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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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  Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines

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Jade Perez
Plus brillante que les diamants
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Sam 18 Mar - 16:53

Jade ne put s'empêcher de rire doucement devant la tête que faisait Layth. Il se régalait de cervelle d'agneau, mais crachait sur un vin qui était probablement tout aussi hors de prix ? Cela lui ressemblait bien, tiens. Encore heureux qu'il ne l'accuse pas de vouloir l'empoisonner ! Mais au moins, il était honnête. C'était quelque chose qu'elle appréciait chez lui, même s'il n'était pas toujours facile à suivre. On ne pouvait pas en dire autant de la plupart des parisiens après tout. Elle en aurait presque oublié la raison de sa présence. Ne pouvait-elle pas s'amuser un peu, faire comme les autres et se joindre à la ronde ? Ce genre de soirée était l'occasion parfaite pour cela, d'autant plus lorsque la majorité des invités comportait des visages familiers. Et ce qu'elle aurait donné pour offrir une pique bien envoyée à Llewyn, qu'elle croyait bien trop fier pour jamais participer à ce genre de soirée même s'il se trouvait invité ! Malheureusement, il y eut l'incident avec la serveuse, et le moment passa. D'autant plus qu'il était maintenant l'heure de dévoiler le fameux mystère qui se cachait sous le tissu.

Edward se trouvant près du centre de la pièce, en tant qu'invité de marque à tout couper – c'était le cas partout où il allait  ! – son attention revient bien malgré elle sur le couple aux cheveux bleus. Si Louna l'avait aperçue, elle n'était pas venu lui dire un mot. D'accord, elle se voulait discrète, mais ce n'est pas comme si elle avait caché sa présence non plus. Que s'était-elle imaginé ? La gorge lui brûlait, son sourire habituel avait disparu. Mais elle ne voulait pas faire une scène en public, non, elle ne le pouvait tout simplement pas, alors elle ne pleurerait pas. Mais comment faire à présent ? Si Jade ne pouvait plus lui faire confiance ? Il y aurait une fissure entre elles, qui grandirait un peu plus chaque jour. Elle avait l'impression de suffoquer, c'est son monde tout entier qui s'effondrait et même les couronnes de fleurs dorées des Montalant ne lui offraient guère de réconfort. Le spectacle étrange de marionnettes lui resta donc plus coincé dans la gorge qu'autre chose, bien qu'en temps normal, elle aurait sûrement bien apprécié. Tout ce qui touchait à l'art fascinait l'ancienne cambrioleuse. Et puis, les énigmes, c'était souvent assez amusant, mais que pouvait-elle bien représenter ? C'était la clé, mais la clé de quoi ... ?

Au lieu de cela, elle resta un peu passive, se laissant emporter par Layth jusqu'à un coin plus éloigné de la pièce, le regard vide. Si son cœur était comme une fleur, alors il était en train de flétrir un peu plus. Comme le jour où elle avait dû quitter son foyer et fuir, fuir très loin jusqu'à ce qu'elle trouve sa place au cabaret. Un rire sinistre la ramena à la réalité, et Layth lui confirma que quelque chose clochait dans toute cette mascarade. Jade passa une main sur ses yeux, essuyant les perles de larmes qui menaçaient de s'échapper. Elle donnait toujours l'impression d'être forte, eh bien, ce n'était pas le moment de se laisser aller au sentimentalisme. Si son monde devait s'écrouler, elle en ramasserait les cendres et les mêlerait à un grand feu de joie autour duquel elle danserait toute la nuit, et elle retrouverait le sourire. Tiens, ils étaient prêts de la porte maintenant, du coup, elle ne comprenait pas l'agitation de son compagnon d'infortune. Ah ? Son arme ?

« C'est bizarre, mais puisque tu le mentionnes ... La serveuse ... Elle a ... Disparu ? »

Ou alors elle avait simplement quitté la pièce, mais avec tous les trucs bizarres qui se passaient ici, il y avait de quoi se poser la question. Peut-être que ce n'était qu'un tour de passe-passe. Ou alors, ce couple de bourgeois n'était pas exactement ce qu'il prétendait.

« Écoute Layth .... Je doute qu'on nous laisse sortir aussi facilement de toute façon. Ils ont un spectacle macabre à donner et ils se sont apparemment donnés beaucoup d'efforts pour rassembler le plus de monde possible ... »

Et elle ne partirait pas sans s'assurer que tous ses amis soient en sûreté. Maudit soit Edward et son goût douteux en matière de romantisme ! Il ne pouvait pas faire comme les gens normaux et profiter d'une promenade tranquille ? Se penchant légèrement vers le djinn dans la confidence, puisqu'il était le seul à ses côtés, une pointe d'inquiétude au cœur, elle qui n'était pourtant pas facile à intimider, elle lui avoua ce que son instinct lui criait depuis tout à l'heure, et qui ne lui faisait voir que le pire :

« Il y a quelque chose de malsain dans l'air. Il ne reste qu'à espérer que le clou du spectacle, ce ne soit pas, finalement, des pièces à ajouter aux vitrines... »

Elle faisait bien entendu référence à tous les Légendaires ici présent. Elle tremblait légèrement, entre la peur, et sensible à tout ce qui n'était pas né de Mère Nature. Était-ce du poison ? Ou l'encens ? Seulement une mauvaise aura, une simple impression ? Le pire restait à envisager, si tout ceci n'était pas une hallucination, et leurs hôtes eux, qui ne faisaient rien pour les rassurer. Franchement, elle n'aurait su le dire, mais elle aurait préféré se trouver à mille lieu d'ici. Mais puisque ce n'était pas possible, elle préférait ouvrir une fenêtre avant que la pièce ne commence à tourner dangereusement. Tant pis si elle devait se blesser jusqu'au sang, l'important, c'était surtout de ne pas laisser l'angoisse l'emporter complètement. Parce qu'une voleuse doit toujours avoir un tour dans son sac, et que lorsque tous les autres moyens défaillent, il faut parfois s'en remettre aux bonnes vieilles manières. D'ailleurs l'idée de mettre une bonne droite a quelqu'un la démangeait. Mais c'était l'hystérie qui parlait, et pas question de se laisser emporter. À moins de devoir défoncer ce foutu carreau en verre. Le premier qui tentait de l'arrêter risquait de le regretter amèrement !

Si un regard pouvait tuer, il ne resterait qu'un tout petit tas de poussière à la place du grand Edward White. Franchement, ça, ce serait tout de même plus incroyable encore que le jeu de circonstances de cette soirée étrange !
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Aldrick Voelsungen
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Sam 18 Mar - 18:49

Quand l'annonce du mutisme tomba, Aldrick ne put s'empêcher de fixer l'homme d'un air surpris. Ses iris d'or le détaillèrent, avant de revenir sur la demoiselle, dont la voix lente lui parut lasse, sans qu'il en saisisse la raison. Penchant la tête sur le côté, il attendit une fin qui ne vint pas, ouvrit la bouche pour compléter les dires potentiels de la jeune fille, mais leurs hôtes furent plus rapides. La suite ne fut que sidération et incompréhension pour le loup noir qui ne parvint pas à applaudir pareil spectacle.

- C'est une blague ? Ne put-il s'empêcher d'abandonner à voix haute sans s'en rendre compte.

Était-ce vraiment pour ça qu'ils avaient lancé pareille invitation ? Mais déjà les deux autres avaient disparu de son champ de vision, le laissant seul. Il n'eut pourtant aucun mal à les retrouver tant les ondes meurtrières de Charlotte étaient fortes. Après un temps d'appréhension, Aldrick s'avança vers eux, s’apprêtant à faire part d'un humour douteux quand il se figea de stupeur.

Un frisson désagréable lui remonta ensuite le long de l'échine, et il se crispa violemment. Un appel. Il y avait bien longtemps qu'il n'en avait entendu de la sorte. Le brun fronça les sourcils, cherchant le louveteau dont il ignorait l’existence jusqu'alors, et qui semblait en désarroi. L'agent se glissa parmi les convives, et fronça les sourcils quand il lui parut qu'un oiseau empaillé dans une cage venait de battre des ailes. Se frottant les yeux, il ne trouva aucune anomalie sur l'immobile volatile.

* Est-ce que ce serait mécanique ? Ça ne sent que la plume...*

L'air sceptique d'un de ses voisins, lui confirma qu'il n'était pas le seul à avoir du mal avec l'oiseau, et le soupir de ce dernier eu le mérite de le ramener davantage sur Terre, même s'il ne comprenait pas bien pourquoi l'autre fixait obstinément un chapeau accroché au mur. Un nouveau frisson le gagna, aussi laissant là ce mystère, il se laissa guider, évitant les gens les yeux clos, pour rester concentrer sur le louveteau, les contournant quand son flair lui indiquait bien trop de parfums que nécessaire.

* Il est là *

Un soupir lourd de sens lui échappa quand il découvrit finalement la silhouette filiforme de Ryden auprès de celle de Tala. Recroquevillée, la louve paraissait souffrir.

* Je comprends mieux pourquoi j'ai cru qu'il s'agissait d'un louveteau. Elle a si peu l'habitude d'être en accord avec la bête... Pas étonnant que s'eut été si maladroit*

Opinant de la tête, il salua son collègue d'un vague « bonsoir », non sans se remémorer la dernière fois qu'il lui avait cassé le nez, puis avisant Tala, le brun glissa d'un ton rassurant en aidant la demoiselle à se remettre sur pied :

- N'ayez crainte miss Harcourt, même si mon collègue est effrayant, il ne vous fera pas de mal.

Le loup noir eut un sourire entendu en fixant le concerné, mais reporta aussitôt son attention sur la brunette. Piochant ensuite dans la poche de son veston, il en sorti une boite de fer, et la présenta à la belle. Un léger parfum de chocolat en émanait.

- Tenez, servez-vous, ça devrait aller mieux apr...

Il n'acheva pas, sursautant en entendant l'avalanche de rires qui semblaient provenir de nul part. Les sens aux aguets. Le temps lui parut s'arrêter, tandis qu'il cherchait d'où pouvait provenir pareille manifestation.

- C'était quoi, ça ?

* Qu'est-ce que.. ? Est-ce que cet appartement est équipé comme un théâtre ? Il y a trop d'objets partout ! Impossible de discerner le moindre interstice qui émanerait d'un mur voisin ou non...*

Le loup passa une main sur son visage, inspirant profondément, pour se calmer. Tala semblait être une véritable boule de stress et de déception mêlés. Être si proche d'elle dans cet état ne serait pas une bonne chose si elle ne parvenait pas à se calmer prochainement. Posant finalement une main sur l'épaule de la belle, une fois n'était pas coutume, il laissa la bête en lui faire le reste. Celle-ci se montra rassurante et n'eut qu'un instant de surprise quand une voix fluette glissa non loin :

- Jade ? Zut, j'étais pourtant certaine de l'avoir vu par là... Monsieur White, est-ce... Tout va bien ?

La voix tremblante de la petite coiffeuse et ses nombreux coups d'yeux, prouvèrent que l'employée n'était pas des plus rassurée non plus. Manifestement, elle ne savait pas quoi faire de ses mains et paraissait hésité à s'éloigner de son patron. La crainte semblait émaner de toute sa personne. Cela ne fit qu'empirer lorsque quelqu'un hurla que l'ours empaillé avait bougé. Un enfant se mit à pleurer à chaudes larmes, et aussitôt le père mécontent tonna près de l'impudente optimiste :

- Vous n'avez pas honte de raconter de telles inepties, mademoiselle ? Vous faites peur aux enfants ! Cessez tout de suite ! Cet ours ne peut pas avoir bougé !

Mais aussitôt le plus jeune se précipita vers son père en couinant de plus belle :

- Le condor ! Le condor ! Il a bougé aussi ! J'ai peur papa ! Il va me manger !

Spoiler:
 

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Tala Harcourt
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Dim 19 Mar - 0:15

Partout, la foule. Partout, le monde. Partout, sa peur. Tala était terrifiée et passait l'une des pires journées de sa vie. Tala était terrorisée et n'avait qu'une envie : rentrer aussi sec. Depuis le coin de sa pièce, elle fermait les yeux d'horreur à l'idée de tout ce qui allait se passer. Ses rêves avaient volé en éclat. Ses rêves étaient faits pour voler en éclat. Son cœur battait à tout rompre tant elle craignait l'univers dans lequel elle était entrée. Son cœur battait, et elle le soupçonnait d'avoir pour objectif d'imploser dans les plus brefs délais. Et puis il y avait les rires. Partout, tout autour d'elle, résonnaient les rires de nobles qui la haïssaient certainement déjà et qui allaient la renier à jamais. Elle avait désiré cette soirée de toute son âme. Désormais, elle la regrettait amèrement. Le monde s'acharnait contre elle. C'était certain. Le monde s'acharnait contre elle. Elle ne savait plus quoi faire. Le monde s'acharnait contre elle. Ses yeux s'humidifièrent. Le monde s'acharnait contre elle. Un sanglot des plus discrets secoua sa carcasse. Le monde s'acharnait contre elle... et Tala sentit tout le poids de l'univers comprimer ses artères.

Puis soudain, alors qu'elle suffoquait sous les assauts de son âme, une voix résonna, la faisant sursauter. La terreur monta d'un cran. Se pouvait-il vraiment que cette madame de Montalant ait trouvé un médecin... ? Et s'il imaginait qu'elle était suffisamment souffrante pour devoir passer la nuit ici ? Allait-elle encore s'humilier davantage ? Une telle idée la rendit blême tandis qu'elle relevait les yeux vers celui qui déciderait de son destin.

« Ah, miss Harcourt, il semblerait que vous ne vous sentiez pas bien ? »

Tala ne sut que penser lorsqu'elle reconnut celui qui se retrouva bientôt à sa hauteur. Les yeux de la jeune femme laissèrent filtrer un peu de la terreur qui animait son cœur, perdu dans une tempête qui faisait follement rage en son âme. Ryden allait la juger. Lorsqu'il allait comprendre ses craintes, Ryden allait se redresser, un sourire narquois aux lèvres, et décider de la mépriser à jamais. À ces pensées, la louve se sentit plus mal encore et cacha son visage dans des mains fébriles, secouant la tête en guise de réponse. Elle avait envie de pleurer. Elle avait envie de pleurer et peut être aussi de vomir. Cette soirée était un cauchemar, et ce cauchemar lui semblait infini...

« Vous pouvez aller rassurer Madame De Montalant. Je vais m’occuper de Miss Harcourt. »

La terreur et le soulagement l'envahirent en même temps, mais si la première devint rapidement propriétaire des lieux, le second fut expulsé aussi sec. Alors qu'elle s'apprêtait à accepter ne serait-ce qu'un peu du soutien qu'on souhaitait lui apporter, celui-ci lui fut immédiatement arraché. La louve se recroquevilla encore un peu plus sur elle-même et plongea son visage dans ses genoux pour se cacher du monde à tout jamais. Elle aurait voulu disparaître. Elle aurait voulu n'être rien d'autre que l'un de ces horribles animaux empaillés. Elle aurait voulu faire partie des meubles. Ou bien elle aurait voulu pouvoir boire encore un peu de cet alcool brûlant qui lui avait tant irrité la gorge. Si elle en buvait suffisamment, elle allait oublier. Et si elle oubliait, tout irait mieux. Oui, mais voilà, Tala ne savait pas où trouver le précieux breuvage. Alors, Tala s'enferma dans son monde. Et ni la question de Ryden, ni la prestation qui suivit ne surent la sortir de son étrange torpeur horrifique. Mais malgré tous ses efforts, la louve ne put jamais devenir l'un de ces objets. Car ceux-ci, toujours, resteraient immobiles. Rien ne changerait ça, et personne ne serait dupe. Rien... ?

« Les voyez-vous bouger vous aussi ? »

Non. Tala ne voyait rien bouger. À vrai dire, Tala ne voyait plus rien. Tala ne voyait plus rien et ne voulait plus jamais voir. Alors, la louve secoua la tête de toutes ses forces. Puis le discret « bonsoir » d'Aldrick la faucha si profondément dans sa détresse qu'elle en sursauta et releva le regard vers lui, suppliant presque pour recevoir un peu d'aide. Lorsqu'il se risqua à la toucher pour l'aider à se relever, chose rarissime, la jeune femme se laissa faire.

« N'ayez crainte miss Harcourt, même si mon collègue est effrayant, il ne vous fera pas de mal. »

Tala hocha la tête, n'ayant désormais plus d'yeux que pour Aldrick, Aldrick venu la sauver d'elle-même et des terreurs qui l'environnaient. Aldrick venu éteindre l'incendie d'anxiété qui faisait rage en son sein. Aldrick, qui ne demandait rien d'autre que de lui donner un peu de cette sensation de bien-être qui lui faisait tant défaut.

« J-j-j-je... »

Tenta-t-elle péniblement, en vain. L'inspiration qu'elle prit après sa pitoyable tentative le fut tout autant que cette dernière, tant elle fut chargée de sanglots refoulés. Ses joues se tintèrent du rouge honteux qu'elle côtoyait trop souvent.

« J-je... »

Les mots lui faisaient défaut et déjà, son cœur se serrait de nouveau dans sa poitrine. L'idée que son sauveur puisse la fuir par dégoût d'elle la terrifiait. Et si ces pensées étaient tout ce qu'il y a de plus irrationnel, en cet instant,Tala ne l'était pas moins qu'elles.

« J-j-je... »

Mais le loup noir ne la laissa pas finir et sortit de sa poche une petite boîte dont l'odeur lui parvint agréablement aux narines, peinant cependant à recouvrir celle, presque nauséabonde, du trop plein d'encens toujours présent dans la salle. Du chocolat. Ce qu'Aldrick lui tendait était du chocolat. Tala accepta avec plaisir le petit morceau de réconfort que le commissaire lui tendait et se fit un devoir de le laisser longuement fondre sous sa langue.

« M-merci... »

Bredouilla-t-elle péniblement avant de sursauter de tout son être. Des rires, venus de nulle part et de partout à la fois, retentirent dans le cabinet de curiosité détesté. La terreur anima à nouveau les iris verdoyants de la louve qui se retrouva bien vite dans son état initial, peinant à se concentrer sur le carré de chocolat qui lui apportait pourtant tant de bien. Son regard chercha celui d'Aldrick mais c'est le chaton à six pattes qu'elle rencontra, remuant dans son formol. L'horreur s'afficha sur ses traits. Les larmes aux yeux. Elle avait les larmes aux yeux et celles-ci menaçaient de couler à tout moment. Si bien que, lorsque la main du commissaire se posa doucement sur son épaule, Tala marqua un tressaillement et manqua de hurler. Puis soudain, une vague de bien-être déferla sur les littoraux de sa terreur et l'absorba brusquement. Ce fut comme si elle n'avait jamais eu peur, comme si, quelque part, quelque chose, en elle, avait retrouvé une stabilité si intense qu'elle en devenait inébranlable. C'était vraiment comme si toute un pan de son être avait trouvé des réponses à sa terreur. Les rires ne lui faisaient plus rien. La soirée n'était plus si terrible. Les invités ne lui semblaient plus si effrayants. Pour la première fois depuis longtemps, Tala se sentit bien. Et ce fut un regard plein de reconnaissance qu'elle offrit à Aldrick.

« Merci... »

Contrairement au premier, celui-ci fut bien plus serein.

« Pensez-vous que nos hôtes ne sont vraiment pas conscients de ce qui se passe ou jouent-ils simplement la comédie ? Car si on y réfléchit bien, tous ces étranges petits phénomènes, ils complémentent à la perfection le thème de leur soirée… ne trouvez-vous pas ? »

Tala tourna ses beaux iris vers Ryden et lui adressa même une ébauche de sourire. Non, décidément, quoiqu'Aldrick ait apaisé en elle, cela lui avait fait le plus grand bien.

« J-je ne sais pas... Dans tous les cas, il ne faut écarter aucune hypothèse... Néanmoins, j-je... pense également à un subterfuge... »

Offrant à nouveau son attention à Aldrick, Tala osa tout doucement prononcer les deux mots qui suivirent.

« E-et vous... ? »

Au fond d'elle, quelqu'un entonna le chant de la victoire. Elle avait osé. Sans le savoir, Tala se sentait en harmonie avec la louve. C'était là que résidait le secret. Et c'était là qu'il resterait encore un long moment...

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La louv- *BAM* euh... l'humaine qu'est Tala parle en #ff9966 !

Ewen parle en #00cccc !
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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Dim 19 Mar - 1:29

Élise avait de ces sentiments communicatifs, dont l'essence se répandait dans les airs comme une riche odeur d'épices ou le tintamarre des cymbales. Les couleurs de son âme, telles une ode au printemps, appelaient à la joie et à la fête, au sourire et à l'art. Peu importe le silence, il lui semblait en l'approchant entendre les premières notes d'une mélodie venue d'Ailleurs. Sa sœur le faisait voyager à chaque rencontre, s'il était franc, et c'était aussi pour cela qu'il venait et viendrait toujours vers elle. Parce qu'elle était grandiose.

Il s'amusa des regards outrés que lancèrent certains prudes à leur étreinte, qu'il resserra volontiers. Ses lèvres percées vinrent trouver l'oreille délicate de la muse afin d'y murmurer quelques mots affectueux :

« Je suis là, hermana mía... » (Ma sœur)

De sa voix de velours transparaissait tout à la fois un bonheur scintillant et une sensualité inhérente à son être. Ashton se recula et adressa un clin d’œil complice à sa sœur tandis que celle-ci entonnait quelques notes d'une musique qui réveillait une lumière en son sein. Fermant les paupières, il se laissa aller un instant à l'envoûtante mélodie, afin de la sentir pénétrer son cœur et son âme. La composition d’Élise était un baume délicat contre ses vieilles blessures, qu'elle semblait faire résonner de manière singulière. Bittersweet.* Il était ému, l'eut sans doute été aux larmes n'eut-elle pas cessé de chanter dans la seconde qui suivit. C'est pourtant un nouveau sourire, charmeur, qui éclaira son visage tandis qu'il lui offrait son attention.

« Je ne sais pas ce que tu as dit, mais je crois deviner que... »

Par pur plaisir provocateur, par amour aussi, Ashton se pencha sur elle et, glissant son bras autour de sa taille, fit rencontrer leurs lèvres. Le baiser fut aussi doux que chaste, et il se sépara d'elle le temps de lui glisser un regard malicieux.

« Yo tambien... » (Moi aussi)

Le sourire de sa sœur était d'une beauté sans pareil. Elle était le Soleil. Il était la Lune. Deux faces d'une même pièce, réunis pour l'éternité. Le canidé prit un instant pour songer au bonheur d'avoir pareille compagnie pour Toujours.

« Je suis tellement contente de te voir, Ashton ! »
« Moi aussi, belleza, rit-il, moi aussi ! On va bien s'amuser... »

Et s'il en croyait les multiples exclamations qui avaient suivi leur impudeur, choquer les mœurs ferait sans doute également partie du programme. Il en était ravi. La présence de la jeune femme l'emplissait de joie et d'une malice enfantine qu'il affectionnait tout particulièrement. Qu'il faisait bon être polisson...

À cette idée, un éclat d'amusement se glissa dans ses yeux noisette. Son sourire prit des airs joueurs et c'est avec espièglerie qu'il posa de nouveau ses lèvres contre ses oreilles :

« Tu sais, j'adore faire des bêtises avec toi... »

C'était la vérité dans son habit le plus modeste. Le jeune homme adorait passer du temps avec elle pour la spontanéité qu'elle apportait à la vie, dans tous ses aspects et toutes ses qualités. Être à ses côtés ce soir était une bénédiction, s'il se le permettait.

« J'ai tellement de choses à te dire ! Il faut que je te parle du nouveau numéro de Narcisse... ! »

Les paroles d’Élise s'envolaient pour aller toucher les cieux et se perdaient dans un esprit qui ne connaissait de limites que celles de l'infini. Ashton, comme à son habitude, se concentra bien pour saisir ce qu'elle disait – car au delà de l'impressionnant débit de mots qui s'échappait de ses lèvres, ses informations étaient toujours précieuses.

« Mais tu sais, je crois qu'il n'est pas le seul à avoir un clou enfoncé en lui. J-... »
« Mesdames et Messieurs ! Riches et pauvres ! Grands et petits ! Voire tout petit ! »

Le J était le début d'un ''Je''. Il le savait. Il le savait et prendre conscience qu'on venait de le priver d'un sujet aussi crucial qu'exceptionnel le plongea dans un état d'intense frustration qu'il peina à ne pas montrer. Une brève moue saisit d'ailleurs ses traits l'espace d'une seconde. Élise parlait peu d'elle. D'aucuns eurent même pu avancer qu'elle ne le faisait jamais, ou pas vraiment. L'occasion perdue lui évoqua la perte d'un bateau contre un écueil.

Un peu vexé, il n'écouta pas les dires du couple qui se donnait en spectacle, préférant à leurs vaines paroles celles, plus sensées, de sa sœur. Peu importe le sujet, il se moquait bien de l'énigme – au demeurant très simple – dont se vantaient les deux originaux. Et puis la passion de la muse pour la vie se percevait aisément dans chaque parole qu'elle lui lançait, rendant ainsi le moindre mot captivant. Il se laissa donc porter par le flots des pensées de la demoiselle avant de répondre, un sourire aux lèvres :

« J'aime les roses, en effet, mais je crois que je préfère les bruyères. Tu sais, les bruyères violettes ? Il y en avait beaucoup, de là d'où je viens... »

Un silence.

« Les coquelicots, c'est joli aussi. J'en cueillerai avec plaisir avec toi, et je trouve que la métaphore que tu crées est très belle ! »

Il lui lança un sourire doux, apaisé, puis se pencha sur elle. Mais alors qu'il s'apprêtait à revenir sur le sujet brûlant qui lui faisait défaut, la muse ouvrit un nouveau bal des mots dans lequel il s'embarqua avec plaisir. Au final, ils avaient le temps. L'éternité était un vaste océan qu'ils auraient tout le loisir d'explorer. Et peut-être que cette conversation était faite pour un autre moment, autre part.

« Je crois que je me suis aperçue, tout à l'heure, sur une assiette antique ! C'était amusant, tu ne trouves pas ? »


Le sourire qui se dressa sur les lèvres d'Ashton fut de courte durée cette fois. Trop concentré sur sa sœur de cœur pour observer le funèbre spectacle qui s'était déroulé sur scène, trop fasciné par leur discussion pour voir les bizarreries alentours, le jeune homme fut pris au dépourvu par le mouvement spontané d'une poupée. Lui d'ordinaire habitué à percevoir chaque mouvement de chaque être vivant se trouva brusquement aveugle, incapable de prévoir les actions d'objets qui n'avaient pas d'âmes mais qui se mouvaient tout de même. Un violent sursaut le saisit, si bien qu'il recula d'un bon pas et, par réflexe, se mit en bouclier devant Élise.

Constatant qu'il ne s'agissait là que d'un pantin, il éclata de rire :

« Je ne trouve pas ta poupée très polie, belleza, mais j'avoue que j'apprécie son sens de l'humour ! »

De là, s'il se concentrait sur la conversation qu'il menait avec la jeune femme, il fit aussi attention à la moindre bizarrerie animée qui l'observait depuis les vitrines. Inconscient qu'il s'agissait là d'un exploit, il lutta sur les deux fronts avec plaisir :

« Reilly est très doué en couture. Ta robe est grandiose belleza, mais ça ne m'étonne pas vraiment, du coup. Regarde, regarde ! La marionnette décapitée nous salue ! Oui je suis d'accord, je m'amuse aussi. C'est surprenant. Je me demande comment un squelette peut avoir une langue. Ça devrait être impossible, non ? Il est vrai que les satyres sont réputés pour être rustres. J'espère qu'il ne t'importunait pas trop. Tiens, les photos bougent. Tu crois qu'un fantôme est piégé dedans ? Ce serait triste pour lui... Mais je ne perçois rien. Tu perçois quelque chose, toi ? Je comprends que tu préfères ta musique, by the way. Et j'adorerais t'entendre jouer un jour, tu sais ? »

Il lui offrit de nouveau l'intégralité de son attention lorsqu'elle porta ses doigts à sa flûte, croyant percevoir dans ce geste un brin de nostalgie. Doucement, un sourire s'érigea sur ses lèvres, un sourire tendre né de son amour pour elle. Les souvenirs auxquels elle faisait référence l'emplissaient d'une joie douce teintée d'amusement. C'étaient des événements qu'on aimait garder en mémoire. La naissance d'une amitié. D'une fraternité.  

« Oh oui je m'en souviens. Comment oublier ? Et si tu veux aller voir l'our- »

Des rires. Ils avaient retenti dans la salle comme une résonance inexplicable. Ils venaient de partout et de nulle part à la fois. C'étaient des voix, mais des voix sans corps et sans visage. Des personnes parlaient, mais elles n'avaient pas d'âme. L'information dérouta Ashton autant qu'elle l'intrigua et ses pensées se perdirent à la recherche d'une source de son. En vain.

« Désolé belleza, je... Bah... Élise ? »

Mais d'Elise il n'y avait plus. La belle était partie sans crier gare, laissant un ami aussi perdu que perplexe dans son sillage. Et si l'âme de la muse suffisait d'ordinaire à la repérer, l'amas compact de convives rendait pénible et peu fructueuse chacune de ses tentatives. Soupirant, il se résolut à parvenir à ses fins par d'autres voies.

Du coin de l’œil, il aperçut la haute stature du commissaire, qui se tenait dans un coin. Lui saurait peut-être. Après tout, il avait pour devoir d'empêcher les quelques bêtises que pouvait engendrer la jeune femme. Mais alors qu'il s'approchait, Ashton constata une présence presque imperceptible aux côtés du policier.

- Tal-

Coupé dans son élan par la présence d'un oiseau empaillé juste à sa droite, devant son nez, le canidé loucha un peu. L'échange de regard qui s'en suivit ne fut pas des plus communs, l'aigle à deux têtes semblant le toiser, et il peina à sortir de son trouble soudain. Ce n'était pas tous les jours qu'on croisait pareil spectacle, et encore moins qu'on y participait. L'affaire était d'autant plus perturbante qu'il avait l'impression saisissante que son vis-à-vis était vivant, bien que dépourvu d'âme. La question l'interrogea longuement. Que se passait-il donc ici ? Subterfuge ou réelle magie ? Un peu des deux ? Les De Montalant avaient-ils conscience de leurs actes ? Où se trouvait la réalité ? Pris en pleine interrogation, il ne fut sorti de sa rêverie que par les cris enthousiastes d'un enfant qui n'avait visiblement pas froid aux yeux.

- Un ouuuuuuurs, Papa ! Un ouuuuuuurs ! Graoooor !
- Ne dis pas de bêtises, veux-tu ? Cette jeune femme délirait, c'est tout.

En un sourire, Ashton songea qu'il venait de retrouver sa muse. Et quel meilleur endroit pour cela qu'aux pieds de l'immense ours empaillé qui devaient, il en était sûr, faire des siennes ? Amusé, il se glissa parmi la foule, songeant que Tala était entre de bonnes mains et que trouver Élise était d'autant plus urgent qu'elle risquait de semer la panique par enthousiasme. Tout le monde ne partageait pas les opinions de la jeune femme en matière d'amusement, après tout, et certainement pas en matière de dangerosité.

Après quelques minutes d'errance, le canidé parvint à se faufiler jusqu'à la jeune femme, un sourire amusé aux lèvres. Face à elle, un père de famille et son fils, semblables à celui qu'il venait de croiser à l'exception près que le petit garçon semblait terrorisé. Glissant une caresse dans le dos de sa sœur, il murmura :

« Désolé, je t'avais perdue. »

Il adressa un sourire au paternel, ainsi qu'un hochement de tête en guise de salut, puis s'accroupit devant le gosse. Son regard était malicieux, son sourire joueur. Le but : transformer la peur en amusement.

« Dis, tu savais que les animaux faisaient d'excellents acteurs ? Monsieur et Madame De Montalant ont embauché un ours et un condor pour faire le spectacle ce soir, alors ils doivent rester immobile tout ce temps ! Tu te rends compte ? Impressionnant, pas vrai ? Seulement, après plusieurs heures, ils fatiguent un peu. C'est pour ça qu'ils bougent. D'accord ? »


L'enfant parut écouter, attentif, un brin de fascination s'illuminant dans son regard. Son coeur s'emplit lentement de satisfaction tandis qu'il poursuivait, d'un ton enjoué:

« S'ils s'animent, il faudra que tu fasses semblant d'avoir peur et de courir, pour ne pas les vexer. Mais ils ne te veulent aucun mal, d'accord ? Promis. »


Le marmot hocha doucement la tête, l'air brusquement rassuré. Un mince sourire étira même ses traits, et il s'agita avec un peu plus d'enthousiasme. Des animaux acteurs, c'était infiniment plus rigolo que des monstres mort-vivants.

« Ils peuvent même parler ? »
, s'enquit-il finalement.

« Ah oui oui, et ce sont de fins orateurs ! »


La conversation poursuivit sous les exclamations passionnées du bambin, dont la peur semblait s'être mue en fascination. Mais toute proche de leur bulle de légèreté, la réalité s'aiguisait lentement.

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Edward White
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Dim 19 Mar - 17:59

Vraiment… Mademoiselle Barcarolle devrait apprendre à se tenir, soupira Edward.

Il s'était instinctivement placé devant Louna lorsque le cri d'Élise avait figé la salle. À présent certain qu'elle était hors de danger, la petite coiffeuse put voir les solides épaules de son patron se détendre un peu. Encore frissonnante, elle hésita à lâcher le pan de sa veste et ne se décida que lorsqu'une information cruciale glissa jusqu'à son oreille. Le loup blanc avait abandonné quelques mots, réfléchissant à haute voix :

Hum… J'ignorais que Layth et Jade s'entendaient au point de venir ensemble à pareille soirée.
V-Vraiment ? Alors elle est bien là !

La jeune fille dépassa Edward d'un pas léger et se faufila énergiquement parmi les convives. Edward suivit sa percée d'un œil attentif et haussa les sourcils lorsqu'il la vit s'arrêter brusquement. Il tendit l'oreille, craignant qu'elle ait à nouveau aperçu l'une de ces étranges manifestations, mais ce fut d'un pas presque timide qu'elle rebroussa chemin, la mine pensive.

Tout va bien Louna ?

Elle releva la tête et rougit un peu. Ses petites mains gantées s'entremêlèrent et après un bref silence, elle avoua doucement :

C'est que ce ne serait pas très poli de les déranger pendant un rendez-vous.
Je ne suis pas certain qu'un jour vous la dérang…
Alors ça par exemple ! Vous ne manquez pas de culot Professeur Sumerlee !

La voix forte et courroucée d'Edmond De Montalant avait éclaté dans le cabinet tout entier, attirant aussitôt l'attention des convives à sa proximité. Edward et Louna en faisaient parti. Ils n'étaient qu'à deux petites vitrines du couple et de l'éminent universitaire dont les doigts maigres tiraient nerveusement sur sa moustache blanche. Un silence factice les entoura, rapidement coupé par l'hôte des lieux qui s'emporta plus violemment encore :

Comment osez-vous accuser de faux cette authentique cigale mystique ?! Son troisième œil n'est pas une preuve suffisante pour vous convaincre ?
Je ne vous pensais pas si crédule Edmond. C'est de toute évidence une contrefaçon de mauvaise qualité. Tout le monde sait que la cigale mystique a les ailes bleu cendré ! Pas bleu roi !
Et vous voilà docteur des couleurs à présent ? S'étrangla Adélaïde.
Cette cigale était la guide spirituelle du grand Daï Pui'Pui ! Nous avons rencontré en personne sont arrière-arrière-arrière-petit-fils qui a modestement accepté de nous vendre ce trésor in-es-ti-ma-ble !
Il vous a berné surtout ! Jamais un descendant digne de ce nom du grand Daï Pui'Pui ne se permettrait de céder celle qui permit au maître des douze Chi d'atteindre l'illumination divine de son chant exalté !
Oh le rustre ! Qu'on me retienne Adélaïde qu'on me retienne ! Sans quoi je lui arrache ses moustaches !

Les poings levés, sa figure rouge tranchant à peine avec son costume coloré, le pauvre Monsieur De Montalant semblait au bord de l'explosion. Au lieu de le retenir, sa femme l'encourageait, s'empourprant à son tour des allégations diffamatoires du scientifique qui s'entêtait dans son argumentaire.

Monsieur White, je ne comprends rien à ce qu'il raconte, c'est normal ?
Je l'espère Louna, car je ne suis guère plus avancé que vous.

La dispute s'intensifia au point qu'il n'y eut bien plus que quelques murmures pour troubler les hurlements virulents des deux hôtes et du réfractaire Professeur Sumerlee. Puis l'altercation dérapa et Edmond De Montalant empoigna rageusement le scientifique au col. Tous deux basculèrent, ébranlèrent une vitrine qui ne chuta heureusement pas et roulèrent au sol sous le soutien hystérique de son épouse. Plusieurs convives, dont Edward, esquissèrent un pas dans leur direction pour les séparer, mais une exclamation horrifiée figea les présents.

Entre les vitrines, trois ombres glissèrent silencieusement. Si la mort avait un visage, il ne devait pas être éloigné de ces silhouettes nébuleuses et sombres. Sur ces corps noirs et informes se détachait sinistrement un crâne aviaire blanc, poli, dont le regard vide se limitait à deux cavités énormes. On s'écarta violemment sur leur chemin, se jetant contre les murs et les vitrines, retenant son souffle quand deux mains livides se posèrent sur l'épaule d'Adélaïde.

Elle hurla. Noyée dans les froufrous de sa robe bleutés, elle se débattit de toutes ses forces lorsque, brusquement empoignée, elle fut hissée sur le dos de l'un de ces effrayants oiseaux de proie. Elle appela son époux à l'aide, mais deux autres créatures fondaient déjà sur lui et l'arrachèrent au Professeur Sumerlee, pétrifié.

Louna hoqueta d'horreur. Le corps d'Edward réagit d'instinct. Comme plusieurs autres convives, il esquissa un pas en direction des ravisseurs, encouragé par Madame De Montalant qui hurla d'une voix blanche :

Aidez-nous ! Aidez-nous par pitié ! Vous n'avez quand même pas les pieds liés au plancher !

Le loup blanc esquissa un nouveau pas, mais un cliquetis métallique le fit frissonner d'horreur. À l'exception des sombres silhouettes, la salle entière s'était figée dans un même élan. Tous baissèrent la tête et tous constatèrent avec effroi que leurs deux chevilles étaient entravées par d'épaisses chaînes de fer qu'un clou massif scellait au sol. Les battements du cœur d'Edward redoublèrent devant cette vision cauchemardesque et dès lors, il ne pensa plus qu'à une chose, se libérer. Ses deux mains puissantes s'acharnèrent sur le rivet. Il le secoua. Le grincement de la porte de la salle se fit entendre. Il le tordit. Madame De Montalant appela à l'aide. Il le tira. La porte grinça à nouveau. Il était libre.

Prenez soin de mon petit Igor !

La porte se referma dans un bruit sec. Il n'y eut que la foulée furieuse d'un loup pour troubler le silence de mort qui s'était installé. De sa haute et puissante silhouette Edward fendit la foule. Il bouscula les vitrines comme les convives et se jeta sur la porte. La poignée craqua sous sa paume féroce de lycanthrope quand s'élevait derrière lui le sanglot effaré d'une jeune femme :

Mais que ce passe-t-il ?! J-Je ne comprends plus rien ! Tout cela ne mène nulle part ! Je veux rentrer !

Le battant pivota si violemment sur ses gonds qu'ils faillirent sauter.

C… C'est impossible !

Un mur. Un mur froid et gris se dressait devant le loup blanc. Il n'y avait plus d'issue. D'un main fébrile il parcourut le cadre en bois à la recherche de la moindre faille, de la plus petite fissure, mais ses doigts ne trouvèrent que le revêtement lisse du béton. Il referma la porte et s'y adossa, le souffle court. Ses iris parcoururent lentement la salle où l'immobilisme avait laissé place à une agitation sauvage baignée d'exclamations en partie couvertes par la désagréable mélodie des chaînes.
Ils devaient impérativement sortir d'ici.

Bon sang ! Les fenêtres aussi sont bouchées ! Nous sommes pris au piège !

Les cliquetis cessèrent un instant. Tous les regards se tournèrent vers Armand qui, jouant aux équilibristes avec ses entraves, avait tout de même réussi à dégager l'une des vitres. Le même revêtement terne remplaçait l'éclairage criard du boulevard Malesherbes.

Est-ce que quelqu'un sait qui est Igor ? Interrogea à son tour Jules qui s'échinait à retirer ses liens.
Il n'y a que ça qui vous traverse l'esprit dans un moment pareil ? S'emporta son ami.
Loin de là mais… Il tira de toutes ses forces sur ses chaînes sans parvenir à faire sauter le rivet. Ce sont les dernières paroles de notre hôte. Peut-être ont-elle un sens caché ? Armand aidez-moi voulez-vous ?
En quoi cet ours moche et puant nous aiderait ! Gémit une jeune femme dont les mains tremblantes ne parvenaient pas à saisir le clou qui la retenait. J'en ai assez de cette ignoble plaisanterie ! Et j'en ai assez de ces horribles animaux empaillés nous guettent ! On les croirait près à nous dévorer !
Attention !

Il y eut un bruit sourd, puis un nouveau hurlement bouleversa les présents. Celui d'un enfant. Edward se tourna aussitôt dans la direction du cri et découvrit avec inquiétude Ashton et Élise au sol. Près d'eux, un gamin s’époumonait de toutes ses forces. Ses petites mains en barrière de ses yeux, il s'épargnait le spectacle atroce d'un ours gigantesque attaquant son père. L'homme se débattait avec force sous l'ossature monstrueuse du mammifère. Les mains en barrière de son visage, il agitait ses jambes encore attachées et implorait qu'on éloigne son fils. Edward fit instinctivement un pas dans leur direction, avant de s'arrêter net. Quelque chose clochait. Encore. Malgré son acharnement à se défendre, l'homme n'était pas blessé. Coup de chance ? Il en doutait. Pas face à une bête aussi massive qu'un grizzli.

Bon sang il faut l'aider ! Il va se faire déchiqueter !
Mon dieu ! Le léopard ! Le léopard ! Je l'ai vu respirer !
Hiiii ! Cette oie m'a pincée !
Surveillez le lion ! Surveillez le !
Prends ça maudite autruche !
M… Monsieur W-White ! L-Le loup…

Louna.

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Murmures curieux



Les choses vont de mal en pis durant cette soirée !

Vos hôtes ont été enlevés sous vos yeux par d'effrayantes créatures. Mais cette vision d'horreur n'a pas suffi. À présent vous voici cloués au sol par des chaînes dont il faudra vous défaire pour retrouver votre liberté. Enfin presque. Car même une fois ces liens métalliques retirés d'autres problèmes vous attendent.

La pièce a été emmurée. Portes et fenêtres sont inutilisables, vous êtes donc coincés dans le cabinet des De Montalant. S'ajoute à cela le vent de panique qui souffle sur la pièce suite à l'attaque de l'ours Igor. D'autres animaux empaillés semblent s'animer partout dans la salle, mais vous attarderez-vous près d'eux pour vous en assurer ?

Enfin, voici pour quelques participants, des obligations plus précises découlant directement de votre premier poste :

  • Ashton & Élise : Le père du petit garçon vous a éloigné de l'ours en vous poussant violemment lorsque celui-ci a attaqué. Il vous a peut-être sauvé la vie.

  • Narcisse : C'est inexplicable. Tu ne sais pas ce qui t'arrive, mais force est de constater que ton bras droit commence à se couvrir des écailles de ta forme de dragon.

  • Dolores : Ta main a pris la consistance de la dernière chose que tu as touché et impossible de lui faire reprendre son état normal.

  • Frédéric : Si tu essaies de te libérer grâce à la magie tu te rendras compte qu'elle est bien plus instable que d'habitude et difficile à maîtriser. Tu risques de te blesser.










Vous posterez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au samedi 1er avril (au soir) pour participer à cette troisème partie !


Vous pouvez toujours nous joindre par MP pour la moindre question ! Nous répondrons au plus vite, comme d'habitude ~

Retardataires ? Vous êtes les bienvenus tant que vous prenez en compte les éléments des autres manches.
Vous n'avez pas pû poster à la manche précédente ? Aucun problème, vous pouvez participer à celle-ci. (Pour ceux qui ont écopé d'un « murmure curieux » qu'ils n'ont pas pu accomplir, merci d'en tenir compte pour ce tour-ci o/)
Pour les autres, encore merci pour votre participation !
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Lotte Hochvogel
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Sam 1 Avr - 15:10

La voilà qui boudait. Assise dans un coin retiré du cabinet, la petite directrice restait immobile, les bras croisés, les yeux fermés, attendant patiemment que toute cette histoire se termine. Elle en avait assez, et ne désirait qu'une simple chose, sortir d'ici, mais le fait est que les fenêtres et les portes ne donnaient désormais que sur un mur de brique. Si cela ne tenait qu'à elle, elle aurait déjà fait exploser la maison depuis longtemps, mais l'endroit était rempli d'êtres humains alors une explosion en plein Paris pourrait faire désordre. C'était tout du moins ce que Charles-Alexandre lui avait faite comprendre par une série frénétique de mimiques énervées, car la Simurgh, en la situation actuelle, se moquait bien de causer quelques dégâts, tant ce macabre spectacle avait le don de lui taper sur les nerfs. Tous ces gens qui hurlaient, d'autres qui riaient, ces scientifiques en carton, et ces amateurs d'anomalies de la réalité sans intérêt. Ah, si seulement elle pouvait retourner rejoindre ses livres, là-bas au moins l'endroit était tranquille, et si quelqu'un l'embêtait, personne ne lui en voudrait si elle le transformait en souris pendant une journée, ou en fontaine en pierre, ou en tableau, ou en poulet, ou en abat-jour, ou en poignée de porte. Ces idées firent sourire la petite demoiselle, qui s'imagina encore les autres petits tours qu'elle aurait pu faire à des visiteurs impertinents au lieu de venir perdre son temps dans un endroit pareil.

Charles-Alexandre resta immobile lui aussi, assis à côté de sa fille d'un soir, droit comme un manche à balai, semblant fixer le vide, n'ayant pas le droit de s'éloigner de sa patronne, qui de toute manière était dans un état nerveux bien trop dangereux pour être laissée seule. Elle le savait, sa nervosité était bien trop haute pour qu'elle puisse espérer utiliser ses pouvoirs. Enfin, elle le pourrait bien sûr, mais les visiteurs étaient bien trop nombreux et le cabinet des de Montalant était trop éloigné de la bibliothèque pour que la Simurgh ait une pleine possession de ses capacités. En d'autres termes, elle pourrait les utiliser, mais la maison risquerait de perdre un morceau de son toit ou un mur pourrait finir en miettes. Et puis quelque chose la gênait, comme de drôles de vertiges, ou une impression de malaise difficile à oublier. Et l'ambiance n'aidait en rien.

D'autant plus que les propriétaires du cabinet avaient disparus, enfin, on les avait kidnappés. Pour Lotte, c'était un mal pour un bien, au moins on ne les entendait plus geindre et se vanter de leur collection d'objets inutiles et sans intérêt. Mais Lotte se sentait prise au piège, enfermée dans une boîte verrouillée que l'on secouaient en permanence. Tous ces gens étaient tellement agaçants, si seulement ils pouvaient arrêter de crier et de parler. Certains s'étaient déjà libérés de leurs chaînes, voire une grande majorité, en tirant de toute leur force, rares sont les maillons qui peuvent rester intact. Certains cependant étaient encore accroupis, tentant vainement de se libérer de leurs chaînes, tout en paniquant à la vue des animaux empaillés qui commençaient à s'animer. Lotte resta calme, ou en tout cas se forçait à le rester, et ignorait les bestioles qui s'approchaient parfois d'elle, un flegme que partagea Charles-Alexandre, qui bizarrement ne réagit pas lorsqu'un dindon manqua de sauter sur sa tête de balai brosse.

Ce fut après de longues minutes que Lotte décida d'agir. Comme elle se trouvait en retrait du reste du groupe, elle pouvait se permettre de donner un peu d'aide aux visiteurs les plus démunis. Et puis c'était l'occasion idéale de tester les effets de sa magie dans un environnement pareil. La petite fille cibla rapidement les invités qui étaient encore enchaînés au sol, puis à l'abri des regards, effectua quelques gestes discrets avec ses doigts avant de relâcher une discrète onde de choc qui souleva légèrement les pans de sa robe rose bonbon. Plusieurs maillons se brisèrent successivement, provoquant un long soupir de soulagement au sein des invités. Lotte elle aussi fut rassurée, avant d'entendre un autre bruit, qui lui n'était pas du tout attendu. Une longue fissure verticale venait tout juste de se creuser dans la vitrine située à sa droite, provoquant l'effroi dans notre amie la dinde empaillée qui s'éloigna en sautillant sur son ventre. Mais l'attention de Lotte n'avait pas quitté l'imposante fissure, car elle était la preuve que la Simurgh n'avait plus le contrôle total sur ses pouvoirs. C'est ce qu'elle craignait, mais également ce qu'elle refusait d'admettre. Cet endroit était trop dangereux, elle devait s'en échapper le plus vite possible.

Mais alors que la petite fille quitta son siège, une grosse main vint s'enrouler autour de son poignet.

- Oh ma petite, comme cela doit être effrayant pour toi ! Monsieur, est-ce que tout va bien ?

Qu'est-ce qu'elle voulait celle là ? Lotte eut à peine le temps d'essayer de se libérer de la poigne de fer de la grosse inconnue que cette dernière la tira vers elle avant de s'accroupir à son niveau pour lui faire face.

- Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer tant que toi et ton papa restez près de moi, d'accord ? Je suis Madame Dandelle, fit-elle en regardant Charle-Alexandre, mais tu peux m'appeler Délia ma petite choupinette.
- J-Je ne…
- Ooooh oui je vois à quel point tu as peur, tu me rappelles tant ma chère fille ! Tu as le droit de pleurer si tu le souhaites, j'ai des mouchoirs en soie dans mon sac à main. D'accord ? Quel est ton prénom ?
- …
- Oh je comprends, l'inquiétude peut pétrifier les enfants de ton âge, et regarde-toi, tu es si petite et maigre ! Ton papa te nourris bien j'espère !

Ce n'était pas l'inquiétude qui étranglait Lotte, mais plutôt une violente poussée de désir meurtrier qui aurait sans doute éclaté si Charle-Alexandre n'avait pas tiré sa patronne hors des griffes de la grosse dame. Celle-ci se releva et malaxa ses joues rondes et grasses avant d'ajuster les boucles rousses qui pendaient sur ses épaules. Comment une baleine pareille pouvait tenir debout, se demanda Lotte.

- Si on m'avait dit qu'une enfant se retrouverait piégée dans un endroit pareil, j'aurais immédiatement mis hors d'état de nuire ces vilains hommes oiseaux ! Ils ont dû te faire peur n'est-ce pas ?
- Non, je n'ai pas peur Madame.
- Oooh qu'elle est bien élevée ! Tu peux m'appeler Délia tu sais ! Regardez moi ces petites joues rebondies ! Ohohohoho ! Oh vilaine dinde ! Oust ! Allez du vent !

Un violent coup de sac à main vint projeter la pauvre dinde qui atterrit un peu plus loin dans le cabinet, avant d'aller rejoindre le flamant rose qui penchait dangereusement sa tête hors de la vitrine dans laquelle il était enfermé jusqu'à maintenant. Madame Dandelle attrapa de nouveau Lotte par les épaules et la tira vers elle pour la serrer dans ses bras.

- Ne t'inquiète pas, je te protègerai de tous ces monstres ! N'approche surtout pas de l'ours là-bas, ces messieurs l'ont repoussé de ce pauvre homme, mais qui dit qu'il ne pourrait pas attaquer de nouveau !
- Mais…
- Oooooh, quel courage ! Quelle force ! Tu seras une grande dame un jour tu sais, Melinda, tu le seras ! Tu es déjà si belle à ton âge. À propos, quel âge as-tu ? Dix ans ? Ou huit ans peut-être ? Je vois souvent les gens plus vieux qu'ils ne le sont vraiment.

Saviez-vous que le corps humain est composé de 206 os ? Il serait intéressant de voir l'état d'une personne après les lui avoir tous brisés. C'était ce genre de pensée qui traversa l'esprit de Lotte à ce moment-là, tandis qu'elle essayait de se libérer de l'étreinte de la grosse inconnue qui semblait plus se rassurer en serrant la petite fille contre elle plutôt que l'inverse. Et d'abord, d'où est-ce qu'elle sortait cette folle furieuse ! Encore une fois, ce fut Charle-Alexandre qui vint à la rescousse, bien qu'avec difficulté cette fois-ci.

- Je ne m'appelle pas Melinda, mais Charlotte, je crois que…
- C'est ce que j'ai dit n'est-ce pas ? Pourtant Melinda te va si bien… Oh Melinda, pourquoi nous sommes-nous retrouvées dans un lieu pareil ? Je souffre de te voir aussi terrifiée Melinda ! Si cela est le dernier endroit où j'aurais vécu avant ma mort, je suis heureuse d'avoir au moins fait ta connaissance avant de disparaître !
- …
- Oooooooh je comprends ta détresse, vient faire un câlin à Tatie Délia ma douce enfant, je vais te rassurer. Lààà, tu vois, ça va mieux n'est-ce pas ? Calme…

Étouffée sous la graisse généreuse de Délia Dandelle, Lotte eut de la peine à respirer, balancée de droite à gauche par la force herculéenne de la ronde inconnue qui frottait sa joue massive sur le petit crâne de la petite directrice. Celle-ci serra les poings, s'apprêtant à relâcher une puissante onde de choc pour se libérer, mais la vision de la vitre fissurée la coupa net, car aussi insupportable, détestable, grasse, horrible, agaçante, ronde, lourde, bruyante et tous les mots négatifs du monde qui pourraient s'appliquer à une cinglée pareille, elle ne méritait pas de finir coupée en deux, ou en quatre, ou en une multitude de petits cubes de taille égale. Quoique.

- Ah ! Allons là-bas, nous serons plus à l'abri ! Fuyons Melinda !

Et la grosse dame s'enfuit, emportant Lotte pendue au-dessus du sol, sa tête à moitié étouffée entre ses bras semblables à des jambons, au grand dam de Charle-Alexandre qui lui courut après, trop inquiet à l'idée des conséquences que pourrait engendrer une telle situation. Cette fois-ci, ce fut ce cher balai qui fut convaincu que cette soirée ne pouvait pas être pire.

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Narcisse Williams
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Dim 2 Avr - 21:02

Dans la salle et au cœur de chacun, la tension était devenue chimère. Muée en un terrible monstre, elle avait grimpé les longs rideaux de velours qui bordaient les fenêtres et observait le chaos qui s'installait lentement d'un œil malicieux. À chaque fois qu'il se tournait, Narcisse croyait voir le regard rougeoyant de la créature dont l'ombre plongeait les convives dans l'angoisse. Tout s'était enchaîné bien trop vite. De l'ambiance malsaine de début de soirée avait suinté un poison violent, agressif et terrifiant qui avait contaminé tout le monde. Illusion et réalité s'étaient mêlées de manière morbide, se superposant pour dessiner des monstres dans un endroit qu'il avait naïvement imaginé hors de portée des cauchemars.

Les morts vivaient, l'inanimé se mouvait, comme par désir d'inverser leurs rôles avec ceux des convives. Au vu des réactions de l'ensemble des participants, le jeune dragon craignait leur réussite. Certains s'étaient figés, funèbres statues, d'autres ne semblaient plus bouger qu'en tant que pantins d'une Peur souveraine. Peur, ou plutôt terreur, car l'énergie qui émanait de chacun avait de quoi faire frissonner les plus endurcis des combattants.

Pétrifié par l'ampleur des événements, Narcisse n'avait guère eu le temps que d'écarquiller vainement les yeux avant de se faire entraîner par un mouvement de foule sans précédent. La vague de panique déferlait, entraînant dans sa furie les sourires faux et le fard hypocrite sur les joues des dames de la haute, emportant avec elle les corps désarticulés de ceux dont l'esprit était inondé de son essence. Dragon ou garçon, homme ou poupée de chiffon, il avait été pris, comme soufflé par une gigantesque explosion. Pas de question. Pas de réflexion. Juste l'action, juste la force, brutale, indomptable, vicieuse et redoutable. Une claque, une gifle, un coup qui le projeta au sol.

Il se ramassa dans un réflexe vieux de trop d'années, plaçant ses mains au devant de son poitrail afin de répartir l'impact de son propre poids à terre. L'instant s'étendit sur quelques secondes. Narcisse se sentait étrangement désorienté, le regard flouté, ses gestes rendus imprécis par l'ampleur de ce qui se déroulait autour de lui. Tout était irréel, trop grand, trop improbable, trop effrayant. Il se sentait prisonnier d'un cauchemar. D'une illusion peut-être. La vérité n'avait plus de prise sur eux, et il en venait à se demander si tel serait le cas de nouveau.

Puis l’hécatombe.

Attiré par delà la nervosité et la peur par un petit objet qui reflétait la lumière, le regard améthyste coula le long de son propre poignet pour parcourir ses doigts. La fine couche argentée qui avait poussé là semblait étrangement naturelle. Comme si elle avait toujours été là. Comme si elle eût toujours dû être là. Elle brillait doucement, avec la tendresse d'un bourgeon qui éclot enfin après des mois d'attentes. Des écailles. Des écailles, sa peau première, celle qu'il maquillait derrière une fausse apparence humaine et qui semblait brusquement vouloir s'afficher à la lumière du gigantesque lustre. Des écailles. Des écailles reptiliennes aussi belles que dangereuses, pour lui plus que pour quiconque. Dangereuses, car synonymes d'incertitude. Dangereuses, car non désirées. Dangereuses car elles se répandaient. Lentement, les fines particules argentées prenaient place sur un corps qui leur appartenait, désespérément. Et le doute de s'installer en son sein. Allait-il se transformer ? Ici ? Maintenant ? Devant tous ces visages incrédules, inconscients de l'existence même des Légendaires ? Créerait-il en eux une peur vivace, instable, qui justifierait une vendetta aveugle contre la différence ? Les images d'un village réduit en cendres, à feu et à sang s'imposèrent à son esprit comme un vieille blessure que l'on torture trop. Il se rappela soudain que ce pouvait être lui demain, peut-être ce soir. Les humains ne devaient pas savoir. Jamais.

Oubliés, les animaux empaillés qui avaient l'audace de s'animer. Pulvérisée, la claustrophobie malsaine qu'avaient créés ses hôtes. Annihilée, l'inquiétude du sort réservé au couple. Narcisse se redressa d'un coup et entama un pas salvateur vers la sortie. Il allait trouver un moyen de s'échapper, de se cacher au moins, de s'éloigner de la foule dangereuse et de sauver son secret. Il le fallait. Il le devait. Il n'avait pas le choix. Pourtant son geste fut arrêté en plein élan. Un tintement de métal, sans merci. Baissant les yeux, le dragon réalisa avec horreur l'ampleur des dégâts. La panique lui avait ôté ses sens, l'avait empêché de voir les entraves d'acier qui retenaient ses chevilles.

Impossible. C'était impossible. Même l'Enfer ne pouvait être si cruel. Impossible. Il allait être repéré, pointé du doigt, il ne pouvait pas s'échapper, il allait se transformer et même les autorités ne pourraient cacher sa nature aux yeux humains, il allait être chassé, il ne pourrait plus exercer son métier, il ne pourrait plus vivre, étouffé par des rumeurs, par des menaces, il allait s'effondrer. Le goût amer d'un sanglot lui vint en bouche tandis que des larmes traîtresses dévoraient son regard, pétrifié sur les écailles qui, lentement, prenaient sa main.

« Non, non, non, non non non non non... »

Dans un réflexe d'un illogisme aussi atterrant que sa terreur, il porta ses doigts à la peau traîtresse et commença à gratter, désespérément, comme pour arracher la moindre petite tâche reptilienne. Il voulait qu'elles s'en aillent, toutes, maintenant, et oublier ce cauchemar plus vivace encore que tous les précédents.

« Enlève-toi, enlève-toi... »

Le danger qui planait sur l'assemblée n'avait plus aucune espèce d'importance. Il voulait bien se faire croquer par un ours si cela signifiait garder son apparence humaine. Tout, tout pourvu que personne ne sache. Pourtant le destin se jouait de lui et, en dépit des dessins rougissants qu'il traçait sur ses doigts, sa peau se couvrait un peu plus d'écailles à chaque seconde. Sa respiration s'accéléra et une goutte de sueur dévala sa joue, semblable à une larme trop longtemps retenue. L'effort le plongeait plus loin encore dans sa psychose et chaque marque argentée le faisait paniquer davantage. Il gratta jusqu'à voir le bout de ses ongles s'empourprer d'un sang qu'il tirait vainement de ses griffures.

« Calmez-vous, jeune homme. »

Narcisse redressa brusquement la tête pour rencontrer le regard morne de la poupée masculine rencontrée plus tôt dans la soirée. Les événements s'éloignaient tant de la clarté d'esprit que la voir se mouvoir ne le surprit qu'une seconde.

« Je suis Jérome. »
« J-j-jes-... J-je...s-sais... »

La rapidité de sa respiration lui ôtait toute éloquence et se savoir dans un tel état de terreur ne fit rien pour l'arranger. Il se rembrunit de plus belle et peina à prendre une inspiration décente.

« Vous devriez respirer. »

Il essayait.

« Je ne sais pas comment cela fonctionne, mais cela pourrait vous être utile. »
, poursuivit la voix monocorde du pantin.

Il savait.

« De quoi avez-vous peur ? »

Il ne se souvenait même plus. Ou peut-être se souvenait-il trop bien. Les songes se mélangeaient, s'entre-mêlaient jusqu'à perdre toute leur clarté. Plus rien ne subsistait que la peur, terrible. Il laissa échapper un sanglot dénué de larmes, l'air désespéré, son regard hagard comme hanté par sa propre terreur. Il était terrifié.

« Pourquoi avez-vous des griffes ? »

Des... ? Non. Non, non, non. Non.
Les yeux améthyste s'abaissèrent lentement, apeurés par ce qu'ils allaient trouver au bout des longs doigts de l'acrobate. L'horreur de la vérité, la catastrophe du cauchemar. La poupée n'avait pas menti. Remplaçant doucement les ongles, de longues griffes noires. Celles d'un dragon. Celles d'un monstre aux yeux de tous. La poupée ne parlait plus, ou du moins ne l'entendait-il plus. Elle avait comme disparu. Et il était seul. Irrémédiablement, irrévocablement seul.

Sa respiration se coinça dans sa gorge. Son estomac se retourna. Il y avait brusquement dans son esprit comme une chimère qui en voulait à sa vie, à sa santé mentale. Il allait être dévoré. Un sanglot de plus et une larme, cette fois, s'échappèrent. Son cœur était comme broyé sous la formidable pression de son désespoir. Il avait besoin d'aide. Il avait besoin de partir. Partir.

Ses doigts se nouèrent autour des chaînes qui tenaient ses chevilles et tirèrent, avec une force nourrie de panique, avec une fougue teintée d'horreur. Il devait s'en aller, s'isoler, où que ce soit, peu importe. Tout sauf ici. Loin. S'il devait sauter par une fenêtre pour s'en sortir, alors il le ferait. Sa terreur ne connaissait plus de rationalité. Il avait juste peur. Absolument.

« Jeune homme ? Monsieur ? Ça va ? »

Non. Non ça n'allait pas. Tirant désespérément sur des liens qui ne paraissaient pas près de se briser, Narcisse tremblait. Il ne parvenait pas à se calmer. Son souffle sacrifié sur l'autel de la panique, sa réflexion brisée sur les écueils de la déraison, il se sentait partir vers un univers de cauchemar.

« Monsieur ? Calmez-vous, d'accord ? Essayez de respirer... »

L'homme avançait vers lui une main pleine de bonnes intentions. Une main dangereuse, une main qui pouvait le révéler comme monstre à ses yeux. Narcisse cacha désespérément la sienne au creux de sa veste et lui lança un regard paniqué.

« N-n-ne me touchez p-p-pas. »

L'intéressé fronça des sourcils dans une moue inquiète que le dragon ne parvint pas à analyser. Il secoua frénétiquement la tête. Il ne voulait pas être touché. Si on le touchait, on se rendrait compte. Si on se rendait compte...

« Monsieur... »
« NE ME TOUCHEZ PAS !!! »

Dans la panique, plus de contrôle. Sans contrôle, le feu. Dans le hurlement presque bestial de l'acrobate s'était glissée une gerbe de flammes aussi belle que dangereuse, fruit d'une agitation croissante qui menaçait de faire craquer chaque barrière du dragon. Le tapis s'embrasa, doucement, comme une torche qui s'allume. Et Narcisse, prisonnier d'une terreur qui ne faisait que croître, ne vit rien du danger dans lequel il venait de plonger ses compagnons d'infortune.



REMARQUES :
♣ Il s'agit d'un tout petit début de brasier, tout à fait gérable pour le moment.
♣ Le gentil monsieur qui vient de frôler la brûlure parle en burlywood

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Elise Barcarolle
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Mar 4 Avr - 17:54

Il aimait passer du temps avec elle et la vie, face aux mots de cet homme, semblait toujours plus belle. C'était comme si, à son contact, fleurissait le champ des possibles à la manière des jonquilles qu'elle avait cueillies, ou bien plutôt des coquelicots qu'elle avait évoqué. Oui, voilà. Des coquelicots. Des coquelicots dont les deux plus beaux se trouvaient dans le regard qu'elle croisait si volontiers. Des coquelicots qui resteraient à jamais la fleur d'Ashton. Ashton Lyn, nom tant aimé, désormais gravé dans son cœur pour le reste de l'éternité. Le chemin, le vrai, celui branlant et étriqué, jusqu'à celui-ci se révélait ardu, et même dangereux, mais Ashton avait su. Il avait su franchir tous les obstacles, vaincre ses démons pour révéler un lien né au delà du temps et qui irait au delà des âges. Pour révéler une fraternité intemporelle.

« Oh, les bruyères, c'est magnifique aussi ! Il faudrait mêler la bruyère, les jonquilles et les coquelicots ! Je suis certaine que cela serait tout bonnement grandiose ! Un jour, j'aurai une grande maison et un champ, rien qu'à moi. Alors, dans ce champ, je planterai toutes ces fleurs. Sauf au milieu. Au milieu, je laisserai de l'herbe, toute simple. Et c'est à cet endroit, au milieu de toutes ces fleurs, que nous nous allongerons pour profiter de toutes les senteurs, toute la beauté et toute la mélodie du monde. Les fleurs et les êtres ont une musique, Ashton. Et c'est toujours d'une infinie douceur. Toutes les choses de l'univers sont mélodies. Et lorsque tu te sens heureux, apaisé, ton âme s'accorde avec la partition de l'existence... »

Mais alors que le rêve peuplait les pensées de la muse, celle-ci perdit son beau sourire pour un air tout à fait outré. Elle secoua vigoureusement la tête, puis répondit à son frère qui proposait de tuer les fleurs et de voler la Liberté du monde.

« Non, Ashton, il ne faut pas les cueillir, surtout pas ! Ils sont bien trop libres, comme toi. C'est peine perdue que de vouloir enfermer ceux qui fleurissent en ton regard. Et puis tu n'as pas besoin de voler la Liberté, car la liberté des coquelicots, celle de choisir destin et vie, c'est toi. »

Le sourire revint sur les divines lèvres tandis que ses yeux se noyaient d'amour en rencontrant ceux de son frère. Son frère. Le sien. Celui qui ne l'abandonnerait jamais. Puis ceux-ci s'envolèrent, virevoltèrent même à la rencontre du monde pour mieux l'appréhender. C'est ainsi que son regard rencontra celui de la poupée, si malpolie, qui lui tira la langue.

« Moi, je ne la trouve pas drôle, Ashton. C'est une méchante poupée ! Oui hein ? Reilly est très doué, et il est mon ami. J'aime bien avoir des amis, tu sais ? Lui, je pense que je lui offrirais la fragilité du crocus. Tu sais, c'est très beau, le crocus, mais c'est très fragile, aussi, et cette fleur meurt bien facilement ! Mais je trouve qu'elle lui va bien. Des couleurs vives et intenses, une beauté enchanteresse pour un être à l'absolue fragilité, comme de la porcelaine. Mais la porcelaine, ce n'est pas vivant, ça ne chante pas, ça n'a pas vraiment de mélodie. Je préfère le comparer à une fleur, c'est bien plus beau. »

Tout en parlant, Elise prit soin d'offrir un merveilleux sourire à la marionnette qui avait pris la peine de les saluer.

« Tu vois ? Ça au moins, c'est poli, et même très gentil ! C'est surprenant mais très agréable comme expérience, et je vois bien que ça te surprend, pas vrai ? Je ne sais pas non plus comment un squelette peut posséder une langue. Peut être y a-t-il un serpent à l'intérieur ? En tout cas, je ne le perçois pas. Non, il ne m'ennuyait pas tant, je passais mon temps loin de lui, et tout allait bien. Je ne sais pas, je n'entends pas les fantômes, jamais... »

Son ton se perdit un moment, comme à regret, puis l'être millénaire se reprit et poursuivit.

« Mais peut être qu'il y a trop de monde pour que j'entende distinctement ce qu'il faudrait que j'entende ? Je ne sais pas, toi tu ne vois rien du tout ? Essaye de fixer, pour voir ? »

Les mots tombaient en cascades des lèvres célestes qui ne s'arrêtaient de parler que pour permettre à leur propriétaire d'écouter son frère. Mais lorsque celui-ci prononça son désir d'entendre jouer, tous moururent et se turent, tandis qu'un trouble inédit noyait le regard océanique.

« Jouer ? Tu voudrais m'entendre jouer ? M-mais moi j'inspire, Ashton, et puis ce n'est pas bien quand je joue, tu sais ? Oh, regarde, je crois que je vois bouger un faucon ! Tu crois que l'ours bouge, lui aussi ? »

Ses doigts, cependant, vinrent à la flûte et c'est avec douceur qu'elle en caressa les aspérités, enchaînant sur celle-ci, puis sur Teddy. Mais dans l'esprit d'Elise n'était pas morte l'idée que le lointain cousin de sa peluche puisse également se mouvoir. Alors, tout s'enchaîna très vite. Trop vite, certainement. Avant même qu'Ashton n'ait le temps de dire ouf, la muse était partie, rejoignant le gigantesque animal qu'elle aspirait tant à venir voir.


« ASHTON, L'OURS A BOUGÉ ! JE L'AI VUUUU ! »

Le rejoindre fut chose aisée. Mais dans sa traversée, elle égara son frère, et c'est au regard outré d'un père qu'elle se heurta.

«  Vous n'avez pas honte de raconter de telles inepties, mademoiselle ? Vous faites peur aux enfants ! Cessez tout de suite ! Cet ours ne peut pas avoir bougé !
- Bien sûr qu-... »

Ce furent les yeux, pleins de larmes, du petit garçon qui la stoppèrent dans son élan. L'enfant avait peur, peur de l'animal empaillé et devait prier de toutes ses forces pour ne pas avoir à imaginer que celui-ci était capable de se mouvoir. La muse se baissa donc à sa hauteur et le gamin lui lança une oeillade terrorisée. Mais avant qu'elle n'ait le temps de lui faire autre chose qu'un sourire, Ashton arriva. Ashton arriva, et, comme le miracle qu'il ne se savait pas être, calma l'enfant. Un sourire, attendri celui-là, se glissa sur les lèvres de la muse qui se recula de quelques pas, pour mieux aller voir l'animal. Sa place, plus qu'ailleurs, était sans doute aux côtés des choses immortelles, qu'elles soient êtres ou objets. Alors, elle caressa le pelage brun de l'animal, une sorte de mimique peinée au bord des lèvres. Mais l'émotion malvenue n'eut guère le temps de se faire une place durable dans le cœur de la jeune femme. Sans qu'elle ne sente venir l'action ou même qu'elle ne puisse l'empêcher, le père du petit garçon la jeta loin de son ami velu qui se transforma soudain en ce qui devait précisément se rapprocher des craintes du garçonnet. L'ours se redressa sur ses pattes arrières et, violemment, asséna un coup au courageux papa. Elise écarquilla les yeux puis, alors qu'elle s'apprêtait à se mettre en travers des griffes acérées, se rendit compte de la présence d'une chaîne entourant sa cheville droite et d'une autre, sur le sol, n'ayant visiblement pas réussi à totalement entraver sa liberté de mouvements. Toujours était-il qu'elle ne pouvait visiblement rien pour le père de famille et que les cris du petit lui fendaient le cœur. Mais si elle n'était clairement pas assez forte pour se défaire de la terrible emprise, Ashton, lui, l'était.

« Asht-... »

Son frère, à quelques mètres d'elle, était dans un état d'affolement des plus terribles. La faute aux chaînes qui entravaient ses deux chevilles. Elise se rua vers lui. Si elle n'agissait pas assez rapidement, elle savait que les coquelicots périraient. Et ce ne serait pas leurs pétales, qui rendraient le sol écarlate... Alors, Elise tira plus fort.
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Ryden Haesmar
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Ven 7 Avr - 2:37

« Pourquoi ? » Cette simple question Ryden allait se la poser à quelques reprises au cours de la soirée. Comme par exemple lorsque le Commissaire les rejoignit. Pourquoi ? Pourquoi fallait-il qu’il l’empoissonne de sa présence ? Ne pouvait-il pas aller jouer au chat et à la souris avec son cher et adoré Monsieur White ?
Bien malgré lui, le démon lui retourna un salut presque boudeur et se retint de justesse de lâcher un commentaire désobligeant. Ou plutôt les événements qui avaient suivi l’en empêchèrent. Il avait en effet préféré s’intéresser aux étranges phénomènes qu’à cet échange presque trop mielleux entre la louve et le loup noir.

Lorsque finalement Tala répondit à l’une de ses questions, quelque chose dans sa voix le poussa à la regarder dans le blanc des yeux. Il avait perçu un léger changement chez elle. Elle semblait moins terrifiée, comme si quelque chose ou quelqu’un lui avait donné un certain réconfort. Levant un sourcil en l’air, il porta obligatoirement son attention sur son supérieur. Intrigué, il se demanda ce qui s’était passé entre les deux, mais décida rapidement qu’il s’en foutait. Il se passait des choses beaucoup plus intéressantes, dont le hurlement d’Élise et la chicane entre l’hôte et un professeur à propos de la cigale mystique. Son flair démoniaque lui disait que les deux hommes allaient bientôt avoir recours à la violence et il n’attendait que ça. Il regrettait même de ne pas être plus près d’eux, il les aurait bien aidés dans cette voie.
Finalement, ce fut Edmond qui succomba en premier. Bien entendu, Ryden ne manqua pas une seule seconde, allant jusqu’à avancer de quelques pas pour mieux les voir lorsqu’ils roulèrent à terre. Le bras en l’air, la bouche grande ouverte, il s’apprêtait même à les encourager quand trois ombres sortirent de nulle part. Leur apparition fut suffisante pour l’arrêter net dans son élan. Au lieu de cela, il rabaissa discrètement son bras et recula, préférant avoir plus de distance possible entre elles et lui. Malheureusement, en faisant cela, il se retrouva à nouveau près de son cher Commissaire.
Il prit ensuite le temps d’observer les sombres créatures. Pour une étrange raison, elles lui semblaient légèrement familières, mais il n’arrivait pas à savoir pourquoi. Était-ce parce qu’il les avait déjà croisé ? Ou peut-être avait-il lu/entendu quelque chose à leur sujet ? Ça l’énervait toujours quand sa mémoire avait des défaillances comme celles-ci. Heureusement, les paroles de Madame De Montalant le tirèrent de sa réflexion. Et ce qui s’ensuivit lui donna une théorie sur les étranges événements de la soirée.

- Ah, voyez ce héros essayer de sauver la pauvre demoiselle en détresse, lâcha-t-il avec une pointe de sarcasme et d’arrogance en apercevant Edward partir à la suite des trois ombres. Puis, se retournant vers le commissaire, il le regarda avec un sourire qui en disait long. N’est-il pas le meilleur ? On comprend pourquoi c’est LUI l’Alpha et non vous.  

Il s’éloigna aussitôt de quelques pas, suffisamment pour qu’Aldrick ne puisse pas l’attraper si l’envie lui venait.  


- Quoi ? Pensez-vous que c’est la première fois qu’on m’enchaîne…, dit-il nullement dérangé par les chaînes qui n’étaient plus autour de ces chevilles.

Quand et comment avait-il fait pour s’en défaire, seul Ryden le savait et il allait très certainement garder cela secret. Mais avant même qu’il puisse finir sa phrase, un cri de terreur se répercuta à travers le cabinet. Le fameux Igor avait retrouvé un souffle de vie et attaquait le père de famille. En observant un peu mieux, Ryden se rendit compte qu’il n’était pas le seul. Ici et là, les autres animaux empaillés s’animaient. Ce qui confirma un peu plus sa théorie.
Étrangement, cela le rassura en partie. Ce qui l’était moins, c’était le danger que représentaient toutes ces bêtes. Il se sentait légèrement démuni face à eux. Et au comble de son malheur, la dague qu’il avait aperçue plus tôt se trouvait présentement encercler par un carcajou et la cigale mystique. Étrangement, il préféra rester dans son coin, près de Tala et d’Aldrick. Si besoin il y avait, il pourrait les utiliser comme barrière.
Il profita donc de ce semblant de sécurité pour chercher une échappatoire. Peut-être qu’à travers cette panique générale, il trouverait un moyen, quelque chose qu'il n'avait pas vu jusqu'à présent. Cela lui permit de voir une grosse dame qui passa en vitesse devant lui, transportant sur elle une fillette qui semblait sur le bord de péter les plombs, suivi par un homme mort d’inquiétude. Un peu plus loin, il remarqua l’acrobate du Lost postillonné une flamme, mettant le feu au tapis
.

- S’il voulait faire fuir le danger, il aurait pu trouver une meilleure solution ! Pensa-t-il à voix haute, ingorant totalement la panique évidente qui déformait les traits de l’acrobate.

Puis une forme massive à sa droite attira son attention. Un rhinocéros blanc ! Une idée lui vint finalement. Était-elle bonne ? Probablement pas. Tout le monde allait-il l'aimer ? Certainement pas ! Cependant mieux valait tenter quelque chose que de ne rien faire.


- Oh, non ! On dirait que cet énorme rhinocéros blanc s’apprête à nou… à charger le Commissaire !

Attirée ou non par la voix du toxicologue, l'imposante bête réagit. Elle se rua aussitôt vers le petit trio composé de la louve, du loup noir et du démon.

Si son plan fonctionnait, ils éviteraient l’animal et celui-ci terminerait sa course dans le mur. Avec un peu de chance, la force de l'impact serait suffisante pour créer un trou dans le mur ou du moins le fissurer. Avec beaucoup de chance, le Commissaire finirait en plus embrocher par la corne du rhino, mais cela il n’y comptait pas trop. Et si la chance n’était vraiment pas au rendez-vous, il aurait non seulement un rhinocéros après lui, mais probablement deux loups enragés aussi.

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Layth Aeterna
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MessageSujet: burlywood   Ven 7 Avr - 16:07

Son regard cherchait frénétiquement la foule en quête de la voleuse. Ce n’était pas le moment de rester calme, la soirée prenait une dangereuse tournure et Jade en confirmait ses inquiétudes. Il ne se laisserait pas coincer sans lutter. Si les De Montalant souhaitaient ajouter de nouvelles pièces à leur collection… Mais était-ce bien ça, le couple en avait-il après les Légendaires ? Il n’y avait que des créatures difformes dans les vitrines, aucune sirène, aucun dragon. Se pouvait-il qu’ils s’intéressent aux objets, plutôt ? Son arme n’était peut-être pas de grandes valeurs, mais était-elle le seul objet dérobé parmi les convives ? Non, il faisait erreur. Le pari était trop risqué, la mascarade trop grande. Difficile d’orchestrer un vol sans connaître la liste d’invités. Peu probable également qu’une telle mise en scène conduise à une simple blague, mais alors quel était le but ? Pourquoi ces rires, d’où venaient-il ? Pourquoi les De Montalant ne les entendaient pas ? Jouaient-ils la comédie ? Beaucoup trop de questions, et trop peu de réponses.

Chose certaine, l’hypothèse de l’hallucination collective perdait en crédibilité, et à la remarque de Jade sur l’air malsain emplissant les lieux le djinn en vint à considérer la magie responsable des manifestations. Mais à la panique se mêla la zizanie, emportant d’un côté l’auditoire, de l’autre le duo Edmond De Montalant versus un certain professeur Sumerlee. La dispute se mua bien vite en bagarre et les flots d’encouragements de madame de Montalant n’aidèrent en rien la situation à se calmer. Layth en oublia ses plans de fuite, les yeux rivés sur d’étranges silhouettes émergeant d’entre les vitrines du cabinet. Des crânes aux orbites sans fond à la manière mécanique et houleuse de se mouvoir, leur aura toute entière transpirait la menace. L’une des ombres attrapa madame De Montalant entre ses griffes, remplaçant l’écho des rires par un hurlement terrifié. Pendant ce temps, les deux autres s’emparaient de son époux. À l’appel à l’aide Layth resta figé, analysant la situation au quart de tour. Il voulait comprendre. Pour combattre, pour se tirer de ce mauvais pas, il devait comprendre. Un ennemi non-identifié était le pire adversaire, mais il y avait plus angoissant, plus terrible encore, que l’inconnu : la familiarité d’une peur connue. Celle qu’on reconnaît au premier coup d’œil, au moindre son… d’un simple tintement.

Lentement le djinn baissa les yeux sur ses chevilles. Plus que la forme des chaînes il en reconnut la sensation, le poids du métal sur ses pieds, la force de l’étau contre sa peau. Autour de lui l’entrechoquement du fer résonnait avec force, accentuant la réalité des chaînes qui le retenaient prisonnier. Il lui fallait du temps pour bien intégrer la situation et la distancer de celle du passé, pourtant il avait du mal à ne pas en vouloir aux De Montalant pour l’avoir attiré chez eux – pour l’avoir berné. Avec précaution il leva les yeux sur les convives dont certains réussissaient à se libérer de leurs chaînes. Subitement ses yeux s’écarquillèrent de stupeur. Edward venait d’ouvrir la porte, celle par laquelle les De Montalant avaient disparu un peu plus tôt. Celle où deux minutes ne suffisaient pas pour y couler un mur de béton. Par réflexe il se tourna vers les fenêtres : même constat. Emmurés. Il ne connaissait que trop bien le sentiment et s’en trouva incapable d’y réagir.

Les animaux se mirent progressivement à bouger, voire à attaquer pour certains. Allaient-ils servir de dîner ? Était-ce la finalité de cette soirée, être jetés aux lions sans possibilité d’y réchapper ? Mais que sue se passerait-il si les Légendaires vainquaient les bêtes ? Se dévoreraient-ils entre eux ensuite ? Layth n’avait pas besoin de manger mais il devrait survivre, donc tuer ? Son regard parcourut de nouveau l’assemblée. Il se mit à imaginer les plus forts s’en prendre aux plus faibles, des clans se former puis se diviser, s’entredéchirer de choix moraux sur le sacrifice jusqu’à en perdre la raison. Un frisson d’horreur secoua le djinn à l’idée de voir des gens qu’il connaissait et côtoyait au quotidien se sauter à la gorge. La vision eut à peine le temps de traverser son esprit que des flammes attirèrent son attention. Narcisse paniquait.

Il n’en fallut pas davantage pour que le djinn reprenne possession de ses moyens. En moins de deux il altéra la taille de ses pieds le temps d’abandonner ses bottes autour desquelles les chaînes demeuraient fermement accrochées. Ainsi libéré il se rua sur les flammes, retirant son manteau pour en couvrir le feu naissant, bousculant l’homme à la source du raffut dans la foulée.

-Occupez-vous plutôt du léopard derrière !
-Léo…pard ?


Il exagérait, l’animal venait à peine de commencer à bouger, mais face à un carnivore, les six ou sept mètres qui les séparaient s’avéraient bien insuffisants pour que l’homme n’y accorde pas toute son attention. Layth en profita pour étouffer les flammes sans trop de mal avant de s’avancer vers Narcisse, cherchant son regard.

-J’ai besoin que tu restes immobile, d’accord ? S’il revient je ne le laisserai pas te toucher alors reste tranquille et lève un peu tes jambes. Il faut cacher mes mains.

Spécialement la gauche où deux doigts fusionnèrent ensemble jusqu’à former une fine lame. Il ne pouvait risquer une plus grande exposition, pas avec tant d’humains dans la pièce. De l’autre il tendit la chaîne pour en scier une maille en jetant un regard vers Jade. Le djinn réfléchissait aux dangers de garder les gens prisonniers, mais aussi au risque de les libérer. S’il voulait éviter le bain de sang ses intérêts n’étaient pas entièrement altruistes. Si la fenêtre n’avait pas été bouchée, se serait-il vraiment attardé sur les lieux ? Probablement pas. Tout comme il ne se serait sans doute jamais penché sur le cas de Narcisse si sa panique ne menaçait pas de créer un brasier capable de rendre l’air irrespirable. Il ne fallait pas l’oublier, les djinns étaient des créatures d’air. Sentir le cramé sur le long terme nuirait énormément à son confort naturel, sans compter tous ceux qui suffoqueraient dans la fumée. Si un seul cadavre pouvait empester, imaginez une quinzaine, voire une vingtaine. Parfois il fallait savoir choisir ses priorités, et la manière dont on voulait passer une possible éternité.

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Aldrick Voelsungen
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Sam 8 Avr - 15:20

À la question de la jeune louve, Aldrick n'eut rien le temps de répondre que déjà son attention était captée ailleurs. Son ouïe fine avait distingué quelques brides de mots-ci et là dans la conversation entre le chien noir et l'enfant, souriant même quand celui-ci demanda ce qu'était un "Haut-rat-heure". Mais une esclandre, déjà, captivait les présents, et ce fut avec un  soupir qu'il s'apprêtait à faire un pas pour séparer leur hôte de l'invité qu'il tentait d'éviscérer, quand une silhouette épouvantable passa dans son champ de vision.
Surpris, le loup recula dans un sursaut, avant d'aviser la scène médusé. Cela ne s'arrangea pas quand de lourdes chaînes immobilisèrent les présents. Le cœur du brun manqua un battement crucial, son corps tout entier se figeant, ses poings se crispèrent et la colère enflamma son âme. Mais ce qui lui fit serrer les dents de rage, plus que sentir Tala s'agiter intérieurement de nouveau, plus que de devoir lui-même rester près d'elle pour la rassurer malgré la panique générale, ce fut la remarque du légiste. Son poing fendit l'air, mais là où jadis se tenait son collègue, il n'y avait plus que le vide, et ce sourire niais qu'il aurait voulu arracher d'un coup sec.
Ses iris d'or coulèrent sur Edward. Puis revinrent à l'apprenti légiste, tandis qu'il crachait :

- LA FERME !

*Je sais tout ça !* Songea t-il avec amertume et rancœur, sans parvenir à s'empêcher d'ajouter entre ses dents :

- Ou je ne serai pas aussi clément que la dernière fois...

Le sang lui battait violemment aux tempes. Il avait raison. Ce sale démon avait raison ! Il avait raison et ça l'agaçait prodigieusement ! Mais plus déstabilisant encore : Edward s'était élancé pour sauver des humains. Sauver des humains. D'instinct. Sans réfléchir. En accord avec la bête ! Lui qui n'avait de cesse de mettre une barrière entre lui et les autres. Il voulait les sauver !

*Il a vraiment changé !*

Pour un peu, il en aurait rit jaune ; mais l'action l'obligea à détourner le regard de la stature imposante de son homologue pour finalement tomber sur la silhouette fine de la coiffeuse du Lost, et du loup empailé beaucoup trop près d'elle.

Aldrick  eut l'impression qu'un fin trait rose venait de passer à toute allure dans son champ de vision, mais il avait déjà saisi le verre de bois arrondi que tenait une voisine blonde et l'avait lancé en visant la tête du loup, espérant détourner son attention. Néanmoins, le projectile acheva sa course avec force sur la tête d'une dame qui criait sans cesse « Fuyons Mélinda ! ». Le choc fut tel que la gargantuesque femme tourna vers lui un regard noir avant de tomber à la renverse, aplatissant le loup de tout son  poids, à tel point que celui-ci n'eut même pas la force de se plaindre.
Un soupir de soulagement lui échappa, masquant des brides de phrases de son collègue, tandis qu'un homme près de Louna, s'évertuait à la défaire de sa chaîne.

- ...Rhinocéros ...Charger le Commissaire !
- Je vous ai déjà dit de la ferm...

Le lycanthrope n'acheva pas, sidéré de constater face à eux l'animal en question, agressif. Un juron transylvain franchi la barrière de ses lèvres, tandis qu'il frissonnait intégralement. Elle n'avait fait que le frôler, mais l'amalgame de sentiments qui semblait émaner de la louve, avait suffi à le faire tressaillir violemment. Cette fois, il n'avait pas le temps de la rassurer.
Se baissant à la hâte, il tira de toutes ses forces sur les chaînes qui entravaient Tala, les comprima entre ses poings, ne prenant pas la peine de relever les yeux quand une odeur de brûlé gagna sa truffe, et contorsionna de plus belle le métal.

- Allé... Lâche-la, saleté !

Il lui sembla que la belle avait émis une plainte, mais il n'entendit rien d'autre que le cri hystérique d'une adolescente plus loin, alors que l'étau cédait enfin :

- IIIIIIIIIIIIIhhhhhhhhh ! Le léopard ! Le léopard !
- Couchez-vous !

Comme un écho à cet ordre, ce fut d'un geste brusque qu'il poussa Tala sur Ryden, espérant l'éloigner assez de l'animal albinos ; dont il eut tout juste le temps de se protéger en levant les bras à la hauteur de ses yeux avant de se rendre à l'évidence : il lui fallait encaisser l'impact !

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Dolores Keller
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Sam 8 Avr - 18:11

23 h 05, Cabinet des De Montalant. Comment dire… On se croirait dans un zoo, ou en tout cas dans une animalerie dont on avait perdu le contrôle. Manfred se demande à qui peut bien appartenir cette aile grise qui est posée sur sa tête.
Tandis que d'autres invités luttent tant bien que mal pour s'extirper des mystérieuses chaînes, Dolores parvint à libérer la petite Rose-Lise avec l'aide d'Adam.

« Ce que je peux vous dire, c'est qu'un animal sauvage, s'il le souhaitait réellement, pourrait vous arracher une oreille sans aucun problème ! Fort heureusement c'est une chose rare de perdre son oreille de cette façon, comme l'organe n'est fait que de cartilage, il n'a pas beaucoup de goût et ne plaît pas vraiment aux animaux affamés. Donc madame, ne vous inquiétez pas, cette autruche ne vas pas vous arracher le lobe ! Elle peut pincer, je l'admets, mais cela ne provoquera aucun saignement, je peux vous l'assurer ! Docteur baissez votre p-pouce, cela n'a rien de rassurant ! La voilà qui est partie en courant… Peu importe, vous allez bien petite Rose-Lise ? Oui, merci Docteur Keller. Tout le monde semble être devenu fou… Hm en effet, c'est amusant n'est-ce pas ? Oui ! Cela n'a r-rien d'amusant ! Regardez ce petit dindon, comme il est mignon ! Il est tout rond, le gentil dindon ! Cela me rappelle une chanson, pas vous ? Je peux vous la chanter vous savez ! Bien que cela ne soit pas très intéressant de chanter à un moment pareil. Calmez-vous Adam. J-Je n'ai rien dit ! Cela ne sert à rien de paniquer, allons ! Regardez Rose-Lise, elle garde son sang-froid, une vraie journaliste professionnelle ! Que griffonnez-vous donc dans votre carnet cette fois-ci ? Votre écriture est vraiment terrible vous savez ? Vous devriez changer la forme de vos lettres de temps en temps, cela fait toujours son effet ! Ma secrétaire aime beaucoup ce type d'écriture, qui bien évidemment est la mienne, mais ne dit-on pas qu'il est propre aux docteurs d'écrire comme ils le désirent ? Mais je ne suis pas docteur ! Et puis mon instituteur me félicitait régulièrement pour mon écriture. C'est parce qu'il était jaloux, tout simplement. Tout le monde veut écrire correctement, avec de belles lettres bien calligraphiées, mais c'est une erreur n'est-ce pas ? N'est-ce pas Adam ? Adam que faites-vous avec cette chaise ? L-Le lion, i-i-il n'a pas bougé mais sa queue e-elle… Hm ? Ooooh, l'adorable petit minet minet ! Il n'arrive pas à la cheville d'Yvonne toutefois Yvonne ? Oui, mon chat, la plus belle et incroyable du genre animal. Passez au cabinet un jour, je vous la présenterai ! Adam lâchez cette chaise à présent, cela devient ridicule, ce n'est pas comme si ce lion allait vous sauter dessus. Et puis regardez le ce malheureux félin, il lui manque une partie du corps ! De toute évidence il n'entrait pas entièrement dans la vitrine. À moins que ses pattes se trouvent autre part ? Il ressemble à une saucisse je trouve, avec cette drôle d'allure, mais laisser la cage thoracique à l'air libre comme ça était une bonne idée, l'anatomie est parfaitement reproduite, c'est fascinant. Et si je regarde par là ? Ooooh, incroyable, ils ont réussis à reproduire la totalité du système digestif ! E-E-Enlevez votre tête de sa gueule ! Cessez donc de vous inquiéter pour un rien Adam ! Regardez comme il est docile ! Je vais l'appeler… Lord Quelque Chose ! Oh c'est très sympathique ! N'est-ce pas ? Je me surprends moi aussi des fois à trouver des noms aussi rapidement. Bien Lord Quelque Chose, restez là voulez-vous ? De toute manière vous ne pouvez pas marcher avec seulement deux pattes. Oh regardez son petit nez bou- G-G-G-Guuii ! I-I-Il vient de fermer sa gueule… … Formidable travail d'articulation de la mâchoire n'est-ce pas ? Bien, éloignons-nous avant que Lord Quelque Chose ne décide de retrouver la partie du corps qui lui manque. »

23 h 20, Cabinet des De Montalant. Plusieurs personnes ont essayé de repousser Igor mais l'ours pèse bien trop lourd pour être repoussé aussi facilement. Manfred a compris, il s'agit de son aile gauche ! Mais il a déjà une aile gauche… Hm…
Voyant l'urgence de la situation, et ayant toujours rêvé d'approcher un ours d'aussi près, Dolores a également décidé de participer à l'attaque groupée.

« Wooooouhooooou ! D-D-Docteeeeeur descendez de cet ours !! Allons allons vilaine créature, que crois-tu pouvoir faire face au terrible Docteur Kellerstein !? Hm ? Ooooh mais c'est qu'il a la peau douce le bougre ! Pensiez-vous que les ours avaient une fourrure aussi agréable au toucher Adam ? Je l'ignorais ! Oula, attention, tu as failli me décapiter avec ta papatte griffue ! Je ne suis pas d'accord Igor, tu dois te calmer ! Et si je te gratouille derrière les oreilles ? Aha ! Je te sens faiblir Igor ! Ih ! Ah ! Ooooh ! Je vais te vaincre Igor ! Personne ne peut avoir raison du terrible Docteur Kellerstein ! Mouahahahaha ! Dégagez cette folle furieuse du dos de l'ours ! Elle va se tuer ! »

23 h 23, Cabinet des De Montalant. L'ours s'est énervé encore davantage et a projeté Dolores quelques mètres plus loin. La diversion aura néanmoins permis au père de famille de s'extirper de l'étreinte de l'ursidé. Manfred a compris ! Il a en réalité deux ailes gauches !
Lamentablement allongée par terre, Dolores se relève avec quelques difficultés, satisfaite de sa petite chevauchée héroïque. Adam et Rose-Lise sont immédiatement allés la rejoindre après son vol plané.

« Avouez-le, c'était grandiose ! Quel courage, Docteur Keller ! N'est-ce point ! J'avoue que je ne suis pas peu fière de cet exploit. Qu'en dites-vous Adam ? Pourquoi tenez-vous toujours cette chaise d'ailleurs ? E-Euhm, j-je ne sais, cela me rassure. Vous allez bien ? Bien sûr ! Ce n'est pas un petit incident comme celui-ci qui va m'arrêter ! J'avoue toutefois ressentir une étrange lourdeur dans mon bras droit. *SPOF* Hm ? Oh une patte d'ours ! E-E-Eeeeeeeehhh !? D-Docteur, qu'est-il arrivé à votre bras ! Il est devenu si long qu'il touche le sol ! Et il est si poilu ! Et il est si gros ! Et ! Et ! Ooooh ! Calmez-vous petite Rose-Lise, vos yeux vous jouent des tours, ce bras n'a rien de si gros ! À vrai dire si on le compare à une véritable patte d'ours, il est relativement maigre. Une patte d'ourson, peut-être, et encore il faudrait qu'il soit très chétif pour approcher cette circonférence. Oh, oh, oui je vois ! C'est tout à fait logique ! N'est-ce pas ! La science a toujours réponse à tout. C-Cela n'a rien de logique ! D-D-Docteur votre bras il est… Et-Et-Et si. P-P-Pourquoi v-vous ! R-Remettez votre bras c-correctement ! On va vous v-v-voir ! Huhu, regardez comme il est mou ! Je peux l'enrouler autour de mon cou pour faire une écharpe en fourrure. Et je peux toujours bouger mes doigts ! Je peux me gratter l'oreille comme ça ! Ne bougez pas, je vais faire un croquis ! N-Non ! Pas de croquis ! C'est une illusion ! Docteur pourquoi ne paniquez vous pas !? Les gens ne doivent pas savoir que vous, vous, vous- Adam ça suffit ! Câlinez donc mon super bras nounours pour vous calmer. Vous voyez ? C'est agréable hein ? Je pense que je vais le garder comme ça ! Oh regardez, je crois qu'ils ont attrapé l'ours ! Rose-Lise vous devrez rapidement aller voir n'est-ce pas ? C'est votre devoir de journaliste que de suivre l'ensemble des évènements ! Oh ! Ah ! Oui ! J'y vais tout de suite ! »

23 h 28, Cabinet des De Montalant. Les animaux continuent de capter l'attention des convives, l'ours tout particulièrement. Une drôle de femme a traversé la foule avec une petite fille entre ses bras. Manfred essaye de retrouver son aile droite.
Tandis que la majorité des regards étaient dirigés vers les animaux fous, Dolores et Adam ont pu se mettre temporairement en retrait pour discuter du drôle de problème.

« C-C'est la fin ! D-D-Docteur on va vous repérer et on va v-vous mettre en p-prison et-et ! Chhht, Adam ça suffit ! Pour le moment seule Rose-Lise l'a vu de près, et la petite est complètement submergée par tout ce qu'il se passe, une fois que tout sera rentré dans l'ordre, elle oubliera ce détail. Certes le détail en question est une grosse patte d'ours volumineuse, suffisamment molle et longue pour toucher le sol. Mais il nous suffit de le camoufler et tout ira bien ! Nous pourrions demander un coup de main à Edward mais je crois qu'il est encore bien occupé de son côté à protéger la demoiselle qui l'accompagne. Et puis nous n'avons pas besoin d'Edward n'est-ce pas ! De toute manière s'il voit ça il va me crier dessus, alors bon, pas un mot, même à lui ! M-Mais… Cht ! Regardez je peux vous caresser la joue avec ma papatte ! Toujours est-il que c'est bizarre que mon corps refuse de retrouver son apparence d'origine. Mon père serait fasciné de voir ça. A-Arrêtez de vous gratter le menton avec cette… ch-chose ! Q-Qu'est-ce qu'on p-peut faire ? De toute évidence je ne peux pas la mettre dans ma poche, elle est bien trop grosse. Je peux la mettre sur votre tête ! Cela vous ferait un joli chapeau ! J-Je ne veux pas d'un chapeau ! Vous êtes un rabat-joie. Docteur ! Docteur ! Regardez, j'ai récupéré l'un des morceaux de tissu qui recouvrait l'une des vitrines que M. de Montalant a enlevé lors des présentations ! Excellent réflexe petite Rose-Lise ! Oh mais il est déchiré ? Oui j'ai marché dessus sans faire exprès et je suis tombée… Cela n'a pas d'importance ! Au contraire, vous avez commencé le travail ! Adam, vous souvenez vous de ce fameux jour de la fête de la musique ? J-Je vois. J'espère que nous aurons suffisamment de tissu. »

23 h 32, Cabinet des De Montalant. Tout le monde est finalement parvenu à se libérer de ses liens, toutefois les animaux continuent leur terrible remue-ménage. Manfred s'est rendu à l'évidence… Quelqu'un a volé son aile droite, et l'a remplacé par une aile gauche !
Venant en aide aux personnes en difficulté ou en proie à la panique, le trio rejoignit la foule pour ne pas paraître suspect, bien que quelques regards furent néanmoins attirés par le drôle de bras en écharpe de Dolores, enroulé dans du tissu blanc vulgairement déchiré. Espérons que la supercherie tienne suffisamment longtemps. Fort heureusement, beaucoup de personnes l'avait vue voler à travers la pièce, et beaucoup pensaient qu'elle s'était simplement blessée. Les quelques poils bruns qui dépassaient des interstices entre les bandes de tissus disaient cependant le contraire.

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Et Adam crie en deepskyblue /o/

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Frédéric Lenoir
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Sam 8 Avr - 19:04

Llewyn, Mu, Ester et Lizzie aient vu, évidemment. Comment n'auraient-ils pas pu voir ?
Lizzie lui avait même pointé du doigt une grenouille occupée à faire des claquettes dans une boite en verre. Il l'avait vue aussi, la grenouille, donc c'est que l'illusion était réelle (si c'en était une) : si ça avait été dans sa tête, Lizzie et lui auraient forcément dû avoir des visions différentes.
Dans un souffle, il avait confié la demoiselle aux bons soins de Llewyn afin de scruter scrupuleusement ses alentours : s'il y avait de la magie à l'oeuvre, il la verrait. Il devait la voir ! Il avait les meilleurs yeux de mage que sa famille ait jamais engendré, depuis les premiers Lenoir - et la première mage avait été une femme, et la seule de la famille - on n'avait jamais eu des yeux pouvant voir autant de magies différentes, ni aussi facilement.
Il devait y avoir de la magie. Forcément.
Seulement...
Seulement là où d'habitude un seul regard lui amenait des informations suffisantes, il lui fallait scruter. Là où d'habitude, se concentrer un peu mieux affinait sa vision, là tout semblait se fondre dans un gros mélange infâme de couleurs et de magies mêlées. Il lui faudrait ANALYSER, ce qui ne lui arrivait jamais !
Faisant fi de toute norme sociale, il prit dans ses mains un flacon contenant une mue de couleuvre qui remuait dans son formol et il se concentra tellement dessus, pour y distinguer quelque chose de magique qui aurait un sens (ou alors RIEN de magique, mais pour y VOIR, bordel !), qu'il ne remarqua pas la dispute des bourgeois.
- Freddy...
La main de Lizzie sur son épaule lui fit oublier cette satanée fiole inutile. Il se tourna vers la pièce.
Un frisson glacé remonta le long de son dos.
Ça, c'était pas bon du tout.
Pas bon du-tout-du-tout.
Des silhouettes encapuchonnées. Leur simple présence laissa dans l'air un tel sillon de froideur, à ses yeux, qu'il lui fallut un moment pour comprendre qu'elles étaient parties.

Dire que Frédéric, à ce stade, était prit d'un "mauvais pressentiment" paraîtrait probablement superflu : on n'est plus sensé avoir un pressentiment quand on est en train de se faire grignoter la jambe gauche par un alligator en forêt tropicale, pas vrai ? C'est pourtant la sensation qui le saisit à cet instant.
- Seigneur, Freddy, j'ai peur !
- Va près de Llewyn, Lizzie, ne le lâche pas d'une semelle.
- Mais Fred.
- Lizzie, ché pas t'expliquer mais j'te dis qu'tu dois y aller ! Mu, Mamzelle Jones, faites pareil, retrouvez-le et restez tous ensemble.
Lysbeth le connaissait. Pas au point que vous croiriez, mais elle le connaissait. Il avait déjà eu un pressentiment devant elle. Elle prit la main de Mu et d'Ester et s'enfuit vers le Chat. Comme elle partait, il lui cria : "Et montez sur une table !".
Pourquoi ? Il n'en savait fichtre rien !
Lui-même tenta - et ce fut sa première erreur - de scruter à nouveau la magie autour de lui. Ele était brouillonne, incompréhensible, ça le rendait complètement fou.
Comme s'il l'avait toujours su, il entendit les convives se répéter et étendre l'information : ils étaient enfermés, les issues avaient disparu.
Sa liberté aussi.
Bordel, des chaines. Super. Magnifique.
Erreur numéro deux en approche : puisque ignorer les chaines ne suffisait pas à rompre leur charme ; puisque retourner sa veste et la ré-enfiler à l'envers ne les brisaient pas non plus (au moins il était sûr que tout ça n'était pas l'oeuvre de faërie), il s'accroupit et les prit dans ses mains en espérant les faire fondre.
Il se mit à pleuvoir dans la pièce.
Freddy jura : "Merde !".

Comme il réessayait, il parvint simplement à s'électrocuter avec un bébé éclair qui partit d'une de ses mains vers l'autre et le parcourut tout entier avant de le quitter par le clou de ses entraves. Erreur numéro trois : CHECK.


- ..ddy ! Frédéric ! Il se réveilla, couché au sol, les cheveux en bataille, trempé par la pluie, tandis que non loin de lui il entendait Layth parler d'un léopard et qu'il sentait la magie du djiin s'agiter. Bon, au moins cette magie-là lui restait familière, mais il avait un mal de crâne carabiné. Quelqu'un était accroupi près de lui avec un éventail et tentait de le ranimer. Lizzie :
- J'ai fait comme t'as dit, sur les tables on a rien eu mais je t'ai entendu crier. Pourquoi t'es trempé ? Freddy j'ai peur !
D'autres gens les entouraient, mais Frédéric les distinguait à peine. Elle l'aida à se redresser.
- T'inquiètes. C't'une farce à la con d'ces (juron) de (juron) d'enfants d' (jurons) de bourgeois (bien que commun, ce mot-là dans cette bouche-là sonna à cet instant-là comme un juron, lui aussi.
Lizzie ne s'en offusqua pas. Elle avait un beau métier.
Un chat vert à cinq pattes et deux queues se jeta sur la belle. Elle hurla et l'envoya valdinguer sur une grosse femme. Elle avait aussi de beaux réflexes.

- Freddy, tes chaussures.
Frédéric n'écoutait pas. Il y avait en face d'eux un genre de taureau gris disproportionné à corne et carapace qui frottait du sabot sur le plancher ciré.
- ...Rhinocéros ... Commissaire !
Est-ce que tous les animaux de cet appartement avaient des noms bizarres comme ça ? Entre deux personnes, il vit Voelsungen lever les bras et Frédéric fit un geste.

Erreur numéro Quatre, envoyez la sauuuuce !
Il avait espéré protéger le commissaire en évoquant autour de lui quelque chose qui soit mou, ou un mur de vent, n'importe quoi...
A la place d'une gentille bourrasque pousseuse de pachydermes cornus et courts-sur-pattes, ou d'un mur de coussins, ou (et ça lui aurait bien plu, malgré le peu de discrétion de la chose) une petite combustion spontanée dudit pachyderme pour le changer en cendres braisonnantes en moins de deux... il y eux un "plop" et le tapis posé sous les jambes du commissaire se changea soudain en un pudding blobottant de trois mètres de long et soixante centimètres de haut qui sentait le poisson jusqu'ici.
- Freddy, si tu enlèves tes pieds de tes bottines ça passera peut-être... ?
Lizzie lui saisit les pieds pour essayer tandis que Frédéric, assis par terre, tentait d'y voir quelque chose entre les pieds enchainés des convives.

Le rhinocéros fonça sur le pudding devant Voelsungen, glissa pathétiquement sur deux mètres et frôla le garou avant de finir sa course dans un énorme fracas et une paroi dure que Frédéric ne voyait pas.

Le mage étonné, échevelé et trempé fut pris d'un haut-le-coeur. Il vomit son vin, son souper, et son quatre heures sur la jolie robe de Lizzie en maudissant toute la famille Montalant sur vingt-huit générations.
Lysbeth, dans un mouvement de recul, parvint à lui dégager un de ses pieds, chaussette trouée comprise, de ses jolies bottines enchainées. Frédéric tomba à la renverse tandis que son cerveau se transformait en mélasse. Il crut un instant vir la doctoresse du cabaret voler dans les airs.
Cela l'étonna moins que l'apparition du pudding au poisson.
Cognant sa tête au sol, il se dit soudain qu'il aimerait y goûter.


---♔♛♔---


A la cour du Roi de Belgique, le cuisinier royal dévoila d'un geste théâtral sa nouvelle recette anglaise de Pudding au poisson. Il souleva le couvercle du gigantesque saladier posé au centre de la salle de réception bondée et découvrit un sublime tapis rouge et vert vestige rescapé d'Atlantide qu'un collectionneur français avait payé une petite fortune à un marchand chinois de passage en Égypte.
Lorsqu'on le déroula, on découvrit qu'il était décoré de petites fleurs roses et représentait en son centre Poseidon chassant un kraken mauve et jaune à coup de trident à fanfreluches.
Le Roi de Belgique découvrant tout cela déclara : "Ben dis-donc mon vieux Jacky, si tu voulais changer d'métier 'fallait le dire. J'dois dire que t'es pas mal doué. Mais que vais-je donc servir à la cour qui attend, hein, nom d'une pipe ?"
Ce à quoi le cuisinier, penaud, répondit "Majesté, il me reste des patates. On pourrait les faire, frites."

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Freddy parle en #cc6633.


Dernière édition par Frédéric Lenoir le Dim 9 Avr - 1:34, édité 2 fois
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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Sam 8 Avr - 22:04

Élise était une créature étonnante, puissante, presque chimérique. Élise était une Muse, une déesse d'un autre temps, une fée dotée de plus de pouvoir qu'elle ne voulait bien se l'admettre. Élise était un être de création qui avait le don de fabriquer l'Art. Certes. Mais tandis que son regard répondait à celui de l'ours empaillé qui attaquait le père d'un petit garçon, Ashton songea qu’Élise n'avait sans doute pas la capacité de rendre la vie à un animal par sa seule imagination.

Le spectacle qui s'offrait à lui était aussi impressionnant qu'inquiétant, avec ce genre de splendeur morbide qui attirait inéluctablement l'attention. Il était face à une tornade, grandiose dans sa fureur. Le gigantesque animal abattait ses lourdes pattes sur le corps impuissant de l'homme dont la seule arme était son courage. Contrairement à ce que vendaient les dires poétiques de ceux qui s'essayaient à la philosophie, la bravoure n'était pas toujours à la hauteur d'un combat. Parfois, souvent, il fallait davantage user de la force brute ou de son intellect. Face à un tel mastodonte, Ashton eut opté plus aisément pour la première. Ce qui tombait plutôt bien.

Se redressant, le jeune homme commença par envoyer un regard à sa muse. Il lui adressa un sourire pâle, bien que sincère, et s'avança vers le bestiau. Tenta de s'avancer. Ne bougea pas d'un pouce. Seul un grincement sinistre de métal répondit à sa volonté, entraînant son regard dans sa chute. Il adressa un œil incrédule au sol, jonché de lourdes chaînes métalliques qui retenaient ses chevilles.

Il était enfermé. Prisonnier. Il ne pourrait sans doute jamais se l'expliquer, mais l'idée même d'être entravé fit naître en lui une émotion vive et frénétique, comme un bourdonnement sourd dont le volume augmentait chaque seconde, un bruit entêtant qui eut eu raison de son esprit. Il devait s'échapper. Pour autant de raisons qu'il prenait d'inspirations. Pour sauver cet homme.

L'enfant pleurait toute l'ampleur de son angoisse tandis que l'ours abattait sa gigantesque stature sur son père. Le spectacle était traumatisant, d'une violence indigne des yeux d'un garçonnet de cet âge. Ashton s'agenouilla et disposa ses mains de chaque côté des lourdes chaînes ; tira, une fois, de toutes ses forces. L'acier gémit mais tint bon. Il grogna, tira une deuxième fois. Une adrénaline folle battait dans ses veines.

Vite, vite, vite.

Il n'avait pas de temps à perdre. Chaque seconde rapprochait le père de famille d'une mort insupportable, le gosse de nuits de cauchemars. Intolérable. Il n'avait pas le droit de laisser faire. Cet homme avait donné tout ce qu'il avait pour protéger des inconnus. Dont un monstre. Et le monstre ne pouvait souffrir une telle dette. Il ne la méritait pas. Pour la troisième fois, il tira. L'acier cria. Se tordit un peu. Dans un accès de rage, il tira de nouveau. Les chaînes se déformèrent à peine.

Il devait lutter.
C'était à lui de lutter. À personne d'autre.

Animal contre animal, les chances seraient plus équilibrées, le combat plus sain. Nul n'aurait à craindre la mort d'un proche. La créature de ténèbres, elle, ne frémissait pas sous les caresses du trépas. Elle épousait sa cruauté et lui offrait quelques âmes en offrande, gages d'une dévotion aussi absolue que son amour du chaos. Il lui était aisé de lutter contre la vie, car il était dans son essence même de la briser. Alors s'il devait se lever et combattre cet ours, il le ferait. Sans problème. Le tuerait avec une facilité déconcertante. Et lorsque le long de ses doigts coulerait un liquide vermeil, il pourrait s'en délecter longuement, se complaire dans la terreur qu'il infligeait au monde et-

« Asht-... »


Son souffle était rapide. Chaud, trop chaud pour la main de glace qui avait saisi son cœur. Brusquement, Ashton se rendait compte de l'ampleur de son angoisse. Être enfermé ne lui réussissait pas. Ne réussissait à personne. Il devait s'en aller. Son regard grimpa vers celui de sa sœur, celui de cette femme tant aimée dont la voix le ramenait d'ordinaire au calme d'un seul soupir. Aujourd'hui il la voyait à peine. Il la voyait à peine et son cœur résonnait dans ses entrailles comme un sinistre tambour. Et le rythme lancinant du requiem croissait à mesure que sa nervosité s'intensifiait.  

De nouveau, il tira, tira avec une force menaçante qui n'avait rien d'humain, tira avec une frénésie qui frôlait l'hystérie. Son combat contre les chaînes n'avait plus de but, le père de famille arraché à son esprit par les forces noires de son alter ego. Et si ce dernier avait disparu, si on lui avait volé ce rôle de héro qui lui seyait si mal, il s'en rendit tout juste compte. Son son effort, l'acier gémit et s'étira, supplicié. Il gronda, d'un son sourd qui rappelait davantage le grognement d'un animal, tandis que sa prise blanchie sur ses entraves tentait de les arracher.

Dans un claquement virulent, elles cédèrent. Enfin.

Essoufflé, Ashton observa son travail d'un œil presque surpris. Sa poitrine se soulevait sans relâche, encore et encore, son cœur martelant ses côtes comme pour les briser. Il lança un regard à l'ours qui surplombait l'homme apeuré de toute sa hauteur et se redressa d'un geste souple. Il trébucha un peu sur les écueils de son calme, puis offrit un demi sourire à l'animal. À son adversaire. Un sourire qui avait soif.

Cet ours, il allait le tuer.

Le monstre était réveillé et c'est sans attention pour le père de famille, qui tentait en vain de rompre ses entraves, qu'il s'avança vers son adversaire. L'homme lui lança un regard débordant d'une adrénaline dévorée de terreur. A peine venait-il d'être délivré de l'animal que ses griffes acérées le menaçaient de nouveau. Il avait un foyer. Il avait une famille. Il avait un petit garçon. La perspective d'une mort imminente avait plongé l'ardeur de son courage dans la glace. Et la silhouette du jeune homme, étrangement, lui semblait soudain plus inquiétante encore que celle du prédateur. Mais il devait rêver...

... N'est-ce pas ?

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Ain't Gonna Rain Anymore - Nick Cave
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Elise Barcarolle
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Sam 8 Avr - 23:03

Quelque chose n'allait pas.

Elise écoutait, et au delà de toutes les autres âmes, celle d'Ashton... s'effaçait. Les accords volatiles du violon prenaient progressivement des teintes bien plus dramatiques, bien plus sombres. Au début, Elise avait pensé à de la panique. Au début, Elise avait cru que la souffrance des chaînes brûlait la mélodie de son frère aussi sûrement que les flammèches que venait de cracher Narcisse. Au début, Elise avait tiré de toutes ses forces sur sa chaîne afin de le consoler. Au tout début. À présent, les sonorités avaient pris une dimension bien plus inquiétante. Et en fermant les yeux, Elise sentait le changement dans tout son corps. La batterie ne brisait plus l'air autrement que pour accentuer l'horreur. Le piano pleurait des notes bien moins chantantes qu'avant, se brisant volontiers dans les graves et les aigus, sans trouver de juste milieu. La trompette s'était tue. Et de temps à autre, pire que tout, il y avait ce silence à glacer le sang. Le silence, dans une âme, n'était pas une chose commune. À vrai dire, cela n'était jamais arrivé qu'une seule fois à la muse, au cabaret, dans le cas d'un gaillard en lien avec un miroir. Cela arrivait dans le cas d'une âme divisée. Cela arrivait lorsqu'une âme luttait contre une autre pour prendre l'ascendant.
Le chien.
Le sang d'Elise ne fit qu'un tour tandis que son regard, alarmé comme rarement, se posait sur le dos de son compagnon d'éternité. Le chien. C'était le chien qui menaçait de sortir. Et tout autour d'eux, rien ni personne ne semblait le remarquer. La muse était seule face à une réalité bien plus effrayante que tous ces animaux revenus à la vie. Si tout ça suivait naturellement son cours, sans aucune interruption, alors ces morts-vivants seraient le cadet de leurs soucis.

Et Elise se devait d'empêcher ça. Tant pour ces gens que pour son frère, ce frère qui ne se pardonnerait jamais le sang qui coulerait sous les crocs du canidé des enfers, ce frère qui ne guérirait jamais vraiment des morts qu'il commettrait cette nuit là, ce frère qui, finalement, avait si bien lutté, si longtemps, et qui ne méritait pas de voir mourir les efforts de toute une vie en une unique perte de contrôle.


« ASHTOOOOOOON ! »

Cria-t-elle de toutes ses forces dans l'espoir de toucher, ne serait-ce qu'un peu, rien qu'un peu, de son frère sous la fourrure de ténèbres.

« I-il faut que tu te calmes ! »

Ça n'allait pas suffire. Ça ne suffisait pas. Ça ne suffirait pas. Ça ne suffirait pas... Alors, Elise tira encore plus fort.
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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Sam 8 Avr - 23:33

Tandis que son regard détaillait la gigantesque stature de l'ours, imaginant déjà un liquide vermeil caresser la fourrure brune et ruisseler sur le sol, une part d'Ashton se demanda si ce qui se déroulait était normal. Une part de son esprit – la part encore saine, encore lui – hurla sa trahison, sa souffrance, hurla qu'elle mourait, qu'il l'étranglait avec sa haine et sa colère, avec ce désir de sang aussi monstrueux que violent. Pourtant, il avança. Le sourire perfide qui avait marqué ses lèvres s'était mué en quelque chose de moins visible, un simple éclat dans ses yeux rougissants, une étincelle de malice et d'intérêt qu'il ne cachait nullement. Sa démarche était devenue moins stable, moins humaine. Plus qu'à l'homme, c'était à un animal bien plus cruel que se livrait le prédateur.

Il s'avança de trois pas. Précisément. Le monstre en lui comptait avec délice chaque avancée, chaque petit centimètre qu'il dévorait pour se rapprocher de sa proie. Une sensation grisante le fit soudain frissonner, parcourant son échine avec délice pour l'emplir d'un plaisir qu'il lui semblait avoir oublié jusqu'alors. Il s'avança de nouveau.

Quatre.

« ASHTOOOOOOON ! »

Un souffle de vent, comme une gifle. La voix de sa sœur l'appelait et réveillait en lui des émotions qu'il avait piétinées. La panique qui faisait trembler les intonations d'ordinaire si douces comprima sa poitrine, sans raison apparente. Il ne comprenait pas. Lentement, d'un geste peu naturel, il se tourna vers elle, l'air inquiet, l'air curieux. Que se passait-il donc de si inquiétant ? L'ours lui avait-il fait peur ? Lui avait-il fait du mal ?

Oh, si c'était le cas, il allait prendre un malin plaisir à le dépecer encore viv-

« I-il faut que tu te calmes ! »

Se... ?
Ashton baissa les yeux et, pour la première fois, observa. Vit ses mains trembler fébrilement sous la gargantuesque pression que leur imposait son âme, vit la sueur qui faisait luire sa peau trop pâle, vit la tension qui crispait violemment ses muscles. Vit les mouvements spasmodiques de sa poitrine alors qu'il tentait de respirer.

Quel con.
Quel sombre débile.
Quel monstre il faisait. Un monstre ridicule et ignoble qui n'était même pas capable de s'empêcher lui-même de sombrer, après toutes ces années, après tant de temps qu'il aurait voulu en venir à bout mille fois. Une grimace de haine déforma son visage, dirigée cette fois contre lui-même. Il recula d'un pas, lançant tour à tour un regard à sa sœur et à l'ours, tentant vainement de calmer une respiration perdue dans les tréfonds de son âme noire. Le regard qu'il adressa finalement à Elise débordait d'un désespoir trop vieux, d'une blessure qu'il ne laissait jamais voir mais qui se gangrenait progressivement.

« J-je... Je suis désolé... »

Lorsqu'il constata sa peine à formuler une phrase, Ashton prit conscience de l'ampleur des dégâts qu'il s'était infligés à lui-même.

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Elise Barcarolle
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Dim 9 Avr - 0:08

Ashton. C'était Ashton qu'elle voyait dans le regard rougeoyant. C'était son frère qui était là, plus encore que le chien, et Elise n'allait pas laisser passer cette occasion. Jamais. Ashton méritait qu'on le sauve de ces instants fatidiques où il se perdait en lui-même. Ashton méritait qu'on lui vienne en aide. Ashton méritait bien des choses, mais surtout, Ashton méritait qu'on l'aime. Ashton méritait qu'on l'aime, et Elise allait le lui montrer. Tandis qu'elle tirait de nouveau sur sa chaîne pour s'en défaire, elle suivit des yeux le mouvement de ceux de cet homme qu'elle aimait certainement plus qu'elle-même. Elle le suivit et vit la haine naître dans le beau regard, accompagnée de trop près par un dégoût qu'elle ne voulait pas s'habituer à accepter. Elle vit aussi la peine, la peine la plus intense qu'elle ait vu chez son frère, cette peine qui, parfois surgissait là où on ne l'attendait pas pour frapper plus sûrement qu'un poignard. Alors, les notes s'inversèrent.

« J-je... Je suis désolé...
- Tu n'as pas à être désolé Ashton. Je t'aime. »

Peu à peu, la mélodie tant aimée reprenait le pas sur l'autre, bien plus sombre et dangereuse, qui avait un instant fait son nid sur les traits du canidé. Petit à petit, Elise retrouvait celui qu'elle n'avait jamais vraiment perdu. Et enfin, comme si le monde n'était régi que de grandes histoires déjà toutes écrites, le lien qui la retenait loin de lui céda. Le lien céda, victime d'une faiblesse dans sa conception et projeta la muse dans les bras de son frère. Dans des bras tant aimés que, lorsqu'elle s'y trouvait, le temps semblait s'arrêter.

« Je t'aime, Ashton. Je t'aime de tout mon cœur, et tu es mon frère. »

Les mots furent murmurés, répétés, psalmodiés, encore et encore, jusqu'à ce qu'ils s'impriment à jamais dans le cœur de celui qui les recevait. Les mots furent énoncés jusqu'à ce qu'une petite main apeurée ne vienne tirer le bras d'Ashton, sanglotant, suppliant presque tandis que son propriétaire tentait de s'exprimer.

« M-mon papa, j-je veux mon papa, j-j'ai peur, j-je veux que l'ours s'en aiiiiille ! »

Le regard bleuté papillonna quelques instants et Elise peina absolument à retrouver une réalité qu'elle avait délaissée. Alors, retrouvant le sourire qu'elle arborait toujours, la muse se redressa et prit le petit garçon dans ses bras.

« Ton papa vivra. Mon frère est un héros, et mon frère le sauvera. »
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Jade Perez
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Dim 9 Avr - 10:54

Tout allait de mal en pis, au fur et à mesure que la soirée avançait. Non content du trouble qu'ils avaient semé parmi leurs invités – qui d'autre serait responsable ? – voilà à présent que leurs hôtes étaient engagés dans une joute verbale menaçant de se transformer en bagarre. Jade n'arrivant pas à faire sauter le loquet de la fenêtre, elle se concentra sur la conversation pour tenter de calmer la panique grandissante qui s'emparait de son être. Elle s'était même approchée, pour voir si elle ne pouvait pas trancher grâce à son regard d'experte. Même si elle ne connaissait rien du tout à cette histoire de puits mystique ...

Puis les ombres étaient apparues, emportant les responsables de l'agitation. Jade eut un mouvement de recul, ne souhaitant pas subir le même sort, puis trébucha. Des chaînes. Des chaînes ? Vraiment ?! un rire amer resta coincé au travers de la gorge de la dyade. Tout le monde paniquait, et si pour le moment rien n'avait viré au drame, cela ne saurait tarder. Et elle ne pouvait rien faire. La solitude qui l'entourait se faisait ressentir, plus pesante que jamais. Elle n'était pas forte. Elle n'avait pas de magie. Elle ne savait pas trouver les bons mots pour réconforter les autres alors qu'elle même était terrifiée. Elle était impuissante, et lorsque tout le monde commencerait à s'entredéchirer ... Elle serait impuissante une fois encore, l'une des premières à tomber.

Une colère sourde s'éveilla au plus profond de son cœur à cette simple idée. Elle s'était sortie de pires guêpiers que cela. On souhaitait les manipuler, les effrayer, eu bien elle ne se laisserait pas faire sans mener bataille. Si, parmi tous les animaux empaillés, les fossiles et tous les autres objets étranges, il y avait une seule plante qui possédait encore une once de vie, elle pouvait s'en servir. Jade ferma les yeux, remonta à la source, bien que tout était ... distordu, embrouillé ... et l'appela à elle, avec l'énergie du désespoir. C'était dangereux, sûrement, mais qu'est-ce qui ne l'était pas en ce moment. La vitrine éclata, faisant tomber des éclats de verre au sol. Les racines puissantes serpentant près de ses chevilles tordirent ses chaînes, ainsi que certaines des personnes les plus proches qui ne s'étaient pas encore défaits de leurs liens. Cela fut suffisant pour qu'elle puisse s'en dépêtrer, à force de pousser.

« Ooooh ! Quelle chance tout de même ! » s'écria-t-elle comme si tout ceci était le fruit d'un hasard bienheureux. Ou presque.

Parce que bon, maintenant ils se retrouvaient avec une énorme plante carnivore qui rampait dans la salle, agitée entre l'odeur de la fumée et l'absence d'eau qui lui permettrait de survivre, mais ce n'est pas comme s'il n'y avait pas déjà mille et un danger, et tous plus bizarres les uns que les autres ...  Une diversion de plus, somme toute ... Jade soupira, elle n'avait jamais été très douée pour maîtriser ses dons, et n'avait jamais vraiment cherché à le faire non plus, ce qu'elle regrettait en ce moment ...

Mais ce n'était pas ce qui la préoccupait le plus. Son sang ne fit qu'un tour en entendant le cri de Louna. De toutes ses forces, elle s'élança pour pousser la petite chimère loin des crocs du loup, ne comprenant pas bien pourquoi Edward n'était plus à ses côtés. Ne s'inquiétait-il pas pour ses employés ? Ceux qu'il avait promis de protéger ? Elle ferma les yeux sur cette pensée lugubre, attendant la douleur inévitable, ou la mort, peut-être bien.
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Mu Zhongxian
Le fidèle immortel de bois
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Dim 9 Avr - 11:24

Spoiler:
 

Cela avait commencé simplement. Une charade (Mu abandonna avant même de commencer à chercher une réponse. Non, décidément, le français était bien trop compliqué), une représentation paisible où Mu eut la joie de voir bouger des petites poupées, suivi de mouvements dans les objets inanimés de la pièce. Mais passé la joie de voir se mouvoir tous ces objets et les bons souvenirs de statuettes et peintures pensantes de sa tombe, il ne lui avait pas fallu longtemps pour comprendre que la situation n'était pas vraiment des plus sympathiques.

En même temps, il comprenait très bien. Lui non plus n'avait pas très bien pris son déménagement forcé au départ. Surtout quand il était passé d'une cage à une autre. Finir en vitrine, tout de même, ça ne devait pas être agréable tout les jours.

Et puis là on l'avait palpé. Il en était sûr. La fesse gauche plus précisément. Fronçant le nez, un peu surpris par cette manière plutôt singulière d'interpeller les gens, Mu s'était retourné, sans pouvoir vraiment identifier le responsable. Enfin, ce n'était pas poli, ça. Et qu'est-ce que c'était que cette coutume bizarre ? Encore quelque chose qu'il n'avait pas compris ? Qu'est-ce que ça voulait dire ? Il s'apprêtait à demander à Frédéric de lui faire profiter de ses sages lumières, quand la soirée dégénéra. Vraiment.

Une chaîne à son pied, des murs clos autour de lui et des vitrines qui se fissuraient et s'agitaient. Les cris d'un enfant dans un coin, les Montalant enlevés. Un coup d'adrénaline et Mu était en train  d'examiner sa chaîne. Bien, le métal, peut-être trop solide pour lui, mais le bois... Alors qu'il commençait doucement la base de sa chaîne, observant du coin de l'oeil les divers événements, sa chaîne cassa brutalement, tandis qu'un bruit de verre cassé se faisait entendre à sa gauche. Une vitrine s'était fissurée au moment où la chaîne avait cassé. Mu ne chercha pas plus loin. Il hésita un instant, jetant un coup d'oeil au tout petit Frédéric encore coincé. Bon. Ennuyeux. Mais dans l'instant, la priorité revenait à l'attaque d'ours. Adressant à Fred, Narcisse, Llewyn et l'ensemble d'un petit groupe un très rapide « je reviens », et sans se rendre compte qu'il avait, sous l'effet du stress, parlé en chinois, Mu se rua sur l'ours sans plus réfléchir.

Très bien, lutter contre esprit et pilleur, ce n'était pas pareil que de se battre contre un animal, et même si Bao et lui avait déjà pu goûter à du serpent, le gabarit d'un ours était tout autre. Mais se battre, c'était sa fonction, il le savait. En tout cas, quelque chose en lui s'était éteint. Il réagissait par réflexe, guidé par de vieux automatismes. Il se jetta de tout son poids contre l'animal. A sa grande surprise, il le fit reculer légèrement au premier choc ; il n'y réfléchit pas sur le moment, mais un regard sur la gueule de l'animal et ses yeux plat et vide l'éclaira en partie. Ce n'était pas « un ours », il était vide. Ces yeux, c'était du verre. Peut-être était-il... creux?
Ou peut-être n'étais-ce qu'un coup de chance. Ou l'aide subite d'un autre bonhomme, qui sait.

Après un coup de main appréciable d'autres personnes, et l'intervention inopinée d'une joyeuse chevaucheuse d'ours, la menace fut partiellement contrôlée.  Quelqu'un était déjà en train de s'occuper de l'homme attaqué, miraculeusement (?) sain et sauf. Il se retourna rapidement, pour voir ce que devenait Fred et le reste de la bande, mais un soudain éclat de lumière et de chaleur le renseigna assez vite. Du feu ! Au feu ! Non !

Malgré un mouvement de recul tout naturel, il finit par tenter de se frayer un passage. Se tenant à distance respectable du début de feu, qui commençait déjà à être étouffé par quelques personne, il  rejoignit le plus vite possible Frédéric, aidé par Lizzie, qui avait l'air plutôt sonné. Il saisit au passage une dague antique exposée, c'était toujours ça de pris. Tentant d'arracher les liens de Frédéric il s'aida de sa dague pour creuser légèrement le sol.

Hum. Là aussi ça semblait … plus solide qu'à la normal. Très bien. Glissant la lame sous l'écrou en grommelant en chinois, il entreprit de dessouder la chaîne, (sans aucun respect pour la lame certainement très ancienne qu'il venait de voler ; je désapprouve). Il ne s'en sortit pas trop mal. Saisissant Frédéric sous le bras, Lizzie par la main, il l'éloigna du feu qui était en train de prendre, tout en gardant une légère distance avec le dragon. Sans le quitter du regard, il entreprit de libérer comme il le pouvait les quelques personnes encore enchaînées.

Un instant, il regarda sa lame. Et si... Non. Non décidément ce n'était pas une bonne idée. Bien sûr, s'il mourrait tout de suite, il se réincarnerait dans sa statue et pourrait chercher de l'aide. Mais en plus d'être très désagréable, cela équivalait à laisser tout ses camarades dans la panades pour un temps qu'il ne pouvait mesurer, tant ses périodes de transes étaient imprévisibles. Très mauvais plan. A défaut, il entreprit d'aider les personnes les plus proches à se détacher, avant de se tourner vers Narcisse qui se débattait toujours désespérément. Quelque chose lui disait qu'une nouvelle gerbe de feu pourrait gravement compromettre la suite des événements. L’assommer ? Hum. C'était une solution mais ce n'était pas très courtois. A défaut, Mu le saisit à bras le corps, tentant de l'immobiliser le plus possible le temps qu'il se calme. Dans un mélange approximatif de français et de chinois, il tenta de le pousser à se calmer.

-Doucement, doucement, pitié calme toi j'aime pas le feu je te jure tout va bien.
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Tala Harcourt
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Dim 9 Avr - 12:48

Tout était allé trop vite, tout s'était brusquement enfoncé dans les entrailles du sol, rejoignant un enfer qu'elle n'était désormais plus la seule à devoir affronter. De difficilement supportable, l'ambiance était devenue invivable. Tout autour d'elle, des gens criaient, tout autour d'elle, des gens pleuraient, tout autour d'elle, des gens s'affolaient. Et tout au fond d'elle-même, Tala n'en menait pas plus large que les autres. Le chaos s'était répandu trop durement sur ses frêles épaules et son regard se perdait à l'assaut des visages dévastés, voyageant d'animal ressuscité en animal ressuscité sans jamais vraiment parvenir à se fixer. L'ours du fond de la salle n'était pas le pire des êtres à qui elle se devait de faire face, non. Le pire, c'était le loup. Le loup qui attaquait, et qui grognait si fort qu'elle l'entendait jusqu'ici. Le loup qui, bien que gris, prenait pour elle un pelage brunit et des yeux couleur de jade. Ses muscles puissants se mouvaient en direction de leur cible et celle-ci n'avait aucune chance. La réalité se superposa à un temps dépassé depuis longtemps et Tala, devenue plus blême que jamais, poussa une plainte gémissante. Le loup, c'était elle. Le loup, c'était ce monstre qui s'affolait au creux de ses entrailles, ses perceptions mises à mal, et le loup allait tuer. Comme les autres fois. Comme cette fameuse nuit où tout avait dérapé. Comme si rien ne pouvait jamais changer, comme si r-...

« LA FERME ! »

L'injonction fut salvatrice et le sursaut qui traversa le corps de la louve la ramena à la réalité. L'animal reprit des teintes grises et la jeune femme cligna plusieurs fois des yeux, effaçant par cette action le visage terrorisé de Louis. Louis, qui n'était plus que le lointain souvenir d'une existence révolue. Louis, qui n'avait pas sa place dans le bal des horreurs auquel elle assistait. Louis, qui devait être et rester la dernière de ses préoccupations. Sentir, sans comprendre d'où elle venait, la nervosité presque haineuse de son voisin le plus proche la rendit un peu plus à son monde horrifique, et Tala eut le réflexe de vouloir poser la main sur l'épaule du commissaire. Ce fut non seulement un échec, mais en plus de cela, Aldrick sauva la future victime du loup ressuscité. Aldrick était un héros là où elle ne serait jamais plus que l'ombre d'elle-même. Aldrick était tout ce qu'elle ne serait jamais, et cette perspective éloigna un peu de l'angoisse de Tala pour la cristalliser en tout autre chose qu'elle ne comprenait pas.

« Oh, non ! On dirait que cet énorme rhinocéros blanc s’apprête à nou… à charger le Commissaire !
- Je vous ai déjà dit de la ferm... »

Les mots, encore une fois, lui parvinrent de très loin mais la harponnèrent avec efficacité, surtout lorsqu'elle entendit le sabot d'un gigantesque animal racler le sol avec fureur. Il fallut cependant quelques instants à la louve pour comprendre ce qui se déroulait réellement et pourquoi cela se déroulait. Il lui fallut quelques instants pour réaliser qu'un mastodonte de plusieurs tonnes, voire de plusieurs centaines de tonnes, non elle n'exagérait rien, fonçait vers eux après qu'un idiot, un imbécile heureux, un être dénué de toute intelligence, l'ait attiré avec un air faussement affolé. Il lui fallut quelques instants pour comprendre qu'elle était en danger et gémir en découvrant les chaînes à ses chevilles. Il ne lui fallut pourtant qu'une seconde pour décider qu'elle ferait payer ça très, très cher à ce bejaune. Il ne perdait rien pour attendre, mais la priorité, là, était de s'en sortir vivante.

« A-Aldrick... ? »

Marmonna-t-elle faiblement. Celui-ci se jeta au sol tandis que l'animal fonçait méchamment vers eux, toute la haine et la colère du monde imprimée dans ses yeux de verre. Tala laissa un peu de son ressentiment disparaître au profit de la peur et encouragea vivement Aldrick, qui acheva de la libérer. Mais alors qu'elle s'apprêtait à le remercier, celui-ci la jeta dans les bras de Ryden, auquel elle se raccrocha pour ne pas tomber au sol. Dans cette situation catastrophique, alors que l'air déplacé par l'animal avait réussi à l'atteindre, preuve formelle qu'il venait de la frôler, Tala se surprit à rougir, accrochée aux épaules du démon. Se tournant un court instant, elle eut le temps de se retrouver aspergée de... gélatine, supposait-elle, et d'apercevoir Aldrick, sauvé, puis se tourna vers l'homme contre lequel elle se trouvait toujours. L'odeur -de poisson ?- lui fit froncer le nez tandis qu'elle envoyait une moue gênée à Ryden.

« Ryden... ? »

Sa voix n'était pas assurée, presque hésitante, et d'aucuns aurait pensé qu'elle était simplement mal à l'aise. Lorsqu'elle capta le regard du démon, cependant, ses iris s'animèrent de colère alors qu'elle levait la main droite et frappait la joue avec force. Au milieu du tumulte, le bruit parvint à s'imprimer dans la salle et fit tourner les têtes.

« Ça, c'est pour avoir été assez stupide pour lancer un monstre de muscles et de nerfs sur nous alors que nous étions attachés. »

Et, sans lui laisser le temps de dire ouf, de s'éloigner ou même de répliquer, le genou de la jeune femme heurta violemment les parties intimes du pauvre homme.

« Et ça, c'est pour Aldrick. »

Alors, laissant le démon plié de douleur, Tala se détourna.

« Fils de dix-sept pères. »

La pire soirée de sa vie ne faisait que commencer. Mais désormais, Tala n'avait plus peur.

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Ewen parle en #00cccc !
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Ashton Lyn
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Dim 9 Avr - 13:08

« Tu n'as pas à être désolé, Ashton. Je t'aime. »

Ces mots. Ces mots si violents dans leur simplicité, tels une bombe au creux de ses entrailles, qui faisaient trembler jusqu'aux fondations de son fragile équilibre. Ces mots à l'opposé de toutes ses attentes, de tous ses souvenirs. Loin de la haine, loin du dégoût, loin du rejet, un sourire doux et sincère et ces quelques mots, comme une évidence. Je t'aime.

Le regard qu'il lança à sa muse était d'une fragilité sans précédent, empli d'une émotion que lui-même n'eut su déchiffrer, débordant de doutes et d'une incompréhension qui faisait mal à voir. On n'aimait pas les monstres. On n'aimait pas les monstres sous peine de devenir leur victime, tôt ou tard. La dernière personne qui avait aimé le monstre était...

Distraitement, Ashton frôla son cœur du bout des doigts, perdu dans le regard fascinant d’Élise. Un face-à-face d'éternité, un tête-à-tête plein d'un amour inconditionnel.

« Je t'aime, Ashton. Je t'aime de tout mon cœur, et tu es mon frère. »

L'étreinte de sa sœur était un baume sur ses plaies infectées, un phare dans la nuit, une bouée de sauvetage à laquelle se raccrocher. Et si son instinct premier fut de reculer, de protéger cette créature de beauté et de grandeur de ses bras rougis de sang, ses doigts eux avaient fait leur choix. Noués solidement dans le tissus de sa robe, ils l'empêchèrent de se séparer d'elle définitivement. Élise revint se blottir contre lui, se lovant sans hésitation dans le miasme noir et repoussant qui le constituait. Il cligna des yeux et, doucement, respira. Expira la peur qui avait contaminé la moindre cellule de son corps, expira la haine qui faisait encore frémir ses membres, tenta de faire pénétrer un semblant de calme dans son âme en même temps que l'oxygène bienveillant.

« Je t'aime. », murmura-t-il doucement, tendrement à l'oreille de sa sœur.

C'était un ''Je t'aime'' dévoué, absolument, de ces mots qu'on ne prononce qu'une fois par an, une fois leur sens battant profondément dans les veines. C'était un ''Je t'aime'' comme Ashton n'en donnait que rarement. Un ''Je t'aime'', comme une promesse. Elle, il ne la détruirait pas. Elle, il la protégerait. Infiniment. Peu importe le coût.

Soudain, on tirait sa manche. Des sanglots parvinrent progressivement à ses oreilles, brisant la bulle cotonneuse créée par sa panique pour le rendre à une réalité chaotique qu'il avait fui en perdant le contrôle. L'enfant, spectateur impuissant de l'agression d'un père chéri, pleurait contre lui ses espoirs. Et voici Ashton redevenu un héros dans le regard d'un autre. L'idée était risible, grotesque, pourtant il devait l'épouser. Pour ce gosse.

« Ton papa vivra. Mon frère est un héros, et mon frère le sauvera. »

Un regard pour Élise, d'abord surpris, puis plein d'un amour ému. Pour elle, aussi. Pour elle, il le ferait. Dans les règles. Il se tourna vers l'ours, agité de toute sa colère de prédateur, et un sourire se glissa sur ses lèvres alors qu'il se penchait sur l'enfant.

« Ce que je ne t'ai pas dit, c'est que si je sais que les ours sont d'excellents acteurs, c'est que j'en suis un aussi... Mais chhhh... Ton Papa est dans la confidence aussi. »

D'un pas souple, Ashton s'avança jusqu'à ses chaînes, celles qu'il avait brisées dans son accès de rage, et les ramassa d'une main. Il fixa l'animal, recula d'un pas. Son regard, dissimulé aux yeux de tous, se teinta d'un rouge violent, et son aura dégagea soudain quelque chose de plus inquiétant qui agita plus encore le prédateur. Ashton venait d'en devenir la cible, qu'il chargea de tout son corps.
C'est alors qu'un grand gaillard, que le canidé reconnaîtrait plus tard comme l'homme de ménage du Lost Paradise, se jeta sur l'ours, créant une distraction bienvenue pour passer à l'acte. Il ne perdit pas une seconde : courant vers son adversaire, il esquiva au dernier moment un gigantesque coup de griffes et dérapa pour atteindre l'arrière de son corps. Dans sa chute contrôlée, il parvint à glisser la chaîne autour d'une patte. Une main de chaque côté, il tira. De toutes ses forces. L'ours se trouva contraint de se reposer sur un seul pied tandis qu'il tentait de se redresser pour frapper les invités et perdit l'équilibre. Son imposante stature s'affala de tout son long sur le côté, manquant de peu de faire chuter quelques étagères.

Ashton ne prit pas le temps de savourer sa victoire. De sa chaîne, il entoura la deuxième patte et serra, tentant de créer un nœud qui soit un temps soit peu efficace pour retenir la puissance dévastatrice de l'animal.

« Élise, tes chaînes ! », demanda-t-il d'un ton pressé.

Une fois celles-ci obtenues, il s'approcha tant bien que mal de l'avant du prédateur, d'autant plus agité désormais qu'il se trouvait prisonnier. Ashton fit signe à son compagnon de bataille qu'il avait de quoi terminer l'action, soulevant les entraves de métal afin qu'il les devine. Cependant, malgré tous leurs efforts combinés, il peina à ne pas subir de dommages en essayant d'immobiliser les pattes antérieures de l'animal. Une longue griffe pénétra ainsi son pull et le déchira sur la longueur, frôlant sa chaire et le faisant grimacer de crainte. Il saisit cependant l'occasion et enroula le membres dans le métal avant de se jeter sur l'autre, qu'il joignit de pareille manière. L'ours immobilisé, il se redressa, comme si rien ne s'était passé. Seul son vêtement demeurait déchiré, dévoilant suffisamment de son torse pour permettre au chien noir d'être arrêté une fois de plus pour outrage aux bonnes mœurs.

Ashton recula, essoufflé, essuyant son front d'un geste bref, puis hocha la tête en direction de l'homme de ménage du Lost dans un signe de remerciement. Celui-ci semblait toutefois déjà parti, insensible à ce qui eut pu flatter son ego. Souriant, le jeune homme se tourna vers le père de famille qui, toujours affalé sur le sol, ne semblait miraculeusement pas blessé. Il haussa un sourcil mais se contenta de lui offrir un regard qui se voulait rassurant.

« Tout va bien, monsieur ? »
« V-v-vous êtes humain ? P-parce que ça, ça c'était clairement pas physiquement humain, monsieur, pas du tout... »
« Hahaha... J'ai eu de la chance, c'est tout. »

Et rien que de la chance.

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Edward White
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Dim 9 Avr - 21:11

S'il vous plaît ! S'il vous plaît libérez moi !
C'est ce que j'essaie de faire ! Voulez-vous me lâcher ?!
Plus vite ! Par pitié ! Ce… Cette bête nous regarde !
C'est un vulgaire poulet. Il ne vous fera rien.
Oh mon dieu ! Oh mon dieu ! Je le sens affamé !
Arrêtez de vous agiter !
Mais dépêchez vous !
Fermez la !

Les deux mains puissantes d'Edward s'étaient refermées sur le collet d'un convive. Le petit bourgeois au visage livide, se tint soudain parfaitement immobile sous la poigne féroce du loup blanc. Une perle de sueur glissa de son front jusqu'à ses lèvres pincées. Il l'épongea rapidement de sa manche, sans oser bredouiller un mot de plus. L'étau sur son costume se desserra et la seconde suivante, le rivet liant ses chevilles sauta à son tour. Edward se releva. Juste à temps pour voir le chaos naître sous ses yeux.

Sur fond de cris, disputes et cliquetis de chaînes un bref brasier fut étouffé. Narcisse au plus mal, Layth à ses côtés. Les derniers prisonniers soudain libres, une femme fendit la foule emportant avec elle l'une des rares présentes en mesure de faire cesser ce calvaire. Le loup pensa à rattraper Lotte, mais l'appel de Louna lui revint si violemment en mémoire qu'il délaissa le larmoyant bourgeois pour fendre la foule. À plusieurs reprises on attrapa sa veste, ses manches et on demandait son aide, peut-être parce qu'il avait été le premier à se libérer. Il n'avait pas le temps ! Sa percée, compromise à chaque tournant, fut définitivement stoppée par les larmes d'un enfant. Toujours cet ours. Et Ashton qui ne bougeait pas ! Mais qu'attendait-il pour…

Dolores !

Si jamais elle avait envié Manfred, cette soirée aurait au moins permise à son amie de faire un bref baptême de l'air. Adam la rejoignit. Edward la vit se redresser et cela suffit à le rassurer. Puis il reporta son attention sur le grizzli. Il fit un pas pour intervenir, mais derrière lui d'autres exclamations attirèrent son attention. Frédéric à terre, une inconnue à ses côtés. Plus loin Aldrick campé sur ses appuis était prêt à faire face à quelque chose de colossal. Le loup blanc voulut l'appeler, mais une masse imposante fendit soudain l'air entre les vitrines. Le lycanthrope n'eut pas le temps d'en déterminer les contours. Un bruit sourd, le son d'une gifle et Mu porta à son tour secours au jeune mage. Edward crut l'entendre parler de flammes, mais celles de Narcisse, à présent éteintes, n'étaient plus un danger et il ne restait près de Fred que les restes nauséabonds d'un plat au poisson. Il inspira profondément, ou du moins essaya. L'air vicié de sueur, d'encens et de terreur lui arracha une quinte de toux.
Autour d'eux l'animation était encore féroce. Ici on fuyait une bête, là on se préparait à en affronter une autre. Des masses entremêlées de silhouettes s'agitaient entre deux exclamations. Et puis l'ours fut enfin maîtrisé. Le lycanthrope ne s'attarda pas une seconde de plus. La foule encore compacte ne l'arrêta pas cette fois. La section sur la Grèce antique dépassée, il distingua Jules accroupi et puis :

Jade ?

La dryade était à terre, assommée. Près d'elle le loup ne bougeait plus et pour cause, il était parfaitement plat, un véritable paillasson. Le patron du Lost Paradise n'eut pas le temps de s'émouvoir du sort de la pauvre bête et se pencha à son tour vers la maquilleuse, inquiet. Le jeune antiquaire eut tôt fait de le rassurer :

Une vilaine bosse tout au plus. Une dame un peu… forte disons, l'a bousculée avant d’aplatir ce pauvre canidé. Elle va s'en remettre. J'ai juste eu le temp de libérer votre am… Ça alors ? Où est-elle partie ?
Vous parlez de Louna ? S'enquit prestement Edward.
Oui ! Elle était ici il y a à peine un instant !

Jade se réveillait. Edward remercia le jeune homme et se releva. Il observa les alentours, aucune trace de la petite coiffeuse. Son supérieur l'appela à plusieurs reprises, sans succès. Son angoisse se fit soudain plus visible. D'un geste nerveux, il passa et repassa sa main sur sa nuque balayant la salle du regard à la recherche de ce petit bout de fille et sa jolie robe bleue.

Alors seulement, il remarqua le calme revenu parmi les convives. Un murmure circulait entre eux et les moins craintifs appliquaient même, sans hésiter, leurs mains sur les sculptures animales parfaitement figées. Des voix aux timbres soulagés soufflaient tour à tour, comme une rengaine :

« C'est terminé ? Ils ne bougent plus. C'est fini. Ça s'est arrêté. Et l'ours ? L'ours ? Ah oui… L'ours. »

Edward quitta Jade. Il cherchait Louna. Se faisant il passa devant le grizzly et lui accorda à peine un regard. Pourtant l'ours était debout, inerte. Aucune chaîne autour de ses pattes, aucune non plus au sol. Le parquet parfaitement lisse n'était recouvert que de débris de verres, d'un peu de gelée au poisson par ci, de racines traînantes et d'un peu de terre par là. L'imposant mammifère n'était décalé que d'un mètre ou deux de sa place initiale, pourtant à ses griffes il restait un morceau de tissus, celui du vêtement d'Ashton. Qu'importait.
Le loup appela à nouveau la chimère et remarqua à peine le mur légèrement abîmé du cabinet devant lequel il passa. La corne d'un jeune rhinocéros empaillé, monté sur une plateforme à roulettes, faisait face à la tapisserie déchirée. D'une enjambée, le loup blanc passa au-dessus d'une dinde défigurée par un coup violent. Le prénom de Louna allait à nouveau franchir ses lèvres, quand une nouvelle clameur eut raison de son souffle :

Les insectes ! Les insectes !!

Le silence étouffa la salle. Tous les regards se tournèrent vers les nombreux cadres entomologiques disséminés aux quatre coins du cabinet. Celui d'Edward ne fit pas exception. Sa respiration absente, il s'approcha doucement de l'une des collections de scarabées. Il les observa avec attention, mais aucun ne bougeait. Faiblement rassuré, il prit le risque de frapper la vitre du bout de l'index. Un superbe goliath se décrocha et chuta. Mais au lieu de s'arrêter aux limites du tableau, il le traversa et tomba au sol dans un bruit sourd. Sous la surprise, le loup blanc fit un bond en arrière. Ses iris passèrent de l'insecte, soudain prêt à se dégourdir les pattes, à ses camarades prisonniers. Il écarquilla les yeux. Le goliath était toujours sous verre.

Qu'est-ce que…

Un pas pour se rapprocher et un lucane tomba à son tour, puis une premier hanneton et un second. La vitrine frémit et Edward recula vivement cette fois. Il avait bien fait.

Soudain ce fut une pluie d'insectes, de milles-pattes et d'arachnides que déversèrent les cadres. Ils vomissaient à l'excès ces arthropodes de toutes tailles et de tous types. Ceux dotés d'ailes ne tardèrent pas à prendre leur envol dans un vrombissement assourdissant, pendant que le plancher se couvrait lentement de ces créatures grouillantes. Les quelques plantes furent prises d'assaut et les premiers cris s'élevèrent, presque étouffés par le bruit insupportable de cette faune pullulante. On montait sur les tables ou petits meubles pour retarder l'affrontement. Les dames agitaient avec hâte certains jupons, d'autres cherchaient à se protéger les cheveux des libellules, papillons, ou autres guêpes et bourdons. Les hommes secouaient leur fracs, dégageaient du pied une dizaine de bêtes pour sitôt en voir autant s'accrocher à leurs lacets. Fenêtres et portes toujours hermétiques ne laissaient aucune échappatoire. Et Edward cherchait toujours.

Louna !!

D'un geste le loup blanc balaya l'air rapidement noirci d'insectes. Il crut avaler une mouche, s'essuya la langue et dégagea de ses cheveux un hanneton qui y avait élu brièvement domicile. Après un juron, il plissa les yeux avec le vain espoir de discerner la silhouette de la coiffeuse. Il pensa apercevoir un pan de sa robe tapis dans un coin de la pièce, il s'avança, mais une jeune femme terrifiée le bouscula. Edward la rattrapa par réflexe. Il allait l'éloigner, mais les yeux exorbités qu'elle fixait sur le plafond l'en dissuadèrent. À son tour, il leva la tête et un frisson d'horreur lui raidit la nuque. Accrochée à lui, l'inconnue finit par s'exclamer :

L-l-L'a… L'a-rai… L'araignée ! Là-haut l'araignée !!

Derrière le lustre s'étendaient huit pattes. Huit longues pattes noires, velues et interminables. D'abord parfaitement figées, elles se détachèrent lentement des moulures immaculées qui surmontaient les présents. Et elles s'agitèrent. Menaçantes.

H.R.P:
 


----------v∆v-----------v∆v-----------v∆v-----------

Murmures curieux



Et vous êtes sauvés !!! … Ah non. Au temps pour moi.

Une calamité en chasse une autre. Les êtres de peau et de pailles ont retrouvé leur immobilisme, mais vous allez peut-être regretter leur compagnie. La collection d'insectes et autres bêtes à plus de quatre pattes s'est déversée dans le cabinet. La pièce est désormais inondée de ces choses grouillantes et bruyantes qui s'accrochent à vos cheveux, s'insinuent sous vos vêtements et rendent vite les lieux invivables. Que ce soit clair : il y en a beaucoup. Et de toutes sortes. La fourmi côtoie la tarentule, le phasme, le papillon et autres petites bêtes plus ou moins repoussantes.

Est-ce assez ? Bien sûr que non. Si vous avez osé lever la tête, vous verrez qu'une dernière surprise vous attend. Et celle-ci est de taille.

Comme pour les manches précédentes, voici pour quelques participants, des obligations plus précises découlant directement de votre poste :

  • Lotte : Outre la poigne de Délia, les ennuis continuent. Tes pouvoirs sont de moins en moins contrôlables, peut-être que la collection des De Montalant comporte un objet qui éviterait que tu détruises la ville ?

  • Ashton : Ton combat a réveillé une soudaine douleur aux yeux. Tu vas vite te rendre compte qu'ils ont repris leur couleur naturelle (noir et rouge). Impossible pour toi de les dissimuler à nouveau.

  • Ryden : Tu vas t'apercevoir qu'une partie de ton corps est en train de retrouver son apparence démoniaque. C'est incontrôlable et irréversible. Le coup de Tala t'aurait-il sonné ?

  • Layth : Suite à ta transformation partielle pour aider Narcisse, tu es pris d'un hoquet. Hoquet loin d'être innocent car à chaque fois, il te semble de plus en plus difficile de conserver ton apparence.

  • Jade : Ta plante carnivore a eu tôt fait de venir trouver ton aide. Déjà grandement diminuée du fait de l'assaut des insectes, elle cherche ta protection.




Vous posterez à la suite ce message, sans ordre particulier et vous avez jusqu'au samedi 22 avril (au soir) pour participer à cette quatrième partie !


Vous pouvez toujours nous joindre par MP pour la moindre question ! Nous répondrons au plus vite, comme d'habitude ~

Retardataires ? Vous êtes les bienvenus tant que vous prenez en compte les éléments des autres manches.
Vous n'avez pas pu poster à la manche précédente ? Aucun problème, vous pouvez participer à celle-ci.
Pour les autres, toujours merci pour votre participation !
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Jade Perez
Plus brillante que les diamants
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Localisation : Tu aimerais bien le savoir, hm ?

MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Mar 11 Avr - 23:23

Les secondes défilèrent et rien ne se passa. Jade rouvrit ses paupières sous la surprise, et puis elle espérait tout de même que cela ne voulait pas dire que ses efforts pour sauver son amie avaient été en vain. Le reste se passa très vite, en un éclair tout était terminé ; une forte douleur lui avait percuté le crâne, mais pas comme une morsure donc ce ne devait pas être le loup qui revenait à l’attaque, et puis, plus rien. Le noir total. Ce n’était pourtant pas le meilleur moment, ni le meilleur endroit pour faire une sieste !

Quelques minutes plus tard, Jade retrouva peu à peu ses sens. L’agitation dans la salle semblait être un peu retombée, et avant d’ouvrir les yeux, elle parvint à capter quelques mots. Ainsi donc les animaux s’étaient enfin calmés… On peut dire que ce qui l’attendait de l’autre côté du voile sombre n’était pas tout à fait ce à quoi elle s’attendait. Un jeune homme charmant lui offrait un sourire calme et une main forte pour l’aider à se relever.

« Doucement, mademoiselle. Il ne faudrait pas que vous vous blessiez davantage. »
« Je … Oui. Merci. »

Elle était encore bien pâle, c’est vrai, et son crâne était douloureux. Elle avait un peu de mal à former des pensées bien claires pour le moment. Elle aurait dû s’inquiéter de l’absence de Louna, par exemple. Elle aurait surtout aimé pouvoir avoir un peu de glace, ou un bon remontant. Peut-être restait-il du vin de tout à l’heure. Elle écouta donc d’une oreille distraite le résumé de la situation que s’efforçait de lui donner Jules, son regard cherchant plutôt le buffet pour voir s’il avait été épargné pendant le carnage. Le médecin qu’on avait appelé plus tôt semblait avoir de drôles de mœurs après tout, elle était intriguée, mais pas au point de remettre sa vie entre les mains du premier venu, et puis, là tout de suite, il n’avait pas l’air au mieux de sa forme, lui non plus… Quand à Dolores, eh bien, ses remèdes étaient toujours si étranges, qu'elle préférait éviter, si elle le pouvait.

C’est ainsi que son regard tomba sur la plante carnivore, qui était revenue trotter près d’elle. Logique, pusque c'était Jade qui lui avait donné la force de s'échapper du morceau de verre, et puis elle pourrait survivre plus facilement à l'air libre, sous sa protection. Un soupir lui échappa, prenant sa tête dans ses mains sous le regard inquiet de l’antiquaire. C’était sa responsabilité, maintenant, non ? Elle la ramassa donc entre ses mains, doucement, pour l’examiner de plus près, y trouvant également un certain réconfort. Peut-être Edward accepterait-il qu'elle l'installe dans un coin de sa chambre, puisque rien n'augurait de bon pour le sort des Montalant, et puis, c'était toujours mieux que vivre derrière une vitrine, où l'air et le soleil étaient limités.

Le bourdonnement dans ses oreilles reprit soudainement, plus fort que jamais. Pourtant, elle ne sentait pas monter de vertige... C’est alors que le premier tableau tomba par terre. Les insectes grouillants par milliers se répandaient dans la pièce, réduisant en charpie les plantes qui leur offrait un repas de choix. Jade resta immobile, la bouche ronde. Le temps semblait s’être figé. Puis une douleur sourde comme un poignard la déchira en deux, la faisant tomber au sol à nouveau, tout l'air quittant ses poumons dans un hoquet horrifié. Il fallait s’y attendre. Elle était liée à la nature. Sa vie n’était pas rattachée à un arbre comme les hamadryades, elle n’en mourrait donc pas, mais en ce moment, c’était tout comme, ou peut-être pire. Toutes ces vies qui venaient de s'éteindre en une poignée de secondes. C'était trop. Mille épines en plein cœur. Elle hurla, hurla, hurla. Elle referma vite ses bras sur elle-même, pour protéger la seule survivante de cette attaque injustifiée, enfonçant ses ongles dans la chair de ses bras jusqu’à en tirer du sang. N’importe quoi, pour que cette douleur s’estompe. Elle y perdrait la raison, sinon. Même le claquement régulier de sa plante carnivore, qui tentait d’avaler quelques-uns des moustiques s’approchant de trop près, n’arrivait pas à la calmer.
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Narcisse Williams
Dragon on the wire
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Jeu 20 Avr - 14:50

Narcisse ne savait plus où il se trouvait. En fait il ne savait plus rien. La violence d'une réalité qui se voulait bourreau avait eu raison de son calme et il ne se rendait même pas compte de la flammèche qui embrassait le tapis qui jouxtait ses chaînes. Et les chaînes, grand dieu, les chaînes... Des entraves comme autant de cauchemars, comme le symbole absolu de son impuissance. Il ne pouvait rien. Il se transformait en dragon et n'y pouvait rien. Il allait être tué, c'était fini, et cet homme qui l'approchait sans cesse serait le premier de ses détracteurs, il allait-

-Occupez-vous plutôt du léopard derrière !

La voix, vive et assurée, sortit le jeune homme de sa transe paniquée. Il redressa brusquement la tête, sursautant légèrement. Son regard rencontra celui d'un autre. D'un collègue. Un regard familier qui était synonyme de légendaire.

Le soupir de soulagement de Narcisse fut coupé par un sanglot à sec, et il riva ses yeux dans ceux de son interlocuteur. S'y accrocha comme on s'accroche à une bouée de sauvetage. Il obéit aveuglément à la moindre directive de son vis-à-vis, désireux de se libérer au plus vite, de quitter ce cauchemar et de pouvoir oublier l'état catastrophique de sa main.

« M-ma main, elle... »

Une inspiration, pour se calmer. Une expiration, pour rejeter l'angoisse.

« Ma m-main a des... des écai- »

Interrompant sa pénible locution, des bras enserrèrent brusquement son abdomen. Des bras, un assaillant, un humain sans doute. Un humain qui avait remarqué ses doigts couverts d'écailles et avait décidé d'en faire connaître l'existence au Monde. La peur broya les entrailles de Narcisse jusqu'à bloquer sa respiration. Il ne voulait pas. Il ne voulait pas qu'on le touche, pas qu'on l'observe, et surtout il refusait de devenir une bête traquée. Le regard qu'il adressa à Layth débordait d'une angoisse toute neuve, brute, vivace.

« Lâchez-moi. Lâchez-moi ! Lâchez-moi !!! »

Les paroles de son nouveau bourreau ne l'atteignirent pas. Il ne reconnut pas la voix de l'homme à tout faire du Lost, ne reconnut pas l'intonation asiatique de ses paroles, ni même la bienveillance dissimulée sous sa maladresse. Pour lui, Mu était un chasseur, un assassin qui venait de sortir des ténèbres pour le pourfendre. Et Narcisse refusait une telle mort. Alors, follement, il se débattit. Donna coups de pieds et coups d'épaules jusqu'à atteindre son adversaire, jusqu'à pouvoir espérer se délivrer, ignorant absolument le monde qui s'agitait autour de lui.

« LACHEZ-MOI!!! »

Dans la terreur, il se révélait dragon, se laissait pousser des ailes et se magnifiait dans une nature qu'il prenait d'ordinaire soin de dissimuler. La gerbe de feu, plus vive, s'envola vers les cieux, esquissant quelques traînées qui, comme des poussières, vinrent mourir sur le sol. Et même perdu dans la panique, Narcisse sut que ce n'était guère normal.

Le feu ne tombait pas au sol ainsi. Pas sans projectile. Mais quels projectiles ?

À peine cette question muette énoncée dans son esprit qu'une nuée d'insectes rentra en contact avec son costume. Ils étaient nombreux, ils étaient bruyants, ils étaient envahissant et leur contact dégoûtait un peu plus le dragon à chaque impact. Leur vol entamait dans les airs une musique lancinante qui lui vrillait les tympans. Une fois de plus, il s'agita, profitant de leurs nouveaux agresseurs pour s'extirper des griffes de son adversaire.

Qui se révéla être Mu. Mu, l'homme croisé tant de fois ; Mu, le collègue tranquille qui avait visiblement voulu le rassurer ; Mu, qu'il aurait bien pu faire flamber dans son accès de terreur idiot. Un instant, il s'imagina face au corps calciné de l'homme et écarquilla les yeux, effrayé de ses propres échecs. Cette possibilité était une douche froide sur le brasier de son angoisse. Brusque retour à la réalité, comme une gifle.

« Oh mon Dieu, je suis tellement désol- »

Il dut fermer la bouche afin de ne pas gober une abeille qui passait par là. Lentement, il déglutit. S'il n'avait rien contre les insectes, leur présence en si grand nombre l'inquiétait plus qu'il ne voulait bien l'admettre, et l'instabilité de ses sentiments n'était en rien aidée par l'état catastrophique de sa main droite.

Toujours à genoux, il ferma les yeux et respira. Profondément. Pour se calmer. La priorité, pour l'instant, était de ne pas se faire repérer et surtout de ne pas brûler la salle. Le destin des occupants était déjà peu enviable, il n'avait pas besoin d'en rajouter. Respirer. Longuement. Tranquillement. Imaginer une corde tendue d'un bout à l'autre d'un canyon et ses pieds, lentement, prendre appui sur le fil afin de le traverser. Son calme, son bonheur, son paradis. Le vent contre ses joues, l'adrénaline dans ses veines, et la tension nouant ses muscles. La paix. Un endroit où se sentir bien. Pleinement.

Lorsqu'il rouvrit les paupières Narcisse était revenu de son périple de cauchemar. Ses joues rougies par la honte trahirent son regret tandis qu'il baissait les yeux vers le sol sur lequel il se tenait toujours à genoux.

« V-vous devriez me rejoindre ! », tenta-t-il de leur proposer, criant pour surmonter le bruit assourdissant des insectes.

Puis, à peine ces mots prononcés, le contact. Très doux d'un côté, plus visqueux de l'autre. Quelques pattes d'invertébrés qui se faufilaient sous son costume. Le dragon se redressa brusquement, violemment, manquant de donner un coup de tête à Mu dans son empressement.

« P-pardon ! Je suis vraiment désolé, pardon ! »

Cette soirée était décidément un cauchemar.

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Frédéric Lenoir
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MessageSujet: Re: Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines   Jeu 20 Avr - 16:17

Récapitulons.
Lizzie lui avait libéré un pied en le tirant de sa bottine, Mu lui avait "libéré" l'autre pied en arrachant simplement la chaine du parquet. Mu, échevelé, qui lui parlait en chinois, le prenait sous le bras, emmenant Lizzie à sa suite pour fuir quoi ? Fred n'en savait rien. Surement une autre bestiole. Il fut déposé plus loin entre un mur et une armoire, Lysbeth à son côté tentant de rassurer les gens que Mu tentait de délivrer.
Frédéric ferma les yeux pour faire le point.
Pourquoi ça réagissait comme ça ? Pourquoi sa magie ne fonctionnait pas ? Pourquoi tout était si instable ? Il y eut soudain plus de lumière au dessus de lui et il comprit pourquoi : Mu était parti plus loin, il enlaçait Narcisse.

Narcisse !

Soudainement, Fred vit clair. Au Diable la magie, pour une fois il trouverait sûrement plus de réponses sans elle. Ses yeux firent abstraction d'elle et il regarda - vraiment - autour de lui en remettant sa chaussure. Le Boss passa devant lui en vitesse, cherchant Louna. Narcisse, dans les bras de Mu, semblait perdu. Layth était avec eux. La pièce était pleine de légendaires ; si sa magie à lui était instable, comment devaient-ils se sentir, tous ? Eux qui avaient la magie dans leurs veines... Morgan lui parut soudain terriblement loin, mais s'il y avait une seule chose qui restait stable dans cet instant, c'était bien le lien avec son frère. Il le sentait pulser en lui tel un coeur au rythme constant, fiable. Il se concentra dessus pour se calmer et reprit ses esprits doucement.
- Fred, ça va mieux ?
Lizzie.
- Je crois... J'ai pas dû digérer les toasts.
Il lui fit un clin d'oeil et elle lui sourit légèrement.
- Où est Llewyn ?
- Je sais pas, je l'ai perdu de vue. On dirait que ça s'est arrêté... Fred qu'est-ce qu'y s'passe ?
- J'sais pas bien. Ça nous apprendra à s'faire beaux pour des bourges.

Elle sourit, fronça les sourcils.
- Pourquoi ta veste est à l'envers ?
Il marmonna dans ses dents.

Il se leva, elle tendit une main au cas où il tombe mais Fred avait les idées claires à présent. Il regardait autour de lui. Entre deux convives il vit le matou. Il le pointa du doigt et ils tentèrent de le rejoindre. C'était compter sans les insectes.
Le fracas des tableaux explosa dans la pièce et Frédéric sentit la terreur de la foule embaumer l'atmosphère à nouveau. Lizzie sursauta et ils pressèrent le pas. C'est alors qu'un cri - ou plutôt des cris - plus forts que les autres, plus proches, fendirent le brouhaha général. Instinctivement, Fred en chercha la source du regard. Jasmine - ou était-ce Jade ? ou Emeraude ? un truc du genre. Elle était maquilleuse. Et dryade. L'ardennais avait un don pour repérer les dryades.
Llewy était à deux pas, la dryade avait besoin d'aide. Il serra le bras de Lizzie et se pencha vers elle tandis qu'une coccinelle et une libellule se posaient sur ses cheveux.
- Lizzie, c'est une collègue à moi 'faut que j'aille voir c'qu'elle a.
- J'viens avec toi !
- Nan, j'crois qu'Llewy te cher-- Pfeu ! yeurk ! Teheu teheu - il recracha un moucheron - Retrouve-le et r'joignez-nous après.
Elle refusa en écartant une demoiselle et un papillon rouge. Il fit signe à Llewyn, fonça vers jade et elle le suivit.

Les insectes ne gênaient pas Frédéric outre mesure : son oncle vivait assez près d'un marais pour qu'il ait l'habitude des nuées de moustiques, de libellules, taons - les taons, il n'y avait rien de pire. Pour ce qui était des insectes rampants, les forêts en grouillaient littéralement. Il y avait dans la forêt de Bourlers des fourmilières d'un bon mètre de haut* qu'un de ses intelligents cousins avait décidé de déranger d'un bon coup de pied. Il y avait aussi près de Revin un Trou de Nutons abandonné, plein d'eau, de moustiques et de toiles d'araignées*. Une saleté. Ça n'était pas une petite nuée d'insectes bizarres qui allait lui faire perdre l'esprit.
Jade, par contre... Il se pencha vers elle et lui prit les épaules.
- C'est moi, Fred. J'vais t'aider. Lizzie protège-la.
Lysbeth entreprit courageusement de pousser toutes les bestioles posées sur la maquilleuse et l'enlaça doucement pour la protéger, tentant d'écarter sa propre panique montante elle supplia le mage des yeux de faire quelque chose.
Il recracha un moustique et regarda autour de lui. Le buffet était à deux pas, il tira l'énorme nappe blanche qui couvrait la longue table - en envoyant au sol quelques jolis plats en argent - la secoua devant les filles pour écarter les insectes autant que possible et la posa sur eux trois pour se couvrir autant que possible : les filles c'était bon mais son dos à lui était dehors. Peu importe.

Dans leur cabane improvisée il posa ses mains sur celles de la dryade qui protégeait une plante bizarre munie de crocs qui broyaient les moucherons à la minute. S'il avait dû dire qui l'effrayait le plus, des libellules ou de la plante, il aurait sûrement désigné la plante. Elle avait vraiment une sale "tête".
- Ça va aller. Concentre-toi sur celle-ci si tu peux. On va la protéger c'est promis.

La dryade n'avait vraiment pas l'air bien. Lizzie, elle, semblait se sentir un peu plus en sécurité sous la nappe.

Sa chaussette lui gratta : des fourmis et des scarabées tentaient une invasion par le sol. Frédéric soupira et devint soudain livide.
Il avait toujours la nausée, mais pour une autre raison. En situation anormale, il avait toujours le même réflexe, depuis tout gosse : son corps chauffait, ses mains surtout et s'il ne se calmait pas il pouvait faire cramer des trucs rien qu'au toucher. Ça avait beau être un réflexe, ça restait de la magie et pour l'instant, la magie lui donnait mal au coeur. En repoussant les insectes au sol sous leur cabane improvisée il en embrasa effectivement quelques uns. L'odeur dut effrayer les autres. Son vomi soudainement déposé juste en dehors de leur "cabane" aussi.

cela eut le don de le calmer prodigieusement. Il reporta son attention sur des compagnes d'infortune et décida que tout ça c'était la faute des bourgeois. Il les maudit une fois de plus sur vingt-et-une générations et se pencha vers Jade.
- Ça va ?

* véridique
Spoiler:
 

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Intrigue : Acte I Scène II | Curiosités malsaines

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