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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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  Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque

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La foule [PNJ]
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MessageSujet: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   03.03.18 14:48

Pour la troisième fois, Vanda passa outre le regard choqué d'une petite famille d'aristocrates français et poursuivit sa route en direction du vaste cirque du Strano. Son reflet dans l'un des miroirs déformants lui fit à peine tourner la tête, juste le temps pour elle de redresser son chapeau épinglé sur sa chevelure crépue et d'ajuster le col de sa robe sur sa peau noire. Un coup d'œil à sa montre à gousset lui indiqua qu'elle était parfaitement dans les temps lorsqu'elle se perdit parmi la foule amassée sur le parvis du vaste chapiteau.

Mademoiselle.

La jeune femme sursauta et tourna la tête. Un faible sourire perla aux coins de ses lèvres, mais elle détourna le regard et attrapa le bras qui lui était tendu avec toute l’indifférence dont elle était capable.

Je croyais que la Curia t'avait envoyé en mission à New York pour ce problème de secte satanique.
J'ai pu décaler mon départ, répondit l'homme à la fine moustache qui marchait à présent à ses côtés. Après avoir passé trois ans à enquêter sur Paolo Strano, il était hors de question que je n'assiste pas au dénouement de l'affaire.
Quel rebelle tu fais mon cher Carter !

Le ton railleur de Vanda n'eut aucun effet sur le sourire charmant de son acolyte, mais la vue d'une large planche de bois recouverte des affiches criardes du cirque se chargea de l'effacer. Carter esquissa un geste, mais d'une main, son amie l'arrêta et l'empêcha d'arracher le papier de son support. Il soupira, s'excusa, mais elle le rassura du ton ferme et calme de la femme de science qu'elle était :

Ces gens ne savent pas ce qu'ils font, ils ne voient que les bénéfices. Les spectacles de montres de foires, comme celui du Strano, se servent de la curiosité et de la crédulité pour attirer la foule.
En promettant d'exhiber les nôtres ? Interrogea sèchement Carter.
Tu sais très bien que la plupart du temps ce ne sont que des duperies. Je ne compte plus le nombre de « sirènes » dont la queue n'était qu'une peau de python habillement taillée.
Mais pas aujourd'hui.
Si tu parles de la femme-serpent rien n'est enc–

Elle se tut brusquement et l'obligea à se décaler lorsque deux jeunes hommes prirent place près d'eux. Le moins trapu des deux indiqua le programme collé de travers sur le montant de bois et expliqua à son ami d'un ton un brin victorieux :

Seize heures. C'est bien ce que je vous avais dit Armand.
Au temps pour moi. J'étais persuadé que c'était dix-sept heures.
Si je ne vous connaissais pas si bien, je dirais que c'était une tentative pour ne pas venir, ou du moins arriver en retard et tout rater.
Allons Jules, pourquoi refuserais-je de voir en votre compagnie un show d'escrocs parfaitement millimétré ?
Vous recommencez avec ça… Qui vous dit que ce ne sera pas une véritable femme-serpent ?!

Et ils s'éloignèrent, saluant à peine Vanda et son ami qui poursuivirent également leur chemin. Chaque arrêt devint prétexte à observer la configuration des lieux, la disposition des stands et des décors à l'extérieur du chapiteau. Impossible de critiquer le Strano sur sa mise en scène. Des annonces toutes plus folles les unes que les autres se succédaient entre quelques jeux ou artistes venus faire patienter la foule. Rien que de très habituels exercices d'équilibristes, jonglages ou rares acrobaties visant à retenir l'attention des clients et des simples passants. Ce n'était pas pour cela qu'ils s'étaient déplacés.

On est nombreux sur place ? Demanda brusquement Carter.
Suffisamment. Olek et M. White seront à l'intérieur avec d'autres membres de l'équipe.

Cette information fit hausser les sourcils de son ami, mais soudain bousculée par un homme d'âge confortable, Vanda oublia de lui donner plus de détails. Loin de chercher le scandale, elle essaya d'interpeler l'individu afin de lui rendre la petite pile de papier qu'il venait de faire tomber, mais s'étouffa à l'instant où son regard parcourut le document. Il s'agissait de toute évidence d'un tract. Un tract quelque peu artisanal au centre duquel avait été tracé un large cercle rouge, barré, qui empiétait sur une silhouette bien étrange, humaine jusqu'au buste, puis entièrement vipérine. Mais ce qui inquiéta le plus Vanda, fut la légende du tract. De grosses lettres noires et menaçantes qui indiquaient :

« Non aux aberrations » ? Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire.
Je n'en ai pas la moindre idée Carter.
Il n'y a rien d'autre ?
Rien.
On devrait peut-être avertir M. Dobri qu…

Une voix forte et entrainante couvrit ses paroles. Elle invitait tous les présents à prendre place dans le chapiteau pour enfin profiter du merveilleux spectacle qui leur avait été promis. Vanda se pinça les lèvres :

Trop tard. C'est à nous. Bonne chance Carter.
Bonne chance Vanda.

Ils se séparèrent. Carter se mêla à la foule pour disparaître un peu plus loin derrière l'une des tentes disposées sur la large esplanade. Vanda l'imita et s'éloigna de l'entrée où s’agglutinait la foule pour rejoindre les roulottes et autres installations secondaires des employés et artistes du cirque.

La mission « Stopper le Strano » était lancée.
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Annonce de M. Loyal



Le Strano écume tout Paris depuis deux jours afin d'annoncer son incroyable spectacle. Affiche, crieurs de rues, parades, vous n'avez pas pu passer à côté de l'information. Il a promis un spectacle encore jamais vu, une foire aux monstres unique, dont on se souviendrait encore longtemps.

Le parvis du cirque est animé par des artistes et autres attractions de foires, mais aussi quelques vendeurs de sucreries, mais rien d'inhabituel.

Vous arrivez à proximité du cirque aux alentours de 16 h. Pour ceux désireux d'assister au spectacle, vous entrez sous le chapiteau à cette heure là.

Toutes les explications sur le déroulement de l'intrigue dans : ce post.

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Ashton Lyn
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Localisation : Le Lost, un vieux bar défraîchi...

MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   08.03.18 18:57

Un sourire ravageur sur des traits luisant à la lueur du soleil, une cigarette entre des lèvres fainéantes, des pas souples dans des chaussures élimées par le temps, et le rythme d'une fin d'hiver imprimé dans la démarche sensuelle du grand inconnu sur le passage duquel nul ne restait indifférent. Ashton se sentait d'humeur légère. Aucun regard outré, aucune moue dérangée n'eut su perturber son impatience, fruit de longues journées d'attente et d'heures entières d'imagination débridée. Il avait hâte, hâte comme un enfant à qui on eût promis une orange, et ce sentiment le grisait autant qu'il le frustrait. Sa cadence, à cette idée, s'accéléra, et il salua d'une petite révérence l'expression choquée d'une vieille dame qui passait par là. C'était fou : Paris changeait pourtant et, pourtant, Paris ne changeait jamais vraiment. C'était beau, aussi. Il devait se l'admettre, il adorait la capitale de la France et y séjournait avec un plaisir croissant. Ce qui ne voulait pas dire que l'exotisme n'était plus au centre de ses désirs. Au contraire, il se trouvait contraint d'aller le chercher, toujours, en permanence, d'aller trouver un air venu d'ailleurs et des odeurs qui lui évoqueraient un voyage vers l'inconnu.

C'était ce que lui promettait son après-midi, et il en était tout bonnement ravi. À cette idée, le jeune homme sourit davantage, esquissant même un pas de danse qui eut lui attira les foudres des passants. Il éclata de rire. Paris, toujours Paris. Un clin d'oeil à une demoiselle rougissante, un signe de main à un commerçant connu de son regard, et il poursuivait son chemin. Ashton, aujourd'hui, se sentait mû d'une liberté qui lui donnait un second souffle. Il comptait bien en profiter. Mieux encore : il avait l'intention d'en abuser.

Se présentant au cirque, il afficha un sourire gorgé du malice juvénile qu'ont les petits délinquants en manque de sensations fortes. Son cœur pétillait au moins autant que son regard, virevoltant déjà entre toutes les beautés qui s'offraient à lui, nourrissant son esprit d'un millier de question. Y avait-il des animaux ? Les artistes pouvaient-ils être comparés à ceux du Lost ? Montreraient-ils des physiques étonnants ?  Oh, il espérait que quelques personnes étonnantes se cachaient parmi eux... Discuter, il voulait discuter avec des gens aussi curieux que lui. À cette idée, son visage s'illumina encore, et c'est avec une joie non dissimulée qu'il tendit son argent à l'homme qui se trouvait au guichet. Bon sang, il avait hâte.

Sa patience avait finalement cédé à ses envies, et c'est d'un pas hâtif qu'il se précipita vers l'enceinte du cirque, un grand sourire toujours placardé sur son visage. Il prit une bouffée de cigarette et un instant pour détailler son nouvel environnement. Son cœur était gonflé d'une liesse renouvelée. Il ne savait plus où donner de la tête. Les âmes grouillaient, mélangeant leurs couleurs dans une vapeur voluptueuse qui enveloppait les alentours, les odeurs se mêlaient entre sucre et épices, sueur et foin, et les tentes d'exposer leurs tissus vifs pour mieux l'attirer à elles. C'était réussi : Ashton avait décidé de ce qu'il désirait accomplir.

Dansant à demi sous l'enthousiasme qui le possédait tout entier, il entreprit de faire un tour de la foire aux monstres. Ses yeux bruns luisaient sous les spectacles qui s'offraient à lui, animant son corps des étincelles qu'ils produisaient du bout des lèvres. Ashton ne s'était jamais rendu à pareil spectacle, jamais, et l'idée de cette nouveauté l'enchantait totalement. Il n'y avait aucune mesure à son bonheur.

Finalement, son regard se posa sur la devanture colorée d'un stand aux odeurs alléchantes. Il devait bien se l'avouer, l'étendage de sucreries lui faisait diablement envie, et il se savait bien incapable d'y résister. Un sourire charmeur embrasa ses lèvres tandis qu'il se penchait sur les produits proposés. Son estomac lui réclamait une pitance qu'il venait pourtant de lui accorder, et un petit en-cas n'eut pas été de refus.

« Que me conseillez-vous ? »
, s'enquit-il d'une voix grave.

La vendeuse, charmante au demeurant, s'apprêtait à lui répondre lorsqu'un papier attira son attention. Le pauvre avait été la victime de son pied, qui l'écrasait, et il formula un « oups » coupable en se penchant pour le ramasser. Il s'agissait d'un tract. Sans doute pour annoncer les spectacles, songea-t-il, ou un programme quelconque.

Ce qu'il lu cependant lui arracha un haussement de sourcil.

« Non aux aberrations... What the hell ? »

Ashton releva le nez, cherchant aux alentours le détenteur d'un tel contenu, mais ne trouva rien de suspect. Une moue caressa son visage. Les gens n'étaient-ils donc pas censés venir en ces lieux pour s'amuser plutôt que pour y trouver une nouvelle source de haine ? Pourquoi la différence était-elle si compliquée à accepter ? Un soupir lécha ses lèvres tandis qu'il se perdait dans ses pensées. Sans doute l’œuvre des religieux. Encore.

« Monsieur ? »

La voix de la vendeuse l'interrompit dans ses interrogations, et il esquissa un sourire plus doux.

« Mes excuses, je... »

Après lui avoir jeté une œillade hésitante, il rangea le papier dans sa poche. Inutile d'inquiéter la demoiselle avec des sottises. L'ambiance aujourd'hui était à la bonne humeur, et il était important de la conserver. Les ignorants perpétueraient leur bêtise dans tous les cas et mieux valait alors les ignorer. Rien de bon n'en sortirait, de toute façon. Son sourire s'agrandit.

« Je vais vous prendre une barbe à papa. »

Tandis qu'elle s'exécutait, jouant d'un fin bâton pour constituer la confiserie, Ashton regarda les alentours en quête de quelque chose qui eût pu sembler suspect. Rien. Pas même une âme sombre n'attira-t-elle son attention. La foule qui arpentait les extérieurs du cirque semblait, comme lui, à la recherche d'étonnement et de surprises.

Haussant les épaules, il décida de profiter et tendit l'argent à la demoiselle avec un enthousiasme retrouvé. Lui non plus ne laisserait pas des idioties gâcher son bon moment.

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Aldrick Voelsungen
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   14.03.18 21:46

Non loin, une aria entêtante emplissait les oreilles des passants, mais contrairement à la majorité, le visage d'Aldrick se renfrogna en l'entendant.

* Bon sang, je vais l'avoir dans la tête tout l'après-midi ! Tu parles d'un plaisir ! *

- Allé Aly ! Arrête de faire la tête ! Tenta Éléna.
- Tu vas avoir la ride du lion sinon ! ~ Renchérit Sabrina.

Seul un grognement sourd répondit aux benjamines. Les deux demoiselles échangèrent un regard perplexe, l’inquiétude d'avoir définitivement à supporter leur aîné et son air grognon en continu semblait être un futur qu'elles ne pourraient exclure. Du moins, s'il ne se déridait pas sous peu. Même l'évocation du chocolat ne parvint exceptionnellement pas à faire naître une once de joie sur le visage fermé du loup noir. La raison, pourtant, en était simple : les cirques, il les avait en horreur.

-Qu'est-ce qu'il y a ? C'est parce que tu t'es disputé avec papa ?

Aldrick se figea, retenant malgré lui la ficelle des ballons qu'il venait de leur acheter bien serrée au creux de sa main crispée. En revanche, il en fallut de peu pour qu'un juron transylvain salé ne lui échappe.

- Non ça n'a rien à voir.
- C'est parce qu'Eric à refuser de venir avec nous ?

Un silence lourd de sens plomba l'atmosphère conséquemment, avant que le brun ne parvienne enfin à articuler, la mâchoire contractée en leur laissant les ballons :

- Non.

Si, en fait. Mais avant qu'il ne l'admette, l'eau aurait largement coulé sous les ponts. Le visage ruisselant de larmes de son petit frère lui revenant aussi efficacement en mémoire qu'une gifle en plein visage. Cela faisant longtemps pourtant qu'il aurait dû se faire une raison : le petit garçon, percevait bien mieux que ses sœurs sa nature profonde, et elle l'épouvantait. Pour Eric, il était un monstre. Malgré tout, Aldrick n'arrivait pas à se faire à l'idée. Il détourna les yeux, tout en sachant pertinemment que c'était bien inutile.

- Tu devrais peut-être...
- Ça suffit ! Coupa-t-il plus sèchement qu'il n'avait envisagé. On peut parler d'autre chose maintenant ?

Surprise, Éléna resta la bouche entrouverte et il fallut que la main douce de sa sœur lui caresse le dos pour qu'elle accède à telle demande. Un instant, le brun crut même qu'elle allait se mettre à pleurer à son tour : le mal était fait. Le commissaire s'en voulut aussitôt, et tendit la main vers son épaule, prêt à s'excuser dans la seconde, mais en croisant le regard colérique de Sabrina, le courage lui manqua et il se ravisa. La blonde, pourtant, fit preuve d'un sang-froid déroutant et déclara en feintant la joie de vivre qui la caractérisait :

- Oh, regarde ! Il y a des gens immenses ! Tu as vu leurs jambes ? Elles sont interminables ! Comment font-ils pour marcher ?

La brunette s'essuya le bord des yeux d'un geste hâtif et observa les trois messieurs qui, haut perchés sur leurs échasses, arboraient fièrement des pantalons aux bandes verticales blanches et bleues. De temps à autre, ils s'arrêtaient pour emprunter le haut-de-forme d'un gentleman, qu'ils échangeaient à tour de rôle, histoire de faire pester le gentil homme et faire naître le rire des passants. Naturellement, ils finissaient toujours par le lui rendre, avant d'aller faire d'autres facéties ailleurs. En l’occurrence, ils se dirigeaient droit sur eux, et Aldrick aurait parié un mois de salaire qu'ils seraient les prochaines victimes de leurs humours décapants.

Pire encore ! Le sort s'acharnait : dans son dos, une voix familière l'interpella. L'agent soupira doucement, lassé lui-même de son humeur en dents de scie et des dommages futurs qu'elle risquait de créer. Décidément, cette sortie lui semblait bien mal partie.

_________________
« C'est incroyable : le nombre de mensonges qui sonnent comme une vérité
et le nombre de vérités qui sonnent comme un mensonge... »



 


Dernière édition par Aldrick Voelsungen le 27.03.18 0:31, édité 1 fois
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Elise Barcarolle
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   17.03.18 3:42

Elise avait la sensation furieuse que le monde entier l'appelait. Les sons, partout, résonnaient à l'infini, s'entrechoquaient, s'emmêlaient et dansaient en une valse complexe dont elle était la seule à apprécier la mélodie. Elise avait envie de se mêler à leurs pas, de se perdre dans un univers complexe dont personne ne frôlerait jamais l'immensité. Elise avait envie d'exister, de rire, de crier à qui voulait l'entendre que la vie était belle et dansante, chatoyante. Pourtant, elle se retint et ce fut à peine si ses pas se rythmèrent en musique. Seuls ses sourires, infinis et immensément grands, lui valurent quelques regards appuyés.

Mais aujourd'hui était une journée magnifique. Et à ce titre, Elise avait décidé que l'univers tout entier devait l'apprendre. Ses yeux, illuminés de trop de joie, s'arrêtaient sur les tenues, détaillaient les sourires, rendaient les regards, le tout sans jamais se lasser.

Elle ne se trompait jamais non plus, et ce dans aucun de ses pas. Ceux-ci trouvaient toujours leur but, la guidant vers un objectif unique : rejoindre le cirque. Le marchand de fleurs qu'elle croisa en chemin ne parvint pas même à la distraire suffisamment. Pourtant, les bouquets présentés étaient magnifiques, pour ne pas dire grandioses.

Les Camélias, tout particulièrement, attirèrent son attention.

« Mademoiselle aime la beauté, à ce que je vois... »

Elise lui offrit un sourire en hochant la tête.

« J'ai toujours trouvé les fleurs fascinantes. Elles ont une beauté fragile, qui meurt dans l'instant. Les cueillir, c'est les condamner à mort. C'est tragique et magnifique à la fois, vous ne trouvez pas ? »

À ces mots, le marchand éclata de rire.

« Vous êtes une originale, vous ! Vous venez du cirque ? »

Un sourire fendit les lèvres rosées tandis qu'Elise répondait par la négative.

« Non, je viens d'un cabaret.
- Même combat. Z'êtes une artiste, hein... ? »

Lorsqu'elle secoua de nouveau la tête, le fleuriste en resta coi. Tout, chez elle, appelait pourtant à ce monde. Sa tenue vestimentaire, tout d'abord. Une longue robe blanche à l'indécence plus que certaine, portée par le vent plus encore que par elle. Une chevelure à la couleur atypique, voire impossible, d'un rose pastel attirant immédiatement le regard. Pour peu, dans un monde où cela eut été possible, le marchand aurait mis sa main à couper qu'il s'agissait-là d'une couleur naturelle. Il y avait aussi son regard, plus profond et plus intense que tous ceux qu'il avait croisé jusqu'ici, comme épris d'une sagesse sans âge, venue d'un temps trop reculé pour qu'on puisse ne serait-ce que se remémorer son existence. Il y avait la façon qu'elle avait de s'exprimer, également. Ses mots n'étaient pas ceux d'une personne normale, et ça avait quelque chose d'infiniment rafraîchissant. Et puis il y avait ses pieds. Nus. Étrangement, cela ne le choquait qu'à demi, comme si ce que dégageait la jeune femme suffisait à justifier ce genre d'excentricité. Et pourtant, elle prétendait ne pas être artiste, ne pas venir de ce monde presque fantasque où l'on pardonnait les folles attitudes et les tenues outrancières. Il ne comprenait plus rien.

« Ohhh ! Vous avez des jonquilles !
- Oui m'dame. Fraîchement cueillies hier.
- Mettez-m'en une, s'il vous plaît. Avec un ruban violet. »

L'enthousiasme de la jeune femme était communicatif et le fleuriste se fendit d'un sourire. Elle le mettait de bonne humeur.

« Allez, c'est votre jour de chance. J'vous offre une seconde fleur de votre choix. Une tulipe, peut-être... ?
- Hn, hn...
- Un camélia, alors ?
- Non plus... Qu'est ce que c'est, le bouquet, là ? »

L'homme suivit le regard de la muse, sans vraiment savoir qu'il avait un être aussi exceptionnel sous les yeux.

« Oh, ça, ce sont des fritillaires.
- Je vais vous prendre un bouquet.
- Alors je vous offre la jonquille. »

La joie qui illumina les yeux d'Elise choqua presque le pauvre marchand. C'était rare, qu'une fleur offerte provoque tant de plaisir chez ses clients. Une fois qu'elle eut payé et qu'il eut préparé les plantes -pour une raison inconnue elle souhaitait vraiment le ruban violet pour la jonquille- il osa insister.

« Avouez-le... Vous êtes une artiste, hein ? »

Ce fut au tour de l'incroyable apparition d'éclater de rire. Ce rire, il ne devait jamais l'oublier. Pas plus que la phrase qui suivit, alors qu'elle s'éloignait déjà.

« Ça fait des siècles que j'ai raccroché. »


Le temps que le marchand réalise, Elise n'était déjà plus que l'ombre d'un souvenir.

C'était sans doute ce qui la rendait plus merveilleuse encore, plus atypique, comme issue d'un rêve éveillé dont on se sortait plus étourdi encore. Elle était tel le vent, caressant une joue pour ne plus jamais revenir. Elle s'enfuyait sans qu'on parvienne à la ferrer.

Elle avait ce quelque chose de magique et d'envoûtant qui la portait sur l'éternité, lui permettant d'exister en millénaires plutôt qu'en siècles, de comprendre et d'accepter l'immensité d'un monde dont les frontières étaient infinies. Bouquet à bras et fleur au poignet, la muse gagna les alentours du cirque comme un songe, arrivée à la fois trop vite et trop lentement pour ne pas être remarquée. Les passants la regardèrent un instant, une mère la pointa du doigt en prétendant qu'elle devait faire partie de la troupe, un homme détailla sa chevelure avec étonnement, puis tout un chacun revint à sa tâche initiale.

Un monsieur trop bien habillé, tiré à quatre épingles, se remit à grogner sur les échassiers lui ayant emprunté son couvre-chef. Une femme à la robe suffisamment longue pour qu'elle s'y prenne les pieds essuya la joue d'un bambin couvert de chocolat. Un couple s'autorisa un baiser devant un petit garçon visiblement dégoûté. Le sourire d'Elise, qui ne parvenait plus à trouver le repos depuis qu'il s'était greffé là à son réveil, s'élargit davantage. Dans cette ambiance si particulière, elle se sentait chez elle. C'est presque en dansant qu'elle gagna un premier stand, slalomant entre les badauds avec l'efficacité d'un souffle de vent. Ses fleurs résistèrent à l'assaut et Elise put s'émerveiller à loisir devant le jongleur qu'elle découvrit borgne. Celui-ci, comme ragaillardi par sa présence, s'autorisa une fantaisie et ajouta une autre quille à son tour. Les spectateurs applaudirent jusqu'au départ de la muse. Comme si le sort s'était rompu, le jongleur loupa son tour et tous les ustensiles au grand complet lui tombèrent sur le crâne. Les éclats de rire accompagnèrent les mélodies d'âme jusqu'à l'arrêt suivant d'Elise. Cette fois, elle avait face à elle un cracheur de feu. Trois lancers plus tard, elle s'était déjà lassée et avait rejoint un acrobate. Ils échangèrent des sourires pendant de très longues minutes. L'acrobate redoubla d'efforts en l'apercevant. Elise regretta immédiatement le désamour que Narcisse semblait lui porter. De tous les artistes du Lost, il était celui dont le contraste était le plus éblouissant. Il était chenille et devenait papillon, bourgeon s'épanouissant sur scène, cours d'eau tranquille qui se déchaînait soudainement. Elise eut voulu lui montrer, lui expliquer, lui faire saisir la beauté qui était la sienne dans ces instants. Malheureusement pour elle, leurs rapports n'étaient que professionnels, depuis un certain incident. Et la jonquille qu'elle tenait à la main rien que pour lui n'y changerait rien.

Pour la première fois de la journée, le sourire de la muse se trouva mis à mal. Heureusement pour elle et malheureusement pour lui, un regard relevé suffit à le ranimer. Là-bas, elle avait cru reconnaître les cheveux sombres et les yeux à la teinte si particulière. Accompagné de deux demoiselles, son inspecteur de police préféré semblait plus renfrogné que jamais.

Elle découvrit très vite qu'elle n'était pas la seule à l'avoir remarqué. Tout comme elle, les échassiers du début se firent un devoir de le dérider. Elise comprit immédiatement qu'ils n'y parviendraient jamais seuls.

« Aldriiiick ! »


Sans lui laisser le temps de fuir, la muse gagna ses côtés.

« Oh, je suis contente de te croiser ! Comment vas-tu ? Cela fait longtemps, non ? Ce sont tes sœurs, n'est-ce pas ? Vous êtes encore plus jolies que depuis notre dernière rencontre. Vous êtes venues voir le cirque ? Moi aussi ! J'ai hâte de voir les numéros... ! D'ailleurs, je m'attends à croiser Narcisse. Je suis certaine qu'il sera venu, le cirque est quelque chose de très important pour lui. Et puis il pourra comparer son propre numéro à celui de collègues. Ça lui fera plaisir, je pense. La jonquille est pour lui, et le ruban aussi. Mais si vous voulez, je peux vous offrir une fleur à chacun pour colorer votre tenue ! Je trouve que les fleurs devraient servir à égayer le monde. Pas vous ? »


Ce faisant, elle détacha trois fritillaires. Elle en accrocha une bleue à la veste d'Aldrick, une violette dans les cheveux d'Eléna et une rouge au poignet de Sabrina. Avec un sourire enchanté, elle se laissa le temps d'admirer son œuvre, temps durant lequel on prit soin de lui octroyer un prospectus. Sur celui-ci, le clou du spectacle.

« Vous pensez qu'il s'agira d'une vraie ? En tout cas, j'espère qu'elle aura elle aussi un numéro à présenter. Je n'aime pas simplement dévisager les gens. Je trouve ça un peu ennuyant. Surtout lorsque leur musique n'est pas aussi jolie qu'une autre. -Bonjour, une place s'il vous plaît.- Je préfère quand je discute en même temps, c'est bien plus amusant. -Merci monsieur, bonne journée!- Et puis c'est toujours plus plaisant, de faire plusieurs choses en même temps. Vous ne trouvez pas ? Ça me fait penser à une fois où... »

Elise eut le temps d'obtenir son billet avant même d'avoir fini de parler. La brise légère qu'elle était venait de se muer en ouragan.
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Alice Lindel
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   18.03.18 7:31

Alice ne tenait plus en place.

Il y avait un cirque en ville ! Mieux encore, elle avait obtenu la permission de s'y rendre seule ! Personne ne serait là pour la réprimander parce qu'elle souhaitait tout simplement s'amuser, cette fois. Alors elle avait bien l'intention d'en profiter ! Certes, son épée d'entraînement reposait contre son jupon. Un maigre sacrifice en échange de sa liberté. On ne sait jamais ce qui pouvait arriver, après tout ... Ce ne serait peut-être pas très utile contre un véritable adversaire, mais ça devrait au moins refroidir les bandits et les pervers. Une bonne chose puisqu'elle déambulait sans but précis. Au moins, au cœur de toutes ces excentricités, ça ne devrait pas trop se remarquer, non ?

Entre des éclats de rire, le cirque lui rappelait des souvenirs d'enfance. Bien que les détails restaient flous, Alice était presque sûre que sa mère lui avait déjà fait visiter le palais des glaces avant de s'asseoir sous la chaleur étouffante du chapiteau. Elle était soulagée de voir qu'il lui restait d'autres souvenirs que la maladie et la tristesse. Aujourd'hui, son premier arrêt fut pour s'acheter un ballon rouge qu'elle attacha à son poignet. Les clowns l'avaient toujours un peu effrayée, mais elle n'était plus une gamine, à présent. Lorsqu'une main se posa sur son épaule, elle se retourna, surprise. Le lanceur de couteaux qui lui faisait face le semblait tout autant.

« Ay ! Je pensais que vous v'niez prendre la relève ! »
« Navrée de vous décevoir. »
« Hrrrm. Vous devriez essayer quand même Mam'zelle ! »

Elle secoua la tête avec un sourire amusé et reprit sa route entre les stands. Elle reviendrait peut-être plus tard. Elle n'était pas sûre de vouloir assister au spectacle, en fin de compte ... Celui des rues qui se déroulait devant ses yeux était bien plus intéressant.

« Misère. Moi qui espérais voir tout au plus un petit éléphant ... »

Elle préférait mille fois les douceurs exotiques de ce monde aux monts et merveilles qui étaient promis par les soi-disant monstres de foire, après tout. On lui avait déjà fait la leçon cent fois : les artistes étaient tous des escrocs, d'une certaine façon. Elle n'était pas d'accord, mais sur ce point-ci, elle était un peu sceptique. N'était-ce pas que de la poudre aux yeux ? Certains ne semblaient toutefois pas du même avis.

Involontairement, elle avait entendu une part de conversation, et cela ne venait pas d'un enfant à priori. « Vous pensez qu'il s'agira d'une vraie ? » Scrutant la foule, gagnée par la curiosité, elle reconnut Aldrick. Et l'une des jeunes filles qui l'accompagnait ... Celle qui était présente à la fête de la musique. Alice fit taire la petite voix de la jalousie qui menaçait de s'élever dans son cœur ou dans sa tête. Pour une fois, les rares conseils de Mortimer lui seraient utiles. Surtout garder son calme. Elle ne la connaissait même pas, pas vraiment ! Elle leur adressa donc à tous un sourire incertain et un vague signe de tête, n'osant pas rejoindre le petit groupe. S'il s'agissait d'une sortie en famille comme tant d'autres ici présents, elle n'y avait pas sa place.

C'était déjà une bonne chose que toute cette ambiance ne lui mette pas l'humeur dans les chaussettes, éternel rappel de ce qu'elle avait perdu. N'empêche. Cette femme aux cheveux couleur barbe à papa ne ressemblait pas aux fréquentations qu'elle imaginait au commissaire, toujours si sérieux !
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Lotte Hochvogel
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   18.03.18 19:47

Était-il vraiment sûr de lui donner ce papier ? Après tout il pouvait très bien le remettre là où il l'avait trouvé et faire mine de le découvrir une fois qu'elle mette la main dessus. Mais il ne savait pas mentir, et elle le percevrait aussitôt, auquel cas sa réaction serait encore plus terrible. Peut-être qu'il pouvait le confier à quelqu'un d'autre et le convaincre d'y aller à sa place ? Non, ce sont ses collègues de travail, il ne peut pas en sacrifier un aussi lâchement. Et puis personne ne se laisserait convaincre d'une chose pareille.

- Niklas ? La directrice te cherche.
- O-Oui merci Indira…
- Hm ? T'es bizarre, qu'est-ce qu'il y a ?
- J'ai trouvé ça en rangeant un livre.

Le regard de la nymphe céleste se posa sur le petit papier que tenait la main humide du jeune homme puis se pétrifia. Elle sentit un long frisson parcourir son échine, puis voyant l'expression de détresse qu'affichait le nixe, elle prit la décision de partir en courant. Ce n'était pas très brave, mais peu importe, elle n'était pas encore condamnée contrairement à son camarade. Celui-ci tenta de la rattraper avant que tous deux ne se fassent saisir au col par Fennella. Quelques minutes plus tard, tous les trois étaient dans la section théâtre face à Lotte, assise en haut d'une étagère de livres tandis que Glenda invitait une dryade à s'éloigner doucement. La jeune enfant tenait le papier légèrement ondulé du fait d'avoir été tenu par Niklas et resta silencieuse plusieurs minutes, sa moue habituelle sur son visage. Indira fut finalement la première à parler.

- C'est si grave que ça ? Il reviendra bien un jour ou l'autre et vous pourrez vous occuper de lui à ce moment-là.
- Nous pouvons envoyer quelqu'un le récupérer si vous le souhaitez !

Le papier glissa finalement des doigts de la petite directrice qui resta toujours muette, ses jambes balançant dans le vide. Fennella récupéra l'objet et le parcouru de ses trois yeux.

- Je me demande comment Monsieur Dobri est parvenu à sortir un livre de la bibliothèque sans que nous nous en apercevions.
- Callisto est dans le coup, c'est un ouvrage de sa section. finit par dire la filles aux bouclettes tandis qu'elle se relevait de son perchoir.
- Donc Monsieur White a demandé à Monsieur Dobri de vous dérober un livre, et Callisto n'a rien dit ? Mais pourquoi Monsieur White n'est pas venu lui-même ?
- Rappelle-toi, la dernière fois il a laissé entre-ouverte la porte des livres maudits et est parti en douce pour ne pas se faire attraper. Il ne voulait sans doute pas revenir tout de suite pour laisser à la directrice le temps d'en vouloir à quelqu'un d'autre.
- Oh…
- Que comptez-vous faire madame la directrice ? s'enquit Fennella.

Lotte sauta finalement de l'étagère et atterrit face à ses trois employés. Elle attrapa le papier au vol et sans un mot, le froissa entre ses petits doigts, puis le piétina avec frénésie avant d'y mettre tout simplement le feu et de désintégrer les quelques cendres encore debout. La directrice remercia finalement ses camarades puis demande à Fennella d'aller chercher Ladli tandis qu'elle allait se préparer. Une heure plus tard, la bibliothèque était confiée aux bons soins de ses employés tandis que la directrice, Ladli et Indira étaient déjà en route pour Paris. Compte-tenu des derniers événements qu'avait vécu la Simurgh dans la capitale française, celle jugea que la churel serait plus efficace que Charles-Alexandre comme bras droit. La nymphe s'était de son côté invitée d'elle-même du fait que sa dernière sortie en ville remontait à trop longtemps selon elle. Quelle ne fut pas sa déception en apprenant auprès des agents de la Curia que le cirque où Olek s'était rendu n'était qu'en périphérie de la capitale.

- Ne risquons-nous pas de déranger Monsieur Dobri alors qu'il est en mission ? D'autres membres de la Curia ont d'ailleurs fait le déplacement. Le message qu'il a laissé disait bien qu'il rendrait le livre un jour n'est-ce pas ? Je trouve cette sortie légèrement précipitée.
- Oui, enfin ce message disait surtout « Je t'ai emprunté un livre pour Edward, merci ma p'tite Lolotte ! », avec un dessin et un bonbon… Et puis ce n'est pas le dernier livre de la bibliothèque que Monsieur White finira par perdre chez lui et que l'un d'entre nous sera contraint de venir personnellement récupérer.
- Ce sale cabot ne cesse de me provoquer, pensant que je ne remettrai plus les pieds à Paris après ce qu'il s'est passé. Cette fois-ci il sera avec Olek, l'occasion idéale d'en prendre un pour frapper l'autre. Et puis ce cirque a beaucoup agité la Curia ces derniers temps, j'aimerais voir ce qu'il en retourne.

Le fiacre s'arrêta à quelques mètres de l'entrée du chapiteau que l'on apercevait déjà pointer vers le ciel. Ladli fut la première à descendre, vêtue d'une robe pourpre suffisamment longue pour couvrir ses jambes d'antipode. Ses cheveux noirs, d'ordinaire détachés et recouverts par un voile, étaient noués en un chignon serré sur lequel s'appuyait un chapeau rond de la même couleur que la tenue. Indira sortit à son tour, portant une robe printanière couleur vert d'eau et affublée d'un chapeau volumineux décoré de plumes de paon, de perles de nacre et de fleurs colorées. Elle tendit la main à Lotte qui toucha terre à son tour, munie d'une petite robe rose poudrée, ses cheveux noués en tresses basses. Face à ce joli trio de jeunes femme, le cocher ne put s'empêcher de rougir et de lever son chapeau pour les saluer tandis qu'elles rejoignaient le chapiteau.

- Je les vois, ils viennent d'entrer sous le chapiteau.
- Nous les attendrons ici, je n'ai pas envie de me retrouver broyée sous cette masse d'idiots.
- Hein ? Tout ça pour rester dehors ? Et moi qui avait sorti mon nouveau chapeau… Je vais à l'intérieur, puis je vous rejoindrai une fois le spectacle terminé, vous êtes d'accord Madame la directrice ?
- Tu n'étais pas obligée de venir je te rappelle. Vas-y, je ne te retiens pas. Tu garderas un œil sur eux comme ça.

Indira adressa un sourire à ses camarades puis s'engagea à son tour dans la foule, s'accrochant déjà au bout de quelques minutes au bras d'un jeune homme fringant. Ladli et Lotte rejoignirent quant à elles une roulotte vide.

- Je ne pensais pas qu'il pouvait y avoir autant de monde pour ce genre d'événement.
- Il semblerait qu'ils présentent une femme serpent. Pensez-vous qu'il s'en agit réellement d'une ?
- Les humains sont prêts à tout pour obtenir la gloire, cela ne m'étonnerait pas que cette femme serpent quitte sa peau le soir venu. Mais la Curia ne serait pas là si la situation était réellement aussi simple.
- Que faisons-nous en attendant ?
- Allons manger de la barbapapa, je ne suis pas venue ici pour m'ennuyer bêtement.

Tandis qu'elles s'approchèrent du stand de confiserie, Lotte constata que le sol était recouvert ici et là d'étranges papiers, sur lesquels était proféré un message contre de dites « aberrations ». La simurgh ne s'en préoccupa que peu, mettant cela sur le compte de la stupidité humaine, tandis que Ladli se figea quelques temps avant de rejoindre sa patronne. Leur nombre était remarquablement élevé, pensa-t-elle.

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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   18.03.18 20:34

Et bah, l'était pas commode c'ui-là. Il sait pas qu'c'est pour s'détendre l'cirque ?
Voyez-vous qui dit ça, Jo l'acrobate grognon !
Ferm'la Colin.
Jamais. Même dans tes rêves les plus fous, tu ne me bâillonneras pas.
Mwarf… Toi et tes tournures d'phrases…
Et avoue que tu l'as cherché. Je suis certain que s'il a haussé le ton c'est parce que tu as commencé à faire les yeux doux à la blondinette.
N'import'quoi.

Colin secoua la tête, trop habitué à l'absence de second degré de son ami pour esquisser la plus infime remarque. Les deux échassiers s'étaient éclipsés du parvis après avoir joué un dernier tour à un petit groupe de visiteurs. Ils y retourneraient sous peu, mais après deux heures perchés à plusieurs mètres de haut, la fatigue commençait à se faire sentir et une pose bien méritée s'imposait. À l'abri entre les roulottes, ils se débarrassèrent de leur attirail et s'installèrent sur deux caisses en bois oubliées là. Jo sortit de l'une d'elle une bouteille de grog et en prit une gorgée sous l'œil de Colin qui passa une main dans ses boucles dorées et s'alluma une cigarette.

Purée qu'ça fait du bien ! J'avais l'gosier en feu à force d'gueuler !
Tu as de l'entrainement pourtant, se moqua son comparse. Allé file moi une lichette.

Il tendit la main, mais la bouteille s'éloigna aussi vite que le sourire de Jo s'élargit. Après deux passes amicales, Colin parvint à mettre la main sur le divin alcool et en prit une lampée si généreuse qu'il s'attira les foudres de son interlocuteur :

Hé ! M'bois pas tout là !

Ils éclatèrent de rire et leur échange se poursuivit. Il s'interrogèrent sur le spectacle qui devait avoir commencé, sur la recette du soir, les goûts étranges de Jo pour les alcools maisons et ainsi de suite. Finalement la conversation s'étiola et se transforma en un silence paresseux que Colin finit par couper :

C'est la troisième fois que je vois un visiteur passer entre nos tentes. Ils ont l'air bien curieux ces parisiens.
Ou c'qu'ils ont pas trouvé l'entrée d'chapiteau ?
Faudrait qu'ils soient vraiment… Attends, mais tu viens de faire une vanne ?
Va chier Colin.
Quand je vais dire ça à Jacques.
Tu saoules.
Quand tu diras quoi à Jacques ?

Les deux garçons tournèrent la tête en même temps et sourirent à l'arrivée d'une vieille femme dont la maigre silhouette était engloutie par les châles. Elle les salua avec bienveillance, posant sur eux son unique œil valide, l'autre restant à peine visible, déformé par la cicatrice d'une vieille et méchante brûlure qui lui léchait la moitié du visage.

M'ma ! Tu ne devineras jamais ce que vient de faire Jo.
Tu parles à une diseuse de bonne aventure mon grand, il n'y a rien que je ne sache pas. Même les tentatives de plaisanteries de Jo.
C'tait pas une tentative. Colin a juste aucun humour.
Défends toi comme tu peux va.

Secouée d'un rire léger, M'ma passa devant les garçons et leur recommanda d'être prudents avant de disparaître au détour d'une tente. Ils firent peu cas de ses recommandations, trop occupés à se taquiner l'un l'autre jusqu'à ce qu'il soit enfin temps pour eux de retrouver leurs perchoirs.
Ce fut Colin qui, le premier, se hissa sur ses échasses. Jo lui tendit le costume qui couvrait les deux hauts morceaux de bois, mais au lieu de s'en saisir son comparse s'exclama brusquement :

Jo regarde !
Quoi ? Si c'encore une d'tes fout– C'tait quoi ça ?!
Toi aussi tu l'as vu ? J'ai pas rêvé ? C'était quelque chose de gros qui rentrait sous le chapiteau, mais… Mais par les airs.
Un oiseau ?
Sérieusement ? Ils font quelle taille les oiseaux dans ton pays de bucherons.
T'sais ce qu'il t'dit mon pays ?
Bon les gars ! Elle est finie votre pause il me semble !

C'était Jacques. Il les appelait depuis l'autre bout de la place, les sourcils froncés et son épaisse moustache toute hérissée de l'attente. Les échassiers se jetèrent un coup d'œil hésitant.

Laisse tomber, trancha faiblement Jo en donnant son costume à son acolyte. C'tait probabl'ment rien d'tout. Un effet d'optique ou un truc comm'ça.
Hum ouais. Tu as peut-être raison. Exceptionnellement.
C'un bon début d'l'admettre.
Hé Jacques ! Tu sais pas ce qu'à fait Jo ?
Non Colin ! Raaah !

Lorsque Jo se hissa à son tour sur ses échasses, il chercha à rattraper son ami à une telle allure qu'il ne fit pas attention à la silhouette qui s'était brièvement glissée derrière eux. De toute façon, s'il s'était finalement retourné, il n'aurait rien vu. L'ombre s'était volatilisée aussi soudainement quelle était apparue.
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Annonce de M. Loyal



Sous le chapiteau, le spectacle a été lancé. Vous pouvez toujours rejoindre les gradins à condition de vous montrer discrets et de ne pas déranger le spectacle qui s'y déroule.

Si vous préférez continuer d'écumer les alentours du cirque, vous croiserez encore de nombreux artistes restés pour animer les lieux. Vous pouvez également vous perdre entre les roulottes et les petites tentes dispersées sur l'esplanade.

À la condition d'être plus attentifs que Jo et Colin, il se pourrait que vous remarquiez une étrange silhouette parmi les curieux et les employés des lieux. Mais à peine avez-vous cligné des yeux qu'elle n'est plus là. D'autres visiteurs peuvent également vous sembler louches. Ils repassent souvent au même endroit et semblent avoir un intérêt tout particulier pour l'intérieur des petites tentes et des roulottes.

Enfin, voici pour quelques participants, des obligations plus précises découlant directement de votre premier poste :

  • Aldrick & Élise : Quelque chose vous a légèrement bousculé, mais impossible de savoir quoi. L'étrangeté a eu l'air de se faufiler entre vous et puis, plus rien.

  • Ashton : Ta route va croiser celle de M'ma. Cette diseuse de bonne aventure semble très intéressée par ton cas. Elle lit l'avenir en deeppink.









Vous posterez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au dimanche 1er avril (au soir) pour participer à cette deuxième partie !


Vous pouvez toujours nous joindre par MP pour la moindre question ! Nous répondrons au plus vite, comme d'habitude ~

Retardataires ? Vous êtes les bienvenus tant que vous prenez en compte les éléments précédents.
Pour les autres, un grand merci pour votre participation !
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Aldrick Voelsungen
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   27.03.18 0:46

S'il avait été sous sa forme lupine, nul doute qu'Aldrick aurait eut le poil hérissé rien qu'en laissant les deux échassiers s'approcher respectivement de ses sœurs. Alors lorsque l'un d'eux frôla la joue de Sabrina sous prétexte de lui faire une farce, il avait déjà fait un pas en avant et tendu la main pour lui briser le poignet, la mâchoire aussi serrée que s'il avait saisi la chair pour la broyer.

- Ôte immédiatement tes sales pattes de ma sœ...

Le loup noir n'acheva pas, surprit de retrouver face à lui ce sourire si radieux qu'arborait la muse du cabaret. Un sourire d'une infinie tendresse, sans haine aucune, juste là pour réconforter. Un de ceux capables de balayer une colère en s'étirant davantage. Ce ne fut pas aussi simple, mais cela créa une diversion suffisante pour permettre aux artistes d'aller se rendre utiles ailleurs. Ils s'en furent aussi vite que le leur permettait leurs interminables jambes, et eurent même la bonté d'âme, d'aider sur leur chemin, un petit garçon en pleurs, à récupérer son ballon, coincé dans un arbre. Incontestablement, l'influence de la nouvelle venue, y était pour quelque chose.

- Élise, qu'est-ce que tu...

Mais la muse n'écoutait pas, prise dans un monologue d'un autre monde, elle l'approcha sans crainte, lui offrant une fleur inconnue, et le temps sembla se distordre pour n'être plus que charme et candeur.

* Le pouvoir de cette fille me surprendra toujours *

Comme une seule entité, ses sœurs s'enchantèrent de sa présence, la complimentant sur sa tenue, manifestement très heureuses de la revoir, et d'être ainsi flatées. Aldrick, plus bougon, se contenta d'un salut et d'un remerciement étouffé.

- Ce "Narcisse", c'est un ami à vous ? Tenta Éléna.
- Vous êtes toujours fâchée avec les chaussures ? Souligna Sabrina, non sans un léger rire, alors que le petit groupe se rapprochait du guichet.
- C'est vous qui avez créé cette robe aussi ? Enchaîna Éléna.

Aldrick soupira, songeant que les femmes étaient redoutables dès qu'il s'agissait de la mode, puis se rapprochant d’Élise, il sortit son porte feuille, prêt à payer la place de la belle, mais un frisson violent lui remonta l'échine tandis qu'il observait la muse, puis l'espace qui s'était subitement agrandit entre eux. Pourtant, aucun d'eux ne semblait s'être éloigné de l'autre.

- Qu'est-ce que c'était ? Tu as senti ?

Il avait eu l'étrange sensation d'avoir été écarté d'elle et l'avisa comme s'il s'attendait à ce qu'elle lui confie une nouvelle technique déroutante acquise au fil des millénaires. Mais en croisant son regard, il comprit que cela la troublait également, et que c'était un mystère pour elle aussi. Une vague odeur de terre mouillée lui semblait flotter entre eux, mais pas un nuage d'averse ne semblait sur le point de venir gâcher la représentation. Par habitude et avec suspicion, Aldrick observa la foule, cherchant si un fantôme fan d’Élise lui cherchait grief. Ses iris dorés, s'échouèrent d'abord sur un dandy au costume impeccable, mais terriblement banal malgré sa moustache singulière, puis passèrent sur un garçon plutôt bel homme, qu'il ne parvint à suivre du regard, forcé d'observer le prospectus par-dessus l'épaule de la muse.

Repérant finalement son ticket d'entrée, le commissaire se résigna dans un soupir. Non sans avoir froncé les sourcils de mécontentement. Il persista et signa en ce sens : préférant feindre de n'avoir pas entendu la question inquiétante de la demoiselle, tout en rangeant ses affaires, sans comprendre comment elle avait réussi à payer sans qu'il s'en rende compte.

* Une vraie Lamia, hein ? Ça n'aurait rien de joyeux si c'était le cas. Ce serait... Horrible. *

Il fronça les sourcils, certain qu'une avalanche d'ennuis encore pire que l'interminable discours d’Élise s'abattrait sur la capitale si cela devait arriver.

- Pourquoi tu n'es pas venu avec Narcisse, au fait ? Tenta-t-il pour éviter de trop avoir à songer au reste.

Sortant de quoi fumer, il s'alluma une cigarette, s'arrêtant un instant près d'un homme habillé en costume indien, une longue flûte laissant échapper de ses lèvres fines et halées une mélopée suave. Cette dernière se transcenda lorsque la muse s'approcha à son tour, faisant naître une danse envoûtante sur la peau luisante du serpent qui la suivait. La lumière se refléta de manière hypnotique sur les écailles vertes du reptile, mais ce fut une femme au pas décidé qui attira son attention, sa peau sombre contrastait vivement avec ses vêtements et sa chevelure crépue, quoique partiellement masquée, lui donna une vague impression de déjà vu.

* L'aurais-je déjà croisée ? *

Aldrick se frotta le menton, tout en extirpant de longues bouffées de fumée.

* Elle a l'air bien curieuse... *

Il se sentit tirer vers le bas et observa avec surprise la benjamine qui l'appelait pour la énième fois :

- Aly ! Aly ! Aly ! Ça va commencer ! On y va ? On va tout rater sinon !

La grimace que créa cette simple idée chez la blonde parvint finalement à arracher un sourire doux au brun, et posant sa large main sur sa tête, le loup acquiesça :

- Oui, oui, je termine ma cigarette et...
- Mais on va manquer le début ! S'indigna Sabrina.
- Partez devant, je vous rejoins, d'accord ? Élise, je peux te les confier s'il te plaît ?

Il articula des excuses muettes, navré de lui confier pareille tâche même pour un temps si court, sans avoir pu préalablement lui demander son avis. Mais sans attendre de réponse de la part d’Élise, les damoiselles s'en furent donner leur billet au clown qui fermait une à une toutes les entrées de lumière du chapiteau pour le plonger dans le noir. Juste à temps pour entendre la voix de Strano emplir l'édifice en se glissant sur le premier banc de libre.

- Et dire que mère ose prétendre que les filles sont plus patientes que les garçons... Soupira-t-il, taquin, en rejetant une série de ronds de fumée par jeu.



Pour Élise:
 

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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   27.03.18 18:01

Les délices sucrés de la barbe à Papa fondaient sur la langue taquine qui les dévorait. Un sourire ravageur caressait les traits taillés au couteau, soulignant les étincelles malicieuses qui illuminaient le regard brun. Ashton avait depuis longtemps oublié l'intrigue provoquée par le prospectus. L'atmosphère singulière de ces lieux l'avait attrapé au vol et le portait mieux encore que la foule, la mélodie ambiante provoquant en son corps de merveilleux frissons, comme un désir de se lâcher, comme un besoin de danser. Le jeune homme n'avait aucune envie d'y résister, au contraire, et il cédait davantage à la tentation à chaque seconde s'égrainant dans l'éternel sablier de sa vie. Sa poitrine se soulevait plus vite, plus fort, poussée à la frénésie par les furies de ses désirs. Un brasier insatiable le consumait. Il était fou, gorgé d'un plaisir insouciant, guidé par les fixations qu'ont les enfants parmi cet endroit qui de partout le happait. Tout l'attirait : la teinte si particulière des âmes se mêlant entre elles, les odeurs tentatrices des stands de sucreries, la grandeur des toiles de tente dont les pans entrouverts se voulaient invitations... Ashton ne se fût pas senti plus heureux dans une exposition artistique. C'était donc ça, les effets du cirque... ?

Esquissant un pas souple sur le côté, le canidé profita de son élan pour se retourner vers la masse de personnes se pressant le long des échoppes. Son sourire avait grandi et dévorait désormais une bonne partie de son visage, brillant sous le soleil de fin d'hiver comme pour mieux inciter à le rejoindre dans ses frasques. Ashton avait envie de tout, sans vraiment savoir de quoi. C'était une sensation délicieuse, envoûtante dont il ne parvenait pas à se lasser. Excessif ? Profondément. Cette idée fit naître une expression espiègle sur ses traits. Oui, il voulait de l'excès. Et s'il ne devait se nourrir que de pain jusqu'à la fin de la semaine, tant pis. Au pire irait-il quémander de la nourriture auprès d'Edward dans son bureau à la Curia. Cette pensée lui arracha un éclat de rire jovial : perturber son ami dans son travail – qu'il n'avait jamais vraiment à cœur d'accomplir de toute manière – semblait promettre un moment des plus divertissants.

Parmi le fouilli de sa conscience, une autre interrogation lui fit relever la tête. Elise devait se trouver ici. Il en était persuadé, en avait même la profonde conviction, et ce songe apporta davantage à la joie qui palpitait en ses veines. Le jeune homme laissa son regard brun caresser la foule à la recherche de la chevelure si particulière de sa sœur de cœur, désireux peut-être de la surprendre en allant déposer un baiser dans le creux de son cou. Cela faisait quelques temps déjà qu'il ne l'avait vue, et il lui tardait de pouvoir entrelacer leurs doigts.

Sa décision était prise. Sautant à nouveau dans la foule, Ashton se dirigea vers les numéros que proposaient les artistes du cirque devant le châpiteau. Ses pas souples fendirent la foule, sa haute stature et son apparence douteuse encourageant les passants à ne pas le heurter. Le canidé avançait, droit, sa détermination transparant dans la sensualité de sa démarche, son regard pétillant fixé sur sa destination. Rares étaient ceux qui, pris d'une audace incongrue, eussent osé l'interpeller. Rares, mais pas inexistants.

« Jeune homme ! Jeune homme... »

L'intéressé fit volte-face à peine les mots prononcés, bien étonné d'être ainsi interrompu par une voix erraillée par le temps. Son visage portait sur lui les stigmates de cette surprise, et il pencha la tête à l'adresse de la vieille dame qui avait trouvé un intérêt en sa personne. Celle-ci se révéla à lui dans toute la petitesse d'un corps affaibli par le poids des années, le charme de ses rides épousant celui des multiples tissus qui couvraient sa frêle stature. Elle posa sur lui de ces regards sages dont il raffolait, de ceux qui portent la vérité du monde dans leurs reflets et qui en taisent les mystères  pour mieux les préserver. Ce fut tout juste s'il remarqua la vilaine cicatrice qui dévorait la moitié de son visage. Elle était belle. Son aura singulière flottait tranquillement autour de son être, ondulant sensuellement dans les airs qui l'entouraient. Ashton était captivé au premier coup d'oeil. Et elle en avait pleine conscience. De cette autorité naturelle qu'ont les femmes d'expérience, elle désigna un énième châle qui gisait au sol. Un mince sourire illuminait ses traits strillés.

« Pourriez-vous ? »

Le jeune homme hocha de la tête, acquiesçant spontanément en espagnol tandis qu'il cueillait le tissu. Il s'approcha ensuite de son interlocutrice, enroulant de lui-même son vêtement autour de ses épaules. Leurs regards se croisèrent, tous deux visiblement amusés de cette situation, et ils s'adressèrent mutuellement une expression charmeuse.

« N'est-ce pas intriguant de s'adresser à un voyou de mon genre pour vous venir en aide, señora ?
- Oh, vous êtes un voyou... ?
- C'est ce qu'on dit... »

Un éclat de rire partagé, puis la vieille main vint frôler le visage éternellement juvénile de son vis-à-vis.

« Hé bien, je sentais que vous aviez quelque chose à me dire... »

Incompréhension. Excitation. Le regard d'Ashton s'enflamma. Il en était sûr... Cette dame avait un petit quelque chose en plus, comme un éclat dans les reflets ambrés de son âme. Elle avait un don.

« Et qu'ai-je à vous dire, à votre avis ?
Un tas de choses, un tas de choses, si vous me suivez seulement... »

Parce qu'il était un idiot en perpétuelle quête d'aventure, et parce qu'il prenait bien peu de peine à écouter la raison, il s'exécuta. Lorsque toutefois il précisa à sa compagne du moment qu'il n'avait pas beaucoup d'argent à dérober, celle-ci signifia d'un simple geste qu'il n'en aurait pas besoin.

« Je ne fais ça que pour satisfaire ma propre curiosité, voyez. »
, expliqua-t-elle simplement.

Ashton ne la crut qu'en partie, mais ne résista pas quand elle l'invita à prendre place sur un maigre fauteuil face à elle, dans sa tente. Son regard l'aidait à se distraire de la pointe de nervosité qui l'avait saisi à l'idée des mots qui pourraient s'échanger Il le laissait virevolter d'objet incongru en objet incongru, bien satisfait de s'interroger sur tout ce qui l'entourait.

« Donnez-moi votre main. »

Le jeune homme s'exécuta sans mot dire, les doigts dentelés allant presque d'eux-mêmes au contact de la peau vieillie, ses yeux allant trouver le visage marqué par le temps et la douleur. L'impatience s'était mêlée d'appréhension, et il ne savait trop que penser de ce qu'il était en train d'accomplir. Avait-elle vraiment un don, ou était-elle de ces charlatans qui s'amusaient à décrédibiliser leur cause ? Il avait eu l'impression de sentir son talent, certes, mais le doute s'était insinué en lui à mesure que l'idée de voir son passé dénudé avait achevé de l'angoisser. Il n'eut toutefois pas le temps de s'en inquiéter outre mesure : son interlocutrice se figea toute entière, comme prise d'une convulsion, son regard omniscient remontant vers l'arrière de son crâne tandis que son dos se courbait à l'extrême. L'action dura quelques secondes tout au plus, trop peu pour que la surprise l'ayant figé lui permît de réagir de manière adéquate. La vieillarde se relâcha soudain, son corps ballotant dans les airs avec une étrange légèreté. Ses yeux étaient, semblait-il, toujours révulsés, conférant à la scène une ambiance singulière, entre mystique et horrifique. Si c'était faux, c'était toutefois un spectacle très réussi.

D'une voix d'outre-tombe, plus grave qu'auparavant, elle s'exprima.

« Je vois... Je vois la mer... »

Ashton hocha la tête par réflexe avant de se contrôler. Montrer une quelconque réaction aux dires de son interlocutrice eut été stupide. Un bon arnaqueur avait tout le loisir de cerner sa réussite via ce que déclarait le corps, n'ayant nul besoin d'un pouvoir pour déterminer les vérités du vécu. Étant donné qu'il arborait aujourd'hui encore la blouse typique des marins, l'information déclarée par sa compagne n'avait rien d'un miracle de la divination.

Les mouvements qu'esquissait le buste de la voyante s'accentuèrent légèrement. On eut dit une noyée dans un océan trop calme, ballotée par des vagues l'emportant au large. Elle ouvrit à nouveau la bouche.

« Je vois... Je vois des épices... Rouges, ocres... »

Elle agita ses lèvres, comme pour goûter les saveurs orientales qu'elle désirait décrire. Son corps continuait de tanguer, doucement. Soudain, il se figea, et elle poussa un hoquet surpris. Ashton sursauta presque violemment face à la brusquerie du mouvement, s'amusant discrètement du ridicule dont il venait de se couvrir. La vieillarde, elle, n'y prêta pas d'attention.

« Je vois des combats... Vous vous battiez, n'est-ce pas ? »

Le jeune homme ne répondit rien, scrutant de son regard brun la silhouette ondulante qui lui faisait face. Pour l'instant, les informations citées ne le convainquaient pas le moins du monde. Toutes étaient inscrites sur son front plus sûrement qu'aucun tatouage. Les épices ? Ashton portait des tenues d'inspiration orientale et ne s'en cachait pas. Les combats ? À son grand dam, son apparence était celle d'un voyou et lui-même s'était qualifié ainsi quelques minutes auparavant.

Le monologue se poursuivit ainsi le long de plusieurs déclarations qui, bien que véridiques, ne parvinrent pas à le transporter. Des années à fréquenter les bas quartiers avaient forgé son esprit critique et il avait besoin de bien mieux pour se laisser aller à croire les diseuses de bonne aventure. Peut-être l'avait-elle sentie, peut-être simplement voulut-elle se défendre. La vieille femme s'empoigna soudain le cœur et, se pliant en deux, comme frappée au ventre par un poing cruel, laissa un sanglot lui échapper.

« Je vois... Je vois une femme. »

Ashton se figea. Sa gorge se serra, son corps se tendit. Il prit une inspiration fébrile dans l'espoir vain de calmer les images qui déferlèrent sur son esprit, chercha en se reculant à se défaire de l'horrible impression d'être exposé, nu devant une inconnue. Mais la voyante avait raffermi sa prise sur lui, et il n'avait pas au cœur la rage de violenter une personne si agée.

Bon sang, ce qu'il pouvait être con... Ce n'était là qu'une information de plus, une nouvelle tentative de l'accrocher par quelques phrases complètement bâteaux. Réagir ainsi, c'était afficher une pancarte sur son visage où il était inscrit « Pigeon ». Un éclat de rire un peu trop amer lui échappa tandis qu'il peinait à cacher son désarroi, un sourire charmeur marquant ses traits.

« Une seule ?
- Chhhhh... Je vois... Je sens une grande peine. »

No shit, Sherlock.

« Bon, écoutez, finit-il par l'interrompre, vous ne m'apportez rien avec vos dires. Je suis navré, señora, mais j'ai des choses à f-
- Vous l'avez perdue. »

C'en était trop. Ashton se redressa, le cœur serré et les yeux trop pleins d'images douloureuses, l'esprit embrumé par le souvenir honni d'une robe noire soulevée par un vent funèbre et le son disgracieux d'un corps percutant les vagues. La poigne de la vieillarde ne put rien pour l'arrêter dans sa frénésie. Il lui adressa un regard fermé, trop sombre sans doute pour ne pas être inquiétant.

« Je croyais que vous étiez censée voir mon avenir. Je vous l'ai dit. Je suis navré d'avoir pris votre temps, mais je m'en vais. Je suis en retard, déjà.
A-attendez, jeune homme. Justement ! Justement... »

L'expression du canidé se fit légèrement colérique. Il n'avait pas envie d'écouter les idioties qu'elle s'apprêtait à lui servir, aussi jolies fussent-elles. Et si c'étaient désormais des yeux bien ouverts et conscients qu'elle lui adressait, peut-être comprendrait-elle en détaillant son visage combien il était impossible de le retenir. Il se dirigea vers la sortie.

« Je la vois dans votre futur ! »  

Ashton se figea à nouveau, tournant vers elle un regard noir de rage. L'animal blessé avait presque envie de mordre. Il émanait de lui une noirceur nouvelle, vent d'orage dont les plus sages se méfiaient toujours. La voyante se redressa doucement avant de se diriger vers un petit poêle qui trônait dans un coin de la tente, encombré par boîtes et bocaux en attendant d'être utilisé.

« Je le sens, elle est avec vous n'est-ce pas ? »
, poursuivit-elle, inconsciente, semblait-il, des dangers qui planaient sur elle.

Un fin sourire courba les lignes de son visage, et elle réajusta ses châles tandis qu'elle se saisissait d'une petite casserole. Elle y versa de l'eau sans se préoccuper de son interlocuteur, comme persuadée que ses mots l'accrocheraient suffisamment pour l'obliger à rester. Ash détestait lui donner raison.

Raide silhouette dissimulant la lumière provenant de l'extérieur, il se tenait droit, fixant d'un regard méfiant les affaires de la vieille dame. Celle-ci s'était mise à chantonner un air jovial, reine insouciante de son petit palais. Elle versa dans la décoction quelques poudres à l'apparence douteuse et dont l'odeur fit froncer le nez du canidé.

« Que faites-vous ? »
, interrogea-t-il, laissant finalement sa curiosité innée prendre le dessus sur la vivace colère qui menaçait de le contrôler.

Un petit éclat de rire retentit.

« C'est pour vous. Ce ne sera pas très bon, mais c'est très efficace. Il faudra la boire cul-sec.
- Qu'est-ce ?
- Une décoction. J'ai appris auprès des meilleurs, vous savez. Il y a en Amérique des hommes tout à fait étonnants que l'on nomme chamans, et ces potions les aident à mener à bien leurs rituels.
- Rituels, hein... ? »

Elle lui adressa un regard malicieux.

« Vous voulez la revoir, non ? »

Ashton détourna le regard, croisant ses bras dans un réflexe protecteur. Un espoir douloureux rongeait son cœur et il craignait de lui laisser libre-cours autant que de le fuir. La vérité portait un masque au travers duquel il ne parvenait pas à voir. L'opportunité, il le savait, était trop belle pour être refusée, aussi improbable fut-elle. Il lui céderait. C'était une certitude tout à la fois frustrante et effrayante, de se savoir ainsi à la merci des facéties d'une vieille femme.

Un bol fut posé sur le bureau dans un petit bruit, sortant le jeune homme de sa transe. Il lança un regard à la voyante. Elle sourit. Il saisit le contenant. Adressant une œillade suspicieuse à la mixture dont il émanait de puissantes odeurs âcres, il l'approcha de ses lèvres.

Persuadé de faire une énorme bêtise, il but.

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Ain't Gonna Rain Anymore - Nick Cave
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Dernière édition par Ashton Lyn le 28.03.18 1:37, édité 1 fois
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Alice Lindel
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   27.03.18 22:12

Complètement ignorée. Non seulement les quatre compères ne répondirent pas à son salut, ils poursuivirent leur route et leur conversation parmi les échassiers. La voix forte d’Aldrick l’informa au moins sur une chose : elle avait vu juste. Au moins l’une des jeunes filles était sa sœur, l’autre sans doute également, en toute logique. Quant à l’autre femme ... Difficile à dire, mais cela ne la regardait pas, non ? Malgré tout, elle ne pouvait s’empêcher d’être blessée. Sa solitude d’abord appréciée, lui donnant des ailes, se faisait bien plus lourde, sa poitrine se resserrant. Lèvres pincées, le nez presque relevé comme elle avait vu tant de ses « semblables » le faire, Alice passa son chemin sans leur adresser la parole. S'ils n'avaient pas le temps de lui accorder au moins la politesse d'un bonjour, eh bien, elle non plus ne perdrait pas son temps et elle continuerait à explorer les lieux. Une attitude presque hautaine, dans d’autres circonstances ... Père en serait fier et cela lui donnait la nausée.

Noyer son chagrin dans les sucreries ? Cela aurait été une option, vu tout ce qui était offert, et elle avait certainement assez d'argent pour le faire, mais ce n'était pas vraiment son genre. Lorsqu'on vit au milieu d'un empire du chocolat, on finit par en perdre vite l'envie. Quant à se rendre dans la galerie des miroirs par mélancolie, cela risquait de la rendre encore plus déprimée, et surtout, elle risquait de ne pas s'amuser beaucoup si elle ne cherchait qu'à chasser un souvenir ancien. Alice avait une bien meilleure idée. Puisque tout le monde était occupé par le spectacle, autant les artistes que les visiteurs, c'était le moment parfait pour se perdre près des caravanes. Elle était curieuse. La plupart des gens étaient fascinés – en bien ou en mal – par la femme serpent, mais elle se demandait si on ne leur cachait pas quelque chose d'autre d'encore plus incroyable. Ou quelque chose qu’ils n’étaient pas supposés voir, qui révèlerait le secret de la supercherie. Alice n’était pas certaine de ce qu’elle préfèrerait. Elle avait toujours été un peu rêveuse. Si on la prenait sur le fait, elle pouvait toujours dire qu'elle s'était perdue. Ce qui ne serait pas tout à fait faux … Mais peut-être était-ce une mauvaise idée, en fin de compte. Elle avait l'impression d'être observée, ou que quelqu'un d'autre était dans les parages, engagé à un but semblable à le sien. Où à des desseins beaucoup moins purs. Même dans un endroit aussi bondé, il était possible de trouver une occasion si l’on cherchait suffisamment.

« Il y a quelqu'un ... ? »

Elle n'avait pas peur. Pas encore. Elle était juste prudente. Si une main se posait sur son épaule sans crier gare, par contre, elle allait crier sous la surprise, c'est sûr. Elle aurait sûrement mieux fait de se tenir tranquille et de retourner auprès des forains extérieurs ... Ou de rentrer chez elle, mais ce serait admettre la défaite et elle n'était pas prête à abandonner aussi tôt.
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Elise Barcarolle
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   30.03.18 2:07

Elise était contente. Elle passait un délicieux moment et l'ambiance alentours était remplie de mélodies plus belles les unes que les autres. Tout ça lui donnait des envies de rire, de danse et de fantaisie qu'elle n'assuma que par les fleurs qu'elle distribua à Aldrick et ses sœurs. Celles-ci, visiblement d'aussi bonne humeur qu'elle, s'enchantèrent de sa présence et prirent soin de noter chacune de ses répliques. Elise appréciait. D'ordinaire, les gens ne prenaient jamais vraiment le temps de l'écouter. Ce n'était jamais rien de grave, car ils retenaient l'essentiel -ou peut être faisaient-ils semblant- mais c'était toujours plaisant, d'obtenir véritablement l'attention des gens.

« Oui, Narcisse est un ami à moi. Il est acrobate au Lost Paradise ! Ses numéros sont merveilleux ! D'ailleurs, ça me fait penser à une fois où il touchait si peu terre qu'il donnait l'impression d'avoir des ailes ! C'était vraiment majestueux ! »

Elle ne se rappelait que trop bien de cette répétition où elle avait un instant cru qu'il allait s'envoler. Elle se souvenait des notes affolées de son âme, touchant des cieux que le jeune dragon lui-même n'avait jamais frôlé.

« Les chaussures, ce n'est pas nécessaire, et puis imaginez que vous ayez besoin de courir. Moi, je suis libre de ne pas les perdre, puisque je n'en porte pas. Lorsque j'en ai aux pieds, c'est parce qu'Edward m'a forcée. »

Une moue boudeuse s'installa le temps d'une seconde sur les traits de la muse, mais déjà, la question suivante l'emportait. Secouant la tête les yeux pleins d'étoiles, elle reprit de plus belle son semi monologue, relancé à intervalles réguliers par les interventions de ses vis-à-vis. Oui, vraiment, Elise aimait parler aux gens.

« Non, non, c'est Reilly, le couturier du Lost. Vous le connaissez, Reilly ? Il est vraiment très gentil, et très très doué de ses mains. Il est très proche d'Ashton, aussi. Et il aime les peluches autant que moi. D'ailleurs, une fois, il a même cousu une robe pour l'une de mes poupées de chiffon. Sarah était jalouse, mais il lui a promis de lui en faire une encore plus belle, alors elle l'a pardonné. Vous avez des poupées et des peluches, vous ? »

Mais alors qu'elle poursuivait et profitait d'un instant de répit pour payer sa place, quelque chose fila entre elle et Aldrick. Ce ne fut rien qu'une impression fugace, rien que le contour d'une ombre, rien que la volatile caresse de quelques notes, mais Elise en était certaine. Elle n'avait pas rêvé et quelque chose venait de se passer. Le peu de doutes qu'elle avait s'envola avec la question d'Aldrick. Lui aussi l'avait perçu. Quoique ce fut, c'était bel et bien réel. Elle hocha simplement la tête. Elle avait eu la sensation d'être brusquement tirée d'un pas en arrière, mais elle était toujours à ses côtés, comme si rien n'avait bougé. Aldrick partageait visiblement ses incompréhensions. Son regard hurlait mille interrogations pour lesquelles elle ne possédait pas la moindre réponse.

« Je ne sais pas ce que c'était. »

Et comme si les mots avaient pu combler le flot de questions qui menaçait de les noyer, Elise parla. Elle parla, parla encore et encore, perdant progressivement ses débuts de crainte au profit d'un enthousiasme plus affirmé. Cette fois-ci, le commissaire n'était pas de son avis.

« Je pensais qu'elle pouvait avoir un véritable numéro, de jonglage, par exemple, ou bien de danse, ou encore d'acrobate ! Je ne voudrais pas d'un spectacle où elle n'est qu'un objet, relique d'un monde qui dépasse les humains de très loin. »

Le tout avait été dit sans animosité ni jugement. Sans tact, aussi. Et sans discrétion. Elle poursuivit pourtant le plus naturellement du monde.

« J'espère vraiment qu'elle aura un beau numéro. »

Mais Aldrick ne souhaitait pas rester sur le sujet, et Elise ne le comprit que lorsqu'il en changea du tout au tout. Celui qu'il choisit pour détourner le premier ne lui plut pas le moins du monde. Son sourire se ternit et la muse prit une expression chagrine.

« Parce que Narcisse ne m'aime plus du tout, depuis la fois du corset... Je crois qu'il m'en veut toujours, car nos rapports sont pour la plupart strictement professionnels. Pourtant, j'essaye, mais je crois ne pas savoir m'y prendre. Il n'aime pas vraiment lorsque je lui dis que ça lui allait très bien, sa tenue. »

Un soupir quitta les lèvres enchanteresses, si bien qu'elle ne remarqua la joueuse de flûte qu'au tout dernier moment. À l'instant où son regard croisa celui de la musicienne, le monde disparut au profit d'une toute autre dimension. Les visages s'effacèrent, les paysages se floutèrent et seul le regard de l'inconnue continua d'exister. Tout autour d'elles, l'univers n'était plus que musique. Les âmes, comme portées par le son de la flûte, se mêlaient à elle dans une mélodie sans âge. Elise était captivée, tant et si bien qu'elle ne remarqua pas la femme qui vola l'attention du loup. Tout comme lui, ce fut la plus jeune des deux sœurs qui la ramena brusquement à la réalité. Ça, et le sourire d'Aldrick, d'une absolue douceur. Celui-ci fit naître une moue attendrie sur les traits de la muse. Il était beau, lorsqu'il se laissait aller à aimer. Le dialogue qui s'ensuivit arracha un éclat de rire à Elise.

« C'est d'accord. On y va les filles ? »

Un sourire plus grand que le précédent sur les lèvres, Elise fit signe à Aldrick qu'il n'y avait pas de problème. Lorsqu'il les aurait rejointes, elle aurait bien le temps de retourner à l'extérieur pour mener l'enquête. Pour l'heure, profiter du spectacle lui convenait aisément. Les filles passèrent l'entrée du chapiteau dans un même élan d'enthousiasme. Elise avait hâte de voir la Lamia jongler.


[SUITE SOUS LE CHAPITEAU]
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Lotte Hochvogel
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   01.04.18 23:26

Assises sur un banc entouré de roulottes, Lotte et Ladli regardaient silencieusement deux pigeons en train de se disputer un morceau de pain. Le plus gros et emplumé des deux semblait avoir le dessus, mais bientôt un troisième concurrent, un petit moineau, eut raison de la dispute et s'envola avec le butin, laissant les deux pigeons perplexes, avant de poser leur attention sur un autre reste de nourriture. La petite fille se contenta d'un soupire et leva la tête tandis que sa partenaire était occupée à compter le nombre de miettes de pain qui recouvraient le sol.

- Finalement j'aurais peut-être dû prendre un livre avec moi.
- …
- Tu n'en as pas je suppose ?

Le visage de l'indienne resta figé, ses yeux reliant furtivement chaque miette l'une de l'autre. Lotte finit par se lever et épousseta sa robe avant de jeter un œil autour du banc. L'endroit était plutôt désert, le duo avait eu l'idée d'aller se réfugier en arrière du chapiteau pour ne pas être ennuyé par les personnes restées à l'entrée de la zone de spectacle. Quelques artistes passaient vers elles quelques fois mais ne semblaient pas leur prêter attention. Lotte saisit du bout des doigts la tige autour de laquelle était autrefois enroulée la barbapapa qu'elle avait mangé, puis envisagea de faire un petit tour autour du cirque avant de se raviser, de crainte de croiser des personnes agaçantes. Ladli se leva enfin, toujours impassible. Elle commença à s'éloigner sans un mot, les yeux fixés sur le sol, bientôt suivie de la petite blonde qui profita de la situation pour s'engager dans la nouvelle promenade.

Des exclamations de surprise et des applaudissements s'échappaient de temps à autres du chapiteau, mais n'attiraient aucunement l'attention de Lotte qui attendait patiemment la fin du spectacle. Bien qu'elle soit dotée d'un mauvais caractère, la Simurgh avait suffisamment vécu pour savoir être patiente dans certains moments. Mais il fallait admettre que là, rien d'intéressant ne se présentait à elle. Bien sûr un homme perché sur des échasses ou une femme étrangement maquillée portant un fouet entre ses mains n'étaient pas sans intérêt, mais il fallait admettre qu'à la bibliothèque de Minerve, ce genre de rencontres sont monnaie courante.

- Deux cent trente huit.

Lotte leva un sourcil.

- Je m'attendais à un chiffre moins élevé.
- J'ai également pris en compte celles possiblement mangées par les pigeons.
- Je vois.
- Que fait cette personne ?

La petite directrice tourna les yeux et aperçut une silhouette courbée, marchant dans une fausse discrétion en direction du chapiteau. Elle reconnut après s'être rapprochée une jeune demoiselle portant d'imposantes lunettes et donc les cheveux étaient épinglés à un petit chapeau couleur bordeaux. Les larges pupilles de l'inconnue croisèrent alors celles de Lotte et de Ladli, lui valant un sursaut d'étonnement. Prise d'une gêne soudaine, elle s'éloigna de la toile bariolée et rangea ses mains derrière son dos, bégayant quelques mots voulant sans doute servir d'excuse. Lotte pencha la tête et constata la présence d'une légère ouverture donnant directement sur l'intérieur du chapiteau. La présence d'une caisse posée au milieu du chemin montrait que cette ouverture n'était d'ordinaire pas accessible, mais que la demoiselle avait fait en sorte de remédier à ce problème. La directrice tiqua quelques instants, persuadée de reconnaître le visage embarrassé qui lui faisait face, un sentiment que partagea visiblement son interlocutrice qui brisa le silence qui venait de s'installer.

- Vous… Vous étiez au cabinet de curiosité n'est-ce pas ? Vous accompagniez votre père qui avait une moustache amusante ! Nous ne nous sommes pas parlées mais je me souviens vous avoir vue !
- Je ne sais pas, rétorqua Lotte d'une voix naïve, je ne me souviens plus vraiment de cette soirée.

Évidemment qu'elle se souvenait d'elle, bien qu'elle n'avait qu'à peine fait attention à ses agissements lors de cette infernale soirée.

- C'est… votre maman ? demanda la demoiselle en désignant Ladli.
- Je suis sa nourrice, je l'accompagne pour voir le spectacle de cirque.
- Ah ! Enchantée, appelez-moi Rose-Lise ! À vrai dire je suis venue pour les mêmes raisons mais j'étais en retard et maintenant on va refuser de me laisser entrer…
- Je pense que l'accès est toujours donné mademoiselle, si vous y allez tout de suite vous devriez pouvoir trouver une place.
- Vraiment ? Oh-Oh quel embarras ! Et moi qui m'imaginais déjà devoir me faufiler par ici et… E-Enfin, peu importe, je m'y rends de ce pas ! Ah ! Vous ne venez pas ?
- Nous entrerons lorsque ce sera nécessaire.

Le ton neutre et glacial de Ladli inquiéta légèrement Rose-Lise qui baissa ses yeux vers Lotte. La petite fille lui adressa un léger sourire et la salua, action que répéta la demoiselle aux lunettes avant de s'éloigner maladroitement, après avoir trébuché sur la caisse qu'elle avait semble-t-il elle-même déplacé.

- Cette humaine est intéressante.
- Trop bavarde à mon goût.

L'assistante de la directrice se contenta d'hocher la tête, pensant aux quinze plis que formait la jupe de la demoiselle, puis se tourna vers le chapiteau après qu'une nouvelle salve d'applaudissements se fasse entendre. Le spectacle semblait battre son plein, mais la pièce maîtresse n'avait vraisemblablement pas encore été dévoilée. Un bruit furtif attira alors l'attention de la churel et sa patronne, les faisant se tourner vers l'une des roulottes. Un second frottement siffla à son tour, puis un troisième. Personne ne semblait pourtant se trouver dans les environs. Lotte ajusta son chapeau et fit un signe de la tête à Ladli avant de s'approcher d'une des tentes. Quelqu'un les observait ? C'était peu probable. Sans doute devait-il s'agir d'un artiste. L'indienne indiqua alors un homme au comportement étrange venant de disparaître derrière une roulotte. Lotte pensa à des potentiels membres de la Curia, mais d'ordinaire elle savait reconnaître leur présence.

- Il y a quelqu'un ... ?

La Simurgh sentit un frisson parcourir son échine et se retourna avec méfiance, mais fut soulagée de voir que ce n'était qu'une simple jeune fille qui venait d'apparaître de manière impromptue. Lotte poussa un soupir discret de soulagement et adopta de nouveau son visage d'enfant, se cachant derrière la robe pourpre de Ladli qui joua son rôle de nourrice à la perfection. La femme à la peau sombre se positionna devant sa directrice et dirigea son regard incisif vers la demoiselle de manière à se vouloir rassurante – autant dire que la tâche n'était pas aisée.

- Oui. Bonjour.
- Dis autre chose ! chuchota Lotte.
- Nous nous sommes égarées au milieu de ces roulottes, connaitriez-vous le chemin pour retourner vers l'entrée ?

La churel passa la paume de ses longues mains sur sa robe puis s'approcha lentement de la jeune inconnue, le visage dépourvu d'expression, comme à son habitude. Lotte joua l'enfant timide et resta cachée derrière son assistante, vigilante quant à la possible présence d'observateurs impromptus.

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La foule [PNJ]
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   05.04.18 21:52

M. Pickles n’était pas un artiste, mais il en avait toute l'âme. Alors, dès que la représentation du cirque débutait et que l’on n’avait plus besoin de lui aux alentours de la piste, il s’isolait dans sa petite tente en compagnie d’Angus, son agent, et tous deux répétaient le futur numéro qu'ils présenteraient bientôt à Paolo Strano.
M. Pickles était toujours très appliqué lors de ces exercices. Il écoutait attentivement les conseils d’Angus et reproduisait un même mouvement autant de fois que nécessaire tant qu’il n'était pas parfait. Un véritable professionnel ! Son agent était bien conscient de la chance qu’il avait, si bien qu’il n'hésitait pas à le féliciter pour cette implication sans faille. Il avait toujours un mot gentil pour encourager ses progrès, une gourmandise ou deux qu’il cachait dans ses poches et surtout, il grattait le ventre comme personne. Car M. Pickles aimait qu’on lui gratte le ventre. Ce qui était naturel pour un teckel, même avec une âme d’artiste.

On va faire une pause M. Pickles, vous l’avez bien mérité. Je pense que le numéro sera bientôt prêt à être présenté à M. Strano. Il sera très impressionné par vos progrès !

La satisfaction de l’artiste fut évidente, mais il n'était pas question de se reposer sur ses lauriers. Angus fut entièrement de cet avis et proposa de perfectionner certaines acrobaties, les sauts en particulier, en empruntant un cerceau dans la roulotte de Nyx. L'idée emballa M. Pickles qui prit les devants, mais à peine le seuil de la tente franchi, une exclamation de son acolyte l'arrêta :

Ça par exemple, les clefs des roulottes ne sont plus là. J'étais pourtant sûr de les avoir accrochées ce matin.

Elles étaient forcément tombées. M. Pickles se souvenait distinctement d’avoir vu Angus pendre le trousseau au clou enfoncé dans la poutre de soutien de la tente. Il revint sur ses pas, bien décidé à aider son ami en mettant à son service le flair légendaire qui lui avait valu sa place d’agent de sécurité au sein du cirque.
L’enquête fut rapidement bouclée et non sans émoi, car M. Pickles découvrit des traces de pas fraîches et une odeur inconnue ne pouvant mener qu’à une seule conclusion : les clefs avaient été volées !

Mais comment ? Je suis certain que personne n’est entré ici depuis le début de la représentation. Et puis elles sont étrangement petites, on dirait… Attendez ! M. Pickles ce n’est pas prudent !

Mais M. Pickles avait également l'âme d’un héros et il refusait de laisser ce crime impuni. Alors il s'élança hors de la tente, sur la piste encore perceptible du bandit, Angus à sa suite.
Leur course folle les emporta entre les installations colorées, les badauds et les employés du cirque, mais rapidement M. Pickles distança son pauvre ami à qui l’entrainement physique faisait défaut. Tant pis ! Il était trop près du but pour abandonner.

Trois jeunes femmes firent brusquement irruption sur sa route. Il les avertit aussitôt de son passage et profita de la surprise occasionnée pour se faufiler entre elles et poursuivre sa traque.

La chasse se termina sous la tente voisine. Craignant que le voyou s'échappe, il y pénétra à toute vitesse et pila net devant un tas de caisses ensevelies sous un tas de châles et de breloques. Il le tenait ! Il appela les renforts, mais un bond sur le côté le coupa. Vide ? L’odeur était bien là, mais il n’y avait rien d’autre dans cette cachette de fortune. Le criminel se serait déjà enfui ? Impossible !
La frustration s’empara de M. Pickles qui s’égosilla de plus belle face à cette anomalie. La propriétaire de la tente s’en inquiéta enfin et se rapprocha.

Qu’est-ce qu’il y a M. Pickles ? Interrogea M’Ma. Pourquoi Angus n’est pas là ?

Brillante idée que celle d’aller chercher son fidèle ami, lui saurait quoi faire. La brave vieille quitta sa tente en s’excusant auprès d’un client qui n’avait probablement pas perçu la gravité de la situation et laissa M. Pickles à son implacable surveillance.

Jusqu’à ce qu'elle crie.

Alors M. Pickles fit un choix. Entre la détresse d’une pauvre femme et un voyou imperceptible, il n’y avait pas à hésiter. Il quitta l’installation aussi vivement qu’il y était entré et se figea aussitôt dehors.

M’ma était accroupie près des trois jeunes filles dépassées plus tôt. À leurs pieds gisait Angus, étendu le nez dans la poussière.
L’inquiétude de M. Pickles l’arracha à son immobilisme et il se précipita vers son ami, l’appelant à de multiples reprises. Il respirait ! Il était juste inconscient. Mais pourquoi ? La suspicion du fin limier se porta tout d’abord sur les trois femmes, pour éclater si tôt son ami installé sur le dos.
Dans le creux de son cou, un parfum étrange attira l’attention de M. Pickles. Il s’en rapprocha jusqu’à en trouver la source. Une exclamation de surprise lui échappa et il se recula de quelques pas. Une aiguille ! Son ami venait d’être drogué par une aiguille ! Une incompréhension féroce l’agita, puis le doute.
Croyant brusquement comprendre, il disparut pour la seconde fois sous la tente et s’arrêta à nouveau derrière les caisses.

Le lieu était toujours vide, mais cette fois-ci l’odeur aussi avait disparue.
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Annonce de M. Loyal



La tranquillité des allées a été brusquement troublée et vous vous retrouvez au cœur de la double enquête ouverte par M. Pickles. Les faits sont les suivants : les clefs des roulottes ont disparus et on a fait volontairement perdre connaissance à Angus.

Mais est-il le seul dans ce cas ? Si vous apercevez à nouveau la furtive silhouette, il n'est pas impossible que vous trouviez également d'autres employés, artistes ou même passants, dans le même état que ce brave Angus.


  • Alice & Lotte : Après avoir vu M. Pickles vous dépasser en trombe, Angus vous rejoint, essoufflé et titubant. Il s'est effondré à vos pieds moins d'une minute après. M’Ma vous a ensuite aperçu et a crié (toujours en deeppink).

  • Ashton : Ta séance avec la voyante va être dérangée par M. Pickles, mais aussi par l'exclamation de M'Ma lorsqu'elle va quitter la tente. Avec toute cette agitation remarqueras-tu que la vieille femme ne t'avait pas menti ? « Elle » est là et te regarde depuis la psyché installée dans la tente.









Vous posterez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au vendredi 20 avril (au soir) pour participer à cette troisième partie !


Vous pouvez toujours nous joindre par MP pour la moindre question ! Nous répondrons au plus vite, comme d'habitude ~

Retardataires ? Vous êtes les bienvenus tant que vous prenez en compte les éléments précédents.
Pour les autres, un grand merci pour votre participation, merci d'avoir patienté et encore désolé du retard !
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Aldrick Voelsungen
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   13.04.18 19:44

Machinalement, le brun fit pivoter du bout des doigts, pour la énième fois, le briquet dans sa poche. La fumée de sa cigarette s'extirpant par bouffées régulières de ses lèvres. Le regard dans le vague, Aldrick n'arrêtait pas de penser à Éric et le rire doux d’Élise Barcarolle, aussi salvateur fut-il, n'était pas parvenu à effacer le visage empli de larmes qui hantait son esprit.

~°~°~°~°~°~

- Nooooooon ! Je ne veux pas y aller ! Hurla le petit garçon entre deux sanglots.
- Allons Éric, c'est très beau le cirque, tu devrais...
- Noooooooooon ! J'ai peur ! Papa !
- N'insiste pas Élise. Déclara le patriarche en posant sa main sur la tête du plus jeune, caché derrière lui. Tu vois bien que ça ne s'arrange pas : ton fils lui colle toujours une peur bleue...
Un sourire sardonique marqua les traits de Julian Vivaldi, avant d'étendre sa main libre comme s'il s'agissait là d'une fatalité.
- Espèce de sale...
- ALDRICK !

Un silence lourd de sens s'était couché entre les adultes, augmentant férocement les pleurs du benjamin.

- Vous irez ensemble la prochaine fois. Tenta Élise Voelsungen d'un ton plus doux, pour apaiser les esprits.
- Papa, j'ai peur ! Hoqueta Éric en s'agrippant davantage à son ainé.
- Oui, enfin, le jour où il n'aura plus peur de toi. Si ça arrive.

~°~°~°~°~°~

Le poing du loup noir se referma avec force sur le bâton de cigarette, qu'il brisa, avant de lever sa main tremblante à son front, abandonnant sans s'en rendre compte, dans un murmure brimé :

- La ferme ! Je sais tout ça !

D'un geste ample, il jeta sa cigarette éteinte au fond d'une poubelle et sortit de quoi s'en allumer une seconde. Sa silhouette entière tremblait d'une rage sourde difficilement contenue. Tant et si bien qu'il remarqua à peine un petit chien passé en aboyant avec véhémence, jusqu'à ce qu'un cri ne le fasse sursauter. Aldrick grommela, songeant vaguement qu'il ne serait jamais tranquille.

* Tiens, encore cette odeur de terre mouillée ?*

Il leva les yeux au ciel, mais aucun nuage ne semblait gonflé de pluie.

* Bizarre...*

Un soupir las lui échappa, il se résigna en tirant une grande bouffée de tabac, écrasant aussitôt sa cigarette sur le bord de la poubelle avant de l'y jeter. À la hâte, il rangea le reste de ses affaires dans ses poches, avant de s'avancer vers les quelques personnes qui s'étaient rassemblées.

- Police ! Qu'est-ce qui se passe ici ?!

Ses iris d'ambre coulèrent sur l'homme au sol, auprès duquel il s'agenouilla.

- Monsieur, est-ce que ça va ? Qu'est-ce que... ?

Il allait poser sa main sur son cou pour vérifier qu'il allait bien, mais l'aiguille qu'il y trouva l'obligea à récupérer un mouchoir dans sa poche pour la retirer sans y laisser ses empreintes. Il l'emmaillota précautionneusement et vérifia la respiration du malheureux.

- Il semble juste inconscient, mais je ne suis pas sûr. L'un d'entre vous est-il médecin ?

Seul le silence lui répondit, et sa mauvaise humeur revint au galop. Le loup s'énerva :

- Un médecin, vite ! Allez chercher un médecin !

Un homme sembla prendre peur et s'exécuta, alors seulement l'agent remarqua la diseuse de bonne aventure et des visages familiers non loin d'elle.

- Miss Lindel ? Miss Dubois ? Humf... Bonjour. Marmonna-t-il gauchement.

Avisant les deux jeunes femmes, non sans surprise malgré tout, il s'attarda davantage sur la blondinette, dont la puissance lui paraissait plus grande encore que lors de leur première rencontre. Avec le peu de calme dont il était capable, il détailla la femme qui semblait l'accompagner. Les iris de Ladli, aussi singuliers que les siens, lui arrachèrent un mutisme curieux, avant que l'agent ne reporte brièvement son attention sur l'homme au sol, sa patience se raréfiant encore, il interrogea la voyante :

- Vous ne connaissez personne capable de le soigner dans votre troupe, sinon ?

L'écoutant avec attention, il ne put retenir une grimace face à l'air interloqué qu'elle lui lança, et abandonnant toute volonté d'être aimable, le loup argua sans même se donner la peine de tenter de masquer la colère qui faisait trembler sa voix :

- Quelqu'un a vu ce qu'il s'est passé ? Rien, ni personne ne vous a paru suspect ?

L'image de la femme fouineuse qu'il avait aperçu lui revint en mémoire, mais seul un silence étonné lui répondit.

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Alice Lindel
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   19.04.18 23:36

Alice hésitait entre retourner sagement près de l'entrée et continuer son exploration parmi les tentes des artistes. Les avertissements qu'on lui répétait sans cesse tournaient dans sa tête : Ne vous promenez pas toute seule mademoiselle. C'est alors qu'une voix se fit entendre dans son dos, la faisant légèrement sursauter. Le ton ne se voulait pas particulièrement amical, mais elle n’avait pas exactement le droit de se trouver ici non plus, alors ce n’était pas vraiment surprenant. En se retournant, elle se trouvait désormais en présence d’une jeune femme et d’une petite fille blonde. Un peu trop jeune pour faire partie de la troupe des artistes, non ? Le cirque attirait donc un public de tous horizons … Alice lui adressa un petit signe de la main en plus de son sourire qui était revenu maintenant qu’elle était un peu rassurée. Dommage qu'elle n'avait pas sa peluche, peut-être que cela l’aurait mise plus à l'aise. Hm, oui, mais non. Imaginez qu'elle refuse de la rendre ?! Au lieu de quoi, elle lui tendit son ballon, certaine que cela pourrait l'intéresser. D’autres personnes se seraient peut-être montrées désagréables devant la nounou simplement parce qu’elle était clairement une étrangère, avec sa couleur de peau plus foncée, mais l’héritière se contenta de l’écouter avec patience.

« Oh ! Oui, je sais où c'est. Vous n'avez qu'à me sui ... »

Hélas, elle fut bien vite interrompue. Des aboiements se rapprochaient. Alice eut à peine le temps de faire un pas sur la droite pour quitter l’allée principale. Un nuage de poussière fut soulevé et cela la fit toussoter un peu, sous la surprise, elle n'avait pas pu protéger son visage. C'est la raison pour laquelle elle ne remarqua pas qu'un homme était arrivé sur les lieux, pas avant qu'il ne prenne la parole du moins.

« Mais enfin M. Pickles … qu’est-ce que … que … qui … êtes-vous ? »

Alice fronça les sourcils et porta instinctivement la main à la hauteur de sa hanche, prête à s'interposer en cas de besoin. Si l’on menaçait une enfant, elle ne comptait pas rester les bras croisés ! Un bon coup sur la tête et il serait assommé, bon pour un petit somme, et avec de la chance il les aurait oubliées au réveil. Il ne devrait pas opposer trop de résistance puisqu'il était à bout de souffle. D’habitude, elle n’était pas de nature particulièrement violente, mais il fallait parfois faire des sacrifices non ? Mais avant d’avoir pu expliquer leur présence ici, ou même qu’il tente de les chasser, cet homme s’effondra tout à coup !

« Ah ! Je n'ai rien fait ! Je le jure ! » s’exclama-t-elle en agitant les mains dans les airs, choquée.

Cela n’empêcha pas une autre femme de crier et de leur lancer des regards accusateurs. Et le commissaire venait d’arriver sur les lieux … Pourquoi fallait-il qu’elle ait toujours la malchance de se retrouver au cœur de situations pas possible ? Maintenant, c’était sûr, on allait l’accuser. Si on ne l’arrêtait pas pour l’amener au poste, la situation à la maison ne s’annonçait pas tellement mieux, on ne la laisserait plus jamais sortir toute seule, c’était grillé ! Pendant qu’elle paniquait toute seule, les mains plaquées contre son front, sur le point d’éclater en sanglots, Aldrick avait eu le temps de se pencher sur le corps de cet homme inconscient. Tout le monde assemblé tout près put voir l’aiguille qu’il ramassa d’une main habile. Alice ne put s’empêcher de pousser un petit soupir de soulagement. D’accord, le mystère n’était pas bouclé, mais son honneur était sauf ! D’ailleurs, c’était maintenant l’heure de l’interrogatoire. Elle espérait tout de même qu’ils trouveraient rapidement un médecin. Pauvre homme.

« Non, je … J’étais juste curieuse. Nous étions sur le point de retourner vers le chapiteau. » hoqueta-t-elle en sortant son mouchoir. « Il suivait un certain M. Pickles. Je n’ai pas tout bien compris. »

Elle s’essuya le visage d’une main un peu tremblante, réalisant seulement maintenant toute l’ampleur de cette affaire. Il se trouvait juste à quelques pas ! Elles auraient très bien pu être attaquées toutes les trois ! Quel genre de personne ignoble pouvait planifier de s’en prendre ainsi à quelqu’un d’autre dans un lieu qui était supposé partager la joie ? Et surtout, pour quelle raison ? Elle leva son regard rempli de questions vers le commissaire, mais il n’avait pas l’air d’en mener bien large lui non plus pour le moment, mais peut-être que quelqu'un d'autre avait eu plus de chance ... Il ne lui restait qu'à espérer que la dame à l'allure un peu sévère n'aille pas raconter qu'elle avait failli commettre une terrible erreur ...

Elle aurait bien mieux fait d'aller voir la femme-serpent comme tous les autres !
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Frédéric Lenoir
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   20.04.18 20:01

Les mains dans les poches et les pieds plantés dans le sol, Frédéric admire le jeu de deux artistes, à l'arrière du chapiteau, qui semblent s'entrainer avant d'entrer en scène. Costumés et grimés, ils s'échangent des balles à une vitesse et une hauteur croissante. De la jonglerie de pointe, il n'a plus vu ça depuis longtemps. Lui-même ne jongle que quatre balles à la fois. Si Morgan pouvait apprendre, ils pourraient s'entraîner à deux. Avec des boules enflammées ça donnerait bien, si le Patron veut bi---

Son imagination est frustrée en plein rêve par la voix haut perchée et criarde de sa cousine. Il soupire bruyamment. Elles l'ont retrouvé... Il tente de se glisser plus près du chapiteau tandis que les artistes semblent soudain se quereller à propos de clefs perdues, mais en vain :
- Rwétez-mi* donc ça, Môman ! C'est-st-èn cirque comme y'en a pon ché nous ça, cré misères !
*Regardez-moi
- 'Tention vot' lingage, Fine. Z'allez d'voir vos habituwer au parler des Parisiens mènanw *. Puis quand on parle d'èn parisien, le v'la, qui nous avait perdues !
*maintenant
- Eh dites voir Cousin, vos-y v'nez souvent ici-t au cirque ?
- Ah ben-sûr qu'y doit z'y ètr dès qu'le soleil s'y montr, c'qui dwô-t être tous les quat' matins, bé sûr. Avecque la vie d'artiss ça a ben des avantâtges. Voz-aveû toudis eu des rêves d'grandeur, mon n'veu.
Que répondre ? Frédéric se contente de se tourner vers elles et de faire un signe de tête libre à l'interprétation de chacun. L'une est pâle et brune, ses cheveux secs tirés en arrière dans une coiffe sobre, la mâchoire carrée, le nez fin et les joues rondes. Il sait qu'ils partagent le même regard, même si ses yeux à elle sont grisâtres. Elle n'a pour elle que sa grande silhouette - comme avait sa soeur, la mère du Freddy - et ses mains agiles, trait de famille, encore.
Sa fille, lui ressemble de visage, mais pas de carrure : plus petite, plus carrée, plus foncée de par son père catalan, elle a les cheveux bouclés tirés en une longue tresse tombant bas derrière sa robe neuve. Frédéric ne l'aurait jamais reconnue s'il l'avait croisée : il ne l'a plus vue depuis qu'elle avait huit ans. Maintenant âgée de quinze automnes, elle a pris des formes qui lui vont bien, lui donnent l'allure d'une femme. Ses yeux noirs à eux seuls damneraient un saint mais Frédéric ne s'y laisse pas prendre : elle est aussi retorse que sa mère, cette vipère-là, et aussi têtue que son père.

- N'y avez jamais pu saquer les basses gens d'not' milieu, c'qui est tôt naturel quand on rwèt d'où c'que vos êtes vènu, neveu. D'ji n'vos en veux pas. 'Cor heureus'ment pou vous qu'nos sommes au d'sus d'tout ça, nos qu'avons pris ben soin d'vot pov Môman quand vot bon à rien d'père s'a passé l'arme à gauche.
- Paix à son âme. Mi j'èsteu bé contente d'y avoir connu vot jolie Môman, cousin. Elle esteu bé dgintille.
- Paix à son âme. Bah depuisss qu'elle est pu là, v'z'aveu pas l'air d'mal réussir, à vue. C't' autre chose qu'la maison d'vos aïeuls, ça, né vrai ?

Il ne répond pas, se contente de tourner son regard courroucé du côté des roulottes. Sans les regarder, il répond calmement :
- J'vous ai dit non, Matante. Même s'i j'vous la laissait, vous pourriez pas mêm' entrer d'dans.
La mère va pour répondre, tenant son petit sac en laine noire de ses deux mains crispées, mais elle est coupée par la fille - Francine, dûment surnommée Fine à l'époque de sa maigre jeunesse quand elle était aussi mince que le Fred, et donc les formes actuelles semblent être la revanche :
- Mi dji vodrais bé au moins la vir un côp, djust' por savoir d'où c'que vos v'nez, Cousin. Vos pourriez m'fair visiter un d'ces côp quand vos rev'nez chez nous ? Même si j'comprend qu'vos voulez pon la vendr'.
Plein de diplomatie et d'un sourire montrant ses dents blanches, c'est à elle que Fred répond :
- Cousine, vous savez bien que je n'reviens jamais chez vous. Si vous voulez la voir, vous pouvez bien y'aller. Vous y entrerez pas, vous l'savez bien.
- Mais pourquoi ?!
C'est la mère qui rétorque.
- Parc'que c'est la Maison Maudite, pardi. Y'a qu'des Noireauds pour y vivre. Ces égoïstes. Èn grand maison ainsi... !
Elle a craché le "Noireaud" avec un tel dédain que Fred la coupe, campé sur ses pieds.
- Bien pour ça qu'vous y vivrez jamais, Matante. C'pas moi qu'ai fait la règle. toutes façons chui né majeur, c't'à l'Oncle Jean qu'faudrait en causer. Mais il a sa réponse et c'est la même que moi.

Ils s'obsèrvent un moment en chiens de faïence avant que, finalement, il abandonne et ajoute, plus doucement :
- Matante, j'veux pas qu'on s'querelle par un beau jour comm' ça. J'vous ai dit qu'vous aid'rais pour trouver une place pour la Fine travailler et j'le f'rai. Si on allait s'manger des pommes d'amour ? J'crois qu'la Fine aimait ça quand j'étais môme ?


Est-ce la frustration de cette conversation ? La fatigue de toute cette journée gâchée par leur arrivée ce matin au cabaret ? La malcahnec qui a voulu qu'elles soient de sa famille ? Tandis qu'elles jugent le monde entier autour de lui, il semble au jeune mage que quelque chose cloque. La foule n'est pas si joyeuse. De ci de là, il croit voir des silhouettes passer furtivement - est-ce son imagination ? - et des regards angoissés dans la foule.

Arrivés devant les gâteries, il leur en paye une chacune et se prend du nougat sans réussir à faire partir la sensation picotante entre ses omoplates. Comme disait son père "Face à ta Tante, gamin, 'vaut mieux être philosophe...", mais, c'est agaçant, il a l'impression que depuis deux minutes quelque chose d'autre ne tourne pas rond...

- C'te gamine a des ch'veux pas possib' ! Môman, rwétez donc ça !
- C't'une noble, ça Fine. Voz'allez travailler pour eux, si vot Cousin nous aide. Tcheu, qu'ce chien-là est laid ! M. Piqueuls ? C'quoi d'ça pour un nom ?
Frédéric, lui, ne peut qu'acquiescer. Mademoiselle Lindel a les plus beaux cheveux de tout Paris. Le chien il ne l'a même pas vu.
- Hiiiii Môman !
- Seigneur, fine !
Frédéric relève le nez de son nougat pour voir ce que pointe sa cousine. Un des jongleurs de plus tôt. Couché au sol, inconscient. Comme une enclume sur ses épaules, il sent que cette horrible journée a pris un tournant pour le pire.

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Lotte Hochvogel
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   22.04.18 23:42

Immobile, le visage fermé, Lotte contemplait la scène sans un mot, le ballon rouge offert par Alice flottant doucement au-dessus de sa tête. Elle avait l'air idiote. Heureusement qu'Indira était à l'intérieur, si elle la voyait comme ça elle serait sans doute en train de se retenir de glousser bêtement. Elle commençait à comprendre les raisons de sa présence ici. Edward et Olek n'avaient sans doute pas prévu ces événements mais peut-être avaient-ils jugé sa présence comme préférable compte-tenu de ce qu'il risquait de se produire. Et le fait est qu'ils avaient vu juste. Quelques minutes plus tôt elle avait eu une drôle de sensation en provenance du chapiteau, mais son attention se portait désormais sur le corps du pauvre homme étendu par terre, l'agent de police accroupi au niveau de sa nuque. Si cela ne tenait qu'à elle, Lotte se serait déjà éclipsée depuis longtemps, mais compte-tenu de la situation, il était préférable pour elle de garder son rôle encore un peu. Ladli jouait quant à elle le sien à merveilles et se révéla beaucoup plus efficace que Charles-Alexandre malgré le fait qu'au naturel elle ne soit pas bien plus loquace que lui.

- Je pense que M. Pickles désignait le petit chien qui a couru devant nous six minutes plus tôt, il est retourné dans la tente maintenant. Tout comme cette demoiselle, nous nous apprêtions à retourner au chapiteau lorsque nous avons été interrompues. Savez-vous ce qu'il se passe monsieur le commissaire ?

Lotte lâcha un soupir de soulagement tant son assistante était parfaite. Alors qu'elle jetait un œil aux alentours, elle sentit le bas de sa robe s'agiter étrangement, avant de s'apercevoir qu'il s'agissait du chien de tout à l'heure qui était revenu vers le groupe, sans doute par inquiétude pour son maître. Ne sachant comment réagir face au canidé qui dirigeait sa truffe vers elle, la petite fille fit un pas de côté et fut aussitôt rejointe par le petit teckel qui agitait sa queue et se mit à lui tourner autour. Lotte tenta alors de le repousser avec un geste discret de la main, puis du pied, mais lorsqu'elle croisa le regarde appuyé de la voyante, elle se ravisa et s'accroupit pour tapoter maladroitement la tête du petit chien. La drôle de femme exprima un soupire inquiétant tandis que Lotte réprima un soupire d'agacement. Les yeux du teckel, eux, brillèrent d'un formidable éclat.

- Ce chien, il est à ce monsieur ?
- Oui, fit la voyante, il s'agit de M. Pickles. Peut-être a-t-il remarqué quelque chose ?

Ce n'est qu'un chien, qui n'a pas l'air très futé par ailleurs, qu'aurait-il pu apercevoir ? À l'exception d'une balle qu'il cherchait à rattraper, Lotte n'imaginait pas vraiment ce qui aurait pu agiter le petit teckel qui continuait à lui tourner autour.

- Nous devrions ramener cet homme dans une tente, j'ai travaillé comme infirmière, je pourrai m'occuper de lui. Il sera toujours mieux que par terre, ne croyez-vous pas monsieur le commissaire ?

Lotte leva un sourcil à l'écoute de ce pipeau monstrueux mais continua de gratouiller le ventre de M. Pickles qui s'était mis sur le dos. Des deux, c'était bien la directrice qui était susceptible de soigner cet humain, Ladli pourrait le faire fondre ou lui mettre le feu, mais n'était en aucun cas capable de prodiguer des soins à un humain, et à un homme qui plus est. Malgré tout, la churel se révéla relativement convaincante puisque la voyante la rejoignit dans sa proposition. Ladli interpella une dernière fois le commissaire avant qu'il ne puisse rendre sa décision.

- Pensez-vous que nous sommes en sécurité ici ? Je ne peux rester dans un endroit dangereux avec Mademoiselle Dubois dont le père m'a donné la responsabilité. Sa main serra plus fermement encore l'avant-bras du policier tandis qu'elle plongea ses yeux dans les siens. Je ne pourrai le pardonner à personne s'il lui arrivait quelque chose, comprenez-vous, monsieur le commissaire ?

Lotte se leva finalement puis tira discrètement le pan de la robe de sa prétendue nourrice pour la rappeler à l'ordre. Ladli lâcha le bras du policier puis épousseta le haut de sa robe avant de reprendre son expression originale. Elle esquissa un sourire quasi imperceptible suffisant pour détendre l'atmosphère puis feinta sa propre inquiétude envers l'ensemble des personnes présentes puis désigna une tente où emmener Angus. La petite directrice quant à elle adressa un regard discret envers Aldrick puis se baissa pour caresser le flanc de M. Pickles qui tirait bêtement la langue et dont les yeux brillants étaient tournés vers son maître inconscient.

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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   23.04.18 12:24

C'est un regard presque attristé qu'Ashton adressa au fond de son verre, désormais vide. Rien. Il ne se passait rien et ce constat était au moins aussi décevant qu'il était peu surprenant. Un léger soupir franchit la barrière de ses lèvres.

« Je me sens presque désolé de vous le dire, mais votre breuvage ne m'a fait aucun effet. Si vous usez de drogues, sachez qu'elles fonctionnent rarement sur moi. »

La vieille dame laissa échapper un léger rire à cela, de ceux qui savent et se moquent doucement, puis continua d'observer le thé qui frémissait dans sa petite casserole. Le jeune homme, lui, afficha une moue boudeuse. Une frustration venue de nulle part lui sciait le cœur, et il se sentait comme un enfant dont on eût pris le jouet. Il passa une main dans sa chevelure ébène avant de fixer son regard sur son interlocutrice.

« Je peux au moins savoir ce que vous comptez f- »

Ashton n'eut pas l'occasion de terminer sa question : une série d'aboiements sonores retentit soudain dans la petite tente. Il leva un sourcil, étonné de pareille interruption, et se tourna vers la source du bruit en même temps que la voyante. Celle-ci sembla plus surprise encore.

« Qu’est-ce qu’il y a M. Pickles ? Pourquoi Angus n’est pas là ? »

Le jeune homme laissa le silence répondre à la vieille femme, concentré sur l'atmosphère toute particulière qui se dégageait de cette situation. Il ne pouvait l'expliquer, se retiendrait même de l'exprimer, mais il avait un mauvais pressentiment. Quelque chose clochait. Le chien qui venait de faire irruption dans la tente avait comme une impression d'alarme, comme un dernier avertissement qui se devait d'être écouté. Les mots du tract trouvé par terre lui revinrent en mémoire. Non aux aberrations. Il grimaça.

« Qui est Angus ? Serait-il inquiétant de voir M.Pickles sans cet homme ? »
« Hé bien... Je m'excuse mon garçon, je vous reviendrai plus tard. Navrée de ce contretemps. »

La réponse, bien que non formulée, était d'une limpidité douloureuse. Ashton tritura la bague qui enserrait sa lèvre inférieure tandis que son regard se perdait sur la tente. Que faire ? Rester et attendre le dénouement de cette arnaque bien ficelée, ou suivre la voyante au risque de s'attirer des ennuis ? La décision fut rapidement prise, et il se tourna vers la sortie qu'était en train d'emprunter son interlocutrice.

« Attendez, je vous s- »

Un cri. Horrifié. La frêle silhouette de la vieille dame disparut de son champ de vision. Elle sembla être happée au dehors.  

Ashton se précipita à sa suite d'une large foulée, le cœur battant brusquement un nouveau rythme. Quelque chose se passait. Quelque chose se passait, il le savait, le sentait dans tout son être, et il refusait de rester sans rien faire. Réagir. Toujours. À ses côtés, le chien semblait d'accord. Il passa entre ses jambes, aboyant une dernière fois avant de se ruer lui aussi vers l'extérieur.

La voyante était accroupie aux côtés de trois jeunes filles et d'un homme, allongé quant à lui. Inconscient. Un millier de possibilités s'épanouirent dans l'esprit fertile du canidé, dont l'expérience des mauvais quartiers avait forgé l'imaginaire. Agression, vol, revendication, règlement de compte, tout était vraisemblable et étrange à la fois. Son visage se pinça, et il lança un dernier regard à l'intérieur de la tente avant de venir rejoindre l'attroupement.

C'est là qu'il la vit.

Ni les aboiements du chien, ni les voix familières qui retentirent ne parvinrent à l'arracher à ce spectacle. On entendit un choc. Le bris d'un bol contre le sol impitoyable. Ses mains tremblaient. Son regard, lui, était rivé sur l'imposant miroir qui trônait au fond de la pièce. Il se figea, son visage blêmissant tout d'un coup, son corps raidi par la violence des sentiments qui l'assaillaient. Un coup de poing dans le ventre. C'était ce qu'il avait la sensation d'avoir reçu.

Il ne lui fallut pas plus d'une seconde pour disparaître à nouveau dans l'enceinte de la tente. Dans son sillage, un simple nom, murmuré d'une voix étranglée par l'émotion.

« L-Lyn.. ? »

De longs cheveux clairs, une peau blanche parsemée de quelques tâches de rousseurs, un regard doux et un visage poupin, un sourire angélique et une main tendue. Elle était la preuve qu'un souvenir ne savait jamais rendre hommage à la beauté d'une personne. Elle était la preuve que l'amour ne meurt pas et reste, à jamais. Elle était là. Elle était... Elle était...

« Lyn ! »

Il se précipita sur le miroir, l'arpentant du bout des doigts, frénétique, cherchant sur sa surface un moyen de la sortir de là. C'était idiot, c'était impossible, c'était... C'était... La gorge du jeune homme était serrée par des larmes qu'il peinait à retenir, son regard brûlant de la douleur qui écrasait sa poitrine. Il ne respirait plus. Elle était là et il ne pouvait qu'être emporté.

Dans le reflet qui s'offrait à lui, Evelyn déposa sa main sur le miroir. Le geste était emprunt d'une infinie douceur, de cette même douceur qui la caractérisait si bien et qu'il crevait de sentir contre sa peau. Il répondit, tremblant, à son attention.

« L-Lyn, je... Je suis... »

Il lui lança un regard désespéré, incapable d'exprimer tout ce qui dévorait ses entrailles depuis trop longtemps, incapable de formuler les non-dits qui pesaient sur son âme depuis des dizaines d'années. Il avait tellement de choses à lui avouer, tellement de crimes à confesser, tellement de souvenirs à raconter, de regrets, de sourires... Ses doigts se crispèrent sur le bord du miroir.

« Je suis désolé... »

C'est tout ce qu'il parvint à dire, murmurant dans un soupir qui eût tout aussi bien pu être un sanglot le poids d'une culpabilité qui l'étranglait soudain. Il posa son front contre la paroi de glace, cherchant en fermant les yeux à ressentir la présence tant aimée, à s'y perdre, à se laisser dévorer par elle si besoin. Ashton se serait damné pour un baiser.

Evelyn eut un sourire attendri. Elle secoua lentement la tête, posant dans le même temps un doigt sur ses lèvres. Une larme vagabonde dévala la joue du jeune homme.

Il avait besoin d'elle. Là. Maintenant. Il avait besoin de la prendre dans ses bras et de la serrer contre son cœur, de la protéger à tout jamais du monde vorace qui l'avait déjà tuée une fois, de l'embrasser chaque seconde que lui donnerait la vie et de la vénérer pour l'éternité. Il avait besoin de la sentir contre lui, de pouvoir la toucher, de pouvoir s'excuser encore mille fois pour tout ce qu'il n'avait pas fait pour elle. Il lança un regard vers l'extérieur. Lorsqu'il se retourna, Evelyn n'était plus là.

« Qu... Non, non non non... »

Il toucha le miroir, l'arpenta presque violemment, désespérément, le palpa sur toute la longueur et chercha dans chaque recoin, partout, encore et encore, murmurant une litanie de « non » qui lui entaillaient la langue. Revenir. Il fallait la faire revenir. Là. Maintenant. Il avait besoin d'elle, il avait... Il fallait que...

Ashton se rua dehors, le visage blême, déconnecté de la réalité qui lui avait pourtant apporté un petit miracle d'une seconde. La silhouette de la vieille dame se dessina immédiatement, et il ne remarqua d'abord qu'elle. Ni le commissaire, ni cette petite qui travaillait pourtant dans le même établissement que lui. Personne. Il se précipita sur elle et attrapa son bras.

« Attendez ! »

Le regard de l'ancienne se mêla au sien. Il était désespéré.

« C-comment vous avez f- »

Le monde réel lui revint comme une gifle. Il était en public. Entouré. Evelyn n'était pas revenue. Il lui demanderait plus tard. Un homme était inconscient. Péniblement, il déglutit et, lâchant sa prise sur la vieille dame, recula d'un pas.

« J-je... Désolé. Je ne sais pas ce qui m'a pris. »

Cherchant à se défaire de l'expression perdue qui s'était collée à son visage, il passa une main dans sa chevelure ébène. Ses bras se croisèrent presque d'eux-mêmes tandis qu'il adressait un regard aux alentours.

« Je... Je peux vous aider ? Désolé, je crains de n'avoir pas tout suivi. »

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Edward White
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   25.04.18 23:12

Attendez !

Lorsqu'Edward s'arrêta ce fut au milieu des tentes et des roulottes. Derrière lui le vaste chapiteau grondait toujours d'un lointain tumulte tandis qu'à ses pieds se dessinait la triste piste de la femme-serpent. Le filet rouge, fin mais infini au regard de la distance parcourue, s'étendait encore sur quelques mètres jusqu'à rejoindre les pieds solides de Gigante.
Dans ses bras la Lamia, inconsciente. Son bras pendait dans le vide et son sang glissait le long de sa peau pâle, jusqu'à son index, avant de se répandre en gouttelettes sur le sol.
Siren anticipa la faible mobilité de son amie en faisant face à sa place et lui ordonna de décamper. Edward refusa même l'idée et s'écria :

Laissez-moi vous aider ! Je connais quelqu'un qui la soignera. La Curia…
Au diable la Curia ! Coupa hargneusement Siren. Cette organisation n'est bonne qu'à choyer les humains.
La Curia n'aura pas besoin d'en être informée, reprit fermement le loup blanc. Vous repartirez sans être inquiétés.

Siren se figea. Edward osa faire un pas en avant et réitéra son offre, mais le bref passage d'une silhouette dans son angle de vue le remit aussitôt sur ses gardes.

Draken attends !

Le regard perçant de la jeune femme se posa sur le loup qui, pressentant un danger, reprit aussitôt :

Elle s'appelle Dolores Keller. Elle n'a aucun lien avec le tribunal. Elle était parmi les spectateurs, je peux…
Et là ? Je peux l'endormir ? Pesta une petite voix aiguë.
Non !

Edward leva la tête, mais n'aperçut rien à l'exception d'une lointaine odeur d'encens. Il reporta son attention sur Siren qui hésitait nettement et chercha du soutien auprès de Gigante, mais son amie ne parut pas pouvoir lui venir en aide. Alors elle s'enquit :

Elle connaît notre existence ?
Oui. C'est même sa spécialité.
Ne l'écoute pas !

Cette fois-ci le timbre était masculin. Un parfum d'humidité embauma les lieux et, avant même qu'Edward comprenne comment, une jeune homme aux allures de dandy se tenait aux côtés des deux fugitives. Il fut rejoint par une petite fille aux traits asiatiques, qui se posa le plus simplement du monde à ses côtés après un bref et léger vol dans les airs.

Qu'est ce qui te prends Eques ?
C'est un des juges du tribunal. Il veut nous piéger.
Alors je l'endors ! Reprit la fillette qui tapa joyeusement le sol de ses chaussons de bois.
Non ! Intervint Edward. Je suis bien un des juges, mais ce n'est pas un piège. Je me moque des lois de la Curia, c'est elle que je veux sauver.
Sissi, tu as vu ses yeux ? C'est comme ceux qu'elle a dit.

La main de Siren se posa sur celle, bien plus petite, d'un tout jeune garçon dont le corps tout entier était dissimulé par une longue et ample cape. Il était apparu brusquement à ses côtés et enserrait de ses doigts le gilet de la jeune fille. Son visage juvénile et pâle était à peine visible sous l'immense capuche qui couvrait sa tête, mais lorsqu'il se tourna vers lui, Edward put apercevoir deux iris d'un bleu si pur qu'il détourna les siens.

Ça mais, l'p'tit Lune a raison ! S'étonna Gigante. C'est forcément qu'on peut lui faire confiance.
Mais c'est un juge ! Protesta Éques.
Tu remets en cause ce qu'elle nous a dit ? Interrogea sèchement Siren.
Écoutez, je ne sais pas de quoi vous parlez, mais je vais chercher Dolores. On ne peut pas attendre plus longtemps ! Trancha Edward pour qui les quelques minutes écoulées avaient eu l'air de longs et éprouvants millénaires.

Il tourna les talons au moment même ou deux silhouettes s'échappaient du chapiteau par une voie peu commune. Il les reconnut immédiatement et, les faits d'armes de l'un chez les De Montalent se rappelèrent si vivement à lui que son corps tout entier se crispa d'inquiétude. Il grinça des dents lorsqu'il entendit :

Armand ! C'est un miracle ! La Lamia regardez, elle est juste là !
Non Jules ! Nous n'avons pas le temps pour–

Un aboiement figea tout le monde.

C'est le chien qui a failli m'attraper ! Gémit l'enfant.
J'ai dû endormir son maître en urgence, ajouta rapidement la petite fille. Ça a dû se voir !
Halte là ! Sur ordre de la Curia !

Il avait déboulé par la droite, le vent de face, impossible de le sentir arriver. Carter, arme au poing, visait Gigante.

–  Relâchez la Lamia !
Carter, qu'est-ce ce que vous faites ? S'étrangla Edward d'un timbre que déformait son accent.
Vous êtes tous en états d'arrestations pour enlèvement et violence sur humain de classe trois.

Le plus jeune se blottit spontanément contre Siren, mais la petite fille fit un vif pas en avant prête à en découdre. Son aînée l'arrêta d'un geste de la main et lâcha :

Gigante, prends les devant avec les petits. On vous rejoint.

Edward voulut intervenir, mais le regard ferme et parfaitement serein que Siren lui adressa l'en dissuada. Carter en revanche :

Ne m'obligez pas à tirer ! Arrêtez vous !

Siren et Eques échangèrent un sourire, un de ceux qui font frémir même les plus braves.

Le dandy s'évapora. Il reparut une fraction de seconde plus tard derrière Carter. L'agent de la Curia tenta de faire volt face, mais le temps lui manqua et dans la précipitation, tira. La balle explosa au sol dans une gerbe de terre et de roche. Un violent coup sur le bras le désarma, coupant court à un second essai. La seconde suivante Eques avait retrouvé sa place et rien, si ce n'est la mèche noire tombée devant ses yeux, n'indiquait qu'il avait bougé.

Et gardez vous de nous suivre, ponctua Siren.

Si l'idée n'avait pas même effleuré l'esprit d'Edward, Carter en revanche fut violemment stoppé dans son élan et termina le nez par terre. Il se releva aussitôt, mais fut incapable de faire un pas de plus. Un couinement plaintif résonna en écho à sa mine déstabilisée. Quelques mètres derrière lui, le teckel partageait ses peines, tapis sur le sol.
Siren eut un dernier regard pour Edward, puis Eques lui cercla la taille de son bras et, les saluant d'un geste, ils s'évaporèrent.

Mais qu'est-ce qui vous a pris ! Hurla Edward dans un français massacré.

Il agrippa vigoureusement le col de Carter au point de faire craquer le tissu. L'agent de la Curia dut se hisser sur la pointe de ses pieds pour ne pas quitter le sol. Par réflexe, il enserra les poignets de son geôlier sans aucun espoir de lui faire lâcher prise et répliqua aussi sec :

C'est plutôt à moi de vous poser cette question ! Pourquoi vous ne les avez pas arrêtés ? Ils viennent d'enlever une innocente !
Ils l'ont sauvé !
Qu'en savez-vous ?

De vifs mais lointains éclats de voix mirent un terme à leur altercation. Tous deux levèrent la tête et comme l'étau d'Edward s'était desserré sous la surprise, Carter en profita pour s'arracher à son étreinte. D'un geste agacé il essaya de remettre en place son costume, puis haussa les sourcils en croisant le regard interrogateur du loup.

Ça vient du parvis. C'est la folie là-bas depuis que les spectateurs ont commencé à sortir du chapiteau. C'est à celui qui décampera le plus vite.
Magnifique, cracha Edward en tournant les talons en sens inverse.
Où vous allez ?
Ailleurs.
Mais ils ont besoin de nous là-bas !

Edward s'arrêta. Sa colère et son amertume lui brûlèrent les lèvres, mais il les pinça avec rage pour ne rien laisser éclater. Une inspiration profonde souleva ses épaules crispées. Il se retourna et, faisant appel au peu de calme qu'il lui restait, abandonna sèchement :

Écoutez Carter, je fais juste un tour. Au cas où certains n'auraient pas encore rejoint l'entrée.

Soit il fut convaincant, soit l'instinct de Carter le dissuada de toute objection, car l'agent de la Curia se contenta d'un simple signe de tête avant de s'éloigner. Edward en fit de même.

S'il avait eu les idées claires il se serait souvenu de l'antiquaire et de son ami et peut-être les aurait-il cherchés. Il se serait alors rendu compte que ni l'un, ni l'autre n'était dans les parages et ce depuis longtemps.
Mais ses pensées n'étaient qu'un ouragan dévastateur et la seule attention qu'il eut fut pour une vieille caisse en bois qu'il réduisit en miette d'un coup de pied bestial.

-----------✧❯❮✧-----------✧❯❮✧-----------✧❯❮✧-----------



Annonce de M. Loyal



Ce n'est pas un champs de bataille, mais nous n'en sommes pas si loin. Depuis l'incident qui a eu lieu sous le chapiteau et les deux coups de feu qui y furent tirés, l'immense tente s'est mise à cracher un flot de spectateurs paniqués et effrayés qui tentent de quitter la proximité du cirque le plus vite possible. Beaucoup sont arrêtés dans leur élan par ce qui semblent être des agents de police.

À l'arrière du cirque le désordre est le même. Un groupe d'inconnus à enlevé la femme-serpent et s'est enfui. M. Pickles a retrouvé leur trace juste avant de les voir s'échapper. Un troisième coup de feu y a retenti.

La question est : et vous, où êtes vous ?


  • Les aboiements du chien vous ont peut-être conduit à suivre sa trace ? Si c'est le cas vous avez pu assister à une partie de la scène qui s'est déroulée à l'abri de la foule inquiète.

  • Ou vous avez probablement entendu les appels des agents présents qui vous invitent à rejoindre la sortie dans le calme. Les avez-vous suivi ? Vous doutez-vous de ce que cela implique ?








Vous posterez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au vendredi 11 mai (au soir) pour participer à cette dernière partie !


Vous pouvez toujours nous joindre par MP pour la moindre question ! Nous répondrons au plus vite, comme d'habitude ~

N'hésitez pas à répondre même si vous avez raté la manche précédente ! Et un grand merci pour votre participation !

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Aldrick Voelsungen
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   Hier à 21:18

Le commissaire avisa Alice, l'écoutant avec autant d'attention que le lui permettait son humeur, s'étonnant un peu lorsque les femmes confirmèrent les faits et gestes de M.Pickles.

* Quelle drôle d'idée d'appeler un chien de la sorte. *

L'esprit de l'agent tournait à plein régime, lui faisant oublier un instant le monde autour de lui. Il y avait sur cet homme une odeur très légère d'humidité et de morphine, qui s'amenuisaient au fil des secondes. Pourtant, ce qui l'intriguait surtout, c'était la position de la seringue. Elle penchait un peu vers le sol avant qu'il ne la lui retire. Était-ce le choc lors de sa chute qui lui avait fait prendre cet angle d'inclinaison si singulier ? Impossible. L'aiguille se serait brisée, ou l'aurait blessé davantage. Avait-elle été plantée par en dessous ? Si son agresseur avait été de sa taille, l'aiguille aurait été retrouvée à l'horizontale ou en diagonale, mais avec l'extrémité du piston vers le ciel. Mais là...

- Non. Ça ne colle pas. Abandonna-t-il dans un murmure vexé à la suite de ses pensées avant d'observer l'animal près de demoiselle blonde.

* Ce chien... Elles étaient au moins trois présentes, dont deux Légendaires puissantes, si le coupable avait été proche de la victime, elles l'auraient probablement remarqué, surtout Charlotte. Donc, pour échapper à leurs regards, il faut soit, qu'il soit très rapide, soit immatériel, soit un véritable caméléon. Ou alors, il faudrait qu'il ait attaqué à distan...*

Sa réflexion fut stoppée nette par la poigne de Ladli, et surtout son regard perçant, quasi-meurtrier. Alors seulement, il se souvint de ses questions et ajouta avec un cynisme aussi évident qu'appuyé, tandis qu'elle le libérait :

- Ne vous inquiétez pas, je suis certain qu'aucun mal ne sera fait à votre protégée. Loin de là. Croisant les iris de la concernée, il sourit de manière entendu, et reprit en feintant de ne pas savoir quelle puissance phénoménale émanait de la jeune fille.

*Il faudrait être fou pour s'en prendre à elle, et encore, même un fou hésiterait !*

Il allait déplacer le corps quand la foule se fendit, sous les ordres d'une voix mordante. Une de celles qui hérissent le poil et donne envie d'en museler le propriétaire.

- Pardon ! Pardon ! Laissez-moi passer, je suis médecin !

Un homme aussi long et mince qu'une tige d'allumette s'épongea le front de son mouchoir en s'excusant, posant à la hâte une mallette sombre et un peu lourde qu'il ouvrit, après avoir vérifié que sa fille, une petite brunette potelée, l'ait bien suivi.

- Dépêche toi, Jeanne, enfin ! La houspilla-t-il, avant de s'agenouiller face à Aldrick, en se présentant sommairement. Docteur Follet. Il sortit son stéthoscope, écoutant le loup faire de même. Depuis combien de temps est-il inconscient ?
- Environs dix minutes. Répondit la voyante.
- Il avait une aiguille planté dans la jugulaire. De la morphine.

Le médecin se stoppa, l'observa un instant perplexe, mais le loup se contenta de lui jeter un regard agacé, son humeur ne s'améliorait pas, et il n'était pas disposé outre mesure à lui donner plus de détails. Follet se remit au travail.

- On la lui a injectée de force.

Le docteur haussa simplement les sourcils, penchant précautionneusement la tête du patient d'un côté, puis de l'autre, semblant chercher quelque chose, il fit de même avec une majeure partie du corps.

- Il n'a pas l'air d'avoir subi de blessures, il ne saigne pas. Il...
- Il faut le mettre dans une tente ? Coupa Aldrick, se contrefichant des regards outrés qu'on lui lançait.
- Je pense qu'on peut le déplacer oui, en prenant garde à... Non pas vous commissaire.

Le loup l'avisa, sans comprendre. Son poing se serra avec force jusqu'au sang.

- Cet homme a bien assez été malmené, inutile d'en rajouter.
- Qu'est-ce que vous...
- Vous là, avec les tatouages, venez m'aider ! Jeanne prend la mallette !
- O-Oh, oui, j'arrive !

Alors seulement, Aldrick remarqua la présence d'Ashton, bien qu'il ne fut pas certain que se soit lui que Follet ait désigné, car à sa gauche, un autre gars, baraqué, se tenait droit comme un i. Tout dans sa posture indiquait qu'il avait fait l'armée, malgré ses vêtements trop petits qui laissaient aisément voir l'encre de chine qui s'éparpillait sur sa peau. Les iris d'un bleu à couper le souffle rencontrèrent finalement ceux de l'agent et la voix insupportable de Follet reprit aussitôt :

- Trouvez plutôt qui a fait ça avant qu'un malheur n'...

Aldrick frissonna intégralement, les sens aux aguets, le cœur affolé. Il l'avait très distinctement entendu, malgré la foule animée : un coup de feu ! Son sang se glaça, figé entre ses veines, le monde s'était arrêté autour de lui et son unique pensée fut pour ses sœurs. Il blêmit violemment : ça venait de sous le chapiteau, il en était certain !

Un grognement bestial s'échappa de la gorge du loup noir, dont le corps s'était mu d'une rage viscérale, bousculant la foule, retrouvant ses réflexes carnassiers, sa foulée se fit animale, son odorat décuplé. Il fendit la masse compacte des présents, faisant place nette sur son chemin, son esprit rongé par l'angoisse de perdre une fois de plus un être cher. Une fois de trop.

* Non ! Non ! NON ! C'est impossible ! Elles ne peuvent pas... *

Un second tir. La déflagration résonna aussi nettement que si le tireur avait été au plus près de son oreille. Le clouant à moins de cinq mètres du seuil du chapiteau, où seule la silhouette fine d'une enfant asiatique, vêtue de pourpre, s'incrusta brièvement dans sa mémoire. A son corps fin, se superposa celui, plus adulte d'Éléna, couvert de sang. Avant même qu'il ne l'ait réalisé, Aldrick se jetait à corps perdu vers le chapiteau qui vomissait une marée humaine paniquée. Tous hurlaient pour sortir, tel un seul homme s’égosillant, une peur indicible suintant par chaque pore de leurs peaux, se propageant parmi les stands paisibles, s’immisçant dans les esprits les plus sereins, sans parvenir pourtant à le repousser totalement.

- ÉLENA ! SABRINA !

Ses doigts se crispèrent sur le tissu strié blanc et rouge, pour s'engouffrer sous la tente, mais il tomba violemment nez à nez avec une chimère transformée en jeune policeman. Avec une force incroyable, elle l'éloigna d'elle, aussi facilement que s'il avait été un simple ballon gonflable. Le maintenant à bonne distance, sa main broyant son épaule, elle déclara avec un détachement professionnel qui l'excéda en un quart de secondes :

- Veuillez rester à l'extérieur, monsieur, le spectacle est fini.
- Mes sœurs sont à l'intérieur !
- Tout le monde va sortir, monsieur. Veuillez patienter.
- PATIENTER ? VOUS VOUS FOUTEZ DE MOI ?! JE VEUX LES VOIR ! J'AI ENTENDU TIRER !

À peine eut-il achevé sa phrase, qu'un enfant éclata en sanglots en se cachant dans les jupes de sa mère. La chimère le gratifia d'un regard mauvais, tout comme une partie de l'assemblée, mais elle seule se rapprocha assez de lui, pour murmurer à son oreille :


- Vous voyez ce que vous avez fait ? On a déjà assez à faire avec les Humains, n'en rajoutez pas. Attendez bien sagement dehors.

Elle ajouta plus bas :

Ou passez par l'entrée des artistes...

Aldrick s'apprêtait à lui exprimer le fond de sa pensée, sans les formes, sans une once de délicatesse –qu'il ne possédait de toutes façons aucunement– de manière à ce que le monde entier l'entende, jusqu'à ce qu'il comprenne enfin la fin de sa phrase. Il l'avisa sans percuter d'abord, mais elle reprit ses distances et lâcha d'un air professionnel :

- Ne m'obligez pas à me répéter, j'ai du travail.

Aldrick regagna l'extérieur, alors qu'Isobelle ajoutait avec le même calme que précédemment, pour un autre malheureux spectateur :

- Oui, c'est à vous. Merci de votre compréhension Monsieur.

La Curia était à l’œuvre bien trop rapidement pour déployer un dispositif de cet acabit, aucune coïncidence n'était possible : c'était prémédité ! La rage sans commune mesure du loup noir ne s'estompa pourtant pas, alors que les Parisiens sortaient à présent au compte goutte, mal à l'aise, évoquant des tirs. Sa panique, elle, amante vengeresse, le consumait intégralement, dévorant son cœur avec une lenteur insultante. Il aurait incendié ce chapiteau en entier si cela lui avait assuré de revoir ses sœurs et Élise en vie plus vite. Alors, suivant les conseils de la chimère, il contourna l'édifice de toile, attiré par l'odeur du sang, que son instinct rendait plus nette. Mais à peine avait-il fait trois mètres en direction de l'entrée des artistes qu'il se figeait. Encore un coup de feu ! Sa course reprit, machinale et fluide, ses pas le guidant à quelques mètres de son but.

Sa silhouette imposante se stoppa derrière les tentes, en discernant celle, trop agacée, de son homologue. Son aura meurtrière n'avait d'égale que la sienne.

- Qu'est-ce que tu fais là ? C'est quoi ce bordel, Edward ?

Ainsi se résumèrent les salutations d'Aldrick pour son aîné, tandis que son corps tremblait encore de rage et d'horreur mêlées, de toujours ignorer ce qu'il était advenu des siens.


Spoiler:
 

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Frédéric Lenoir
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   Aujourd'hui à 13:42

Frédéric avait trouvé une infirmière, laquelle s'était penchée sur le jongleur évanoui au sol et était repartie chercher sa malette Dieu sait où. Le mage était donc coincé là jusqu'à son retour avec sa Tante hystérique et sa cousine choquée.
Histoire de ne pas se faire engueuler trop vite, il tendit une oreille aux jérémiades sans fin de sa Tante pour voir s'il avait raté un bout important.
-... rabâché les oreilles aveû t'père tout' ton enfance pis t'même pas capab' d'réveiller èn' buveu'd'flotte ?! ça c't'ène fâmille ! D'ji l'diseu d'jà din l'temps mais tcheû les djônes d'asteur* ! Mais bouge toi donc Freddy ! Fous-y èn tchoffe, qu'y s'relèv' co pi ça s'ra bon.
Il ne répondit pas, se demandant vaguement à quel moment elle était passée de "ce satané cirque plein de criminels" à son père. Sa cousine, pour une fois, lui parut presque sympathique : elle au moins elle avait une réaction normale :
- Dites cousin... vos croyez qu'il est mort ?
Il fit non de la tête.
- Y respire 'co. 'Faut just' attendre.
Elle parut soulagée, un peu. Il eut presque de la peine pour elle.
Lui même ne savait pas trop quoi penser, mais la présence de sa famille maternelle avait toujours eu l'art de lui couper toute réflexion : dans leur entourage, son cerveau se mettait en veille jusqu'à ce qu'ils soient loin.

C'est alors que quelque chose de lourd tomba dans le chapiteau. Ou alors un truc explosa. Ou alors un coup de f-- Non. Probablement pas ça. Fine sursauta. Matante Eva n'entendit rien. Trop occupée à gueuler sur l'infirmière qui venait de reparaître avec une mallette à la main.

- Bah c'est à c't'heure qu'vos rev'nè ? Y'aurai co pu clamser dix fois du temps qu'vos a fallut, Dame !
Frdéric lança un regard désolé à la nouvelle arrivante et lui proposa qu'ils la laissent faire. Elle lança un regard à l'énergumène campagnarde plantée sur ses deux jambes à deux mètres d'elle, dont elle ne devait pas comprendre un mot, et remercia le mage.

- Venez, Fine, on va la laisser faire.
Sa cousine, étonnamment et bien que plus grande que lui, lui prit le bras. Il fut si choqué qu'il n'osa rien dire. La Tante leur emboita le pas tout en crachant son venin. elle lui faisait penser à une abeille qui ne pourrait faire deux pas sans piquer du dard à droite à gauche tous les deux pas.
Comme ils passaient entre deux tentes, un miracle eut lieu :

- LA s'curité n'est né convenab', vrément. Mi, dji n'--- WAÏE ! CRÉ VINDJEU D'BERDOUILLE DE #@&%*$---
Les djônes d'asteur : les jeunes de maintenant


Frédéric eut un ricanement et bénit la caisse qui venait de heurter l'abeille. Francine, elle, s'élança.
- Môman ?!
- QUI C'EST-Y L'POUILLEU QU'A S'TY JETÈ ÈN CAISSE SU LES BRAV DGENS ?! V'NEZ DON ICI, ASSASSIN !
Fine recula. Frédéric cacha son fou-rire en regardant le sol et en avançant son chapeau sur son front.
- Môman les d'gens nous r'wêtent...

Quand Frédéric vit qui était le Coupable Assassin des Déboires de sa Tante, il regretta presque d'avoir béni la caisse miraculeuse. Il avait espéré qu'elle lui ferme son claquet. Il aurait dû se souvenir que sa Tante n'était pas de ce tempérament. Mais si elle décidait de s'attaquer à un loup, son dard ne vaudrait rien.
Par ailleurs, Edward White ignorait que la famille de Fred, hormis son oncle Jean, n'avait jamais même vu son jumeau. Si ces deux là se prenaient la truffe, Fred n'en ressortirait pas vivant. Puisque son Patron s'éloignait d'un pas vif sans remarquer la folle d'Ardennaise qui l'injuriait, le mage tenta de rediriger l'énergie débordante de celle-ci.
- Matante, vos d'vriez vos asseoir.
Elle ne l'entendit pas, continua de vociférer  au "deux tiers d'assassin de petit bourgeois mal éduqué, la tête en cul de lampe, la rotule à ressorts " qui avait osé froisser son joli minois et déranger son rouge à lèvres à 2 francs.

Comme la cousine, Fine, s'inquiétait tout de même, elle voulut forcer sa mère à s'asseoir sur une caisse. La matriarche la repoussa si bien que la cousine et son derrière de cheval vint culbuter un enfant qui s'effondra, glace au sol, devant un ouvrier qui courait en revenant du chapiteau.

- Des assassins ! Des assassins au cirque !
Frédéric se demanda ce que tout le monde avait à voir des assassins partout aujourd'hui.
- Ils ont voulu tuer le chef du cirque ! Les monstres vont nous tuer !
Haussement de sourcil du Freddy, vociférations de l aTante contre de "dérangeu d'colères" qui ne la laissait pas s'exprimer, alors qu'elle avait bien été la première à commencer, qu'elle n'était pas prête à s'arrêter et qu'il pourrait au moins faire honneur aux dames, même dans les jurons.

S'ensuivit une engueulade irréelle entre les deux. Lui, lui assurait qu'elle devait le croire, qu'il y avait des tireurs dans le chapiteau. Elle, refusant d'écouter, criant que le meurtrier c'était le mal-foutu qui lui avait jeté une caisse sur la tête.
Un cercle de badauds de forma autour d'eux. Une femme apparut, qui de sa voix tremblotante confirma :
- Mais il dit la vérité, y'a eu deux coups de feu, et ils ont dit que la femme-serpent - elle était vraie, j'vous le dit, vraie de vraie - devait partir ou quoi et qu'ils allaient tous nous tuer.

Jetant un coup d'oeil au chapiteau virent qu'on laissait sortir les visiteurs au compte goutte. Au milieu de la foule, Fred vit le commissaire Voelsungen - tellement plus grand que les autres - le visage blême, qui vociférait. Si Aldrick était dans cet état, il devait y avoir eu une catastrophe. Vu l'état du Patron aussi...
Frédéric prit le bras de sa cousine :
- Francine, chopez Eva, il faut qu'on sorte d'ici.
- Mais, cousin...
Elle connaissait ce regard, celui qu'il lui lança. Elle l'avait vu enfant à quelques rares reprises, mais elle avait appris que quand le Noireaud zieutait les gens comme ça, il fallait pas l'énerver.
Elle dit :
-J'vais essayer...

_________________

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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque   

 

Intrigue : Acte I Scène III | Extérieur du cirque

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