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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 La Maison de la Régal [Arnaud Sohan - LP]

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Arnaud Sohan
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MessageSujet: La Maison de la Régal [Arnaud Sohan - LP]   Mar 4 Juil - 21:18

Mon RP, mode d'emploi



Privé (oui/non) : heum... Non?
Nombre de participants maximum : Soyons raisonnable: pas plus de 2.
Nombre de mots par posts (max ou min) : En cas de doute: 42.
Type (fantastique, science fiction…) : Policier?

Autre chose ?
Voilà une petite histoire concernant Arnaud Sohan, Barman au Lost Paradise, durant son temps libre. Evidemment les choses devaient mal tournées. Se serait trop beau sinon!
Ce RP est à l'origine un solo, mais si quelqu'un à la Force de son côté, libre à lui ou elle de participer!

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Dernière édition par Arnaud Sohan le Mar 4 Juil - 21:37, édité 1 fois
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Arnaud Sohan
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MessageSujet: Re: La Maison de la Régal [Arnaud Sohan - LP]   Mar 4 Juil - 21:32

Relativement peu de choses se passaient le jour. La nuit, en revanche, tout le monde se croyait à l’abri des regards. C’était probablement vrai pour de nombreuses situations ; mais à Paris, les choses étaient différentes. A Paris, il y avait toujours des yeux qui observent, remarquent, espionnent. Et quand ce n’était pas Monsieur Sohan qui le faisait lui-même, c’était l’un ou l’une de ses informateurs et informatrices.

Monsieur Sohan… C’était un homme séduisant, à première vue sympathique. Le rencontrer… C’était comme rencontrer un ami de longue date, un amant jamais vraiment oublié, un frère ou encore un fils. Il avait autant de visage que de connaissances… Et Dieu seul sait combien de gens Monsieur Sohan connaissait… combien de gens il avait piégé, trompé et asséché de tous secrets. Et une personne sans secret est une personne privée d’intimité. Et quoi de pire que d’être épié nuit et jour par un démon ?  Quand Monsieur Sohan faisait bien son travail, ses victimes restaient longtemps en vie, à son service. Que pouvaient-elles faire d’autre ? Même quand elles n’étaient plus rien, il pouvait rendre leur vie impossible à vivre.
Eloïse en savait quelque chose.

Tandis qu’elle dansait, Arnaud l’observait avec ses yeux verts. Dans sa robe volontairement outrageuse, les épaules découvertes avec une bretelle tombé sur le côté, un décolleté ne laissant que peu de place pour l’imagination… Eloïse espérait lui plaire. Mais la seule chose véritablement plaisante chez elle était son talent à tirer les vers du nez à ses clients et son aptitude à bouger de la sorte avec un corset. Il savait qu’elle l’aimait. Elle l’avait aimé dès qu’elle avait croisé ses yeux. Elle lui avait dit que ses yeux étaient faits d’émeraudes. Arnaud avait ri. Un rire clair, il s’en souvenait ; dès qu’il avait esquissé un sourire, elle était tombée un peu plus sous son charme. L’émeraude était une pierre certes très belle, mais pas moins noble.

Arnaud Sohan n’avait rien de noble.

Le fait d’être un démon lui retirait ce statu ; mais même au sein des Enfers sa naissance était considérée détestable. Ses parents avaient une faute de goût. Une simple faute de goût dans le choix de leur partenaire. Etaient-ils trop différent ou s’aimaient-ils de manière trop honnête ? Nul ne le savait. Arnaud n’avait pas cherché. Il ne voulait pas savoir. Cela ne changerait rien à sa vie. Il avait été abandonné puis élevé par une vieille sorcière au caractère de cochon. Puis il avait mené une carrière d’informateur plutôt réussite, jusqu’au jour où il s’attira la haine d’un démon particulièrement rancunier et puissant. Depuis ce jour, Arnaud vivait à nouveau parmi les humains. Tant mieux. Les humains avaient la sale manie de vouloir cacher leurs secrets. Et plus ils les cachaient bien, plus ils prenaient de la valeur, du gout ; comme du vin qui attend être bu. Et quand venait le doux moment de dévoré ces honteux mystères… ah… Un pur moment de plaisir. Les humains avaient l’opium, Arnaud avait les secrets.

Bref.

Arnaud regardait Eloïse danser devant lui. Il s’ennuyait. Elle ne l’avait jamais intéressé. Pas comme elle l’aurait souhaité en tout cas. Elle avait cherché un démon, il avait saisi l’occasion de s’obtenir une esclave. En tant que prostituée, Eloïse Martin était une informatrice de choix. Mais le démon n’avait nul profit à coucher avec elle. Aucun plaisir, aucun secret, aucun gain. Elle lui était utile. Pour le moment. Et encore ! Son travail au bar du Lost Paradise payait bien mieux que les potins paillard qu’Eloïse lui servait.
« Monsieur Sohan ? »

C’était Madame Régal. Une femme forte, qui aimait la bonne nourriture, mais surtout maîtresse des lieux. Sous sa direction, les filles de la maison avaient très tôt attiré l’attention d’Arnaud. C’était ici qu’il avait rencontré Eloïse ; et c’était ici qu’il trouvait les meilleurs secrets. Mais c’était toujours Madame Régal qui les lui servait.

Ce soir-là, Madame Régal s’était approchée de Monsieur Sohan avec une anxiété qui ne lui ressemblait pas. Elle se tenait droite, toujours très bien habillée, toujours très polie. Mais ses yeux trahissaient sa terreur. Arnaud lui sourit, lui tandis la main –qu’elle prit— et l’invita à l’asseoir à ses côtés.

« Madame, que vous arrive-t-il ? » Demanda-t-il. « Je vous sent quelque peu… tourmentée ? »

« Monsieur Sohan, il faut que je vous parle. C’est important. Mais pas ici. Pas devant mes filles. Retrouvez-moi demain à huit heures au Jardin des Tuileries. L’affaire est importante, retrouvez-moi là-bas. Huit heures, sans faute. »


Sur ces mots anxieux, la vieille Dame se leva et disparue dans ses quartiers à l’étage. Arnaud l’observa partir en silence.
Madame Régal n’était jamais anxieuse. Même quand la Police venait faire une descente dans son établissement, même quand les criminels locaux voulaient la forcer à donner la recette du jour. Ce pouvait-il qu’elle se soit mise dans une situation délicate nécessitant une intervention… surnaturelle ? Non. Arnaud n’avait jamais révélé sa nature à la Régal. Peut-être l’avait-elle devinée toute seule ? C’était une possibilité à ne pas prendre à la légère : cette Dame, sous son maquillage et ses belles coiffures, était une personne extrêmement intelligente.

Arnaud quitta son canapé, puis la Maison, sans dire un mot à Eloïse. Elle le regarda partir, le cœur serrée… et amer. *Cette fille va devoir surveiller ses émotions un peu plus étroitement. * Pensa-t-il avec une pointe de dégoût. Arnaud n’aimait pas les pleurnicheuses. Il n’aurait pas pensé ce reproche envers d’autres. Rares étaient les humains qui connaissaient sa véritable nature. Encore lus exotique étaient ceux qui passaient un contrat avec lui.


Arnaud marcha longtemps dans les rues de Paris avant de retrouver le Lost Paradise. Le cabaret était fermé le Dimanche, pour de « saintes » raisons. C’était la version des clients. La réalité était que même si peu d’employés allaient à l’église le Dimanche, il fallait bien qu’ils se reposent un jour dans la semaine. Autant que cela soit le même que pour les humains. De plus, cela rendait les affaires du Cabarets moins… suspicieuses. Il ne se passait rien de hors-la-loi ! A l’évidence. La plupart du temps en tout cas.

Sa chambre, à l’étage, était petite. Un lit contre le mur en face de la porte, un meuble de rangement, une étagère où trainaient de vieux grimoires de magie.
Ces reliques « littéraires » ont appartenu à une vieille sorcière grincheuse qui avait jouer les mères poules pendant un certain temps. Arnaud s’amusait à dire qu’essayer d’élever un démon l’avait tué à la tache ; mais la raison de sa disparition étaient bien moins comiques. De temps à autres, Arnaud utilisait ces grimoires pour confection sort et potions utiles à son commerce de secrets. Rien de suffisamment puissants pour être illégale, mais cela lui donnait un petit coup de pouce si nécessaire.

Il retira ses chaussures, desserra sa cravate ainsi que les premiers boutons de sa chemise ; et il ouvrit complètement son gilet. Sa veste trouva sa place habituelle : le dossier de la chaise poussée sous la fenêtre, avant de glisser sur le sol. Le lacet de ses cheveux fut jeté sur la commode. Le démon croisa son reflet dans le miroir. On lui avait souvent dit qu’il était beau. Il n’en était pas sûr. Cependant, son apparence suffisait aux humains : pourquoi la changer ?

Arnaud observa sa transformation. En comparaison avec son infernale aspect… la version humaine était plus flatteuse aux yeux des humains. Cependant, être pleinement un démon lui donnait une attitude naturelle bien plus décontractée.
Après quelque instant, il les aperçut : deux longues cornes torturées, gravées d’or, percèrent son front. Ses dents devinrent des crocs acérés, ses ongles des griffes aiguisées. Tandis que ses jambes s’allongèrent et ses articulations se brisèrent pour prendre leur apparence animale, Arnaud dû baisser la tête pour continuer de se voir dans le miroir. Ses oreilles s’allongèrent en pointes ; tandis que ses cheveux, pourtant si noirs, redevenaient argentés, et retrouvaient leurs anneaux dorés. Ceux-ci étaient cachés par son sortilège de dissimulation. De la même manière, ses boucles d’oreilles et autres anneaux eux aussi en or, réapparurent sur son visage. Ses globes oculaires se teintèrent de noirs tandis que ses iris devenaient encore plus vertes. Quand était-ce la dernière fois qu’il avait montré cette apparence à quelqu’un ?

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Arnaud se réveilla brutalement. Il avait dormi sans faire de rêve, et s’était réveillé très tôt. Un frisson lui parcouru le dos. Quel était ce sentiment de malaise qui l’envahissait ? Le démon attrapa des vêtements propres, alla faire sa toilette avant que les autres ne se réveillent. Il devait, normalement, faire l’inventaire des boissons du bar avant de faire quoi que ce soit d’autre ; pour être prêt pour l’ouverture du cabaret le soir-même. Mais Arnaud avait une préoccupation dans l’esprit ; en reprenant son apparence d’humain, il quitta le Lost Paradise avec la conviction que le grand patron allait lui passer un savon à son retour, pour avoir déserté son poste sans avoir fait sa part de travail au préalable. Sans aucun doute, la belle Mary l’avait repéré. Cette délicate fleur voyait tout ce qu’il se passait dans le cabaret. C’était, après tout, le but du travail de surveillante, n’est-ce pas. Peu importait. Arnaud, déterminé dans l’action, parcouru Paris pour se rendre au Jardin des Tuileries.


Il était huit heures précises quand il prit place sur le banc habituel. C’était sur ce banc où tous ses informateurs pouvaient le retrouver quand ils demandaient à le voir. A la vue de tout monde et pourtant si discret, c’était un endroit qu’Arnaud avait choisi au cas où son Ennemi déciderait de l’attaquer. Aziel était furieux et rancunier, mais pas stupide. Se mettre à dos la Curia était loin d’être une bonne idée. Car, à l’évidence, si Aziel l’attaquait se serait avec toute sa splendeur : forme démoniaque, armes démoniaques, aucune discrétion, aucune attention pour les malheureux humains qui auraient pu se retrouver là par hasard. Donc le meilleur moyen pour Arnaud d’assurer sa sécurité, était de s’entourer d’humains et de Légendaires ; être toujours visible par quelqu’un ; tout en restant « passe-partout ».


Arnaud attendit. Il attendit longtemps. Huit heures trente. Puis neuf heures. Madame Régal était en retard. Madame Régal n’était jamais en retard. Le démon se leva et marcha en direction de la Maison. Son instinct le guida vers une ruelle au bord du jardin. Cette ruelle à la dérobée était très peu fréquentée de manière générale, mais quand elle l’était, ce n’était jamais par des gens « honorables ». Madame Régal utilisait donc ce chemin quand elle en avait besoin. Et ce fut là qu’Arnaud la retrouva.

Elle ne ressemblait à rien. Son visage avait été dévoré, mais Arnaud n’en avait pas besoin pour la reconnaitre. Personne ne ressemblait à Madame Régal : grosse, vieille, élégante, raffinée… Elle portait toujours à son cou un petit collier doré : une représentation de la Sainte Marie. Ironique. Madame était croyante, elle ne l’avait jamais caché. « Monsieur Sohan », comme elle l’avait toujours appelé, la soupçonnait qu’elle rêvait de retrouver cette innocence de jeune fille vierge et belle. C’était quelque chose qu’elle avait perdu, de son plein gré, très tôt dans sa vie. Mais Arnaud n’avait pas le cœur de se remémorer les souvenirs de la Régal. Accroupit au côté de son cadavre, il était triste d’avoir perdu l’une de ses meilleures informatrices, et furieux que son tueur ait abandonné son cadavre dans une ruelle sombre, sale et oubliée de tous. Mais une fois de plus, Arnaud oubliait que malgré les apparences, Madame Régal restait avant tout une ex-prostituée et une agente de galanterie. Qu’allait-il dire aux filles ? Il allait devoir changer Eloïse de Maison. Devait-il prévenir la police ? Il pouvait au moins laisser un mot. Le Commissaire Voelsungen pouvait peut-être lancer une enquête ? Contrairement aux idées populaires, Arnaud ne connaissait qu’un seul agent de la Police parisienne et c’était ce loup-garou.

Non.

Arnaud ne pouvait pas laisser ce crime aux mains d’un autre. Madame Régal ne lui appartenait pas, mais elle avait été assassinée alors qu’elle voulait lui dire quelque chose. Quelque chose important. A lui. A Arnaud Sohan.


Le démon regarda autour de lui. Personne. Tant mieux. Il dévoila ses yeux démoniaques. Avec le sortilège de dissimulation, utiliser ses capacités infernales étaient très difficile. Heureusement, les yeux ne demandaient pas autant d’effort que le reste du corps. Arnaud observa donc avec ses yeux noirs et verts la scène. Si quelque chose sortait de l’ordinaire, il le verrait.

La Régal portait toujours une robe au col fermé. Elle disait que c’était parce qu’elle avait passé l’âge de montré son décolleté, mais la vérité était la coquetterie. La carrière de prostituée de la Régal s’était terminée avec un évènement marqué par le sang. Un client très imbibé et très dérangé lui avait gravé avec la pointe d’un couteau des dessins obscènes sur la poitrine. Si la prostituée avait disparu ce jour-là, la maquerelle était née.

Arnaud passa ses doigts sur les gravures dévoilées. Les boutons de sa robe avaient été déchirés. Elle s’était débattue. Le démon se frotta instinctivement les mains, comme s’il avait touché quelque chose de saint. La peau de la vieille humaine était glacée et… brûlante. Arnaud porta ses doigts à son nez. De l’acide? Il brûlait, c’était sûr. Et quel liquide était le plus toxique pour les démons ? Arnaud essuya ses doigts comme il le pu avec son mouchoir. De l’eau bénite. Depuis quand les Chasseurs et les Prêtres s’en prenaient aux humains de la sorte ? La Régal n’avait jamais fait de contrat avec un démon : Arnaud l’aurait tout de suite su. Elle s’était peut-être aperçue de la nature, pour le moins inhabituelle, d’Arnaud. A la limite. Toutefois, elle n’en avait jamais parlé. A moins… Elle était croyante et se rendait, contre toute attente, à l’église. Peut-être que pendant une confession elle aurait révélé des indices sur « Monsieur Sohan ». Des informations qu’elle n’aurait pas due dévoiler. Si c’était le cas, son ignorance empêchait Arnaud de lui en vouloir.

Mais même si cela avait été le cas, un prêtre ou un Chasseur n’irait jamais jusqu’à tuer si violemment un humain qui, à l’évidence, était inconscient des dangers que représentait un démon. Et un coup de couteau aussi mal lancer dans la gorge ? Le visage arraché avec les ongles ? Non. Cela ne ressemblait pas aux méthodes habituelles. En tout cas pas à celle qu’Arnaud connaissait. Un loup-garou ne peut pas se transformer en plein jour ; encore moins en-dehors des soirées de pleine lune. Un chien des enfers ? Non, le résultat était trop… heum… « propre ». Arnaud se gratta rageusement la tête. Il connaissait un grand nombre d’espèces pouvant commettre un crime de ce genre. Et parmi toutes celle-ci, les humains étaient les champions des atrocités infligés à leurs semblables.

« Imbécile d’humaine… » Grommela-t-il en se relevant. « Dans quel merdier t’es-tu foutu ? »

L’observation du corps ne révéla rien de plus. Elle n’avait pas subi de violences sexuelles, et la mort avait été provoquée par un coup de couteau dans la carotide. Mais elle avait aussi été défigurée après sa mort. Presque aussitôt, voire peut-être un peu avant. Le tueur lui en voulait. Il lui en voulait tellement qu’il voulait lui retirer son identité. Le corps de la Régal empestait la jalousie. Ce parfum était très reconnaissable. Il avait un goût de rose. Le même parfum que les filles de la Maison de la Régal se mettaient. Donc… vingt-trois filles. En retirant les amies proches, la liste des noms descendait à vingt suspectes. Car oui, le tueur était une femme. Les marques d’ongles sur le cadavre pouvaient en témoignées.

Arnaud assuma à nouveau son apparence d’humain. Il ne pouvait prendre le risque plus longtemps qu’un inconnu passe par cette ruelle, et le voit ainsi. Si cela arrivait, le savon que le Grand Patron allait lui servir deviendrait un peu trop épicé à son goût. Et Arnaud serait un peu près sûr qu’au moins un des Princes des enfers débarquerait chez les humains pour personnellement féliciter M. White pour sa jolie performance punitive.  

Le démon se remit donc en marche, et alla en direction de la Maison. La Régal voulait lui parler de quelque chose d’important. Cependant, pas devant ses filles. Arnaud aurait dû se méfier. Madame Régal n’avait pas énormément de secrets pour ses filles. Les seuls qu’elle gardait étaient ceux de la finance et la liste des noms des généreux donateurs. Mais si elle ne voulait pas parler quelque à Monsieur Sohan devant ses filles, c’est que le sujet concernait l’une d’entre elles. Arnaud accéléra le pas.

Il passa par une série de ruelles et frappa trois fois à une magnifique porte en bois. On entrouvrit, on l’identifia et la novice le laissa entrer.

« Eloïse est là ? » Demanda-t-il.

« Oui, monsieur. Je vais vous la chercher. » Répondit la gamine.

Le démon prit place dans un canapé au fond de la pièce principale. Il n’y avait encore personne. Arnaud était le seul « client » autorisé à entrer avant les heures d’ouvertures. La Régal avait dit aux filles qu’il faisait partie des meubles. Ce n’était pas entièrement faux : il venait souvent.
Eloïse descendit les escaliers. Elle portait une robe qui lui allait comme un gant, s’était coiffée et maquillée comme une honorable jeune femme. Elle se tenait droite, élégante… resplendissante. Elle était heureuse de le voir, mais n’osa pas s’asseoir directement à côté de lui. Mais quand il tendit le bras, elle se lova immédiatement contre lui. Eloïse était heureuse. Pour une fois qu’elle était dans ses bras ! qu’il était gentil. Depuis le temps, Arnaud aurait suspecté qu’elle comprenne qu’il n’était aimable avec elle que quand il voulait quelque chose. Peut-être que la prostituée le savait, mais s’en fichait. Elle était si amoureuse de lui que plus rien de sa part ne pouvait étonner le démon. Dans sa comédie, Arnaud risqua même de lui déposer un petit baiser sur le front : il crut qu’elle allait s’évanouir.

« Tu peux garder un secret ? » Demanda-t-il, en souriant à l’ironie de cette question. « Madame Régal a été tuée. »

« C’est terrible ! »S’exclama Eloïse, en bonne comédienne : elle n’avait été ni triste ni épouvantée une seule seconde. « Que s’est-il passé ? »

Arnaud la souleva par la taille sans difficulté pour l’asseoir sur ses cuisses. Il effleura son cou pâle. Elle sentait la rose. Ce parfum que la Régal ne mettait jamais mais que son cadavre avait mystérieusement attrapé.

« Je crois qu’une des filles la tué. » Murmura-t-il alors que son simple souffle contre la gorge d’Eloïse l’emmenait loin dans ses fantasmes. « Une idée de qui aurait pu faire cela ? »

Arnaud soupçonnait Eloïse. Ou, en tout cas, l’idée lui avait effleuré l’esprit. Il avait, après tout, tendance à apprécier plus ouvertement la présence de la Régal que celle d’Eloïse. Cependant, la jeune femme ne pourrait soulever une assiette sans faire un immense effort. Or pour tuer quelqu’un, il fallait de la force. Arnaud en savait quelque chose: quand il était encore jeune démon, le meurtre avait été un de ses passe-temps favoris. Puis il s’était aperçu que c’était très mauvais pour les affaires.
« Une fille qui lui en voudrait à mort. » Souffla-t-il contre sa peau.

Eloïse était sous son charme. Littéralement. S’il la taquinait un peu plus, elle aurait besoin de refaire sa toilette. Mais Arnaud ne voulait pas en arrivé là. Il la voulait réveillée.
« Il y a peut-être… Attend. Laisse-moi. » Fit Eloïse avec un mouvement de recule qui semblait surhumain.

Elle descendit des genoux d’Arnaud, s’assit dans un siège près du canapé. Elle cacha son visage dans ses mains : un tic qui indiquait qu’elle réfléchissait. Son esprit avait attrapé un souvenir et Eloïse essayait de le faire revivre. Exactement ce que Arnaud avait besoin.

Après quelques minutes de silence immobile, la jeune femme se redressa et remis pudiquement une mèche de cheveux rebelle derrière son oreille. Elle regarda timidement Arnaud.

« Il y a quelques jours, une des filles s’est disputée avec Madame. » Expliqua-elle. « J’étais avec un client, mais elles faisaient tellement bruit que tout le monde est sorti des chambres pour voir ce qu’il se passait. »

« Quel est le nom de cette fille? »

« Je ne connais pas son vrai nom, mais ici on l’appelle Marie-Madelaine. »

« « Marie-Madelaine » ? » Répéta Arnaud, qui n’aimait guère prononcer le prénom d’un disciple du « fils de dieu ». Cette simple pensée lui donnait envi de prendre un bain d’acide.

« Elle avait été promise à un couvent. Mais elle s’était enfuit avec un homme, qui la vendue à un proxénète. Le type l’aurait fait travailler dans plusieurs maison close avant de la vendre à la Régal l’année dernière. Tout allait bien jusqu’à cette dispute. Marie-Madelaine m’avait même dit que cet établissement était le seul « respectable » dans lequel elle n’avait jamais travaillé. »

« Elle travaillait sur les trottoirs avant ? »

« Trottoirs, bar, et chez des particuliers aux goûts extravagants. » Répondit Eloïse. « C’était la première fois qu’elle était dans une maison de ce prestige… Je crois qu’elle a pensée qu’elle pourrait retourner de l’autre côté de la barrière. »

A savoir : se trouver un bon parti et se marier. Mais tout le monde dans le milieu savait que ce n’était que des histoires pour pousser les filles à s’appliquer à la tâche. Arnaud imaginait bien le scénario : Marie-Madelaine tombe amoureuse d’un client, veut quitter la maison. Elle devient collante, le client va voir une autre demoiselle. Il finit par se plaindre auprès de la Régal, qui subissait déjà les reproche de la capricieuse. Une dispute éclate, la Régal lui envoi donc les clients les moins plaisants. Pour se venger, la « Marie-Madelaine » assassine la Régal. Le fait de tué cette dernière avant qu’elle ne puisse parler à Arnaud était un objectif ou un simple hasard ? La question demeurait. La réponse était un mystère.

Arnaud esquissa un sourire affamé.

Arnaud adorait les secrets.

----------------------------------------------

Monsieur Sohan plongea la tête sous l’eau. Quand il était rassasié, il avait du mal à garder son apparence humaine. Alors après avoir rencontré ladite « Marie-Madelaine », il était rentré immédiatement au Lost Paradise. Il s’attendait à ce que Mr. White lui passe un savon très prochainement. D’une part il avait déserté le cabaret toute la journée (laissant à ses collègues tout le travail), d’autre part il était revenu avec une chemise tâchée de sang, et enfin il était incapable dans son état actuel de cacher sa nature démoniaque. Or, le Cabaret devait ouvrir au public dans une heure.
Mais le patron n’était pas encore venu lui remonter les bretelles, et c’était tant mieux. Arnaud en profitait pour se plonger dans un bain. Le calme avant la tempête. L’eau était tiède : tout le monde avait pris une douche ce matin et l’eau ne commençait à se réchauffer que maintenant.


Le démon passa sa langue sur ses lèvres. Il pouvait encore sentir les délicates saveurs des secrets. Cependant, après quelques instants à se remémorer les évènements qui suivirent sa rencontre avec ladite « Marie-Madelaine », Arnaud eut un goût amer dans la bouche.


Cette « Marie-Madelaine », ou plutôt « Annie Morangin », née à Anger d’un couple d’honnêtes couturiers, avait fui le logis familial en quête d’aventure. Nullement promise à un couvent, elle était même l’opposition d’une bonne sœur. Dans son quartier, les hommes la connaissaient bien… dans le sens biblique du terme. Elle n’avait pas peur du diable et pensait même l’avoir trouvé chez un Antoine Lonville ; chef d’une bande de voyous. *Petit joueur…* Avait pensé Arnaud. Annie pensait mener la grande vie ; jusqu’au jour où, lassé de la petite idiote, Lonville la vendit à un beau prix à un proxénète lyonnais. Elle devint esclave dans une maison close de fort mauvaise réputation. Puis elle passa de maisons closes en maisons closes dans toute la France avant de se retrouver chez la Régal ; qui lui parut alors comme le messie, un ange sauveur descendu du ciel pour la secourir. Pendant trois ans, Marie-Madelaine faisait tout ce que la Régal voulait, sans jamais poser de question. La Madame était son Héroïne, et lui faire plaisir était comme prendre une bouffée d’opium.
Mais Annie Morangin tomba amoureuse d’un client qui ne partageait nullement ses sentiments. Quand la Régal lui demanda de calmer ses ardeurs, « Marie-Madelaine » le prit très mal. Si mal qu’elle jeta la faute de tous ses malheurs sur Madame Régal.

C’est à ce moment précis où Eloïse rentre en jeu. Marie-Madelaine avait repéré la manière dont Arnaud traitait Madame. Elle la soupçonnait donc d’être amoureuse de lui. Alors elle questionna Eloïse, qui était connu pour être la « Chose de Monsieur Sohan ». Cette dernière avait juré à Arnaud de n’y être pour rien, mais il savait. Il avait découvert qu’Eloïse était jalouse de la Régal. Alors elle avait raconté que Madame voulait parler de quelque chose à Arnaud, de manière privée, au Jardin des Tuileries à huit heures. Alors Annie avait saisi l’occasion. La maquerelle avait essayé de la convaincre de la laisser voir Arnaud, que son rendez-vous concernait un politicien américain de passage à Paris. Ce politicien était à la tête d’un trafic dont une seule petite quantité de cette drogue pouvait plonger dans l'addiction la plus résistante des créatures, et dont le centième de gramme de trop pouvait mener le consommateur à une mort douloureuse et certaine. Déjà deux filles y avaient succombé et la Régal craignait que la situation ne s’aggrave. Mais « Marie-Madelaine » n’avait pas écouté.

Annie et Eloïse avaient privé Arnaud de l’un des meilleurs repas qu’il aurait pu avoir.

Alors il s’était venger.

Il avait tiré jusqu’à l’envie de vivre à Annie, qui alla se jeter du haut d’un des clochers de Notre-Dame. Ce ne fut qu’après coup qu’il avait regretté. Le démon détestait recourir au suicide comme moyen de se débarrassé de quelqu’un. Et pourtant, il n’avait pas hésité une seule seconde à pousser la jeune femme dans un désespoir si profond, que sauter du haut d'une tour était devenue la seule option, la seule échappatoire. Quand il s’aperçut, après-coup, de ce qu’il avait fait, sa rage devint encore plus forte, bien que cette fois tournée vers lui-même : il se défoula sur un mur, se brisant au passage tous les os de ses poings. Ses mains étaient à présent couvertes d’écorchures et avaient pris une teinte inquiétante.
Se faire mal ainsi avait en quelque sorte sauvé Eloïse, même si c'était elle qui avait suggérée de recouvrir le corps d'eau bénite. *Comme si cela aurait changer quelque chose...*
Vidé de son énergie, Arnaud l’avait alors simplement changé de Maison. Puis il lui avait fait comprendre qu’elle ne devait pas compter sur le moindre signe d’affection pour au moins les trois prochains mois. Il y avait bien pire comme punition. Mais la priver de sa présence était tout ce qu'il fallait. Après tout... elle avait demandé pardon. Cependant, la jeune femme avait passé un contrat avec lui : elle devait s’y tenir. Eloïse le servait, en échange de sa protection. Personne ne pouvait la toucher contre son gré sans en subir les conséquences. C’était leur accord. En le trahissant de la sorte, elle avait donné un coup de couteau dans le contrat. Et cela donnait « légalement » le droit à Arnaud de la faire souffrir. Qu’elle était cette blague que les humains aimaient bien raconter ? « Un masochiste demande à un sadique de le faire souffrir ; et le sadique répond « non ». » C’était bien de cela dont il s’agissait. Eloïse lui était complètement soumise. C’était étrangement ennuyeux. Arnaud n'aimait pas la faire souffrir. Plus elle souffrait, plus elle perdait en saveur... Et si elle venait à ne plus l'aimer, Eloïse deviendrais sans aucun doute la plus insupportable des humaines.

En rentrant au Cabaret, Arnaud avait laissé une lettre au commissariat ; pour le Commissaire Voelsungen. Libre à lui de continuer l’enquête concernant le trafiquant américain. Arnaud, lui, en avait assez. Tout cela était trop savoureux, trop sucré, trop gras, trop épicé. Tous ces secrets laissaient un mauvais goût dans la bouche. Peut-être que le loup-garou allait attraper le vendeur de Mort et les dernières craintes de la Régal seront calmées. Ou bien le Commissaire allait directement venir lui parler et l’ennuyer sur le pourquoi du comment il avait obtenu ces informations. Arnaud parierait plutôt sur la seconde option. Devait-il déjà préparer les menottes ? Il en avait une paire dans sa chambre, au cas où. Pas nécessairement pour des raisons judiciaires cela étant dit…

Arnaud émergea de l’eau pour regarder, sans émotions, le plafond. Le meurtre de la Régal n’avait offert que peu de divertissement et beaucoup d’amertume. Qui donc allait la remplacer ?

« Vie de mer— »Grommela-t-il en plongeant de nouveau la tête sous l’eau, frustré.

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La Maison de la Régal [Arnaud Sohan - LP]

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