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Neige

Cabaret du Lost Paradise - Forum RPG

Forum RPG fantastique - Au cœur de Paris, durant la fin du XIXe siècle, un cabaret est au centre de toutes les discussions. Lycanthropes, vampires, démons, gorgones… Des employés peu communs pour un public scandaleusement humain.

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 Les frères Lenoir préseeeentent...!

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Morgan Lenoir
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MessageSujet: Les frères Lenoir préseeeentent...!   Lun 20 Aoû - 23:24

*le projecteur se braque sur la scène tandis que le rideau s'ouvre*

Mesdames, mesdemoiselles z'et messieurs !

En c'jour exceptionnel, Follet et Fadet ont l'HONNEUR d'poster pour vous des textes I-NÉ-DITS, qui trainaient jusqu'à tantôt dans des dossiers secrets, pour le seul plaisir d'vos grands yeux z'éblouis ! Numéros époustouflants, fusions magiques et anecdotes fraternelles vous s'rons données t'à voir, pour la plus grande joie des p'tiots z'et des grands !

*le projecteur s'éteint*

...Oui, bon, ce sont à la base des textes qu'on s'échangeait avec Freddy par mp, et qu'à la demande de certains, nous nous sommes décidés à rendre publics. À la base, ils n'avaient pas vraiment pour vocation à finir sur le forum, alors on ne peut qu'espérer qu'ils vous plairont... Et quoi qu'il advienne : pas taper nous ! What a Face

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Morgan Lenoir
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MessageSujet: Re: Les frères Lenoir préseeeentent...!   Lun 20 Aoû - 23:25

En coulisse, Morgan regardait droit devant lui, les mâchoires serrées. Dans son dos le rideau de velours ondulait mollement, ébranlé de temps à autres par les manœuvres des machinistes. Fred était pour l’heure à ses côtés, mais pour ce numéro, il devrait d’abord se présenter seul face à la foule : le scénario exigeait que le cracheur de feu ne le rejoignît qu’après le prologue. Il baissa la tête, ferma les yeux, expira lentement, comme il avait appris à le faire pour se donner une contenance.

Enfin, les préparatifs ayant été effectués, le rideau se dégagea tout à coup pour révéler un paysage de montagne en toile de fond. Sur le plateau, des rochers en papier mâché dessinaient comme l’entrée d’une caverne. Le silence se fit dans la salle. L’acrobate patienta encore un instant ; puis il entra en scène d’un pas leste. Sur son visage, un sourire espiègle avait spontanément pris la place de son expression préoccupée : il se devait de faire bonne figure, autant qu’il anticipait avec plaisir la suite du numéro.

Il s’avança vers le public d’une démarche assurée, qui caricaturait délibérément celle de Frédéric, et mit un genou en terre, son armure factice étincelant sous le feu des projecteurs.

« Nobles mesdames, z’et nobles sires,
Je suis venu pour vous servir ;
Et au nom du Christ et tout ça,
J’vais tuer l’monstre qu’hante nos États ! »


Pour cette soirée, il serait un prétendu chevalier, venu terrasser un féroce dragon incarné par Fred. Ç’avait été une trouvaille de Freddy, cette histoire, d’ailleurs, comme souvent, mais il se targuait d’y avoir apporté quelques bonnes idées aussi, notamment sur la fin.
Il fit mine de peiner à se relever sous le poids des plaques de métal, qui en vérité ne pesaient pas plus lourd que ses costumes ordinaires, et se dirigea à pas feutrés vers les blocs de pierre qu’il pointait de son épée, toujours sans cabrioles.

« Il vit par là, de c’qu’on m’a dit…
C’est dans cette grotte qu’est son abri. »


Plaqué contre l’une des colonnes, il passa discrètement la tête devant l’ouverture, comme s’il craignait d’être vu par la chose qui vivait là. Puis, avec une grimace, il se retourna vers les spectateurs en se bouchant le nez, agitant devant lui l’une de ses mains.

« Pouah ! Et ça pour sûr, quelle odeur !
Ça sent pire qu’aux fesses d’une bonne sœur ! »


De premiers rires s’élevèrent dans la salle. Morgan écarquilla les yeux avec une mimique ridicule, posa fébrilement un doigt sur ses lèvres, et agita les mains pour leur intimer le silence.

Trop tard.

Un jet de flamme s’échappa de la cavité, puis un deuxième, bientôt suivis d’un Frédéric en habit de dragon. Il avait sur la tête un énorme masque qui lui donnait une allure disproportionnée, tout en laissant deviner son visage au travers de la gueule béante. Le reste de son corps était enveloppé dans une étoffe rougeâtre qui scintillait, attachée à ses bras comme des ailes, et qui contrastait avec la cape bleue de l’hydre.

De nouveaux gloussements amusés jaillirent à la vue de la créature improbable, mais pour le moment, on était encore surtout dans l’expectative.

Le faux reptile regarda à droite à gauche avec d’étranges mouvements de tête – imitant en cela certaines attitudes passées de Morgan, ce que la salle ne serait malheureusement pas en mesure d’apprécier –, avant d’arrêter son regard sur le jeune homme qui lui faisait face. Il décrivit un cercle autour de lui tandis que l’autre reculait craintivement contre les rochers, la main sur la garde de son épée.

« Queuqu’c’est que ça ? Un chevalier ?
Dire qu’j’commençais t’à m’ennuyer !
Tu tombes à pic, pauv’ bécasson !
J’aime les humains – pour mon gueul’ton ! »


Le mage approcha sa torche de ses lèvres, et souffla à l’endroit où se trouvait Morgan une gigantesque flamme, qui sembla envelopper l’acrobate, puis se dissiper en ne laissant derrière elle que des cendres. Visiblement satisfait, il se retourna vers le public, salua, et esquissa le mouvement de regagner sa tanière.

C’était sans compter sur la tête de l’hydre qui reparut plus haut, derrière les rochers, où il s’était réfugié d’un bond. Ne laissant affleurer que ses yeux, il épiait le manège du dragon. Puis, au moment où ce dernier passa à sa portée, il s’élança, et, avec un saut périlleux, il atterrit tout droit sur ses épaules, l’épée fièrement brandie.

L’animal surpris sursauta, se débattit, cabra, tentant de se débarrasser du guerrier qui le chevauchait tant bien que mal. Morgan, au-dessus, prenait à chaque secousse une nouvelle position, manquant à de nombreuses reprises de perdre l’équilibre, pour finalement se restabiliser comme par miracle. Tout du long, il agitait son épée en l’air, mais sans jamais parvenir à atteindre sa cible déchainée.

« Arrière, arrière, dragon fumeux !
J’vais t’casser la tête en moins d’deux !
Le pourfendage, ça me connait !
Tu r’verras pas l’jour se lev-eeeeeeh !!! »


Fred venait de lui donner une impulsion qui le propulsa en avant. Il plongea la tête la première et toucha le sol quelques mètres plus loin, dans une roulade.

Aussitôt, le dragon s’élança sur lui avec une nouvelle gerbe de feu, qu’il n’évita qu’au tout dernier moment d’un salto désespéré. Le duel se transforma en une sorte de danse effrénée, le monstre chargeant à grand renfort de flammes, tandis que son adversaire esquivait, enchainant les pirouettes, les glissades et les vrilles, qui souvent le transportaient au sommet des éléments du décor.

« Voilà aut’ chose ! Saute pas comme ça !
C’est une puce que j’combats ou quoi ?
En plus tu jacasses comme un gueux.
T’as jamais lu d’bouquins sérieux ? »


Le garçon ripostait parfois et envoyait des coups d’épée, que l’animal évitait ou parait de sa torche dans un nuage d’étincelles.

« Les livres j’y ai pas trop mis l’nez,
Mais j’sais m’servir de mon épée !
Tu peux bien rire et bien causer :
Moi j’vas t’occire dans mon parler ! »


Le face-à-face dura encore quelques minutes, durant lesquelles les combattants se rapprochèrent de plus en plus. Il se changea en véritable corps-à-corps, qui donna lieu à une série de passes cocasses : Morgan profitait des inspirations exagérées que prenait le pyromancien pour rouler par-dessus son dos quand il se penchait, ou se faufiler entre ses jambes pour échapper à sa furie ; quant à Fred, il arborait systématiquement un air confus, à chaque fois qu’il découvrait que son ennemi avait disparu de devant lui.

Le dragon finit cependant par acculer le chevalier à l’un des murs de la grotte, ne laissant à celui-ci d’autre choix, pour échapper à sa colère, que de s’enfuir, jambes en avant, dans une course qui n’avait strictement rien d’héroïque, pendant qu’il le pourchassait et se rapprochait dangereusement.

Morgan, avec un petit cri aigu, se jeta sur une corde qui pendait sur scène, et commença à l’escalader. Arrivé au sommet, il regarda son adversaire, et releva les jambes aussi haut que possible des deux côtés de sa tête, pour s’assurer qu’il était hors d’atteinte – adoptant ce faisant une posture particulièrement comique, fesses vers le bas. En-dessous de lui, le dragon reprit son discours, avant de remplir profondément ses poumons d’air. Les spectateurs égayés retinrent leur souffle.

« T’aurais jamais dû v’nir ici !
Tu f’ras un excellent rôti !
Toi qu’en voulais à mes écus,
J’vais pas m’gêner pour t’cramer l’- »


Au moment où l’animal s’apprêtait à en finir, il l’interrompit, sur le ton de la défensive.

« C’est pas pour l’or que je viendais !
C’pour son Altesse que t’as enlevé !
La plus grande beauté du royaume…
J’veux l’épousailler pour m’faire homme ! »


La lumière se tamisa alors légèrement, et un halo illumina un câble tendu qui surplombait la scène. Les deux antagonistes, immobiles, levèrent les yeux vers lui. Un pied timide s’avança calmement dans un chausson noir, puis un second. Au-dessus, c’était une silhouette encapuchonnée qui progressait sur le fil avec une grâce éthérée. À chaque pas, elle semblait sur le point de prendre son envol par effet de l’élasticité de la corde, sur laquelle elle oscillait avec légèreté. Elle défiait la gravité par de lents mouvements, qui soulignaient la souplesse de son corps élancé. L’agilité de l’équilibriste valait sans conteste celle de Morgan ; mais il s’en dégageait un sentiment d’élégance qui tranchait assez radicalement avec la frénésie burlesque des deux jumeaux. Enfin, du haut de son promontoire, elle exécuta une roue soignée, s’inclina, et s’assit sur le fil, les pieds suspendus dans le vide.

Le dragon tourna les yeux vers son adversaire, qui la contemplait toujours, les yeux éperdus d’adoration. À cette vue, et contre toute attente, il éclata soudainement de rire, se tenant les côtes à deux mains et se roulant presque par-terre. Le regard confus du chevalier retomba aussitôt sur lui.

« Celle que t’es venu sauver
A c’que d’autres ont pas, il est vrai :
C’est qu’ta damoiselle en détresse,
C’est un prince et pas z’une princesse ! »


À ces mots, Narcisse laissa retomber son capuchon en arrière, et adressa à Morgan un petit signe de la main plein d’embarras.

« Je suis le prince Sigismond,
J’aime la magie et les dragons…
Je m’étais laissé capturer
Pour mieux pouvoir les étudier. »


L’hydre tourna la tête vers le prince, puis vers le dragon, puis vers le prince, et cela à plusieurs reprises, avec sur les traits une expression parfaitement déconcertée. Amusée de sa pantomime, autant que du comique de la situation, la salle se gaussait.

Il sembla enfin reprendre ses esprits, et se laissa glisser jusqu’au sol, sans cacher sa déconvenue.

« Alors celle-là, c’est la meilleure !
V’là qu’ma promise est un seigneur !
Mais qu’importe vot’ Majesté :
J’m’en vas quand même vous délivrer ! »


Au moment où il touchait terre, ses yeux avaient déjà retrouvé leur éclat de détermination. Ses lèvres s’étirèrent dans un sourire fougueux et il se jeta sur son ennemi, qui, cette fois, ne vit pas le coup venir. Il ne l’esquiva qu’avec peine. Les assauts succédaient aux feintes ; le guerrier paraissait danser avec son épée. En plus d’une occasion le reptile manqua de finir transpercé : les gestes, de plus en plus brutaux, qu’il effectuait pour se défendre, trahissaient sa rage montante.

Avec violence, il finit par envoyer valser l’épée de Morgan à l’autre bout de la scène d’un coup de son flambeau. Pendant que celui-ci s’élançait pour s’en ressaisir, il attrapa un paquet de torches qui trônait au pied d’un arbre mort du décor, et les enflamma. Quand le chevalier se retourna, il le découvrit qui jonglait, dessinant entre eux comme un mur de flammes tourbillonnant.

« Pauvre fou ! J’vais t’brûler tout vif !
Tu s’ras plus grillé qu’un rosbif !
Viens un peu par là, pipelette :
J’vais t’couper l’goût des galipettes ! »


Morgan tenta d’attaquer – sans succès. Fred se rapprocha de lui, tandis que ses torches décrivaient dans l’air des figures variées. Elles passaient au-dessus du câble sur lequel se trouvait Narcisse. Ce dernier, pour les éviter, devait faire preuve de talent et de réactivité : un tour autour de la corde ; une arabesque ; un grand écart. Il en attrapa une au passage, qui manqua de lui arriver en pleine figure. Les plus investis de l’assistance témoignaient successivement leur anxiété et leur soulagement.

Sans prévenir, le mage souffla soudain une langue de feu en direction de l’hydre, qui dut plonger au dernier moment pour l’éviter. Il atterrit lourdement sur le sol, à plat ventre. Sous l’effet du choc, son épée lui échappa de nouveau des mains.
Le dragon en profita pour rassembler ses torches en un bouquet flamboyant, et, sans pitié, s’apprêta à souffler… En le voyant faire, Morgan se laissa retomber sur le sol, couvrant vainement de ses bras l’arrière de son crâne.

« Arrêtez cette barbarie !
Je veux pas voir de ça ici !
Puisque j’vous dis qu’j’suis magicien !
Je suis là pasque j’le veux bien ! »


Et, avant qu’ils n’aient eu le temps de réagir, le prince, perché sur sa corde, porta la torche qu’il tenait encore à la main devant lui. Il en fit jaillir un véritable brasier, bien plus imposant que toutes les flammes qu’avait pu cracher Freddy depuis le début du numéro, qui sépara les combattants. Le public ignorerait qu’il ne provenait pas du dérisoire flambeau, mais des poumons incandescents du funambule.
Les adversaires se figèrent, sidérés.
Puis Morgan se redressa d’un bond, après avoir récupéré son épée.

« Un prince-dragon ! C’est sorcellerie !
- Tu crois qu’des flammes m’filent la pétoche ? »

Le dragon et le chevalier avaient répondu presque en même temps. Leurs regards se croisèrent, noirs, et ils reprirent leur posture de combat, oublieux du prodige auquel ils venaient d’assister. Témérairement, ils s’élancèrent de nouveau l’un vers l’autre, Frédéric brandissant ses torches, Morgan sa lame, pour un ultime assaut.

« Prépare-toi à êt’ refroidi !!!
- Et toi à passer l’arme à gauche !!! »

Narcisse se redressa, avec une grâce et une autorité qui lui donnaient un air intimidant aussi bien que fragile. Quand il parla, ce fut d’une voix vibrante, qui trahissait une émotion que d’aucun pouvait croire incongrue, au regard des gags bouffons de l’intrigue.

« Arrêtez, que j’dis, nom de non !
C’est moi qui dirige ce canton !
Vous voyez pas qu’vous vous r’ssemblez ?
Bêtes et têtus comme des mulets ! »


Il tendit brusquement ses deux mains en avant en direction des adversaires, au moment où ils allaient se rentrer dedans. À ce signe, Fred les enveloppa, lui et Morgan, d’une grande flamme violacée, pour donner l’impression qu’ils venaient de recevoir un sort. C’était son premier feu magique de la soirée ; il ne les brûlait pas. Pendant les quelques secondes qu’il dura, le mage décrocha de ses bras le tissu qui lui servait d’ailes : en retombant, il se révéla former un drapé identique, par sa coupe, à la cape que portait son frère. Celui-ci, de son côté, en profita pour attraper à deux mains le masque de dragon, et l’envoyer valdinguer derrière les rochers de la caverne. Les spectateurs, aveuglés, n’en virent naturellement rien.

Aussitôt que la flamme eût disparu, ils découvrirent donc devant eux le chevalier du début, indemne, et, en face de lui, un deuxième garçon, qui présentait le même visage, et presque la même tenue – à la couleur près. Les deux frères se dévisagèrent d’un air estomaqué, comme s’ils se contemplaient l’un l’autre pour la toute première fois. Puis, après de longs moments de silence passés à se regarder ainsi, bouche béante, leur stupéfaction éclata sur la scène à grands cris.

« Tonnerre de feu !!! Et mes écailles ?!...
- T’as volé ma tête, sale canaille !!!
- T’as toujours la tienne, t’plains pas trop !
Queuqu’j’vais dev’nir, moi, sans mes crocs… »


Le dragon métamorphosé baissa les yeux vers son nouveau corps et le palpa, constatant l’étendue du changement. Il tourna sur lui-même pour tenter d’apercevoir son dos, sans y parvenir. Il semblait parfaitement déboussolé.

Morgan posa à son tour les yeux sur l’épée qu’il tenait, sans paraître savoir qu’en faire, ni comment se comporter. Puis il releva la tête vers son double, et, comprenant bien qu’il ne pourrait de toute façon jamais lever la main sur ce jeune homme à la mine anéantie, qui en plus du reste arborait ses traits, il soupira et rangea sa lame dans son fourreau. Après quoi il s’approcha de son jumeau, avec une gestuelle un peu gauche.

« Allez, t’mets pas dans cet état… »

Fred jeta un coup d’œil dans son caleçon, avant d’adresser au public un regard chargé de détresse.

« Ma queue est même plus derrière moi !!! »

(Quelques rires gras.)

Le cracheur de feu, insensible à autre chose qu’à son malheur, se laissa tomber, dépité, sur l’une des pierres qui bordaient la caverne ; Morgan l’y rejoignit d’un pas prudent, s’assit à côté de lui, et posa sur son épaule une main réconfortante – fraternelle.
Il lui sourit.
Frédéric lui adressa en retour un regard égaré, mais déjà plein de confiance.

L’hydre conclut la scène sur une promesse, prononcée d’un ton sincère et rassurant :

« Je t’apprendrai à être humain… »

– Il lui ébouriffa affectueusement les cheveux. –

« …Et puis ma tête, elle te va bien. »

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Frédéric Lenoir
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MessageSujet: Re: Les frères Lenoir préseeeentent...!   Lun 20 Aoû - 23:36

Du coup c'est mon tour avant de changer d'avis :p
On continue donc avec un bout de truc qui trainait dans un coin poussiéreux de mon ordi )o)
Enjoy.

PS : ah et au fait, hésitez pas à nous dire c'que vous en pensez hein =)

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La salle de répétitions, qui sert aussi de coulisses lors des spectacles du soir, est l'une des salles les plus intéressantes si vous souhaitez comprendre ce lieu mystérieux. Elle en est le cœur, autant que le bureau du Patron en est la tête. Passons donc la scène et rapprochons-nous-en tandis que des voix s'en élèvent :
- Nan, Morgan j'ai dit nan !
Un silence, une voix plus calme répond trop bas pour qu'on l'entende. Posons la main sur le rideau avant de l'écarter.
- Nan mais paske tu vas t'cramer ou quoi, encore, pis d'toutes façons c'que j'fais tu pourras p-- Nan mais j'ai dit nan Morgan... Morgan !

Écartons le rideau et entrons dans la pièce sans nous faire remarquer et restons en retrait derrière un des décors. Au centre de celle-ci, on ne voit qu'un garçon, l'un des Lenoir, qui a les larmes aux yeux mais le visage fermé, énervé. Une larme coule sur sa joue, qu'il essuie rageusement. Il dit à quelqu'un devant lui qu'on ne voit pas encore :
- T'es pas logique. T'es jaloux. Je te dis, je veux apprendre. Les humains le font, t'es pas logique Fred.
Apparaît un autre garçon – le même – qui tient à la main une torche allumée qu'il agite dans son énervement.
- Arrête de dire « les humains » c'est dangereux.
- Arrête d'me dire ce que j'dois faire.
- Mais tu sais pas c'que tu dois faire !
- Je sais ce que j'VEUX faire !
Les jumeaux se taisent. Un silence s'installe et ils reprennent chacun de son côté l'entrainement du jour. Morgan fait mine de s'étirer ; il fixe son frère d'un regard noir. Il pleure toujours sans pouvoir s'arrêter. Frédéric l'ignore, allume une deuxième torche et se met à jongler, dos à son frère.

Ça dure comme ça quelques secondes, puis soudainement Morgan se redresse et se met à courir. D'un bond il saute sur le dos de Freddy qui tangue sous la surprise mais tient bon.
- MORGAN !
Celui-ci ne dit rien, il sourit gaiement, les joues toujours mouillées et agrippe les épaules de son frère, sur lesquelles il se hisse sur les genoux et il se tient au crâne du jeune mage. Confiant envers l'équilibre et la résistance de celui-ci, il se penche alors en avant, appuie son ventre sur le crâne du frangin,croise les mains derrière sa nuque et zieute le visage de son frère par en-haut. Celui-ci fulmine. S'il bouge son frère tombera, il ne peut que résister et lui crier dessus.
- Morgan, descends d'là !
D'un mouvement de tête, Morgan refuse.
Frédéric, n'y tenant plus, prends ses deux torches dans une seule main et s'agite. La lutte dure un moment, pendant lequel Morgan se marre, puis il finit par tomber par terre en riant malgré la chute. Frédéric a failli tomber aussi en l'éjectant, mais il se redresse et le fixe en silence.

Ils s'observent un instant comme ça : Morgan à terre, les joues humides mais les yeux rieurs, un sourire satisfait plaqué sur le visage ; Frédéric debout, qui se masse une épaule et le fixe d'un œil mauvais. Morgan finit par dire :
- Je t'apprends si tu m'apprends.
Freddy soupire, regarde ailleurs, serre les dents. Finalement il bougonne :
- On a d'jà essayé, t'sais bien que j'saurais pas.
Morgan fait « non » de la tête.
- Si tu saurais. Il fait un geste vague vers son frère. Ça c'est pas dur. Des humains le font. Y crachent aussi du feu.
- Arrête de dire « humains », tu saoûles.
Morgan s'essuie les joues et tend la main vers lui.
- J't'apprends si tu m'apprends.
Sans un mot, Frédéric lui prend la main et l'aide à se relever. Il regarde son frère puis détourne les yeux mais d'un petit mouvement, timide, à peine visible, il hoche de la tête et Morgan saute de joie.

Écrit le 18 octobre 2016

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Dernière édition par Frédéric Lenoir le Dim 18 Nov - 3:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les frères Lenoir préseeeentent...!   Dim 26 Aoû - 11:50

J'espère qu'on en aura d'autres !

En tout cas les deux textes sont vraiment chouettes.

Je peux dire qu'Ed a dû vous faire une sacrée pub pour le premier numéro qui réunit tout ce qu'il faut pour plaire au public. Drôle, avec du suspense, des rebondissements et une fin toute en subtilité. La participation de Narcisse était aussi une bonne trouvaille. Le tout subtilement saupoudré de magie, j'adore /o/

Le deuxième est plein de tendresse, même si vous êtes vraiment deux bourriques ! La complicité et la complémentarité des Lenoir sautent aux yeux et vous rend horriblement attachant. Vous êtes pas possibles !

En tout cas c'est très agréable de vous lire sur des petits bouts d'aventures. Je me demandais, vous écrivez chacun un texte ou vous les rédigez ensemble ?

Si vous n'avez jamais tenté d'écrire un récit à 2 je vous recommande d'essayer, ça pourrait vous plaire ! Il y a des tas d'outils pour ça, je vous en donnerai si ça vous tente.

J'attendrai avec impatience de découvrir d'autres de vos péripéties !

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MessageSujet: Re: Les frères Lenoir préseeeentent...!   Mar 28 Aoû - 22:47

Merci Ed ! Tes retours détaillés sont toujours un plaisir, personnellement ça me donne matière à réflexion et pas mal d'éclaircissements, moi qui me demande toujours ce que les gens prennent de mes textes. Et en bonus c'est chouette de savoir qu'ils ont plu =D

Le premier texte est de Morgan (et oui, moi aussi je le trouve sacrément bien bidouillé!). Merci à Ashty d'avoir approuvé pour qu'on puisse publier le texte ici !
Le deuxième est de moi. Et je suis PAS une bourriqueuuuuuuh /pan Je suis très contente qu'il t'ai plu ^v^

Je pense qu'à moins qu'on ne précise "texte écrit en commun" au début, vous pourrez considérer que les textes dans cette section ont été écrits par celui qui les postera.

Vous aurez sûrement droit à des textes communs plus tard, donc Ed si tu as des outils pour écrire en commun à nous refiler, on est partants pour les tester avec grand enthousiasme !

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MessageSujet: Re: Les frères Lenoir préseeeentent...!   Dim 9 Sep - 17:28

Mais de rien Freddy. C'est un plaisir de découvrir aussi vos textes. J'avoue à chaque fois être surpris que vous l'écriviez chacun de votre côté. C'est sûr que vous n'êtes pas jumeaux pour rien !

Pour l'écriture en commun, vous avez Google Docs, mais ça oblige au moins l'un de vous deux à avoir un compte Google.
Sinon vous avez Framapad. La présentation est un peu plus rudimentaire. Vous pouvez créer un espace de texte dont la durée de vie va de 1 an à 1 jour et y inviter qui vous voulez avec le lien donné. Pas besoin de compte, il faut juste bien garder l'adresse de la zone de texte qui vous est dédiée.

Pour les deux supports, vous pouvez inviter autant d'écrivains que vous souhaitez ! Ensuite, il ne reste plus qu'à tapoter furieusement son clavier.

En bonus, si vous écrivez des bêtises (et vous en écrirez), vous pouvez les garder en « bêtisier » pour vos RPs !

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MessageSujet: Re: Les frères Lenoir préseeeentent...!   Hier à 2:57

Lever de rideau !:
 


Dans le bois des Châtaigniers, quelques chapelets de jurons s’élevaient épisodiquement, ponctuant le silence parmi les chants d’oiseaux. L’endroit était ce que l’on pouvait nommer un lieu-dit, une de ces parcelles de forêt que chacun connaissait dans les environs, et par où on avait autrefois acheminé le bois entre Charbuy et Perrigny, mais dont les méandres ne figuraient sur aucune carte. Depuis la fermeture de la scierie, le sentier des charrettes n’était plus entretenu, sinon par quelques paysannes qui venaient à l’automne glaner noisettes, châtaignes et champignons. C’était par là qu’on avait recommandé aux deux voyageurs de passer, pour rejoindre Auxerre avant la tombée de la nuit. « Suivez le layon », qu’on leur avait dit, et c’était tout. Manifestement, le souvenir des lieux devait au moins remonter à plusieurs lustres dans l’esprit des villageois, car, à mesure qu’on s’enfonçait dans les taillis, la piste disparaissait sous les broussailles et les herbes folles, tandis qu’au pied des arbres, des sillons boueux et des touffes de poils pris aux écorces trahissaient le passage de quelque famille de sangliers.

Comme la sente se resserrait, il leur fallait lever les pieds de plus en plus haut pour se défaire des ronces qui s’enchevêtraient à leurs souliers, comme autant de longs bras couverts d’épines. Enfin, le chemin qu’ils suivaient s’évanouit tout à fait, interrompu devant un bosquet de chênes rouvres. Les Lenoir s’arrêtèrent eux aussi, indécis et fourbus.

Puis, ayant deviné au travers des épaisses frondaisons que, malgré le ciel bleu, le soleil avait déjà commencé de décroitre, le premier garçon pesta entre ses dents, et entreprit de contourner le massif en se faufilant par la gauche.

« T’es sûr ?... » marmonna Morgan, dubitatif.

Frédéric leva les bras et les laissa retomber, dans un grand geste aussi incertain qu’excédé. L’hydre immobile le regarda faire quelques instants, à s’efforcer de se frayer un passage parmi les arbustes. Il se retourna, songeant à proposer de revenir sur leurs pas, mais, avisant les ronces qu’ils venaient de franchir, il se remit en route derrière son frère, toujours aussi peu convaincu. Le sac qu’il portait sur son dos, et qui contenait une moitié de leur barda, commençait à lui vriller les épaules.

« Ça va finir comme l’solstice dans les rochers, t’sais », commenta-t-il d’un ton amusé, pour se changer les idées.

La remarque suffit à distraire Fred de sa rogne. Il arqua un sourcil et lança un regard vaguement confus dans sa direction. Morgan ne se fit pas prier pour reprendre, avec aux lèvres un petit sourire gouailleur.

« Quand t’étais p’tiot, t’sais bien. Qu’t’as voulu aller r’trouver l’fantôme de Bayard, et qu’tu t’es perdu d’ssus la falaise. »

Ç’avait été au début de l’été, de longues années auparavant. L’hydre s’en souvenait comme s’il l’avait vécu lui-même. Il se revoyait, franchissant discrètement le pas de la porte en début d’après-midi, ses provisions en bandoulière. Il avait cheminé dans la forêt selon ses habitudes, en quête du moindre indice témoignant du passage d’un cheval légendaire. Ses pérégrinations l’avaient mené au sommet d’une crête, vers la fin de la journée ; c’est là qu’il avait senti la première goutte de pluie. Elle s’était vite changée en un orage grondant, qui l’avait forcé à trouver refuge sous une corniche. Et puis la nuit était tombée.

« Même que t’avais rien à grailler… Tu t’les gelais… T’peux quand même pas pas t’en souv’nir ? »

À un moment donné, un torrent de grêle estivale s’était même mêlée au déluge, claquant sur les rochers, agitant les feuilles et les buissons en contrebas. Dans l’obscurité, Fred avait cru entendre un pas, discerner une silhouette dans les taillis – celle, difforme, du Sibara. Pire, il s’était mis à craindre qu’un éclair, commandé peut-être par sa main maléfique, ne s’abatte soudain sur lui pour le changer en revenant à son tour. Alors, quand une forme humaine avait émergé parmi les blocs de pierre, il s’était tassé autant que possible dans son interstice, tremblant de tous ses membres. Ce n’était pas un état dans lequel il aurait aimé être surpris... Pourtant, après un long silence, une main s’était brusquement posée sur son épaule.

À cette pensée, Morgan, qui n’avait exhumé l’épisode que pour charrier son frère, ne put retenir un frisson. Son cœur s’était accéléré, et, quoique le jour fût encore clair dans ce modeste bois de Bourgogne, il jeta un regard anxieux par-dessus son épaule.

C’est aussi pourquoi l’air impassible de Freddy, ainsi que son regard blasé, se mettaient soudainement à le contrarier.

« …T’as dû rêver, frangin. »

Son expression prit aussitôt une tournure outrée. Ses yeux s’écarquillèrent, sourcils froncés.

« Mais non ! Même qu’c’est mon… Ton père qu’t’a trouvé, qu’t’étais mort de frousse, qu’t’as crié comme une pisseuse et qu- »

Sa harangue s’interrompit net. Ses traits se figèrent, ses paupières retombèrent un peu, et ses lèvres s’étirèrent lentement en un sourire complice. Il venait seulement de comprendre. Bien sûr que le frérot n’avait pas pu oublier ; mais il le faisait marcher pour détourner l’attention de son embarras. L’hydre n’avait pas encore pleinement assimilé certaines formes d’humour, et il se montrait souvent trop naïf.

« Ah ouais, j’ai pigé… »

Pourtant, cette fois, au lieu de rire ensemble, Frédéric conserva sa mine perplexe.

« Qu’est-ce t’as pigé ?
- Tu fais semblant.
- Ben non j’te dis. C’est toi qui t’plantes. »

Morgan redevint sérieux. Ils se toisèrent, interdits.

« Nan, chais c’que j’dis. Même que c’est d’puis c’temps-là qu’tu fais tant d’feu. C’est d’puis c’temps-là que j- qu’on a un peu peur du noir…
- Qu’est-ce tu racontes, jamais j’ai eu peur du noir !
- Un peu. »

Le reptile insista d’un mouvement de tête qu’ils interprétèrent tous deux comme un « juste un peu », et ils restèrent tous les deux muets, tous les deux certains de leur version. C’est alors qu’une pensée soudaine éclaira les yeux bleus de l’hydre, et, empoignant sa chemise, il la souleva et se tourna pour dévoiler le bas de son dos.

« C’est là qu’tu t’es fait ça ! En glissant su’l’rocher mouillé ! »

Le mage se pencha en avant. D’abord, il ne vit rien. Puis, en plissant les yeux, il parvint à discerner entre les deux bretelles une légère, très légère ligne blanchâtre, qui courait de la colonne vertébrale jusqu’à l’os du bassin. Il fallait vraiment savoir qu’elle s’y trouvait pour la distinguer ; du travail de rebouteux aguerri, de toute évidence. Aussitôt, Frédéric passa la tête par-dessus sa propre épaule et l’aperçut, qui barrait son échine avec la même finesse.

Son regard croisa de nouveau celui de son frère. Ils étaient aussi interloqués l’un que l’autre.

« T’as des souv’nirs qu’j’ai pas ?...
- Bah on dirait. »

Morgan sourit, ébahi, mais les yeux de son jumeau s’étaient discrètement couverts d’un voile triste et sombre. L’hydre pinça les lèvres.
Il comprenait.
Depuis que leur être s’était recomposé, il y avait également en lui une part de Frédéric à qui son père manquait terriblement : perdre un souvenir de lui, c’était non seulement ne plus l’avoir, mais en plus n’en rien garder.

Il adressa à son jumeau un regard profondément désolé, laissa passer quelques instants, puis se força à adopter un ton fanfaron, car c’était encore le meilleur moyen qu’il connaissait pour le distraire de ses idées noires.

« C’est qu’les hydres ont meilleure mémoire !...
- P’têt ben qu’j’en ai aussi… »

Fred avait adopté le même ton provocateur. Ils se sourirent, d’un sourire encore crispé, mais toujours aussi soulagés d’être là l’un pour l’autre, après toutes ces années de solitude.  

Un éclat malicieux passa dans les yeux du Freddy. Ceux de Morgan y répondirent. Ils reprirent leur chemin d’un pas excité, en sautant par-dessus les rochers au lieu de les contourner.

« La fois qu’t'es parti d'la cascade la première fois ?
- M'souviens !
- La fois qu’t'as chopé ta première ainwie ? Qu’t’as pris l’jus comme un c-
- M'souviens, cherche pas...
- La fois qu’tu t'es saucissonné d’z’un filet d'pêche, et qu'c'est une femelle qu'a dû v'nir te sauver ?
- Ta gueule, Fred. »

Fred rigola. L’hydre fit une grimace gênée.

« La fois qu’t'as battu tout seul Dent-Dure et l’vieux Dos-Noir ? »

Morgan marqua soudain une pause. En se retournant, son jumeau éclata de rire à la vue de ses yeux écarquillés d'incrédulité, mais déjà remplis d'une fierté incertaine.

« Quooooooi ?!... »

Il reçut pour toute gratification un petit coup de poing amical dans l'épaule.

« Nan, ça j'rigole, c'est moi qu'invente ! Toi, t'étais plutôt l’genre filets d'pêche ! »

Et l’acrobate refit la moue, menton levé, avec une dignité exagérée. Le rire de Fred repartit de plus belle, bientôt suivi de celui de son frère.

Ils continuèrent à marcher sans rien ajouter, mais toujours avec la même légèreté. Ils prenaient presque plaisir à se chercher un passage, à escalader les troncs d’arbres qui entravaient leur avancée. Au-dessus d’eux, ils devinaient que le soleil baissait, mais ils se sentaient trop optimistes pour s’en préoccuper davantage. Sans doute que les villageois avaient raison, et qu’ils seraient arrivés bien assez tôt. Morgan, de son côté, resongeait sans rien dire aux épisodes qu’avait mentionnés Fred. Un quelque chose le titillait. Un simple détail, qu’il n’avait absolument pas relevé à l’époque, mais qui avait dû s’ancrer suffisamment dans son esprit pour lui sauter aux yeux, à présent qu’il était humain.

« ...Ch'crois qu'c'était ma mère, la femelle du filet d'pêche. L'avait la même tache dans l'cou. »

Il avait brisé le silence sans même y songer.

Il s’efforça de se remémorer les quelques interactions qu’il avait pu avoir avec elle. Il ne découvrit rien de bien inoubliable, mis à part cette fois-là. Après tout, la notion de lien filial n’avait pas vraiment lieu d’être chez les hydres : une fois les petits éclos, ils recevaient un premier repas, et quittaient le nid presque aussitôt, sous le regard protecteur de leur mère qui hochait la tête pour les tranquilliser. La proximité s’arrêtait là. C’était ensuite à eux de se trouver un bassin, en évitant de tomber sous la dent prédatrice d’un brochet ou d’un mâle – toute une aventure, qui ne leur laissait pas l’occasion de conserver de leur génitrice une image bien précise, ni de sentiment particulier à son égard.

Pourtant, les souvenirs qu’il avait de la femelle s’étaient étrangement mis à se superposer dans sa mémoire à ceux de Doucette. L’intonation que sa voix prenait quand elle s’adressait à lui. La façon qu’elle avait de le regarder, avec sa fierté mêlée de tendresse. Son habitude de passer son doigt sur son front (enfin, sur celui de Freddy…) quand elle sentait qu’il avait de la peine.
La chaleur de sa main quand elle prenait la sienne.

Il se sentit submergé de bouffées d’émotion qui le saisirent à la gorge, et le picotèrent jusqu’aux yeux. Il se frotta le nez, et tenta de se rappeler la dernière fois qu’il avait bien pu croiser son chemin, à cette femelle au cou tacheté.

« L'était plus là à la dernière migration… »

Un profond sentiment de deuil l’envahit sans crier gare. Il tenta de le ravaler, mais malgré ses efforts, le regard qu’il releva vers son frère était parfaitement piteux. Sans faire de commentaire, Frédéric passa un bras autour de ses épaules. Ce sentiment-là, il pouvait le partager.

Ils restèrent un moment ainsi, à se réconforter l’un contre l’autre. Puis, soucieux de ne pas sombrer dans l’abattement, l’hydre pressa le bras de son mage et se recula. Il lui adressa un sourire rassurant, Freddy aussi, puis ils se remirent en marche. Morgan monta sur une souche pour faire le pitre, et ils poursuivirent ainsi leur route, bras dessus bras dessous et le cœur vaillant ; heureux de s'être trouvés, au beau milieu des aléas de la vie.


Date d'écriture : 7 Septembre 2018

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Frédéric Lenoir
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MessageSujet: Re: Les frères Lenoir préseeeentent...!   Hier à 3:12

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Couché sur un banc du parc des buttes Chaumont, Morgan Lenoir se dorait la pilule.

Non, non. Rien de plus.
Juste l'indicible plaisir de sentir le soleil vous réchauffer le corps, lentement mais sûrement, depuis la peau jusqu'aux entrailles. Sentir, derrière les paupières closes, la lumière se frayer un chemin jusqu'à la pupille. Regarder sans y faire trop attention les taches d'orange chaud des rayons du soleil osciller sur les paupières fermées au gré des feuilles des arbres plus haut.
Respirer un grand coup. Savourer le frais de l'air ambiant, contrastant délicieusement avec le chaud du dedans. Le Chaud en soi. Retenir sa respiration, laisser l'air se chauffer. Créer un rempart autour de soi. Il fera chaud, ou il ne fera pas.
Attendre looooooongtemps. Soupirer un grand coup. Sentir son écharpe sous le nez, qui se chauffe et s'humidifie derrière sa respiration. Laine qui grattouille un peu, mais qui donne Chaud.

CHAUD.

- Aaaaaaahhhhhhhh

Savourer cet instant. Le savourer pleinement. Reposer son esprit.
Entendre un rire juste au dessus de soi.
- 'fait du bien hein ?
Hocher la tête. Ah, ça oui. « Du bien », du bien partout dedans. Les yeux toujours fermés, le dire :
- Partout dedans.
Entendre le rire, encore. Aimer ce rire de toute son âme. Vibrer avec ce rire comme s'il était le sien. Sourire en écho, la peau tirée par la sécheresse du vent et le chaud du soleil.

Respirer les odeurs, le parc, la terre et l'eau. Sentir les milliers d'informations que l'odeur de l'eau donne. Quels poissons y nagent, quelle vitesse a le courant, quelles algues y grandissent. Sentir...

POMME.
- Crrrrooooonch. Cronch cronch cronch munch munch...

Morgan ouvre les yeux, les referme face au soleil. Les rouvre et se tortille pour voir Frédéric, assis derrière sa tête, qui mâchouille une pomme.
- Oh !
C'est une exclamation d'amour autant que d'outrage. Frédéric, lui, a l'oeil qui pétille et le sourire en coin.
- Fred !
L'autre pose sur lui ces grand yeux comme du bois. Ils sont beaux, maintenant qu'il les voit plus grands. Avant il ne voyait pas les couleurs pareil, et Frédéric était plus petit.
- Moui, Morgan ? Cronch cronch cronch...
Morgan attend, tordu sur son banc. Se redresse. Attend encore. S'assied complètement, regard rivé à celui de son « frère », qui regarde le paysage. Immobile.
Immobile comme lui seul peut être immobile, mais tout est dans ses yeux bleus, qui fixent sans ciller.
- Tu veux quelque chose ?
Morgan fait la moue.
Une pomme... une pomme toute juteuse, toute... parfumée. Il sent le jus d'ici. Parler, toujours parler... Il y arrive mieux, mais Fred a compris, c'est sûr. Les humains parlent trop, toujours trop.  
- Tu me donnes un bout ?
Frédéric fait mieux que ça : il croque une fois encore dans sa pomme. Une looooongue fois. Puis il mâche. Et mâche. Et mâche. Morgan est prêt à lui voler, mais voler sa nourriture à Frédéric, ce serait comme voler son propre petit. Il ne vole pas Frédéric. Mais quand même...
Et alors une autre pomme apparaît. Sortie d'une poche qui sent Frédéric, et qui sent le jus encore plus que la première. Et son Mage la lui donne.
Le visage de Morgan rayonne.


Couché sur un banc du parc des buttes Chaumont, Morgan Lenoir se dore la pilule.
Cronch cronch.
- C'est bon les pommes.
Et son mage acquiesce.
- Ouais, ch'est vraiment crop bon.
Et pour dire merci, Morgan ouvre un œil, regarde son mage par en-bas, le nez dans son écharpe :
- T'auras une sardine.
Et les yeux de Fred brillent, brillent, brillent. Et Morgan aime ça.

Cronch cronch, font les frères à l'unisson.
Oh oui, Morgan aime quand ça brille. Surtout dans ces yeux-là.

29 octobre 2016

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Les frères Lenoir préseeeentent...!

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