela le soulagea. Il rouvrit les yeux. Restait à faire le pas qui le ferait passer sous le feu des projecteurs. Un pas, juste un. Une porte à ouvrir, et l'adrénaline monterait. Il n'avait qu'à trouver la force de s'envoler.

Comme en spectacle, Narcisse, comme en spectacle.

Il ouvrit la porte et força un sourire raté sur son visage :

« Bonsoir... »

Les minutes qui suivirent furent comme un rêve, ou peut-être plutôt un fantasme, du genre de ceux créés par des substances chimiques illicites. Le jeune acrobate ne comprit absolument pas ce qui se déroulait, et le temps que son esprit se lie enfin avec la réalité, il avait un carton d'invitation entre les mains.

« J-je... »
« Ne me remerciez pas, mon garçon. Tout ira bien ne vous en faites pas. Viendrez-vous ? Ma femme et moi-même vous trouvons si éblouissant sur scène que l'idée de votre présence à nos festivités nous emplit de joie. Pouvons-nous compter sur vous ? »

Hébété par le mélange de compliments et de chaleur qui émanait des lèvres de son interlocuteur, Narcisse ne put que papillonner bêtement des paupières. Les mots qui naquirent ensuite sortirent presque sans son autorisation :

« … Oui ? »

***

Idiot. Voilà ce qu'il était. Un imbécile qui acceptait des invitations sans réfléchir aux heures d'efforts qu'impliquaient de tels engagement. Un crétin qui promettait des choses sur des coups de tête. Un sot qui était incapable de prévoir le malaise dans lequel le plongeraient ses propres décisions. Assis à l'arrière de son cab, le visage enfoui sous son épaisse écharpe de laine blanche, Narcisse fusillait sa lettre du regard. Comment avait-il pu dire oui à pareille invitation ? La réponse que lui souffla une petite voix dans sa tête était toute simple : Il voulait s'en sortir. Ou plutôt, en l’occurrence, il voulait sortir.

Et c'était ce qu'il avait fait. Ses longs cheveux d'argent attachés dans une natte, vêtu d'un costume sobre de seconde main, le jeune dragon avait fait son maximum pour être présentable. Selon lui, c'était un échec. Ses yeux cernés de fatigue le gênaient terriblement et il peinait à se sentir à l'aise, ne pouvant dissimuler son visage que derrière une fine mèche qui s'était échappée de sa coiffure. En descendant du véhicule, il se demanda si tout ceci était vraiment une bonne idée.

Cette question dans la tête et quelques tremblements dans les mains, il posa ses doigts sur le battant de la porte et appuya. L'entrée était gigantesque et le modeste jeune homme ne put qu'ouvrir mollement la bouche face à ce spectacle. Les tentures riches qui couvraient les murs étaient si belles, si colorées, presque brillantes, et il s'absorba dans leur contemplation jusqu'à ce que la voix du majordome retentisse.

« Puis-je vous débarrasser ? »

Un violent sursaut saisit Narcisse. Depuis quand y avait-il quelqu'un ici ? Pourquoi ne l'avait-il pas remarqué ?! Il posa son regard paniqué sur l'homme, le corps tout tendu d'angoisse, le cœur battant la chamade. Son vis-à-vis, lui, se contenta d'un sourire aimable :

« Puis-je me permettre de vous demander votre invitation, monsieur... ? »

Dérouté, le garçon hocha la tête sans lui tendre le carton qu'il tenait dans la main. Un silence gênant s'ensuivit, s'étirant sur une bonne minute, le temps pour l'acrobate de reprendre ses esprits et de devenir rouge de honte. C'était bien sa veine, vraiment. La soirée n'avait pas commencé qu'il s'était déjà ridiculisé. Le regard furieusement fixé sur le sol, il défit son manteau, que le majordome saisit avec délicatesse.

« Votre invitation, s'il vous plaît ? », insista-t-il finalement, constatant le désarroi du dragon.
« O-oh, pardon, je suis navré, j-je... Tenez. »

L'homme, très professionnel, ne fit pas cas de la moue déconfite de son jeune interlocuteur et préféra le mener à la salle. Narcisse passa le trajet les yeux rivés sur les murs et les plafonds, fasciné par les couleurs chatoyantes qui s'y reflétaient autant que par l'odeur d'encens qui envahissait petit à petit ses narines. Il ne savait pas si cela se pratiquait couramment ou non, mais il ne pensait pas avoir entendu parler de telles organisations pour des soirées du genre. Sa curiosité grandissante apaisa un peu la nervosité qui rongeait son estomac depuis plusieurs heures, et c'est plus serein qu'il parvint dans le cabinet.

C'était sans compter sur les horreurs que contenait la vaste salle. Partout, les animaux empaillés fixaient les ignominies des vitrines de leurs yeux morts, éternellement figés dans leurs supplices. Fœtus difformes, faux cadavres de légendaires, insectes cruellement épinglés, la liste des cauchemars était longue, et le jeune homme sentit instantanément un profond malaise faire place au creux de sa poitrine. Pour ne rien arranger, les fenêtres étaient grandes ouvertes et l'air froid du dehors lui faisait l'effet d'une tornade de glace. Narcisse fixa les ouvertures avec frustration. Quelle idée de laisser un pareil espace à la merci de l'hiver ? Il avait besoin de chaleur !

Croisant les bras pour palier aux frissons qui commençaient déjà à le parcourir, le jeune homme alla trouver le coin le plus éloigné des courants d'air et de la foule, évitant soigneusement de croiser M. de Montalant. Là, il eut la joie de constater que quelques vitrines arboraient des bijoux antiques plutôt que des abominations du genre humain. Son regard se posa donc doucement sur elles et il observa, non sans patience, le moindre de leurs détails. Tant qu'il demeurait à l'abri du froid et du vent, il était satisfait.

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Aldrick Voelsungen
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Mar 21 Fév - 19:30

Aldrick reposa le verre sans y avoir touché. Le breuvage ne l'inspirait pas particulièrement, quel qu'il soit. Ses iris d'or coulèrent sur les présents qui paraissaient se masser ci et là dans l'espoir d'observer un énième objet atypique. Le brun, quant à lui, s'étonnait que cela puisse attirer autant de curieux. Autant Humains que Légendaires. Même s'il devait reconnaitre que Billy n'avait pas menti en décrivant les De Montalant comme des originaux. La palme leur revenait indubitablement.

* À quel moment ces deux-là se sont-ils dit qu'il serait merveilleux de collectionner des choses de ce genre ?*

Malgré lui, le loup arqua un sourcil en découvrant une poule à trois pattes, qui le fixait de ses yeux vides. L'animal empaillé aurait presque eut l'air sympathique si un monstrueux frisson n'avait pas remonté intégralement l'échine du lycanthrope. Surprit, Aldrick se retourna tandis que ses iris dorés cherchèrent la source de ce malaise prononcé. Naturellement, ils gagnèrent son homologue, mais, contre toute attente, Edward White paraissait plus mal à l'aise qu'autre chose. Quant à Andréa, il n'en avait pas l'ombre d'une patte. Fronçant les sourcils, le loup continua ses investigations, sur ses gardes, prêt à découdre, analysant le plus rapidement possible la myriade d'éléments sur ce décor chargé. Détaillant les invités avec une minutie professionnelle. Mais la réponse le laissa coi de surprise. Tant et si bien qu'il mît de longues secondes avant d'oser bouger encore. Déglutissant lentement, il desserra machinalement son nœud de cravate, puis le brun fixa la petite silhouette blonde sans parvenir vraiment à assimiler toute la portée de l'information.

*C'était elle ? Elle dégageait une telle volonté de tuer... Elle a l'air si... Puissante ! C'est incroyable ! *

Passant une main sur sa nuque, le loup se dit que les choses n'étaient décidément jamais ce qu'elles semblaient être ici. Pourtant, ce fut d'un pas ferme qu'il s'avança vers la demoiselle et se planta face à elle. S'inclinant respectueusement pour saluer les deux convives, il s'entendit déclarer d'une voix plutôt calme :

- Bonsoir mademoiselle, monsieur. Aldrick Voelsungen, enchanté. Je n'ai pu m'empêcher de remarquer votre... « Incroyable force intérieure », jeune fille. C'est pour le moins déroutant.

Il attendit un peu, le temps que l'information soit intégrée par ses vis-à-vis, avant de reprendre sur le même ton :

- J'avoue que cela m'intrigue beaucoup. Puis-je savoir à qui ai-je l'honneur ?

Le lycanthrope planta son regard dans celui si singulier de la belle, comme s'il avait souhaité sonder son âme intensément. Sans lui laisser aucune échappatoire. Étonnement, cela semblait plus fort que lui, comme une habitude dont il ne parvenait pas à se défaire. Une curiosité innée sans pour autant être malsaine. Une curiosité presque enfantine.

Contre toute attente d'ailleurs, le loup noir attendit avec une patience rare que la blondinette daigne lui répondre. Alors seulement, il observa l'homme qui l'accompagnait, sans parvenir à savoir quel légendaire, il avait en face de lui.

* Quel étrange duo, d'où sortent ces deux-là ? Lui sent le foin et le savon, quant à elle : la plume. Hum. Il y a autre chose... Peut-être du parch... *

La réflexion du loup s'acheva quand le vent changea, lui emplissant la truffe de cette désagréable odeur d'encens prononcée. Il fallut à Aldrick de nombreux efforts pour masquer une grimace d'inconfort, sans qu'il puisse se retenir d'ajouter à la suite de ses pensées :

- Décidément, je ne suis pas fan de cet arôme. C'est trop exotique pour moi.

Le silence succinct qui suivit lui indiqua qu'il aurait probablement mieux fait de se taire ; ce, malgré une série d'éternuements non loin d'eux.
Alors s'éclaircissant la voix, il tenta, avec curiosité et une certaine maladresse, pour tenter de se rattraper :

- Vous avez déjà voyagé en dehors du continent ?

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Dolores Keller
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Jeu 23 Fév - 13:49

9 h du matin, Cabinet du docteur Keller. Matinée plutôt ensoleillée, même s'il faisait un peu froid. Manfred dort sur le porte-manteau.
L'endroit semblait calme et peu animé lorsqu'elle arriva.

« AAAAAADAAAAAAAAAM !! C'est un grand joooooour ! Coucou mon petit Manfred, comment va ton œil aujourd'hui ? Adaaaaaaam ? Où êtes-vooooous ? Je suis là Docteur, qu'est-ce qu'il vous arrive ? Aaaaadaaaaam regardez ! J'ai reçu une lettre de mon petit père adoré ! Regardez regardez ! C'est écrit en allemand je ne comprends rien… Ce n'est pas important ! Enfin si ! Mon père a été invité à une soirée unique à Paris, chez les De Montalant ! Les qui ? Les De Montalant Adam ! De grands collectionneurs d'objets rares et fantastiques ! Ils ont rencontré mon père lors d'un congrès sur l'alchimie à Berlin l'année dernière ! Et comme il leur a fait forte impression, ce qui est tout à fait normal, puisqu'il s'agit de mon père, ils lui ont envoyé cette fabuleuse invitation ! MAIS ! Comme il le dit si gentiment dans sa lettre, il ne peut pas venir, et il me transmet cette invitation pour que j'aille à sa place ! C'est formidable ! Oooooh Adam si vous saviez comme j'ai hâte d'être à ce soir ! Ce soir !? M-Mais j'ai quelque chose de… Quelque chose de plus important qu'une soirée dans le cabinet de curiosité des De Montalant ? Allons Adam, ne soyez pas ridicule, vous n'avez rien de prévu, n'est-ce pas ? C'est que… N'est-ce paaaaas ? Bien ! J'aime quand vous êtes d'accord avec moi. Nous partirons ce soir donc ! Nous avons beaucoup de patients aujourd'hui ? Peu importe ! Ils attendront, de toute manière ils comprendront que je peux faire passer une soirée chez les De Montalant avant leur propre santé. C'est-C'est horrible ! Cht cht cht, Adam, cessez de m'interrompre, je suis si heureuse que je ne peux pas m'arrêter de parler ! Peut-être qu'ils me demanderont de faire un discours ? Non je n'en ai pas l'étoffe, du moins pas encore. Oh je me demande s'ils ont encore l'aigle octocéphale dont mon père m'a tant parlé ! Il y aura du monde, peut-être vais-je rencontrer des gens avec qui je pourrai discuter ! Je dois me préparer. Non ! Si ! Non ! Aourmpf ! V-Vous allez bien !? Regardez où vous marchez ! Zhe, zhe n'ai rien, ce mur n'était pas là avant ! Q-Quoi ? Vous saignez du nez ! Non c'est faux ! Oh tiens non c'est vrai. Adam apportez moi un petit morceau de coton ! Non je vais le chercher moi-même ! Oooooh et si je leur apportais Manfred ! Je suis certaine qu'ils en tomberaient amoureux ! Ou alors ils voudront me le voler ! Ah non ! Si ! Adam qu'est-ce que je fais ! M-Mettez ce coton dans votre nez, vous en mettez de partout !! Manfred, je suis navrée, ton heure de gloire n'est sans doute pas pour maintenant. Du moins, c'est ce que je pense. Où est Louise ! Je dois connaître son avis. Oh et puis tant pis, Manfred tu ne resteras qu'à moi, je ne veux pas qu'on connaisse ton lourd et terrible secret. ATCHRAOUM !! Aaaaah Docteur a-arrêtez ! Rien ne peut arrêter la science, Adam ! Bien ! Allons-y ! En route ! Mais c'est ce soir que… Peu importe, nous serons en avance! Partons avant que Louise ne le découvre ! Woh woh, non non Dolores, tu restes ici. Yarg ! C'est l'idée d'Adam ! Q-Quoi !? Je ne veux pas savoir, tu partiras quand tu auras fait toutes tes consultations. On t'attend en bas mais comme tu hurles depuis tout à l'heure ils n'osent pas monter. Mais euh… »

21 h 20, le soir, ruelles de Paris, dans un fiacre. La soirée s'était radoucie, mais le ciel n'était pas encore noir. Manfred n'a pas bougé de son porte-manteau. Il a le vertige.
Dans le cab, l'un des passagers parlait encore et toujours, tandis que l'autre essayait péniblement d'en placer une.

« C'est pour ça que je me demandais si les artichauts n'étaient pas en réalité les cousins des cactus. Puis je me suis rapidement rendue compte que ma théorie était erronée, ou tout du moins qu'elle manquait de preuves tangibles. On aurait aussi pu penser qu'ils étaient les cousins des rhododendrons, surtout parce que le mot rhododendron est rigolo à prononcer, comme artichaut, mais chercher un lien de parenté dans le nom des végétaux est peut-être trop présomptueux. À ce propos, cela fait longtemps que je n'ai pas vu de rhododendrons, je crois même que je n'en ai jamais vraiment vu. Ah si, sur le chapeau de Mme Pilette, à moins que ce ne soient des pivoines. D-Docteur… Quelle drôle d'idée de mettre des fleurs sur son chapeau, je suis d'accord sur le fait que cela rende joli, mais pourquoi mettre toujours les mêmes ? Je suis persuadée qu'un chapeau avec des petits artichauts serait ravissant. L'odeur risquerait d'être envahissante cela dit. Docteur nous… Je demanderai l'avis à Mme Pilette, elle doit accompagner son fils la semaine prochaine pour un examen oculaire. Ce petit cyclope a une excellente vue vous savez, mais comme il est en pleine croissance il est toujours préférable de faire un suivi régulier. Pourquoi est-ce vous gesticulez ainsi Adam ? Votre dos vous gratte ? Nous sommes arrivés depuis vingt minutes ! Hm ? Oh ! Oh mais oui ! Vous auriez dû me le dire plus tôt ! Mais pourquoi le cocher ne nous a-t-il pas prévenu ? Il a essayé mais il n'arrivait pas à dire quoi que ce soit, du coup il est parti boire un café… Ce n'est pas important, descendons. Aïe ! Attention la tête ! Oh vous vous êtes déjà cogné. Ah ce doit être ici ! Bien, faisons comme si nous ne sommes pas en retard. Car nous ne le sommes pas, n'est-ce pas ? Et bien… Je vous avais dit d'aller plus vite ! Ce n'est pas parce que je parle qu'il faut forcément m'écouter. Vous ne devriez pas vous laisser faire Adam. Enfin si. Bonjooooour ? Regardez Adam, ce gentil majordome, vous êtes majordome n'est-ce pas ? Nous sommes bien chez les De Montalant ? Oui, voulez vous vous défaire de votre manteau ? Oui merci bien mon brave ! Oooh c'est somptueux ici ! La décoration est étonnante, mais très intéressante. Je devrais reconsidérer la tapisserie du cabinet. Nous n'en avons pas… C'est par là ? Merci bien ! Non non ne prenez pas la peine de nous y conduire, nous trouverons le chemin. Merci ! Oh il avait l'air grognon ce pauvre majordome. Ou fatigué peut-être. Moi je suis en pleine forme en tout cas ! Ah, nous y sommes, je vous en prie Adam je vous laisse… enter… »

21 h 30, le soir, cabinet des De Montalant. Ambiance chaleureuse, beaucoup de monde et de voix. La température est agréable mais l'air est chargé d'une forte odeur. Manfred est tombé du porte-manteau.
Le jeune assistant avança de quelques pas, sans même voir sa patronne courir se coller contre les vitrines d'exposition. Elle prit néanmoins soin de parler à voix basse une fois entrée.

« Ooooohlalalalalalalalala ! C'est géniaaaaal ! Regardez Adam des yeux de gorille ! Ils sont si ronds et si groooos ! Oh mon DIEEEEU ! Serait-ce un légendaire exemplaire de poule myope des Galapagos !? Regardez c'est une série de photo des peuples indigènes d'Australie ! Oooh i ichi ch'est une chaige élegtrigue pour lilipuchieeeens. Rooochélapremierfoisquechevoisunegjemplairedetentacruledepfoulpfesiamoooooois. Professeur décollez votre visage de la vitre on ne comprend rien à ce que vous dites… Adam ! Adaaaam c'est le paradis ! Et là c'est une double corne de narval ! Haaaaaaaaa et là un schéma de la double corne de narval ! Et là la photo du schéma de la double corne de narval ! Et lààà le photographe de la photo du schéma de la corne de narvaaaaal ! Oh mon dieu, un balai bicéphal. Il est splendiiiiiiide. Docteur… o-o-on nous regarde. Et qu'est-ce qu'il y a là-bas ? Huhuhu ! Une fiole de bave de tortue ! Je n'avais jamais imaginé qu'une tortue pouvait baver ! Et là-dessous ? Ooh c'est un portrait d'une fille sans visage ! Comme c'est fabuleux ! Moi qui pensait qu'il fallait un visage pour faire un portrait ! OH ! OH ! Un squelette de main à polydactylie postaxiale. Je le veeeeeeux ! C'est magnifique ! Je pourrai l'utiliser comme peigne si je le voulais ! Hhhhoaaaaa y a l'autre main ici ! Quelle formidable anomalie de l'anatomie humaine ! Comment ont-ils pu dégoter un spécimen pareil ! À votre avis, quel doigt il utilisait pour se curer les oreilles ? Quel nom on pourrait donner à ce sixième doigt ? L'auririculaire ? Le doigt supplétateur ? Le sixtus digitum ! Je vois que nous avons à faire à une connaisseuse de haut rang. Monsieur de Montalant je présume ? Enchantée, enchantée enchantée enchantée ! Mon père m'a beaucoup parlé de vous ! Je comprends maintenant pourquoi ! Vos trouvailles sont magnifiques ! Cette ruche de guêpes tueuses d'Amazonie qui se situe à l'entrée du cabinet est une véritable œuvre d'art ! Comment vous êtes-vous procuré de tels trésors ? Êtes-vous vous même parti en Amazonie ? J'ai lu de nombreux témoignages de personnes ayant fait face à ces guêpes, certains en sont revenus avec de terribles séquelles ! Je repense à ce monsieur dont la lèvre a tellement gonflé qu'elle recouvrait toute sa bouche. Fort heureusement votre bouche se porte bien ! Vous connaissez le propriétaire de ces mains souffrant de polydactilie ? J'aimerai beaucoup le rencontré ! Quoi qu'il doit déjà être mort pour que ses bras soient en vitrine au lieu d'être accrochés à son corps. Excusez moi, votre enthousiasme fait chaud au cœur mais, vous êtes ? Et qu'en est-il de la bave de tortue que j'ai aperçu tout à l'heure ? Est-ce qu'il s'agit d'une tortue terrestre ou marine ? C'est vrai, on ne pense jamais à la bave des animaux, pourtant c'est un fluide corporel passionnant ! Nous autres espèces terrestres nous utilisons la bave pour humidifier en permanence notre bouche et faciliter l'ingestion d'aliments, mais les animaux marins en ont-ils besoin ? Je n'avais jamais réfléchi à cette question ! D-Dolores Keller, le docteur travaille dans la c-capitale. Et je ne parle même pas de ce modèle réduit de chaise électrique ! Mais quel chef-d'œuvre d'artisanat ! J'ai déjà eu l'occasion de voir une guillotine miniature une fois, mais une chaise électrique, c'est la première fois ! Après tout il s'agit d'une invention très récente, mais voir qu'il en existe déjà des modèles miniatures, cela me fascine ! A-t-elle déjà été utilisée ? Je suppose que non. Je rêverais de rencontrer l'artiste qui l'a construite ! Keller ? Oh je vois, il s'agit de la fille du docteur Hans Keller. Oh et ce portrait ! Mais quel fabuleux portrait ! Quelle adorable bizarrerie ! Le peintre manquait-il de couleur ? Ou bien est-ce le modèle qui en manquait ? Ooooooh je viens de dire quelque chose d'extrêmement philosophique Adam ! O-Oui Docteur. Monsieur Keller n'a pas pu venir, il s'excuse, il a confié l'invitation à sa fille. E-Et… Oh mais quel ours giganteeeeesque ! Combien de kilos de paille a-t-il fallu pour l'empailler entièrement ? Récemment je me suis posée la question de combien de temps il faudrait pour empailler un bison entièrement. J'ai demandé à une amie taxidermiste mais celle-ci était trop gênée pour me répondre. Elle avait sa main en plein dans les fesses d'un renard, la pauvre. Je vois… Merci beaucoup pour votre visite en tout cas, nous espérons que la soirée vous plaira, hahaha… Enfin elle n'était pas gênée pour cela, mais plutôt pour une raison que j'ignore encore. Elle est très rigolote, je l'aime beaucoup, peut-être la connaissez vous, elle s'appelle… OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOH !!!!! C'est un poulpe ? C'est un poulpe ? C'est un poulpe ? C'est un poulpe ? C'est un poulpe ? C'est un poulpe ? Ou un calmar ? Ou les deux ? IL EST MAGNIFIIIIIIIQUE ! Chélapremièrefoisquechenfoisundauchiprèèèèèès. Coucou mon grand, mais oui, mais oui c'est tatie Dotty qui te parle. Je peux le toucher ? Hein ? Hein ? Dites ? Edmond ? Qui est-ce ? Il s'agit de la fille Keller. Ah ! Je comprends mieux, elle est… bien comme son père. N-Ne vous i-inquiétez pas je veillerai sur elle. D-Docteur revenez ! Je vais l'appeler Poulpi ! Ou Pipoul ! Ou Rupert Von Tentaculiromax ! Hein !? »


21 h 47, le soir, cabinet des De Montalant. Malgré l'irruption de Dolores, les autres invités ont rapidement fait abstraction d'elle et sont retournés à leur discussion initiale, l'ambiance reste donc convenable. Manfred ne s'est pas réveillé malgré sa chute.
Adam parvint finalement à coincer Dolores dans un coin, contre une vitrine devant un puzzle fait avec des mues de larve de libellule. Cela l'occupera un certain temps.
Spoiler:
 

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Mu Zhongxian
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Jeu 23 Fév - 20:26

Spoiler:
 

C'est fou, tout ce qu'on peut retrouver en faisant le ménage, tout de même, pensa Mu en déposant aux objets trouvé un parapluie, un portefeuille, une chaussette et un bouton de manchette. Il jeta un œil au dernier objet de cette for jolie récolte : une carte, froissée, humide, sentant fort la bière et le papier mouillé. Après un moment d'hésitation, il la plia soigneusement et le mis dans sa poche. Lire, il commençait tout doucement à savoir faire ; mais lire un papier aussi abîmé, où l'écriture s'était légèrement diluée dans l'humidité, c'était quand même compliqué. Poubelle ou objets trouvés ? C'était un joli papier, l'écriture était soigné, ça avait l'air important... Dans le doute, il se décida à aller demander une expertise à sa spécialiste personnelle.

Il s'étira, faisant craquer ses épaules, sa nuque et son dos avec soulagement, avant de monter d'un pas tranquille vers sa chambre.

-Mary ?

Elle n'était visiblement pas "dans" son miroir. Certainement en train de surveiller que tout tourne rond dans le cabaret. Bon, ce n'était pas comme s'il était pressé. Il avait toute la nuit. En attendant, il saisit un tricot qu'il avait entamé la veille ; décidément, depuis qu'il avait appris à faire ça, il ne s'en lassait pas. Maille endroit, maille envers. Soigneux, très lent mais très précautionneux, Mu avançait sur un petit bonnet rouge. Il n'avait strictement aucune idée de ce qu'il en ferait ensuite, mais l'ouvrage était assez distrayant pour l'occuper la nuit, quand les autres dormaient. Après mille ans dans une tombe, Mu était devenu un professionnel quand il s'agissait de tromper l'ennui. D'ailleurs, depuis qu'il était entré dans ce nouveau monde, le mot « ennui » n'avait plus vraiment de sens tant les possibilités étaient... Diverses, étonnantes et variées.
Le tricot, c'était tout de même merveilleux.

Il avait à peine avancé de quelques lignes quand une voix familière se fit entendre.

-Tu me cherchais ?

-Bonsoir, Mary ! Lança Mu, souriant, en se tournant à demi vers le miroir. Pas trop de soucis au Lost ? Tu pourrais m'aider ? Regarde, j'ai trouvé ça, je n'arrive pas à le lire...demanda Mu en essayant d'être le moins pressant possible malgré sa curiosité.

Après un bref coup d'oeil, elle lui résuma ce que le papier disait.

-C'est une invitation.... « A celui qui le trouvera ». Pour demain soir, une soirée mondaine.

-Mondaine ? On y fait quoi ? Demanda Mu, intéressé, tandis que des souvenirs des discussions animées de sa tombe lui revenait en tête.

Après une explication approximative sur la nécessité vitale de cette sous-espèce particulière qu'on appelle « bourgeois » de se réunir régulièrement pour échanger les derniers cancans, Mu finit par comprendre, à peu près, le principe de la soirée qui devait avoir lieu le lendemain. Une réunion pour discuter et « observer les nouveautés de la collection Montalant ». La « collection Montalant », voilà qui avait au moins de quoi rendre curieux Mu, qui replia le papier.

-Et du coup, c'est à qui ? Demanda-t-il.

-« Celui qui le trouvera », c'est écrit, répéta Mary.

-Oh, répondit Mu en fronçant les sourcils, ennuyé.

Cela n'allait pas aider à retrouver le propriétaire de ce morceau de papier, mais au moins son intuition ne l'avait pas trompé : c'était important.

-Donc toi. Bêta.

-Heu...

Moyennement convaincu par l'explication de Mary, Mu fronça les sourcils. Si ce petit morceau de papier avait manqué de finir aux objets trouvés, c'est bien que quelqu'un avait du le trouver avant. Un papier finissait rarement tout seul dans la bière. Non ? Mais dans ce cas-là, elle était pour qui l'invitation ? C'est vrai que c'était lui qui l'avait trouvé en dernier finalement. Décidément, c'était pas clair cette histoire.

-C'est pas clair.

Bon, il fallait bien admettre que Mu était bien tenté de voir à quoi ça pouvait ressembler, tout ça. Il n'avait jamais participé à ce genre de... réunion, et il avait envie de voir ce que l'endroit avait à montrer. Un millénaire d'existence et voilà seulement que le monde s'offrait à lui. Il avait bien envie de voir ce qu'avaient ces gens à montrer de si intéressant. Et après tout c'est vrai qu'il l'avait trouvé ce papier quand même...

Il se reprit bien vite. Il était l'homme de ménage du Lost, et en tant qu'homme de ménage, il se devait de ramener tout objet oublié dans...

-Tu comptes y aller ? Demanda Mary, interrompant ses sages pensées. Vraiment dommage, insista-t-elle.

L'idée de placer son grand bonhomme de bois au milieu d'une réunion bourgeoise semblait l'amuser au plus au point.

-Ah. Je devrais le mettre dans la boîte aux objets trouvés, c'est mieux, imagine que quelqu'un vienne le réclamer... C'est important, répondit Mu, en homme de ménage responsable qu'il était.

-Et si personne ne le cherche ? Ce serait dommage de gâcher une si belle occasion,non ? glissa Mary, une petite lueur dans le regard

Mu eu une petite moue. Hum bon dans ce cas... C'était tout de même tentant... Pas très professionnel mais tout de même... Ce serait dommage que personne ne réponde à l'invitation... Si ça se trouve les hôtes seraient déçus... Et puis tout de même, il l'avait trouvé...

-Oh, heu... Comment ça fonctionne exactement, ce genre de soirée... Mondaine ?

-Pour quelqu'un qui a servi un empereur, la question est plutôt étrange.

-Mais enfin Mary, je viens de Chine et j'ai plus d'un millénaire, répondit-il le plus sérieusement du monde.

Un doute le fit froncer les sourcils, et il toqua du bout du doigt le cadre du miroir en remarquant le sourire narquois de son amie.

-Tu te moques de moi, dit-il au moment où il le comprenait.

Décidément, il n'était toujours pas sûr de bien comprendre l'humour de son amie.

-Bon, comment je suis censé me comporter, si jamais personne ne vient réclamer l'invitation ?

Après avoir attentivement écouté les conseils de Mary (qui, approximativement, étaient « souris tout le temps, palabre sur le vin -qui est pas mal, mais tu en connais des mieux- ne te planque pas sous la table et plains toi à propos du temps et de la politique »), Mu alla remettre l'invitation sagement dans la boîte des objets trouvés – bien qu'avec un léger pincement au cœur.



***



Et c'est ainsi que Mu, vers 20h30, se mit en route vers le lieu de la réunion, coiffé, frotté rincé lavé ciré encostumé bien comme il faut. Ou du moins, habillé d'une manière que l'oeil distrait de Mary avait qualifié de « oui, oui, très bien ». Son invitation en poche, Mu s'arrêta à quelque pas de la porte, un peu nerveux, puis, après avoir pris une grand inspiration, il entra. Bien que visiblement assez peu convaincu par le morceau de papier froissé, abîmé et puant (et peut-être aussi rendu un peu sceptique par le nœud papillon approximatif de Mu), le portier laissa entrer l'homme de ménage avec calme et courbette un peu raide. Décidément, drôles d'invités que ceux qu'on trouvait chez les Montalant...

Mu ne put s'empêcher de lancer un rapide regard en arrière. Quelle noble profession que d'être gardien de porte et de veiller ainsi à la sécurité d'un tel lieu. Après avoir laissé son manteau et son chapeau à l'entrée, il se laisse conduire, un peu intimidé, jusqu'à la salle de la réception. On était visiblement habitué aux visiteurs un peu particulier. Ni l'accent, ni les quelques défauts de la tenue, ni la mine involontairement patibulaire de Mu ne semblèrent troubler les employés de la réception, habitués qu'ils étaient aux extravagances des maîtres de la maison. Il entra dans le salon et s'arrêta un instant avant de se glisser dans un coin .

Mu s'était imaginé... Oh, au moins un million de choses pendant le temps de son trajet jusqu'au lieu de réunion. Mais même en dévoilant des miracle d'imagination pour un petit homme de bois, il n'aurait jamais pu avoir ne serait-ce qu'un début d'idée de ce qui l'attendait là-bas. Ah, pour une collection, c'était une collection. Et pour des curiosité, c'était de sacré curiosité. Tentant de dissimuler sa trop grande carrure dans la foule, il alla observer discrètement les divers objets exposés. Qu'est-ce que... Est-ce que c'était un animal ? Il n'en avait jamais vu un comme ça... Oh, plusieurs têtes ! Et ça ? Une toute petite tête humaine... Enfin, c'était humain ça ? Et à quoi diable cela servait-il ? Des planches anatomiques... Une... Poupée ? Mu n'avait pas de mot concernant plus de la moitié des objets qui se trouvaient devant ses yeux.

Il y avait des noms, au-dessus des différentes vitrines. A... frique. P... é...ou... Pérou ? Afrique, est-ce que ce n'était pas un lieu ? Cin, Ine, Chine... Oh ! Il connaissait, ça. C'était leur nom pour son royaume. Il ne put s'empêcher de jeter un œil intéressé dans la vitrine. Chine, Chine... Il y avait quelques céramiques, un ou deux éléments de harnachement de chevaux anciens, une ou deux boîtes laquées. Il fronça les sourcils. Qu'est-ce que c'était, la porcelaine ? Une sorte de grès amélioré ? Jolie couleur en tout cas. Et ça se colorait bien visiblement. Il y avait quelques monochromes dont les formes lui rappelait ses bronzes, un ou deux à motifs colorés. Oh... Comme ça brillait, c'était joli. Il observa avec attention un vase bleu et blanc. Un dragon l'air féroce, entouré de petite flammèche, était finement dessiné. Il jeta un œil un peu perdu autour de lui. Il ne connaissait pas ce dragon, il ne ressemblait ni au gardien de l'est, ni au dragon des mers apportant les bonnes récolte, ni à... A aucune dragon qu'il avait pu connaître ! Un dragon féroce... Étrange. Epoque... Quoi, Yuan ? Il fronça les sourcils. Quelle était cette dynastie ? Oh... Il se sentait soudain vieux. Avec un léger soupir, son regard se porta sur le reste de la vitrine. Il accrocha sur deux figurines en terre cuite assez grossières, deux petites chevaux, qu'il identifia sans vraiment de doute comme étant des mingqi. Il sentit son cœur se serrer un peu. Elles aussi avaient été tiré de leur lieu de repos... Il se demanda un instant ce qu'il se passerait si elles se réveillaient, soudain, au milieu de ce salon étrange, de personne vivantes, mortelle, dans cette époque si particulière. Tout doucement, il murmura, en chinois «dormez bien ».

-Que dites-vous ?

Mu sursauta, et se retourna. Un homme, dans un costume très propre, assez extravagant, lui faisait face, tout en sourire et en bonnes manières. Mu s'apprêta à lui redire en chinois, très exactement, la phrase qu'il venait de formuler, mais son interlocuteur ne lui en laissa pas le temps.

-Notre vitrine vous intéresse ?

Mu chercha un instant ses mots, avant de répondre, lentement, très sérieusement :

-Oui.

Bien que visiblement un peu dépité par le peu de conversation de son interlocuteur, l'homme ne se découragea pas.

-Nous avons quelques grès, beaucoup de porcelaines... De très beaux objets, vraiment ! D'ailleurs nous avons quelques céladons et quelques porcelaines de la famille noire, et même quelques unes de la famille rose, que nous gardons pour décorer nos salles, parfois... Mais c'est d'un commun, de nos jours. Enfin, vous devez vous y connaître bien mieux que moi ! Vous êtes étranger ? Chinois ? C'est rare de rencontrer des gens comme vous par ici ! Venez donc, je vais vous faire goûter quelque chose, vous m'en direz des nouvelles.

Mu se laissa ainsi traîner vers la table, passant à côté d'un homme qu'il reconnut de vue comme étant barman au cabaret à l'occasion. On lui tendit un verre, qu'il pris sans vraiment réfléchir. Il en sentit rapidement l'odeur, le goûta du bout des lèvres. L'odeur lui plaisait, sans qu'il ne puisse vraiment dire pourquoi, quant au goût... Il était très différent de ce qu'il avait pu goûter au cabaret ou dans les bars de Paris.

-Qu'en pensez-vous ?

Refrénant sa première pulsion, qui était de répondre le plus poliment possible que c'était très bon, et se souvenant de ce qu'avait dit Mary, il répondit en faisant attention à bien articuler :

-C'est bon, mais j'ai déjà goûté mieux.

Son interlocuteur eut un petit hochement de tête appréciateur.

-Et bien, cela ne devrait pas m'étonner. Vous venez de Chine, c'est cela ? J'ai trouvé cet alcool là-bas, assez rare, assez cher... Mais vous semblez connaisseur.

Oh Mary, puisses-tu être bénie.

-Et que venez-donc vous faire ici, à Paris ? C'est rare de croiser des gens comme vous par ici.

Mu paniqua un instant. Plusieurs choses passèrent dans son esprit au même moment. Tout d'abord, il se dit que non, décidément, dire qu'il sortait d'une tombe et qu'il était arrivé ici plus ou moins par hasard ne fonctionnerait pas. Non. Décidément pas. Sauf que le mensonge, et les discussion en général, ce n'était pas son domaine... Il lui traversa l'esprit que Bao aurait, lui parfaitement géré la situation. Cela le fit tristement sourire. Il jeta un œil autour de lui. Est-ce que ça lui aurait plus ? Oh... Certainement... L'agitation qui régnait dans la pièce n'avait rien à envier à celle qui régnait dans les grands moments de sa tombe, quoi que l'ambiance soit un peu différente et... Très différente. Et il ne comprenait pas la moitié de ce qui se disait à côté de lui et...

Et l'homme attendait toujours sa réponse. Sans en être conscient, sous l'effet du stress, le visage de Mu s'était un durci. Bien que cela ne changea pas de son air ronchon habituel, ce n'était visiblement pas ce qu'attendait son interlocuteur. Une soudaine illumination lui permit de répondre en toute franchise.

-Le travail.

Le bourgeois lui sourit poliment.

-Oh, c'est passionnant ! Et que faites-vous, alors ? Enchaîna le maître des lieux.

-Je fais le ménage dans le Cabaret de monsieur White, répondit Mu, soulagé de pouvoir répondre en toute franchise sans risquer mettre en danger qui que ce soit.

-Oh, décidément, ce cabaret rassemble bien des personnes intéressantes ! Répondit poliment le maître des lieux, que l'histoire de Mu semblait néanmoins laisser un peu dubitatif. Oh, mais je dois vous laisser, je dois aller accueillir les autres invités... J'espère vous recroiser !

Mu jeta un œil autour de lui, soulagé d'être un peu seul. Il haussa le sourcil devant les quelques yeux de verre qui dévisageaient depuis la vitrine d'à côté. C'est alors que du coin de l’œil, il remarqua qu'il reconnaissait quelques visages dans l'assistance. Quelques employés. Son patron. L'acrobate étrange qu'il avait déjà salué une ou deux fois. Et Frédéric. Tenant fermement son verre, il entreprit d'aller le rejoindre avec un certain soulagement. Bien qu'il ait déjà croisés quelques employés, voire des artistes, il n'avait pas encore pu créer tant de lien que ça avec les autres . Et au centre de tant de choses étranges, voir un visage amical était un profond soulagement. Il passa un peu nerveusement la main sur son nœud papillon, qui était lamentablement en train de se défaire. L'art de nouer correctement son nœud demeurait pour l'instant complètement obscur à Mu.

-Bonsoir, Frédéric, dit-il en le rejoignant.

Il remarqua, un peu tard, qu'il était déjà accompagné d'un grand homme barbu et d'une jeune femme à la peau très pâle, l'air doux. Un peu maladroitement, il se tourna vers eux aussi.

-Bonsoir...

Il eut un moment de silence, et après mûre réflexion, décida que se présenter rapidement pouvait être une bonne idée.

-Je suis Mu... Un ami de Frédéric.

Quelle était la formule d'usage, déjà ?

-Enchanté ?


Dernière édition par Mu Zhongxian le Sam 25 Fév - 16:00, édité 1 fois
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Rita Upset
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Ven 24 Fév - 10:22

L'on avait beau être encore en hiver, il faisait nuit depuis des heures, lorsque Rita se décida enfin à descendre les marches du cabaret. Emmitouflée dans un manteau de fourrure blanche, un cadeau bien attentionné d'un admirateur, la banshee sortit délicatement du bâtiment, soulevant sa jupe longue à chaque pas. Enfin, sous le regard suspicieux de la Lune, elle chercha, de ses yeux profondément verts, son véhicule et son chauffeur.

Ce dernier se frottait ses mains, que ses mitaines usées avaient bien du mal à réchauffer, durant les longues minutes qu'il avait dû passer dans ce froid insidieux de février. Ses yeux avaient du mal à rester ouverts ce soir-là, alors aussi fronça-t-il les sourcils, pour mieux y voir dans la brume qui s'était soudainement levée. Déjà qu'il n'y voyait pas grand chose le pauvre homme, son âge, qui avançait malgré lui, emportait avec lui la netteté de sa vue ! Tout ce qu'il put apercevoir fut une silhouette menue, qui s'approchait malicieusement de lui. Quand, enfin, il se rendit compte que sa cliente le fixait d'un sourire moqueur, le pauvre chauffeur ouvrit prestement la porte de son carrosse, invitant la dame à y monter. La délicate créature progressa à l'intérieur de son cocon de velours, sans accompagnateur et surtout, sans empressement. La forme finit de s'installer fièrement, puis donna l'ordre de partir. Alors le misérable courut à l'avant de son char, se jeta pratiquement sur son siège de bois dur, puis lança son char dans les rues gelées de Paris.

La carriole roulait prudemment, comme demandé par sa commanditaire. Observant distraitement les pavés défiler, Rita se mit à marmonner quelques mélodies effroyablement charmantes. Elle vit son chauffeur frissonner et se plut à penser, que ses tremblements étaient plus dû à l'angoisse qu'à un quelconque hiver à peine tiède. Toutefois, cette chute des températures suffisait largement à mettre la banshee à l'aise, qui, par conséquent, laissait sa peau blanchir un peu plus. Elle relâchait un peu trop son illusion, par paresse, et rendait les gens qui la croisaient un peu plus fébriles qu'aux autres mois. Une saison de désillusions lui faisait le plus grand des biens et, au pire, l'on croyait qu'elle mourait de froid. La banshee inspira alors, à pleins poumons, le brouillard glacé et se laissa-t-elle bercer le long de la route.

Le cochet toqua à sa porte pour la sortir de sa torpeur. La jeune femme s'étira amplement, puis machinalement sortit de sa pochette une petite montre à gousset : 21h50. Quel meilleur temps pour arriver qu'en retard ?

Elle sortit doucement de son carrosse, glissant d'une main fluide un petit sou de plus dans la main froide du cochet. Celui-ci la remercia d'un hochement de tête, la course ayant été payée en avance et retourna à l'avant de son véhicule. Puis, il quitta promptement les lieux, déguerpissant avant que la chose, à la peau aussi blanche que les morts, ne vienne à prendre goût de lui.
La dite dame monta les marches de la demeure d'une légèreté fantomatique, un sourire satisfait sur le visage alors qu'elle passait les battants de la porte. La seule chose, qui vint arrêter son avancée mondaine, fut le distingué majordome installé juste derrière l'entrée.

« Bonsoir mademoiselle- » commença-t-il, ne semblant, pas le moins du monde, surpris par son retard.

« Madame, je vous prie, Madame Upset. » l'interrompit-elle en tendant son invitation : titiller les domestiques était un jeu bien distrayant et, aussi, un merveilleux petit test. Les familles les plus riches pouvaient s'offrir le personnel le plus stoïque.

« Excusez-moi Madame. Me permettez-vous de vous débarrasser ? » Répondit-il doucement, après avoir brièvement jeté un coup d'oeil à son bout de carton, imperturbable.

Rita lui lança un regard amusé, puis se défit langoureusement de sa pelisse, dévoilant une épaule après l'autre. Le majordome ne bougea pas d'un cil, si ce n'est pour tendre la main et récupérer le manteau d'une blancheur étonnante.

« Je vous prie de me suivre, Madame : tous les invités doivent attendre dans le cabinet. »

Ceci dit, l'homme de maison tourna les talons et fila, d'un pas militaire, à l'intérieur de la maisonnée. Madame le suivit, bien évidemment, jusqu'à la dite salle, déjà bondée.

Rita prit un malin plaisir à minauder copieusement. Ses bijoux argentés scintillaient de mille éclats, son collier orné d'une magnifique émeraude en était la plus belle étoile. Ses yeux verts scrutèrent son public impromptu, qui désormais pouvait admirer, sous l'encadrement de la porte, une toute petite dame d'une blancheur presque aussi éblouissante, que son attirail de breloques astronomiquement énorme. Une fois la pose prise, la banshee commença son infiltration des lieux.

Elle voyagea allègrement entre les invités, glissant sur la moquette rouge décorée de virgules et de sinuosités dorées, profitant de sa taille menue et de sa tenue mince pour jongler entre cannes aux têtes de drôles d'oiseaux de ces messieurs et arrière-trains imposants de ridicule de ces dames. En effet, la banshee, d'humeur joviale, avait choisi de narguer toutes ces serrées du corset en optant pour une robe bleu nuit, qui accompagnait de tissu brillant ses courbes, bien plus mises en valeur par une telle coupe. Ses cheveux lâches retombaient sur ses épaules nues, puisque les manches extraordinairement bouffantes de sa robe n'allaient que de ses poignets jusqu'au haut de ses biceps, laissant son encolure dénudée au plaisir de ces hommes, empêchant à peine la ligne de sa poitrine de se dessiner sous les froufrous. Et, surplombant cet amas de débauche opulente, se dressait une magnifique coiffe à plumes et à paillettes argentées.  

La dame se sentait libérée ce soir-là, que ce soit de ses douleurs récurrentes ou de l'éthique, trop compliquée pour elle de toute façon. Elle s'amusa à piquer dans quelques-uns des plats, puis s'arrêta immédiatement quand les épices vinrent attaquer vicieusement ses papilles, bien trop abondantes pour une scottish girl comme elle. Ha, lui manquait-il ce temps du fumet traditionnel d'un bon saumon poêlé, plutôt que celui des entremets sophistiqués ouverts à toutes les découvertes. Délaissant alors le buffet, Rita balada ses yeux au sein de la pièce. Celle-ci débordait de babioles en tous genres, que ce soit épées ternies par les oxydes, fourrures et os d'animaux déjà disparus de notre imaginaire, bijoux ayant déjà perdu leur éclat. Tout ça pour les joyautés de ces bourgeois frivoles! Les bricoles cocasses avaient cependant perdu leurs attraits pour la banshee... Oh ! Mais n'était-ce pas un très vieux casse-tête en cube, l'une des énigmes les plus impossibles que les humains aient jamais créées ? Si la frustration de ne pouvoir le toucher ne lui avait pas tordu l'estomac, Rita serait restée des heures, le nez collé à la vitrine.  

Alors, pour ne pas se faire tenter à nouveau, la dame s'intéressa davantage aux invités, parmi lesquels Rita put reconnaître ses collègues du cabaret. Rien d'étonnant me direz-vous, puisque tous les membres avaient été invités généreusement par Monsieur et Madame De Montalant. Mais elle se plut également à constater que son cher ami Aldrick avait retrouvé des confrères, une joyeuse bande de loups infiltrés. La banshee se retint à peine de ricaner. Elle se tourna et aperçut Layth curieusement sans son Lennox, mais aux côtés d'un homme aux yeux pétillants. Le sourire saillant de ce dernier dissuada la dame de les approcher.
Elle continua à inspecter la salle, frissonnant à la vue d'une chose encore plus minuscule qu'elle aux boucles dorées, s'emparant au vol de l'aura sucrée d'Elise et de la lumière ténue de Narcisse, qu'elle prit presque en pitié à rester dans son coin. Mais aussi constata-t-elle un des plus gros attroupements, tellement que les lueurs colorées se mêlaient honteusement. Bien entendu vit-elle Ester, qui mettait Rita encore trop mal à l'aise pour qu'elle ne se mette pas à grimacer. La photographe donnait le bras à l'onde vivace de Frédéric, qui se tenait, lui, près d'un homme très grand, à la senteur du vieux bois. Suivant ce défilé d'éclats pétillants était une petite fille blonde, complètement vide de couleur en son âme, aussi blafarde qu'elle-même. Et, juste à ses côtés, caché juste derrière le géant, il y avait-

«  Lle- ! »

« Emerald ! Quel plaisir de vous rencontrer en cette soirée, surtout en si bel attrait. Notre cabinet est-il à votre goût ? »

Une dame d'âge mûr attrapa le bras blafard de Rita, ne frissonnant étrangement pas au contact glacial de la banshee. Elle souriait de toutes ses dents et avait les yeux aussi sémillants que le mystérieux interlocuteur de Layth.

« Oh, bonsoir Madame. » Bafouilla Rita, qui s'était brusquement retournée vers ce nouveau personnage sans couleur. « Je- »

« Adélaïde, je vous prie. Il n'est nul besoin de courbettes entre dames de notre âge. »

...Donc, cette dame d'âge déjà bien mûr, qui venait librement de l'interrompre dans son élan majestueux vers son doux idiot, était la Dame de cette soirée.
Rita avait beau se sentir mieux en période de grand froid, cela ne la mettait guère plus à l'aise, quant à la discussion mondaine. C'était bien un jeu qu'elle abhorrait au plus haut point, car, même s'il consistait à réduire son adversaire en bouillie honteuse de disgrâce, cela devait se faire par les mots et les jeux d'intellect. La dame savait jouer la comédie, mais si jamais devait-elle se retrouver devant quelqu'un de vraiment vif d'esprit, la soirée tournerait pour elle en désastre.

« Non, bien entendu. » Murmura la banshee, gardant sa contenance dans la mesure du possible. Et dieu que c'était difficile quand une lumière orangée lui faisait de l'oeil depuis l'autre côté du cabinet.

« Mon mari et moi sommes très heureux de vous accueillir ce soir, ma chère. J'avoue que mon cher Edmond préfère les curiosités à la musique, mais, pour ma part, assister à vos récitals est toujours un plaisir délectable. Peut-être aurez-vous l'occasion d'une petite chanson ce soir ? Oh, seulement si vous en avez le désir, bien évidemment. »

Point de pique ni de défi, Rita aurait presque pu se laisser flatter plantureusement. À la place fit-elle une révérence humble en guise d'adieu et énonça-t-elle très machinalement :

« Je vous remercie madame, et votre soirée est splendide. Cependant, pardonnez-moi de mon impolitesse, je dois aller sans attendre saluer mon employeur. Sachez toutefois que, si l'occasion se présente, je me ferai un plaisir de me représenter pour vous. »

« Oh, oui allez, allez, je ne vous retiens pas. Dans tous les cas, je suis heureuse d'avoir pu vous parler un peu. »

Et en guise de fuite, Rita planta la maîtresse de maison à sa place et alla se faufiler dans la foule. Évidement qu'elle n'allait pas se confronter à Edward ce soir, car affronter la troupe lupine ne semblait étrangement pas de bon conseil. À la place contourna-t-elle l'amas qui l'entourait, Lui, et aussitôt la banshee fut prise d'un doute effroyable : Lui était accompagné, pas elle. Que ce soit une question d'honneur ou de jalousie, Rita devait se trouver un partenaire sur le champ. Et malheureusement pour lui, ce rôle de vacataire revint au dragon recroquevillé.

« Désolée, Narcisse, mais j'ai encore besoin de toi ce soir. » Lui annonça-t-elle, tout en l'empoignant fortement par le coude et marchant vivement vers son ultime objectif.

En grande pompe fit-elle, pour elle et pour son compagnon impromptu, une place de choix dans le cercle de discussion, battant des cils arrogants quand, enfin, elle posa son regard sur son ami : Llewyn, très visiblement inconfortable dans son trois-pièces marron, sa barbe et ses cheveux bizarrement lavés et coiffés pour l'occasion, et qui pour une fois portait des chaussettes et chaussures propres. Rita se retint d'éclater de rire, tant son chaton avait un air incongru.

« Bon sang Llewyn, tu as décidé d'être irrésistible ce soir ! »
Spoiler:
 

_________________

Quand je lance pas des vannes, je parle en #429D42


"Maintes et maintes fois, maintes et maintes fois, j’ai cherché sans trouver la réponse à mon existence
Mais rien n’est certain, et encore moins
La raison des larmes sur mes poings
J’ai beau continuer, à la nuit tombée
Je m’arrête épuisée et me réveille quand le soleil est levé

Alors "Je suis heureuse, heureuse de vivre" pour tout les nouveaux jours à voir...
Je prie pour un jour y croire..."


Spoiler:
 


Dernière édition par Rita Upset le Sam 25 Fév - 8:39, édité 2 fois
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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Ven 24 Fév - 23:56

La pièce était sombre, d'une noirceur qui mettait en valeur les pâles dessins qu'esquissait dans les airs la fumée de cigarette. L'atmosphère était irrespirable. Ça puait la sueur, l'alcool et le tabac à en perdre l'odorat. Les multiples convives avaient réchauffé la minuscule arrière-salle jusqu'à la rendre désagréablement humide. Les vêtements collaient à la peau moite, et chaque respiration était comme un degré de plus au thermomètre. Pourtant, personne ne s'en plaignait. L'avantage de la crasse, songea Ashton, résidait dans sa capacité à se rendre invisible à mesure qu'elle devenait horrible. On s'habituait à tout, au final. Même lui, dont les sensibilités accrues étaient chaque jour crucifiées sur l'autel de l'indécence.

« Je relance. », annonça-t-il.

L'un de ses adversaires, un cinquantenaire dont la face ronde rougissait un peu plus chaque seconde, opina discrètement du chef. D'après ses calculs, le barman avait de bonnes chances d'obtenir un brelan. Insuffisant pour le battre, mais pas pour se penser vainqueur. Une victime de plus à plumer, donc. S'il en croyait le vilain tic qui agitait le sourcil de Margaret, sa voisine de droite, il n'avait d'autre concurrent sérieux que le cocher qui siégeait à sa gauche. S'il avait correctement compté les cartes, la victoire était assurée, mais on n'était jamais trop prudent. L'homme palpait fébrilement son visage dégoulinant de sueur à l'aide d'un mouchoir en fin de vie, l'air profondément agité. Nervosité, bluff ou malaise dû à la chaleur étouffante de la pièce ? La confusion était de mise et Ashton peinait à déceler la vérité.

« Nom de Dieu, vous allez me faire perdre tous mes sous, bande de pendards ! », fulmina brusquement Margaret.

La jeune femme jeta rageusement ses cartes sur la table et croisa les bras, mettant en avant son généreux décolleté.

« J'me couche. »

Il émanait d'elle une telle colère qu'un bref silence s'abattit sur la pièce. Femme ou non, elle semblait contenir en elle suffisamment de fougue pour détruire chacun de ses adversaires de jeu. Aucun homme n'osa d'ailleurs lui reprocher son langage outrageux ou son manque de manière, trop attachés qu'ils étaient à leur virilité menacée. Ashton, lui, la trouva terriblement séduisante. Elle était si belle dans sa robe de seconde main, dévoilant sans gêne des formes qui eussent fait rougir plus d'un garçon, et la moue qui avait volé ses lèvres pulpeuses était si attirante ! En la regardant, il se sentait emporté dans un torrent exotique qui déchaînait passions et désirs. Les quelques perles de sueurs qui se risquaient à dévaler sa gorge étaient pour lui autant d'appels. Un sourire charmeur naquit sur ses lèvres et il ôta ses chevilles de la table pour se pencher vers elle, une main tendue en guise d'invitation :

« Je te donnerai la moitié de mes gains si tu l'acceptes, princesse... »

Le charme parut fonctionner et l'apparente hargne de Margaret fondit un peu. Elle retint à peine un sourire et lui tendit ses doigts à baiser. L'échange fut aussi court que sensuel, le jeune homme bien décidé à séduire son interlocutrice. Il lui adressa un clin d’œil aguicheur, puis se redressa.

« Ne vends pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué, gamin. »
, lança le barman.

Un sourire espiègle s'afficha sur le visage d'Ashton :

« Peut-être que j'attends simplement que le poison que je lui ai injecté fasse effet... »

Tandis que les rires s'élevaient dans la minuscule arrière-salle, les rouages tournaient et menaient la machine vers sa victoire. Le canidé était un adversaire aussi doué qu'impitoyable, et ses méthodes peu orthodoxes ne laissaient aucune chance à ses concurrents. Une leçon que s'apprêtaient à apprendre les deux hommes de la table aux dépends de leurs économies.

« Full. », annonça-t-il glorieusement après le dernier tour.

Un Full composé d'une paire de reines et d'un brelan de dix, rien de moins. À la moue déconfite du cocher s'ajouta celle, rougeoyante de colère, du barman.

« Tu triches ! »
« Moi ?, s'enquit Ashton d'un ton suave. Et comment ? »
« Fichtre que j'en sais moi ! Tu triches, c'est tout ! »

En ce qui le concernait, le jeune homme ne considérait pas que compter les cartes constituait une technique frauduleuse. C'est donc avec le sourire qu'il répondit que non, et qu'être mauvais perdant seyait fort mal à un personnage de son envergure. Margaret, elle, arborait un splendide sourire tandis qu'elle amassait les billets et pièces qui jonchaient la table sombre.

Consciencieuse, la demoiselle des rues s'appliqua à compter chaque sous afin d'être certaine des comptes que devait rendre chaque joueur. La victoire d'Ashton était pour elle l'équivalent d'un petit salaire, suffisant pour s'octroyer un petit morceau de confort ou un jour de congé. Le moindre centime comptait. Et si par malheur il en manquait un...

« Ruben... Dites-moi... Vous n'auriez pas l'impression de nous avoir arnaqués par le plus pur des hasards ? », demanda-t-elle dangereusement.

Le cocher palpa plus furieusement encore son visage dégoulinant, l'air trop nerveux pour être innocent. Le canidé haussa un sourcil à son adresse. C'était donc ça... Il se tourna vers l'homme, l'air un peu désabusé.

« Pourquoi jouer si tu n'as pas les moyens de perdre, Ruben ? »

L'homme secoua fébrilement la tête, l'air apeuré. Et ce n'était pas tant Ashton que le regard meurtrier de Margaret qu'il semblait craindre. Sa pomme d'Adam roula anxieusement contre sa gorge alors qu'il tripotait les extrémités de sa chemise.

« J-je n'avais pas vu l'ampleur de mes pertes, je... »
« Espèce de vaurien, s'emporta la jeune femme, de canaille ! Pendard ! TOCARD ! »

Amusé par le vocabulaire fleuri de sa compagne, le canidé le fut moins par sa visible volonté de frapper leur camarade de soirée. Il s'empressa donc de se mettre entre les deux adversaires, un sourire suave aux lèvres, dans le but de calmer le jeu.

- Allons, Margaret, je crois que le frapper n'y changera r-
- Vaurien ! Espèce de... Un élixir d'étron, voilà ce que tu es !
- Margaret, s'il te plaît, calme-toi...

Non sans patience, il réceptionna la colère de la demoiselle et la prit doucement dans ses bras afin d'apaiser la tension qui animait ses épaules. D'une caresse suggérée, il massa tendrement le haut de son dos et murmura quelques promesses au creux de son oreille. Des promesses qui tournaient principalement autour d'une somme d'argent. Il ne s'arrêta qu'une fois l'incroyable haine de la jeune femme muée en agacement profond. Là, il se tourna vers Ruben et murmura :

« Je t'en prie, dis-moi que tu as de quoi compenser. Je dis ça pour toi, old man. »

Le cocher, rendu un peu fébrile par cette attaque impromptue, ne put que chercher dans ses poches les vestiges de sa fortune. Il ne sortit de son manteau qu'un morceau de carton corné aux illustrations étranges. Ashton haussa un sourcil et lut l'invitation.

« Une soirée chez les De Montalant ? What the... »
« C'est tout ce que je peux vous donner, supplia presque l'homme. Je suis désolé, je... »

Le canidé posa sa grande main sur l'épaule de son interlocuteur et lui offrit un sourire amusé. Son regard pétillait d'un malice nouveau qui ne disait rien qui vaille.

« Ce n'est rien, old man. Je vais prendre ça, et on ne te demandera pas d'argent en échange. Ça te convient ? »

Un hochement de tête plus tard, il se tourna vers le visage furibond de Margaret. La jeune femme croisait les bras de plus belle et semblait prête à assassiner quelqu'un – de préférence le cocher qui venait de partir en courant de la salle. Ashton rencontra sa colère avec un sourire.

« Tu sais quoi ma belle ? Garde tout. Je prends juste l'invitation, et tu as le droit au reste. Ça te va, comme compensation ? »

L'intéressée, ébahie, ne put qu'opiner silencieusement du chef. Elle rangea lentement chaque sous dans ses affaires, de sa petite bourse à son décolleté, puis se tourna vers le jeune homme, le regard brillant.

« On sort ? »
« On sort. »

°°°

- On se reverra peut-être au bar, mignon...
- Sans aucun doute, princesse...

Ashton embrassa la joue de Margaret avant de dévaler les escaliers qui le menèrent vers les pavés humides de la rue. Il était vingt heures trente et s'il ne voulait pas être en retard, le premier cab serait le meilleur. Heureusement pour lui, l'un d'entre eux eut la bonté de s'arrêter face à lui. Il grimpa dedans avec un peu de difficulté mais non sans remercier le conducteur.

« Au 25 boulevard Malesherbes s'il vous plaît, monsieur. »

L'homme parut raisonnablement surpris, et pour cause. Le jeune homme comprit en parvenant dans le quartier que ses hôtes de ce soir comptaient parmi les plus riches âmes de la capitale, et un sifflement impressionné lui échappa. Il se pencha vers le cab, un sourire espiègle aux lèvres.

« Ce soir, je vais choquer le haut peuple de Paris, monsieur... »

Son interlocuteur eut un éclat de rire avant de le déposer. En rentrant le soir, il informerait sa femme d'un étrange garçon qui se rendait chez les bourgeois originaux du boulevard Malesherbes, et demanderait confirmation d'une soirée qui se serait tenue là. Mais Ashton, qui ouvrit sans sommation la porte d'entrée du cabinet, n'en saurait jamais rien.

« Bienvenue au Cabinet des Curiosités des De Montalant, monsieur... »
, s'inclina le majordome.
« Oh je vous en prie, sourit le jeune homme, pas monsieur. Appelez-moi Ashton. Ou Lyn. Ou Ash Comme vous voulez. Pas monsieur, juste. S'il vous plaît »
« Bien, monsieur. Puis-je prendre votre manteau et votre invitation ? »

Brusquement certain que son interlocuteur n'était pas dénué d'humour, le jeune homme afficha un sourire amusé et lui tendit lesdits effets. Le message était limpide : dans la haute société, pas de place pour la familiarité.

« Puis-je demander votre nom ? »
, s'enquit-il tout de même.
« Stéphane, monsieur. »
« Je n'aurai pas le droit d'être appelé autrement, hein ? »
« Monsieur Lyn. »

Une moue mécontente se dressa sur les traits d'Ashton alors qu'il suivait l'employé le long des imposantes tapisseries du cabinet. Son mécontentement laissa cependant bien vite place à une surprise teintée de joie. L'odeur d'encens qui parvint à ses narines était tout à la fois un agréable changement des effluves nauséabondes des bas quartiers et une sensation oubliée de pays lointains. Un grand sourire naquit sur son visage et c'est en marchant plus vite qu'il pénétra l'enceinte de la salle.

Une profusion d'âmes, tantôt étranges, tantôt plus inquiétantes, colorées ou plus fades, inonda son champ de vision et l'empêcha un instant de remarquer l'étendue de bizarreries qui s'offrait à lui. Il reconnut certains convives sans même les voir – Edward, par exemple, et puis sa chère et tendre Élise qu'il avait hâte de retrouver. D'autres furent plus surprenantes... et plus éprouvantes. Aussi se détourna-t-il rapidement du regard de la tortionnaire de la bibliothèque, ainsi que du chat qui paraissait avoir amené à lui quelques amis. Ses pas à lui avaient une toute autre direction. Une direction aux cheveux roses et aux grands yeux bleus, à l'aura enchanteresse et au sourire solaire.

« Oh tiens, voici donc l'un de nos invités mystères ! Comment allez-vous monsieur ? »

Ashton afficha un sourire et saisit la main tendue avec plaisir. Sa voix chaude résonna doucement dans l'espace :

« Je vous en prie, appelez-moi Ashton. »
« Ashton, c'est cela ? Ne nous sommes-nous pas déjà croisés ? Au Lost Paradise peut-être ? »
« Sans doute, monsieur. », répondit-il, suave.
[color:aa74=#sandybrown]« Je vous en prie, appelez-moi Edmond ! En tout cas c'est un plaisir de vous recevoir, Ashton. Ma femme et moi espérons que notre cabinet saura satisfaire votre curiosité... En attendant, je vous prie de m'excuser, je vais aller saluer d'autres convives. »

Le jeune homme hocha la tête d'un air avenant et le laissa filer. Un personnage haut en couleur, ce monsieur... Détonnant, un peu comme lui, dans cet univers de bourgeoisie engoncé de codes. Toutefois il devait bien l'admettre, l'ambiance de la soirée était aux étrangetés les plus intrigantes. Si le garçon méprisait les cruautés de l'Homme, il se trouva attiré vers sa sœur de cœur comme par les quelques vestiges antiques qu'arboraient quelques vitrines.

D'un pas aussi souple que rapide, il se glissa derrière la jeune femme et posa ses mains sur ses yeux, pleinement conscient qu'il ne la surprendrait pas. Un sourire à la fois ravi et charmeur se glissa sur ses lèvres percées alors qu'il se penchait sur l'oreille de la demoiselle :

« Bonsoir, belleza... »

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Tala Harcourt
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Sam 25 Fév - 0:52

« J-je ne sais pas s-si...
- Tala, ça fait des mois que tu me murmures en rêver, ne laisse pas passer ta chance ! Je suis sûr que c'est un signe de Dieu si j'ai trouvé cette enveloppe ! C'est pour toi que je l'ai trouvée, alors vas-y... !
- T-tu crois que... ?
- Mais oui, Tala, tu seras parfaite. Cesse de douter de toi, tu es une jeune femme magnifique. »

Les joues de la louve prirent feu sans qu'elle n'ait aucun contrôle sur ce processus sanguin. Magnifique n'était pas, à proprement parler, le premier mot à lui venir en tête lorsqu'elle cherchait à se définir. Lorsque Tala se regardait dans le miroir, c'était plutôt un monstre, qu'elle voyait. Un monstre qu'elle avait appris à haïr mais qui, aux yeux de certains, trouvait visiblement une grâce providentielle qu'elle ne mériterait jamais vraiment. Parmi eux, il y avait Ewen. Et Ewen l'aimait suffisamment pour entendre les silencieux murmures de son âme. Ewen l'aimait suffisamment pour chercher à réaliser ses rêves. Ewen l'aimait suffisamment, même, pour la pousser à affronter ses peurs. Et au nom de cela, Tala n'avait pas vraiment le droit de refuser l'invitation tendue. Aussi leva-t-elle le bras pour s'emparer de la lettre qu'elle parcourut lentement du regard. Les mots choisis n'avaient à priori rien d'extraordinaire si on oubliait le précieux sésame qu'ils représentaient pour une jeune femme à la recherche de son humanité. Il lui restait à se procurer une robe et à-...

« Je t'ai fait confectionner une robe qui te sierra à merveille.
- T-tu as quoi ?!
- Je t'ai fait conf-
- E-Ewen ! I-il ne fallait pas... !
- Tala, je t'aime. Tu rêves de cet instant depuis tellement longtemps que je ne pouvais pas ne pas te préparer cette surprise... »

Alors, à nouveau, les joues de la louve s'enflammèrent. Ewen était trop gentil. Ewen était trop gentil, mais pour lui, elle irait à ce bal. Et si Tala, un seul instant, avait su se montrer honnête envers elle-même, elle se serait avoué que c'était un peu pour elle aussi.


~~~

La peur au ventre. C'était la peur au ventre que Tala avançait vers ce qu'elle pensait être son impossible destinée et qui, au fur et à mesure de ses pas, se concrétisait dangereusement. Le cœur au bord de l'implosion, les jambes si molles qu'elle ne comprenait pas comment il lui était encore possible de se mouvoir, Tala observait les rues se métamorphoser pour laisser place aux quartiers dont elle se prenait si souvent à rêver. Les pavés lui semblaient plus clairs, comme si la saleté des ruelles insalubres qu'elle avait appris à aimer avait fondu pour le beau regard de ces gens là. Les lumières étaient toutes fonctionnelles et la nuit n'était plus le coupe-gorge auquel elle se référait. Quant aux bâtiments... Les bâtiments étaient passés de ruines à palaces et les yeux de Tala s'illuminaient doucement tandis qu'elle approchait des appartements des De Montalant. Ces gens qui invitaient des personnes comme elle devaient être de bien gentils hôtes et elle avait hâte de les rencontrer. Hélas pour elle, cette hâte se voulait mêlée d'angoisse. Une angoisse qui ne la fit pas ralentir malgré son arrivée imminente. Lorsqu'elle fut face à l'immeuble désiré, Tala prit le temps de se concentrer sur sa respiration. Inspirer, puis expirer tout aussi calmement. Inspirer, puis expirer à nouveau. Inspirer, puis expirer pour une dernière fois. Inspirer, puis... remettre en place le nœud sur sa robe, la lisser pour en effacer le moindre pli, faire quelques pas pour s'assurer qu'on parvient toujours à marcher, coiffer ses mèches rebelles, réajuster l’œillet bleuté dans ses cheveux, et expirer. Reprendre sa respiration, la calmer, puis-

« Madame, puis-je vous venir en aide d'une quelconque manière ? »

Les joues de la louve reprirent leur teinte écarlate en un sursaut tandis qu'elle lançait un regard à la fois inquiet et surpris au nouveau venu.

« N-non ! J-je... me promène. Je me promène, voilà. J-je fais un petit tour, haha... »

L'homme lui lança un regard sceptique.

« Si madame se promène, alors, qu'elle me pardonne cette interruption maladroite. J'eus cru que vous étiez l'une de nos convives, à vrai dire... »

Le silence se fit tandis que Tala prenait encore davantage de couleurs. Ce fut à nouveau celui qui n'était autre que le majordome de la maison qui le rompit.

« C'est l'une de nos invitations, que vous tenez à la main, après tout... »

La gêne devint diadème dans la chevelure caramel et Tala s'avança, rouge écarlate, vers l'homme qui, elle l'aurait juré, venait de sourire le temps d'une seconde.

« C-ce... c'est vrai. J-je... j'étais un peu anxieuse, pour tout vous avouer... »

Un sourire des plus bienveillants s'imprima sur les lèvres de son vis-à-vis.

« Il n'y a pas de mal, madame. Veuillez me suivre, je vous en prie, que vous ne tardiez plus à rejoindre les autres invités.
- J-je vous remercie... »

Tala n'hésita pas une seconde à emboîter le pas à l'homme, rongée de gêne. Elle était nulle, nulle en tout point et se sentait désormais plus terrifiée qu'autre chose. Il suffisait que le majordome en dise un mot aux De Montalant pour qu'ils la renient à tout jamais. Lentement, sa main vint se glisser autour de son cou, à la recherche de la petite bague retenue par une chaîne et qui l'ornait pour parfaire sa tenue. Il fallait qu'elle se calme. Tout allait bien se passer. Sûrement. Peut-être. En tout cas, Tala trouva que les tapisseries aux murs étaient merveilleuses. Petit à petit, une odeur agréable embauma le couloir jusqu'à en saturer l'espace. D'agréable, la senteur devint difficilement respirable et Tala, ne voulant pas sembler mal élevée, fronça le nez très légèrement pour essayer d'apaiser son odorat malheureusement trop sensible. Enfin, le majordome parvint à une porte, qu'il ouvrit avant de lui adresser une révérence.

« Soyez la bienvenue chez nous, Madame... »

Tala bredouilla des remerciements confus en direction du majordome qui s'effaçait déjà. Son cœur se serra légèrement à l'idée que sa seule sécurité disparaisse ainsi, mais Tala ne pouvait désormais plus faire marche arrière. Elle allait se retourner vers le bal et se rendre compte qu'elle était là où elle avait toujours voulu être. Dans trois toutes petites secondes. Trois toutes petites sec-...
Les trois secondes filèrent en une seule tandis que le monde de Tala s'effondrait sous ses pieds. En fait de bal, il s'agissait d'un...

« Cabinet de curiosité... »

Partout, des corps d'animaux empaillés la fixaient, terribles regards de mort sur une soirée qui, déjà, ne lui plaisait plus. Il y avait aussi des tonnes de bocaux, remplis de liquide et agrémentés d'horreurs plus effrayantes les unes que les autres. Là-bas, un fœtus à qui il manquait un bras flottait près d'un chaton possédant six pattes. Au fond de la salle, elle apercevait un agneau à deux têtes et ici, il s'agissait d'une tête de loup. Une tête de loup... Ce n'était pas possible qu'il s'agisse de... Non, ça ne l'était pas. Ce devait être autre chose, et de toute façon, elle s'en moquait. Mais Tala ne s'en moquait pas, et c'est en reculant qu'elle tenta de gagner les portes par où elle était entrée. En vain. Quelqu'un lui bloqua la sortie et pire encore, se mit à lui parler. Il s'agissait, en plus du reste, de Mme de Montalant elle-même. Lançant un regard paniqué vers les autres invités, elle remarqua Narcisse, au loin, qui se fit bien vite emporter par une femme qu'elle avait déjà croisée au cabaret.

« … Va bien, mademoiselle ? »

Tala sursauta et revint aussi sec vers une réalité qui la terrifiait avant de hocher la tête.

« Navrée, j-je... j'observais.
- Oui, c'est une collection impressionnante que nous avons là, n'est-ce pas ? Je suis fière de pouvoir dire que mon mari en a ramené la plupart personnellement, d'ailleurs. Nous aimons énormément voyager. Et vous ?
- J-je... ne sais pas...
- Vous ne savez pas ? Enfin, voyooons ! Bien sûr que vous savez ! Êtes-vous bien certaine de ne pas vous trouver mal ? Dans le doute, ne prenons aucun risque ! Je vais vous chercher un médecin. Attendez-moi là ! »

Tala eut beau secouer la tête tant qu'elle le put, madame de Montalant lui mit un verre entre les mains et partit en hurlant à la recherche d'un médecin. Allant se recroqueviller dans un coin de la salle afin de se faire la plus petite possible, Tala pria tous les saints de faire en sorte qu'elle revienne bredouille. Ou mieux encore : qu'elle ne revienne jamais. Ce fut d'une traite qu'elle avala l'alcool inconnu qui lui brûla la gorge. Son rêve venait de brusquement se muer en cauchemar. Et elle n'avait aucune prise sur cette réalité-là.

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Edward White
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Dim 26 Fév - 20:21

Monsieur White, je dois vous dire que certains de vos employés sont tout à fait distrayants !

Edward s'était crispé lorsque la main de Monsieur De Montalant s'était posée sur son dos. Il eut tôt fait de s'écarter, prétextant un intérêt soudain pour une vitrine dédiée à des parchemins illisibles, mais cela ne suffit pas à éloigner son hôte assailli par un besoin de partage.

Figurez-vous que j'ai réussi à faire croire à l'un d'eux que mon épouse était capable de quelques sournoiseries à mon égard. Le garçon a bu mes paroles ! Ce qui est fort drôle lorsque l'on sait qu'il est votre barman !

Le bourgeois étouffa le rire qui lui chatouillait la gorge, après ce qu'il voyait certainement comme un superbe trait d'esprit. L'homme poursuivit son monologue et Edward en était encore à chercher une solution pour lui fausser compagnie lorsqu'il assista à l'apparition divine de Madame De Montalant. Encore toute pimpante des nombreuses rencontres faites au détour des vitrines, elle n'en fut pas moins des plus pressantes auprès de son époux :

Edmond allons tu n'es pas raisonnable. Tu n'as donc pas regardé donc pas l'heure ?
Si ma chérie ! Mais les pendules de la vitrine Suisse m'en donnent sept différentes !
Je t'avais dit de les faire réparer.
Mais je les préfère ainsi. Ce désordre du tic-tac est une petite merveille !
Quel grand enfant tu fais ! Viens-tu ? Il est grand temps de révéler notre surprise !
Je vous suis ma mie !

Il lui proposa son bras et elle le saisit. Tous deux s'éloignèrent en se racontant tour à tour quel académicien, scientifique ou autre écrivain avait le plus retenu son attention. Edward en profita pour retrouver la petite Louna en grande conversation avec Jules. Tous deux s'intéressaient de près à des bijoux du continent sud-américain, peut-être Maya ou Aztèques, dont la plus belle pièce était sans nul doute une coiffe à l'image du fabuleux serpent arc-en-ciel. Le loup blanc les écouta avec intérêt, jusqu'à ce que son attention soit happée par l'agitation au sein du cabinet.
À l'approche des vingt-deux heures, les domestiques délaissèrent les plateaux de petits-fours et de boissons pour se faufiler plus librement parmi les convives. Une à une, ils fermèrent toutes les fenêtres, puis les couvrirent d'épais rideaux de velours. L'encens brûlait toujours et le manque d'air frais finit par faire éternuer Edward, dont la gorge sèche trouva peu de réconfort auprès de l'alcool sans goût qui était servi. Il y eut quelques éclats de voix lorsqu'une servante heurta malencontreusement Layth, avant de s'excuser et de s'éloigner. L'incident resta sans suite, éclipsé par l'invitation des De Montalant à les rejoindre.

Louna attrapa la manche de son patron et l'entraîna à sa suite, guidée par Jules dont les suppositions allaient bon train quant-à la surprise qui leur serait réservée. Ils rejoignirent Armand et le reste des invités qui s'était organisé en demi-cercle autour du couple, lui-même installé sur un petit promontoire. Devant eux, se tenait une boîte d'un peu plus d'un mètre de haut, couverte d'un drap blanc. Des murmures interrogateurs s'élevèrent sous les regards amusés des bourgeois. Ils prirent la parole à la minute où un bruit sourd indiquait que les portes de la pièce venaient d'être fermées. Ce fut Edmond qui se lança le premier :

Mesdames et Messieurs ! Riches et pauvres ! Grands et petits ! Voire tout petit !

Il eut à ce moment un coup d'œil pour Lotte, ce qui fit sourire Edward.

Mes domestiques sont sortis, nous voici enfin loin des oreilles indiscrètes ! C'est plus agréable ainsi, n'est-ce pas ?

Il n'attendit que l'acquiescement marqué de sa femme pour continuer :

Je vous remercie d'avoir répondu à notre petite invitation. J'espère que la charade concoctée à cet effet sur le recto du carton vous a plu. Nous n'étions pas très sûrs du premier indice. « Ne sera jamais second ». La devinette n'était pas simple non ?
Je ne suis pas d'accord mon chéri. Le deuxième était plus complexe encore ! Trouves-tu vraiment si aisé de répondre à « Il n'est pas mort » ?
Tu as raison Adélaïde. Encore que le troisième était tout aussi ardu. N'est-ce pas Professeur Summerlee ? « La moitié d'une tante » ! Avouez qu'elle était bien trouvée, même si cela a piqué votre intellect superbe.
Comme tu y vas Edmond. Je suis certaine que le quatrième était le plus dur de tous ! « Scier ensemble », jamais je n'aurais pu deviner.

Abracadabrant, ce fut le seul mot qui vint alors à l'esprit d'Edward. Pourtant, cet étrange échange perdura encore de longues minutes, sans jamais que l'un ou l'autre des époux n'accorde le moindre intérêt à la caisse masquée. Il fallut que l'un des convives tente discrètement de jeter un coup d'œil sous le drap pour que les hôtes mettent un terme à leur interminable dialogue et se décident enfin à révéler leur secret. Edmond De Montalant demanda à ce que le silence soit fait. Tout le monde s'exécuta et Louna avec plus d'excitation encore, car elle posa ses deux petites mains gantées sur sa bouche. Bien plus sceptique, son patron essayait davantage de retenir la toux qui lui chatouillait la gorge depuis près de cinq minutes. Ce fut la « surprise » qui eut raison de tous ces efforts.

D'un même geste Edmond et Adélaïde retirèrent le drap et s'exclamèrent avec une joie immense :

Et voilààààà !
N'est-il pas superbe ?
C'est un petit théâtre qui ressemble à notre maison !
Et attendez ce n'est pas tout !

Sous les regards tantôt dépités, parfois perplexes et d'autres étrangement fascinés, les deux bourgeois se penchèrent sur le décor miniature et en retirèrent deux pantins de bois à leur effigie. Entre leurs doigts experts, les deux jouets exécutèrent une danse parfaite avant de saluer la foule où les applaudissements étaient sinon timides, au moins très éparses.

Ils leur ressemblent vraiment ! C'est incroyable ! S'émerveilla Louna.
Vous êtes sérieuse ? Lâcha malgré lui Edward, que la scène avait plutôt tendance à exaspérer.
Regardez comme ils jouent bien !

Les De Montalant continuèrent leur petit spectacle, poussant le vice jusqu'à improviser une scène de ménage qui failli se terminer à grands coups de bâton. Ravi, le couple salua finalement son public, puis retira les deux marionnettes de leur boîte pour les conserver auprès d'eux. Edmond releva la tête de son homologue de bois et, s'amusant beaucoup de leur ressemblance, il lança de sa voix forte :

Vraiment il ne leur manquerait plus que la parole, n'est-ce pas ? Un peu plus et il pourrait vous saluer !

Son rire couvrit la salle, rejoint par d'autres, quand Edward s'était figé. Avait-il bien vu ? Le cœur battant, il scruta avec plus d'attention la marionnette, certain qu'elle venait de lever la main dans leur direction. Comme Louna avait également l'air perplexe, il hésita à la questionner, mais ce fut Armand qui répondit à son interrogation :

Est-ce moi ou…

L'exubérance des De Montalant coupa court à leur étonnement. Enchantés par l'accueil qui leur avait été réservé, les époux se laissèrent aller à une présentation détaillée des plus belles pièces du cabinet. Débuta alors un innocent inventaire, qui se transforma rapidement en le plus étrange des spectacles.

Voyez c'est ma femme qui aime le plus les crânes ! S'exclama Edmond devant une vitrine de squelettes.
J'ai un petit faible pour leur sourire, avoua son épouse. N'ont-ils pas l'air de grands plaisantins ? Un peu plus et celui-ci me tirerait la langue j'en suis certaine !

Ce fut fou. À peine lui tourna-t-elle le dos qu'une langue rose et charnue glissa hors de la tête blanche et vide. Edward sentit la main de Louna se resserrer sur sa manche et lui-même se frotta les yeux pour être sûr d'avoir bien vu. Plus rien. Tout était normal. Il frissonna. Devant eux, Jules et Armand échangèrent à mi-voix. L'ouïe fine du lycanthrope lui permit de percevoir quelques mots :

Tu as vu ça ?
Ces malades ont probablement truffés leur cabinet de tours de passe-passe. Ne vous emballez pas Jules.
Oh… Mais c'est rudement bien fait ! Avouez-le !

Malgré son insistance, le jeune homme n'obtint de son ami qu'un soupir las avant de reprendre le fil de la visite. Celle-ci se poursuivit dans une atmosphère inhabituelle et dérangeante où un singe empaillé « séducteur » leur fit un clin d'œil, peu après que des bulles se soient échappées d'un bocal où des chats siamois étaient conservés. Edward fut certain d'apercevoir deux papillons épinglés à leur tableau battre faiblement des ailes. Tandis que les chuchotements inquiets s'élevaient de plus en plus distinctement chez les invités, il fut temps pour leurs hôtes de présenter avec fierté leur collection de masques japonais. Une gêne perceptible rendit le public silencieux jusqu'à ce qu'un convive, plus embarrassé que les autres, abandonne à voix haute :

Je ne les aime pas trop… On dirait qu'ils se moquent de nous.
Vous trouvez ? S'étonna Monsieur De Montalant.

Et alors qu'il se retournait, un éclat de rire s'éleva dans la salle. Cela n'amusa personne, bien au contraire. Presque tous les regards étaient dirigés vers les deux bourgeois, mais ces derniers étaient si accaparés par leur collection qu'ils paraissaient ne rien avoir entendu. Le ricanement fut bientôt rejoint par un autre, puis un autre, jusqu'à ce que la salle toute entière semble submergée de rires. L'incompréhension se lisait sur les visages. Sur d'autres, c'était l'angoisse qui s'était installée.

Ils n'ont pas l'air si méchants pourtant ! S'amusa Edmond. Enfin ! Vous reprendrez bien de nos délicieux hors-d'œuvres, n'est-ce pas ?

Le silence revint, mais le calme jamais.
H.R.P:
 


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Murmures curieux



Portes et fenêtres closes, c'est dans une ambiance plus feutrée, que vos hôtes ont enfin révélé leur surprise. Alors ? Ça vous a plu ? Qu'importe votre avis sur la question, vous n'avez pas pu échapper à ce théâtre de marionnettes des plus originaux. Mais avez-vous remarqué que quelque chose cloche ?

Si vous avez manqué le salut du pantin et les autres bizarreries, vous n'avez pas pu rater les rires qui ont résonné dans toute la salle. Impossible de connaître leur provenance. Ils n'ont duré qu'un instant mais vous les avez entendu. Pourtant ce n'est pas le cas de vos hôtes. Que peut-il bien se passer ici ? Tout le mystère est là.

Vous êtes à nouveau libres comme l'air ou presque. La soirée n'est pas terminée, vous devez rester dans le cabinet. Aurez-vous alors le courage de regarder à nouveau ces vitrines ? Si c'est le cas, vous allez y voir de bien étranges choses. Des choses qu'un clignement d'œil suffit à effacer.

Enfin, voici pour quelques participants, des obligations plus précises découlant directement de votre premier poste :

  • Layth : Tu vas te rendre compte que ton arme a disparu. Vol, ou perte, le constat est le même, elle n'est plus à sa place.

  • Lotte : Charles-Alexandre n'a pas réagi devant les étrangetés dont tu as été témoin. Des problèmes de vue peut-être ?

  • Ester : Sous la surprise, un convive a renversé son verre sur ton appareil photo. Tu trouves heureusement de quoi éponger. Mais qu'as tu pu sauver ?

  • Mu : Un polisson, ou une polissonne, s'est amusé à te mettre une main aux fesses. Acte involontaire ou non ? Son auteur est un mystère.









Vous posterez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au samedi 11 mars (au soir) pour participer à cette deuxième partie !


Vous pouvez toujours nous joindre par MP pour la moindre question ! Nous répondrons au plus vite, comme d'habitude ~

Retardataires ? Vous êtes les bienvenus tant que vous prenez en compte les éléments précédents (par exemple : votre personnage ne peut pas être arrivé après 22 h à la soirée).
Pour les autres, un grand merci pour votre participation !


Dernière édition par Edward White le Lun 27 Fév - 18:42, édité 1 fois
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Layth Aeterna
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Lun 27 Fév - 0:52

Ah, quels doux épices, l’agneau fondait dans la bouche ! Depuis quand n’avait-il pas goûté d’amuse-gueules si raffinés ? Autant les manières des nobles l’exaspéraient, autant leur cuisine valait le détour. Pendant cinq bonnes minutes le djinn savoura son morceau, allant jusqu’à fermer les yeux pour profiter au maximum de son en-cas. S’il pouvait être seul au monde avec les petits fours le reste de la soirée, il rentrerait comblé, mais la bouchée d’agneau tirait à sa fin et il se vit forcé de les rouvrir pour constater le nombre grandissant d’invités au sein du cabinet. La majorité s’attardait devant les vitrines et Layth reconnut quelques employés du cabaret, dont Frédéric à qui il rendit son salut. Le gamin ne semblait pas des plus à l’aise, mais l’arrivée de connaissances parut le détendre un peu.

Pendant ce temps De Montalant accueillait Arnaud dont la présence ne surprenait en rien le djinn. Si les De Montalant cachaient de lourds secrets dans leur placard, on pouvait compter sur le barman pour leur tirer les vers du nez. Le sien émit un reniflement amusé devant la scène quand un verre fit irruption dans son champ de vision. Se détournant de l’assemblée les yeux de Layth se posèrent sur la frêle silhouette de Jade lui offrant une coupe de vin. Riant de son entrée en matière il accepta volontiers le rafraîchissement et en but une gorgée… pour aussitôt la recracher dans le verre, aussi discrètement que possible.

-Ils osent appeler ça du vin ?!

Incapable de chasser la grimace de son visage il attrapa une seconde portion d’agneau assaisonnée et l’avala d’un coup pour faire passer le goût. Heureusement pour lui, l’arrivée du Docteur Keller tomba à pic et personne ne remarqua son manque d’appréciation sur le fond d’eau d’égout macérée à l’extrême. Du moins c’est ce qu’il crut avant qu’une serveuse ne manque de lui faire échapper son verre en le bousculant d'un coup de coude.

-Regardez devant vous !
-Je suis navrée monsieur, veuillez m'excuser.
-Tenez, prenez donc ça, je n’ai plus soif.

Posant sa coupe encore pleine sur le plateau, Layth ne fut pas mécontent de se débarrasser de l’infect breuvage, mais quel manque de professionnalisme, quand même. L’incident passé l’heure continua de tourner et les invités ne cessèrent d’affluer en nombre dans la pièce. Les derniers retardataires arrivés, monsieur De Montalant prit la parole, accompagné de son épouse. Pendant longtemps. Très longtemps. Tout le monde s’impatientait de voir ce qui se cachait derrière l’immense boite couverte d’un drap, que par politesse personne n’osa rappeler aux hôtes pris dans leurs charades. Réfléchissant à voix haute, Layth tenta d'en décrypter en collant les morceaux bout à bout.

-Premier… vivant… La moitié d’une tante ? Euh… Tant… Scions. Tension ? Pff, le Sphinx en donnait de bien meilleures.

Il fallut que quelqu’un touche au drap pour ramener le couple à la réalité. Le silence se fit et après un bref discours on dévoila le mystérieux objet. Un modèle réduit de leur propre maison, sérieusement ? Layth trouva les De Montalant un brin égocentriques sur ce coup. Un peu déçu le djinn se désintéressa du théâtre de marionnettes, n’applaudissant – à peine – que pour ne pas se faire regarder de travers. La suite le captiva davantage. Les De Montalant entreprirent de peupler d’anecdotes et d’explications la présentation de plusieurs raretés en leur possession.

-… ?

Sur une étagère, un fœtus d’oiseau sembla bâiller. Une réaction post-mortem, peut-être ? Mais en un clignement le bec était à nouveau en place, clos, comme s’il n’avait jamais bougé. L’incident aurait pu passer inaperçu si, deux minutes plus tard, un archer de fer articulé ne réajusta pas son bras en vue d’un meilleur angle de tir. Était-ce une blague des De Montalant ? Layth jeta un coup d’œil sur les autres convives et remarqua certains sourcils froncés. Si truquer tant d’objets lui paraissait ambitieux il ne pouvait nier le fort impact de la soirée pour les De Montalant. On parlerait d’eux dans tout Paris, et pour plus que des invitations semées au gré du vent. Trouvant son raisonnement des plus plausibles, Layth prit soin d’ignorer l’étrange sourire du loup empaillé au mur quand, s’ajoutant à toutes ces bizarreries, un éclat de rire fendit l’air. Le visage de plusieurs convives se crispa alors que Layth se pencha vers Jade.

-Tu l’as entendu, toi aussi ?

L’air s’épaississait, il le sentait ; l’angoisse devenait palpable. Pourtant les De Montalant ne semblaient rien remarquer, comment était-ce possible ? Se pouvait-il que… Faisant volte-face le djinn parcourut la table de hors-d’œuvre, suspectant un quelconque poison, mais Jade n’avait pas touché à la nourriture et il n’avait pas avalé sa gorgée de vin. Sans attendre il agrippa le bras de la maquilleuse pour l’entraîner à l’écart.

-L’encens. Ce doit être dans l’encens. À l’entrée, on en a tous respiré.

Il n’osait parler trop fort, de peur que les De Montalant l’entendent. Allaient-ils tous souffrir d’hallucinations ? Quelle chance que Lenny ne fut pas là. Vite, sortir... Ils devaient sortir ! La porte ? Mauvaise idée, trop voyant, on les remarquerait. Pour le peu qu’il savait les « domestiques » les attendaient de l’autre côté. Non, la voie de sortie la plus sûre se trouvait derrière les épais rideaux de velours. Ils leur suffisaient de feindre la conversation et de longer le mur du fond. Une affaire de deux ou trois minutes tout au plus, et en moins de dix ils seraient dehors.

-Suis-moi, on va passer par-

Une minute. Non… Non. Non, non, non ! Où était passé son arme ?! Frénétiquement il se mit à fouiller ses poches et sa ceinture, regarda à ses pieds, par terre près de la table : rien. Disparue, envolée ! Comment avait-on pu la lui prendre sans qu’il ne s’en rende compte ? De plus en plus agité le djinn se recula dos au mur, frappé par l’unique possibilité.

-La serveuse de tout à l’heure, ça ne peut être qu’elle !

Se pouvait-il qu’en plus d’objets insolites, les De Montalant se paraient de légendaires parmi leur personnel ? Soudain les rires cessèrent, plongeant la pièce dans un lourd silence. Layth n’osait plus rien dire, son regard s’en retournant fixer le rideau. Le plus urgent était de sortir d’ici, et les autres allaient devoir se débrouiller sans son aide. Tirer Jade de ce guet-apens était une chose, jouer au héros en était une autre. Les hallucinations ne les quitteraient probablement pas une fois dehors, mais un problème à la fois...

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Arnaud Sohan
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Lun 27 Fév - 18:27



Quelque chose gênait terriblement Arnaud. Pourquoi avait-il cette sensation qui lui parcourait le dos de haut en bas et de bas en haut ? Cela lui rappelait la fois où un marin s’était bien payé sa tête… D'un bloc, le démon se tourna vers M. de Montalant. *Non… Quand même pas… Ce type…*
Ce type ne pouvait pas être sérieux. Il n’y avait qu’à voir son fichu salon pour le savoir. Dans un tic furieux, Arnaud brisa le verre en bois et la bouteille en verre qu’il tenait dans ses mains.
« Le petit salopard… » Grommela-t-il, tremblant de rage, un sourire si crispé aux lèvres que ses voisins auraient pu entendre ses dents grincer.
Madame de Montalant n'avait aucune envie d'être infidèle: Son mari avait juste tout inventer pour "s'amuser"!
"Foutus humains et leurs humours de merd..." murmura-t-il pour lui-même.

Arnaud était partagé entre l’envie de lui arracher la tête et celle de rire de sa propre naïveté. Le barman avait besoin de corriger cette manie qu’il avait de croire quiconque prononçait les mots « secret » ou « mystère ».
Il se reprit. Il essuya ses mains sales sur une serviette tandis que des domestiques nettoyaient le vin et les morceaux de verres sur le sol. Arnaud n’allait pas arracher la tête de ce sale petit bourgeois de pacotille : ce n’était pas bon pour les affaires. Et puis s’il s’exposait comme cela… La Curia lui fera redéfinir la notion « d’enfer » après que White lui ait arraché les yeux pour l’avoir mêler (en soit, involontairement) à tout ça… Et tout cela seulement si Aziel, son ennemi juré, ne mettait pas la main sur lui avant. Non. Brutalement assassiner cet Edmond de Montalant n’était pas une idée envisageable. Cependant, Arnaud avait plus d’un tour dans son sac. Il était préférable de lui démolir sa réputation et sortir les cookies en riant des conséquences pour cette victime de choix. Mais pour cela, Arnaud allait avoir besoin de matière à chantage. Les domestiques étaient une option possible, tout comme une petite visite dans les tiroirs, les armoires et n’importe où où l’on range des informations compromettantes.

Avec son sourire charmeur, Arnaud alla pour cette méthode. Il slaloma entre les invités, glissant quelques compliments à ces dames au passage, vers la porte. Mais le démon n’avait pas encore atteint l’accès au reste de la maison que les de Montalant réclamèrent l’attention de tous. Arnaud considéra la porte. *Non, elle est trop loin, j’attirerais l’attention…* Pensa-t-il.

A contre-cœur, Arnaud écouta le non-sens du couple. Une charade ? Le démon jeta un coup d’œil à son invitation… Sa mère était douée pour ce genre de choses, mais Arnaud… Pas vraiment. « Ne sera jamais second », « Il n’est pas mort », « La moitié d’une tante » et « scier l’ensemble »… « Le », « vie », « tan »… Arnaud eut un mot en tête mais le repoussa rapidement. « Léviathan ». Non. Ce ne n’était pas cela. Si cela l’était, alors Arnaud voulait partir immédiatement. La seule mention de cet être démoniaque, l’incarnation de la catastrophe, fit frissonner Arnaud. Cette bête monstrueuse représentait la fin du monde, un monde sans humains, un monde où les secrets ne sont plus aussi destructeurs… Ce n’était un univers fait pour Arnaud. De plus il manquait le quatrième « scier l’ensemble ». C’était une bien maigre consolation, mais Arnaud s’y accrocha tandis qu’un énième frisson lui parcouru le dos.

Il sentait poindre une migraine. Cela ne lui arrivait que quand il avait la gueule de bois. Ce qui n’arrive qu’après s’être enfilé une vingtaine de bouteilles de vodka. Le vin, ici, était épouvantable, certes; mais il n’était pas aussi fort! Etait-ce l’encens alors ? Les démons avaient, après tout, des faiblesses face à cette fumée. C’était moins violant que l’eau bénite, mais ce n’était pas très agréable non-plus. Rien que pour cela Arnaud s’écarta un peu de la porte. Il alluma une cigarette pour couvrir l’odeur.  Cela faisait plusieurs années qu’il essayait d’arrêter de fumer, mais cette habitude avait la vie dure.

Son attention fut attirée par les de Montalant. Ils allaient révéler le secret ! Les cœurs d’Arnaud se mirent à battre plus fort. L’impatience l’envahit alors qu'il passait sa langue sur ses lèvres. *Allez ! Montrez-moi…* Pensa-t-il.

Il eut l’impression d’être giflé. Son appétit fut coupé court.

« Ils se fichent de moi… » Grommela-t-il.
Une représentation miniature de la pièce avec le couple dansant au milieu. C’était une blague. Cela ne pouvait être qu’une blague. Et si s’en était une, Eloïse allait prendre la raclé de sa vie pour lui avoir donné des informations bidons.
Son cœur droit rata un battement. Il y avait quelque chose d'étrange.
Arnaud leva le nez. Ses yeux croisèrent ceux de verre placés au-dessus de la table. Tous l'observaient. Fixement.
Le démon cligna des yeux. Juste pendant une seconde mais hélas ! Les yeux de verre avaient repris leurs places initiales : tourné vers le sol, vers les murs, vers le public. Qu’est-ce que cela signifiait ?
Et le rire des convives qui venaient de cesser... *La situation est fichtrement malsaine.* Pour un démon, c'était quelque chose de penser cela.

Lentement, Arnaud sentit la tension monter dans la salle. Les de Montalant étaient complètement absorbés par leur petite mise en scène. Mais les convives étaient fichtrement nerveux.  
Soudain, les yeux d'arnaud trouvèrent Layth. Il cherchait quelque chose. Son arme. Ou était son arme ? Arnaud était certain que le djin l’avait quand il était arrivé. Il observa le génie tirer Jade vers la sortie. Cela confirma les craintes d’Arnaud : quelque chose de pas net était en train de se produire.

Son esprit embrumé par la migraine et l’encens, Arnaud se tourna brusquement vers l’un des crânes exposés près de lui. Etait-ce son imagination ou cet objet avait claqué des dents ?
La migraine se fit un peu plus forte. Arnaud trouva un endroit où s’asseoir. Il tira une grande bouffée de sa cigarette.
Pourquoi se sentait-il si malade ? Etait-ce le hasard ? Arnaud n’en était pas si sûr.

"Concentre-toi, Arnaud." Se dit-il. "Tout va bien se passer."

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Dernière édition par Arnaud Sohan le Mar 28 Fév - 16:23, édité 2 fois
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Frédéric Lenoir
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Mar 28 Fév - 15:27

- Mince, qu'est-ce qu'y font là ?! S'cuse-moi Layth, une minute...
Posant son verre sur le buffet, Frédéric abandonna le djiin à son bonheur culinaire pour se retourner et  tapoter l'épaule de la dernière personne qu'il se serait attendu à voir ici.

- Hey Mister Cat, c'est plutôt moi qui d'vrais te d'mander ç...Humpf ! --zzie, moi aussi chui content. Bayard z'êtes en beauté ce soir ! Des vrais parisiens d'la haute. R'garde Lizzie, t'fais même rougir les fleurs.
Elle se retourna vers lesdites "pâquerettes rouges du désert" séchées de la vitrine derrière elle et rit en le poussant du coude. Le mage se détendit un peu. Juste un petit peu, en lançant un regard complice au chat qui, sûrement, sentait son humeur à des kilomètres.

Il vit ensuite la salle se remplir gentiment, semblant suivre la même faille spatio-temporelle que le cabaret et le sac fourre-tout d'Églantine qui leur permettait de mettre beaucoup plus de gens/choses dans un espace que ce qu'on aurait cru possible vu de l'extérieur. Cet appartement était gigantesque...
Lizzie était en train de lui raconter par le menu d'où venait sa robe et comment Elsa et elle l'avaient améliorée quand il entendit à son oreille une voix qu'il eut du mal à replacer.
- Est-ce que ces hors-d’œuvre vous mettent en appétit ?
Il se retourna, entrainant Lizzie et Llewyn à sa suite. Ce furent les yeux verts qui l'aidèrent à se souvenir.
Ils s'exclamèrent en même temps :
- Oh, pardon ! Mam'selle Jones ! -- voulais pas vous interrompre !
Il sourit. Il avait encore sa carte quelque part dans sa chambre. Elle était photographe, les jumeaux lui avaient "gâché" une photo en passant devant elle un jour et elle leur avait réclamé un portrait d'eux en retour. Il devait la rappeler depuis des lustres.
- Mamzelle Jones, j'vous présente - il se tourna vers eux, une lueur d'amusement dans le regard et articulant fièrement - Mademoiselle Lysbeth Desjoliesfleurs et Monsieur O'Malley. Fier de sa bétise, il compléta : Llewyn, Lizzie, j'vous présente Mamzelle Jones à qui j'dois une photo d'puis bien trop longtemps pour en êtr' fier.
D'un air rependant, il ajouta à son intention :
- Et j'en suis désolé.

Le nombre de collègues, de connaissances, de légendaires en général présents dans la pièce mirent sa concentration à rude épreuve. Tant de légendaires... Il se demanda si les De Montalant savaient ce qu'ils faisaient, ou s'il s'agissait d'un hasard incroyable. La capitale regorgeait de magie, certes, mais à part au cabaret, il était rare de voir un tel rassemblement. Ça le fit sourire. En parlant du cabaret... n'était-ce pas le pigeon de la doctoresse qu'il venait de voir passer ?
Un noeud papillon mal fermé vint lui boucher la vue et interrompre la conversation.
- Mu ! Mince y'a tout l'Lost qu'est v'nu !
Il serra la main du chinois avant que l'autre ne se présente à la cantonade.
Ce pauvre Mu et le français... C'était aussi adorable et maladroit que son noeud papillon. Mais il s'en sortait bien.
La suite passa plus vite pour le cracheur de feu. Entouré de têtes connues, il se sentait protégé, il commençait même à comprendre Lucy : c'était effectivement plus long, mais moins contraignant qu'une entrevue en salle privée. Entouré comme il était, c'était même presque agréable...

Mesdames et Messieurs ! Riches et pauvres ! Grands et petits !

Presque. Ce couple était vraiment bizarre. Il lui semblait bien les avoir déjà vus au cabaret mais...
Au fur et à mesure de leur incroyable dialogue, Fred souriait de plus en plus. Finalement, il ne regrettait pas d'être venu : ça lui ferait une bonne histoire à raconter. Il était presque triste que Llewyn soit là : il ne pourrait pas se faire la joie de lui raconter la soirée pour le faire marrer. La charade lui fit hausser un sourcil. ça, difficile ?... Il l'avait résolue avec Morgan en assez peu de temps. La réponse était entre leurs mains, après tout, il n'avait pas fallu chercher loin. Il se demanda si les bourgeois les prenaient vraiment pour des billes.
La "Grannnnde Surprise" le rendit un instant perplexe, mais le jeu des bourgeois avec leurs pantins, complètement satisfaits de leur petit tour et les applaudissements épars de ses voisins malheureux firent monter en lui un fou rire qu'il eut bien du mal à réfréner. Bon sang, c'était absurde. Toute cette soirée était absurde et leurs hôtes tenaient la palme.
C'était tellement incroyable qu'il en avait les larmes aux yeux. Il tenta de contrôler son amusement (et sa propre déception, ne mentons pas) en regardant ailleurs. La manoeuvre posa son regard sur les invités à ses cotés. Voir la déception sur les visages des gens, oh Bayard, c'était pire que tout. Purée, même Arnaud avait fait le chemin rien que pour ça ! Tapotant l'épaule de Llewy, il lui pointa le barman du doigt en souriant, les yeux rieurs. Un spectacle aussi beau qu'une fulmination pareille, une aussi jolie déception, ça se partageait.

La présentation des différentes collections continua d'alimenter son sentiment d'absurdité totale. Ces objets étaient grotesques. Ces gens étaient fous. Et ils étaient tous plus fous encore de rester les écouter. S'il avait été honnête avec lui-même, Frédéric aurait avoué à quel point certains objets l'intriguaient, le dégoûtaient, le perturbaient même parfois. Il aurait avoué sa propre déception et son sentiment grandissant de décalage, ne sachant pas lui-même ce qu'il faisait là, pourquoi lui, entre tous, avait été invité ici. Mais c'était ce décalage justement, et cette mise en scène théâtrale, qui le faisaient rire en dedans comme un gosse à qui on conte une farce. Les bourgeois devaient bien rigoler, ah ça oui. Il les prenait même en pitié, un peu, de n'avoir que ça comme recours pour amuser leur scintillante existence.
- Mais avouez Edmond que votre penchant va pour les animaux. Sans moi notre maison en regorgerait !
- Comme vous me connaissez, ma chère. J'aime me sentir entouré. Ce phacochère africain n'est-il pas extraordinaire ! Il semblerait prêt à nous foncer dessus, s'il lui restait autre chose que la tête !

Phacochère. C'était vraiment un nom à la mord-moi-le-noeud pour un sanglier à crête.
Le cracheur de feu sursauta. La bestiole avait... louché ?
- Fred ? Ça va ?
Une oreille chassa un moustique éventuel et Frédéric chercha intensément des yeux une trace quelconque de magie qu'il ne put détecter.
- Viens Fred, allons plutôt voir les pantins. Plus personne n'y fait attention.
Il acquiesça tandis qu'un papillon épinglé battait des ailes. Il fronça les sourcils, retenant Lizzie une seconde.
- Llewy... Mu... vous voy--
Des rires. Frédéric sourit timidement aussi. Est-ce que c'était une farce ? ça serait drôle, effectivem--
D'autres rires. Trop nombreux pour qu'on manque leurs auteurs, et pourtant personne ne riait dans la salle. Est-ce qu'ils venaient de dehors ?
Son regard accrocha un homme grand et mince. Lui, il n'était pas humain. Il n'était pas Légendaire non plus. Il était fait de magie jusqu'au bout de ses gants. Et ça venait d'une gamine pas plus haute que trois pommes.
Il y avait aussi le grand, là bas, avec sa drôle d'allure sombre qui parlait à Elise. Lui aussi était légendaire, il le voyait dans ses yeux. Et puis...
Son regard de mage scrutait la pièce à la recherche de quelque chose que les hôtes ne semblaient pas noter.
Soit ils étaient au courant - mais ils étaient bien humains, ça il en était certain - soit ils ne remarquaient rien.

Lançant un regard à ses quatre compagnons, il sut qu'ils avaient entendus eux aussi. Sentant la main de Lizzie qui lui serrait le bras avec vigueur, il lui sourit et posa une main sur la sienne.
- 'Sont vraiment inventifs ces bourgeois, t'as vu ça Lizzie ? On s'croirait à la foire. Z'ont dû dépenser des fortunes pour mettr' ça sur place chez eux. Vous d'vriez prendr' une photo Mamzelle Jones.

Les rires cessèrent, et les Montalant continuaient de faire comme si de rien n'était. Frédéric continua, lui, de faire comme si tout cela l'amusait grandement. À Llewyn, il souffla même.
- Des sacrés acteurs ces deux là. z'ont vraiment rien d'autre à inventer d'leurs soirées...

Mais en son for intérieur, ses yeux de mage scrutaient tout. Aucun truc au monde n'aurait put faire que les jumelles dans la photo lui fassent un signe de la main. Aucun. Et ça commençait à l'inquiéter sérieusement.

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Lotte Hochvogel
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Lun 6 Mar - 17:24

Charles-Alexandre se félicitait de toujours pouvoir comprendre ce que sa patronne voulait dire sans même qu'elle n'ait à ouvrir la bouche. Évidemment il s'agissait là du fruit de nombreuses heures de travail, ou plutôt de nombreuses heures de travail passées à ne pas travailler qui avaient le don d'agacer la petite directrice, qui défoulait régulièrement sa frustration sur le pauvre balai qu'il pensait être. À vrai dire, le seul responsable dans toute cette affaire c'était lui, car si Lotte avait un caractère difficile à dompter, il était tout naturel que le balai qu'elle enchante elle-même hérite de ces mêmes qualités. Il est en fait plus simple de dire que Charles-Alexandre comprenait facilement Lotte tout simplement parce qu'il était comme elle, la capacité d'oblitérer la capitale française en moins, évidemment.

C'est pourquoi, lorsque le drôle d'homme vint à la rencontre du drôle de duo, le balai métamorphosé pour la soirée s'empressa de prendre la main de sa prétendue fille dans la sienne, pour s'assurer qu'elle ne vienne pas l'utiliser pour envoyer valser l'inconnu en dehors du cabinet. De son côté, Lotte leva un sourcil, tandis qu'elle toisait l'homme qui lui faisait face. Quelle horrible coupe de cheveux, se dit-elle tout d'abord. Que cherchait-il à lui dire ? Il était un légendaire, à tout point de vue, il n'était pas aussi terne que les humains. Malheureusement l'encens empêcha la petite directrice de deviner rapidement à quelle race légendaire l'inconnu, se prénommant Aldrick visiblement, pouvait appartenir. Comprenant que partir et l'ignorer sans un mot serait mal vu, elle se retint de soupirer face à lui et se contenta d'un sourire aussi artificiel que la tête d'autruche empaillée située derrière elle.

- Charlotte Dubois, et voici mon papa, Charles-Alexandre Dubois. Papa est muet, donc je parle pour lui.

Le discret reniflement de l'inconnu mit alors immédiatement la puce à l'oreille à la directrice. Encore un. À croire que White avait rameuté d'autres sac à puces dans les environs. Lotte soupira intérieurement, mais comprit rapidement que ce Voelsungen n'était pas de la même trempe que l'autre cabot et son pelage blanc. Ah, cela lui revenait maintenant, Voelsungen, elle avait lu quelques informations au sujet de cette famille, et sur ses accrochages avec celle du patron de cabaret. Elle ne l'avait jamais croisé à la bibliothèque cependant, et avec des cheveux pareils, elle aurait retenu sa venue. Edward ne lui en avait-il pas déjà parlé, cela dit ? Ce type parlait de tellement de choses sur un ton tellement agaçant que Lotte n'écoutait presque plus ce qu'il avait à lui dire. Ne lui avait-il pas parlé d'un policier un jour ? À voir l'attitude méfiante de cet Aldrick, cela ne serait pas étonnant qu'il fasse parti du corps policier de Paris. Oui, cela ne faisait aucun doute, il devait s'agir du loup noir dont elle avait lu quelques lignes ici et là.

- Voyagé ? Malheureusement non, je ne suis jamais sortie du pays. Mais…

Elle ne trouva pas quoi dire. Sa question était tellement idiote. Si elle le pouvait, elle lui déroulerait la liste des pays qu'elle a foulé tout au long de sa vie, des rois qu'elle a vu monter sur le trône, des empires qui se sont écroulés tandis que d'autres ont conquis le reste du monde. Être une simple petite fille était vraiment ennuyeux. Mais fort heureusement pour elle, Lotte n'eut pas à terminer sa phrase car les deux hôtes de la soirée, détestables et agaçants au possible, ne l'oublions pas, venaient d'attirer l'attention vers le clou de leur collection.

[Nous interrompons cette narration pour cause de déferlement de pensées haineuses et colériques qui viendraient brouiller, si ce n'est défigurer, le reste de la narration qui s'en suit. Nous vous sommes gré de ne pas tenir compte de ce léger accrochage psychologique, qui aura bien failli coûter la vie à tous les parisiens présents si Charles-Alexandre ne s'était pas glissé derrière sa prétendue fille pour lui tenir discrètement les épaules, le temps que sa terrible colère ne soit contenue. Le terme de « tout petit » aura bien failli causer notre perte à tous…]

Une fois le petit théâtre terminé, une partie de l'assemblée resta silencieuse, d'autres rirent discrètement ou applaudirent, amusés par les petits pantins à l'effigie des De Montalant.
- Quelle bande de guignols, murmura Lotte, fatiguée par l'intérêt idiot que portait Charles-Alexandre au petit théâtre de marionnettes. Se rendant compte qu'elle venait de le dire à haute-voix, la petite fille leva discrètement les yeux et s'assura que personne ne l'avait entendue, puis tira sur la manche de son père fictif pour lui faire signe de s'éloigner de la foule. La manœuvre n'allait pas être simple, elle avait été mise au tout premier rang pour s'assurer qu'elle puisse tout voir. Mais si cela continuait ainsi, Lotte ne réussirait jamais à tenir toute la soirée, ces personnes lui sortaient par les yeux, si cet abruti la traitait de petite encore une fois elle le transformerait en rideau et l'accrocherait dans le rayon animalier, pour que tous les chats qui y passent y fassent leurs griffes. Charles-Alexandre baissa la tête pour savoir ce que voulait sa patronne, mais exactement au même moment un souffle de surprise s'empara de l'ensemble des invités. Lotte n'avait rien vu, trop occupée à chercher un moyen de s'éclipser en douce. Bientôt le groupe se divisa, et la majorité suivit les De Montalant qui se mirent à présenter certains objets en vitrine.

Finalement parvenus à se mettre en retrait, Lotte attendit près de la porte le moment idéal pour s'échapper de ce cabinet de malheur. Mais Charles-Alexandre avait commencé à prendre goût à cette nouvelle vie de père mondain et semblait lui aussi s'intéresser aux drôles de trésor du couple insupportable pour la petite directrice. Celle-ci inspira donc profondément, manqua de s'étouffer à cause de l'encens, puis resta immobile et silencieuse aux côtés des longues jambes de Charles-Alexandre qui avait presque malgré lui rejoint le groupe d'invités.
La petite directrice se tourna alors vers une étagère et regarda une photo d'un pêcheur qui tenait entre ses mains une carpe à deux têtes.
- Pour qui est-ce qu'il nous prend, c'est un poisson en carton…
- Euheum !
Lotte se figea. Elle se tourna, pensant avoir été entendue alors qu'elle se plaignait à haute-voix, mais constata que personne ne prêtait attention à elle. Elle se retourna vers la photo. Non… La petite directrice s'approcha instinctivement de la vitrine et y colla presque son nez, s'attendant presque de croiser le regard de l'homme, figé dans sa photo. Mais rien, il ne bougea pas, ni ne se racla la gorge. La petite fille se redressa, trop orgueilleuse pour admettre un défaut d'attention. Elle avait sans doute rêvé, toute cette colère contenue et étouffée avait sans doute des effets secondaires.

- Si c'est une plaisanterie, je ne trouve pas ça drôle.
Et alors même qu'elle prononça cette phrase, les yeux de Lotte croisèrent ceux de masques japonais à l'expression moqueuse qui étaient présentés au même moment par les De Montalant. Un éclat de rire général résonna subitement dans l'ensemble du cabinet, et cette fois-ci tout le monde sembla l'avoir entendu. Tout le monde sauf Charles-Alexandre, qui bizarrement continuait à admirer les masques comme si rien ne s'était passé. La mâchoire de Lotte se serra, venir ici était définitivement une très mauvaise idée. Elle n'avait rien détecté de particulièrement magique dans ce cabinet, et quand bien même, les deux hôtes ne dégageaient rien, mais l'endroit était tellement chargé de légendaires variés et d'objets éclectiques provenant d'horizons complètements différents que même la petite directrice eut du mal à réunir ses sens.

- Charles-Alexandre, fit-elle en chuchotant, nous nous sommes suffisamment amusés allons-nous en.

Le grand monsieur se gratta la moustache sans trop comprendre pourquoi Lotte désirait sortir aussi rapidement. Ce que la Simurgh ignorait, c'était que son assistante Ladli avait demandé au balai de faire durer la sortie le plus longtemps possible, pour que Lotte puisse profiter un maximum de cette excursion, elle qui sort de moins en moins de sa bibliothèque. Mais la petite fille, voyant le manque de réaction de son intendant aux tâches ménagères, décida prendre sur elle et de mettre temporairement de côté le fait que son esprit lui jouait des tours. Mais comment pouvait-il lui jouer des tours ? Il ne l'avait jamais fait jusqu'à maintenant. Les De Montalant passèrent alors devant elle pour aller montrer une nouvelle partie de leur collection aux invités, bien que la majorité de l'assemblée semblait elle aussi déboussolée par ce qui était en train de se passer. S'il se passait vraiment quelque chose.

- J'ai l'impression que cela ne va jamais se terminer…
Tic-Tac-Tic-TOC. Lotte s'immobilisa et se tourna vers les innombrables pendules suspendus au mur. Si aucun n'indiquait la même heure un peu plus tôt, tous semblaient avoir maintenant leurs aiguilles complètement figées. La petite fille cligna plusieurs fois des yeux, détourna son attention des horloges pour rejoindre Charles-Alexandre, son seul repère dans toute cette étrange folie, qui semblait ne pas être vraiment une. Lotte tira de nouveau sur la manche de son père d'un soir, et lui indiqua discrètement les horloges, mais le grand moustachu n'y vit rien de particulier et son attention fut rapidement captée de nouveau par les deux hôtes qui désormais se félicitaient d'avoir en leur possession un bocal de queues de lézards.

Mais alors une invitée poussa un léger cri étouffé, puis se mit à rire, amusée par son propre sursaut. Celle-ci déclara alors avoir vu un portrait en vitrine bouger les yeux dans sa direction. Une majorité accueillit la nouvelle par un sourire gêné et se tournèrent de nouveau vers l'étrange couple qui ne s'était même pas interrompu, tandis que Lotte soupira discrètement. Cette soirée ne pouvait vraiment pas être pire, se dit-elle à nouveau.

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Ryden Haesmar
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Ven 10 Mar - 2:17

Se tenant devant une lourde porte bleu-bouteille, le regard ambré du démon passa pour la deuxième fois du carton d’invitation au logement en face de lui. Après plus d’une trentaine de minutes à le chercher, il avait enfin trouvé le 25 du boulevard Malesherbes.

Dès qu’il poussa la lourde porte, un homme vint l’accueillir. A peine eut-il le temps de lui montrer son invitation qu’un groupe bruyant de jeunes bourgeois entra, ne faisant à peine attention à lui. Lorsque le majordome prit les manteaux de tout le monde, il les invita à le suivre jusqu’au lieu où allait se dérouler la soirée. En chemin, Ryden comprit en partie d’où venait la réputation des hôtes. Leur goût pour la décoration était disons-le... particulier. Et ce n’était que le commencement, il en était convaincu. Dès qu’il pénétra dans le cabinet, il ne fut pas déçu. Une quantité incroyable de curiosités était exposée ici et là.

Dissimulé derrière le groupe, le démon eut juste le temps de balayer la pièce du regard avant que l’hôtesse vienne les rejoindre. Préférant l’éviter, il décida qu’il était temps de s’éclipser du groupe. S’éloignant discrètement, il se promena entre les objets exposés lorsqu’il fut attiré par quelque chose de familier.


- Oh, salut ma jolie ! C’est donc ici que tu te cachais, dit-il à voix basse lorsqu’il fut près d’un petit objet trônant sur un socle dans une vitrine.
- N’est-elle pas d’une beauté envoutante ? Lâcha un jeune homme qui s’était approché de lui. Si j’ose croire les dires de nos hôtes, elle aurait été créée par Brokk, un nain artisan de la mythologie nordique, pour le dieu de la tromperie, Loki. Mais je ne détecte aucune influence nordique. Sa conception est des plus mystérieux. Il est cependant évident qu’elle est très ancienne… et si bien préservée ! S’en est presque magique !
- Ha ha ! Qui croirait une telle histoire, voulez-vous bien me le dire ? J’ose espérer que vous n’avez pas cru ces sornettes. Une arme divine ! Les De Montalant ont soit beaucoup d’imagination ou ils sont très naïfs ! Et puis, si cela est vrai, comment ils auraient fait pour se procurer un objet aussi mythique ? Finit-il par répondre amusé par le mensonge créer par les hôtes.
- Vous avez bien raison. Il n’empêche qu’il y a autour de cette dague une aura… comment dire…
- Démoniaque ?
- J’allais dire maléfique, mais oui, démoniaque.
- Non, je ne trouve pas.

Puis les deux hommes se regardèrent mutuellement, gardant tous deux le silence.

- Oh, au fait, je suis Jules Chevalier, antiquaire. Et vous êtes ?

Le jeune homme remarqua ensuite le carton d’invitation, dont Ryden ne s’était pas rendu compte qu’il tenait toujours dans sa main, il lut le nom dessus.

- Ah, Monsieur De Montalant m’a parlé de vous ! Avec le métier que vous faites, certaines curiosités médicales risquent de vous intéresser.
- Effectivement, j’ai cru en entrevoir quelques-unes avant que mon regard ne soit attiré par cette dague.
- Je vous comprends. Elle a un petit quelque chose qui attire le regard. C’est peut-être à cause des minutieux petits détails dans son manche ou à cause de sa lame à la forme particulière…
- Monsieur Chevalier, Monsieur Chevalier, appela soudainement un homme non loin d’eux.

Les deux hommes cherchèrent la provenance de la voix. Puis, ils virent Arthur Delcambre faire signe à Jules de venir le voir.

- Oh, pardonnez-moi, il semblerait qu’on me demande.

De nouveau seul, Ryden profita de ce moment pour voir qui avait été invités à cette étrange soirée. Il reconnut plusieurs employés du Lost, des femmes de petite vertu qu’il avait côtoyées à une ou deux fois reprises et peut-être quatre autres personnes, dont malheureusement le commissaire. Pour une soirée mondaine, il y avait beaucoup de non bourgeois parmi les invités, ce qui l’aurait surpris s’il n’avait pas entendu les ouï-dire qui se disaient à propos des De Montalant.
Finalement, il repéra deux têtes familières qu’il n’eut aucun mal à reconnaître par leur apparence singulière. Il décida alors de s’incruster dans leur petit groupe. Il avait presque rejoint le chien noir et la muse lorsque Jules s’interposa entre lui et les deux Légendaires
.

- Ah, M. Roméan ! Vous êtes là ! N’avez-vous pas entendu Madame De Montalant demander un médecin ? En tant que médecin légiste, vous êtes le mieux placé, je crois, pour venir aider. Suivez-moi, je vais vous mener à elle.

Légèrement désemparé face à cette situation, Ryden commençait un peu à regretter d’avoir « emprunté » l’invitation d’Axel. Après deux secondes de réflexion, il jugea qu’il valait mieux pour l’instant de continuer le jeu, il suivit donc l’antiquaire. Arrivés devant la personne qui soi-disant avait besoin d’aide, le démon reconnu aussitôt la jeune femme recroquevillée dans son coin.

- Ah, miss Harcourt, il semblerait que vous ne sentiez pas bien ? Demanda Ryden tout en se mettant à la hauteur de la louve. Puis, il se retourna vers l’antiquaire. Vous pouvez aller rassurer Madame De Montalant. Je vais m’occuper de Miss Harcourt.
- Très bien, Monsieur Roméan.

Ryden attendit que l’homme s’éloigne d’eux pour revenir à Tala. Il s’apprêtait à lui expliquer la situation lorsqu’il remarqua les domestiques fermer les portes et les fenêtres. Trouvant cela étrange, il se releva.

- Qu’est-ce qui se passe ?

Presque aussitôt, les De Montalant invitèrent leurs convives à les rejoindre. Préférant rester un peu plus en retrait, il les écouta d’une oreille plus ou moins attentive. Son attention était plutôt dirigée vers la caisse devant eux, intrigué par son contenu. Cependant, quel fût sa déception lorsqu’on dévoila finalement le mystère. Et la suite que dire, Ryden ne savait même pas comment réagir devant cette grotesque scène de marionnettes. Il jonglait entre stupéfaction, indignation et l’exaspération.
Puis, lorsqu’ils cessèrent de jouer avec leur sosie de bois, il se produisit une suite d'événements étranges. En tout cas, c’est ce que le démon en déduisit par les expressions interrogatives et perplexes qu’il voyait dans le regard des convives. S’il se fiait aux commentaires que les autres invités murmuraient entre eux, les manifestations ne semblaient pas durer longtemps. Regardait-il aux mauvais endroits ou était-ce parce qu’il clignait des yeux en même temps qu’elles apparaissaient ? Le démon n’aurait su le dire, mais cela le dérangeait vraiment de ne pas savoir pourquoi ils ne les voyaient pas et ce qu’elles étaient vraiment. Les avait-on drogués à leur insu ? C’est ce qu’il avait au départ soupçonné. Cependant, en écoutant les propos des convives, il avait fini par l’exclure. Il était pratiquement impossible que tout le monde hallucine la même chose au même moment.


- Les voyez-vous bouger vous aussi ? S’enquit-il finalement à Tala.

Puis, vint le moment où des rires, qui semblaient venir de nulle part, se firent entendre dans tout le cabinet. Enfin ! S’il avait manqué toutes les autres bizarreries, celle-ci ne lui avait pas échappé. Cela le rassura bien qu’il devait être seul à ressentir cette satisfaction. Le malaise et l’inquiétude étaient visibles sur le visage de plusieurs invités. Quelques convives semblaient même très agités, alors que d’autres étaient émerveillés devant les brèves apparitions. Étrangement, les De Montalant paraissaient être les seuls à ne pas s’en rendre compte.


- Pensez-vous que nos hôtes ne sont vraiment pas conscients de ce qui se passe ou jouent-ils simplement la comédie ? Demanda-t-il tout bonnement en regardant la jeune femme à ses côtés. Car si on y réfléchit bien, tous ces étranges petits phénomènes, ils complémentent à la perfection le thème de leur soirée… ne trouvez-vous pas ?

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Comment décrire Ryden bièvement ?
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Dolores Keller
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Ven 10 Mar - 22:07

22 h 10, Cabinet des De Montalant. Le spectacle de marionnettes vient tout juste de se terminer, tout le monde semble réagir à sa manière, tandis que les hôtes commencent à parler de leur collection. Manfred s'est réveillé mais a le hoquet.
Dolores s'est retenue de parler pendant près de cinq minutes, mais le spectacle de marionnettes aura eu raison de son silence.

« Adaaaaam !! C'était tout simplement fan-tas-tique ! Je pense que nous devrions faire quelque chose de semblable avec le cabinet. Pour divertir les enfants par exemple ! Nous pourrions faire une marionnette pour moi, une pour vous, une pour Louise, une pour Manfred, une pour Yvonne et une pour… Ooooh mais non, Ilana est déjà parfaitement taillée pour ce rôle ! N'est-ce pas génial ? Je suis sûre que cela ferait un malheur ! Nous nous reconvertiront ensuite pour arrêter la médecine et nous consacrer entièrement à notre nouveau spectacle ! Il s'intitulerait La folie de Dotty, ou alors Dolores la grande prêtresse ! Je vois déjà la pancarte s'illuminer à l'entrer de mon ancien cabinet ! Mais je me demande si cela ne risquerait pas de faire de la concurrence à Edward. Ou alors nous pouvons faire un partenariat ! Mais oui ! Et nous pourrions faire des charades aussi ! À propos Adam, avez vous trouvé la réponse à leur charmante petite charade ? J'adore les charades, j'en fais beaucoup à Louise quand je m'ennuie et que vous n'êtes pas là. Mon père est un grand amateur aussi, il en fait des fantastiques ! Par exemple mon premier est un morceau Bout…, mon deuxième est un animal à poil doux Mouton ?, mon tout est une saucisse assoiffée de sang ! … Boudin !? M-Mais c'est nul ! Nonononon, c'est vous qui n'avez aucun sens de l'humour. Une autre, une autre ! Mon premier est un homme anglais Man… …fred Oooooh comme vous êtes fort ! Vous êtes bien meilleur que Louise, je dois l'admettre, je n'ai même pas eu le temps de terminer ! Et donc, pour leur charade, vous avez trouvé je suppose ? Moi je sais ! Moi je sais ! Invitation, n'est-ce pas ? Adaaaaaaam vous êtes vraiment le meilleur des assistants. Si vous étiez nul en charade je vous aurai remplacé sur le champ ! Vous avez eu chaud ! Personnellement je pensais que la réponse était édredon, ou alors Gugurlugur Ce n'est même pas un vrai mot ! Peut-être, mais il faut avouer qu'il sonne bien. Si notre ami Rupert Von Tentaculiromax a un enfant, je suis sûre que Gugurlugur serait un nom qui lui irait parfaitement. N'est-ce pas Rupert ? Arrêtez de lui faire coucou il ne va pas vous ré-p-p-p-p-p-p Ce n'est pas parce que ce cher Rupert est embaumé qu'il est forcément malpoli Adam vous savez. Pourquoi le fixez-vous du doigt comme ça ? Ce n'est pas parce que Rupert est embaumé que vous avez le droit d'être malpoli non plus ! Ah vraiment, je suis sûr que Gretchen la Cannelle est d'accord avec moi, n'est-ce pas ? Q-qui ça ? Vos lunettes sont sales ? Vous n'arrêtez pas de les nettoyer J-je crois que ma vue me joue des t-tours docteur… C'est ce qu'ils disent tous, n'est-ce pas Gretchen ? Voyez ? Elle est d'accord avec moi, elle n'arrête pas d'acquiescer. M-Mais de qui parlez-vous ? Mais de cette dame dans ce tableau. Q-Quoi ? J'admets qu'en prononçant cette phrase je viens de me rendre compte que quelque chose cloche dans cette histoire… Mais quoi ? »

22 h 25, Cabinet des De Montalant. Désormais les hôtes présentent leur collection à leurs invités, qui bizarrement semble désorientés par de drôles de choses… Manfred aussi est perturbé, qui aurait cru qu'Yvonne était si confortable ?
Un éclat de rire se fit entendre dans le cabinet, presque tout le monde sembla l'avoir entendu, Dolores d'ailleurs s'amusa presque autant que les masques japonais du cabinet.

« Hooooohohohoho ! Il faut avouer qu'elle était bonne ! C-C-Ce sont l-les masques q-q-q- C'est vrai qu'il n'y a même pas eu de blague, pourquoi ont-ils ri ? Les japonais ont toujours eu un sens de l'humour particulier, le couturier du cabaret ne rit jamais aux miennes… Pourtant elles sont toujours très drôles, n'est-ce pas Adam ! Adam ? Qu'est-ce que vous faites recroquevillé dans votre coin ! Arrêtez de vous agiter pour rien, ce n'est pas comme s'il y avait de quoi avoir peur ! D-Docteur, je vous assure que quelque chose cloche ici… Oui ! Je crois aussi, mais c'est une bonne chose non ? Autrement la soirée aurait été terriblement ennuyeuse. Ce qui me dérange, c'est que même les hôtes ne semblent pas s'amuser comme nous. Ils n'ont même pas ri à la blague de tout à l'heure ! I-Il n'y a pas eu de blague ! Vraiment ? Mais pourquoi est-ce que j'ai ri moi alors ? Peut-être que je me suis racontée une blague mais que j'ai oublié que je l'avais fait. D-Docteur, regardez les autres gens, regardez M-Monsieur White, lui aussi a l'air perturbé ! À dire vrai il l'a toujours été. La dernière fois il a cru que le pot de limaces que j'ai caché sous son lit sentait mauvais. Alors que non, ça sent très bon une limace ! Et c'est très bon pour la peau. Je voulais lui montrer mais une fois dans sa chambre j'ai oublié un petit truc et du coup je suis partie en y laissant les limaces. Peut-être qu'elles lui ont laissé un traumatisme. Je dirai à André de mener l'enquête ! V-Vous racontez n'importe quoi ! C'est vrai que depuis que je suis ici je ne me sens plus trop capable de m'arrêter. Mais il y a tellement de choses à dire ! N'est-ce pas Madame ! Vous lui avez faite peur… Non revenez ! Je me demande pourquoi elle a sursauté comme ça, ce n'est pas comme si j'avais quelque chose sur le visage ou derrière moi. Euh ? Cette chose vient de bouger ou est-ce moi ? Peut-être qu'elle est encore en vie ! Je crois que mes lunettes commencent à me jouer des tours à moi aussi. V-Vous croyez que nous subissons des hallucinations ? C'est bien possible, mais ce serait dommage il faut le dire. Et puis les hallucinations n'arrivent pas comme ça vous savez, et elles touchent rarement un groupe aussi large que le notre. Et comment pourrions nous être atteints par ces visions ? Du gaz, o-ou la nourriture ? Non non c'est trop facile, et puis s'il s'agissait d'un gaz, les De Montalant seraient touchés aussi, et cela n'a pas l'air d'être le cas. Je n'ai rien mangé du buffet, donc cela ne peut pas être la nourriture. Et regardez ce grand monsieur moustachu tout là-bas, il semble aller bien lui aussi, même si sa fille a l'air de faire la tête. Non non, ce que je pense Adam… O-Oui ? Ce que je peeeeense… D-Docteur ? Vous êtes trop près… C'est que nous assistons à un phénomène paranormaaaaal ! De quoi pourrait-il s'agir ? Réfléchissons calmement Adam ! Non ! Chut ! Calmez-vous ! Adam cessez de m'interrompre ! J-Je n'ai rien dit ! Haha ! Maintenant si ! Docteur c-ce n'est pas le moment ! Peut-être est-ce le fruit d'un fantôme, d'un spectre, d'un poltergheist ? Il est possible que cet esprit prenne possession des objets ici présent pour se manifester… Ou bien avons-nous été hypnotisé ! Ooooh de l'hypnose Adam ! Ce serait formidable ! Notre conscience aurait été manipulée par un stratagème extrêmement bien pensé ! Nous pourrions aussi penser que les De Montalant sont des sorciers, ou des êtres capables de manipuler ces fantastiques reliques ? Ou bien les reliques vivent par elle-même ? Et nous assistons à leur renaissance avant qu'elles ne prennent le pouvoir et détruise le mooooonde ! Oh, ce serait fantastique Adam ! R-Restez rationnelle Docteur ! Et une fin d-du monde n'a rien ne formidable ! Peut-être, mais j'aurai été celle qui a nommé Rupert et Gretchen, qui, je suis sûre, occuperont une place stratégique d'importance cruciale. Nous pouvons peut-être leur demander ? Je suis sûr que Gretchen est du genre loquace quand il est question de conquête mondiale. Allez venez Adam il faut retourner de ce côté ! D-Docteur attendez !

22 h 30, Cabinet des De Montalant. L'ambiance est étrange, les invités ont l'air inquiets ou amusés, mais quelque chose ne tourne vraiment pas rond. Manfred cherche la position la plus confortable pour dormir sur Yvonne.
Le docteur et son assistant étaient en retrait et se penchaient sur un petit tableau représentant une dame à tête de grenouille.

« Moi je vous dit qu'elle est d'accord ! Regardez ses yeux ! J-Je vous dit que non, elle n'a pas bougé ! Mais c'est parce que vous ne regardez pas correctement ! Je vais réessayer. Ma chère Gretchen la Cannelle, dites moi, vivez vous pour de vrai ou sommes nous victimes de visions ? Hm ? Hm ? Je vis pour de vraaai ~ Ah ! AAAAAH ! Je le savaaaaais ! Vous avez entendu cette fois ! Docteur, c'est vous qui… Je ne vois pas de quoi vous parlez, vous refusez simplement d'admettre la vérité. À propos Adam… Qui est cette jeune fille qui nous regarde en silence depuis quelques minutes avec ce petit carnet ? Une autre de vos conquêtes ? Vous me cachez des choses dites moi, je pensais que seule Lisette occupait vos pensées… Non, j-je ne sais pas qui… Je m'appelle Rose-Lise ! Adam ! Je crois qu'elle a parlé ! Faites comme si elle n'existait pas, peut-être qu'elle partira d'elle-même… P-Pourquoi faire ça ? Je ne sais pas ? Ce n'était pas votre idée ? Bonjour mademoiselle. Qu'écrivez-vous donc dans ce joli petit carnet ? Euhm non non ce n'est pas… Je suis journaliste au Petit Bouton et… Ah zut ! Allons Adam ne restez pas comme ça, ramassez son crayon ! Une journaliste ? Je ne connais pas ce journal, mais j'aime beaucoup le nom. Quoique, j'ai déjà entendu ce nom quelque part en y repensant. Le nom de Mimi du Lac ne vous dirait pas quelque chose par hasard ? Oui ! Merci monsieur… C'était, voyons, je l'ai écrit… Cette petite demoiselle est charmante n'est-ce pas ? Elle me fait penser à vous Adam. Ici ? Ah non ce sont mes notes pour le vol de courgettes… Croyez-vous que nous devrions l'aider ? M-Mademoiselle Du Lac est une danseuse Au cabaret du Lost Paradise ! Je l'ai rencontrée après l'affaire de la Sequana ! Oh ! Ah ! Pardon je vous ai interrompu. C'était ce que vous vouliez dire ? Ah, allez-y terminez votre phrase, je vais la noter et… Où est mon crayon ? Juste dans votre main ! Regardez, vous faites rire cette chère Gretchen, elle n'a vraiment aucune gêne pour rire au nez des gens comme ça… Gretchen ? Ah ! C'est pour ça que je vous écoutais ! Vous parliez au tableau ? Tout à fait petite demoiselle ! Vous voyez Adam, mademoiselle Rose-Lise me croit, elle. C'est que, j'ai cru la voir bouger aussi mais je pensais que c'était la fatigue et… Enfin, pas que je sois vraiment fatiguée ! Enfin si un petit peu, mais monsieur Henri m'a dit de ne pas le dire aux gens que l'on interroge si… Ah ! Je l'ai dit à haute voix ? Rose-Lise, vous savez quoi ? Je vous aime bien ! Vous êtes venue seule ? Ne répondez pas, je connais déjà votre réponse. Je me suis fatiguée avec Adam le rabat-joie Eh !? Donc j'aimerais avoir un autre public qui puisse assister à ma formidable élocution ! Vous passerez la soirée avec nous ! Vous verrez ce sera amusant ! Vous êtes d'accord ? Je le savais, et Gretchen la Cannelle aussi le savait ! Vous ai-je déjà présenté Rupert von Tentaculiromax ? C'est le gentil poulpe là-bas, regardez comme il est beau ! Vous aimez les tentacules ? Qu'est-ce que vous écrivez ? Non ne regardez pas ! Hm ? Hmmm ? Je veux savoir ! Montrez-moi ça ! Oooh ! Oooooooh ! Oui c'est très juste ! Vous avez une très belle écriture vous savez ? Par contre ce lapin est bizarrement dessiné, ou est-ce une poule ? C'est… vous. Je fais des portraits pour me souvenir qui a dit quoi ! Vous voyez ? Ici c'est monsieur Adam! Oooooh ! Attendez, ce n'était pas un pissenlit ? Adam venez voir ! J'ai trouvé quelqu'un qui dessine aussi bien que moi ! »

22 h 40, Cabinet des De Montalant. L'ambiance semble s'être un peu calmée, mais des murmures persistes concernant de drôles de vision. Une dame répète avoir senti quelque chose frôler sa cheville. Manfred dort la tête en bas sur Yvonne, elle-même allongée sur le dos.
Dolores taquine Rose-Lise sur ses talents en dessin et lui montre comment dessiner Adam sous son meilleur profil. Adam ne sait plus vraiment quoi faire, et croise le regard moqueur de Gretchen qui caresse le chien posé sur ses genoux. Une minute, d'où venait ce chien au juste ?!

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Et Adam crie en deepskyblue /o/

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Narcisse Williams
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Sam 18 Mar - 11:41

Alors qu'il regardait pour la dixième fois consécutive les rondeurs d'une perle venue de l'autre bout du globe, Narcisse se fit la réflexion qu'il était peut-être temps de sortir de sa torpeur. De bouger, enfin, et peut-être d'aller voir du monde. Du coin de l’œil, il avait cru reconnaître la chevelure rosée d’Élise, et quelques visages caractéristiques de ses collègues ou connaissances. Rien ne l'en empêchait à priori. Il avait même toutes les raisons du monde de se rendre du côté du buffet et de se mêler à la conversation. Cette soirée représentait une chance rare, sans doute unique. Trop peu de gens pouvaient se vanter de s'être rendus à un repas mondain, aussi étrange soit-il, après tout. Ne pas en profiter serait irrespectueux. Pourtant, il fallait bien avouer que cette perle était grandiose. Et puis cette assiette antique en mosaïque valait largement quelques minutes de son temps. Sans compter ce vase qu'il avait déjà observé pendant un bon quart d'heure et dont tous les détails pouvaient être admirés encore et encore...

S'il devait être franc avec lui-même, Narcisse eut admis qu'il était terrifié. Mais il ne l'était pas, alors il prétendait que ce musée excentrique le distrayait.

Et c'était fort pratique, lui eut-on demandé, de s'occuper l'esprit lorsque son cœur était étouffé d'une peur irrationnelle. Peut-être même hallucinatoire. Le sentiment était étrange et, à vrai dire, presque paranoïaque. Brusquement parfois, le jeune homme se sentait saisi de la vive impression qu'on l'observait. Une part de lui peinait à comprendre d'où venait cette curieuse nervosité, l'autre préférait ne pas y songer. Il avait toujours appréhendé les interactions sociales, ce soir ne changeait pas de l'ordinaire, et la présence d'animaux empaillés le long de la pièce n'aidait sans doute pas son cas.

Soupirant, il se détourna de sa perle et fixa son reflet dans le miroir. Puis ce fut l'horreur. Une gigantesque silhouette sombre se penchait sur lui. Un regard lumineux et fou, une stature de géant, une menace inscrite dans chacune de ses intentions. Il sursauta, violemment, et fit volte-face dans un hoquet de terreur.

Un Ours. Un Ours. Rien de plus méchant qu'un vilain cadavre rempli de paille et travesti en vulgaire marionnette. Frustré et encore à demi terrorisé, Narcisse retint à grand peine un coup de pied rageur envers le maudit trompe-l’œil. Il était mortifié, il se sentait honteux, ridicule. C'est en croisant les bras qu'il entreprit de se retourner vers sa vitrine. L'événement venait de le refroidir pour de bon et il avait décidé de ne pas se mêler aux conversations mondaines. Les sirènes de la destinée chantèrent alors leur amusement.

« Désolée, Narcisse, mais j'ai encore besoin de toi ce soir. »

Il n'avait même pas remarqué Rita. À vrai dire, sa brusque apparition lui avait même arraché un tressaillement qu'elle ne dut pas analyser outre mesure, saisissant plutôt son bras alors qu'il se retournait. Et elle de le traîner vers Dieu-savait-où...

« E-Euh, Rita, b-bonsoir, que faites-vous ? Je ne s- »
« Bon sang Llewyn, tu as décidé d'être irrésistible ce soir ! »

Choc, outrage et terreur. Narcisse venait d'être submergé par la vague vorace d'un typhon de d'incertitudes. Ses yeux se fixèrent sur le visage dudit Llewyn comme on eut regardé un incendie. Danger et curiosité se mêlèrent tandis que sa gorge se serrait. L'homme à qui venait de s'adresser Rita avait un faciès bougon, et s'il ne trahissait aucune méchanceté, cela ne l'empêchait nullement de le déstabiliser. Profondément. Était-il agacé de le voir ? Ou était-ce son expression naturelle ? Narcisse tenta de réfléchir à une raison que pourrait avoir ce monsieur d'être irrité de sa présence. La vérité le frappa de plein fouet. Et si... Et s'il était amoureux de Rita ?

Cauchemar.

Et s'il se faisait des idées ? Et s'il le pensait capable de lui arracher sa dulcinée ? Le détestait-il déjà ? Sans doute. Et s'il pensait qu'il la courtisait ? S'ils les pensaient rivaux ?! Narcisse ne faisait clairement pas le poids face à un tel gaillard !

Son cerveau, noyé sans doute par la profusion de songes catastrophés qui filaient et emplissaient lentement sa conscience, décida par lui-même de réagir. Avant qu'il ne soit trop tard. Ce fut donc une part d'inconscient, une part d'incompréhensible qui prit la parole :

« Bonsoir. »

Il avait régurgité ce mot plus qu'il ne l'avait prononcé. La locution avait été courte, trop courte, impromptue et parfaitement imprévue. Narcisse en fut sans doute plus surpris que ses interlocuteurs, à qui il lança un regard perdu avant de se ressaisir. Idiot, mais quel idiot ! Pourquoi agissait-il toujours ainsi ? Pourquoi ne pouvait-il pas, pour une fois, être normal ?

Contrarié, le dragon se mordit distraitement la joue. En lui se levait une timide détermination dont il ne savait que penser. Oser et se risquer à l'échec, ou rester tranquille, lové dans ses carcans dorés ? Au final, la réponse était évidente. Il n'était pas venu pour rien, n'avait pas fait d'efforts en vain et comptait bien se reprendre en main. C'est toutefois péniblement qu'il déglutit. Derrière ces belles pensées se cachait toujours un océan de doutes, plus profond qu'un gouffre et plus haut qu'une muraille. Narcisse peinait à se lancer. Ses pensées arrivaient, repartaient, tourbillonnaient et s'amassaient dans une anarchie incontrôlable qui l'eut presque fait trembler. Lentement, posément, il inspira. Se visualisa sur un fil de fer, tenta d'en sentir la rigidité sous ses pieds. Si la vie était une acrobatie, elle lui semblerait plus simple...

« Je m'appelle Narcisse Williams. Enchanté. »

Soulagement. Le mot ne serait jamais plus doux que la sensation, qui l'étreignit avec tendresse, embrassa ses muscles crispés et caressa délicatement ses joues blêmes. Elle fit glisser la pression de ses épaules comme une cape mal fixée, une cape de plomb dont l'absence le rendit léger, aérien. Un peu plus et il se fût senti prêt à voler. Il soupira discrètement, afin que personne ne le remarque, mais sa posture s'était nettement détendue. Le dragon, doucement, semblait retrouver ses ailes. Ayant surmonté sa peur, il se sentait capable de tout affronter.

« Mesdames et messieurs, grands et petits... »

Ou presque.
L'engrenage s'était mis en marche dans la plus grande discrétion. Les domestiques avaient soigneusement placé chaque rouage, chaque petite fioriture de métal, chaque clou, chaque vis. Tout était parfait. Et lorsque les De Montalant avaient entamé leur grotesque discours, les convives étaient déjà pris au piège. Enfermés, tous, sans issue, sans échappatoire. Impossible de s'enfuir.

L'information se répandit dans son esprit et se déversa dans ses entrailles, les tordant d'angoisse sur son passage. La belle assurance de Narcisse avait fondu comme neige au soleil, et il se trouva à fixer d'un œil méfiant le couple d'hôtes qui semblait s'amuser de leurs folies. L'acrobate commença lentement à se demander s'il n'eut pas dû suivre son instinct dès le début. Les pitreries des deux nobles lui paraissaient d'ailleurs plus effrayantes que drôle, et il se sentit obligé de se détourner afin d'attraper un verre d'alcool. Il ne buvait pas, d'ordinaire, mais le goût âpre du vin serait le bienvenu pour le reconnecter avec une réalité qui ne semblait plus avoir de prise sur cet endroit.
Perturbé qu'il était, la charade du couple lui passa parfaitement au dessus de la tête. Ses pensées étaient bien trop occupées à tourbillonner, telles une monstrueuse tornade qui emportait sur son passage la moindre once d'amusement. Et l'expression à la fois vide et terriblement vivante des pantins ne faisait que le conforter dans son sentiment de malaise. Il se pencha doucement sur Rita.

« Suis-je le seul à trouver cette farce... sinistre ? »

Le mot était à peine prononcé que des rires se répandirent dans la salle. Et  l'horreur de commencer à imprégner les lieux. L'exposition n'avait, selon lui, pas besoin de s'animer pour être terrifiante, et voir des crânes s'articuler dans une grimace écœurante lui retourna l'estomac. Il déglutit péniblement. Son regard, un peu paniqué, virevoltait entre les différentes attractions macabres sans parvenir à se stabiliser tandis qu'il suivait le mouvement général des invités. Il se rapprocha sensiblement de Rita. Hors de question de se séparer d'elle. Ses yeux accrochèrent son visage tandis qu'il esquissait un sourire aux airs de grimace.

« J-je crois que je n'aime pas trop cette exposition. »

Gêné par la présence des autres membres de leur petit groupe, il détourna ensuite son attention sur une vitrine. Remplie de bocaux étranges où s'agitaient désormais des fœtus difformes et autres morts-nés issus d'expériences visiblement ratées. Les mains de Narcisse se portèrent à ses lèvres et il envoya un long regard horrifié à Rita et Llewyn, ainsi qu'aux autres participants.

Un trucage. Ce devait être un trucage. Aucune autre possibilité. Rien. Les hôtes étaient humains. Ils ne savaient pas. Ne savaient rien. Rien de tout ce monde. Il n'avait pas pas de raison d'avoir peur. Aucune. Et puis il était un dragon, qu'avait-il bien à craindre de vulgai-

« Bonjour. »
, fit une voix grave à sa gauche.

Un cri de stupéfaction lui échappa tandis qu'il se jetait pratiquement sur le côté, écarquillant les yeux. Dans sa précipitation, il perdu l'équilibre et dut se rattraper à Llewyn pour ne pas choir lamentablement sur le sol. Excuses, rougeurs et nouvelles excuses. Narcisse se sentit d'abord mortifié. Puis il se tourna vers la poupée qui lui adressait un grand sourire et continuait de parler, et se sentit profondément honteux.

« Je m'appelle Jérome. »

Il écarquilla les yeux. Comment... ?

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Elise Barcarolle
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Sam 18 Mar - 11:56

Les mains sur ses yeux. Les mains sur ses yeux appartenaient à son frère, à cet homme adoré à qui elle donnerait cent fois sa vie et Elise ne pouvait s'empêcher de se sentir plus qu'enjouée. Son cœur se mit à battre plus fort tandis qu'elle se retournait vers lui pour lui sauter dans les bras avec tout le plaisir du monde.

« Aaaaaash ! »

Ses éclats de rire se répandirent dans la salle et certains des convives se tournèrent vers le duo, tantôt attendris tantôt irrités par l'élan d'affection de la muse. Celle-ci n'en avait cure et, le visage plongé dans le cou de son frère, Elise respirait son odeur, les yeux clos, s'abandonnant à la mélodie si envoûtante de l'âme d'Ashton. Les notes s'envolaient et toutes convergeaient vers elle, la plongeant dans un état d'euphorie difficilement contrôlable. Pourtant, aux yeux du monde, la scène qui se jouait désormais devait sembler très calme : ce n'était qu'une étreinte entre un frère et une sœur retrouvés. Euterpe fit durer un silence qu'Elise avait envie de briser, et toutes deux s'accordèrent finalement pour profiter d'un instant privilégié qui peinerait à revenir au cœur de la soirée. Doucement, la muse fredonna le son des notes Ashtonniennes d'une voix chargée d'amour. Cela s'étendit sur de longues minutes avant que la Musique ne murmure quelques mots au creux de l'oreille de son frère.

« σ΄αγαπώ Ashton... »

Le regard de son frère rencontra le sien telle une ode à la joie et son cœur s'emballa encore davantage. Il était là, face à elle, et elle savait leurs destins liés par l'éternel. Il était là, face à elle, et un peu de chacun d'eux appartenait à jamais à l'autre. Ils étaient devenus les deux faces d'une même pièce dont le nom ne lui faisait plus vraiment peur. Ils étaient les deux faces de l'éternité.

« Je suis tellement contente de te voir, Ashton ! »

Des mots posés sur l'imprononçable, des sentiments si intenses et si puissants qu'ils en saturaient l'espace et donnaient des sourires aux lèvres voisines qui ne se comprenaient plus. Des mots comme une ouverture de bal, des mots pour desceller le flot des paroles plutôt que pour le refréner. Des mots comme s'il en pleuvait.

« J'ai tellement de choses à te dire ! Il faut que je te parle du nouveau numéro de Narcisse... ! Il me fait penser au vent qui balaye les plaines en toute liberté. Il émerveille mon regard et je ne doute pas qu'il en fera de même avec tout un chacun. Tu sais ? Quand il est sur son fil, j'ai l'impression de lui voir pousser des ailes ! Comme celles d'un dragon ! Ou celles d'un papillon, ça marche aussi, vu comme il est léger dans ses cieux ! D'ailleurs, tu as vu ? Ils ont des papillons très rares là-bas, mais ils sont accrochés par des clous, je trouve ça tellement triste... Un papillon, c'est fait pour être libre, lui aussi, tu ne crois pas ? En fait, Narcisse est un papillon qui ne se sait pas dragon. Il a oublié qu'il pouvait briser le clou et s'envoler à son gré. Il l'a oublié et moi, et bien j'ai envie de le lui rappeler. Mais tu sais, je crois qu'il n'est pas le seul à avoir un clou enfoncé en lui. J-... »

Avant de pouvoir continuer, cependant, deux voix la coupèrent, aussi brusquement que si un tronc d'arbre s'était effondré en travers du flot de ses pensées.

« Mesdames et Messieurs ! Riches et pauvres ! Grands et petits ! Voire tout petit ! »

Le regard de la muse s'absorba pour un temps dans la contemplation des propriétaires des lieux puis revint à son frère.

« Tu ne trouves pas que la robe de Mme de Montalant ressemble à une fleur ? J'aime beaucoup les fleurs. On dirait une tulipe.
- Je vous remercie d'avoir répondu à notre petite invitation. J'espère que la charade concoctée à cet effet sur le recto du carton vous a plu. Nous n'étions pas très sûrs du premier indice. « Ne sera jamais second ». La devinette n'était pas simple non ?
- L'autre jour, d'ailleurs, il y avait beaucoup de jonquilles dans le parc près du Cabaret, j'en ai fait plusieurs beaux bouquets. Le tien t'attend toujours à la maison. Quelle est ta fleur préférée ?
- Je ne suis pas d'accord mon chéri. Le deuxième était plus complexe encore ! Trouves-tu vraiment si aisé de répondre à « Il n'est pas mort » ?
- Je suis sûre que tu aimes les roses, mais que tu as un faible pour les coquelicots. C'est ma fleur préférée, le coquelicot. Je l'aime vraiment fort. Et toi ?
- Tu as raison Adélaïde. Encore que le troisième était tout aussi ardu. N'est-ce pas Professeur Summerlee ? « La moitié d'une tante » ! Avouez qu'elle était bien trouvée, même si cela a piqué votre intellect superbe.
- Si tu aimes, je connais une clairière en forêt où en fleurissent des tas ! J'aime bien aller me balader en forêt. Tu voudras venir la prochaine fois ?
- Comme tu y vas Edmond. Je suis certaine que le quatrième était le plus dur de tous ! « Scier ensemble », jamais je n'aurais pu deviner.
- On dormira au milieu des coquelicots, parce que si on les cueille, ils meurent. Tu ne trouves pas qu'ils font une belle allégorie de la Liberté, toi ? »

Les yeux de la muse rencontrèrent l'invitation tandis qu'elle hochait la tête, signe qu'elle avait suivi la conversation sur scène. Ceux-ci revinrent bien vite au visage de son frère, puis commencèrent à s'égarer à la rencontre du reste du monde.

« Je crois que je me suis aperçue, tout à l'heure, sur une assiette antique ! C'était amusant, tu ne trouves pas ? Heureusement, monsieur de Montalant qui est venu me parler ne m'a pas reconnue, j'aurais été bien embêtée s'il avait réussi à faire le lien ! Tiens, tu as vu ? La poupée vient de bouger ! Mais il n'a rien vu et m'a dit que ma robe était très jolie. Tu l'aimes, ma robe ? Je l'ai faite avec l'aide de Reilly, je suis contente car nous avons passé un très bon moment tous les deux ! C'était très amusant, ça aussi. En fait, je m'amuse beaucoup ici ! Oh, il m'a tiré la langue ! C'est malpoli monsieur ! Tu ne trouves pas ça malpoli, toi, Ash ? Ça me rappelle un satire, quand je vivais encore parmi les miens ! Qu'est-ce que je ne l'aimais pas ! Tu sais, parfois les satires étaient très vulgaires et malpolis ! Moi je préférais ma musique, de toute façon. D'ailleurs, à l'époque, je jouais beaucoup. »

Ses doigts trouvèrent le chemin de son cou tandis qu'elle caressait le bois de sa flûte.

« Tu te souviens de comment je l'ai eue, cette flûte ? Et de tout ce qu'il s'est passé à ce moment-là ? D'ailleurs, tu manques à Teddy ! Il m'a demandé de te dire qu'il voulait te voir, la prochaine fois que tu passes au cabaret. Ici, il a un grand, grand, grand frère ! Tout à l'heure nous n'aurons qu'à aller le voir à nouveau ! Pourquoi n'irions-nous pas dès à présent ? »

La muse attrapa la main de son frère qu'elle commença à tirer tant bien que mal vers l'ours empaillé, qui dominait la pièce de son regard de verre. Mais alors qu'ils se rendaient aux côtés du gigantesque animal, des éclats de rire retentirent de tous les côtés, comme venus de nulle part. Les esprits s'échauffèrent tandis que l'appréhension caressait les bras de tous les invités. Tous ? Noooon. Elise Barcarolle, elle, n'avait pas peur. Elle se mit même à sautiller et si elle hurla, ce fut d'enthousiasme.

« ASHTON, L'OURS A BOUGÉ ! JE L'AI VUUUU ! »

Elise se faufila tant bien que mal afin d'enfin rejoindre ce qu'elle considérait visiblement comme une énorme peluche.
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Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines

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