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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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  Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau

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Edward White
l Dans l'ombre du loup l BIG BOSS l
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MessageSujet: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Sam 3 Mar - 14:26

Vous savez pas vous tenir tranquille deux minutes en fait.
Bien sûr que si ! Répliqua sèchement Edward en croisant les bras.

Olek haussa les sourcils, un sourire attaché aux coins des lèvres et posa un regard insistant sur le pied du lycanthrope qui frappait frénétiquement le sol. Edward se figea, grogna quelques mots incompréhensibles et détourna le regard, arrachant un rire tonitruant à l'armoire à glace qui lui tenait compagnie. Une claque dans le dos, aussi amicale que généreuse, prit par surprise le loup blanc et faillit lui faire perdre l'équilibre. Il se redressa vivement, vexé, mais son comparse avait déjà pris la route et il n'eut d'autre choix que de lui emboîter le pas, s’accommodant de sa bonne humeur habituelle et de la foule qui se faisait plus dense.
À une centaine de mètres devant eux se dessinaient les lignes rouges et blanches du grand chapiteau du cirque de Strano, installé depuis deux jours dans la périphérie parisienne. En à peine quarante-huit heures, leur arrivée avait été annoncée dans toute la capitale à grand renfort d'affiches colorées et de défilés bruyants ventant les démonstrations les plus extraordinaires. Habituellement, Edward ne s'intéressait pas à ce genre de spectacle qui avait tendance à lui hérisser le poil. Mais lorsqu'un annonceur à la voix fatiguée avait hurlé sous son balcon la présence d'une authentique « femme-serpent », le sang du loup blanc n'avait fait qu'un tour. Dix minutes plus tard, il était à la Curia et apprenait dans la foulée que l'exécutif enquêtait depuis un moment sur ce cirque. Le sur-lendemain, il déambulait entre les tentes et les roulottes aux côtés d'Olek. Le colosse avait été choisi pour mener l'expédition visant à stopper les représentations du Strano, mais également, sur ordre de Peter, chaperonner officiellement Edward. C'était à ce dernier point que l'on devait l'agacement palpable du loup.

Je prendrais bien une barbe à papa !
Une… On ne devrait pas plutôt faire un tour, observer, rester sur nos gardes… Ce genre de choses ?
Ça c'est ce que fait le reste de l'équipe. Nous, on doit simplement passer inaperçus et s'installer dans les gradins du chapiteau. Une barbe-à-papa est une couverture idéale ! Venez !

Edward poussa un soupir proche d'un grognement, mais ne put se dérober à la vigilance de son acolyte. Il slaloma entre un jongleur et un petit orgue de barbarie, évita deux amies admiratives devant un homme sur de grandes échasses et termina devant le petit stand roulant d'un vendeur de barbe-à-papa. Sur le côté, collée à la va-vite, l'affiche éclatante du cirque et son annonce du premier « freak show » de Paris. Une foire aux monstres, un défilé des horreurs, tant de synonymes pour une exhibition qui attirait en masse les curieux et faisait monter en Edward l'ardeur de la rébellion. Faire le planton le rendait fou et il ne tarda pas à trépigner d'impatience lorsqu'un gamin, connaissance d'Olek, fit perdre toute notion du temps à ce dernier.
Heureusement un parfum vétuste, quoique connu du loup, eut le mérite de le distraire durant une trentaine de secondes. Il tourna la tête et arqua les sourcils en remarquant deux silhouettes familières qui passèrent à proximité :

Vous vous rendez-compte Armand ? Une authentique femme-serpent ! Si c'est la vérité ce serait une révolution scientifique incroyable !
Jules, encore une fois, vous vous emballez.
Mais c'est ce qu'annonçait la parade !
Je sais et c'est pour ça que je vous accompagne dans cet attrape nigaud, pour éviter que vous vous fassiez duper. N'espérez pas plus qu'une chaussette de tissu et un peu de maquillage grossier pour cette soit disant « femme-serpent ».

La protestation de Jules fut étouffée par l'appel soudain de l'un des employés du cirque à rejoindre l'intérieur du chapiteau. Le spectacle allait commencer et tous étaient invités à prendre place autour de la scène. Edward en fut soulagé et s'engagea immédiatement vers l'entrée, Olek sur ses talons, sa confiserie en main. Sur leur bref trajet, ils furent brusquement accostés par diverses personnes, d'âges et de statuts différents, mais distribuant les mêmes tracts. Edward en arracha un sans même le regarder, trop obnubilé par la vaste tente où il allait, enfin, mettre les pieds.

En d'autres circonstances, il aurait pu être impressionné. L'architecture, toute de fer, de cordes et de toiles, dressait au-dessus de leurs têtes un plafond immense où étaient installés des spots donnant sur la piste. Les gradins s'étendaient tout autour, sur plusieurs rangs, et commençaient à se remplir.
Edward et Olek prirent place sur la deuxième estrade, prêt de la sortie, comme cela avait été convenu lors de la préparation de la mission. Quatre autres membres de la Curia s'éparpillèrent dans le public, tous en habits de civils, invisibles dans cette foule éclectique.

Cinq à dix minutes furent nécessaires pour remplir le chapiteau et ce ne fut qu'une fois toutes les places occupées que l'on abaissa le rideau de l'entrée. Plongés dans l'obscurité, les murmures s'élevèrent, plus ou moins curieux, plus ou moins patients.

Qu'est-ce qu'ils attendent… marmonna Edward dont les doigts chiffonnaient nerveusement le papier récupéré plus tôt.
Détendez-vous, souffla Olek en terminant sa barbe-à-papa. Ce ne sera plus très long.


Entre ses mains, le tract commença à se déchirer. Edward y jeta enfin un coup d'œil et se figea aussitôt. Le dépliant lentement, il avisa avant stupeur le large cercle rouge et barré sous lequel se dessinait une étrange silhouette, mi-femme, mi-serpent. Edward tendit le papier à son voisin qui l'avisa d'un œil triste. Il soupira :

Oui j'ai vu.

Soudain, deux spots de plus se braquèrent sur l'entrée des artistes. Le silence fut instantané dans la salle et Edward finit par replier lentement l'affichette, faisant disparaître entre ses mains les lettres noires et épaisses : « Non aux aberrations ».
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Annonce de M. Loyal



Le Strano écume tout Paris depuis deux jours afin d'annoncer son incroyable spectacle. Affiche, crieurs de rues, parades, vous n'avez pas pu passer à côté de l'information. Il a promis un spectacle encore jamais vu, une foire aux monstres unique, dont on se souviendrait encore longtemps.

Le parvis du cirque est animé par des artistes et autres attractions de foires, mais aussi quelques vendeurs de sucreries, mais rien d'inhabituel.

Vous arrivez à proximité du cirque aux alentours de 16 h. Pour ceux désireux d'assister au spectacle, vous entrez sous le chapiteau à cette heure là.

Toutes les explications sur le déroulement de l'intrigue dans : ce post.


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Narcisse Williams
Dragon on the wire
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Lun 12 Mar - 1:29

La file d'attente lui semblait interminable. Il y avait tant de monde venu admirer spectacles et curiosités, tant d'âmes éveillées par l'envie d'être subjuguées que la queue s'étendait à l'angle de la rue précédente. Narcisse lança un regard impatient au guichet. Pour une fois, il avait envie de sortir, de se mêler à la foule pour mieux profiter de ce que le monde avait à lui offrir. Pour une fois, il était enthousiaste à l'idée de mettre le nez dehors. Peut-être avait-il mûri ?

Un léger sourire embrassa ses lèvres pâles tandis qu'il esquissait un pas de plus. Encore une dizaine de clients et son tour serait venu. À cette idée, un souffle d'excitation caressa sa poitrine, et son regard violacé de se perdre sur les promesses du cirque dans lequel il s'apprêtait à rentrer. Le chapiteau était gigantesque, d'une teinte splendide qui attirait l’œil et provoquait la joie. Son cœur enfla d'une douce nostalgie. C'était de ces sensations qui laissent un goût sucré sur la langue et une chaleur dans le ventre, de ces sentiments qui toujours provoquent un bonheur passé. Narcisse était sincèrement heureux d'être ici. Ces lieux lui rappelaient de bons souvenirs.

Il n'avait fait partie d'une troupe de cirque que quelques mois, mais il chérissait en son cœur nombre des moments passés aux côtés de ces personnes si spéciales, si étranges qu'elles en oubliaient de juger les autres, si gorgées d'un talent mal jugé qu'elles éblouissaient l’œil averti à chaque apparition. L'acrobate s'était senti à sa place, là aussi. Là aussi, il avait pu reprendre ses marques, apprendre à vivre en dépit du trou béant qui avait été creusé à sa poitrine. C'était un lieu de rires et d'acceptation, de fêtes et de soutien. Il en était ressorti grandi, sans doute, un peu plus solide aussi.

Le jeune homme tendit son argent au guichet avec un sourire doux, étonnamment plus à l'aise parmi le bizarre que dans une soirée mondaine. Et pour ce que la dernière avait donné... Ma foi, il préférait mille fois se rendre dans une foire !

« Et voilà pour vous, m'sieur !
- Je vous remercie. »

Il pénétra l'enceinte du cirque avec un sourire et s'engouffra aussitôt dans le chapiteau principal, désireux de trouver une bonne place où siéger durant le spectacle. Il ne voulait rien en louper. Pour une fois qu'il prenait la décision de s'ouvrir au monde, il allait le faire bien. Son regard se porta sur l'assistance, remarquant son patron tandis que celui-ci menait une discussion animée. Il s'assit vers l'avant, proche de la scène sans l'être de trop, légèrement sur la gauche.

C'était étrange, d'être spectateur. Il avait l'habitude d'être de l'autre côté du rideau depuis si longtemps que c'en était devenu une partie de lui-même. Installé là, assis dans sa chaise face aux planches qu'il arpentait d'ordinaire, lui procurait une étrange sensation. Ce n'était pas désagréable, simplement... Simplement étonnant. Ce bête détail agrandit son sourire, et il se positionna de manière plus confortable pour mieux jouir de la beauté des numéros. Bon sang, il avait hâte...

Peut-être irait-il voir les artistes, à la fin, si on l'y autorisait. Rencontrer des collègues était pour lui une rare occasion de se sociabiliser. L'acrobatie lui donnait des ailes qu'il se refusait d'ordinaire, une force qu'il ne se soupçonnait pas. Elle lui permettait d'accomplir des actes qu'il ne s'autorisait plus à faire, d'aller à la rencontre de personnes qu'il n'osait pas aborder d'ordinaire. Cette partie de sa vie était la seule où il s'épanouissait vraiment et il comptait en profiter, rien qu'aujourd'hui.

– Vous vous rendez-compte Armand ? Une authentique femme-serpent ! Si c'est la vérité ce serait une révolution scientifique incroyable !  

L'exclamation d'un homme à la voix familière lui fit tourner la tête. Les mots qu'il venait de prononcer avait éveillé en lui un intérêt nouveau. Une femme-serpent ? Était-il possible que... Non. Bien sûr que non. Une malformation tout au plus, mais pas... Non. C'était impossible. Il ne devait s'attendre à rien. Et puis on ne l'eut pas appelée femme-serpent s'il s'était agi d'une dragonne. Elle eut été trop grande, trop massive, à moins de maîtriser ses transformations au point de parvenir à modifier une part seulement de son anatomie. Était-ce concevable ? Sans doute pas.

Grimaçant, Narcisse tenta de faire taire l'espoir vain qui était né en son cœur. Comme l'avait si bien argumenté le compagnon de l'inconnu, ce ne serait sans doute qu'un numéro de femme costumée, rien de plus. Voir là davantage, c'était se convaincre de l'existence de chimères.

Sauf que dans son monde, les chimères existaient.

Secouant la tête, le jeune homme soupira et passa une main sur son visage crispé. C'était n'importe quoi. Depuis quand était-il si désespéré de recroiser les siens qu'il en venait à rêver comme un enfant ? L'âge béni de la candeur était passé depuis longtemps déjà. Sa naïveté n'avait pas sa place dans la cruauté de ce monde. Sa naïveté eut dû être crucifiée il y a bien des années désormais, brûlée avec son village et les corps mutilés de sa communauté. Il était adulte maintenant. Les sornettes n'avaient plus d'emprise sur lui.

L'interrompant dans ses pensées, les projecteurs s'allumèrent. La scène s'offrit à ses yeux. Le spectacle allait commencer.

Narcisse déconnecta son esprit de ses sombres pensées pour se concentrer sur le plancher. Il allait profiter de ce moment, quoiqu'il arrive et peu importe les événements. Il allait profiter et sortir de ce chapiteau heureux et décontracté. Voilà. Ça, c'était un plan.

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June Ravenclose
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Lun 12 Mar - 17:10

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June avait hésité longuement avant de sortir de sa chambre au Lost Paradise. La foule rendait la cantatrice toujours aussi mal à l'aise. Mais elle avait promis à Dolores de faire des efforts pour sortir davantage, sous la menace « Ordres du médecin ! » qui résonnait encore à ses oreilles et qui laissait présager des idées assez saugrenues, et donc rien de bon. Il faut aussi avouer qu'elle était curieuse. Ce cirque Strano dont on parlait ... Cela avait animé une sorte d'émerveillement en son cœur, c'était le genre de spectacle qu'elle aurait aimé voir, plus jeune, mais on le lui avait toujours interdit. À vrai dire, sans la présence d’un chaperon, elle avait peu souvent la chance de quitter le foyer malsain qui s’était créé autour d’elle. Alors pourquoi ne pas rattraper le temps perdu ? C'était le genre d'activités auxquelles participaient les jeunes filles de son âge, non ? Elle pouvait se donner le droit d'espérer que cette sortie serait un succès. Une première façon d'élargir ses horizons artistiques, alors qu'elle ne connaissait vraiment que le cabaret, mais aussi peut-être un instant pendant lequel elle pourrait, elle aussi, rire et se montrer un peu insouciante.

Seulement, avec toute cette hésitation, elle n'était arrivée sur place que vers 15h30 ! Cela ne lui laissait pas beaucoup de temps pour faire le tour des lieux. Probablement pas assez. Ticket et brochure en main, elle prit rapidement une décision : la visite du site devrait attendre. C'était surtout pour le spectacle qu'elle était ici, après tout. June avait tout juste assez de temps pour s'acheter un encas, si elle voulait avoir une bonne place. Après tout, elle avait sauté le déjeuner. Son estomac n’avait arrêté de faire des pirouettes qu’une fois sa décision prise, et après qu’elle ait mis la touche finale à sa tenue qui l’empêcherait d’être reconnue trop facilement comme l’une des étoiles montantes du Lost Paradise. Sous un chapeau gavroche, June avait délaissé son chignon habituel pour deux tresses françaises, qui soulignaient son visage un peu arrondi et ses grands yeux. Dans sa petite robe bleu nuit sans froufrou ni dentelle, elle devait tout au plus ressembler à une bourgeoise parmi tant d’autres. Tout de même, c’était un peu étourdissant, toute cette ambiance portée à la fête ... Malgré tout, elle réussit à se frayer un chemin jusqu’à un cornet de frites et un sac de caramels. Un peu de sucre lui redonnerait du courage. Elle mangea donc tranquillement sur le chemin qui la mènerait vers la tente. Juste à temps ! On venait de demander aux spectateurs d'aller s'asseoir.

Elle scruta les estrades à la recherche du meilleur endroit où s'installer. Oh ! N'était-ce pas Edward là-bas ? Elle leva légèrement une main pour le saluer, mais à mi-chemin, se ravisa et la ramena bien vite contre l'autre, ses doigts entremêlés contre son sac gourmand, sa tête allant presque s'y cacher derrière. Qu'est-ce qui lui prenait, enfin, pour faire preuve d'autant d'audace ? En dehors de l'organisation du spectacle, ils ne s’adressaient finalement que peu de mots, et peu importe ce que June pouvait bien en penser. Heureusement, il ne devait pas l'avoir remarquée ; il semblait préoccupé par une conversation avec son voisin. Et puis, imaginons qu'elle se soit trompée, la honte ... Les joues roses, elle accéléra le pas et décida d'aller s'installer bien plus loin, tout près de la scène, se glissant entre les silhouettes sans trop prêter attention aux autres visages parmi la foule, du moins jusqu’à ce qu’elle puisse souffler enfin, assise confortablement, lorsqu’un bout de papier glissa sous ses yeux. Elle s'en saisit avant qu'il tombe sur ses genoux où reposait son carton vide pour le moment.

« Oh. Monsieur, vous avez fait tomber ... ça ... ? »

Mais le gaillard était reparti sans lui prêter plus d’attention. June ne devrait sans doute pas s’en mêler, mais si c’était quelque chose d’important et qu’il ne l’avait pas entendu, elle devait bien savoir, avant de tenter de le retrouver ou de s’adresser aux autorités, non ? Son regard tomba sur le tract et ses sourcils se froncèrent sous les lettres noires qu’elle préféra cacher parmi ses affaires. « Non aux aberrations. » Qu’est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ? Elle vivait parmi les Légendaires depuis suffisamment longtemps pour que son cerveau ne puisse faire aucun autre rapprochement possible. June ressortit sa brochure et la lut d’un œil plus attentif. Parmi mille promesses, les lettres « femme-serpent » ne laissaient présager rien de bon. Mais peut-être n’était-ce que son imagination, habituée depuis trop longtemps à voir le mal partout ...

« Aaaah ! Mais j’aime pas les serpents moi ! »

June sursauta légèrement, ne s'attendant certes pas à ce qu'on lise par dessus son épaule, mais elle adressa finalement un sourire bienveillant à la petite fille assise à ses côtés et lui glissa discrètement un de ses caramels pour qu’elle retrouve le sourire, aidée par l’ambiance tamisée sous le chapiteau à l’exception des projecteurs braqués vers la scène. Le spectacle allait bientôt commencer ...
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Tala Harcourt
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Ven 16 Mar - 23:24

Tala regarda le programme qu'elle tenait froissé dans sa main droite pour la millième fois. Ce n'était pas une bonne idée, et elle regrettait de toute son âme d'avoir accepté. Ce n'était pas une bonne idée. Il y aurait foule et elle ne se sentirait pas suffisamment à l'aise pour ne pas paniquer. Ce n'était pas une bonne idée. Elle ne voulait croiser personne. Pas après l'horrible soirée qu'elle avait passé la dernière fois qu'elle avait quitté les rangées de tombe qui signifiaient tout son monde. C'était d'ailleurs à cause de ce monde-là, qu'elle était là. Elle ne se souvenait que trop bien de l'insistance d'Ewen.

« Allez, Tala... J'ai trop de travail, tu le sais bien, non ? Et puis avec Eugénie qui se fatigue, il faut que je reste là... S'il te plaît, il sera trop heureux...
- M-mais je ne sais pas si...
Bien sûr que si, c'est une excellente idée ! Tu sais, je suis sûr que tu t'amuseras autant que lui.
B-bon. D'accord. »

Elle avait accepté, et désormais, elle aurait voulu pouvoir faire marche-arrière. Malheureusement pour elle, il était bien trop tard pour ça. Il ne la laisserait jamais faire, et il était hors de question qu'elle lui brise le cœur. Alors au lieu de ça, Tala prit une longue inspiration, enfila des chaussures dans lesquelles elle devait bien avouer ne pas se sentir à l'aise, attrapa la main de son accompagnateur du jour, puis s'élança à l'assaut du monde.

C'était toujours une drôle de sensation, pour elle, de quitter la bulle où elle se sentait si bien. C'était toujours difficile, pratiquement impossible, de quitter son confort pour affronter tout un univers où elle n'aurait jamais sa place. Tala avait le cœur serré, et imperceptiblement, elle tint plus fort la main à laquelle elle se rattachait.

« Tata, tu me fais maaaal !
- O-oh, pardon mon cœur. »

Un petit garçon aux grands yeux mécontents et à la moue boudeuse hocha la tête, puis se fendit d'un sourire plus long que son visage.

« Pas grave ! »

Tout heureux, celui-ci se mit à chantonner, tandis que le souffle manquait à Tala. Lucien Grant était le fils unique d'Ewen -plus pour longtemps- et n'avait hérité de lui qu'un sexe. Le reste, il le tenait de sa mère, une femme magnifique dont Tala enviait la belle assurance. De plus, il s'agissait d'une mère exemplaire, toujours aux petits soins pour ses proches. Ewen était tombé sur une perle, même s'il avait mis très, très longtemps avant de la lui présenter. Tala lui en avait tout d'abord beaucoup voulu, puis elle avait compris. Peut-être qu'inconsciemment, il sentait le monstre qui sommeillait en elle. Peut-être qu'inconsciemment, il sentait l'animal prêt à mordre au premier coup de pression. Alors, sa rancœur avait laissé place à de la résignation, qui s'était peu à peu muée en culpabilité.

Mais aujourd'hui, il n'y avait pas de place pour toutes ces émotions négatives. Le petit garçon pendu à son poignet n'aurait pas compris.

« On arrive bientôôôôt ?
- Encore un peu de patience, mon cœur. »

Lucien hocha la tête avec enthousiasme et resta bien sage durant tout le restant du trajet. Tala était impressionnée. Le petit garçon avait tout juste quatre ans et il ne s'excita de nouveau que lorsque le chapiteau montra enfin le bout de son nez.

« Regaaaarde ! Regaaarde ! C'est le ciiiirque ! »

Ses grands yeux se mirent à briller d'enthousiasme et Lucien força l'allure. Tala n'eut pas le cœur de lui demander de ralentir. De toute façon, il tenait toujours son poignet.

« Comme c'est beauuuuuu ! »

Le regard de l'enfant se glissait dans la foule avec aisance, repérant les différents numéros d'extérieur. Là-bas, un homme crachait des flammes si haut que Tala se demanda brièvement s'il ne risquait pas d'atteindre la toile de tente. Plus près, un jongleur lançait des balles depuis le monocycle qu'il chevauchait fièrement. Elle en compta cinq. Mais ce qui fascinait vraiment Lucien, comme tous les garçons de son âge, elle supposait, c'était le chimpanzé qui jouait des claquettes pour le plaisir des passants. Les chaussures lui semblaient minuscules, et de toute manière, son attention était plutôt fixée sur l'avancée de la foule dans laquelle elle étouffait.

« Tataaaa ! Dis, je peux avoir des cacahuètes ? »

La voix de Lucien lui servit d'échappatoire.

« Je ne crois pas que papa sera d'accord... »

Mais le petit Grant n'avait pas hérité que de son statut d'homme, de son père, et Tala le comprit très vite. Deux grands yeux pleins d'innocence s'accrochèrent aux siens et une moue adorable fendit le visage de l'enfant.

« M-mais si... J-je voudrais vraiment des cacahuètes... S-s'il te plaît... »

Comme dans le cas d'Ewen, Tala ne résista pas longtemps. Quelques minutes plus tard, le garnement se baladait fièrement avec son propre sachet de nourriture. Pour sa part, elle décida de se contenter d'y piocher de temps à autre.

Décider Lucien à regagner la file d'attente s'avéra étrangement compliqué. Le petit garçon, fraîchement amouraché d'une contorsionniste, eut bien du mal à lâcher l'affaire et Tala dut user de toute sa force de persuasion pour le convaincre de patienter parmi une foule qu'elle-même haïssait.

« Mais oui, mon ange, tu la reverras.
- P-promiiiiis ?
- Mais oui, c'est promis...
- E-elle ne trouvera pas d'amoureux pendant ce tempppps ?
- Mais non, elle t'attendra, et je suis même certaine qu'elle t'adressera des dizaines de sourires pendant sa représentation. Et le spectacle sera encore plus merveilleux à l'intérieur, tu te rends compte ?
- B-bon, je veux bien, alors... »

Les billets en poche, le petit garçon à la main et la foule derrière elle, Tala put enfin pénétrer sous la gigantesque toile de tente. La clameur impatiente des spectateurs déjà massés à l'intérieur la prit de court et un peu d'angoisse teinta ses traits. Bien heureusement pour elle, Lucien la traîna jusqu'à leurs places afin d'arriver plus vite jusqu'à son amoureuse. Lorsqu'elle put enfin s'asseoir sur son siège, une vague de soulagement la terrassa. Tout irait bien. La salle était comble, mais les gens ne se souciaient pas d'elle. Les sourires étaient quasi unanimes sur les visages, sauf une petite fille qui pleurait de peur à l'idée de croiser un clown. Tala eut l'occasion de reconnaître quelques visages mais décida de ne surtout pas les approcher. Si elle le faisait, elle était quasi sûre de tomber sur un extraverti sorti de nulle part et l'idée ne la tentait pas le moins du monde. Elle voulait du calme, de la tranquillité. Elle voulait profiter du spectacle et ne pas le regretter. Elle voulait sourire comme tous les autres et en oublier la foule. Comme si quelqu'un, quelque part, avait été à l'écoute de ses quelques souhaits, les lumières s'éteignirent brusquement dans un bel ensemble. À ses côtés, le petit garçon se dandina sur sa chaise. Le spectacle allait commencer. Et Lucien rêvait déjà de tout ce qu'il n'avait encore jamais vu.

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Rita Upset
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Sam 17 Mar - 15:39

Le concept même de cette journée semblait impossible : se faire réveiller aux aurores par une vachère vendant clandestinement son lait sur les quais en braillant de son bel accent territorial, c'est improbable. Se retirer durement de ses trois couettes recousues de tous les côtés et poser ses pieds nus sur le parquet gelé, pour ensuite ouvrir sa fenêtre aux joins rouillés sur un soleil naissant de printemps déjà trop chaud, c'est impensable. Manger sa brioche aux raisins rassie et l'accompagner d'un verre de lait un poil vieux, bercé par les braillements de la vachère emmenée au loin par les agents de la loi, c'est plutôt invraisemblable comme situation. D'autant plus que, pas plus de dix minutes passées à triturer son petit-déjeuner de fortune, Rita constata que la vachère eut tôt fait de se faire remplacer par un crieur de rue indiscret. Le même qui, deux jours durant, venait de faire de la vie de la banshee un enfer. « Le plus beau spectacle de votre existence !!! » s'exclamait-il, « une vision telle que vous rendrez votre souffle vous-même au Roi des enfers !!! » meuglait-il, « UN SHOW SI IMPRESSIONANT QUE VOUS SOUHAITEREZ EN MOURIR D'EMERVEILLEMENT ! » clabaudait-il dans tout ce fichu quartier d'honnêtes travailleurs nocturnes, qui auraient aimé que cette journée commence de façon un poil plus normale.

Cela finit par mener Rita au sein d'une foule sans considération, sa matière grise encore en train d'ingurgiter l'improbabilité de cette matinée. Vincennes n'était pas spécialement connu pour être un quartier calme, certes, mais cette fréquentation abusive en devenait presque ridicule : on ne voyait plus un carré de pavé, entre les talons décorés et les sabots clapotants, et cela ne s'arrangeait pas du tout une fois au bois. Rita était encore contente d'avoir pris un fiacre jusqu'à l'entrée du bois, cependant elle devait désormais se faufiler entre les badauds curieux. Pour bloquer toute l'allée, il suffisait qu'un groupe peu attentif s'arrête pour observer, avec une fascination lassante, un faiseur de sucrerie-acrobate-manchot. Notre bricoleuse en herbe se serait presque laissée tenter à observer les divers artisans, si elle n'était pas ballotée dans tous les sens par les visiteurs et par ses inquiétudes.
Depuis l'arrivée de ces soit-disants saltimbanques, c'était presque comme si leur désinvolture avait atteint le tout Paris. Non seulement se balançait-elle sur les clameurs des annonceurs, mais aussi s'insinuait-elle perfidement dans le courrier. Plus tôt, le gentil petit facteur niais était venu rendre à la cantatrice lettres admiratives et amourachées, ainsi qu'une tripotée de tracts chatoyants. Des papelards sans interêt pour les crédules, mais suffisamment vicieux pour attirer les curieux. Le papier grossièrement imprimé de rouge, d'or et d'encre de seiche, contenait assez de lettrines pour affoler tous les Légendaires de la capitale.

En tout cas, cela remuait assez les entrailles de Rita, pour que celle-ci soit en train de se presser vers le chapiteau géant. Sur le chemin, elle tentait d'observer chaque passant, guettant n'importe quelle lueur suspecte. Rita avait cependant sous-estimé le nombre d'âmes à surveiller, et elle eut tôt fait de se concentrer plutôt sur son cheminement pour s'éviter une migraine monstre : suivre les créatures de contrefaçons, filer entre les jambes de bois et les nains aux dents de fer, ne pas se laisser tenter par les charmeurs au caramel et glisser un sourire à la femme à barbe. Rita se surprit à sourire sur le chemin, quelque part, ces étrangetés la réconfortait de ses aprioris. Aussi, cette familiarité lui déchirait quelque peu le cœur, tant il lui rappelait l'ambiance gitanesque de ses sorcières bien aimées. Ralentissant l'allure entre le lancer d'anneaux et le cracheur de feu, la femme séculaire se mit à imaginer ses camarades, posée devant leur marmite d'infusion, chariant les hommes des manières les plus salaces possibles. Elle se figura qu'Elena l'aurait prise par le bras, l'aurait installé sur ses genoux calleux et aurait caressé ses cheveux d'une pommade à l'odeur pernicieuse.

Quand un luth se mit à résonner près de l'entrée des artistes, Rita crut presque être revenue dans les bois humides du pays de la Loire. Elle se retira du chemin principal, suivant maladivement le rythme familier. Ce n'était pas dans les habitudes de la banshee de se laisser aux espoirs incertains, pourtant souhaitait-elle vraiment, qu'en tournant derrière la carriole, reverrait-elle ses vieilles amies. Ni feu ni railleries ne l'attendait. N'apparut devant elle qu'une femme assise, emmitouflée d'un châle noir, reflétant l'aspect actuel de la banshee. Rita ne vit ni ses yeux ni son âme, trop occupée à détailler ses souliers bleu nuit, peints des doigts effilés d'Elena. La dame leva la tête de ses cordes, arrêtant de les pincer pour détailler sa visite. Rita tenta une vague excuse en sa direction, mais la femme n'attendit pas sa permission pour déguerpir, instrument à la main, sous le grand chapiteau. Une telle vision ne manqua pas de secouer Rita, qui se demandait de plus en plus si venir ici n'avait pas rappelé de vieux démons. Elle courut à son tour vers la billetterie, cherchant quel kiosque lui permettrait d'arriver au plus vite à l'intérieur. Ce fut une toute petite femme qui l'accueilla enfin, son sourire à fossette bizarrement incommodant. Elle tendit ses bras raccourcis, se terminant par des mains potelées aux ongles sales couverts de vernis au plomb, l'un tenant un billet luisant d'or, l'autre tendant la paume vers le ciel. Le paiement était bien de rigueur, néanmoins Rita attendit qu'un prix soit annoncé. Il n'en fut rien, le sourire aussi immobile que s'il avait été creusé dans la porcelaine.

« Je vous dois ? »

Le silence sinistre devait faire partie des consignes . Rita trifouilla alors ses poches à la recherche de ses quelques pièces de monnaie, les tendant sous le nez de la nabote, qui ne réagit guère plus qu'avant. Elle posa alors son argent sur la paume, arracha son billet de l'autre main de la minuscule caissière, puis se précipita sous la grande tente. À peine rentrée scruta-t-elle la masse grouillante, mais le constat fut le même qu'à l'extérieur : les couleurs se mélangeaient trop bien aux lueurs blafardes, rendant la vision de la banshee complètement inutile. Appréhensive et prudente, elle s'installa sur un des premiers rangs, proche de l'allée centrale, prête à s'enfuir à la première occasion. Cette ambiance de charlatanisme mystérieux avait failli lui faire oublier l'inexplicabilité de cette journée.

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Dolores Keller
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Sam 17 Mar - 19:51

Elle était fière. Les autres la regardaient curieusement, tandis qu'elle dominait l'ensemble de la région, perchée sur la plus grande pointe du chapiteau. Elle ignorait de quoi il s'agissait en réalité, et après tout cela n'avait aucune importance. Nous parlons d'une mésange, n'imaginez rien de trop complexe. Et la voilà qui s'envole, accompagnée de ses comparses, sans doute à la recherche de quelque chose à grignoter. Plus bas, une foule d'humains s'amassait quant à eux autour du monstre bariolé, serpentant parmi les roulottes à la recherche de curiosités que Paris n'offre pas d'ordinaire ou bien se précipitant à l'intérieur de peur de manquer le spectacle. Certains ne … en vérité je me demande si… venaient que par pure vanité, arborant leur … oh regardez ce jongleur, il… chapeaux emplum- ma foi ces gens m'ont l'air un peu… -més… Oh non, pas encore.

« L'ensemble de ces spectacles demandent une réelle adresse vous savez ! Regardez comme cet homme se tient sur cette immense boule tandis qu'il fait tourner cet anneau ! Je me demande qui a eu l'idée de faire une chose pareille pour la première fois. Vous imaginez ? Un homme, enfin cela pouvait être une femme aussi, mais aboutir à une telle idée saugrenue me semble être plus quelque chose de masculin. Qu'en dites-vous ? Je- C'est comme si un matin cet homme donc s'était réveillé et tel Archimède s'est exclamé « Eurêkaaaaa », sauf que lui n'aurait pas abouti à une loi de la physique révolutionnaire, mais à un spectacle improbable et rondouillard mais amusant. Enfin j'ai toujours préféré l'idée qu'ils tombent en fait, c'est pourquoi les clowns restent mes favoris. À vrai dire c'est la première fois que je me rends dans un cirque, je suis si excitée ! Croyez-vous que nous verrons un homme canon ? Paraît-il que mon père en a soigné un après qu'il ait fait une mauvaise réception, quelle chance ! Que faisons-nous Adam ? Nous entrons ? O-Oui, nous sommes en retard après que v-vous ayez voulu affronter c-ce monsieur muscle au bras de fer à l'entrée. Pfeuh, quel rigolo celui-là, il faisait le fier à arborer son biceps brachial alors que son long supinateur à côté, je pense que vous êtes d'accord avec moi Adam, n'avait rien d'extraordinaire. Je suis sûre qu'il porte des poids remplis d'air avec des deltoïdes aussi flasques ! Me rire au nez, quel idiot, alors que j'aurais pu lui retourner le bras comme s'il était fait en biscotte. Bonjour monsieur ! Merci ! Ah vraiment, je ne manquerai pas de le huer lorsqu'il entrera en scène ! Qu'est-ce q-que vous venez de récupérer au j-juste ? Oh ! Pensez-vous que nous verrons une véritable femme à barbe ? Ce serait si amusant ! »

Le docteur et son assistant finirent par entrer dans le chapiteau, déjà noir de monde. Dolores confia le prospectus qu'elle venait de récupérer à Adam et s'avança pour avoir une vue de la scène. L'assistant se figea en regardant le papier et voulu interpeller sa patronne qui inspectait déjà les lieux.

« Quelle prouesse d'architecture n'est-ce pas ? On peine à croire que ce genre d'endroit puisse être déplacé de villes en villes, démonté et remonté à volonté ! Cela me fait un peu penser à une verrue, pas vous ? Peut-être que l'inventeur des cirques s'en est inspiré après en avoir attrapé une au pied. J'y pense, en fait la majorité des créations d'un cirque suivent le « eurêka » dont je parlais tout à l'heure ! Une verrue, eurêka, un chapiteau ! Un homme avec un gros ballon, eurêka, un homme sur un gros ballon ! Oui enfin il faudrait d'abord avoir un gros ballon chez soi pour avoir ce genre d'idée. Connaissez-vous quelqu'un qui en possèderait un Adam ? Que vous arrive-t-il vous êtes tout pâle. D-Docteur, vous avez lu ce papier ? Non ? Je ne lis pas vraiment ce que l'on me donne, en général quand Edward me tend quelque chose je le parcours des yeux pour faire mine que je m'y intéresse, puis je change de sujet et je donne ensuite le document à Louise. En réalité je me rends compte que c'est devenu un réflexe, dès que je- A-Arrêtez d'agiter ce papier et l-lisez le ! Oh, oui excusez-moi. Vous voyez ça l'a refait ! Je pense que mon cerveau rejette la lecture qu'il juge facultative. Oui oui je vais lire une seconde. Hmm… Quand on pense à la prouesse qu'était autrefois la création d'une feuille de papier, qui aujourd'hui est devenu un objet courant, je me dis que notre civilisation progresse réellement. Mais dans un sens, ce papier, il sert simplement car nous sommes devenus incapables de communiquer par la simple parole. Les sociétés actuelles vivent sous une telle défiance mutuelle que tout doit être inscrit, sous peine que… Pourquoi me regardez-vous ainsi ? Oh regardez c'est June là-bas ! »

Dolores fit signe à son amie et confia machinalement le prospectus à Adam avant de se diriger vers elle. Le jeune homme soupira et plia soigneusement la feuille de papier puis suivit l'infatigable bavarde qui s'était déjà trouvée une place à côté de June.

« Je suis surprise de te voir ici, je ne pensais pas que ce genre d'endroit pouvait t'intéresser ! À vrai dire je ne pensais pas que cela m'intéressait non plus, mais je n'ai jamais été dans un cirque avant et Adam était aussi partant pour y aller, n'est-ce pas Adam ? O-Oui, bonjour M-Mademoiselle Ravenclose. Je n'ai pas trop eu le choix de v-venir en réalité mais… De toute manière Louise trouvait cela ennuyeux et barbant. Je voulais emmener Manfred mais Adam a rouspété alors je l'ai laissé avec Yvonne. Donc je suis venu avec Adam ! V-Vous comparez ma compagnie à celle de Manfred… N'exagérez pas Adam, Manfred est bien moins complexe que vous à gérer ! Mais il faut admettre que vous êtes plus loquace que lui et puis Edward baisse sa garde quand vous êtes avec moi. Je pense que vous avez une influence positive sur les gens Adam, ne changez jamais ! Hm ? Oh mais en parlant d'Edward, lui aussi est là ! Qui est ce grand monsieur avec lui ? Je crois l'avoir déjà vu au cabaret mais nous n'avons encore jamais eu l'occasion de discuter ensemble. Si Edward est là, c'est que le spectacle auquel nous allons assister doit valoir le coup ! S'il vous plaît, vous pourriez arrêter de parler ? Cela va commencer ! Ah ! E-Excusez-nous m-m-madame. D-Docteur s'il vous plaît, t-tout le monde nous regarde ! »

La jeune femme croisa les bras et fit la moue quelques secondes. Puis le regard curieux d'un petit garçon assis à côté d'elle eut raison de son bref silence.

« Oui ? Tu as une question petit enfant ? D-Docteur ! Ooooh je chuchote, je chuchote !… Alors, toi tu es venu pour quoi ? Les animaux ! Oooh, moi je veux voir une femme à barbe faire l'homme canon ! Haa… »

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Edward White
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Dim 18 Mar - 20:34

Après ce soir, plus rien ne sera jamais comme avant. Mais dîtes-moi cher public, êtes-vous prêts pour l'impensable ?

La voix, grave mais grésillante, semblait venir de partout et nulle part à la fois. Elle se tut aussi soudainement qu'elle s'était élevée, laissant place au silence perplexe de la foule. Quelques exclamations d'enfants excités agitèrent les rangs des spectateurs avant qu'un vague murmure n'envahisse le chapiteau. Il fut presque aussitôt coupé par le retour du timbre mystérieux :

Je n'ai pas entendu votre réponse ! Vous doutez ? Non, rassurez-moi haut et fort, vous êtes vraiment prêts ?

Nouvelle hésitation dans la salle, jusqu'à ce que quelques audacieux tentent un « oui » enthousiaste. Ils furent encouragés par l'invisible interlocuteur et cette fois-ci tous les présents exprimèrent d'une même voix leur impatience. Même Olek. Sauf Edward.

Qu'est-ce qui vous arrive encore ? Interrogea le colosse dans un murmure.
Rappelez-moi pourquoi je n'ai pas pu avertir mes employés d'éviter cette foutue foire aux monstres ?
Parce que c'est une mission secrète White. Et que tout ira bien. Vous vous en êtes assuré il me semble ?
Pardon ?
Le livre de la bibliothèque de la Curia que vous m'avez fait emprunter, ce n'était pas à cause d'une brusque passion pour les « antiques desserts druidiques à base de caramel » n'est-ce pas ? C'était bien pour qu'elle soit là ?
… Oui.

Percé à jour, le lycanthrope se renfrogna. Son regard passa pour la troisième fois sur les gradins d'en face, où il pensait distinguer les silhouettes de June et Dolores, entrées plus tôt dans le chapiteau. La présence de la doctoresse avait apaisé une partie de ses craintes, mais Edward restait certain que d'autres employés du cabaret se trouvaient autour de cette maudite piste. Il ignorait combien et lesquels, ce qui était préférable s'il voulait éviter une crise de nerf. Heureusement qu'il avait interdit à Andréa d'y mettre les pieds. Un roulement de tambour l'arracha à ses pensées. Il se redressa et tourna la tête vers l'entrée des artistes.
Un homme en sortit. Plutôt grand, une carrure carrée accentuée par sa veste rouge aux épaulettes noires et or, il retira son haut de forme de sa main gantée de blanc et salua le public et ses applaudissements. Un sourire qui se voulait bienveillant fendit des lèvres fines et sèchement dessinées par un bouc noir, que surmontaient deux yeux charbonneux et pétillants de malice. L'individu se recoiffa, leva les mains pour réclamer un peu de calme et s'exclama :

Mesdames, mesdemoiselles et messieurs, je ne peux que saluer le courage qui vous a conduit à prendre place sur nos gradins aujourd'hui ! Vous ne regretterez rien du spectacle unique qui vous attend.

Il poursuivit son monologue en arpentant la piste de long en large. Le récit avait l'air interminable, mais tout était en réalité parfaitement calculé. Deux silhouettes supplémentaires s'ajoutèrent à la scène. Deux clown. L'un immense, en Auguste, l'autre beaucoup plus petit, en Pierrot. Ce dernier semblait agacé et indiqua par de grand gestes l'horloge disproportionnée qu'il transportait pendue à une chaîne. Monsieur Loyal ne les vit pas arriver. Les deux pitres se plantèrent derrière lui et attendirent. Imité par son comparse, le bouffon blanc finit par se décaler à droite pour entrer dans le champs de vision du maître de cérémonie, lui-même se tourna à gauche. Mouvement inverse du petit trio et ainsi de suite à trois reprises, jusqu'à ce que l'Auguste s’emmêlât les pinceaux et assommât par inadvertance le présentateur. Rires du public. Le duo tenta une fuite discrète, embarquant Monsieur Loyal à bout de bras et le cognèrent, à nouveau, à l'un des piliers de l'entrée des artistes. La distraction servit à la mise en place du premier numéro. Entra en scène Nyx, jeune acrobate manchote.

Ils ont le sens du spectacle en tout cas, nota Olek avec un coup de coude pour Edward.
Bof… Les ficelles sont un peu grosses.

Le colosse secoua doucement la tête, mais suivit avec attention la suite de la représentation. Nyx termina son numéro de cerceaux aérien sous les applaudissements et les clowns revinrent sur scène démontrer leur habileté au hula hoop, pendant que Monsieur Loyal annonçait le prochain tour. Le loup blanc leva les yeux au ciel en voyant entrer l'homme fort du cirque. Il fit grincer son bras métallique avant une démonstration de sa force. Nombres de barres de fer plièrent entre ses mains et il souleva des poids bien plus lourds que la normal, certains même avec les dents, non sans hérisser quelques spectateurs sensibles. Sur la fin du numéro, il fut défié par le duo comique qui soulevait, de son côté, des ballons de baudruche peints en noirs. Auguste fit, par inadvertance exploser l'un d'eux, et le clown blanc le chassa de la scène au moment où entrait à nouveau le maître de cérémonie, un imposant serpent enroulé autour de ses épaules.

Bien ! Nous vous l'avions promis et bien la voici. L'exceptionnelle, femme-serpent !

Il passa sa main sous la tête du reptile et la releva fièrement pour que le public puisse la voir. Quelques cris étouffés se glissèrent au sein de la foule, mais ce fut majoritairement un rire crispé résonna.

Elle s'appelle Euryale et elle adore lorsqu'on lui gratte sous la tête. Quelqu'un veut la toucher ? Personne ?
On frôle le mauvais goût, grinça Edward en croisant nerveusement les bras.
White, c'est un spectacle pour humains, calmez-vous.
Allons, allons n'ayez pas peur. Sinon qu'est-ce que ce sera lorsque nous vous présenterons sa grande sœur !

Monsieur Loyal se décala du passage des artistes. Les deux clowns en sortirent, poussant une imposante boîte sur roulette. Un draps en masquait le contenu. Dans le même temps, le présentateur fut débarrassé de son compagnon à sang froid par un employé discret et il put reprendre avec fierté :

Elle est l'un de nos joyaux de bizarreries et d'extravagances. La première à se révéler sous vos yeux ébahis. Elle est unique, moitié femme, moitié reptile. Elle est un mythe vivant, une légende de chair et d'os. Mesdames, mesdemoiselles et Messieurs, veuillez accueillir comme il se doit une authentique Lamia !

Avec ferveur, il arracha le tissu.

Edward hoqueta et bondit sur ses pieds, Olek le rattrapa par le bras et le força à se rasseoir. Le loup bouillait, mais son acolyte ne le lâcha pas.

Devant une foule perdue entre la stupéfaction, l'horreur et la curiosité, un vaste vivarium resplendissait au centre de la piste. Des spots aveuglants et chauffants étaient dispersés autour d'un couvercle grillagé et découpaient, dans cet étrange bocal, les traits nets d'une femme magnifique. De longs cheveux noirs et lisses tombaient en cascade sur son buste dont les attraits féminins étaient masqués d'un simple un morceau de tissus. Une peau pâle et nacrée contrastait avec ses iris sombres et fatigués fixés sur ses mains entremêlées qui couvraient les écailles sombres et éparses marquant son ventre. Au-delà de cette limite s'étendait une queue interminable et reptilienne, enroulée par endroit sur elle-même. Des reflets violines et bleus dansaient sur cet anomalie corporel qui s'animait de temps à autre sous la respiration de la belle et silencieuse femme-serpent.

C'est… C'est extraordinaire !
Jules retenez-vous…

Mais Jules ne se retint pas. Il salua avec sa bienveillance et sa chaleur habituelles la Lamia. Coincée  entre ses parois de verre, celle-ci fut ranimée par ces mots sans peur et se déplaça, avec la souplesse des reptiles et la grâce des femmes, jusqu'à pouvoir apercevoir le jeune homme et lui rendre son salut d'une main timide. Le chapiteau tout entier put entendre l'émotion étouffée du garçon.

Un instant d'innocence qui ne suffit pas à dissiper l'étrange atmosphère qui submergea les lieux.
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Annonce de M. Loyal



Monsieur Loyal a lancé la représentation d'une bien étrange façon, mais voilà que les numéros s'enchainent entre deux pitreries des clowns.

Votre patience va être rapidement récompensée, car le maître de cérémonie ne tarde pas à faire entrer l'une de ses « artistes » phares et dévoile, à grand renfort de suspense, une Lamia, soit une créature mi-humaine, mi-serpent. Il faut admettre que, si c'est une supercherie, elle est extraordinaire car à vu d'œil il semble impossible de remettre en doute son authenticité.

Ce n'est pas sans jeter un certain froid dans le public qui ne sait pas comment accueillir la nouvelle. Mais qu'en est-il de vous ?

Enfin, voici pour quelques participants, des obligations plus précises découlant directement de votre premier poste :

  • Dolores & June : Vous allez devoir jongler avec les réactions totalement opposées des deux enfants proches de vous. La petite fille est terrorisée par la femme-serpent, mais le garçon est au comble de l'excitation.

  • Narcisse : Derrière toi, un individu a première vu fort peu sympathique et peu discret, a des mots très durs pour tous les numéros, y compris pour celui de la femme-serpent avec lequel il est encore moins tendre. Personne ne semble avoir le courage de le faire taire.









Vous posterez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au dimanche 1er avril (au soir) pour participer à cette deuxième partie !


Vous pouvez toujours nous joindre par MP pour la moindre question ! Nous répondrons au plus vite, comme d'habitude ~

Retardataires ? Vous êtes les bienvenus tant que vous prenez en compte les éléments précédents.
Pour les autres, un grand merci pour votre participation !

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Narcisse Williams
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Jeu 29 Mar - 17:10

Une voix interrompit l'agitation croissante de la foule, rassemblant l'attention collective vers les planches illuminées.

– Après ce soir, plus rien ne sera jamais comme avant. Mais dîtes-moi cher public, êtes-vous prêts pour l'impensable ?

Narcisse sentit son cœur battre plus fort, emporté déjà par le mystère que faisaient planer les mots sur le spectacle à venir. Un fin sourire bourgeonna sur ses lèvres fines, balayant les inquiétudes passées pour mieux le connecter à la scène. Une impatience grandissante palpitait en son cœur. Il se redressa légèrement dans son siège, prenant soin tout de même à ne pas gêner les autres spectateurs.

– Je n'ai pas entendu votre réponse ! Vous doutez ? Non, rassurez-moi haut et fort, vous êtes vraiment prêts ?

Trop timide d'abord pour lancer le mouvement, l'acrobate se laissa emporter par l'enthousiasme de la foule qui finit par entonner en chœur un « oui » tonitruant. Il applaudit en même temps que ses voisins de siège, transporté par l'atmosphère festive qui vibrait autour d'eux.

Un roulement de tambour retentit, accompagné très vite par l'engouement sonore de la foule. Narcisse laissa son sourire grandir tandis qu'il fixait son regard mauve sur la piste. Son cœur était bien léger soudain, et il en profitait pleinement, avec le charme des jeunes années qu'on lui avait dérobées. Lorsque finalement Monsieur Loyal arriva sur la piste, tout en hauteur et en muscles, il frappa dans ses mains avec la joie d'un enfant. Les étincelles qui brillaient dans les yeux ébènes du présentateur étaient communicatives. Une formidable excitation se répandit dans ses veines, enlaçant tout son corps dans une chaleur douce, presque étrangère. Il était très, très heureux.

– Mesdames, mesdemoiselles et messieurs, je ne peux que saluer le courage qui vous a conduit à prendre place sur nos gradins aujourd'hui ! Vous ne regretterez rien du spectacle unique qui vous attend.

S'entama un monologue, infini semblait-il, porté par l'enthousiasme du seul homme présent sur scène. Narcisse faillit tomber dans le panneau. Lorsque deux clowns parvinrent à leur tour sur scène, il éclata d'un rire joyeux, comprenant finalement où le premier numéro voulait en venir. Il s'installa plus confortablement dans sa chaise, se laissant porter par l'hilarité de la foule quand celle-ci vint lui caresser l'oreille, observant le spectacle d'un œil attentif. Ce fut toutefois au numéro de l'acrobate qu'il porta davantage d'attention. Il lui accorda un regard expert, cherchant dans chaque geste les techniques que lui-même pratiquait quotidiennement, admirant la façon qu'avait Nyx de compenser son handicap grâce au jeu de ses jambes, se laissant finalement hypnotiser par la présentation des figures offertes à la foule.


C'est là que les ennuis commencèrent. Derrière lui, un homme pouffa bruyamment, inconscient apparemment des plus simples règles de politesse. Sa grosse voix retentit ensuite, comme pour en rajouter une couche, marquant le visage du dragon d'un tic d'agacement.

« Un manchot acrobate, on aura tout vu ! Non mais regardez, regardez Marjorie, avouez que c'est tout à fait pathétique ! Comment pourrait-il bien exécuter la moindre figure sans bras ? »

Narcisse sentit sa mâchoire se crisper d'elle-même, ses poings se serrant sur ses jambes tandis qu'il adressait un regard mauvais à l'individu. Celui-ci, un grand homme dodu dont les joues rougies luisaient jusque dans l'obscurité des gradins, ne le remarqua même pas, préférant visiblement critiquer la performance d'un artiste émérite. Il secoua la tête, réprobateur, mais ne dit rien.

Les tours s'enchaînèrent, certains plus magiques que d'autres, quelques exotismes pimentant quelques performances. Le ballet des moqueries, lui, ne cessa pas.

« Ooooh, vraiment ? L'homme-fort ? Pensent-ils donc que nous n'en avons jamais vus ?! »
« Ces clowns sont des calamités. Qui rigole, je vous le demande Marjorie, qui ? »
« Beeeeeeeuh, je HAIS les serpents ! Ces créatures sont viles ! »


Narcisse resta coi tout du long, peinant tout de même à se retenir de grincer des dents. Une colère croissante bouillonnait au creux de son estomac. Il détestait ce type de tout son cœur, lui et ses manières faussement bourgeoises, son irrespect total et sa grossièreté sans faille. Il n'en pouvait plus. C'en était au point de lui gâcher le spectacle.

– Bien ! Nous vous l'avions promis et bien la voici. L'exceptionnelle, femme-serpent !

L'espace d'un instant, le jeune homme se concentra à nouveau sur la scène, soupirant son mépris pour tenter de ressentir encore la magie du cirque. Le présentateur, tout sourire, entama quelques blagues afin de faire patienter le public. Il regarda, se laissant aller à un brin d'amusement en constatant combien la plupart des gens craignaient les reptiles. S'ils le voyaient...

Une grosse boîte fut soudain tirée sur scène, et Narcisse se redressa d'instinct. Une femme serpent... Objet de toutes les interrogations, de tous les fantasmes des spectateurs, clou de tout un spectacle, il ne pouvait s'empêcher de se demander de qui il s'agissait. La curiosité, un instant, prit le pas sur tout le reste.

– Elle est l'un de nos joyaux de bizarreries et d'extravagances. La première à se révéler sous vos yeux ébahis. Elle est unique, moitié femme, moitié reptile. Elle est un mythe vivant, une légende de chair et d'os. Mesdames, mesdemoiselles et Messieurs, veuillez accueillir comme il se doit une authentique Lamia !

Le présentateur arracha le tissu.
Narcisse écarquilla les yeux et se redressa d'un bond, horrifié par ce qu'il voyait. Son cœur fut soudain broyé d'angoisse. Il ne trouva même pas une voix pour hoqueter d'effroi. Quelque part dans la salle, quelqu'un était aussi atterré que lui. Il l'avait entendu. lançant un regard vers la silhouette, elle également redressée, il crut reconnaître son patron. Un brin d'espoir vint caresser son cœur. M. White ne laisserait pas un Légendaire être ainsi maltraité, ce n'était pas possible. Il lui viendrait en aide, sans aucun doute, ne la laisserait en aucun cas souffrir pareil traitement.

Raide, il laissa son attention revenir à la piste tandis qu'il se rasseyait tant bien que mal. C'était ignoble. Il en était malade. Comment pouvait-on user d'un être vivant ainsi ? Comment pouvait-on l'enfermer, le considérant comme une vulgaire bête de foire tout en sachant combien il était intelligent. Narcisse crevait d'envie de se lever, d'aller détruire lui-même ce grotesque vivarium et de libérer la pauvre âme. Ce spectacle lui était insupportable.

Derrière lui, on entendit un gémissement de dégoût.

« Euuuuurk, qu'est-ce que c'est que cette horreur ? Marjorie, fermez les yeux. »

Par les grincements de sa chaise, il devina un frisson d'horreur surjoué. La seule idée du visage bouffi déformé par le dédain suffit à l'agacer prodigieusement. Sa mâchoire se crispa à nouveau. Son regard, désespérément, se fixa sur le visage mélancolique de la pauvre créature.

« Ooooh, mais c'est dégoûtant, dégoûtant ! Seigneur Dieu, je... Comment peut-on montrer pareil spectacle à des enfants ?! Non Marjorie, n'ouvrez surtout pas les yeux ! »

Narcisse ne se rendit compte de combien il serrait les poings que lorsqu'une goutte pourpre dévala l'un de ses doigts. Un soudain désir de violence palpitait en son cœur à mesure que le monologue méprisant se poursuivait, né d'une rage incommensurable qui ravageait ses entrailles. Il n'était pas quelqu'un d'agressif. Au contraire, il était même plutôt du genre inactif, à préférer ne rien faire plutôt que de risquer une émulsion de sang. Mais ce type... Ce type lui donnait envie de vomir. Il était un légendaire, un dragon, une créature qui n'avait que peu de choses à envier à cette Lamia. Les propos de cet homme l'insultait autant qu'elle, allant chercher dans les ruines de son ego toute la fierté qu'il restait à blesser, comme pour y puiser une puissance qu'il se refusait à lui donner. Le monstre, l'ignominie, c'était lui.

« Quelle hoooonte ! Comptent-ils laisser cette... cette CHOSE sur scène plus longtemps ?! C'est igno- »

La logorrhée infernale fut coupée dans son élan par une grande main, nouée autour du col trop serré du bourgeois, le ramenant au visage déformé de rage de Narcisse avec une force inouïe. Le regard brun rencontra celui, améthyste, d'un jeune homme dont la colère semblait prête à le dévorer. L'action l'avait pris de cours. L'acrobate avait été trop rapide. Tant mieux. Il n'en était que plus satisfait. La haine qui palpitait en son corps embrasait sur son passage toutes ses peurs, tous ses doutes pour se couronner dans la puissance qu'il n'assumait pas toujours. Il secoua d'un geste amer la silhouette ronde de son interlocuteur, persiflant contre son visage :

« Si encore un mot sort de votre bouche, un seul, je vous jure sur votre grotesque bedaine que vous allez le regretter. »

Cela fait, il le relâcha avec force, le regardant choir dans sa chaise avec un dédain tout assumé. Ses iris enflammés, eux, restèrent fixés sur lui avec toute la furie qui s'imposait. Si celle-ci redescendait progressivement, il n'en montra rien.

« Le spectacle ne vous plaît pas ? Bien. La sortie se trouve là-bas. »

Narcisse se rassit aussi promptement qu'il s'était levé, cherchant en sa colère une contenance qu'il allait bientôt perdre. L'éruption volcanique s'était achevée bien vite et, s'il ne pouvait nier l'incroyable satisfaction qui trônait en son cœur, il n'était pas assez naïf pour croire qu'elle ne serait pas remplacée par une honte tout aussi formidable dans les minutes à venir.

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Elise Barcarolle
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Ven 30 Mar - 2:11

Elise et les sœurs d'Aldrick disparurent sous la toile de tente avec enthousiasme, après qu'un clown au gigantesque sourire ait récupéré leur billet.

« On sort, on r'paye. Bon spectacle ! »

Celui-ci ne fut bientôt plus qu'un lointain souvenir, tant les stimulus visuels et auditifs assaillirent les nouvelles venues. Partout autour d'elles, l'ambiance était à la fête. Des gamins aux visages ronds et barbouillés de barbe-à-papa tapaient des mains, des femmes de bonne famille dissimulaient leur joie sous des éventails et des hommes de tous les horizons s'impatientaient face à l'interminable discours de Monsieur Loyal. Elise en nota tous les détails et décida aussitôt qu'elle l'aimait bien. Soigneux dans les détails, il n'en oubliait aucun et au moment de s'asseoir sur un banc -heureusement trouvé à la dernière minute- la muse était au courant de tout ce qu'elle avait loupé. Trépignant d'impatience sur sa place nouvellement acquise, Sabrina joignit ses mains dans un élan de bonheur.

« J'ai hâte que le spectacle commence... ! »

Dit-elle un peu fort. Derrière elle, un homme sans âge plaça un doigt sur ses lèvres et leur intima le silence dans un son fort disgracieux. Croisant son regard, Elise prit grand soin de lui tirer la langue. Éléna la vit faire et ne put contenir un léger rire incrédule. Le bourgeois, lui, n'était pas amusé le moins du monde par l'attitude de la muse, qui venait d'adresser un clin d’œil à la demoiselle. Croisant les bras, il adopta un air aussi bougon que possible et fixa d'un regard mauvais les clowns nouvellement arrivés sur scène. Elise leur donna à son tour toute l'attention qu'ils méritaient et laissa bientôt planer un sourire amusé sur ses lèvres. Les deux jeunes filles à ses côtés riaient aux éclats, preuve qu'il s'agissait d'un bon numéro. Malheureusement pour les artistes, les siècles avaient donné à ce genre de frasques un arrière-goût de déjà-vu dans l'esprit de la muse, qui n'oubliait jamais rien. Elle reconnaissait cependant bien volontiers que les clowns étaient doués.
Lorsque ceux-ci disparurent, des milliers de murmures résonnèrent sous la gigantesque tente. Une nouvelle artiste venait de faire son entrée. Et elle n'avait pas de bras. Lorsqu'elle commença à s'envoler dans les airs, la salle se révéla étrangement silencieuse. Tous retenaient leur souffle, comme si on eût craint de faire chuter la jeune femme dans son ballet aérien. Le retour de Monsieur Loyal et de ses deux acolytes de clowns arriva presque trop rapidement.

« Mesdames et messieurs, un tonnerre d'applaudissement pour Nyx, l'amante des cieux ! »

Dans les gradins, la frénésie gagna progressivement tous les rangs. Les sœurs d'Aldrick ne firent pas exception à la règle. Pas plus qu'Elise, qui se leva de sa place en même temps qu'elles.

« C'était magnifique ! »

Entama la première.

« Oh oui, Aldrick sera certainement déçu d'avoir loupé ce numéro ! »

Répondit la seconde.

« Il faudrait qu'il se dépêche, s'il ne veut pas rater tout le spectacle ! »

Renchérit la première.

« Nous irons le chercher à l'entracte, s'il n'est toujours pas arrivé. »

Déclara Elise. Les deux sœurs hochèrent la tête d'un même mouvement, visiblement ravies à l'idée que leur frère partage le spectacle à leurs côtés. Les yeux pleins d'étoiles et le cœur en fête, elles se rassirent avec la foule, tandis qu'entrait l'homme fort du cirque, annoncé par Monsieur Loyal et ses compères. C'était un classique qui ne cessait pourtant d'émouvoir le public.

« Oooh ! Sabrina, regarde ! »

La blonde se fendit d'un sourire plus grand qu'elle. Cette fois encore, l'habituel laissait place au sensationnel. L'un des bras de l'artiste n'était en fait qu'un morceau de métal, au bout duquel se trouvait ce qui devait être considéré par son propriétaire comme une main. C'est de celle-ci qu'il attrapa la première barre. Il la plia comme s'il s'était agit d'une brindille. Il porta ensuite divers poids puis provoqua dans la foule des frissons d'horreur.

« Avec les dents... »

Murmura la blondinette, aussi époustouflée que les autres. Car Monsieur muscle avait visiblement entraîné sa bouche, avec laquelle il soulevait plusieurs kilos. Vers la fin du numéro les clowns, qui portaient jusque dans leurs veines le goût du spectacle, revinrent pour défier l'artiste. Tous trois disparurent sous les éclats de rire d'un public captivé, qui brûlait de découvrir la suite. Monsieur Loyal maîtrisait particulièrement bien l'art de rendre folle d'impatience une foule. Après avoir joué un temps avec les nerfs de ses spectateurs, il fit enfin entrer l'objet de toutes les craintes et de tous les désirs des nantis réunis sous la toile. La femme-serpent.

Elise s'était attendue à bien des choses, à l'annonce de ce numéro. Elle s'était attendue à la voir jongler, rire et s'amuser, fière de sa différence et heureuse de vivre telle qu'elle était vraiment. Elle s'était attendue à simplement la voir saluer, puis repartir, choquant délicieusement les humains venus la croiser. Elle s'était même attendue à ne pas la voir du tout, à ne rencontrer rien d'autre qu'une femme maladroitement déguisée. Elise s'était attendue à nombre de choses, mais certainement pas à ce qu'elle découvrit lorsque la Lamia -authentique et bien réelle- se présenta enfin à leurs regards. Dans un réflexe aux allures maternelles, elle dissimula des deux mains les yeux des jeunes filles. Les larmes montèrent aux siens quasi immédiatement. La femme enfermée dans une geôle de verre n'avait pas du tout l'air heureuse. Prisonnière des regards et aveuglée par des spots trop lumineux pour elle, la Lamia fixait ses mains avec toute la fatigue du monde perdue sur ses traits. Pire encore : Elise n'entendait d'elle que des notes dévastées par la mélancolie et la peine. Et surtout, ces notes tendaient à devenir muettes. Le spectacle était insoutenable, et le cœur de la muse se comprima dans sa poitrine.

« Sabrina, Éléna, je veux que vous gardiez les yeux fermés. Si vous les ouvrez, je le saurai et dirai tout à Aldrick. C'est compris ? »

Devant le ton décidé et même directif de la muse, les deux sœurs n'osèrent pas rechigner et hochèrent la tête. Alors, Elise se leva, et de la voix la plus forte et la plus calme qu'elle puisse arborer, déclara.

« Ce que vous faites est inadmissible. Relâchez-la. »

C'était sans doute vain, sans doute idiot, et Edward, qu'elle avait entraperçu en arrivant, désapprouverait certainement, mais peu importait. Elle avait besoin de rendre de la vie aux notes si faibles qui s'échappaient de l'âme en peine qui trônait dans sa prison de verre. C'était presque nécessaire, une sorte d'obligation tacite à laquelle elle ne pouvait résiste. Alors, la muse se dit que c'était tant pis.
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June Ravenclose
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Ven 30 Mar - 7:22

La voix forte qui se faisait entendre depuis déjà l'entrée du chapiteau ne laissait aucun doute possible : Dolores Keller était présente et se dirigeait dans cette direction. June répondit chaleureusement aux salutations mais ne put s'empêcher de froncer les sourcils. Ce type de spectacle ? Qu'est-ce que cela voulait dire au juste ? Parce qu'elle ne faisait que chanter et danser, elle n'avait pas le droit d'admirer les acrobaties et autres jeux d'humour ? Ah là là. L'homonculus était bien gentille, mais parfois, il était un peu difficile de suivre sa logique ... June ne pouvait décemment pas lui retourner la question. Elle pouvait parfaitement s'imaginer pourquoi son amie et son assistant se trouvaient ici, même sans les explications ! Tout de même, si elle n'était pas partie sans prévenir, elle aurait pu croire qu'on lui avait attribué un chaperon. Elle tenta plutôt de se concentrer sur le spectacle qui allait débuter. Chose plus facile à dire qu'à faire lorsqu'on est assise à côté d'une grande bavarde, mais bon ...

Le présentateur leur avait promis de leur faire découvrir des choses qu'ils n'avaient encore jamais vu, eh bien, il avait tenu parole. Certes, ces numéros n'avaient peut-être rien d'extraordinaire sur le fond : des clowns, des acrobates, c'était assez classique. Cependant, chacun des artistes savait apporter une touche unique qui était récompensée par des rires et des applaudissements. Plus étonnant encore, c'était leur différence qui faisait leur force et ainsi même les déformations les plus étranges pouvaient devenir belles à leur tour. Ceux qui ne pouvaient pas apprécier un tel tour de force étaient des idiots.

« Je veux voir le tigre ! » s'impatientait malgré tout le petit garçon et June ne pouvait pas lui en vouloir, attendrie.

Fort heureusement pour lui et le reste des spectateurs, lorsque l'homme au bras de fer et ses deux complices disparurent derrière le rideau, ce fut à ce moment que le monsieur Loyal revint pour annoncer que le prochain numéro serait celui de l'incroyable femme serpent.

« Pas trop déçu ? » ne put-elle s'empêcher de glisser, taquine.
« Chuuuut ! »

Elle s'attendait à ce que ce numéro soit comme les autres, plein de légèreté. Rien de tout cela. Derrière le bout de tissu, c'était une véritable cage qui se cachait. Les mouvements hésitants et un peu gauches de la Lamia ne laissaient aucun doute. Elle avait peur. Elle était malheureuse. Un silence de mort s'installa pendant quelques secondes, avant que les exclamations fusent de part et d'autre. Ils ne voyaient que les écailles du reptile. À sa droite, des sanglots bruyants. À sa gauche, un « ooooh » admiratif. Ne sachant pas trop comment réagir elle-même, June se contenta pour le moment de chercher un mouchoir. C'est après coup qu'elle réalisa que la gamine en avait déjà un, froissé entre les mains, offert par l'un de ses parents, sûrement.

« Elle ... Elle est enfermée ... »

Dit comme cela, on pouvait croire qu'elle cherchait à réconforter l'enfant. Son regard ne quittait plus ses mains. C'est tout ce qu'elle pouvait faire pour les empêcher de trembler, de colère ou de tristesse, elle n'en était pas certaine. Elle ne pouvait pas tout simplement crier haut et fort « Docteur, il faut faire quelque chose ! » Pas devant tous ces gens. Elle n'en avait plus le courage après toutes ces années. Peut-être qu'Adam le ferait-il, lui. Enfin, il semblerait que les avis étaient assez partagés dans la salle ... Était-ce ainsi que tous ses amis finiraient, si leur secret était découvert aux yeux de tous ? Non. Edward avait trouvé un moyen de les protéger. N'est-ce pas ... ?

« Pourquoi tout le monde crie d'abord ? Est-ce qu'elle va manger le monsieur ? »

Ah ... Les enfants et leur fameuse curiosité ...
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Dolores Keller
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Lun 2 Avr - 0:38

Afin de conserver toute possible santé mentale du lecteur, l'ensemble des paroles prononcées par Dolores Keller lors des premiers spectacles du cirque ne seront pas retranscrits ici. Sachez toutefois que- « HAHAHAHAHAHAHA ! Mais c'est géniaaaaal ! Adam, nous devrions faire un numéro semblable au cabinet, je suis certaine que cela aura son effet ! Par exemple moi je prends une seringue, vous une paire de ciseaux et- » … Il semblerait que la bavarde en question refuse de se laisser contenir et que sa parole provoque des interférences dans notre discours, nous nous excusons donc pour la gêne occasionnée et « Boooooooooouh homme musclé ! Booooouh ! Tes muscles sont en carton et tes deltoïdes ne sont même pas symétriques ! Fais comme moi petit garçon ! Boooouh ! Booooooouh ! Oui c'est ça ! Tout à l'heure il m'a ri au nez, alors je lui fais comprendre que c'est la dernière chose à faire face au docteur Keller ! Oh ! Oh ! Oh ! Les clowns reviennent ! D-Docteur calmez-vous ! A-rrêtez d'agiter v-vos bras dans tous les sens ! Mais nous sommes ici pour nous amuser Adam ! N'est-ce pas June ? Ah je le savais, ils portent des ballons ! Et je suis persuadée que ce faux monsieur muscles aussi ! Il a été démasqué ! Bravo émissaires de la joie et de la bêtise, votre divine protectrice vous remercie pour votre grandiose intervention ! Ah ! Adam taisez-vous voilà Monsieur Loyal qui revient ! Il était temps je commençais à m'ennuyer un peu… H-Hein ? »

L'homme apparut en effet avec un serpent enroulé autour de ses bras. Il s'amusa quelques minutes avec l'animal, l'exhiba aux yeux incrédules des spectateurs qui ne surent vraiment s'il s'agissait d'une plaisanterie ou non. La petite fille assises près de June cacha son visage, effrayée à la vue du reptile, mais Dolores pencha sa tête pour s'adresser à elle.

« Ne t'inquiète pas petite fille, ce serpent n'est même pas venimeux ! Il est gros c'est vrai, mais ce n'est pas une espèce très farouche. Enfin après je ne m'y connais pas réellement en reptiles je dois l'avouer, la première fois que j'ai vu un lézard il paraîtrait que je l'ai mis dans la bouche. Mon père me l'a retiré rapidement mais il semblerait que depuis je ne ressens aucune crainte face à de telles créatures. Tu devrais essayer de faire la même chose petite, je suis certaine que cela t'aidera à surmonter tes craintes ! Je me demande s'il y a des lézards dans le coin. Je peux t'aider à aller en chercher si tu- D-Docteur regardez ! Hm ? Oh une caisse ! Alors c'est le clou du spectacle ? J'espère que le costume qu'ils ont fait est convainquant, sinon je regretterai vraiment d'être ven…ue. »

Le voile retiré, le corps reptilien de la Lamia s'afficha au grand jour, à la grande surprise générale. Adam se pétrifia, non pas de crainte, car il avait déjà soigné Mme Lacuire au cabinet, ainsi que sa cousine qui était de passage, mais plutôt car il savait parfaitement que la créature qu'il avait devant lui n'était en rien factice. L'infirmier se tourna immédiatement vers Dolores, qui après s'être tue quelques secondes, changea immédiatement de ton et se mit à penser à voix basse.

« D-Docteur. C-Ce n'est pas un déguisement, n'est-ce p-pas ? I-Incroyable… À en juger par la circonférence de son bassin, elle me semble être encore relativement jeune, je dirais même pas encore parfaitement adulte. Sa partie humaine est bien développée mais les articulations de ses épaules et de ses bras me paraissent encore faibles vus d'ici. Il faudrait que je me rapproche pour m'en assurer. La constitution de son crâne me semble parfaitement aboutie, sa mâchoire a l'air parfaitement développée, pourtant regardez ses joues, elles sont encore creuses. On distingue très légèrement ses clavicules, mais elles m'ont l'air plus rapprochées que la norme, son corps ne s'est donc pas entièrement développé, comme je le pensais. Ce n'est pas étonnant, les Lamia ont un corps qui grandit plus lentement que l'espèce humaine ou mêmes les centaures, c'est pour suivre le rythme des mues que la partie supérieure possède un métabolisme aussi lent. Ses écailles sont très sombres… C'est en général le signe d'un manque d'activité ou d'une mauvaise alimentation. Les muscles de sa queue ont l'air vigoureux bien qu'un peu fins, cela ne m'étonnerait pas qu'elle passe beaucoup de temps dans cette boîte et dans un environnement sombre. Les Lamia ont besoin de lumière et de chaleur pour se développer correctement. Voyez la jonction entre sa partie reptilienne et humaine ? Il y a quelques traces, comme des cicatrices, signe que les premières mues ont été douloureuses. V-Vous croyez qu'elle a été retenue longtemps ? Je ne sais pas, à cette distance je ne peux rien affirmer, mais il est clair qu'elle n'a pas grandi dans un environnement adéquat pour son développement. Elle est manifestement en sous-nutrition, vous avez vu sa colonne vertébrale comme elle est visible ? Les écailles la suivent un peu mais de manière inégale, je crains qu'elle n'ait pas pu étendre l'ensemble de son corps provoquant un léger tassement des vertèbres. Ou bien je me trompe et c'est une malformation ? Il faudrait que je l'ausculte, son état est alarmant. »

Les yeux de Dolores s'écarquillèrent alors et se dirigèrent vers Edward, peinant visiblement à tenir en place.

« C'est pour ça qu'il est là, et cet homme doit être un membre de la Curia Cet endroit où il refuse que vous vous rendiez ? Oui, mais après ça, je pense qu'il n'aura plus trop le choix. Je ne peux pas laisser passer un tel spécimen, elle est aussi splendide qu'elle semble souffrir, je n'ai jamais vu de Lamia possédant un tel type d'écailles. Pensez-vous qu'il s'agit du fruit de la détention, ou d'un gêne héréditaire ? Et comment cet homme a-t-il pu mettre la main sur cette pauvre enfant, les Lamia sont d'ordinaire très agiles et quasiment impossibles à capturer du fait de la souplesse de leur corps. Le fait qu'elle ait grandi dans de terribles conditions me semble de plus en plus probable, autrement une femme-serpent à peine capturée aurait déjà pu briser cette prison avec la force de sa queue. Cela m'est difficile à reconnaître, mais je ne sais quoi penser face à cela. Docteur, il faut faire quelque chose ! Je crains que nous ne soyons impuissants June pour le moment. Et il semblerait que d'autres personnes ont déjà une longueur d'avance sur nous. Ce qui m'intrigue est la raison pour laquelle ils attendent d'agir. Peut-être pour le prendre sur le fait ? Enfin, de là à risquer de propager la vision d'une lamia à un large public d'humains. Maman, j'ai peur, c'est un monstre ! »

La voix de la petite fille tira Dolores hors de sa réflexion, la faisant se pencher de nouveau pour s'adresser à elle, un sourire naturel sur son visage.

« Petite, il ne faut pas dire ça ! Regarde-la, cette dame, tu n'as pas le sentiment que c'est elle qui a peur de toi ? Mais moi je fais pas peur ! Vraiment ? Et as-tu déjà pensé à ce que pouvaient penser les insectes en te voyant ? Ou les animaux ? N'as-tu jamais vu un chat s'enfuir en te voyant ? Beaucoup de gens ont peur de toi sans que tu ne le saches, c'est pourquoi tu dois montrer que tu es intelligente et gentille, et qu'il n'y a aucune raison pour que qui que ce soit te craigne. Moi je suis sûre que cette dame serpent est très gentille et qu'elle aime… disons… les peluches ! Tu aimes les peluches? Oui même que j'ai un crocrodile ! Oh ! J'adorerais le voir ! Et je pense qu'elle aussi aimerait, et qu'elle a plein de jolies peluches à te montrer ! Moi j'ai pas peur ! Je la trouve trop chouette ! Je suis sûr qu'elle va manger le monsieur ! Oh non, cela m'étonnerait. Vois-tu, cette dame serpent m'a l'air bien plus civilisée que ce gros idiot que tu vois là. Elle n'irait pas manger des gens comme lui Comme si c'était un légume ? Parfaitement ! Un gros brocoli ! Maintenant les enfants, il faut que nous encouragions la dame serpent, mais on ne peut pas crier haut et fort, sinon les gens vont nous disputer ! Alors ce que vous devez faire, c'est lui sourire, mais pas pour se moquer hein ! Il faut qu'elle comprenne qu'on peut l'aider et qu'on l'aime, d'accord ? D-Docteur, là-bas, près de Monsieur Edward, ce n-n'est pas… Oh mais si ! C'est la petite Rose-Lise ! Que fait-elle là ? Elle a l'air captivée par la Lamia, espérons qu'il ne lui vienne pas en tête d'idée saugrenue. Adam, June toi aussi, pour le moment nous ne pouvons rien faire de concret, mais il faut se tenir prêt si jamais l'occasion se présente. Si on nous demande qui nous sommes, je suis le terrible docteur Kellerstein, Adam tu es Brotopuidapopidou, ou plutôt Glugluk c'est mieux, et toi June tu seras Lady Dentelle-Dentelle, je trouve que cela te va bien ! Vous les enfants, vous serez les Vers de terre Cosmiques ! Maintenant, espérons que nous n'aurons pas à employer nos identités secrètes… »

Le petit garçon et la petite fille fixèrent la lamia des yeux, l'une emprunte de crainte, l'autre d'excitation. Sans doute leur mémoire s'occupera d'effacer cette vision vingt ans plus tard, mais Dolores se refusait à l'idée de les laisser en garder une mauvaise opinion. Le regard écœuré d'autres membres du public suffisait à lui faire comprendre que la tâche sera loin d'être aisée.

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Edward White
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Jeu 5 Avr - 21:52

Ce que vous faites est inadmissible. Relâchez-la.

Relâchez-la ou je vous étripe. Relâchez-la ou je vous enferme à sa place et je vous laisse cuire sous la chaleur de ces lampes. Relâchez-la ou je vous arrache les dents une par une pour vous priver de cet insupportable sourire de crevure. Relâchez-la. Relâchez-la. Relâchez-la !

Jeune fille, je comprends que vous ayez été bouleversée par la vue de notre chère Lamia et de son impressionnant dispositif de démonstration !
White…
Mais soyez rassurée, cette magnifique bizarrerie n’est en rien captive de notre cirque, bien au contraire ! Nous assurons sa survie dans nos terres froides d'Europe.
White, vous m'écoutez ?
Il faut dire que la sublime créature a le sang aussi froid que sa petite sœur Euryale et les éclairages que nous avons installés servent à maintenir la température de son corps lors de la représentation.
Bon sang White…
Nous prenons soin d'elle, ainsi que de tous nos artistes d'ailleurs !
Edward !

Un filet de sang coula le long de son index crispé, dont il lacérait l’articulation de ses crocs. Olek lui attrapa le poignet et écarta vigoureusement sa main blessée, attirant par la même occasion l’attention du loup. Leurs regards se croisèrent et la bête sentit le colosse frissonner d’effroi, pour aussitôt se reprendre. Sa poigne se raffermit autour du bras d’Edward et ce fut d’un ton ferme, mais parfaitement calme qu’il ordonna :

Reprenez-vous mon garçon. Vous ne l’aiderez pas comme ça.

La cruelle vérité s’imprima en une grimace douloureuse sur les traits du lycanthrope. Plus par dégoût que par colère, il se libéra de l’étreinte d’un mouvement vif et manqua de peu d’éborgner son voisin de gauche. L’homme pesta avec une discrétion hypocrite qui lui aurait certainement valu un long séjour aux urgences sans le retour des clowns.
À leur vue, le corps tout entier d’Edward se figea d’angoisse. Ses iris se clouèrent sur la piste et supprimèrent le reste du monde de son champs de vision, tandis que son cœur montait dans les tours aussi vite que son pied battait la mesure. Il porta nerveusement sa main gauche à ses lèvres, attendant dans l’aversion la plus total, le moment où l’on commencerait à rire d’une prisonnière.

Les deux pitres firent soigneusement durer le suspense. Une torture.

Entrés avec la même impatience que lors de leur première apparition, ils s’étaient arrêtés à proximité de M. Loyal qui débattait avec le public de vérités plus ou moins arrangées autour du mythe de la Lamia. Il fit mine de ne pas avoir remarqué les comiques qui s’agitaient autour de lui depuis une bonne minute, poursuivant avec l’aisance des hommes de spectacle :

C’est une créature tout à fait exceptionnelle, mais il ne faut pas en avoir peur ! Nous l’avons parfaitement dress–

Le doigt du Pierrot appuya lentement, mais sûrement sur la joue du chef de cérémonie. Léger rire dans la salle. M. Loyal s’écarta après avoir balayé la gêne comme un moustique, il souriait. Les pitres lui emboîtèrent le pas.

Je disais donc qu’elle est toute à fait doci–

L’Auguste cette fois, imita son comparse. Le présentateur le chassa d’un revers de main, mais le clown blanc en profita et appuya à de multiples reprises sur son visage. Rires à nouveau. Le maître de la piste parut agacé, mais il éloigna le duo et put reprendre, toujours souriant :

Tant que l’on respecte certaines règles de sécurité, il n’y a absolument rien à craindre. Par exemple les bruits stridents la rendent nerveuse et elle pourrait attaquer.

Retour des pitres. Edward se redressa, aux aguets.

Sa puissante queue vous étrang–

Le plus grand poussa légèrement M. Loyal. Son chapeau chuta et cette fois-ci, l’homme s’agaça. Les rires revinrent, mais plus faibles et plus éparses. Le Pierrot se glissa dans le dos de M. Loyal, pendant qu’il houspillait son comparse et, à son tour, le bouscula avec force. Le maître de cérémonie faillit perdre l’équilibre et ne resta debout qu’au prix de trois grands pas malhabiles. Il se redressa, aussi rouge de colère que sa veste, fit volte-face et leva un index accusateur vers le clown blanc. Dans son dos, l’Auguste tira un long mouchoir de sa manche. Il fit semblant de s’essuyer les yeux puis, précédant le premier mot de Loyal, le bâillonna brusquement. Les sons étouffés des exclamations du directeur n’obtinrent que deux applaudissements incertains, ainsi qu’une vague de murmures tourmentés.

Vous croyez que c’est no…
Non.

Coincé dans les bras de l’Auguste, M. Loyal semblait perdu. Le Pierrot s’avança vers lui et le taquina en faisant mine de prendre son nez. Personne ne rit. Silence de mort sous le chapiteau. Le clown blanc n’y fit pas attention et tourna sur lui-même, s’arrêtant lorsque, surpris, il découvrit dans sa manche le bout d’une corde. Il le confia aux mains tremblantes du présentateur silencieux et commença à dévider l’interminable cordage, l’enroulant, au fur et à mesure, autour de lui. La scène s’acheva par un nœud coquet, mais terriblement solide qui saucissonnait définitivement M. Loyal. La terreur qui transpirait de ses traits se propagea à l’ensemble des gradins. La foule s’agita, mais fut aussitôt arrêtée par le timbre clair et féminin qui s’éleva :

Du calme. Le numéro n'est pas terminé vous devriez rester assis.

Plus un geste. Tout le monde conserva sa place. Les murmures cessèrent et malgré la tension toujours croissante sur la piste, une étrange quiétude s’installa au sein des gradins.

Olek…
Qu’est-ce que c’est qu’ça ? Je ne peux pas me lever.
J’ai l’impression que personne ne le peut.
Et vous ne hurlez pas ?
Non… C’est étrange, mais je n’en ai pas envie.
C’est forcément elle. Ce qu’elle a dit.
À quoi vous pensez ?
À une–
Siren. C’est mon nom. Et voici Gigante.

Débarrassées de leur costumes de clowns, deux femmes se tenaient sur scène. La plus grande, à la musculature de Goliath, avait accroché M. Loyal à l’un des cerceaux aériens de Nyx et, à la seule force de ses bras, le hissa à deux bons mètres du sol. L’homme s’agita comme un beau diable pour se libérer, mais sans succès. Ses efforts se soldèrent par un mouvement de rotation d’une lenteur ridicule, qui permit à l’ensemble du chapiteau d’admirer sa silhouette de verre de terre hameçonné. Son regard implorant pour Siren n’y changea rien. Bien au contraire.
Du bout des doigts la petite blonde s’amusa à donner un mouvement de balancier au pauvre maître de cérémonie, ajoutant alors qu’il s’époumonnait derrière son bâillon :

Mesdames et messieurs, le numéro qui s’annonce est malheureusement le dernier de cette représentation. Mais rassurez-vous, personne ne viendra le déranger, nous nous en sommes assurés.

M. Loyal lança un coup d’œil suppliant à l’entrée des artistes qui resta désespérément déserte. Une longue minute s’écoula encore avant qu’il se résigne. Baissant la tête, il se laissa baloter de droite à gauche sans autre protestation que les sanglots refoulés qui soulevaient ses épaules. Siren sourit et reprit d’un ample et gracieux mouvement de bras :

Le clou de ce spectacle est unique en son genre. Il sera exécuté ici, sur cette piste, pour la première fois dans le monde.

Gigante longea calmement la piste et récupéra l’une des barres en métal oubliée dans un coin par l’homme fort. Elle la redressa comme s’il s’agissait d’un vulgaire morceau d’argile, mais le son sec que fit la tige en heurtant le sol ne laissa aucun doute sur sa dureté. Alors elle revint sur ses pas, traînant derrière elle sa trouvaille. Elle s’arrêta à hauteur de la cage de verre. Son occupante se blottit dans l’espace opposé. Siren poursuivit :

Le nom de ce numéro ?

Gigante souleva sa masse. La Lamia se recroquevilla.

Libérer les monstres !

Le vivarium explosa sous le choc.
-----------✧❯❮✧-----------✧❯❮✧-----------✧❯❮✧-----------



Annonce de M. Loyal



Vous voici coincés à votre place, comme tous les autres spectateurs. Vous ne paniquez pas. Vous pouvez parler et bouger librement, mais une force incompréhensible vous empêche de quitter votre place. Impossible donc de sortir du chapiteau pendant cette manche.

Vous assistez à la spectaculaire libération de la Lamia. Mais avez-vous compris que c'est à Siren que vous devez votre état ? Et que penser des agissements des deux femmes ?

Enfin, voici pour quelques participants, des obligations plus précises découlant directement de vos posts :

  • June : Tu remarques que la personne assise devant toi porte une arme sous sa veste. À première vue, il semblerait que ce soit un révolver.

  • Élise : Malheureusement pour toi Sabrina et Éléna tiennent de leur frère et elles ne t'ont pas écouté. Elles ont assisté à toute la scène.










Vous posterez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au vendredi 20 avril (au soir) pour participer à cette troisième partie !


Vous pouvez toujours nous joindre par MP pour la moindre question ! Nous répondrons au plus vite, comme d'habitude ~

Retardataires ? Vous êtes les bienvenus tant que vous prenez en compte les éléments précédents.
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Dernière édition par Edward White le Sam 21 Avr - 21:09, édité 1 fois
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June Ravenclose
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Sam 21 Avr - 0:03

Le cœur battant, June écouta malgré tout ce que son amie avait à dire. Ses émotions instables ne lui laissaient pas toujours le meilleur des jugements, après tout. Elle était tout de même plutôt surprise : en quelques minutes seulement, Dolores avait réussi à rallier les enfants à sa cause. Tout de même … June ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel à propos de toute cette histoire d’identité secrète. Cela n’empêcherait pas quelqu’un de se souvenir de leur apparence. En plus, n’était-ce pas bien plus suspect de chercher à cacher des informations ?

Il était temps de relever la tête et de partager son opinion. Les rires de la salle attirèrent toutefois à nouveau son attention vers la scène. Un spectacle étrange l’y attendait : alors que Monsieur Loyal tentait de présenter la femme-serpent, il était pourchassé et interrompu par les deux clowns. Lorsque ceux-ci devinrent plus agressifs, au point de le bousculer et le bâillonner, même de le suspendre dans les airs alors qu’il était clairement terrifié, June porta sa main à sa bouche, retenant à peine une plainte d’horreur. Certes, cet homme était cruel d’avoir enfermé ainsi une créature qui n’avait pas l’air particulièrement mauvaise, même si c’était le résultat de sa captivité. Mais cela n’excusait pas le fait de le torturer et de l’humilier de la sorte. June n’avait peut-être pas le courage d’Elise, qui réclamait qu’on relâche la Lamia, mais elle faillit bien se lever de son siège malgré les recommandations de Dolores. Pour faire quoi, elle n’en était pas certaine. De toute façon, elle était parfaitement incapable de le faire.

« Que se passe-t-il ? »

La panique en son cœur s’était aussi calmée au même moment, mais c’était loin de la soulager, pour une fois. Ce phénomène était trop étrange et trop soudain pour être naturel. Toute la salle s’était tue. Au vu des circonstances, cela ne faisait que confirmer ses doutes. June jeta des regards à gauche et à droite, n’arrivant pas à comprendre. L’homme qui était assis en face d’elle semblait particulièrement agité, même s’il restait lui aussi sur son siège. Pourquoi son visage lui était-il familier ? N'était-ce pas lui qui l'avait bousculé tout à l'heure ? C’est à ce moment qu’il passa la main sous sa veste, sa poigne se refermant sur … un revolver.

Bonté divine. Son cœur rata un battement. Le peu de couleurs qu’il lui restait s’envola. Ses cheveux lui collaient au front, couvert de sueur, mais elle n’osait pas bouger et aucun son ne quittait ses lèvres. Sans le calme qu’il leur avait été imposé, elle aurait sans doute été victime d’une violente crise d’hystérie. Une part d’elle ne souhaitait que rentrer et se rouler en boule sous sa couette. D’ailleurs, elle ne quitterait probablement pas sa chambre pour quelques jours, une fois que cette journée serait finie. Mais une autre part hurlait dans son crâne qu’il fallait agir, sinon au moins prévenir les autres du danger. Pourtant, elle n'arrivait pas à trouver la volonté de hurler. Peut-être était-ce mieux ainsi. En attirant l'attention, cela ne le pousserait-il pas à passer à l'acte ? Peut-être même serait-elle la première visée par sa hargne, ou les enfants. Les mots sur ce bout de papier froissé lui revinrent alors tout à coup en mémoire. Et maintenant que le vivarium venait d’être brisé … Ces gens ne se voyaient-ils pas justifiés ? Peu importe au final que la menace soit bien réelle ou pas.

« Attention. » lâcha-t-elle enfin, d'une voix trop aigue, étranglée et déformée par l’émotion, espérant juste être assez près de la scène pour qu’on l’entende. Elle plaqua ensuite ses mains contre ses paupières. Si la Lamia était blessée, ou pire ... Elle ne voulait pas voir ça.

Le coup de feu retentit dans l’air, la seconde suivante.
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Dolores Keller
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Dim 22 Avr - 22:36

« C'est comme si mes fesses n'étaient plus d'accord entre elles ! Regardez je peux lever la gauche, et la droite aussi, mais les deux en même temps se révèle extrêmement compliqué, comme si mon cerveau refusait de quitter ma place ! Essayez Adam vous verrez ! Peut-être que si je me penchais en arrière… Oups ! Oh excusez-moi madame. C'est tout à fait fascinant, il faudrait que j'apprenne ce tour pour vous clouer sur place lorsque vous vous affolez au cabinet Adam, cela vous épargnerait beaucoup de problèmes. Vous n'êtes pas d'accord Rose-Lise ? Qu'est-ce que vous faites au juste ? »

La petite journaliste avait rejoint Dolores et Adam peu avant l'intervention de Siren, elle s'était faufilée parmi le public pour arriver jusqu'à eux sans se faire trop remarquer. À peine s'était-elle installée à côté de la doctoresse qu'elle s'était retrouvée fixée à son siège, tout comme l'ensemble des personnes présentes sous le chapiteau. Cependant elle s'était rendue compte qu'elle avait laissé tomber son calepin sous son siège, mais du fait de sa difficulté à le quitter, elle tentait d'user de sa souplesse inexistante pour le récupérer sans se lever de sa place.

« J'y suis presque… Racontez-moi ce qu'il se passe docteur Keller s'il vous plaît, je ne veux rien manquer ! Vous ressemblez à une autruche avec une telle position. Ce qu'il se passe, et bien elles parlent et tournent autour du vivarium tandis que ce cher Monsieur Loyal gesticule comme il sait si bien le faire. D-Docteur, pensez-vous que c-cela est normal ? J'en doute, sauf si le scénario est très bon ! Mais encore une fois nous ne pouvons rien faire si ce n'est observer et réfléchir. Une chance que ce soit ce que je fais le mieux ! Regardez comme les Vers de terre cosmiques sont concentrés, nous devrions faire de même pour saisir le moment opportun. J'y pense, Rose-Lise je ne vous ai pas donné votre nom de super héroïne, que préférez vous ? Globulina ? Trop classique. Extranglushdraaaah sinon, avec quatre a. Cela risque d'être difficile à utiliser aux moments importants. Ah ! Popotte ! Je trouve que cela vous va bien, mademoiselle Popotte, papotte, popotte, potty potta, tralala, oui j'aime bien ! Voilà je l'ai ! Ah ! Non mes lunettes ! Vous n'auriez pas dû vous lever aussi vite, je vous avais dit que vos lunettes étaient trop grandes pour vous ! Monsieur, excusez-moi, pouvez vous ramasser les lunettes de mon amie qui sont à vos pieds ? Pourquoi me regardez-vous avec des yeux aussi écarquillés ? Mon visage a-t-il une aussi forte- »

La phrase de la doctoresse ne put être entendue, recouverte par le fracas que produisit l'explosion du vivarium. Dolores tourna les yeux et aperçut une multitude de morceaux de verre voler au milieu de la scène avant de retomber dans un profond silence… rapidement balayé par la vague de panique qui gagna l'assemblée.

« Quoi !? Qu'est-ce que c'était ? J'ai raté quelque chose ? Ce n'est rien Pottypopottapopatty, la grande dame vient juste de briser le vivarium. Tout le monde commence à-à paniquer Docteur ! Ils ne peuvent de toute manière pas se lever, nous ne risquons pas de mouvement de foule comme ça. Si jamais nous finissons par pouvoir quitter notre place, Adam, Rose-Lise, et vous aussi les Vers de terre cosmique, surtout restez immobiles et attendez que les gens sortent, d'accord ? Toi aussi June, ne va pas te faire emporter non plus et reste près de moi ! June ? Tu es toute pâle, qu'est-ce que tu as ? Merci beaucoup madame. Docteur ! J'ai récupéré mes lunettes et… Oh le vivarium est détruit, vous aviez raison ! Je n-n'y comprends plus rien. Q-Qu'est-ce qu'on fait là… Il faudrait que je fasse un croquis mais… Ah mon crayon, où est mon crayon ? Mademoiselle, cela ne sert à rien de pleurer, il faut rester calme, regardez ces enfants, ils gardent très bien leur sang-froid ! Oh non je ne voulais pas le perdre… Moi je reste calme cher monsieur car crier comme vous le faites ne nous avancera à rien, d'autant plus que je peux crier bien plus fort que vous si je le souhaite ! Ah le voilà, ouf ! Oh avec tout ce monde qui bouge, je n'arrive pas à bien voir… Pensez-vous qu'elles v-vont nous faire du mal ? J'en doute, autrement elles l'auraient déjà fait. Cette géa… grande femme est très impressionnante, vous ne trouvez pas Rose-Lise ? Ce monsieur, il tient un pistolet non ? »

Ces quelques mots furent à peine prononcés par la journaliste que le coup de feu retentit, prenant l'ensemble de l'assistance par surprise. Étourdie, Dolores eut le réflexe de tirer June contre elle tandis qu'Adam et Rose-Lise sursautèrent ensemble, cette dernière lâchant son carnet par inadvertance. Toutefois le récupérer n'était plus vraiment la première de ses préoccupations désormais.

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Lewis Carroll [PNJ]
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Mer 25 Avr - 23:18

Il suffit d'un instant pour que tout bascule. Le vivarium en miettes inonda la piste de ses éclats de verre et de son sable brun. Deux bras solides furent tendus à l'intérieur. Il n'y eut qu'une seconde de flottement avant que des mains fines et pâles ne trouvent refuge au creux des paumes énormes de Gigante. La tremblante Lamia se laissa guider hors de sa prison et le chapiteau tout entier retint son souffle lorsque sa longue et sinueuse queue reptilienne se déroula enfin sur le sol du cirque.

Et la liberté fut accueillie par le sang.

L'alerte fut donnée trop tard et le coup de feu déchira le silence. Un second cri, de douleur cette fois et une brusque teinte rouge. La peau de nacre de la belle femme-serpent disparut sous un carmin horrible qui s'étendit jusqu'au sol en d'innombrables tâches. Elle s'effondra dans les bras de Gigante et Siren hurla :

Assassin ! Ôtez-vous la vie au lieu de prendre celle des nôtres !

Alors éclata le chaos. L'ordre mit fin à l'immobilisme des présents et en une fraction de seconde, les gradins se transformèrent en une fourmilière bruyante et instable. Place fut faîte autour du tireur dont la main tremblante, poussée par une force effroyable, appliquait le canon de son arme contre sa propre tempe. Son corps tout entier se déformait sous la terreur. Ses veines et ses muscles saillants trahissaient la lutte terrible que sa chaire menait contre son esprit. Il pleurait, mais ses lèvres grimaçantes trouvèrent la force d'articuler :

Sorcière ! Qu'est-ce que tu m'as fait ?!

Son doigt appuya sur la détente.

D'un même mouvement, la foule se recroquevilla au son sec que fit la détonation. Mais pas de sang et pas de mort. À la place, un simple trou dans la toile colorée du chapiteau. L'arme fumait encore près du visage du tireur dont les jambes se dérobèrent. Son sauveur le rejoignit, lui arracha l'arme des mains et le menotta. C'était un Sylphe, un membre expérimenté de la Curia. Il avait réussi à dévier le tir d'une lame d'air. Un miracle.

White ! Hurla Olek.

Il tendit la main trop tard et Edward lui échappa. Il le vit s'élancer par-dessus les rangs des gradins, puis gagner la piste. Évidemment il ne s'y arrêta pas, et après une dizaine de mètres supplémentaires avalés, il disparut dans l'entrée des artistes. Quelques minutes plus tôt, Siren, Gigante et la Lamia s'y engouffraient également. Un profond soupir souleva l'imposante stature du colosse qui grinça :

Peter va m'tuer…

Mais l'urgence était ailleurs. Depuis cinq bonnes minutes, le chapiteau crachait son lot d'humains en panique. Tous venaient d'assister à l’inexplicable et à autre chose. Une chose qu'ils n'auraient jamais dû voir. Il fallait endiguer l’hémorragie et son équipe entraînée l'avait bien compris.
En une fraction de seconde, une jeune femme se matérialisa aux côtés d'Olek et un homme accourut aux pieds des gradins. Isobelle, une chimère à la crinière rousse et au visage mangé de tâches de rousseur rompit le garde-à-vous, tandis que son collègue à la barbe impeccable informait :

Joran s'occupe du tireur. Il nous rejoint dès qu'il peut.
Qu'il fasse vite, reprit fermement Olek. On va avoir besoin d'tout le monde pour endiguer ce massacre. Iso, tu vas avertir nos hommes à l'extérieur de bloquer le plus vite possible les entrées et sorties du parvis. Vanda sait ce qu'il faut faire. Ensuite tu reviens ici.
J'y vais ! Lâcha-t-elle en prenant la forme d'un rapide faucon.
Scotty, tu t'occupes de l'entrée principale du chapiteau. J'veux pas un humain qui sorte de c'cirque sans avoir reçu de la Brume. Même les mômes ! Personne doit savoir qu'un des nôtres s'en est pris à eux.
Compris !
Et tu me notes les légendaires. Ces filles avaient forcément des complices. Que Jo' te file un coup de main dès qu'il en a terminé. Je m'occupe de Loyal.
À vos ordres !

Ils se séparèrent sans remarquer les deux hommes non loin. Leur présence avait été masquée par l'un des piliers de soutien du chapiteau, mais c'était l'inexplicable comportement de l'un d'eux qui les avait conduit à tenir leur place. Ils échangèrent un regard silencieux, puis le plus jeune des deux murmura :

Soit Armand, je renonce à poursuivre cette Lamia à l'unique condition que nous sortions tous deux d'ici sans rien oublier de ce qui s'y est passé aujourd'hui.
Vous pensez qu'ils pourraient…
Évidemment ! Reprit Jules. Vous avez bien vu cette femme qui nous a empêché de nous lever.
Et comment elle a failli tuer. Tuer d'une manière si lâche, si infâme !
Baissez d'un ton mon ami, reprit l’antiquaire. Et elle a agi suite à un choc. Cette pauvre enfant… Et tout ce sang… Dieu faîtes que cette sublime créature soit toujours en vie.
Êtes-vous fou ? Qui sait ce que ce…cette anomalie nous aurait fait sans l'intervention de cet homme.
Quoi ? Remettez vous. L'émotion vous fait dire des sornettes. Et puis il y a plus urgent. Nous devons sortir d'ici.

Armand acquiesça. Deux minutes supplémentaires leur furent nécessaires pour arrêter leur plan. Ils profiteraient de l'espace entre les gradins pour se faufiler jusqu'à la toile de la tente et s'échapperaient passant dessous. Sitôt décidé, leur dessein fut mis à exécution. Ils disparaissaient entre les lames de bois lorsque la voix de Scotty annonça :

Mesdames et messieurs s'il vous plaît ! Agent Smith police.

Il leva une plaque, celle de la Curia, mais pour n'importe quel humain elle avait l'allure d'une authentique décoration de police. Il reprit avec la même assurance :

La situation est sous contrôle, je vous demande de garder votre calme. Rangez-vous sur la droite. Nous allons prendre vos noms et prénoms afin de vous recontacter si besoin pour l'enquête. À l'extérieur, lorsque vous quitterez le parvis, nos collègues rembourserons les entrées de ceux qui le souhaitent, à la condition que vous passiez les voir. Oui madame, attendez ici s'il vous plait mon collègue va vous aider.

Isobelle venait de le rejoindre, mais cette fois-ci sous l'apparence d'un jeune agent de police en uniforme. Elle prit sous son aile la vieille femme qui avait perdu son petit fils dans la foule. Puis ce fut au tour de Joran de les retrouver. Il se posta avec Scott à l'entrée du chapiteau, ne laissèrent personne sortir sans un haut et clair « Merci ». C'était le terme qui avait été choisi pour la mission, au cas où. Au cas où un sérieux dérapage les oblige à altérer la mémoire d'une foule. C'était le « Merci » de : « Merci d'oublier ce que vous avez vu. »

-----------✧❯❮✧-----------✧❯❮✧-----------✧❯❮✧-----------



Annonce de M. Loyal



L'ordre de Siren rompu, vous êtes à nouveau libres de vos mouvements. Mais après les deux coups de feu, c'est la panique qui s'est emparée des lieux. Les plus proches de l'entrée ont réussi à sortir, d'autres sont encore sous le chapiteau au moment où les agents de la Curia, referment le passage. Leur présence a ramené un peu de calme, mais il semble à présent impossible de sortir sans passer à leur proximité.

Prenez-vous bien la mesure de ce que cela implique pour vous et ceux qui vous accompagnent ?

Note : La Brume est utilisée depuis longtemps par la Curia. C’est un procédé pouvant prendre de très nombreuses formes qui permet d’altérer la mémoire. Elle est utilisée dans des cas extrêmes lorsque la sécurité des légendaires peut-être compromise. Elle permet de modifier les souvenirs des humains afin d’en estomper l’impact ou la présence d’éléments magiques. La Brume a des degrés d’efficacité différents en fonction de si l’humain croit ou non en l’existence des Légendaires.







Vous posterez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au vendredi 11 mai (au soir) pour participer à cette dernière partie !


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N'hésitez pas à répondre même si vous avez raté la manche précédente ! Et un grand merci pour votre participation !
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June Ravenclose
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Sam 5 Mai - 15:23

Trop tard. Ils avaient tous réagis trop tard. La peur avait gagné cette manche. C'est ma faute. En partie seulement. Elle se répétait ces mots et ce n'était qu'ainsi que la culpabilité finirait par s'estomper. June garda les yeux fermés pendant que les cris se répandaient, entre la foule, la Lamia, puis Siren et tout à coup ... Tout à coup, les choses dégénéraient plus encore. On réclamait vengeance, sang pour sang. Les hurlements de l'homme percèrent le silence.

Sorcière. Ce mot résonnait comme en écho aux oreilles de June qui ouvrit les paupières à nouveau. Les traits tirés, le teint crayeux, elle devait faire peur à voir. D'accord, c'était ce nom qu'ils lui avaient choisi pour qu'elle puisse demeurer au cabaret. Mais jamais il n'avait été prononcé avec autant de haine. Elle avait l'impression d'être ramenée des années en arrière, dans ce village d'où on l'avait chassée. Et puis tout ce sang ... La tête lui tournait. L'espace d'une seconde, elle eut peur de perdre connaissance. Heureusement, elle était déjà appuyée contre Dolores. Il faut dire que tout le monde avait été assez secoué par les événements. Et après, on faisait mine de ne pas comprendre pourquoi elle n'aimait pas « profiter de la ville » ...

La scène suivante se déroula comme au ralentit sous ses yeux : la bouche du canon collée contre la tête de l'assassin, le coup de feu retentit et ... rata sa cible. Elle aurait dû ressentir du soulagement, sans doute. Assez de sang avait été versé. Paris n'avait pas besoin d'un spectre aussi venimeux. Pourtant, elle ne ressentait rien. Dans son cœur, il ne restait qu'un trou béant. Il lui restait trop de séquelles de cette époque lointaine pour qu'elle puisse pardonner des gens pareils.

Elle jeta un coup d'œil à la foule agitée. Ils en auraient encore un long moment à attendre avant de pouvoir sortir d'ici. Inutile de s'y entasser tout de suite. Des visages familiers s'y trouvaient : Elise, Narcisse, Rita ... Elle aurait voulu leur adresser un sourire plein de réconfort, mais ... Un goût amer lui restait coincé au fond de la gorge. La réalité venait de la rattraper de plein fouet. S'ils découvraient la vérité ... Sauraient-ils éprouver autre chose que du mépris à son égard ? Encore une fois, les humains prouvaient qu'ils n'étaient pas dignes de confiance quant aux légendaires et tout le surnaturel, elle-même ne le savait que trop bien. À cette pensée, elle fut éprise d'un grand frisson, refermant ses bras sur elle-même, n'écoutant que d'une oreille les bavardages de Dolores, Adam et Rose-Lise. Son regard tomba plutôt sur la fillette en pleurs et le garçon qui avait la mine grave. Combien étaient-ils aujourd'hui qui repartaient avec des visages semblables ?

« Devrions-nous tenter de retrouver leurs parents ... ? »

Ne serait-ce pas bien plus facile de laisser faire les forces de l'ordre ? C'était leur travail après tout, et parmi tout ce chaos, bonne chance quoi. Elle était peut-être égoïste. Mais elle ne souhaitait qu'une chose, rentrer pour pouvoir laisser cette journée derrière elle à jamais, et elle était sûre qu'elle n'était pas la seule à penser ainsi. De plus, elle était un peu inquiète. Il y avait sûrement des hommes de main de la Curia parmi la foule, avec toute cette publicité entourant la femme serpent. Allaient-ils la griller toute seule ? Plus longtemps île s'attardaient ici et plus les risques étaient élevés. Alors pour le moment, elle se laisserait guider. En l'état des choses, elle n'était pas en état de prendre des décisions pareilles. Dolores saurait quoi faire, elle trouvait toujours des solutions !

« Je suis un peu fatiguée, c'est tout, pardon. » laissa-t-elle finalement tomber dans un mini soupir, sentant des regards insistants vers son visage pâle et en guise d'excuse pour ne pas participer activement à la discussion. Elle avait la tête ailleurs, elle était encore sous le choc.
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Narcisse Williams
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Ven 18 Mai - 0:42

Panique, paranoïa, terreur. Narcisse cultivait ses névroses depuis bien des années, nuit et jour, passager clandestin d'un navire sans capitaine. Ces émotions étaient devenues ses compagnes perpétuelles ; il les connaissait peut-être même mieux qu'il ne se connaissait lui-même. Il percevait les signaux qu'elles lui adressaient, savait les déceler dans les tressauts de son cœur, pouvait même prédire lorsqu'une situation allait les provoquer. Alors, quand il se trouva figé sur sa chaise, incapable de bouger, le jeune homme se prépara. L'angoisse viendrait d'abord, embrumant son esprit de souvenirs qu'il rejetait, arrachant son cœur à coups de pensées nocives, puis les tremblements s'empareraient de ses mains. Il allait falloir qu'il respire. Qu'il se concentre. Qu'il se calme.

Mais rien ne se produisit.

Il ne ressentait rien. Pas de panique, pas de peur, pas même un filet d'appréhension. On eut dit que ses sentiments étaient bloqués, qu'il était coincé dans une bulle où rien ne pouvait l'atteindre. Pour être honnête, Narcisse ne savait pas ce qu'il préférait. Une part de lui ne pouvait s'empêcher d'être dérangée, inquiétée même par le calme surnaturel qui habitait son corps. Ce n'était pas normal. Quelque chose se produisait, quelque chose de bien plus fort que lui et contre laquelle il ne pouvait rien.

Celles qui s'étaient présentées comme Siren et Gigante firent exploser le vivarium, et l'acrobate dut admettre qu'il n'avait pas envie de lutter contre leurs actions. La foule était tendue, le danger présent sous les faux-semblants du spectacle. Narcisse s'en moquait. La Lamia serait libre, elle devait l'être. Et si les deux femmes étaient criminelles en agissant ainsi, tant pis. Il ne pouvait s'amener à leur en vouloir. Elles avaient eu raison.

Puis un coup de feu. Le sang. Un éclat carmin se répandit sur les planches, perdu entre un cri de douleur et un autre, de rage.

« Assassin ! Ôtez-vous la vie plutôt que de prendre celles des nôtres ! »

Assassin.
La Lamia s'était effondrée dans les bras de sa sauveuse, blessée ou morte, son espoir fauché par les monstres qui s'agitaient sous le chapiteau. Elle n'avait jamais eu l'occasion de goûter à la vie. Elle ne l'aurait peut-être jamais.
L'image de son corps gisant sur les planches se superposa à celles de ses souvenirs. Des cadavres, partout, déformés par la douleur d'une vie arrachée trop tôt. La perte. La Mort. Pas d'échappatoire.
Assassins.

La foule s'agitait autour de lui. Les gens couraient, criaient, hurlaient la terreur de quelque chose qu'ils n'auraient jamais dû voir. Narcisse, lui, était figé, son regard cloué sur la scène macabre. Le sort rompu n'avait pas suffi à le décoller de sa chaise, remplacé par quelque chose de bien plus vicieux encore. Il ne pouvait qu'observer, encore et encore, comme figé dans le temps.

Lorsqu'un deuxième coup de feu retentit, la bulle éclata. L'effet en fut immédiat : une sourde panique s'empara de sa gorge, le suffoquant presque sous sa puissance. La peur était partout. En lui plus encore que dans les mouvements erratiques de la foule terrifiée. Un hoquet de terreur le propulsa droit dans sa névrose. Soudain, il n'en pouvait plus. Soudain, ses mains percutèrent ses oreilles. Il voulait bloquer le bruit. Il voulait tout rendre irréel. Il cauchemardait. Il cauchemardait encore. Ce n'était pas réel. Ça ne pouvait pas l'être. Haletant, le jeune homme se recroquevilla sur la chaise dont il ne parvenait pas à se détacher. Il fallait que tout s'arrête. Que tout cesse. Maintenant.

Une angoisse croissante dévorait ses entrailles. Il la sentait monter, créature vorace dont les dents acérées aspiraient à le dévorer. Sa respiration se coinça contre sa poitrine tandis qu'une larme terrifiée dégoulinait sur sa joue. Il ne voulait pas de ça. Il y avait eu trop de morts, déjà. C'était trop. C'était insupportable. Autour de lui, tous couraient, fuyant une réalité qu'il refusait de voir. Le chaos régnait, couronné par la panique qui suintait de la tente, aggravant sa propre terreur à mesure que les secondes s'égrainaient. Narcisse entendit à peine l'intervention de la police. Prostré sur son siège, il laissa la foule se dégager du chapiteau, tout juste conscient que les planches sur lesquelles son regard était figé étaient désormais vides. Seul restait le sang, son goût amer dans la bouche des vivants. Un soupir tremblant lui échappa. Il ferma les yeux. Besoin de se calmer. Besoin de respirer. Besoin d'oublier. Le jeune homme s'arracha une profonde respiration, ignorant les larmes qui avaient dévalé sur ses joues, l'angoisse qui nouait sa gorge, la douleur qui semblait vouloir loger dans son crâne. Il déglutit péniblement, cherchant à apaiser les frémissements dans ses doigts. Après quelques secondes supplémentaires, il parvint à se calmer un peu.

« Et comment elle a failli tuer. Tuer d'une manière si lâche, si infâme ! »

Narcisse fit volte-face tandis que l'homme dont provenait cette interjection se faisait rabrouer. Il fronça doucement les sourcils, le cœur encore retourné par la scène qu'on lui jetait à nouveau au visage, mais ne put s'empêcher d'écouter la conversation. Le manque de discrétion des deux comparses était compensé par l'agitation ambiante. Personne ne les espionnait... à part lui-même. À cette pensée, ses joues rougirent un peu de honte. Tant pis. Entendre des personnes calmes l'apaisait, l'aidait à s'ancrer dans un monde qu'il rejetait d'ordinaire. Il ne faisait rien de mal.

Les hommes avaient un plan. Stupide, vraiment, mais ils en avaient un. Ils allaient se mettre en danger inutilement. Sortir sans passer par la police... Et s'ils croisaient l'un des assassins ? L'acrobate se crispa à cette seule idée, une angoisse renouvelée retournant son estomac. Il ne pouvait pas les laisser faire. Pas une goutte de sang supplémentaire ne devait être versée. Pas une. Il n'en voulait plus.

Mais les deux compagnons, déjà, s'étaient mis en marche. Il n'avait que quelques secondes pour agir. Narcisse lança un rapide regard aux policiers qui peinaient à contenir la masse paniquée. Crier relancerait le mouvement de foule, et personne n'aurait le temps de stopper les idiots. Ceux-ci, déjà, glissaient entre les planches en bois des gradins. Il fallait se décider. Vite.

« Et puis merde... »

Serrant son poing à s'en faire mal, le jeune homme se leva. C'était stupide. Il était en train de prendre la pire décision de sa vie. Son patron allait le tuer s'il se faisait attraper. Il risquait la mort qu'il fuyait désespérément depuis des années. C'était vraiment, vraiment stupide. Il était terrorisé. Il avait envie de pleurer. Il était encore paniqué de la scène à laquelle il venait d'assister. C'était une idée pourrie.

D'une agilité qui souffrait à peine des tremblements qui persistaient dans ses mains, il se faufila discrètement à la suite des deux hommes.

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Dolores Keller
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Dim 20 Mai - 21:25

« Je ne comprends pas. Pourquoi je ne comprends pas, normalement je comprends tous ce que tu me dis ! Toi aussi des fois tu ne comprends pas pourquoi tu ne comprends pas ? Tous les jours Dotty, tous les jours. Ça m'ennuie de ne pas comprendre, j'ai l'impression d'avancer dans un cul-de-sac même quand je fais demi-tour. Pourquoi est-ce qu'on dit cul-de-sac ? Ça n'a pas de fesses un sac. Tu veux aller me chercher des bandages ? Je risque d'en manquer. »

La petite fille quitta son tabouret sur lequel elle s'amusait à tourner depuis plusieurs minutes et quitta le cabinet de son père, à la recherche d'un rouleau de compresses. L'homme quant à lui recousait méticuleusement la plaie d'un cerf au niveau du flan, l'animal étant profondément endormi grâce à l'anesthésie. Quelques minutes plus tard, la jeune homonculus revint.

« Est-ce que tu peux me l'expliquer encore ? Haa… Très bien. Cet animal s'est fait blesser par des hommes. Mais pourquoi ? Le cerf les a attaqué ? Non je ne crois pas, le pauvre s'est sans doute trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Il a réussi à leur échapper et a perdu connaissance un peu plus loin derrière la maison. Les hommes s'en prennent souvent à ce qu'ils ne connaissent pas. Pourquoi ? Parce-qu'il ont peur, probablement. Mais pourquoi détruire ce qu'ils ne connaissent pas ?  Ils ne le connaitront pas mieux en le blessant. Moi quand je ne connais pas je n'ai pas peur, je veux savoir et ne plus ne pas connaître. Tes phrases sont compliquées ma chérie. … Papa ? Oui ? C'est pour ça que tu ne veux pas que tes patients sachent ce que je suis ? … Il faut toujours faire attention à l'ignorance des hommes. Ah, regarde le saignement s'est arrêté, il devrait bientôt se réveiller.  Oh ! Tu crois qu'il aime le strudel ?»

Dolores sentit son cœur se serrer. Il s'agissait là de l'un des rares réflexes de son corps dont elle peinait à comprendre l'origine réelle. Tandis qu'elle revenait à ses esprits, les paroles de son père continuant à faire écho dans ses pensées, l'ensemble du public du chapiteau se bousculait à son entrée dans l'espoir de quitter le plus vite possible l'enfer qui s'y était installé. La doctoresse finit par se lever, laissant June s'appuyer contre elle, avant de se tourner vers l'entrée des artistes.

« Adam, je vous laisse mettre June en sécurité. Surtout ne la quittez jamais des yeux, ne clignez que d'un œil si nécessaire pour être certain qu'elle ne vous échappe pas ! Fais en sorte que ces enfants retrouvent leurs parents, je compte sur toi ! M-M-Mais D-docteur où allez vous ? Vous savez très bien où je vais, je vous l'expliquerai tout à l'heure ! Retrouvons-nous après, courage Adam ! C-Cela ne sert à rien de m'expliquer après… Mademoiselle R-Ravenclose, commençons à nous diriger v-vers la sortie, l'air frais v-vous soulagera. »

Après avoir confié June à Adam, Dolores fit immédiatement demi-tour et sauta sur la scène du chapiteau, imprimée à quelques endroits de tâches rouges. S'apprêtant à suivre les traces d'Edward, elle entendit un bruit derrière elle et se tourna aussitôt.

« Rose-Lise ? Mais qu'est-ce que vous faites par terre ? J'ai voulu vous suivre mais je me suis faite un croche-pied et je suis tombée… Me suivre ? Non c'est trop risqué vous devriez sortir avec Adam et Ju- Je veux savoir ce qu'il se passe ! Madame, Keller ! Docteur… Dolores… Euhm… »

Dolores resta figée quelques secondes face à la détermination qui venait de foudroyer Rose-Lise avant que sa maladresse naturelle ne reprenne le dessus. La doctoresse posa sa main sur la tête ébouriffée de la jeune demoiselle. Un nouveau coup de feu venant de l'extérieur attira subitement l'attention des deux amies qui reprirent aussitôt la route au travers de l'entrée des artistes.

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau   Lun 21 Mai - 22:34

Il n'a rien fait pour les arrêter ! Rien !
Carter, je suis un peu occupé là… Soupira Olek en soulevant le tremblant M. Loyal du sol.
Qu'est-ce qu'un juge foutait sur le terrain ? Je croyais qu'ils n'étaient pas autorisés à intervenir ?
Croyez-moi, nous avons évité le pire.
Le pire ? Il y a pire que le kidnapping d'une Lamia blessée et une foule en panique ?
Avec White, oui.

Carter ouvrit la bouche et la referma. Le regard ferme de son supérieur ne laissait aucun doute quant à son sérieux. Il s’apprêtait à se soulever contre la présence même du roi des loups dans le secteur lorsqu'Olek reprit la parole.

Bon ! J'vais exfiltrer cet énergumène par derrière et retrouver une vieille amie qui devrait pouvoir nous donner un coup de main. Je te laisse gérer la fin de l'évacuation du chapiteau.
Quoi ? Mais…
Merci Carter ! On se retrouve dehors !

Un solide tape sur l'épaule et il quitta les lieux.

Retour au brouhaha ambiant du chapiteau.

Scotty et Isobelle avaient fait de l'excellent travail et malgré l'angoisse visible des spectateurs restants, une forme de sérénité s'était installée entre eux. Il y eut quelques éclats de voix à l'extérieur, mais rien qui freina la sortie lente des présents. Carter en profita pour faire un dernier tour des lieux, écoutant d'une oreille distraite les échanges et les doutes de chacun.

Vous pensez que c'était une véritable femme-serpent ?
Non, non, ça ne peut être qu'une supercherie. Ces monstres n'existent pas, n'est-ce pas ?
Pourtant sa queue bougeait…
Un vulgaire automate sans doute. J'ai entendu certains dire qu'ils avaient aperçu des mécanismes !
Impossible ! Je suis sûr que c'était une vraie ! C'est pour ça que l'autre a tiré.
J'aurais fait pareil !
Alors que vous avez peur d'écraser une mouche ?

On objecta au rire étouffé et amer qui s'éleva. La discussion reprit de plus belle, mais malgré lui Carter avait frissonné. Cette journée était un désastre. Il ramassa du bout du doigt une broche en forme d'oiseau au milieu d'un tas de petits morceaux de papiers déchirés et la rangeait avec le reste dans son sac, lorsque Joram l'interpela.

Monsieur Carter, j'ai deux parents qui ne trouvent plus leurs enfants.

L'interpelé redescendit des gradins et posa un regard calme sur la jeune femme et l'homme qui s'agitaient derrière son collègue. On lui expliqua rapidement la situation. Les enfants étaient installés trois rangs devant les parents, à proximité du tireur. Le coup de feu, puis le chaos et ils les avaient perdus de vue.

Vous auriez dû les garder près de vous, nota froidement Carter en sortant un carnet.

Le silence fut glacial.

On va les retrouver, ne vous en faîtes pas ! Rectifia Joran.
Vous pouvez me les décrire ?

Le portrait des bambins fut soigneusement consigné dans le calepin si particulier de la Curia. Aussitôt refermé, le même mémo apparut sur les livrets de tous les employés du tribunal sur place, leur demandant d'ouvrir l'œil. Carter fit ensuite signe aux parents de le suivre et laissa Joran terminer à sa place l'inspection des gradins.
Ils dépassèrent la trentaine de malheureux spectateurs toujours coincés sous la tente et rejoignirent Scotty et Isobelle. On les interrogea au sujet des petits disparus :

Ça ne me dit rien, nota le premier.
Ah si ! Il y avait cette fille, une blonde qui n'avait pas l'air bien et un gringalet à lunettes. Ils étaient avec deux enfants, la petite avait une robe bleu nuit.
C'est elle, c'est ma puce ! S'exclama la jeune femme. Où est-elle ? Oh mon dieu, ma pauvre chérie…
C'est qu'à ce moment là un grand échalas hors de lui a débarqué en hurlant je ne sais quoi. J'ai dû m'occuper de lui et ils n'étaient plus là quand j'ai repris mon poste. Mais ils ne doivent pas être loin.
Merci… tenta Carter.
Isidore. Agent Isidore Quimera, monsieur.

L'agent arqua un sourcil, mais ne fit aucune remarque sur les goûts douteux de sa collègue. Leur trio s'éloigna et se perdit la foule étalée sur le parvis. Les recherches se poursuivaient.

Quinze minutes plus tard, le chapiteau était vide. La toile de l'entrée retomba sur une piste déserte, étoilée de sang. On boucla les lieux et ce fut ainsi que s'éteignit le Strano.
-----------✧❯❮✧-----------✧❯❮✧-----------✧❯❮✧-----------


Annonce de M. Loyal



Si vous n'avez pas encore quitté le chapiteau, la Curia se chargera de vous faire sortir. Il ne reste plus personne à l'intérieur lorsqu'ils bouclent les lieux. Entrées et sorties de la vaste tente sont fermées au public et réservées à l'enquête que va mener le tribunal.

Votre aventure se poursuit donc à l'extérieur. Tous les employés présents sur le parvis ont été informés de la disparition de deux jeunes enfants et ouvriront l'œil pour les retrouver.

Note : Votre prochain poste vous permettra de conclure votre aventure au Strano. Il est facultatif, mais il pourrait vous permettre de remettre de l'ordre dans ce qu'à vécu votre personnage. Faîtes en bon usage ! Le chapiteau du Strano étant fermé, nous vous invitions à le rédiger à l'extérieur du cirque.








Vous posterez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au dimanche 3 juin (au soir) pour participer conclure votre aventure au cirque du Strano !


Vous pouvez toujours nous joindre par MP pour la moindre question ! Nous répondrons au plus vite, comme d'habitude ~

Petite note, cette dernière manche est facultative et ne dure qu'une semaine, contrairement aux précédentes et se déroulera à l'extérieur du Strano.
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Intrigue : Acte I Scène III | Sous le chapiteau

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